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Full text of "Mémoires de la Société Linnéenne de Paris"

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Mémoires de la Société 


Linnéenne de Paris. 


Tome 58. 


Wanting the frontispiece 
portrait of Broussonnett 


mentioned on p.67 of pt.5. 


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©. 9h! 
A:3. 


MÉMOIRES 


SOCIÉTÉ LINNÉENNE 


DE PARIS. 


DE L’IMPRIMERIE DE LEBEL, IMPRIMEUR DU ROI, 


RUE D’ERFURTH, N° 1, PRÈS L'ABBAYE. 


MÉMOIRES 


SOCIÉTÉ LINNÉENNE 
DE PARIS, 


PRÉCÉDÉS DE SON HISTOIRE, 


PENDANT LES ANNÉES 1829 ET 1824. 


VV VU AVAL AV LU QU LA VARAU 


TOME TROISIÈME. 


RAA AVI A/R AAA NU AA AAA/0 AVATAR 


PARIS, 


AU SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE, 
Rue des Saints-Pères, n° 46, en face la rue Taranne, 
Er cnez DESBEAUSSEAUX, Lagraire, QuAr MALAQUAI, No 15, 


VV VV VVQ/Y 


1929. 


SOCIÉTÉ LINNÉENNE 
DE PARIS. 


AAA VA LAN AAA AAA MUALARAA RAT 


PREMIÈRE PARTIE. 


HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ. 


DV ERA AAA AAA AAA AAA AAA AAA AA AAA AA UAE UV 


AAA MVL AAA AA LU VV VV VA LV VAL AUT VU UVAALAV/ A/S VAE 


SOCIÉTÉ LINNÉENNE 


DE PARIS. 


37"° ANNÉE DE SA FONDATION. 


PROCES-VERBAL de la Séance publique du 
28 décembre 1824, jour anniversaire de la mort 


de TOURNEFORT. 


À midi précis, les portes de la grande salle de l'hôtel 
de la préfecture du département de la Seine, dite Salle 
Saint-Jean, furent ouvertes au public. Le thermomètre 
marquait alors 10° 75 centigrades; le baromètre indi- 
quait 761,44; et l'hygromètre était à 94 degrés. Le ciel 
était nuageux avec brouillard, les vents soufllaient du 
sud-sud-ouest,. 

La salle était décorée de draperies et ornée du buste 
de Linné. La famille de feu Anpr£ Tnouin, mort pré- 
sident de la Société Linnéenne, occupait une tribune 
particulière. Une brillante réunion de dames, de savans 
étrangers, de magistrats, de députations des diverses 
académies de la Capitale, composaient l’assemblée qui 
était des plus nombreuses et des mieux choisies. Près 
de MM. les ambassadeurs de Suède et de Danemarck, 
et de M. le chargé d’affaires du Grand-Duc régnant de 

a 


Ca) 

Saxe-Weimar, siégeaient MM. Popevin, Barriy, Des- 
MyTTÈRE et Pasrré, nommés maîtres des cérémonies. 

À une heure, tous les Membres résidans, les Mem- 
bres honoraires et Auditeurs, plusieurs Correspondans 
nationaux, M. le docteur Gorcy, président de la Co- 
lonie Linnéenne de la Moselle et de la Meurthe, ainsi 
que les dames Associées-libres, prirent place dans les 
fauteuils qui leur étaient destinés et se grouppèrent 
autour du bureau. 

Les Dignitaires s’étant assis, M. le docteur DEscour- 
r11Z, Président actuel de la Société Linnéenne, se leva, 
ouvrit la séance, et prononcça le discours suivant : 


« Honorables Gollègues, 


» L'époque solennelle qui nous rassemble est l’anni- 
versaire du jour où TournErorr a cessé de vivre. Gette 
réunion a pour but d’acquitter une dette pénible, mais 
chère à nos cœurs. Joignons à cette première couronne 
celle de Lixxé,son digne successeur, de Lixx£ dont la 
perte, également sentie, jeta tous les vrais savans dans 
la consternation. 

» Offrons un double hommage à ces deux botanistes 
célèbres, merveille de leur siècle, et qui, par des routes 
différentes, mais sagement établies, nous font arriver, 
à chaque recherche, au but qu’ils se sont proposé. En 
citant les /nstitutions botaniques de Tournerorr, et le 
Système des plantes de Linx£, j'entends déjà vos cris 
d’allégresse et d’admiration remplir la voûte du sanc- 
tuaire que nous avons consacré à leurs talens sublimes, 
à leur glorieuse mémoire. 


A 


» Honneurs soient rendus à ces confidens de la 


(in) 

nature, à ces scrutateurs profonds des secrets de la 
création; à ces rares génies doués d’un jugement sain, 
d’une vaste conception; à ces fondateurs de deux sys- 
ièmes ingénieux qui ont rapproché les plantes de l’es- 
pèce humaine par des relations sensibles et véridiques; 
à ces architectes enfin qui ont élevé, pour l’intelli- 
gence du développement et de la fécondation régéné- 
ratrice des végétaux, un temple, où tous les mystères 
de leur hyménée sont dévoilés. 

» Par un effet heureux de cette douce sympathie, 
qui unit étroitement les vrais amis des beautés du 
globe, nous avons pour patrie commune l'univers, et 
pour famille tous les admirateurs des merveilles de la 
nature. Semblables à la diligente abeille qu’on voit 
sans cesse occupée à butiner la corbeille de Flore pour 
en enrichir sa ruche, chacun de nous, Messieurs, doit 
déposer sur le cippe où brille le buste de l’immortel 
Liné, notre patron, les découvertes utiles qu’il a faites 
dans l’année. C’est un tribut bien doux que nous devons 
consacrer à la mémoire de ce grand homme. Depuis près 
de quarante ans cet usage est établi parmi vous : puisse 
un avenir heureux resserrer nos liens fraternels, et 
protéger l'exécution de nos projets! Linxé£ n'existe 
plus, mais ses ouvrages sont partout, ils assurent à son 
génie une gloire éternelle. 

» Nommé par vous Président à la mort de M. Axpnf 
Tnouix, dont la perte récente nous a couverts de deuil, 
je frémis, Messieurs, en songeant aux devoirs qui me 
sont imposés, et à l'énorme différence que vous trou- 
verez entre le maître et l’élève; mais si je ne puis vous 
offrir les vrais talens et l'expérience consommée du 


de 


(iv) 
savant qui guida si long-temps mes pas dans la vaste 
carrière des sciences naturelles, je m’efforcerai d’y 
suppléer par un dévoûment sans bornes, par une étude 
opiniâtre qui me méritera sans doute le doux plaisir 
d’attacher quelques fleurons de plus à la couronne bril- 
lante que lui a décernée la renommée. 

» Nous avons eu à regretter, Messieurs, que les évé- 
nemens politiques ne nous aient pas permis de tenir 
une séance publique en 1823, mais j’ai la satisfaction 
de vous annoncer que pendant les années 1823 et1824 
la Société Linnéenne a honorablement rempli son 
temps; son active correspondance, étendue sur les deux 
hémisphères, a fourni des faits nombreux qui ont, les 
uns, détruit quelques théories hasardées, les autres 
éclairé des points d’histoire naturelle jusqu'ici regar- 
dés comme inexplicables. L'analyse de ses travaux que 
va vous présenter le Secrétaire perpétuel en sera la 
preuve convaincante. 

» Si la Société Linnéenne a perdu des hommes mar- 
quans, tels que Axpré Tuouin, votre ancien président, 
dont l'éloge est dans tous les cœurs et va vous être lu; 
TuuxserG qui fut l'ami et le successeur de Linx£; 
Jenxer qui, par sa belle découverte de la vaccine, ra- 
cheta la vie des deux tiers du monde, et arracha à une 
mort prématurée des milliers d’enfans pour les rendre 
à leurs mères éplorées; Gonn£A DE SErRA qui s’occupa 
si utilement de la carpologie, base essentielle à bien 
connaîlre pour naturaliser les plantes; Bowpicn, ce 
voyageur intrépide; Tone, martyr des sciences et de 
la noblesse de ses sentinens, qui avait si bien étudié les 
révolutions géologiques et les productions végétales du 


(F4) 

département des Landes; Juce-De-SaiNT-ManTIN, dont 
la vie tout entière fut consacrée à l’agriculture; Du- 
MonT DE CourseT, auteur estimé du Botaniste-Culti- 
vateur; Louis Reynier qui débrouilla l’histoire des 
plus anciens peuples dans ce qui a rapport à l’écono- 
mie rurale et l’économie politique : tous membres dis- 
tingués, sur la vie desquels votre Secrétaire perpétuel 
vous a lu, pendant les travaux de l’année, des notices 
biographiques, etc.; la Société a fait des acquisitions 
brillantes, des acquisitions qui lui donnent les plus 
hautes espérances. On peut dans le nombre citer le 
prince CuristTiAN, héréditaire du trône de Danemarck, 
qui s'occupe de la géologie dans le même temps qu'il 
protége les autres parties de l’histoire naturelle, et le 
Grand-Duc de Saxe-Weimar, ami de l’agriculture, et 
qui partage son temps entre les soins de ses Etats et le 
plaisir indicible de Part des jardins. 

» Les filles de Linné, Messieurs, ont aussi reçu le 
diplôme d’associées libres; l'Amérique, le Piémont et 
la Suisse ont vu les dames, admises dans votre sein, 
rivaliser de gloire et de zèle pour enrichir le lieu de 
vos séances de dessins et de tableaux. Les dames, vous 
le savez, Messieurs, embellissent la vie: elles aiment la 
gloire et nous la font aimer. Leur présence enchante- 
resse nous inspire le désir de leur plaire, et c’est pour 
leur plaire que nos efforts sont grands, que notre vie 
devient studieuse, que notre active étude nous conduit 
à des succès, que ces succès nous méritent des cou- 
ronnes qu'il nous est si doux de partager avec elles ou 
plutôt de déposer à leurs pieds, C’est ce sexe char- 
mant, enfin, dont le talent reçoit la vie; c’est lui seul 


A) 
qui inspira les touchans accords de CoLARDEAU, ce 
poète sensible qui exprima avec tant de feu, sur sa lyre 
sonore, les doux transports de la tendre Héroïsr. 

» Loin de nous, Messieurs, ces rivalités funestes aux 
progrès de la science, et cette basse envie qui dégrade 
le sentiment; que ces passions haineuses fassent place 
à une émulation profitable à la société générale. Réu- 
nissons donc tous nos efforts. 

» Membres de la section de zoologie : continuez vos 
obervations avec activité; qu’elles agrandissent le do- 
maine de la science, et tournent au prolit des hommes 
et de l’agriculture. Rappelez-vous que notre confrère 
Desuayes, en nous donnant l’histoire du hérisson, ne 
s’est pas borné à un examen physiologique, qu’il a fait 
apprécier l'utilité du petit chasseur pour nettoyer les 
jardins, les vergers et les plantations d’arbres des in- 
sectes dévastateurs et des autres animaux rongeurs. 
Imitez M. Braunien, votre correspondant à Vendôme, 
à qui l’on doit un Traité pratique sur l'éducation des 
abeilles, et profitez de ses curieuses découvertes. 

» Membres de la section de botanique théorique : 
riches des nomenclatures avouées par les académies, 
évitez de nouveaux systèmes, et surtout des synony- 
mies inintelligibles ; c’est hérisser d’épines une science 
dont la simplicité fait tout le charme. Conservez pré- 
cieusement, sans les dénaturer, les richesses sans nom- 
bre acquises par de constans travaux. Que vos systèmes 
de nomenclature soient aussi purs que la fleur nou- 
velle que vous avez à décrire; évitez soigneusement 
de replonger dans le cahos une science aimable dont 
on doit éloigner les diflicultés, pour qu’elle se trouve 


( vu ) 

conforme au vœu du Créateur. Cependant accueillez 
les innovations, ne rejetez pas les réfutations, c’est du 
choc des opinions que naît la vérité. La Société se 
plaît, par mon organe, à adresser des félicitations à 
plusieurs de ses membres, à MM. Soucan@r-Bonin, Nor- 
serre, GEcs, et Auninerr, de Tonnelle, près Taras- 
con, qui, par un dévoûment sans bornes, sont parvenus 
à propager en Europe la culture des plantes exotiques, 
au moyen des sacrifices énormes qu'ils ont faits pour 
élever à la science des temples où l’on peut étudier 
dignement la nature. Elle en adresse aussi à MM. Dr- 
LAVAUX, qui Connaîl si bien les richesses végétales de la 
France; GAUDICHAUD, qui nous en a rapporté un très- 
grand nombre des pays qu'il vient de parcourir; Pr- 
ROLLE, à qui les jardiniers doivent un bon guide. 

» Membres de la section de physiologie végétale : c’est 
à vous de nous signaler les caractères extérieurs et 
l’organisation interne des plantes à décrire, pour faire 
distinguer avec certitude la place qu’elles doivent oc- 
cuper dans les sections, les genres et les familles. C’est 
à vous de nous faire connaître leur organisation in- 
terne, leur mode de nutrition et d’absorption souter- 
raines au moyen de leurs racines; le mouvement de la 
sève, et autres phénomènes du développement de leur 
végétation. Gonsultez les travaux des D£ Saussune fils, 
des Dursrir-Tuouars, des Mirez, qui ont traité cette 
matière avec une rare perfection. 

» Membres de la section de botanique applicable aux 
arts : que vos savantes études vous conduisent à des 
découvertes utiles. Sondez les écorces; recueillez les 
sèves résineuses pour en obtenir par diverses manipu- 


Cyr) 
lations ou par la chimie, à l’exemple de vos collègues 
MM. pe Viceneuve, LAUBERT, ASTIER, BONASTRE, 
Lauuonr et Descourrizz, des cotons, des filasses, des 
principes colorans, des brais pour la marine, du vernis, 
du caout-chouc. 

» Membres de la section de botanique applicable à 
l’art de guérir : analysez les plantes susceptibles d’of- 
frir des ressources à la médecine, et les racines fécu- 
lentes capables d'augmenter, en cas de disette, les res- 
sources de l’indigent. Déjà plusieurs de vos membres 
ont publié des flores locales, en indiquant souvent les 
propriélés médicales des plantes. On peut citer avec 
distinction la Flore de l’Archipel grec et des côtes du 
Pont-Euxin qui complète celle de Tourxerorr, et qui 
vous a été offerte par M. Dumonr-Durvizze, voyageant 
encore en ce moment pour l'intérêt de la science; les 
Flores de Sicile, par M. Bivowa; celle de Naples, par 
M. Texore; celle de Toscane, par M. Garrano Savi; 
et celle de toute l'Italie, par M. Briexour, de Modène; 
le précieux travail de M. le docteur Roques sur les 
plantes vénéneuses; la Flore médicale des Antilles 
(Amérique du Sud }), par M. le docteur DescourriLz ; 
celle de l'Amérique du Nord, par M. Nurraz, de Phi- 
ladelphie; la Flore de Rouen, par M. LEerurqQuiEr DE 
Lonccuawr; la Flore d’Abbeville, par M. Boucuer; 
celle de Marseille, par M. Gourré-Lacour; enfin celle 
de Lot et Garonne, par M. pe SAINT-Amans. 

5 Membres de la section d'agriculture, de cet art 
utile et précieux qui fait la prospérité des Etats : témoi- 
gnez, au nom de la Société Linnéenne, à MM. Grnou, 
DE VizeNEUvE, Marnieu pe Dompasie, TuifpauT px 


(ax) 
BerneaAup, la satisfaction qu’elle éprouve de l’heureux 
emploi de leurs loisirs ; n’oubliez pas que votre confrère 
PErRorTET, qui, pendant trois années, a exploré toutes 
les îles du grand archipel d’Asie, de l’Afrique et de 
plusieurs côtes orientales de l’Amérique du Sud, en à 
rapporté des observations agricoles de la plus haute 
importance; qu'il a guidé, par son savoir, les naturels 
de ces beaux pays dans la culture des plantes pré- 
cieuses dont ils ne savaient point tirer parti; qu’il en 
a naturalisé le plus grand nombre en Europe, et qu’il 
affronte encore en ce moment les tempêtes de l'Océan 
dans l'espoir de vous offrir à son retour le résultat de 
ses nouvelles recherches. Nous devons aussi de la re- 
connaissance à notre confrère LAPyLAIE qui s’est con- 
sacré aux recherches botaniques en visitant Terre- 
Neuve et toutes les côtes françaises, et à nos collègues 
MM. Persoow, votre Vice-Président, Acarpn et pe BroN- 
DEAU, qui se sont particulièrement occupés de l'étude 
difficile et peu attrayante des cryptogames. 

» Membres de la section de géologie : continuez vos 
recherches souterraines; consultez dans les entrailles 
de la terre ces fossiles de haute antiquité dont les es- 
pèces colossales nous sont inconnues, et qui consta- 
tent la majesté du monde en frappant les observateurs 
d’étonnement et d’admiration. Votez, Messieurs, des 
remerciemens à vos collègues MM. Boxxarre-Mansuy, 
de Saint-Mihiel; Lamoureux, de Nancy; Bory, de 
Saint - Vincent; Lanpreau, d'Angoulême; Soxer- 
Wiscemer, Dumonr-Dunvirze, pe Bounxox, le prince 
Cristian, TrAuLLÉ, et le savant précoce GILLET DE 
Laumonr fils, que ses rares talens en minéralogie, chi- 


(x) 

mie et docimasie viennent d’élever à une place hono- 
rable, mais dont nous devons regretter sincèrement 
l'éloignement. Les constans et pénibles travaux de ces 
membres distingués ont bien mérité de la Société Lin- 
néenne. Je devrais citer ici le savant Bourper de la 
Nièvre, que nous espérions posséder en ce jour so- 
lennel, mais il ne viendra plus partager nos travaux, 
l’impitoyable mort l'a ravi le 20 de ce mois à notre 
amitié. La mort a pour jamais interrompu ses utiles 
travaux ! Que ses mânes reçoivent nos adieux ! Que 
son inconsolable épouse voie dans l’expression de 
notre sensibilité la part active que nous prenons tous 
au malheur qui vient de la frapper, et dans la per- 
sonne de son époux dont le nom était déjà placé avec 
honneur dans les fastes de la géologie, et dans la per- 
sonne d’un fils qu’ils affectionnaient tous deux. 

» Membres de la section de philologie : rapprochez 
les méthodes agricoles des anciens peuples de la terre, 
de celles que le temps et l'expérience ont perfection- 
nées; profitez des avantages des premières, sans ou- 
blier qu’une louable persévérance, qu’un travail opi- 
niâtre, que des expériences nouvelles sagement conçues 
et multipliées avec adresse, doivent certainement vous 
mériter de nouveaux succès, et par conséquent de nou- 
velles couronnes. 

» Tels sont, Messieurs, les principes que nous devons 
adopter pour nous rendre dignes de déposer les fruits 
de nos découvertes au pied de l’autel de la patrie. 
Soydhs toujours unis par le seul désir d’être utiles à 
nos concitoyens; resserrons pour toujours les liens 
de notre intimité, et afin de vaincre les diflicultés 


(x) 

d’une étude nouvelle, éclairons- nous mutuellement 
du flambeau de notre expérience. Alors, Messieurs, le 
monde entier louera nos intentions, et encourage ra nos 
efforts par une bienveillante approbation. » 


M. Triggaur pe BerneauD, Secrétaire perpétuel, 
rendit compte ensuite des travaux de la Société Lin- 
néenne pendant les années 1823 et 1824. 


M. le docteur PrépaGnez, membre résidant, lut, au 
nom de la section de zoologie, un rapport sur le con- 
cours ouvert relativement aux animaux vivans ren- 
fermés dans des corps solides; il y rend compte des 
mémoires reçus et de la décision prise par la Société 
par laquelle elle a voté un encouragement de deux 
cents francs à M. Vazcor, de Dijon, auteur du mé- 
moire n° 2, ainsi que la prorogation, à l’année 1827, 
de la question proposée. 

Après cette lecture, le Président se leva et prononca 
ces mots : «La Société Linnéenne de Paris déclare, 
» en ce jour mémorable, accorder à M. le docteur Vaz- 
» Lor, de Dijon, à titre d'encouragement, la somme de 
» deux cents francs promise à l’auteur de la collection 
» la plus complète de faits relatifs aux êtres vivans ren- 
» fermés dans des masses de pierres, dans des troncs 
» d'arbres, etc. Elle se félicite de compter ce labo- 
» rieux naturaliste au nombre de ses correspondans, 
» et de le voir cueillir la première palme oflerte aux 
» recherches utiles par les disciples du grand Linwé. 
» La Société ouvre de nouveau la lice jusques au 


(ur \) 
7 juillet 1827 : elle compte que les concurrens 
» s'empresseront de répondre à l'appel qui leur est 
» fait. Nous demandons des expériences, faites avec 
» soin et sans précipitation; la question proposée est 
» importante, et sa solution sera un nouveau pas vers 
» de plus grands phénomènes : elle honorera celui qui 


» la donnera, » 


Pour et au nom de la section de botanique ,M. Dera- 
vaux, membre honoraire, rendit compte des mémoires 
recus pour le concours ouvert, en 182», relativement 
à lorgane de la fleur auquel on doit exclusivement 
donner le nom de Wectaire. 


Les concurrens n'ayant pas entièrement rempli les 
intentions de la Société, exprimées dans son pro- 
gramme, le prix n’a point été accordé, et le concours 
est continué à l’année 1825. 


M. le docteur Roques, l’un des Vice-Présidens, au 
nom de la section d'agriculture et de météorologie, a 
la un rapport sur des encouragemens accordés à trois 
propriélaires ruraux qui ont établi des paragrêles en 
paille sur leurs champs et qui en ont propagé l'emploi. 

Ensuite de ce rapport, le Président se leva de nou- 
veau el dit : « La Société Linnéenne accorde aujour- 
» d’hui à MM. le baron Cnrup, de Genève; BELTrRAME, 
» de Milan, et Asrozrtr, de Bologne, un exemplaire de 
» la collection complète de ses Mémoires, ainsi que 


> 


le diplôme de correspondant, pour avoir adopté les 
» paragréles en paille perfectionnés par M. Tuorran», 


( x 
» de Tarbes, et en avoir propagé l'usage. Elle désire 
que cette récompense serve utilement à l’agriculture, 


3 


et qu’elle soit, surtout aux yeux des cultivateurs 


français, la preuve du plaisir que les vrais Lin- 
» néens auront toujours de contribuer à ses progrès 


ÿ 


réels. La Société Linnéenne vénère comme amis 
» de la patrie, comme amis des hommes, ceux qui 
» s'occupent des moyens de détourner efficacement 
» la grêle de la maison paisible de lutile laboureur. 
» Elle appelle le concours de tous vers cet honorable 
» but, et désormais elle décernera, chaque année, le 
» 28 décembre, des récompenses à ceux qui l’aideront 
» à réaliser le bien-être des campagnes et de leurs 
» habitans qui sont les pères nourriciers de l’Etat et 
» ses plus sûrs appuis. » 


M Tuiégaur pe Berneaup obtient la parole et pro- 
nonce l'éloge historique de feu Axpr£ Tour, mort le 
27 octobre 1824. 


M. Tnéopore Descourrizz se lève ensuite et lit un 
mémoire sur le genre Nauchée, qu'il a dédié à l’un 
des membres honoraires de la Société Linnéenne. 


Enfin M. Gazax, Secrétaire-adjoint -archiviste, 
donne lecture du programme des prix annuels pro- 
posés pour des tableaux météorologiques, et qui seront 
décernés à dater du 28 décembre 1825. 


À quatre heures et demie, la séance a été levée au 


( xIv ) 
milieu des applaudissemens prolongés de toute l’as- 
semblée. 
Fait et signé, en séance publique, à l'hôtel de la pré- 
fecture du département de Ja Seine, le 28 décembre 
1824. 


Pour extrait conforme : 


Le Président, 
DESCOURTILZ, d. m. p. 


Le 1% Vice-Président, Le II: Vice-Président, 
C.-H. PErsooN. J. Roques, d. m. m. 


Le Secrétaire perpétuel, 


Tuiégaur DE BERNEAUD. 


BL UV LL AE VU UV VE UUUUU VU UE LULU UE LA VALLE LUS VAL VUL 


ANALYSE DES TRAVAUX 


DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS 


PENDANT LES ANNÉES 1823 ET 1824; 


Par M. TuiésaurT DE BErNEauD, Secretaire 
perpétuel. 


Quan» dans le chemin des sciences, a dit Bacon, tu 
trouveras une erreur, prends-en note afin de la détruire; 
imite en cela le voyageur qui, tout en passant , arrache 
les herbes nuisibles ou tue le reptile vénimeux qu'il 
rencontre sous ses pas. Gette obligation, Messieurs, 
est celle que la Société Linnéenne s’est imposée lors 
de sa fondation première en 1788 et à l’époque de son 
rétablissement en 1820. Instruire et honorer la patrie, 
voilà l’ambition des grandes âmes : tel est aussi le but 
des travaux et des recherches dont j’ai à vous entre- 
tenir. 

Dans l'intérêt de la cause commune, il importe, 
Messieurs, que chacun de vous pénètre jusqu’au sanc- 
tuaire du temple linnéen, et ÿ reconnaisse les géné- 
reux efforts que mes infatigables confrères aiment à 
faire pour débarrasser les sciences des erreurs et des 
entraves qui les enveloppent encore, pour combattre 
l’imposture et leur préparer de nouveaux progrès. De 
la publicité des actes d’un corps lettré dépend son 


( xvi ) 
existence réelle, de la nature de ses œuvres résulte sa 
vériiable importance : c’est sur ce dernier point que 
vous allez nous juger. 

Sans doute il est honorable pour moi d’avoir à mon- 
trer les nouveaux tributs déposés par les Linnéens sur 
l'autel de la science; sans doute je dois chaque année, 
à cette époque mémorable, éprouver un profond sen- 
timeni de joie et d’orgueil de me voir appelé à révéler 
le secret de tant de veilles utiles; mais pour ne point 
rester trop au-dessous de mes devoirs, le zèle le plus 
absolu, le dévoûment le plus entier ne suflisent pas, 
j'ai besoin, à mes confrères, de votre appui fraternel, 
j'ai besoin, à vous, Mesdames et Messieurs, qui daignez 
m'écouler, j'ai besoin de toute votre indulgence. Je les 
réclame; permettez-moi d’y compter. 


Lorsque nous portons nos regar . sur les phéno- 
mènes de la nature, nous les voyons tous liés les uns 
aux autres et leur union intime constituer l'harmonie 
des êtres. Mais pour pénétrer le secret de leurs lois di- 
verses, il faudrait, à l'exemple de Burrox, en embrasser 
les rapports les plus éloignés, et en même temps, comme 
Lixxé, saisir les traits distinctifs propres à chacun d’eux 
en particulier. Cette puissance du génie est réservée au 
siècle qui doit nous suivre; le nôtre est appelé à ras- 
sembler les faits, à les constater et à les exposer avec 
exactitude, avec simplicité, En attendant que nos mé- 
thodes d'investigation nous donnent les moyens d’arri- 
ver à la conquête de la vérité, qui est celle de l’ordre, 
notre devoir à tous est d'accueillir toutes les opinions, 
d'accepter le fruit de toutes les recherches, de favo- 


( xvir ) 

riser toutes les activités et d'empêcher qu'aucun germe 
d’aristocratie ne pénètre dans le domaine des sciences : 
cette hydre aux cent têtes souille tout, elle envenime 
tout, elle dévore tout. C’est donc pour préparer les 
nobles espérances de l'avenir et multiplier à l'infini 
les matériaux dont il doit s'emparer, que vous avez, 
Messieurs , réuni tous vos efforts et développé jusqu'ici 
les ressources présentes de l’art d’observer. 


HISTOIRE NATURELLE /Généralités). 


Comme dans les années précédentes, la grande ques- 
tion de la vie s’est offerte à vos méditations. Vous avez 
reconnu qu’elle est une dans la nature entière, qu’elle 
tend sans cesse à s’élever, et qu’elle est modifiée diffé- 
remment selon les divers corps organisés. Ses manières 

’être ont été ‘'udiées dans les animalcules infusoires 
par M. Acar:1 de Lunden, dans les hydrophytes par 
M. GrareLoupr, de Bordeaux, qui vous a remis à ce 
sujet une monographie fort intéressante, et dans les 
végélaux par M. Pascaris, de New-Yorck, qui les re- 
garde comme les premiers élémens de la vie animale. 

L'action plus ou moins perceptible des agens phy- 
siques sur ce phénomène, le premier de tous, action 
qui a fourni à M. Epwanps le sujet d’une belle suite 
d'expériences, a également été pour vous, Messieurs, 
un puissant motif de recherches. Ainsi, tantôt vous 
occupant de la distribution géographique des êtres qui 
peuplaient la terre avant les cataclysmes qui en ont 
plusieurs fois changé la face, et de ceux que l’on y voit 
aujourd'hui, vous avez cherché à faire cesser le vague 
que l’on reconnaît dans les écrits publiés jusqu'ici sur 


( xvut ) 

cet objet, et à ramener les observations à la grande 
pensée de Bnoussonxer. M. le docteur Rogsnaw, de 
Stockholm, s’est chargé, sur votre demande, de com- 
pléter son beau travail sur la géographie des plantes 
cultivées d'Europe. M. Tar£gaur pe BERNEAUD a jeté 
les premières bases d’un mémoire dans lequel il con- 
sidère les plantes et les animaux utiles dans leurs re- 
lations mutuelles entre eux et avec les localités, afin 
d’en déduire des règles certaines pour la naturalisation. 
M. ne LA Frexaye, de Falaise, vous a fourni de nou- 
veaux faits pour constater cette même analogie des lo- 
calités avec certaines espèces d’insectes, pendant que 
M. le docteur Pasrré cherchait dans les propriétés 
des plantes médicinales le caractère du terrain qui 
les nourrit et celui de l’atmosphère qui les enveloppe 
sans cesse. ; 

Tantôt, portant vos yeux sur les animaux renfermés 
vivans dans des corps solides, vous avez obtenu des 
résultats qui vous ont déterminés à prolonger le terme 
du concours ouvert en 1822 sur ce sujet. En attendant 
la solution de la haute question de physiologie pro- 
posée, vous m'avez chargé de citer honorablement 
MM. Dorsy, de Verdun-sur-Meuse ; LaAnpreAu, d’An- 
goulême, et Lapierre, de Roanne, pour les faits nou, 
veaux qu’ils vous ont communiqués. 

Avec la vie tous les êtres ont recu le besoin de sa 
conservation : c’est à ce sentiment propre à doubler 
les forces, que le philosophe rattache les premiers li- 
néamens de l’humaine société ; c’est aussi lui qui porte 
certains animaux à vaincre leurs habitudes pour s'unir 


avec des êtres plus faibles qu'eux. Plusieurs exemples 


(‘xx ) 

vous ont été cités; ils vous ont paru très-curieux, mais 
en même temps susceptibles d’un nouvel examen, d’un 
examen plus approfondi, dans la vue d'apprécier les 
véritables causes qui rapprochent ainsi des animaux 
de goûts si opposés et qui les décident à s’obliger mu- 
tuellement; dans la vue de s’assurer encore si l’asso- 
ciation est réciproquement consentie, si elle est de 
durée, et dans l'intérêt réel des individus ou de l’un 
d’eux seulement. 

Le sentiment de sa propre conservation semble 
perdu, pour certains animaux, dans l’espèce de fasci- 
nation que d’autres animaux exercent sur eux. Les 
observations que vous avez recueillies de M. Acaron, 
qui a remarqué le Vorticella convallaria fascinant des 
animalcules infusoires encore plus petits que lui pour 
s’en repaître, et de M. Ropar, d’Olemps, qui a vu des 
serpens et des vipères en agir de même à l’égard de 
belettes, d’oiseaux, de grenouilles, etc., dont ils fai- 
saient ensuite leur proie, n’ont pu vous trouver con- 
vaincus, comme quelques personnes paraissent l’être, 
que cette sorte de phénomène soit due à l’action ma- 
gnétique de certains corps; vous n’y voyez jusqu'ici 
que l’effet d’une frayeur poussée à son point extrême; 
elle anéantit toutes les forces vitales et ôte à l’animal 
frappé tout moyen de fuir le danger imminent qui le 
menace. 

J’ai dit tout-à-l’heure que la nature des lieux suffi- 
sait à l’œil habitué à bien voir pour connaître les êtres 
qui devaient s’y trouver; cependant il est des circon- 
stances où la misère et le despotismeretiennent l’homme 
comme caplif là où sa propre existence Jui ferait un 

! b. 


(xx) 

devoir de ne point demeurer. Alors, il ne tarde pas à 
perdre son noble caractère et à devenir victime des 
plus affreuses infirmités : tels sont les goitreux et les 
crétins qui peuplent les vallées basses ouvertes au pied 
du Mont-Blanc et des Hautes-Alpes. M. Cu. HensarT, 
de Nantes, vous a entretenu de ces races particulières, 
disons mieux, de ces pénibles dégénérescences, dont 
M. le docteur Fopéré, votre correspondant à Stras- 
bourg, s'était déjà occupé en médecin habile, en phi- 
lanthrope éclairé. 


PHYSIQUE APPLIQUÉE. 


Mais pour être bien connus, les phénomènes de la 
vie veulent que les autres phénomènes de la nature 
soient étudiés avec soin. Et comme tout s’enchaîne 
dans le vaste univers que nous explorons, il importe 
d'apprécier le degré d’action que les corps exercent 
les uns sur les autres, et de se rendre un compte rai- 
sonné des diverses théories adoptées jusqu'ici. C’est 
cet examen qui a amené M. Ginou, de Buzareingues, 
à se demander si la sensation du son devait être rap- 
portée aux vibrations d’un fluide gazeux, ou bien à 
l’action d’un fluide propre sur l'organe de l’ouie. 
Après des recherches approfondies, après une sage 
crilique de toutes Les opinions connues jusqu'ici, votre 
zélé correspondant est parvenu au point de pouvoir 
d'abord aflirmer qu’on ne peut, à l’aide d’un fluide 
gazeux, expliquer tous les phénomènes du son, et no- 
tamment sa transmission à travers les obstacles, ses 
modifications connues sous le nom de timbre et d’ar- 


ticulation , et son renforcement dans les lieux où il 


( xx1 ) 

rencontre des corps résonnans. Il a ensuite prouvé 
qu’on se rend plus heureusement compte de ces diffé- 
rens phénomènes à laide d’un fluide subtil, dégagé, 
dans la percussion ou dans la vibration des corps so- 
lides ou des gaz, sous forme de globules, composés 
d’une infinité de molécules sonores qui, se repoussant 
mutuellement, tendent à se propager dans l’espace. 
Ce fluide est encore, selon M. Ginou, composé de plu- 
sieurs séries de tons primitifs que les différentes vi- 
brations séparent comme le prisme en agit pour les 
couleurs. 

Pendant que M. Girou s’occupait ainsi de la théorie 
du son, M. Barzzy, dont les travaux tendent à décou- 
vrir dans les lois de la physique l’explication des phé- 
nomènes de l’organisation et de la vie chez les végé- 
taux, et la solution de plusieurs questions importantes 
pour la culture, vous donnait une idée de la nouvelle 
théorie de la lumière que soutiennent des noms illus- 
tres, et qu'il a exposée plus complétement encore dans 
un abrégé de physique qu’il vient de publier (1). Vous 
avez vu que celte théorie admet un fluide éthéré, émi- 
nemment subtil et universellement répandu, qui, par 
les vibrations diverses que lui imprime le corps lu- 
mineux, nous transmet, à travers l’immensité de l’es- 
pase, les couleurs et toutes les modifications de la lu- 
mière qui lui ont été primitivement communiquées. 
M. Barsy a voulu, par ce travail qu’il développera 
plus tard dans son entier, démontrer que la simplicité 


(1) Manuel de physique, où Elémens abrégés de cette science. 
Paris, 1825, 1 vol. in-18. 


( xxur ) 
et la fécondité du système présenté fournissait les 
moyens d'expliquer, sans le secours des hypothèses, 
tous les phénomènes, la marche de la sève et les prin- 
cipes de la physiologie végétale. 

Mais, quelle que soit l'opinion qu’on adopte sur la 
nature de la lumière, personne ne peut douter de ses 
brillans effets sur les nombreuses parties de la créa- 
tion : elle anime tout, elle donne du charme à la soli- 
tude Ja plus profonde, elle est pour la nature entière 
le souflle du bonheur. 

Quittons maintenant les hauteurs de la science et 
descendons vers les objets particuliers qui fournissent 
un aliment habituel à votre docte curiosité, et à la 
science l’éclaircissement de quelque portion du syÿs- 
tème général. 


MAMMALOGIE. 


On avait jusqu'ici regardé le tapir comme particu- 
lier à l'Amérique du Sud, et l’on attribuait à une im- 
portation plus ou moins rapprochée les individus que 
l’on trouvait dans les forêts de l’ile de Sumatra et de 
la péninsule de Malaca. Pendant que M. Dran» en- 
voyait au Muséum d'histoire naturelle la dépouille de 
ce dernier animal et une tête osseuse ; pendant qu’on 
s’assurait de la différence des deux espèces, la Société 
Linnéenne demandait des renseignemens particuliers 
à ce sujet à ses correspondans aux Indes orientales. 
Il résulte de ceux obtenus, 1° que le tapir de l’Inde 
diffère de celui du continent américain, non-seulement 
par la longueur de sa trompe, la couleur blanc-sale 
de sa peau qui passe pour être imperméable à l’eau, 


{ XXII ) 
mais encore par l’absence de la crinière sur le cou du 
mâle; 2° et qu’il est indigène aux grands bois maré- 
cageux de la Chine orientale, où il est connu sous le 
nom de Me, et d’où il est descendu sur le territoire 
de Malaca et de Sumatra. 

Il vous a été lu, par M. Noyer, de Cayenne, un mé- 
moire sur les cochons-marrons vivant en troupes dans 
les forêts de la Guyane, et sur le pecari ou patira, es- 
pèce très-voisine du cochon-marron, mais avec lequel 
il ne se mêle jamais. Dans ce mémoire, l’auteur relève 
les erreurs commises par AzArA, qui n’avait observé 
ces animaux que dans l’état de domesticité (1). 

M. Tuiésaur pe BerneauD s’est occupé des animaux 
domestiques sous le double rapport de leurs mœurs et 
de l’éducation dont ils sont susceptibles, de leurs be- 
soins et des moyens d’y pourvoir le plus utilement 
pour eux et pour l’homme des champs. Ge grand tra- 
vail fait partie d’un ouvrage qu'il se propose de publier 
incessamment. 


ORNITHOLOGIE. 


M. Cnavanxes, de Lausanne, s’est assuré que la grue 
ne doit point rester dans le genre Ardea, où Linné l’a 
placée; ses preuves, il les a puisées dans les organes 
de la respiration, de la voix et de la digestion. Si la 
grue se rapproche du héron par sa taille, la longueur 
de son cou et de ses jambes, elle s’en éloigne par l’œ- 
sophage qui est étroit,à plusieurs tuniques, et par son 
estomac très-musculeux. Gomme les gallinacées et les 


(1) Ce mémoire est inséré dans la Bibliothèque physico-econorrique, 
tom. XIV, pag. 80 et suiv. 


( xxiv ) 

granivores, la grue avale des fragmens de quartz et 
autres pierres pour aider à la trituration des substances 
dures dont elle se nourrit. Outre ces renseignemens 
neufs, M. Gnavannes vous apprend encore que la jeune 
grue a la tête entièrement couverte d’une sorte d’é- 
dredon de couleur grise; adulte, elle a l’occiput chauve, 
coloré en rouge, et la partie antérieure chargée de pe- 
tites plumes noires. Sa chair, quoiqu’on ait publié le 
contraire, est un mets très-distingué, 

M. Bonpes, administrateur de l’enregistrement et 
des domaines, occupé, depuis 1821, de l’éducation des 
aras bleus, et M. le docteur G. DronsArT vous ont 
fourni de nouveaux renseignemens relatifs à la nais- 
sance de ces perroquets en France, et surtout à Paris; 
ils ont en même temps détruit quelques erreurs échap- 
pées à la plume de M. Lamounoux, de Caën, dans un 
mémoire qui fait partie du deuxième volume de vos 
Actes (1). 

M. Noyer, de Cayenne, que je viens de nommer, 
vous à encore communiqué des notes qu’il a recueil- 
lies à la Guyane relativement aux couroumous ou 
grands vautours, où ils sont très-communs, et où ils 
purgent le pays des cadavres d’animaux de toute espèce 
que la iner dépose sur le rivage. On trouve toujours 
ces oiseaux dans les environs des cases de Nègres, et 


(1) Le petit du ara ne se couvre point de duvet avant le deuxième 
mois de sa naissance ; la femelle seule est chargée des devoirs de l'in- 
cubation et de la nourriture; le mâle n’y prend d’autre part que celle 
de défendre Papproche du nid. Les œufs éclosent le vingt-deuxième 
jour. Avant läge de cinq ans le jeune ara peut se reproduire en 


Jrance. 


( xxv ) 

il n’est pas rare de les voir s’y mêler aux canards do- 
mesliques pour leur disputer les restes des cuisines. 

De leur côté, MM. Hozzanpre, de Metz, et LApPiERRE, 
de Roanne, ont écrit pour vous l’histoire particulière 
des oiseaux que l’on rencontre habituellement dans 
les départemens de la Moselle et de la Loire. L’un et 
l’autre ont suivi la méthode de Tewwixer (1), et ils 
vous donnent diverses indications curieuses sur la ra- 
reté, les lieux et les époques de l’apparition de chaque 
espèce. Un pareil travail, fait dans chaque département, 
reclilierait bien des erreurs, et présenterait les véri- 
tables matériaux d’une ornithologie complète de la 
France. Vous le demandez, Messieurs, à tous vos cor- 
respondans nationaux, et vous les invitez à ne point 
négliger les détails qui peuvent vous éclairer pour la 
distinction des espèces, tels que les cris, le chant, les 
habitudes, le nid, la forme et la couleur des œufs (2). 
Ils répondront tous à vos vues patriotiques, n’en dou- 
Lez pas. 

Tandis que M. Scuinz, de Zurich, publie son bel 


ouvrage sur les nids et les œufs des oiseaux de l’Eu- 
rope, M. Moquix-Taxpox, de Montpellier, se livre à des 


(1) Voyez son Manuel d'ornithologie, se édition. 

(2) On sait les erreurs de plusieurs ornithologistes qui ont pris 
pour le même oiseau la corneille-corbine et le freux dans sa pre- 
mière année. Brisson et Burrox ont regardé avec raison le sizerin 
et Le cabaret comme deux espèces distinctes; cependant on s'efforce 
aujourd’hui à ne les présenter que comme des individus d’une même 
race; leur chant, leurs voyages, leur demeure, la forme de leur nid 
et les couleurs de leurs œufs sont des signes trés-distincts, faciles à 
voir. 


( xxvr ) 

recherches sur les divers états sous lesquels on ren- 
contre l’œuf, avant et après l’incubation, non-seulement 
chez les oiseaux (1), mais ençore chez les poissons, les 
reptiles, les insectes et les vers. En applaudissant à 
l’utile entreprise de ce jeune naturaliste, vous avez re- 
connu, Messieurs, qu’il réunit toutes les conditions né- 
cessaires pour la remplir dignement. 


HERPÉTHOLOGIE. 


Depuis plusieurs années le monde savant désire la pu- 
blication des recherches importantes auxquelles M. Des- 
courTiiz s’est livré pendant son séjour aux Antilles, 
sur le caïman ou crocodile de Saint - Domingue; les 
vœux de tous les naturalistes vont être satisfaits, ce 
grand ouvrage est sous presse. À une description très- 
exacte de toutes les parties de ce dangereux animal, 
votre Président, Messieurs, a réuni les remarques les 
plus curieuses sur le développement et accroissement 
du petit, sur ses habitudes dans toutes les phases de 
la vie; il a peini la fureur brutale et jalouse des mâles, 
les mœurs de la femelle qui abandonne, comme les 
tortues, à l’action du soleil l’espoir de sa postérité, la 
férocité du petit à sa sortie de l’œuf, et les différentes 
chasses que l’homme livre sans relâche à l’affreux 
reptile. Tous ces faits, recueillis avec l’infatigable ar- 
deur d’un savant avide de découvertes utiles, avec le 
talent d’un observateur consommé, compléteront l’his- 
toire des crocodiles écrite par M. Grorrroy-Sainr- 
Hiraime, sur les bords du Nil,et par M. Cuvier, en 


(1) Un premier mémoire est imprimé plus bas, pag. 38 el suiv. 


( xxvIr ) 
présence de toutes les espèces rapportées des "deux 
mondes. 
ICHTHYOLOGIE,. 

Les trigles qui peuplent les eaux de la mer de Nice, 
ont offert à M. Risso la matière d’un travail, dans le- 
quel le savant ichthyologiste vous a fait parfaitement 
connaître et le genre et les espèces variées de ce pois- 
son (r). Nous désirons que ce mémoire serve de mo- 
dèle à ceux qui s’occupent des poissons. 

Vos archives se sont enrichies d’un manuscrit ré- 
digé, sur la demande de l’un de vos membres, par feu 
JEAN Tnore, de Dax, et ayant pour titre : Notes pour 
servir à l'ichthyologie fluviatile et maritime du dé- 
partement des Landes. Vous y avez trouvé des ren- 
seignemens précieux pour l’histoire naturelle de la 
France. 


MOLLUSGOLOGIE. 


Peu de temps avant sa mort, le célèbre Conrea DE 
SERRA vous avait promis une histoire complète de cette 
espèce de Méduse, connue sous le nom de Rhizostome, 
qui ressemble aux plantes pour son mode de nutrition. 
D’après les fragmens qui vous ont été lus, vous devez 
éprouver de grands regrets pour la perte de ce savant 
doublement cher À vos cœurs, et comme observateur 
palient, exact, et comme un des premiers correspon- 
dans de la Société Linnéenne à l’époque de sa fon- 
dation. 

Un mémoire détaillé vous a été donné par M. Turé- 
BAUT DE BERNEAUD sur la pinne-marine, dont il étudia 
PR RS EURE ou à © NUM Le se lisent Mit à 


(1) Voyez pag. 24 et suiv. de ce vol. 


( xxvin ) 

les mœurs dans le golfe de Tarente et aux bords de 
l'ile de Nisida, où l’on distingue aisément, au milieu 
des flots cristallins d’une mer rarement agitée , le 
byssus de ce mollusque. Votre confrère vous a fait 
connaître en même temps la véritable destination de 
la pinnothère que l’on découvre dans presque toutes 
les pinnes-marines, et dont l'existence singulière a 
donné naissance à des traditions plus ou moins étran- 
ges. Il vous a prouvé que ce petit crustacé n’est point 
et ne peut être le pourvoyeur de la pinne-marine, 
comme on l’a dit, mais bien un ami qui reçoit d’elle 
l'hospitalité, et qui la paie de ce bienfait en l’avertis- 
sant des approches de lArgonaute-Argo, le plus re- 
doutable de ses ennemis. Cette observation déjà an- 
cienne (1), a été refaite par Hassgzquisr (2), et con- 
firmée à vos yeux par l’examen de toutes les parties 
de la pinne-marine, par l’exposé des ruses de l’argo- 
naute et celui des mœurs de la pinnothère. 


HELMINTOLOGIE. 


M, Garéxa, de Turin, s’est occupé de recherches 
irès-suivies sur les annélides hirudinées qui vivent ou 
sont en usage dans le Piémont (3). Le mémoire qu’il 
a publié à ce sujet est soigné et remplit parfaitement 
les intentions du naturaliste qui demande des détails 
exacts. Les espèces nouvelles décrites par votre pa- 


(1) N. Panrnexu Gianwerrasu, Halieutica, lib. VIN, vers. 560 
et seq. 

(2) Voyage dans la Palestine, We partie, pag. 448. 

(3) Mer. dell Accademia delle scienze di Torino, vol. XX V, p.253, 
et vol. XX VIF, paz. 321. 


(xxx ) 
tient correspondant resteront, parce qu’elles sont éta- 
blies sur des différences sensibles d'organisation, d’ha- 
bitudes, et sur une plus ou moins grande tenacité 
de vie. 

Aux espèces établies par M. Car£éna, il en a été ajouté 
une nouvelle par M. pe Sainr-Amans, d'Agen. Quel- 
ques critiques ont cru reconnaître l’'Hirudo oscillatoriæ 
du président de votre colonie de Lot-et-Garonne (1), 
tantôt dans l’AHirudo marginata de Muzrer (2), tantôt 
dans l’AHirudo paludosa de M. Gar£na. Un examen 
plus réfléchi eût montré de grandes différences entre 
elles ; en effet, si l’ÆHérudo oscillatoria ressemble à la 
première par un cou bien distinct, par la tête qui est 
très-prononcée, et à la seconde, en ce qu’elle balance 
son corps par des mouvemens ondulatoires qui durent 
fort long -temps, elle s'éloigne de toutes les deux en 
ce qu’elle ne se roule point en boule à la manière des 
onisques, qu’elle nage, qu’elle n’adhère jamais, comme 
l’Hirudo marginata, avec son large disque à la sur- 
face de l’eau, et que sa robe n’est point jaunâtre ni 
parsemée de très-petits points verdâtres très-rappro- 
chés comme celle de l’/Zirudo paludosa. 

Durant son séjour à Paris, M. le docteur Garrère 
vous a entretenu d’une espèce nouvelle d’acéphalo- 
cyste qui vit dans le cerveau de l’homme, et détermine 
une maladie cruelle que votre confrère reconnait être 
de la même nature que le tournis qui désole si souvent 
nos troupeaux de bêtes à laine. M. Gannère vous a fait 


(1) Voyez pag. 193 du présent volume, 
(2) Verm. terrest. et fluviat., n° 174. 


(xxx) 
suivre pas à pas les effrayantes douleurs auxquelles 
succomba le malheureux qui donna lieu à cette ob- 
servation de la plus haute importance pour l’art de 
guérir (1). 

Puisque j'ai parlé du tournis des moutons, c’est le 
moment de mentionner ici les études que M. Ginou, 
de Buzareingues, a faites sur celte maladie. Ses obser- 
vations très-nombreuses,et répétées sur un grand trou- 
peau, plusieurs années de suite, lui ont donné des ré- 
sultats tels qu’il en a déduit les aphorismes suivans : 
le tournis est causé par la présence dans le cerveau 
d’un ou plusieurs hydatides ; —ils n’ont point de place 
fixe; — de leur siége dépendent les caractères de la 
maladie; — lorsque l’hydatide exerce sa pression sur 
la moëlle allongée ou sur le cervelet, l'animal est sujet 
à tomber, mais il ne perd point ses facultés intellec- 
tuelles ; — lorsque le cerveau est offensé, les progrès de 
la stupidité sont en raison de la diminution de cet or- 
gane;—on ne peut guérir le tournis;— la maladie n’est 
apparente que quand l’hydatide a acquis un gros volume, 
et alors une grande partie du cerveau est détruite, ou 
bien quand plusieurs petits hydatides occupent l’espace 
d’un grand, et dans cas, il est impossible d’en déter- 
miner le siége et le nombre; — l’agneau ne survit 
point à l’opération du trépan, ni à la ponction du tro- 
car, ni à l’ustion, et s’il y survit, c’est pour mourir 


peu de jours après; — ainsi dès qu’un agneau parait 
atteint du tournis, il faut l’abattre : sa chair est aussi 


bonne et aussi saine que celle des autres agneaux; Ja 


(1) Voyez pag. 196 de ce vol. 


( xxx) 
tête seule doit être enfouie. — Le tournis est hérédi- 
taire dans sa cause; — il y a des époques où il exerce 
spécialement de grands ravages. Tous ceux qui s’oc- 
cupent réellement de l’art pastoral ont confirmé ces 
règles invariables. 


ENTOMOLOGIE. 


Vos richesses entomologiques ont été augmentées 
de plusieurs insectes nouveaux, tels sont le Dorthesia 
Delavauxii et V'Agenia lamii dont la découverte est 
due à MM. Deravaux et Tn£opore Descourrizz (n)s 
le charançon de l'olivier qui a causé tant de ravages 
dans le département du Var, en 1825, et dont vous 
devez la description à M. Laure, de la Valette (2). 

M. Tai£paur DE BERNEAUD, en continuant ses études 
sur les mœurs des fourmis, a remarqué que, en pri-- 
vant les mâles de leurs antennes, ils perdent aussitôt 
la faculté de voler; ils font bien le mouvement néces- 
saire pour s'élever, ils le répètent même souvent, mais 
ils ne peuvent plus tirer parti de leurs ailes. 

L’infatigable M. Vazror, de Dijon, qui vous a fourni 
des notes sur les insectes qui vivent aux dépens du 
vinetier, du tabac, du fraisier, et même du lilas que 
certains écrivains disent ne servir de nourriture ni 
aux quadrupèdes herbivores ni à aucune espèce de 
Ru à menus | 2:<./ MEME à +: de: 

(:) Voyez plus bas, pag. 285 et 293 de ce vol. 

(2) 11 dévore les feuilles nouvelles, les boutons à fleurs et Les som- 
mités des jeunes bourgeons. Il est noir, un peu globuleux, et long 
d'environ 4 millimétres. On lui a donné le nom de Chaplun ou Cou- 


peur dans les campagnes de Toulon, où il s’est singuliérement mul- 
tiplié depuis 1819 et 1813. 


( xxx11 ) 

larves, vous a entretenu des moyens que l’araignée à 
croix papale (Æranea diadema L.) emploie pour dresser 
sa toile à des distances qui paraîtraient impossibles, 
si l’on ne connaissait pas la force de projection avec 
laquelle elle lance ses longs fils d’un arbre à un autre. 
Il vous a de plus entretenu de la saperde, dont la 
larve vit dans l’intérieur des tiges du chèvrefeuille, et 
dont l’insecte parfait ne se montre que tous les deux 
ans. Après avoir bien étudié les mœurs de cet insecte, 
M. Vazror vous a fait voir qu’il est mal nommé par 
ceux qui le désignent sous le nom de Saperda ophihal- 
mica, et qu'il vaudrait mieux l’appeler Saperda loni- 
ceræ, puisqu'il paraît certain qu'on le trouve seulement 
dans les tiges de cet arbuste sous forme de larve et à 
la surface inférieure des feuilles quand il est insecte 
parfaiL. 

Je ne dois point oublier ici M. Boxarous, de Turin, 
qui s’occupe spécialement du ver à soie, et qui a tant 
fait pour améliorer le système d’éducation auquel on 
soumet cet insecte et pour obtenir de plus grands pro- 
duits de son travail. Depuis l’introduction du ver fileur 
en Europe, personne n’en a retiré autant de profits que 
votre laborieux confrère auquel la science doit d’avoir 
vu perfectionner la méthode de Danpozo. 

MM. Gopanp et Duménis continuent leur bel ouvrage 
sur les papillons indigènes à la France; mais le travail 
le plus remarquable en entomologie sera celui que 
M. Ler£vune pe Genisy se propose de livrer incessam- 
ment à l'impression sur les sphyngides crépusculaires. 
Cette monographie contient près du triple des espèces 
déjà décrites. Durant le séjour qu'il vient de faire dans 


( xxxIT ) 

la Grande- Bretagne , votre habile confrère a visité 
‘toutes les collections que possèdent les Anglais et les 
Ecossais, et surtout celle si précieuse de M. ALEXANDRE 
MakueEY, de la Société Linnéenne de Londres. M. pr 
 Genisy, qui réunit aux talens d’ un observateur éclairé 
l’art. de manier très-habilement et le crayon et le pin- 
ceau, va enrichir cette partie des sciences naturelles 
d’un ouvrage neuf, où chaque espèce sera peinte et 
décrite en présence des individus mêmes et avec toute 
l'exactitude que chacun de vous lui connaît, 


_:. BOTANIQUE: 


Les études botaniques long-temps limitées. aux 
plantes phanérogames, que leurs belles ‘couleurs, que 
leurs formes élégantes, que leurs suaves parfums asso- 
cient aux joies, aux souvenirs de tous les âges, pren- 
nent depuis peu d’années une direction sensible vers 
la cryptogamie. Cette partie de la science est pour ainsi 
dire vierge, et demande à celui qui veut l’explorer une 
- attention minutieuse, une patience plus grande encore 
que celle du botaniste ordinaire; les manières d’être 
des singuliers végétaux qu’elle renferme enrichiront 
la physiologie de données nouvelles; elles agrandiront 
les vues de ceux qui’considèrent la botanique dans 
son ensemble, dans les lois qui régissent chaque fa- 
mille, chaque genre en particulier, et dans les rapports 
naturels qui lient les plantes les unes aux autres, et à 
toutes les productions diverses de la nature. 

Pour étudier.les cryplogames avec un avantage 
réel, il fallait, outre un guide assuré dans la partie 
descriptive, connaître le lieu des recherches, et savoir 


A 


( xxx1v ) 
comment on doit les recueillir, les préparer et les con- 
server dans les herbiers; aucun botaniste n’était plus 
en état de tracer des instructions à ce sujet que le 
modeste M. Pensoon, le premier de tous les mycolo- 
gistes. Il a cédé, Messieurs, à vos désirs, et aujourd’hui 
ses conseils sont adoptés généralement (1). 

-Ce savant confrère a bien voulu présider à toutes 
les recherches entreprises par vos correspondans, le- 
ver leurs doutes et répondre à leurs questions nom- 
breuses. C’est d’açcord avec lui que vous avez voté des 
remercimens à M. Louis ne BronDEAu, d'Agen, pour 
avoir enrichi la Flore française du Conoplea cylindrica 
qui s’attache aux graminées; du Calycium populneum, 
remarquable par sa petitesse, qu’il a trouvé sur l’é- 
corce des jeunes pousses du peuÿlier noir; de lÆect- 
dium convolouli que l’on voit, en été, sur les feuilles 
du liseron; et du Fuligo cerebrina, espèce. nouvelle 
dont la forme imite en quelque sorte la figure du 
cerveau. NE : 

Vous avez également voté des remercimens à. 
MM. Desmazières, de Lille; Varror, de Dijon; Bou- 
nier, de Versailles, et Tui£mauT pe BERNEAUD, pour 
les espèces qu'ils ont découvertes. Le premier a décrit 
et figuré une espèce fort curieuse de carpobole qu’il 
nomme Cyclophorus, à cause du grand cercle rouge 
orangé très-vif qu’elle porte : ce cryptogame jouit 
d’une propriété hygrométrique très-sensible. M, VazLor 
a trouvé une nouvelle æcidie à la surface des feuilles 
radicales de la Valeriana tuberosa ; M. Bounier, un 


(1) Ces in tructions se trouvent dans ce volume, pag. 79 et 4ar. 


(:xtxv ) 

agaric .non décrit voisin de l’Agaricus cirratus de: 
P£nsoon, et une pézize également inconnue qui a de 
grandes aflinités avec le Pezizu crenata de Busriarn; 
il a de plus augmenté la Flore des environs de Paris 
du Peziza badia de Présoon. Enfin ‘M, Fui£gaur pe 
Benxeaup a le premier chservé en France le Fibril- 
daria subterranca qui se’ cache sous terre, mais qui 
fixe ses longs bras aux vieilles souches et même aux 
arbres vivans aû moyen d’une membräne hyssoïde.- 

: Vous avez en outre -applaudi à l'ouvrage qu’entre- 
pr-ad M. le docteur Fuzeis-Gnevazsren sur les hypo- 
xylons; cette grande tribu de la cryptogamie, dont les 
individus sont d’une conservation djflicile et suscepti- 
bles d’être altérés par le temps, demandait que l’on 
fixât par la peinture ses caractères microscopiques, 
c’est ce que fait le savant botaniste. La première li- 
vraison, la seule imprimée jusqu'ici, contient le com- 
mencement de l’histoire particulièré dès graphidées 
et six planches gravées avec soin. 

L'infatigable M. Pinsoon a créé le genre Gyroce- 
phalus qui sert de passage des trémellacées aux hel- 
vellacées (1). MM: Nezs D’Esexpecx ont décrit une 
éspèce très-remarquable de polypore qu'ils ont reçue 
de l'ile de Java {2), et M. Louis ne BronDEAu yous à 
fait connaître une variété de l'Agaricus tigrinus de 

 BurcianD qui, par ses ramifications monstrueuses, est 
susceptible de tromper le botaniste qui n’a pas été à 
portée d’observer son développement dans diverses 


(1) IL est décrit et défiguré pag. 75. 
(2) Voyez plus bas, pag. 258. 


Ce 


( XXXVI ) 
localités et d’en suivre attentivement les nombreux 
écarts.(1).. j 

M Packs, de. Lyon, a relevé une eïreur commise 
par” tous .ceux qui ont écrit sur les Lycopodium (2), 
et M. Desvaux, d'Angers, a complété le travail sur les 
mousses, qui fait partie du FRAIS volume de vos Mé- 
moires (3). 

Vous devez encore à ce dernier correspondant quel- 
ques observations relativement. aux paradoxes publiés 
jusqu'ici sur les prétendues transmutations du nostoc. 
M. Dgsvaux reconnait l'existence de. mouvemrens ap- 
préciables dans les parties composant ce végétal bi- 
zarre, mais il n’y voit pas un motif pour le placer, 
comme le veulent certains naturalistes, en tête du 
règne animal-,(4) ; il nie positivement que la matière 
verte puisse lui donner naissance, ainsi que le croit 
Ixcex-Housz, et qu’il se change en collémie, comme 
le dit M. H. Cassini : le collema est pourvu d’un spo- 
range semblable à celui de presque tous les genres de 
la famille des lichenées. Le nosfoc est une plante sui 
generis, qui à des rapports avec les ulves, les rivulaires, 


(1) BatrarA, dans son livre intitulé : Fungorum agri ariminensis 
historia, lui donne trois noms différens et en publie ‘trois ligures. 
M. pe Cawpoze en a fait une espèce particulière sous le nom de 
Agaricus Dunalii. Dans sa Flore agénoise, M. pe Saint-Amans Pa- 
vait citéesous cette dernière dénomination, il a depuis reconnu ler- 
reur. 

(2) Voyez son mémoire, pag. 298: 

(3) Recourez à la pag. 211 de ce volume. 

(4) Voyez le résumé de toutes les opinions émises sur le nostoc 
que j'ai donné dans le It volume, pag. 488, des Mémoires de la 


Société. 


( xxxvir ) | 
les algues, mais qui ne peut-être confondu avec elles 
lorsqu'on l’étudie sans prévention. | 

À leur tour, les hydrophytes ont été pour M: pe La 
PyLaie le sujet d’une observation suivie pendant plu- 
sieurs années. il les a examinées dans leur mode-de 

végétation et. de reproduction, dans leurs différens 
âges, dans leurs relations avec l'air atmosphérique et 
les eaux qu’elles habitent. 11 ne s’est pas contenté de 
les étudier à Terre-Neuve et dans l'espace qui sépare 
cette grande île, célèbre par ses pêches, du continent 
américain, où Ja liberté s’est réfugiée; il les a suivies 
encore sur toutes nos'côtes dep uis le 45° jusqu’au 49° de- 
gré de latitude. Enfin, votresavant confrère, Messieurs, 
a voulu s’assurer de l'utilité des hydrophytes dans la 
nature, les ‘arts et dans les usages domestiques. Il a 
terminé cette belle monographie, qui ne tardera point 
à paraître, en jetant un coup-d’œil sur les classifica- 
tions diverses de ces plantes et sur les bases adoptées 
par M. Lawoüroux, voire correspondant à Caën. 

MM. Descourriez, Desvaux, PErsoonw, Risso, Gourix. 
et Desmazières Vous ont lu des mémoires particuliers 
sur le Weratrum sabadilla (1), sur le genre nau- 
chée (2), sur le genre Sychinium et trois nouvelles 
espèces de Dorstenia (3), sur une nouvelle espèce de 
Cerastium trouvée près de Paris (4), sur les princi- 
paux châtaigniers indigènes et cultivés dans les Alpes 


(1) IL est inséré dans ce vol., pag. 162. | 
(2) Ce mémoire paraîtra dans :e IVe vol. 


(3) Ces mémoires feront partie du IVe volume des Âctes de la So 
ciété. 


(4) Idem. 


( xxxvu ) 
maritimes (1),sur quelques espèces de primevères (2}, 
et sur le Puniex nemolapathum de Linxé fils et le 
Buimceæ nemorosus de SCHRADER , qui ont été con- 
fondus par la plupart des naturalistes. 

. Et tandis que M. Cozra, de Turin, créait un nou- 
veau genre. daus la grande famille des orchidées (3), 
et qu’il soumellait à un examen critique une rubiacée, 
nommée par les jardiniers Melanopsidium nigrum, 
pour en former un nouveau senre sous le nom du pro- 
fesseur Viyran1, votre: correspondant à Gènes (4), le 
sol français découvrait awzèle éclairé des Linnéens, 
des plantes phanérogames indigènes et cependant nou- 
velles pour sa Flore; savoir : le Fe plantaginéa, j jus- 
qu'ici estimé äppartenir uniquement à P Amérique sep- 
tentrionale, et que l’on trouve abondamment dans un 
marais du département de l'Isère, situé à deux myria- 
mètres de Lyon (5); le Ranuneulus sub apetalos qui 
se montre parfois au bord : des haies dans la plaine 
voisine de l'embouchure de l'Ain (6 js un Ærodium 
très-différent de VÆ rodium romanum de WiLpexow, 
qui existe aux environs de Fréjus; une Potentilla en- 
iièrement velue et portant des feuilles ternées et qua- 


(1) Ce mémoire est inséré dans le XVe vol., pag. 146, de la Bi 
blicthèque physico-écoriomique. . 

(2). Voyez plus bas, pag: 236 et suiv, 

*(3), Le mémoire est dans ce vol., pag. 152 ét suiv. 

(4) Le mémoire et la planche qui font connaitre ce nouveau genre 
seront imprimés dans le IVevol. des Actes delx Société. 

(5) Cette plante, trouvée par M. Manior, est sujette à manquer 
dans les années de sécheresse. 

(6) Voyez pag. 13 du Bulletin Liunéen, à la fin de ce volume; on . 
doit cette plante à M, Vicror Aucer, de Saint-Rambert, 


à 


('xxxix ) 

iernées, originaire des monts de Moustiers, et un Ci- 
neraria des environs de Castellanne, si voisin de lal- 
pina de ALLIGNT, qu’on ne peut plus nier l’existence 
de cette variété; il est assez rare, et colonneux dans 
toutes ses parties (1); un Lithrum nummulariæfo- 
lium découvert aux environs de Dijon (2); enfin une 
variété monstruguse de la V’aleriana officinalis trou- 
vée dans les forêts, essence de chêne, des départemens 
de l'Allier et de la Loire (3). 

On s’est assuré que lAlisma plantago est sujette 
à varier à l'infini la forme de ses feuilles. M. Euenic, 
votre correspondant à Gastellanne, Fa vue très-abon- 
dante dans les eaux de l’Eygoutier, près de Toulon, et 
affecter la forme du feuillage des vallisnéries ; M. Tni£- 
gAuT DE BERNEAUD en à recueilli des individus entre 
Bercy et Charenton, en1822 et 1824, portant des feuilles 
linéaires entitres et des feuilles sagittées. Ces sous- 
variétés ne donnent point de fleurs, du moins j jusqu'ici 
on n’en a point encore observé. 

M. Bowarcus, de Turin, a recueilli des fruits, depuis 
1822, du Ribes aureum, originaire des rives du Mis- 
soury, qu’il cultive en pleine terre. C’est une acquisi- 
tion de plus pour Le jardin fruitier et un bel arbrisseau 
de plus pour les jardins d'ornement (4). 


(1) Ces diverses plantes ont été recueillies par. M. le docteur EmEr- 
mie, de Castellanne. 

(2) Cette espèce est due à M. Vazzor, de Diôn. 

(3) M. Lapierre, de Roanne, en possède qui ont une tige con- 
tournée en spirale de 29 centimètres de haut; la base a 27 milli- 
métres de diamètre, et la partie supérieure, où naissent les fleurs, 
81 millimètres de diamètre. 


(4) Cet arbrisseau se divise en nombreux rameaux; il se couvre de 


(rue) 

Le Phormium tenax, dont la conquête paraît assu- 
rée à notre économie rurale, a fourni à MM. GiLLerT 
ve Laumonr, l’un de vos membres honoraires, et Tii- 
BaUT DE BErRNEAUD, le sujet d'observations curieuses 
sur sa germination. Ce dernier confrère vous a lu un 
mémoire très-détaillé sur cette plante textile qu'il a 
soumis à de nombreux essais et dont il a donxé le pre- 
wier une figure exacte (1). 

M. Courrer, votre correspondant à Dundalk, en 
Irlande, s’est occupé des dipsacées sous le rapport de 
leur organisation générale, mais il s’est réservé de vous 
ofrir plus tard la monographie complète de cette fa- 
mille qu'il divise.en six genres (2), et dans laquelle le 
calice propre extérieur est analogue à.l’involucelle des 
ombellifères. M. Gausesskpes à publié les premiers 
élémens d’une monographie des spirées; MM. Ness 
D'EseNBECx ont donné uné collection très-intéressante 
d’hépatiques propres à la grande île de Java (3); M. px 
SCHWEINITZ Continue son synopsis des carex indi- 
sènes à l’Amérique du Nord (4); M. Tonrey a dressé 
le catalogue des plantes rares des montagnes de 


jolies fleurs d’or, disposées en grappes axillatres, du plus bel effet 
possible, et porte des fruits peuts, noirs, allongés, trés-abondans 
et légérement acidules. 
(1) Ce mémoire par‘ dans le IVe vol. des Actes de la Société. 
(2) Ces genres sont : : ina, Dipsacus, Cephaldria, Knautia, 
Pterocephalus et Scabiosa. 


(3) Vova acta physico-medica Academiæ naturæ curios. Lonnens., 
tom. XIT, pag. 181 et suiv. 


(4) Annals of the Lyceum of natural history of New-Fork, 
vol. J, pag. 62 et sutv 


(-xén.) 
Rocky (1), et M. le docteur Escaweizer, de Munich, a 
soumis au monde savant un nouveau système pour la 
grande tribu des lichens qu’il partage en sept cohortes 
bien distinctes (2). 

Plusieurs Flores vous ont été offertes. Celles de 
Longwi et de Madère vous sont parvenues manuscri- 
tes: l’une est dressée par M. MonrTaGxe, l’autre par 
l’'intrépide Bowpicu qui a trouvé la mort sur les rives 
meurtrières de la Gambie qu'il remontait pour la se 
conde fois ,.et qu’il explorait avec une ardeur toujours 
nouvelle. La Kore de Terre-Neuve et des îles Saint- 
Pierre et Miclon, fruit d’une exploration faite, en 1816, 
1819 et 1820, par M. B. pe La PyLAIE, sera imprimée 
en 1825, en deux volumes in-4°, avec cent figures 
analytiques dessinées sur les plantes vivantes. 

La Flore médicale des Antilles que MM. Descourtirz 
publient avec autant de soins que de rapidité, est ar- 
rivée aujourd’hui à sa 45° livraison. Cet ouvrage im- 
portant à la science par ses descriptions exactes, par 
les savantes récherches de votre Président, et les belles 
planches exécutées par son fils aussi bon botaniste que 
dessinateur habile, est indispensable sous le rapport 
de la botanique et surtout sous celui de la médecine 
légale. L’utile et l’agréable que l’on trouve réunis dans 
chaque article er font un livre de bibliothèque qui sera 
toujours consulté avec plaisir et avec profit. 


A © Û © © ————— ——— —  ——— M | 

(1) Annals of the Lyceum of New-Vork, tom. I, pag. 32. 

(2) Les graphidées, les verrucaires, les trypéthéliacées, les parmé- 
liacées, les dermatocarpées , Les plocariées et les usnéacées. Voyez 
son Systema lichenum. Norimbergæ , 1824, in-4°, avec une planche 
hthographiée. 


( xun } 

Outre ce grand ouvrage, M; Tné£onore Drsscourriez 
en. fait imprimer ‘un autre qui fixera l'attention des 
amateurs et surtout:des savans adonnés aux études 
carpologiques : je veux parler de son livre sur les fruits 
des Tropiques. Ce travail, dont le texte-est écrit avec 
élégance, et les dessins exécutés avec un goût exquis, 
présente les fruits de ces contrées, si riches en végé 
taux de toutes les sortes, partagés en dix groupes dis- 
tinets, savoir : les mucoso-sucrés, les aqueux sacchari- 
fères , les aqueux insipides , les aqueux acidules, les 
acides proprement dits, les astringens, des émulsifs, les . 
farineux, qui comprennent aussi les racines employées 
à la nourriture; les aromatiques et les vénéneux, dont 
les propriétés héroïques sont portées au point le plus 
élevé. SATTE | 

Dans le nombre des ouvrages que publient d’autres 
confrères, je ne dois point passer sous silence les 4mæ- 
nitates botanicæ bonnenses, de MM. Nges D’Esen- 
BECK; les /cones algarum ineditæ, de M. Acarvn, de 
Lunden, commenctes en 1820, et où l’on trouve des 
renseignemens utiles sur la forme, la couleur et la con- 
sistance de ces végétaux infiniment variables ; les Plan- 
tes cryptogames du Nord de la F rance, par M. Des- 
mAzières, de Lille,.et la Phytographie médicale, de 
M. le docteur Roques, dans lequel le savant auteur ex- 
pose l'histoire des médicamens héroïques et des poi- 
sons tirés du règne végétal. Il y a réuni ce que l’expé- 
rience et l’observation ont fait découvrir de positif sur 
l'action et les propriétés de ces substances, ainsi que 
sur les moyens les plus propres à combattre leurs ef- 
fets nuisibles. Remarquable par la solidité et la variété 


( xzim ) 

des connaissances que M. Roques y déploie, cet ou- 
vrage (1) offre aux savans et aux gens du monde, au 
magistrat et au philosophe, au cultivateur et à la mère 
de Hole. des lumières certaines sur la toxicologie, 
sur les cas graves où ils ont à faire l'application des 
lois, et sur les plantes au milieu desquelles ils passent 
leur vie. À l’aide des figures soloriées qui accompe- 
gnent le texte on voit les végétaux malfaisans qu’il faut 
éviter et ne point confondre avec çeux qui sont co- 
mestibles, on marche d’un pas sûr, sans s’exposer aux 
dangers auxquels l’animal lui-même n’échappe pas 
toujours, malgré l'instinct qui l’avertit sans cesse. 

Un voyage inédit entrepris, en 1818, aux Pyrénées, 
dans la vue de connaître leurs productions végétales, 
vous a été remis par M. Vicrrice RENAULT avec une 
partie de ses abondantes récoltes. Ce tribut d’un zélé 
correspondant vous a fait le plus grand plaisir. La re- 
lation est écrite sans prétention, elle est pleine d’inté- 
rêt, et fait l'éloge du cœur et des goûts simples de son 
modeste auteur. Lorsqu'il vous en rendit compte, M. le 
docteur RicnarD vous a rappelé des souvenirs précieux 
qui rapprochent Tournsrorr de l'illustre BRoussONNET, 
premier fondateur de la Société Linnéenne; il a émis 
à ce sujet quelques idées relatives aux moyens de tirer 
le plus grand parti possible des courses botaniques 
sur les hautes montagnes, idées que vous vous empres- 
sez de communiquer à ceux d’entre vous qui se desti- 
nent à la carrière du voyageur-naturaliste. 

À côté du précepte vous pouvez en montrer l'appli- 


(1) Deux volumes in-4°, avec cent quatre-vingts planches coloriées 
représentant les planses de grandeur naturelle. 


( xziv,) 
cation. Votre confrère M. GaupicnauD, de retour du 
voyage autour du monde qu'il a fait, en qualité de bo- 
taniste, à bord de la corvette l’Uranie, vous en donne 
une preuve dans son exposé. des richesses végétales 
qu'il a eu le bonheur d’arracher au naufrage de l’U- 
ranie, arrivé lé 15 février 1890, au milieu de la baie 
française des îles Malouines (1). Une autre preuve vous 
sera également fournie par M. Dumonr-p’Unvize dans 
la belle expédition qu’il a entreprise en se séparant de 
vous, Messieurs. Son voyage touche à sa fin; bientôt 
nous reverrons ce savant confrère, el nous jouirons pai- 
siblement des récoltes, empruntées à toutes les bran- 
ches de l’histoire naturelle; qu’il aura faites dans les iles 
nombreuses de l'Océanie. Nos vœux l’accompagnent. 


Is t’aécompagnent aussi, jeune Pernorrer, toi que 
l'amour de l’horticulture, que l’ardent désir d’être 
utile portent à affronter de nouveau les vagues mugis- 
santes des mers Atlantiques, pour découvrir des végé- 
taux utiles, rares ou inconnus à l’Europe, et en portér 


a 


(1) Sa collection , avant ce malheureux événement, était composée 
de 6250 plantes. Il en a perdu 2000. Le surplus provient des îles 
Marianes, Moluques, Sandwich, Malouines et de la Nouvélle-Hol- 
lande. La cryptogamie compte dans’ celte précieuse récolte 150 es- 
pêces d’alsues , 44 de champignons, 150 d’hépatiques, 86 de mousses, 
131 de lichens, 230 de fougères et 23 dedycopodes. La phanérogamie 
y trouve 3416 espèces. Sur ce nombre total, 1800 espéces au moins 
n'existaient poiut dans Jes‘herbiers du Muséum d’hisioire naturelle 
de Paris : la plupart sont nouvelles. Un choix paraîtra en cent vingt 
planches dans la partie botanique du Voyage autour du monde que 
va publier M. le capitaine Louis ne FreYGiNET ; on y verra les plantes 
les plus curieuses recueillies par M. Gaunicmaun, et quelques espéces 
de genres déjà connus, mais imparfaitement décrits. 


(‘XEv" ) 
d’autres de nos contrées aux hommes qui »euplent les 
côtes pestilentielles de la Mana et du Sénégal. 

Avant de quitter le vaste domaine de Flore, il me 
reste à vous dire un mot des plans qui vous ont été 
soumis, afin d'arrêter les désordres qui se glissent dans 
la botanique. Tous les auteurs de ces projets, mus par 
des intentions pures, se plaignent amèrement de ce 
que, depuis plusieurs années, on est plus occupé de la 
création intempestive de genres et d’espèces, de l’as- 
sociation des plantes en familles dites naturelles, qu’à 
rechercher leurs propriétés, qu'à les-faire servir aux 
usages de l’homme et aux besoins des animaux domes- 
tiques. On néglige d'étudier les changemens que les 
végétaux essuient en quittant leur patrie, en les sou- 
mettant à nos lois de culture, aux caprices de la na- 
turalisation et aux épreuves chimiques : l’incertitude va 
toujours croissant. On n’y remédiera point par de nou- 
veaux modes de distribution, mais bien en quittant la 
fausse roule dans laquelle où est lancé. Un premier 
moyen a été indiqué par l’Académie des sciences de 
Bruxelles; il est bon : il a pour but l'examen critique, 
et d’après les bases établies par Linné, notre maitre à 
tous, des genres et des espèces proposées ou adoptées 
depuis la mort de ce grand homme, et de déterminer, 
sur les mêmes principes, la valeur des dénominations 
qui ont été imposées à ces genres et à ces espèces. 
L'appel que vous renouvelez pour le nectäire, est un 
autre moyen de pénétrer plus intimement dans l’orga- 
nisation des plantes et d'arriver par suite à d’heureuses 
applications. 

Dans le nombre des plans dont je parle, vous avez 


( xuvi ) 
distingué celui de M, px Raviène, de Saint-Gilles, re- 
latif à une nouvellé langue botanique, tout analytique 
et basée sur la valeur représentative des organes des 
plantes. Une commission spéciale est occupée de son 
examen, à faire des essais, et à fixer les lois sur les- 
quelles il importe de s’appuyer,pour obtenir un résul- 
tat utile. Le travail de cette commission est trop peu 
avancé pour vous être encore soumis ; il le sera dans 
le cours de la nouvelle année. 


PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. 


La physiologie végétale est toujours dans le vague, 
et la marche des esprits semble vouloir Fy retenir 
long-temps encore. Au lieu de s'occuper à réunir les 
faits, à les constater, à leur donner tous les caractères 
de l'évidence, on flotte dans le chaos des théories, sans 
songer qu'elle demande, non pas des systèmes , mais 
seulement des faits exacts, des faits nombreux. C’est 
à, Messieurs, où tendent aujourd’hui vos recherches 
profondes ; plus tard vous découvrirez les nœuds se- 
crets qui les lient, vous donnerez un ensemble à toutes 
les observations, à toutes les expériences. 

Quelles sont les véritables conditions de la vie dans 
toutes les époques de la végétation ? Dépendent-elles 
uniquement de l’action de la lumière ou de son ab- 
sence, du besoin que les jeunes pousses éprouvent 
d’être abritées par les feuilles contre l’atmosphère 
froide de la nuit, ou bien à une force motrice parti- 
culière? La solution &e ces questions est importante, 
elle a été traitée par trois de vos confrères. 

M. le docteur Durnocnzr, de Château-Renault, at- 


( xevur ) 
tribue à la lumière lénergie de lirritabilité dans la 
Mimosa pudica, et il le prouve par la perte qu’elle 
fait de son irritabilité lorsqu'on la plonge dans l’obscu- 
rité etque la température offre un certain degré d’a- 
baissement : son mode d’existence est alors identique 
à celui des autres plantes. 

M. Aporpue pe Guesnez n’admet point le sommeil 
chez les plantes, il avance même qu’elles conservent 
toute l’action et la force de leurs organes la. nuit 
comme le jour, puisqu'elles absorbent. continuelle- 
ment les gaz nécessaires à leur propre existence. En 
attendant qu’il ait donné suite aux expériences aux- 
quelles il se livre, il substitue au mot sommeil, qu’il 
regarde comme impropre, celui de état nocturne des 
végétaux, La puissance qui ramène, à chaque aurore, 
sur le cristal des ondes le Nymphæa de nos paisibles 
étangs et le Lotus d'Égypte, n’est point en effet la 
même que celle qui excite le mouvement des étamines 
du Silene nociiflora, ou qui détermine la fructifica- 
tion du Cactus grandiflorus, du Nyctanthes sambac. 

M. le docteur PAsrré suit une autre route que vos 
deux confrères. Il croit à l’existence du sentiment pro: 
pre des végétaux, sentiment assez voisin de celui de 
l'animal, et qui n’en diffère même que par l’absence 
de la locomobilité‘et de l'instinct d’entendement. La 
vie, selon lui, est le complément de l’organisation, 
elle est toute dans la sensibilité, et celui-là est profon- 
dément dans l’erreur, qui ose rapprocher les plantes 
des minéraux et avancer que, au milieu de leurs fonc- 
tions si variées, elles ne jouissent pas plus de sensibi- 
lité que la pierre brute. 


{ xLvinr ) 

Quoi qu’il en soit, la physiologie s’est enrichie de 
plusieurs -observations remarquables sur la manière 
d’agir du pollen à l’égard du stigmate, et sur le pro- 
longement du canal médullaire dans l'intérieur des 
racines. On a acquis la certitude qu'entre la graine et 
la plante parfaite il ÿ a un état intermédiaire analogue 
à celui des larves chez les insectes, et dont la durée 
peut être plus ou moins longue. C’est à cette circon- 
stance, dont les lois sont inconnues, que M. Acarn, 
de Lunden, rapporte l'existence des plantes confer- 
voïdes, qu’il considère comme les premiers linéamens 
de la formation des prêles et des mousses (1). C’est 
encore dans les principes de la germination que M. le 
docteur Lavieirze, de Châtillon-sur-Loing, est allé 
découvrir les caractères essentiels du Cullitriche ver- 
na, et reconnaître les bases du genre et de la famille 
des callitrichacées (2). 

On sait aussi qu'il y a des graines qui peuvent rester 
indolentes pendant plusieurs années, et qu’elles se dé- 
veloppent aussitôt qu’elles trouvent les conditions né- 
cessaires à leur végétation (3). Ainsi les orobanches 
attendent dans une inaction plus ou moins prolongée 
le moment où des pluies entraîneront leurs graines 
vers les racines du chanvre, pour s’y fixer, y enfoneer 
leurs radicules et pousser des jets qui deviendront 
de véritables tiges à fleurs. En enlevant aux vieilles 


(1) Consultez son travail sur la germination des prèles, tom. IX ; 
pag. 283, des Mémoires du Muséum d’hist. nat. de Paris. 

(2) Voyez plus bas, pag. 229. 

(3) Consultez, dans le II volume des Mémoires de là Société, 
Jes pag. 116 et suiv. 


- 


( XLIX ) 

graines, comme l’a recommandé feu notre vénérable ami 
Juce pe SAiT-Marrin (1), leurs enveloppes avant de les 
faire germer, on leur rend toute la vigueur primitive; 
on hâte singulièrement le cours de son évolution au 
kakile maritime qui met crdinairement deux ans à le- 
ver, et celui de toute autre plante, pourvu que les co- 
tylédons présentent peu de parties amylacées. 

Un autre fait non moins curieux a été recueilli par 
ur observateur exact, par M, Laure, de La Valette : 
le froid n’opère la désorganisation des végétaux qu’au- 
tant que la sève a été mise précédemment en circula- 
tion par la hauteur de la température. Ainsi une plante 
de l’Inde peut, sur notre territoire, résister à une gelée 
qui endommage des arbres indigènes ou naturalisés 
depuis des siècles, du moment que leur végétation est 
plus avancée, tandis qu’on la verra succomber à un 
froid qui fera descendre à peine le thermomètre à un 
degré voisin de zéro, si sa sève n’est plus dans un état 
complet d’engourdissement. Gette loi de physiologie 
explique pourquoi M. ne Guar, de la Grange, près Sau- 
jon, a vu le parasol chinois / Sterculia platanifolia) et 
le néflier du Japon, si agréable par son large feuillage 
persistant et par ses fleurs si odorantes, soutenir en 
pleine terre un froid de 13 degrés centigrades, tandis 
que le Phormium tenax périt à 4° centigrades. 

Les plantes enfermées dans les serres chaudes sont 
exposées à un si grand nombre de circonstances plus 
ou moins contraires à leur organisation, qu’il n’est pas 


(1) Poyez mon Compte rendu inséré au 1° volume des Actes 
de la Société. 


d 


(z) 

étonnant de les voir présenter des phénomènes fort 
étranges. Ils demandent à être étudiés dans tous leurs 
détails, mais il faut bien se garder de prononcer de 
suite : M. PerroTrer vous en a fourni un exemple re- 
marquable dans le Bauhinia divaricata (1). Vous 
avez applaudi à la prudence de l’habile jardinier, à 
l'exactitude de l’observateur attentif. | 

Un pommier commun a offert à M. Trrcerre px CLen- 
monr- Tonnerre la réunion des deux sexes, et une très- 
grande irrégularité dans la disposition de la fleur et 
dans la structure du fruit (2). 

Il est évident que les plantes ont des relations in- 
times avec le sol qui les porte; quand celui-ci réunit 
toutes les propriétés nécessaires à leur entier dévelop- 
pement , elles lui rendent presque toujours autant 
qu’elles lui empruntent; mais quand le sol est pauvre, 
la plante ne tarde pas à dépérir. Les terrains graniti- 
ques sont les plus fâcheux à la végétation, tandis que 
les calcaires lui sont infiniment propices. M. Le Bour- 
LENGER VOUS à EXPOSÉ les causes de cette influence (5), 
et il en a déduit la conséquence, depuis quelque temps 
adoptée dans notre agriculture nationale, d'appliquer 
la chaux comme engrais. 

M. Porrarr De Gawnnivris, de Bruxelles, a calculé 
le degré de chaleur qu’exigent certaines plantes pour 
mûrir complétement sous le ciel du Brabant méridio- 
nal, et il a reconnu que pour l'orge de mars il fallait 
une somme totale de chaleur équivalente à 2360° de 


—— 
(1) Voyez plus bas, pag. 255. 
(2) Il est décrit à la pag. 164. 
(3) Voyez son mémoire, pag. 329. 


(OA. ) 
l'échelle de R£auwur; pour l’orge d'été et le seigle, 
2600°; pour le froment,2750°; et pour les solanées par- 
mentières, 3600°. 

De son côté, M. Grassis a étendu ses études sur la 
fleuraison et la fructification de huit mille végétaux 
qui, maintenant, font la richesse de nos campagnes, 
l’ornement de nos parterres et de nos bosquets. Il a 
de la sorte agrandi la statistique végétale de la France, 
où sont réunis tous les élémens de la naturalisation, 
et présenté le modèle d’un calendrier de Flore vrai- 
ment national, très-utile à l'agriculture, et du plus 
grand intérêt pour les âges à venir qui seront bien aises 
de savoir quels furent les végétaux cultivés et naturalisés 
au XIX° siècle dans la patrie des sciences et des arts. 
Nous bénirions l’antiquité si elle nous eût fait un pa- 
reil cadeau. 

AGRICULTURE. 

Deux grands établissemens ont été fondés par deux 
de vos anciens correspondans, MM. Sourancz-Bonix 
et Marureu DE Dousase. Ils feront époque dans les 
fastes des sciences naturelles, ils ajoutent une palme 
nouvelle aux palmes cueillies par la France dans tous 
les genres d'industrie et de gloire : ils honorent leurs 
auteurs que vous avez, à titre d'encouragement, in- 
scrits, dans votre dernière séance, parmi vos membres : 
honoraires. 

Consacré à la culture des plantes exotiques, le jar- 
din de Fromont offre non-seulement aux botanistes la 
collection la plus complète des végétaux rares que la 
nalure a semés sous toutes les latitudes, les plantes 


que les voyageurs intrépides vont chercher dans des 
d, 


(an) 


climats divers et que le commerce apporte pour la 
première fois des régions les plus éloignées; mais il 
est pour lhorticulture un foyer d’activité constante, 
où M. Souraxce-Bonin se livre aux essais de toutes 
les sortes pour conserver, naturaliser et. multiplier à 
l'infini les richesses végétales des deux mondes. L’en- 
semble des cultures est si bien calculé, que tout y 
réussit, et le gouvernement des serres si parfait, 
que chaque plante y retrouve le sol, l’atmosphère, 
la nourriture et les rayons lumineux qui lui con- 
viennent, dans le même temps qu’elle reçoit les soins 
de la plus touchante hospitalité. Déjà l'étranger re- 
garde le jardin de Fromont comme un des premiers 
monumens élevés à la Flore exotique; la patrie re- 
connaissante le montre avec orgueil comme l’école- 
modèle, où l’horticulteur va puiser de nouvelles, de 
larges instructions, apprendre à changer ou bien à 
perfectionner ses méthodes, connaître tout ce que la 
patience, unie à des études variées et approfondies, 
peut obtenir de la pratique la mieux entendue, et 
qu’elle est en droit d’espérer des combinaisons nom- 
breuses d’une savante théorie, d’un esprit sans cesse 
occupé à bien voir, à tout peser, à tout faire par lui- 
même (1). 

La ferme normale que M. Marueu pe Dousasre a 
montée à Roville, entre Nancy et Lunéville, départe- 
ment de la Meurthe, donne les plus hautes espérances. 
Depuis le mois de septembre 1822 qu’elle existe, elle 
s’est placée à la tête des établissemens ruraux que 


(1) Voyez le rapport fait sur ce jardit, pag. 172 et suiv. 


( LHr,) 


possède la France, et même aujourd’hui nous pouvons 
dire sans crainte qu’elle est vraiment unique pour 
nous, et qu’elle peut soutenir la comparaison avec tout 
ce que l’Europe vante en ce genre de plus utile à l’a- 
griculiure et à l’économie rurale. En eflét, cette ex- 
ploitation exemplaire est administrée avec sagesse; 
l'ordre règne dans ses différentes parties, et son but est 
de soumettre à l’expérience, la seule règle infaillible, 
les vues et les méthodes avouées par les praticiens les 
“plus instruits. Tout en améliorant ce que l'usage et les 
siècles ont sanctionné, tout en maintenant le premier 
des arts dans sa marche simple et patriarcale, on y 
perfectionne les instrumens, on y forme d’excellens 
sujets, on y profile de toutes les ressources que pré- 
sentent une terre bien préparée, et les animaux do- 
mestiques bien nourris, bien soignés et traités avec 
douceur, Destiné donc à donner de étendue aux amé- 
liorations introduites depuis 1789 dans Fagriculture 
nationale; destiné à exciter une noble émulation parmi 
les grands et les petits propriétaires, à les intéresser 
aux nouveaux procédés et les amener à ex apprécier 
les utiles résultats, Pétablissement de Roville ne pou- 
vait tomber en de meilleures mains que celles de 
M. Marnieu ne Dousaszs. Votre savant confrère, Mes- 
sieurs, réunit aux connaissances et aux qualités néces- 
saires un dévoûment sans bornes, un zèle éclairé, la 
probité et la franchise de l’homme sans défiance comme 
sans détours. Il sait qu’en agriculture le produit est le 
grand juge des revers et des succès, aussi tous ses ef- 
forts sont-ils dirigés pour éviter les uns et pour con- 
quérir les autres; et comme il veut que son exemple 


( y ) 
profite davantage encore, chaque année il publie; sous 
le titre de Annales agricoles de Roville, les résultats 
bons ou mauvais de ses opérations diverses. 

S'il nous reste encore beaucoup à faire pour élever 
l’agriculture de tous les départemens de la France 
à Ja haute perfection qu’elle a acquise dans un bon 
nombre de cantons, surtout dans la partie du dépar- 
tement du Nord que l’on nomme {a Flandre, et où 
fut le berceau des assolemens alternes adoptés en Eu- 
rope, il faut avouer qu’une heureuse rivalité nous en 
révèle chaque jour les moyens. Vous en avez la preuve, 
Messieurs, dans le recueil périodique que publie l’un 
de vous (1) et dans les mémoires qui vous sont four- 
nis par vos correspondans. 

Parmi les mémoires soumis à votre examen dans la 
période des deux années dont j'écris l’histoire, je ci- 
ierai entre autres celui de M. Ropar, d'Olemps, sur 
‘état de l’agriculture du département de l'Aveyron; 
celuide M. Cranzes Boucuorre, de Voipy, sur la culture 
du châtaignier et sa réintroduction dans le départe- 
ment de la Moselle (2) ; celui de M. le docteur Tnouve- 
nez, de Pont-à-Mousson, sur les avantages qui doivent 
résulter de la plus grande propagation des arbres (5); 
ceux sur l’amélioration de nos divers animaux domes- 
tiques dans les départemens du nord-est, par M. Eure 
Boucnorrs, de Metz; dans le Midi, par M. ne Gaspa- 


(1) La Bibliothèque physico-économique que rédige M. THiÉBAUT 
DE BerneauD depuis,le 1°*.janvier 1817. 
(2) I est inséré dans le XVIe vol., pag. 145 de ce recueil. 


(3) Voyez le XIV® vol., pag. 242 du même recueil 


(iv) 

AIN, d'Orange; et sur toute l’étendue de notre terri- 
toire, par M. Tui£paur pe BerNeaup. Je citerai aussi 
l'aperçu sur les lins de Ghalonnes (Loire-Inférieure) 
qui vous a été lu par M. Oscar Lecrenc (1); celui de 
M. Wozrers sur le chou à jets cultivé dans les envi- 
rons de Bruxelles et qu’il serait bon de multiplier en 
France (2); enfin celui de M. ne Morocugs sur l’in- 
fluence que les récoltes intercallaires exercent sur les 
blés qui leur succèdent (3). 

Vous vous souvenez encore, Messieurs, des notes 
qui vous ont été communiquées par feu Anpré Tnouin, 
dont la perte sera long-temps sensible à l’agriculture 
française, et par M. Arnéwas, de Nantes, sur la néces- 
sité d’introduire dans les grandes étendues de nos 
terrains marécageux la culture de la folle-avoine du 
Canada { Zizania clavellata ), qui a la double pro- 
priété de fournir une nourriture saine et agréable aux 
hommes et aux bestiaux. Vous avez distribué six kilo- 
grammes de cette graine. 

Une nouvelle variété du Cucurbita pepo, provenant 
des environs: de Oratava, ville située au pied da pic 
de Ténériffe, a été introduite dans le département de 
la Seine-[nférieure par M. Isivore Le Brer, de Rouen. 
Ge confrère très-zélé s’est assuré qu’elle était plus 
avantageuse que les cucurbitacées de nos jardins, puis- 
que son fruit mürit beaucoup plus tôt, se conserve 


"0 


(1) Inséré dans la Bibliothèque physico-économique, tom. XH, 
pag. 289 et suiy. : 

(2) Voyez tom. XV, pag. 20 et suiv. du même recucil. 

(3) Voyez le même recueil, tom. XVI, pag. 280. 


: ( Evi ) 
plus long-temps, et contient une grande quantité de 
principes sucrés. 

Le Phormium tenax a été propagé par vos soins 
sur plusieurs points de la France. Getie plante s’accli- 
matera partout où lon en tentera la culture; depuis 
qu’elle a porté à Cherbourg et sur la presqu'ile de 
Saint-Mandrier, près de Toulon, les graines que vous 
avez distribuées, elle a fleuri À Saverdun, à Marseille, 
et dans diverses autres localités du Midi. 

Pour aider à de nouvelles conquêtes, et mettre tous 
vos correspondans nationaux el étrangers à l’abri de 
la fourbe de certains marchands grainetiers, vous leur 
avez fait un appel à leffet de recueillir avec soin, et 
de vous envoyer sans frais, les graines parfaitement 
mûres des végétaux de tout genre, tant herbacés que 
ligneux, économiques, agréables, curieux ou rares, et 
spécialement de ceux reconnus susceptibles d’être cul- 
tivés en pleine terre en France. Aux mois de janvier 
et février de chaque année ces différentes graines leur 
seront distribuées également sans frais, au prorata des 
envois qu'ils vous auront faits. Getle mesure sage, 
dans l'intérêt de l’agriculture et des travaux sur la 
physiologie végétale, complète, Messieurs, ce que vous 
avez heureusement commencé depuis 18%0, et plus spé- 
cialement en 1823 et 1824 , que la Société Linnéenne 
a répandu d'excellentes graines de pin laricio, de blé 
de Toscane, si recherché pour sa paille avec laquelle 
on prépare les chapeaux les plus fins; des individus 
pleins de force du sapin argenté, du poirier -lam- 
mas, etc., etc. 


Tout en favorisant la culture des plantes exotiques 


( cv } 

reconnues utiles, vous avez senti qu'il importait de 
rendre compte des faits que vous révélait l’expérience. 
Ainsi, la pomme-de-terre sans tiges qui vous était ve- 
nue de l'Angleterre et du Piémont, n’est point une 
variété nouvelle, mais seulement un jeu particulier à 
certaine localité qui maintenant s’observe dans sa con- 
stitution géologique; le riz, pompeusement distribué 
par plusieurs préfets, sous le nom de Riz sec de la Co- 
chinchine, n’est rien autre que le T'riticum monococ- 
cum, où froment locular, très-commun aux environs 
d'Agen (1); le peuplier-liége, que l’on disait indigène 
aux îles du Rhône qui appartiennent à l’arrondisse- 
ment de Monluel, département de l'Ain, n’est point une 
espèce particulière, mais bien un individu malade; la 
variété de chanvre du Piémont, que l’on désigne sous 
le nom de Cannabis gigantea, parce que ses tiges 
montent de 2 mètres et demi à 3 mètres, n’est qu’une 
variété accidentelle, fort remarquable, mais suscep- 
tible de se maintenir en l’état de vigueur qu’elle déve- 
loppe dans les vallées fertiles du Pô, seulement aux 
lieux absolument semblables. 

MM. Ricuan», de Rodez, ne MAnriNeL, de Lyon, et 
D'Housres Finmas, d’Alais, se sont occupés de la cul- 
ture comparative des diverses sortes de solanées par- 
mentières : le premier sur 97 variétés; le second sur 
95, et le troisième sur 24, qu’il avait particulièrement 
distinguées ; leurs expériences donnent pour résultats : 


22 


(1) Voyez à ce sujet les observations critiques de M. ne Sainr- 
Amaws, insérécs tom. XIV, pag. 289 et suiv., de la Bibliothèque 
physico-économique. 


( vin ) 

1° que les variétés les plus productives se réduisent 
de vingt à vingt-deux; 2° que les plus hâtives restent 
en'terre trois mois et demi, et les plus tardives cinq et 
six mois; 3° que la voie des semis est la plus certaine 
pour conserver les meilleures variétés; 4° enfin, que 
la substance alimentaire fournie par les premières qua- 
lités de solanées parmentières, est égale au tiers du 
produit de nos céréales. 

Des cultures moins importantes, mais également 
liées aux besoins actuels de l’homme et à l’art des jar- 
dins, ont fixé l'attention de plusieurs d’entre vous; je 
n’en citerai que trois exemples. M. Sourance-Boniw, 
après avoir peint l’état de l’Angleterre sous le rapport 
horticultural (1), vous a enseigné comment on peut 
donner à ses melonnières un double avantage, en les 
rendant mobiles, disons mieux, en les parquant comme 
le berger en agit à l’égard de ses moutons (2); M. P£r- 
ROTTET, qui à recueilli de si belles observations pen- 
dant son voyage aux îles de la mer des Indes, vous a 
fait part des soins que demande le vanillier, lorsqu'on 
veut en transporter des boutures, et multiplier cette 
plante sarmenteuse semi-parasite (3); M. Pæxippanr, 
de Versailles, vous a adressé un mémoire sur la culture 
des plantes de bruyère, et indiqué les moyens d’imi- 
ter la nature de terre qu’elles exigent là où elle est 
rare. Ge procédé, justifié par sa pratique journalière, 
consiste à réunir dans un trou, d’une proportion rela- 


, (1) Voyez, plus bas, la relation de son voyage, pag. 305 et suiv 
(2) Consuliez la note insérée dans ce vol., pag. 417. 


(3) Son mémoire est inséré pag. 409, 


( zx») 
tive à ses cultures, des feuilles d’arbres de bonne es- 
sence qui s’y réduisent, dans l’espace d’un an, en une 
sorte de pâte, si l’on a soin de les remuer deux ou trois 
fois ; cette pâte, mêlée à demi partie de sable de car- 
rière ni trop gros ni trop sec, remplace avec avantage 
et économie la terre de bruyère : les grandes plates- 
bandes du fleuriste de Trianon sont formées de cette 
composition. 

Avec une activité semblable à celle que vos, cor- 
respondans déploient, Messieurs, notre agriculture 
ne peut que marcher à grands pas vers la perfection; 
vous y tendez par de généreux efforts, vous serez se- 
condés par les cultivateurs de toutes les classes, et 
l'étranger, jaloux de notre gloire, apprendra que, mal- 
gré les blessures profondes qu’elle a reçues depuis près 
d’un demi-siècle, la France a tous les élémens de la 
prospérité sur son sol qu’exploitent des mains indus- 
trieuses, chargées de lauriers et pleines d’honneur, que 
remuent des bras habitués à produire de nouvelles 
richesses, à raison de chaque nouveau besoin. 


MÉTÉRÉOLOGIE. 


Étroitement liée aux opérations rurales, la météo- 
rologie fixe sans cesse vos regards; vous accueillez 
avec le plus vif intérêt les observations qui vous sont 
fournies sur cette partie de la science dont les recher- 
ches ont pour but de connaître les causes et les effets 
des variations de tout genre qui se succèdent dans 
notre atmosphère. MM. Lapierre, de Roanne, Tuoz- 
LARD, de Tarbes, et Gazaw, d'Antibes, continuent à 
vous envoyer les tables météorologiques qu'ils dressent 


(CAR 

chaque année avec beaucoup d’exactitude. Tout en 
donnant à ces honorables confrères les encouragemens 
qu'ils méritent, vous avez désiré que tous vos cor- 
respondans nationaux et étrangers vous aidassent à 
colliger une plus grande masse de faits, et afin de les 
y déterminer, un ou plusieurs prix ont été fondés pour 
être distribués chaque année dans votre grande séance 
publique. Get appel sera entendu; vous aurez désor- 
mais à vous féliciter de plus en plus de la direction 
utile donnée aux études, et, riches d'expériences bien 
faites, vous pourrez, à l’exemple de votre infatigable 
confrère M. Ginou, de Buzareingues, en tirer des con- 
séquences pratiques de la plus haute importance. Vous 
vous rappelez tous la règle remarquable qu’il a déduite 
d’un grand nombre d'observations faites sur quarante- 
cinq points diflérens de l’Europe, pour apprécier, à la 
fin de septembre, le nombre de jours de pluie du mois 
d'octobre suivant. Ce mois est celui dont il importe le 
plus aux cultivateurs de connaître d’avance l’état mé- 
téorologique, parce que c’est le mois des semences 
d'hiver, et que de Pétat de sécheresse ou d'humidité 
des champs, au moment de l’emblavement, dépend en 
grande partie la récolte qu’on peut en attendre. 

La conclusion que je tire ici, Messieurs, de l'appel 
fait aux savans, est une conséquence naturelle de ce 
qu'a produit sur les agriculteurs instruits la recom- 
mandation que vous leur avez faite d'essayer en grand 
les paragrèles en paille, inventés par M. Larosrozze, 
d'Amiens, et perfectionnés par M. Tuorran», de Tar- 
bes. Ces machines, propres à préserver nos champs 
d'un fléau d'autant plus terrible, qu’il nous frappe dans 


(Cuxr ) 

le temps où nous sommes prêts à recevoir le prix de 
nos sueurs, se sont propagées sur plusieurs points de 
l’Europe; partout elles ont été reconnues utiles (1). 
Afin d’en répandre de plus en plus l’usage, vous avez 
témoigné votre satisfaction à trois grands propriétaires 
qui ont donné l’exemple, en leur envoyant votre diplôme 
et la collection de vos mémoires (2). En remplissant 
ainsi le devoir que vous impose votre cœur, vous servez 
la science et vous méritez bien de J’humanité. 


ARTS INDUSTRIELS. 


En méditant sur le mystère de la fermentation vi- 
neuse et sur le phénomène non moins occulte de la 
corruption spontanée des fruits, M. Asrier, de Tou- 
louse, a pensé qu’ils pourraient très-bien être produits 
par la même cause, et que les agens chimiques qu’on 
emploie pour mûter le moût de raisin, seraient propres 
à empêcher les fruits de pourrir. Pour s’en assurer, ce 
patient investigateur mit en immersien permanente 
dans du moût fortement imprégné de gaz acide sulfu- 
reux, différentes espèces de fruits, chacun en sa sai- 
son, et l’expérience lui a parfaitement confirmé le rai- 
sonnement, puisqu'ils se sont tous conservés sans 
altération pendant plus d’un an, et que votre confrère, 
Messieurs, n’a eu qu’à les faire cuire dans le liquide 
conservateur, pour en obtenir une confiture bien su- 
périeure er qualité au raisiné des ménagères. 

M. Asrier a de plus simplifié la fabrication du sirop 


(x) Lisez l’exposé-des faits recueillis à ce sujet, pag. 425 et suiv. 
(2) Voyez le troisième rapport inséré à la fin de ce Compte rendu. 


( zxnr ) 

de raisin, en supprimant la neutralisation des acides 
du moût qui faisait la principale difficulté de l’opéra- 
tion, et rendait par suite impossible la conversion de 
ce sirop en vin. Aujourd’hui le sirop qu’il prépare 
n’est que du moût réduit assez pour ne plus fermenter 
spontanément, et en le graduant à volonté, il en ob- 
tient, sans aucune peine, un vin plus ou moins spiri- 
tueux, ou du vin de liqueur excellent. Ses premiers 
vins ressemblaient pour la couleur aux vins cuits d’Es- 
pagne; ils ont maintenant une couleur rouge très-belle 
qu'ils empruntent aux pellicules des raisins les plus 
riches en principe colorant, conservés dans le sirop, 
et qui, dans le moment de la fermentation, colore le 
liquide. 

La théorie de la fermentation vineuse a été le sujet 
de nouvelles expériences pour MM. pe Monocuess et 
Turégaur pe BerneauD : l’un et l’autre les ont rendues 
publiques, je dois donc les citer simplement (1). 

Une plante vivace qui vient partout, qui monte fort 
haut, ne redoute point les fortes gelées, et dont la cul- 
ture estextrêémement facile (le Senecio doria), est sou- 
mise depuis trois ans par M. Gizcer pe Laumowr, l’un 
de vos membres honoraires, à une suite d’essais dans 
la vue d’en obtenir des fils plus utiles que ceux du 
chanvre, et peut-être égalant en force les fils du Phor- 
mium tenaæ. Ses premiers résultats sont fort encou- 
rageans. Votre illustre confrère espère pouvoir bientôt 
GONE UNE: 5 QU US NME n shbens li 

(1) Voyez, du premier, son mémoire Sur la meilleure méthode pour 
opérer économiquement la fermentation vineuse. Orléans, 1824, in-8°; 

- — et du second, son Wanuel du vigneron, un petit volume in-12, 


pag. 156 à 100. 
Pa6: 17 


( zxrr ) 
donner à connaître le fruit des observations qu’il fait 
avec un soin tout particulier. 


GÉOLOGIE. 


Les recherches géologiques se font avec méthode, 
et ave@ un enthousiasme qu’on ne saurait trop louer; 
partout on veut arracher aux épaisses ténèbres qui les 
couvrent les premières révolutions du globe ; une 
noble émulation décide à s’y consacrer, et ceux qui 
portent la pourpre, et l’humble observateur qui cache 
sa vie dans une retraite studieuse. De cet accord gé- 
néral, la science retirera de grands profits, pourvu 
toutefois que l'esprit de systèmes ne vienne pas à 
en retarder la marche, à en limiter les vues, à en dé- 
nalurer les faits. 

Dans le même temps que M. pe Trisran découvrait 
dans la carrière du hameau de Montbusard, près 
Orléans, des restes d’un animal voisin des Palæothe- 
rium et des Anoplotherium, au milieu d’un cal- 
caire plus moderne qu'aucun autre banc du grand 
bassin creusé au centre de la France; Bourver, de 
la Nièvre, que la mort vient de nous ravir, Bourper 
explorait, au milieu de l’Helvétie, une montagne (1) 
remplie d’ossemens d’éléphans, de rhinocéros, de 
hyènes, d’antilopes et de gallinacées, mêlés à des pois- 
sons, À des carapaces de tortues, à des débris de mol- 


(1) Le mont de la Moliére, situé dans le canton de Fribourg, près 
du lac de Neufchâtel. Sa hauteur est de 319 mètres au-dessus du lac 
de Genève et 694 au-dessus de la Méditerranée. Le point le plus 
élevé est ombragé d’arbres et couronné par une vieille tour ruinée. 


( zx 

lusques, dont les analogues vivent aujourd’hui à de 
grandes distances de là, ou dont les races sont abso- 
lument perdues. Avec ces fragmens d’une époque très- 
reculée, le savant confrère que vous regretterez long- 
temps, Messieurs, a trouvé des mâchoires et des dents 
de cochon, fait aussi intéressant que nouveau, puisque 
jusqu'ici l’on n'avait ramassé d’ossemens de cet nl 
que dans les tourbières. 

Peu de ; Jours avant sa mort, Bounper vous a entre- 
tenu de ses observations sur les brèches osseuses de 
l'ile de Corse, dont la découverte date de 1867. Dans 
l’innombrable quantité d’os brisés que ces brèches con- 
tiennent, M. Guvier n’a remarqué que des os d’ani- 
maux de la classe des rongeurs; Bourper y en a vu 
qui lui semblaient avoir appartenu au mouflon de 
Corse (1), animal fort voisin de l’argali de Sibérie; 
d’autres qui ont beaucoup de rapports avec ceux de 
notre lapin sauvage, avec ceux d’un ruminant, voisin 
de l’antilope des brèches du cap Galpe, près de Gi- 
braltar; d’autres plus gros, qu’il assimilait aux os des 
roches de Cette, d'Antibes, de Nice, etc. 

Vous avez eu des notices sur des ossemens et des 
dents fossiles de divers animaux extraits de la marnière 
des Prunes, près d’Argentan (Indre), par M. ne Bas- 
TEROT; de la montagne Saint-Pierre de Maëstricht, 
par M. Cranax; de chevaux trouvés dans les monts 
Himalaya, à 5,200 mètres d’élévation, c’est-à-dire 
dans la région des neiges; de poissons et particulière- 
ment du genre Sparus, rapportés de la vallée de Re- 


(1) Le muffoii on muferi des Corses, l'Ovis musimon de Taxxé. 


({:w) 

chenanthal, entre les villages de Zell et d’Xndorf en 
Bavière, par M. Cnanzes Hezzsrrogm. Vous avez recu 
des coquilles fossiles trouvées dans les grès de Fontai- 
nebleau, par M. pe Lauuowr fils; dans une montagne 
auprès de Gassel (Nord), par M. DesmyrrÈre; dans un 
banc de terre argileuse, silué au-dessous des premiè- 
res assises de l’ancienne forteresse d'Angoulême, par 
M. Lanoreau, et un mémoire de M. Drousr, du Mans, 
sur une nouvelle espèce de modiole, et sur quelques 
individus de la famille des orcactes, dont il a formé un 
“enre nouveau sous le nom de Véithée (1). 

La rencontre de ces vieux témoins d’un monde très- 
ancien, tout en nous frappant d’étonnement, a fait 
naître le désir de trouver parmi eux des restes hu- 
mains : vain espoir ! L'existence de l’homme est posté- 
rieure à l’effrayante série des grands bouleversemens 
dont nous voyons çà el là des preuves irrécusables, et 
les prétendus anthropolithes, cités avant la création de 
la science du géologue, appartiennent à des êtres d’un 
tout autre genre. 

Cependant on parlait depuis peu de crânes et autres 
ossemens appartenans à une race d'hommes différente de 
celles qui habitent aujourd’hui le globe, découverts par 
lecomte Razowmoski(2); d’une tête munie de toutes ses 
dents et d’un bras humains, trouvés dans la commune 
de Salles, canton de Belin (Gironde); d’un péroné 
droit arraché à une carrière des environs de Li- 


enr 


(1) Il est imprimé plus bas, pag. 183 et suiv. 
(2) Edinburg’s philosophical Journal, juillet 1823, pag. 202. 


€ 


(xyr) 

sieux (1), quand tout-à-coup les feuilles périodiques 
annoncèrent un homme fossile, extrait de dessous les 
masses de grès du Long - Rocher, situé au sein de la 
forêt de Fontainebleau. Gette curiosité réveilla dans 
quelques esprits la vieille erreur d'hommes fossiles, et 
décida un chimiste de la capitale à en faire l’analyse. 
Les résultats qu’il déclara avoir obtenus fixèrent votre 
attention, et vous fûtes, Messieurs, les premiers à vous 
enquérir de la vérité, en consultant, par la voie de 
l’analyse chimique, non-seulement cette anthropo- 
morphose, mais encore le lieu même où elle fut enle- 
vée. Vous avez publié le travail de vos commissai- 
res (2), et vous avez eu la satisfaction de le voir adopté 
par tous les savans. 

En vous parlant des prétendus ossemens fossiles hu- 
mains de la grotte de Durfort, département du Gard (3), 
M. Mancez ne Serres, l’un de vos correspondans à 
Montpellier, a fixé la valeur du mot fossile, en en bor- 
nant l’application «aux corps organisés, ou à leurs 
» dépouilles, ou à leurs débris enfouis, soit dans les 
» couches vieilles et solides de la terre, soit dans l’in- 
» térieur des eaux, soit enfin répandus sur la surface 
» des continens, par des alluvions ou par tout autre 
» cause, pourvu toutefois que celles qui les ont ense- 
» velis ou transportés, soient antérieures à l’existence 
» des causes actuelles. » 


(1) J.-3.-V. Hu, Sur la topographie médicale de Lisieux, thèse 
soutenue à la faculté de médecine de Paris, le 7 août 1824. 

(2) Voyez pag. 343 et suiv. de ce vol. 
(4 


ir ct suiy 


(3) Voyez plus bas, pag: 3 


( LXVIL ) 

La relation d’un voyage géologique fait par M. Kickx, 
de Bruxelles, à la grotte de Han que les eaux de la 
Lesse ont creusée, et qu’elies traversent encore au- 
jourd’hui, a amené M. Gawsesskpes à vous décrire les 
grottes ouvertes de la sorte dans nos montagnes des 
Cévennes, et plus particulièrement celle de Mialet, où 
l'un de ses amis s’est égaré, et n’a pu être retrouvé 
qu’au bout de trois jours, quoique cherché par plus 
de trois cents hommes, divisés en bandes de huit à 
dix. Il vous a également entretenu d’une autre grotte 
que la rivière de la Dourbie s’est creusée dans une 
montagne voisine du village de Camprieux, qu’elle 
traverse de part en part, et forme, à sa sortie, une 
fort belle cascade. À part quelques incrustations, le 
naturaliste ne rapporte rien de l’intérieur de ces gale- 
ries souterraines. 

M. Traurzé, de Sedan, vous a envoyé une produc- 
tion fossile de l’ordre des polypiers qu’il a découverte 
au lieu dit Les Rosiers, près Grandpré, petite ville du 
département des Ardennes. La terre des Rosiers occupe 
le fond d’un ancien golfe, dessiné par les falaises de Ghal- 
lerange, de Vieux, de Monchentin, et par la commune 
des Froids-Fossés. C’est là que, au milieu des terres 
calcaires friables et tendres, on trouve, tant sur la 
croupe des hauteurs que dans les bas-fonds, une masse 
de polypiers, appartenant aux alcyonés de notre con- 
frère M. Lamouroux, de Caen, et auxquels, à raison 
de linstabilité de leurs formes, on a imposé le nom 
d’Aleyonium mutabile. Avec ce fossile, M. Traurré a 
trouvé la spongiée pezize, dont l’agrégat tuberculeux 
paraît avoir tenu aux polypiers, et plusieurs ammo- 


€, 


( zxvim }) 
nites de diverses grandeurs et d’espèces très-varites. 

À ce dernier sujet, M. Tni£maur pe BERNEAUD vous 
a fait connaître la coliection nombreuse d’ammonites 
qu'il a réunies, et l'ouvrage qu'il rédige pour complé- 
ter celui commencé par Brueuiëre avec le plus bril- 
lant succès. 

S. À. R. le prince Cunisrran-Frépénic, de Dane- 

omarck, membre honoraire, s'occupe de recherches 
sur les formations calcaires des îles du Danemarck; 
il vous à appris que la hauteur de Faxoë, le point le 
plus élevé de cette formation, est un banc de coraux; 
que le promontoire de Stevens est un composé de con- 
clomérations et de petites pétrifications, traversé ho- 
rizontalement, avec un peu d’inclinaison, par des cou- 
ches de silex; que dans l'ile de Moën, ces mêmes 
couches sont en noyaux, et dans une situation courbe 
et même verticale. Le prince GnrisrrAn-Frépéric ras- 
semble en ce moment-toutes les pétrifications que ren- 
ferment et le silex et le calcaire de ces différentes îles, 
dans l’espérance que leur comparaison portera à des 
résultats intéressans au sujet de cette formation. 

Dans peu de semaines paraîtra l’histoire naturelle 
des ichthyodontes, qui long-temps occupa les savantes 
veilles de feu Bounpsr., de la Nièvre. Non - seulement 
il a considéré les dents fossiles, qui ont appartenu à la 
famille des poissons, sous les rapports zoologiques et 


D 


géologiques, mais encore illes décrit avec le plus grand 
soin, et il en donne la figure, exécutée sous ses yeux 
par les meilleures lithographes. Get ouvrage fera épo- 


que, et son auteur ne le verra point! 


( zxix ) 
- MINÉRALOGIE. 


M. Hensarr vous a donné l’histoire de la décou- 
verte de l’étain oxidé, faite en France, depuis le mois 
d'août 1809 jusqu’aujourd’hui, et celle du cuivre py- 
riteux des mines de Chessy, département du Rhône. 

De leur côté, MM. Derniers, de Theux, près Spa; 
Lanpreau, d'Angoulême; Tnouwixe, de Nantes, et les 
membres de votre brillante colonie de New-Yorck vous 
ont envoyé des substances minérales, nouvellement 
trouvées dans les contrées qu’ils habitent; elles ont 
été soumises à un examen chinique par M. Giizer DE 
Laumoxr fils, qui vous a mis ainsi en état de connaître 
ce qu'elles offrent d’intéressant, et pour la science et 
pour les localités qui Les fournissent. Le travail de votre 
zélé confrère a été remis à chacun de vos correspon- 
däns, 


PHILOLOGTE. 


Tandis que le géolsgue descend dans les entrailles de 


ja Lerre pour en arracher quelques feuillets de Phistoire 
physique du monde, le philologue cherche à trouver 
dans les grands écrivains de lantiquité son histoire 
morale. Il laisse de côté l’épouvantable inventaire de 
batailles, de meurtres, de révolutions politiques, qui 
donnent de l'espèce humaine une si fâcheuse idée, pour 
ne s’occuper que des inslitutions. Là, existe le cachet 
particulier à chaque peuple; là, on suit la marche de 
la civilisation. Dans la guerre, on ne vante que la force 
athlétique, que la haute stature du héros : tout cède à 
sa puissance, la masse des nations est opprimée, elle 


(ruxx ”) 

ne ressemble pas mal aux arbres de nos jardins obli- 
gés de céder aux caprices du jardinier, aux coups re- 
doublés de son croissant. L'étude des institutions est 
un tableau de famille où l’on voit les efforts de Fintel- 
ligence et ses acquisitions, la progression des idées, les 
principes des lois, où l’on juge la légitimité des choses, 
le génie des arts, où l’on découvre le sentiment propre 
à chaque siècle. Tout y est grandiose, tout y respire la 
vie, une aimable fraîcheur, quand la justice est la base 
des actions publiques et privées; tout y est abject quand 
la corruption domine, quand l'intérêt général n’est pas 
essentiellement mu par l’amour de la patrie. 

Feu votre confrère Louis Reynier, de Lausanne, 
qui s'était chargé d'écrire l’histoire de l’économie pu- 
blique et rurale des plus anciens peuples, a publié le 
fruit de ses recherches sur les trois plus illustres na- 
tions de l'Afrique. C’est le sujet du quatrième volume 
de sa grande, de son utile entreprise. Il y prouve que le 
point de départ de la civilisation actuelle remonte aux 
Ethiopiens, dont la haute antiquité se perd dans la 
nuit des temps écoulés ; que les Egyptiens, sans cesse 
occupés de croyances religieuses, et leur subordon- 
nant les institutions, toutes les sciences et les travaux 
de l’agriculture, s’isolèrent ainsi des autres nations; 
enfin que les Garthaginoïis, uniquement voués aux spé- 
culations commerciales, ont préparé leur propre ruine 
en voulant envahir l’industrie des autres peuples et 
écarter de l'Océan tous les navigateurs étrangers, Il a 
laissé complet le manuscrit de son cinquième volume 
consacré aux Grecs : nous en jouirons bientôt. 

Vous avez reçu de M. Varzor des notices 1° sur ce 


(HER) 

qu’on appelle Pommes de Sodome et Pommes maudites, 
qu’il estime être le fruit du prunier de Zachée que 
CG. Baux désigne par cette phrase : Prunus hicricon- 
thica folio angusto spinoso (1), ou mieux encore le 
produit d’un urédo analogue à celui qui déshonore 
quelquefois le maïs; 2° sur les plantes nommées par 
Vireisz, que certains écrivains de nos jours, sans avoir 
visité en botanistes les contrées où ce poète les indi- 
que, sans avoir examiné et pesé en philologues instruits 
les diverses opinions publiées jusqu'ici à ce sujet, ont 
prétendu reconnaître dans les plantes de notre nomen- 
clature moderne. 

L'histoire du cinnamomon des anciens a été éclair- 
cie d’une manière aussi profonde qu'heureuse par 
MM. Nges D’Esengeck (2), tandis que M. le docteur 
Maunicer, de Vannes, sous le voile de l’allégorie, vous 
faisait voir quand et comment la pervenche, originaire 
de l’Helvétie, a franchi la chaîne du Jura et celle des 
Vosges, pour se naturaliser dans les Gaules, où elle 
devint l'emblème de la fidélité. 

Gontinuant ses études sur l’histoire des plantes de 
Tu£ornrasTe, et sur les autres écrits de cet illustre 
philosophe et grand naturaliste, M. Turfgaur De Ben- 
NEAUD vous a montré dans l’asphodèle le végétal con- 
sacré aux mânes, dont les tubercules étaient éstimés 
le mets le plus agréable aux morts heureux; dans le 
souci de nos jardins, la plante annuelle qui fleurit suc- 


(1) Pinax, pag. 444, 11. 
(2) On la trouve dans leurs Æmonilates botanicæ bonnens:s, 
fasc. 1. 


{ zxxir ) 


cessivemeat et qui présente sans cesse aux rayons du 
soleil son disque d’un jaune éclatant ; et ce qu’est réel- 
lement le sylphium, aux feuilles semblables à celles 
de l’ache, que Taf£opurasre nous dit être brouté par 
les animaux avec plaisir et avidité, et que M. Derra 
CezLa a, pendant un voyage récent à Cyrène, cru, mais 
à tort, reconnaitre dans la Ferula tingitana, qui est 
mortelle pour les chameaux qui la mangent (1). 


BIOGRAPHIE. 


Toujours empressés à payer aux hommes dont les 
travaux ont eu pour but le bonheur de leurs sembla- 
bles et l’avancement des études, vous avez écouté avec 
respect l’éloge du patriarche de l’agriculture française, 
du bon Ouivier ve Serres, écrit en vers par M. pe La- 
sous, du Mas d’Azil; celui de Brucuière, par le respec- 
table et docte M. Amor£ux, de Montpellier; celui de 
Gosse, de Genève, et de l’auteur de la Flora gallo- 
provincialis, tous deux correspondans de fa Société 
Linnéenne à l’époque de sa première fondation, qui 
vous ont été adressés l’un par Bourpzr, de la Nièvre, 
autre par M. G£ram fils, de Cotignac. 

N 


Tel est, Messieurs, le résumé de ce que vous avez fait 
pour les sciences pendant les deux années 1823 et 1824. 
Le zèle que vous déployez, depuis le rétablissement de 
la Société Linnéenne, vous a ouvert des relations pré- 
cieuses avec les premiers corps savans des deux hémi- 


(1) Voyage de Tripoli de Parbarie aux frontières occidentales de 


l'Egypte, fait ou 151%, ct publié à Gènes en 1823. 


( LxxIII ) 


sphères. Vos archives se sont enrichies de bons livres, 
de matériaux utiles; vos collections ont été augmen- 
tées; des hommes recommandables par leurs vertus 
et l’heureux emploi de leurs connaissances ont sollicité 
l'honneur de partager et vos travaux et votre gloire; 
votre fête champêtre a été célébrée sur divers points 
de la France et de l'Amérique par vos colonies, au 
même instant que vous célébriez l’anniversaire de la 
naissance de Lixné sur le plateau fleuri de Romain- 
ville ou dans les bois de Viile-d’Avray (1); partout vous 
voyez des sociétés se former d’après les bases que 
vous vous êtes fixées, se proposer le même but et adop- 
ter le même nom que vous. Get hommage à la mémoire 
du grand homme que vous avez choisi pour maître est 
agréable à l’ombre vénérée de Broussoxxzr, votre 
illustre fondateur. Il est le gage d’une direction nou- 
velle imprimée aux esprits, qui reconnaissent enfin la 
nécessité d’arracher la science à l’anarchie, qui me- 
nace de la frapper de stérilité; qu’il soit pour vous, 
Messieurs, l’appel à de nouveaux succès. En voyant 
s’agrandir la patrie linnéenne, sachez grandir avec 
elle; vous êtes tous frères pour l’honorer, la soutenir 
et pour la défendre; soyez tous amis, en cueillant les 
nobles lauriers qu’elle vous offre. 


(1) /’oyez la relation de ces deux fêtes pour 1823 et 1824 ; un 


cahtr in-8°”,avec une planche. 


AY US AAA VA AA AV AY VA/0// LAS VAL AY LA VU AAA AA AAA 


RAPPORT 


Sur le concours ouvert relativement aux animaux 
viwans renfermés dans des corps solides, lu, 
au nom de la section de Zoologie, par M. le 
docteur PIÉDAGNEL. 


Des observations, dont quelques-unes reposent sur 
des faits attestés par des naturalistes instruits, sem- 
blent prouver que, parfois, on découvre dans des masses 
de pierres plus ou moins dures, dans des troncs d’ar- 
bres, et même dans des couches de houille, des êtres 
vivans, tels que serpens, crapauds, lézards, insec- 
tes, elc., sans qu’on puisse se rendre compte comment 
ils y ont pénétré, comment ils y ont conservé la vie. 

La Société Linnéenne désirait qu’on rassemblât 
tous les faits analogues qui ont été rapportés par les 
écrivains; qu’on établit leur degré réciproque de pro-, 
babilité ou de certitude, en rapportant textuellement 
les preuves sur lesquelles ils reposent, et, s’attachant à 
réunir toutes les circonstances critiques qui peuvent 
éclairer sur l'existence et la cause probable de ces 
faits, que le tout fût traité de manière à établir d’a- 
bord les pièces d’où l’on peut et l’on doit partir, pour 
expliquer, s’il y a lieu, le phénomène en question. 

Quelques observateurs ayant pensé, à l'égard des 
animaux trouvés dans des troncs d’arbres, que l’indi- 


( zxxv ) 
vidu qui y avait pénétré jeune encore, par un accident 
quelconque, s’y était développé, et y avait acquis l’ac- 
croissement ordinaire qu'il prend à Pair libre, la So- 
ciété Linnéenne désirait que l’on examinât aussi cette 
singulière opinion, et que l’on montrât si les lois de la 
physiologie permettent ou non de l’admettre. 

Enfin, par rapport aux animaux trouvés dans des 
blocs de pierre, il importe de savoir si la même théorie 
peut leur être appliquée, ou s’ils ont été enveloppés 
dans l’état où on les trouve par la matière liquide, la- 
quelle, en se durcissant, a produit la masse pierreuse 
qui les forme, et dans ce cas, expliquer comment la 
vie a pu ne pas cesser; constater, autant qu'il est 
possible, par la nature des masses pierreuses, leur gi- 
sement relatif, leur homogénéité, l’époque zoologique 
à laquelle on peut rapporter l’emprisonnement de ces 
animaux, en ayant égard aux causes accidentelles qui 
peuvent diminuer l'intérêt et l’importance de tel ou 
tel fait. 

Tel était le sujet du prix de zoologie que la Société 
Linnéenne de Paris proposa dans sa séance publique 
de l’année 1822. 

Deux mémoires ont été envoyés à la Société; l’au- 
teur du premier s’étani fait connaître, son mémoire a 
été mis hors de concours. 

Il n’en a pas été de même pour le second travail, il 
a fixé l'attention des examinateurs sous plus d’un 
rapport, et je puis le dire, l’auteur a même passé les 
limites que la question semblait lui imposer, car, sous 
le titre de Zooenstéréologie, il a rassemblé tous les faits, 
toutes les histoires, qui ont été rapportés d’animaux 


(-2xerr ) 

vivans existant dans des corps solides; ainsi les vers, les 
poissons, les serpens, les crapauds, les grenouilles, trou- 
vés dans des corps de diflérente nature, tels que la 
terre, la pierre, le bois, les liquides et les solides ani- 
maux forment autant de chapitres séparés, analysés 
avec beaucoup de soin, et desquels l’auteur a tiré ses 
corollaires dans un résumé général. 


Le nombre des faits rapportés, la manière dont ils 
sont exposés, la logique sévère qui semble les ré- 
duire à leur juste valeur, constituent un travail qui 
remplit entièrement les vues de la première partie de 
la question, et auquel par conséquent la Société ac- 
corde, à litre d’encouragement, une somme de deux 
cents francs. 


Mais tout en rendant justice à M. Vazror, docteur 
médecin, ancien professeur d'histoire naturelle, la So- 
ciélé se trouve obligée de lui témoigner ses regrets bien 
mérités, de ce qu’il ne s’est pas occupé des autres par- 
lies de la question qui sont encore à résoudre, et de 
proposer pour prix de zoologie, pour l’année 1827, la 
question suivante : 


Déterminer par des expériences, 

1° Si des animaux, qui vivent ordinairement sur la 
terre ou dans l’eau, peuvent exister pendant un temps 
plus ou moins long dans des corps solides et privés 
d’air ou d’eau; 

2° Si des animaux amphibies peuvent vivre dans des 
circonstances semblables ; 

9° Si des animaux peuvent vivre dans ces circon- 
stances, quels y sont leurs moyens d'existence, quels 


( LxxvII ) 

phénomènes physiologiques présentent-ils dans leurs 
fonctions nutritives et de relation; 

4° Expliquer par les résultats obtenus, les nom- 
breuses observations consignées dans des auteurs, sur 
des serpens, crapauds, lézards, insectes, etc., trouvés 
vivans dans des masses terreuses plus ou moins dures, 
dans des troncs d’arbres, etc. 


AAA VE EUR LULU LULU VER LULU VU VA LVULLUVE LUE LUE 


RAPPORT 


Sur: Le concours ouvert relativement au Nectaire, 
lu, au nom de la section de Botanique, par 
M. Decavaux, membre honoraire. 


Dans sa séance publique du 28 décembre 1822, la 
Société Linnéenne proposa la solution de ces questions: 

Quel est l'organe, dans la fleur, auquel on doit ex- 
clusivement donner le nom de Nectaire ? 

A quel caractère peut-on le reconnaitre? et de 
quelle importance est-il pour les végétaux qui en sont 
pourvus ? 

La Société pensait que des questions d’un si haut 
intérêt pour la science de la botanique éveilleraient 
l’'émulation d’un grand nombre de concurrens. 

Elle devait croire à l’émulation dans un pays où le 
savoir n’est point le privilége de classes particulières, 
et dont la langue, familière en quelque sorte à tous les 
hommes instruits du globe, a produit l’ouvrage le plus 
propre à inspirer le goût de l’étude des plantes, en 
répandant sur les premiers élémens, ordinairement si 
arides, les charmes séducteurs qui brillent dans tous 
les ouvrages de l’auteur d'Emile; car, à moins d’être 
tout-à-fait étranger à la littérature, on a deviné que je 
veux parler des lettres de Jzax-Jacquessurla botanique: 
ouvrage admirable, que des éditions et des traductions 


( Lxxix ) 
multipliées ont répandu avec profusion parmi tous les 
peuples qui jouissent des bienfaits de la civilisation, 
et que l’un de nos habiles confrères a encore embelli 
de la magie de son pinceau. 

Oui, Messieurs, la Société devait croire que l’on 
s’empresserait autour de la palme qu’elle présentait. 

Car, dans quel pays les sciences naturelles sont-elles 
cultivées avec plus dé soins que parmi nous, surtout 
depuis que les Ecoles centrales, d’une trop courte exi- 
stence, et si injustement décriées par ceux qui n’ont 
pas voulu se donner la peine d’en étudier et d’en com- 
prendre les avantages, ont popularisé dans tous nos 
départemens une étude trop long-temps négligée:; 
écoles dont l’enseignement modifié par l’établissement 
des lycées, a cependant produit tant de fruits; écoles 
qui subsisteraient peut-être encore, si l’homme qui 
voulait tout rattacher à son pouvoir n’eût trouvé 
parmi les professeurs qui s’honoraient de leur appar- 
tenir une noble indépendance, qu’il lui paraissait dif- 
ficile de corrompre et d’enchaîner à son char, dont 
la flatterie et l’ambition commencaient à former le 
cortége ? 

Sur quelques points de la France que vous jetiez 
aujourd’hui vos regards, une foule de végétaux utiles 
ou d’ornement attestent un goût général pour l’étude 
de la botanique. 

Si les pépinières départementales, qui devaient in- 
digéner dans chacune de nos contrées les arbres les 
plus propres à s’y acclimater, ont été frappées de mort 
presque à l'instant de leur naissance, des pépinières 
particulières, établies près de la plupart de nos gran- 


( LxxX ) 

des villes, ont été pour leurs proprictaires une source 
de richesses, où les cultivateurs instruits et curieux 
ont puisé les plus belles fleurs, les meilleurs fruits, les 
arbres les plus précieux ou les plus pittoresques. On 
leur doit aussi les végétaux des quatre parties du globe, 
et ceux plus récens de l’Australasie, que leur air d’é- 
trangeté distingue si souvent au milieu de tous les n6- 
tres ; ils se rencontrent partout, dans nos jardins, dans 
nos parcs, qu'ils embellissent et parfument dans toutes 
les saisons, confondus avec les anciennes productions 
du sol national. 

Quel pays a été exploré avec plus de soins que le 
nôtre ? Quel que soit le mérite de quelques -unes 
d'elles, je ne vous citerai point en preuve les Flores 
partielles, où se trouvent décrites les plantes de nos 
principales provinces ; je me bornerai seulement à 
vous rappeler la Flore francaise de Lamancr et pe Can- 
DOLLE qui les rassemble toutes, ouvrage qui n’a point 
encore été égalé en Europe, et qui, grâces à l’heureuse 
situation de la France, entre deux mers et les deux 
immenses chaînes des Alpes et des Pyrénées, renferme 
une multitude d’espèces si variées. Qu’aux bords du 
lac où il s’est retiré pour se livrer entièrement à l’é- 
tude, le savant botaniste que la France regrette en- 
tende les vœux de ses frères parvenus jusqu’à lui; 
puissent-ils l’engager à publier une nouvelle édition de 
la Flore francaise ; qu’il ajoute ainsi à sa gloire, en 
augmentant ses litres à notre reconnaissance, et qu'il 
sache que son exil volontaire d’une patrie, qui l'avait 
adopté, ne la point banni des cœurs qu'il s'était 
attachés. 


rskxi 

Sur notre sol qui renferme tous les germes du bon_ 
heur; sur cette terre féconde, dont Flore, Cérès ct 
Pomone semblent s’être partagé l’empire, la Société 
Linnéenne avait pu croire qu’un grand nombre de 
concurrens viendraient se disputer la couronne qu’elle 
offrait à leur émulation. 

Comment se fait-il que son espoir ait été trompé ? 

Nous ne pouvons le taire; d’odieuses calomnies se- 
mées contre une Société dont l’unique but est de 
ranimer l’étude des sciences naturelles, et de se rendre 
utile, en publiant les observations, les découvertes 
qui lui sont transmises, de basses intrigues ont écarté 
de la lice quelques athlètes timides. 

La modestie, presque toujours compagne des vrais 
talens, en a éloigné plusieurs autres, ainsi que la difi- 
culté de consulter un grand nombre d’ouvrages rares 
et indispensables, ou celle de vérifier sur les plantes 
vivantes des caractères fugaces qui disparaissent en- 
tièrement dans les végétaux conservés dans les her- 
biers. 

Trois mémoires cependant ont été adressés à la 
Société , et il en est deux auxquels la commission 
d'examen a été sur le point de partager le prix. 

Le premier recu, portant cette épigraphe : Cher- 
che et tu trouveras, paraît être l’ouvrage d’un jeune 
homme impatient de se distinguer dans la carrière 
des sciences. 

On voit que l’auteur a consulté à peu près tous les 
ouvrages des botanistes qui, depuis VAILLANT jusqu’à 
M. pe Mirpez, ont écrit sur le nectaire, et son mémoire 
est comme le résumé des opinions qu'ils ont émises. 


f 


{ LxxxIT ) 


On peut reprocher à ce mémoire d'avoir élé écrié 
avec trop de promptilude, et peut-être trop en pré- 
sence de l’article consacré au mot nectaire dans le 
Dictionnaire de botanique de Gérarnin et de De- 
VAUX. 

La commission chargée de l’examen des mémoires 
a reconnu dans le jeune homme de l'aptitude aux re- 
cherches utiles; mais elle croit devoir l’engager à 
observer directement la nature. Elle désire, dans son 
inwrêt personnel, comme dans celui de la science, 
qu'il mûrisse les idées qu’il a émises; qu'il se livre à 
des expériences nécessaires pour confirmer ou recli- 
fier ses opinions, et qu’il conserve en même temps son 
esprit de critique, parce qu'il est sage et paraît dirigé 
dans de grandes vues. La commission a pensé qu'il ne 
s’offenserait point, si elle lengageait à soigner aussi un 
peu plus son style, plein d'énergie, mais déparé par 
beaucoup de négligences. 

Elle a regardé ce mémoire comme un des premiers 
ouvrages, et peut-être le coup d’essai d’un jeune na- 
turaliste. Il ne doit pas craindre de reprendre son vol 
et de s’élancer de nouveau dans la carrière où il vient 
de se hasarder ; il est très-probable qu'avec un peu de 
travail il parviendra bientôt à s’y distinguer. 

Les auteurs des deux autres mémoires ont pris lan 
et l’autre la même épigraphe dans la Philosophie bo- 
tanique de Lixxé, et il n’est point étonnant qu'ils se 
soient ainsi rencontrés; car il était bien difficile d’en 
trouver une qui convint mieux au sujet : Vectarium 
pars mellifera flori propria. C’est encore aujourd’hui 
la seule définition que l’on puisse donner du nectaire, 


( LxxxUT ) 
parce qu’elle est parfaitement juste, dit l’auteur du 
mémoire n° 2. 


Cet ouvrage, d’une assez grande étendue, rédigé 
avec beaucoup d’ordre et de clarté par un botaniste 
qui paraît connaître et avoir médité avec soin tout ce 
qui a été écrit jusqu’à ce jour sur le nectaire, ren- 
ferme d’excellentes critiques et de précieuses observa- 
tions; cependant l’auteur, joignant à un mérite in- 
contestable une grande modestie, ne le regarde que 
comme un essai auquel le temps ne lui a pas permis 
de donner tous les développemens dont il le voit sus- 


ceptible. 


Si l’on se fût guidé par des observations compara- 
tives, dit l’auteur du mémoire n° 3, l’on ne de- 
manderait point aujourd'hui ce qu'est en effet le 
nectaire. 


Ce mémoire, le plus considérable des trois, annonce 
un homme tout entier à l’étude de la botanique, et 
auquel peu d’ouvrages sur cette science sont étran- 
gers; il est riche d’observatios et de faits nouveaux ; 
on y trouve à chaque page la preuve que l’auteur s’est 
livré à des recherches nombreuses. Une foule de plan- 
tes, de toutes les familles, ont été par lui soumises à 
un scrupuleux examen, et plusieurs, qui jusqu’à ce 
jour paraissaient répudiées, ont été ramenées, par 
des aflinités incontestablement démontrées, auprès 
d’alliées qui, sans doute, ne les rejetteront point. 


Il n’appartenait pas à la commission d’examen d’en- 
trer dans de plus grands détails sur les ouvrages des con- 
currens; elle n'aurait pu, sans indiscrétion, dévoiler 


E 


( LxxxIV ) 
leur travail, surtout voulant proposer, principalement 
d’après le regret manifesté par les concurrens eux- 
mêmes, de n’avoir pu donner un temps suffisant à 
leurs observations, de proroger jusqu’au 28 décem- 
bre 1825 la remise du prix de botanique. 

Sans indiquer davantage les autres motifs de sa dé- 
termination, elle engage les concurrens actuels et ceux 
qui pourraient être tentés de leur disputer la palme, 
à revoir avec attention les questions proposées, et à 
bien les pénétrer, afin d’en donner une solution com- 
plète et satisfaisante, La commission ne doute pas que 
le prix ne soit mérité au prochain anniversaire de ce 
jour. 

Botanistes de toutes les nations, la carrière vous est 
ouverle de nouveau; nous désirons que vous vous y 
élanciez hardiment, et, malgré cette prédilection si 
naturelle pour des compatriotes, qui nous fait espérer 
que le prix qu’ils ont disputé ne leur sera point ravi, 
nous sommes persuadés qu'ils le verraïent sans regret 
parer une tête étrangère. Un lien de confraternité unit 
les savans, quelle que soit la terre qui leur a donné le 
jour. Celui qui aurait pu se croire un instant sûr de la 
vicloire, répéterait, pour se consoler, si ses travaux 
n’obtenaient point la récompense qu’il avait ambition- 
née, ces paroles d’un grand homme : «de vois avec plaisir 
» qu'il s’est trouvé quelqu'un plus instruit que moi. » 

On croit devoir engager les auteurs qui pourraient 
faire copier leur mémoire, à le relire et à le corriger 
soigneusement. Ghaque science a ses termes techni- 
ques, sa langue particulière, Il est donc à désirer 
qu'ils n’en confient la transcription qu’à des personnes 


( LXXxV }) 


auxquelles le sujet traité ne soit pas entièrement étran- 
ser, afin de ne point déparer leurs écrits par des fautes 
grossières, qui ne sont pas assurément du fait de l’au- 
teur, et que la commission n’a point hésité à rejeter 
sur le copiste. 


RAA VU VU VV VUUVAAULUVVY VU LU 0/00 10/00/00 AAA ME VAR 


RAPPORT 


Sur une récompense accordée pour l'adoption 
et la propagation des paragréles en paille, 
lu, au nom de la section d'Agriculture, par M. le 
docteur Josepx Roques, lun des Vice-Prési- 
dens. 


Dans une de vos précédentes séances ; Messieurs, 
votre section d'agriculture a eu l'honneur de vous sou- 
mettre le résultat des recherches auxquelles elle s’est 
livrée pour connaître s’il était possible d’espérer quel-’ 
que utilité de la découverte des paragrèles en paille, 
inventés par M. Larosroze, d'Amiens, et perfection- 
nés par votre zélé confrère M. le professeur TnozLar», 
de Tarbes. 

Comme vous l’avez vu, Messieurs, dans un premier 
rapport qui vous a été fait à ce sujet, il paraît irrévo- 
cablement démontré que l'usage de ces machines, sim- 
ples et fort peu coûteuses, détourne de dessus les 
champs que le laboureur fertilise par ses sueurs, l’un 
des fléaux les plus désastreux à l’agriculture. 

Les preuves que votre section a rassemblées, sont 
fournies, non-seulement par le département des Hautes- 
Pyrénées, où l'emploi des paragrèles se fait, sous les 
yeux et par l'entremise des autorités locales, sur une 
très-grande échelle depuis quatre années consécutives ; 


mais elles le sont encore par des propriétaires très- 


{ LXAXVII ) 
recommandables de Italie, de la Suisse, de PAlle- 
magne méridionale. Celles qui vous sont arrivées de- 
puis l’impression et la distribution du résumé, iuséré 
dans vos Mémoires pour 1824, confirment ce que vous 
avaient appris les premières. 

Une des grandes pensées de la Société Linnéenne 
étant d’aider de tous ses moyens à la propagation 
des découvertes utiles, surtout lorsqu'elles tendent à 
la prospérité des campagnes et au bonheur des hom- 
mes, votre seclion d’agricullure vous a proposé de 
fonder des primes d'encouragement en faveur de ceux 
qui seconderaient vos vues sages, vos projets philan- 
thropiques. Dans votre séance du 1 1 novembre dernier, 
vous avez adopté la proposition qui vous en était faite, 
et vous avez chargé votre section de vous indiquer les 
personnes qu’elle estimerait dignes de recevoir, cette 
année même, la première récompense par vous offerte 
aux véritables amis de l'art agricole. Elle remplit, 
par mon organe, cette honorable tâche aujourd’hui, 
Messieurs, que vous mettez le monde savant dans la 
confidence de vos pensées et de vos profondes inves- 
ligations. 

Si M. Torrarn ne vous eût pas été lié par les rap- 
ports de la correspondance la plus amicale; s’il n’eût 
point été intéressé aux succès d’une découverte qu’il 
a singulièrement améliorée, votre premier mouvement 
était de lui voter une médaille d’or. Mais vous avez 
pensé qu’il valait mieux porter vos encouragemens 
sur des propriétaires ruraux qui paient d'exemple, par 
l’'empressement généreux qu’ils apportent à soumettre 
à des essais les moyens qu’on leur indique dans l’in- 


( LxxxvInt |) 
térêt de l’art qui pourvoit à tous les besoins de la vie 
sociale. 

Vous ne devez point en douter, M.Tnozran» verra, 
avec le plus sensible plaisir, votre choix tomber de 
préférence sur les personnes que je suis chargé de 
vous nommer devant celte honorable assemblée, 

Elles sont au nombre de trois. La première est 
M. Berrrami, de Milan, qui travaille avec ardeur à la 
propagation des paragrêles en paille; la seconde est 
M. le baron Cru», de Genève, et la troisième, M. l’in- 
génieur Asrozri, de Bologne, qui ont placé ces utiles 
machines sur leurs propriétés rurales, et ont le plus 
contribué à leur adoption dans des cantons trop sou- 
vent exposés aux désastres de la grêle. Le premier 
rapport de votre seclion d'agriculture lui a fourni les 
faits qui ont déterminé son choix, il serait superflu 
de les rapporter ici. 

Accordez donc, Messieurs, en ce jour, à chacun de 
ces trois propriétaires, une collection complète de vos 
Mémoires imprimés jusqu'ici, et joignez-y le diplôme 
de correspondant de la Société Linnéenne. Cette ré- 
compense sera pour d’autres un noble motif d’émula- 
lion. 


VV L0/0 VU/ VUE UV UV VV VV AU LVL VV LAVE VA VUUVY VU VV 


PROGRAMME 


Des encouragemens annuels promis pour des 
observations météorologiques. 


La Société Linnéenne, embrassant dans leur en- 
semble les sciences physiques et naturelles, attache 
surtout la plus haute importance aux recherches qui 
peuvent conduire à des applications utiles : c’est ainsi 
qu’elle appelle spécialement l’attention de ses mem- 
bres vers les études de la physique, vers’ les études de 
physiologie végétale et animale. qui pourraient éclair - 
cir plusieurs points obscurs de l’agriculture et des di- 
verses branches de l’industrie humaine. 

Il est une science qui, plus que toute autre, est sus- 
ceptible d'amener à des résultats du pius grand inté- 
rêt, puisqu'elle a pour but de connaître les causes et 
les effets des variations de tout genre qui se succèdent 
dans notre atmosphère : cette science, c’est la météo- 
rologie. En observant les mouvemens, la température, 
humidité, la pesanteur de l'air; en remontant aux 
causes des vents, des pluies, des orages, elle nous four- 
nira les moyens de calculer à l'avance, et avec exacti- 
tude, le retour des saisons, l’époque, l’intensité, la 
durée des froids et des chaleurs, des pluies et des 
vents; elle peut, par suite, apprendre au cultivateur le 
véritable moment où il convient de faire telle opéra- 
tion, où il doit confier telles semences à la terre : ce 


(xc) 

ne sera plus alors en aveugle qu’il fixera l’époque des 
travaux d’où dépend sa fortune; un guide assuré di- 
rigera ses pas. 

Mais, il faut le dire, les bases de la météorologie ne 
sont point encore assises sur des fondemens assez so- 
lides pour établir une théorie qui embrasse tous les 
faits connus : dans chaque pays des exceptions sans 
nombre viennent entraver le savant. C’est donc à l’é- 
iude des phénomènes qu'il faut s’attacher ; c’est de la 
masse des faits que jailliront d’abord des principes 
pratiques indiqués par les observations, puis enfin une 
théorie qui en liera, qui en expliquera tout l’ensemble. 

Déjà la Société Linnéenne a vu ses eflorts, pour 
constater l'utilité des paragréles en paille, couronnés 
d’un plein succès; elle espère exciter le même zèle 
pour les observations météorologiques. Elke veut rem- 
placer l’Institut spécial de météorologie que lon a vu 
un instant fleurir à Manheim et périr avec l’Electeur- 
Palatin qui l'avait fondé; elle veut rivaliser de zèle 
avec la Société qui vient de s'établir pour le même 
objet à Londres, et devenir le centre des travaux de 
tous les hommes éclairés, de toutes les réunions sa- 
vantes nationales et étrangères dans une entreprise 
aussi utile. 

in coyséquence, elle demande qu'il soit, dans toutes 
les localités, ouvert des registres météorologiques con- 
formes au modèle annexé au présent programme, et 
dont le résumé sera publié dans le volume annuel de ses 
Mémoires. Ges tableaux contiendront 1° la température 
calculée sur un thermomètre centigrade, exposé au 
nord, placé à six mètres au-dessus du sol, et destiné 


cd 


(WxGr!) 

à fournir chaque jour, à neuf heures du matin, à 
deux heures après midi et à neuf heures du soir, la 
moyenne des températures extrêmes; 2° la pression 
moyenne de l’atmosphère indiquée par les variations 
barométriques et les oscillations de la boussole obser- 
vées à neuf heures du matin, à midi et à neuf heures 
du soir; 5° le degré d’humidité de l’air d’après un hy- 
gromètre de huit cheveux, tenu à l'ombre et au nord; 
4° la quantité de pluie tombée calculée en centimètres; 
5° la nature des vents dominans, leur vitesse, leur durée 
et leur quantité mesurées toutes les vingt-quatre heures 
avec un bon anémomètre; 6° l’état du ciel; 7° enfin 
une colonne d’observations où l’on insérera les phéno- 
mènes particuliers, tels que les époques de la floraison 
et de la fructification des arbres et des plantes indigè- 
nes et cultivés; l’apparition, disparition, nichée,passage 
ou chant des oiseaux; l’apparition et disparition des 
insectes; les épidémies et maladies régnantes, etc. 

À partir de sa séance publique annuelle du 28 dé- 
cembre 1825, la Société Linnéenne distribuera à ceux 
qui lui ferent passer des tableaux de ce genre, avant 
le 1° décembre, des encouragemens proportionnés au 
mérite du travail obtenu. 

Les paquets devront parvenir, franes de port, à 
M. Tuif£saur pe Benneaup, Secrétaire perpétuel, rue 
des Saints-Pères, n° 46, qui en donnera recu. 


N. B. Les personnes qui désireraient concourir à la confection la 
plus régulière des tableaux demandés, pourront s'adresser au Se- 
crétaire perpétuel pour obtenir, à des prix modérés, les différentes 
sortes d’instrumens nécessaires. Ces inslrumens seront confectionnés 
avec exaclitude, simplicité et par la même main. 


VEV VV UE ELA VE UE LVL LULU VUE OL UE LAUR LULU LUE LL LULULE 


SECOND SUPPLÉMENT 


AU 


TABLEAU DES MEMBRES ET CORRESPONDANS 


INSÉRÉ DANS LE 11° VOLUME, PAGE XCIX ET SUIV. 


0 ——— 


MEMBRES RÉSIDANS. 


Devizze (Pierre-François-Alberic), ancien professeur 
d'histoire naturelle, D. M. et accoucheur, ancien 
Auditeur. 

Descourrizz (M.-E.), D. M., ancien Correspondant. 

Prépacxer (Honoré), D. M., professeur de physio 
logie à l’Athénée. 

Popgvin (Eugène-Damas), chimiste, ancien Corres- 
pondant. 

Roques (Joseph), D. M. 

CGaiccor (Adrien-Gustave), pharmacien. 

Le Breton (Emile), pharmacien. 

Gizzer De Lauwoxr (Nic.), chimiste et minéralogiste. 

Pinozze (Louis-Joseph), horticulteur. 

Boxasrre, professeur de chimie. 

Ganaz (Jean-Nicolas), chimiste. 

Léveizzé (J.-H.), docteur en médecine. 


MEMBRES HONORAIRES NATIONAUX. 


Dezavaux (Francois- Urbain}, professeur d'histoire 


naturelle, ancien Correspondant. 


( xcunr ) 

Fuzemiron (Jean-Claude), propriétaire. 

Naucue, docteur en médecine. 

Goncx (Pierre-Ghristophe), docteur en médecine, an- 
cien Correspondant, président de la Colonie Lin- 
néenne de la Moselle et de la Meurthe, à Metz. 

Souzanes-Bonin (Etienne), propriétaire du jardin des 
cultures exotiques de Fromont, ancien Correspon- 
dant. 

Marurev DE Dousase (CGhristophe-Joseph-Alexandre), 
directeur de la ferme expérimentale de Roville 
(Meurthe), ancien Correspondant. 


MEMBRES HONORAIRES ÉTRANGERS. 


Arzguus (Adam), professeur d'histoire naturelle à 
Upsal. : 

Dewirr GuinTon, gouverneur de la province à New- 
Yorck. 

Akerzy (Samuel), D. M. et professeur à New-Yorck. 

Euuorr (Step.), à Charleston, dans la Caroline du Sud. 

Sizziman (Benjamin), professeur de chimie au collége 
de Yale, dans le Connecticut. 

Iosack (David), D. M., professeur à New-Yorck. 

S. A. R. le prince GurisrrAn-FRéDÉRIC, prince hérédi- 
taire du Danemarck à Copenhague. 

S. À. R. le Grand-Duc DE Saxe- Weimar. 


MEMBRES AUDITEURS. 


Lacnorx (Alexis), D. M. de Montauban. 

Descourrizz (Théodore), naturaliste et dessinateur. 
Cazesrnourpar (Jean-Noël), D. M. 

Baux (Gharles-François), de Merlieux, horticulteur. 


( xciv ) 

Desuyrrère (Joseph }, de Cassel, pharmacien et mé- 
decin. 

Rosgerr (Pacifique -Antoine - Marcellin - Gustave -Sci- 
pion), D. M. suédois. 

PasrR£ (Thomas), D. M. 

Gnassis (François-Louis), horticulteur. 

Massé ( Alexandre), propriétaire. 


ASSOCIÉES LIBRES. 


Mesdames 

Laisné (Marie-Jeanne GuizranD veuve), à Ghâtillon- 
sur-Loing. 

Srarr ( Sarah}, à New-Yorck. 

Linné (Louise - Elisabeth - Christine), à Hammarby, 
près d’Upsal. 

Linxé (Sara-Christine, veuve Dvsx), à Upsal. 

Linxé (Sophie), épouse de M. Drse, procurateur de 
université d’'Upeal. 

SaixT-AmanD (Alphonsine Gué£pon nr), à Neuilly-sur- 
Marne. 

Mazau (Anne-Marie La Marcnière, baronne DE), à 
Nantes. 


CORRESPONDANS NATIONAUX. 
Département des Hautes-Alpes. 
Nicozas (Jean), médecin, à Saint-Jean-Saint-Nicolas. 
Ardennes. 


Trancnart (Jean-Baptiste- Théodore), avocat à fe- 
thel. 


( xev ) 
Aveyron. 


Ricnann (Georges), D. M. à Rhodez. 
Ginou (Louis-François-Charles), propriétaire cultiva- 
teur à Buzareingues. 


Eure. 


BgaucAnTiIN (Antoine-Jean-Chrysostôme }), directeur 
du jardin de botanique à Evreux. 
Bourieny (Pierre-Hippolyte), pharmacien à Evreux. 


Ille-et Vilaine. 
De LA Pyzare (B.), naturaliste à Fougères. 
Indre. 


BonneAu (Paul-Dominique), propriétaire cultivateur 
à la Brosse, près Saint-Lactensin. 


Indre-et-Loire. 


Durrocuer, correspondant de l’Institut à Château- 
Regnaud. 


Isère. 


CrepiN (Louis -Marie), propriétaire à £Lesynet, près 
de Grenoble. 


Loire-Inférieure. 


Priou (Jean-Baptiste), D. M. à Nantes. 
Tuowne (Jean-Baptiste-Pierre), propriétaire à Nantes. 


Maine-et-Loire. 


Bourron-L£vèque, propriétaire à Angers. 


( xcvi ) 
Mur (Pierre - Aimé), propriétaire et naturaliste à 


Angers. 
* Mayenne. 


Bourrren (Eugène), propriétaire, ancien capitaine 
d’infanterie à Laval. 


Meuse. 


Gicaucr D'Orincourt (Louis- Achille), InÉcmieur en 
chef du cadastre de la Meuse à Bar. 


mn oselle. 


Boucnorre (Emile), propriétaire à Metz. 
Rhône. 


Vaivozer, propriétaire cultivateur à Saint-Lager, près 
de Villefranche. 

Mursanr (Etienne), propriétaire-naturaliste à Saint- 
Jean-la-Bussière. 

Sarthe. 
Psscne (Julien-Remi), pharmacien à La Flèche. 
Seine-et-Marne. 

Le Bourrencer, ingénieur en chef des ponts et chaus- 

sées à Melun. 
Seine-et-Oise. 
Courtois (Marcelin), pharmacien à Mantes. 
P£rir (Edouard), médecin à Gorbeil. 


ScuREIBER (Jean-Adam), ancien quartier-maîlre de 
cavalerie, botaniste à Versailles. 


( xcvir ) 
Pnicipparr (François), jardinier adjoint au Trianon. 
Boupier ( Henri), pharmacien. 


Seine-Inférieure. 


Lecuevrez (Julien-Réné), propriétaire, médecin et na- 
turaliste au Hävre. 


Tarn-et-Garonne. 
CarRÈRe (Guillaume-Bruno), D. M. à Saint-Nicolas- 


de-la-Grave. 
DesrA (Prosper), propriétaire et peintre à Montauban. 


Var. 


Laure (Henri), propriétaire-cultivateur à La Valette. 
Gaza (François-Emmanuel), D. M. à Antibes. 
Gaupicuaun (Charles), pharmacien et naturaliste à 
Toulon. 
Vienne, 


 Barpoux (René-Désiré), médecin à Poitiers. 


Vienne (Haute-) 
Juce De SAINT-MarTin (Jean-Aimé), avocat et pro-. 
priétaire à Limoges. 


CORRESPONDANS ÉTRANGERS. 


Allemagne. 


Fuxcx (Henri-Chrétien), pharmacien et botaniste à 
Géfries, dans le Bareuth. 

Kuwze (Gustave), professeur de botanique à Leipsick. 

Fiôenke (Henri- Gustave), professeur d'histoire na- 
turelle à Rostock. 


(dt 


( xCvnt ) 
EscawgiLer (Fr.-G.), D. M. naturaliste à Munich, 


Amérique du Nord. 


Gnierex (Auguste-Robert), médecin à New-Yorck. 

Torrey (John), médecin à New-Yorck. 

Deray (James-E.), médecin à New-Yorck. 

Prince (William - Robert), propriétaire à Flushing, 
Long-Island. 

Pace fils (William-Robert), propriétaire à Flushing, 
Long-Island. 

De Scnweinirz (Rev. Lewis), à New-Yorck. 

Bzoopcoon (Joseph), D. M. à Long-Island. 

Renssezaer (Jeremiah Van), médecin à New-Yorck. 

Hazsey (Abraham), à New-Yorck. 


Amérique du Sud. 
MacnevaL (Philippe), D. M. à l’ile de la Trinité. 
Angleterre. 


Duxazison (Robley), membre du collége des chirur- 

giens à Londres. 
Helvérie. 

Scmnz (Henri-Rodolphe), Secrétaire de la Société de 
physique à Zurich. 

De Cuaizrer, ancien capitaine et botaniste à Neuf- 
châtel. 

Verpæis (François), D. M. à Lausanne. 

Wyper, contrôleur des postes et zoologiste à D 
sanne. 

Ds Lessenr (Henri), botaniste à Ouchy. 

Cnup (le baron), à Genève. 


( xcix ) 
Irlande. 
GouzTer (Thomas), D. M. à Dundalk. 
| Lombardie. 
Bezrrawi, physicien à Milan. 
Asrozri, ingénieur à Bologne. 
Pays-Bas. 


Kickx (Jean), pharmacien à Bruxelles. 

GawgerLyN D’Amoucis (Jean - Baptiste - Guillaume - 
Chev.), juge au tribunal civil de Gand. 

Nysr (Henri-Joseph-Pierre), directeur du jardin de 
botanique à Bruxelles. 

GérarD (Ant.), naturaliste et avoué à Bruxelles. 


Piémont. 
Lascanis DE ViNtimizce (le marquis), président de la 
Société d'agriculture à Turin. 
Prusse. 


Nges »’Esengecr (Théod.-Fréd.-Louis), professeur de 
botanique à Bonn. 


Russie. 

Norpenskio1D (Nils), directeur des mines à Abo. 
Suède. 

Rogsanm (Olaus-Abraham), médecin et naturaliste à 


Stockholm et à Wisbo. 


STENUAMMER (Charles), professeur d'histoire naturelle 
à Stockholm. 


(c) 

Hezzsrroem (Gharles-Pierre), minéralogiste à Stock- 
holm. 

Dazmax (Jean -Wilhelm), intendant du Muséum de 
l’Académie des sciences à Stockholm. 

WauLeNBerG (Georges ), professeur de botanique à 
Upsal. 

Markzin (Gabriel }, entomologiste à Upsal. 

Nizssox (Sven), D. M., professeur d'histoire naturelle 
à Lunden. 

Waixsrrozm (Jean-Eric), intendant et professeur à la 
pépinière de Bergii, à Stockholm. 

Rose, D. M., botaniste à Stockholm. 

Hanruax, D. M., botaniste à Stockholm. 

Gyzzensrierna (Nils, baron), propriétaire à Krap- 
perup, près Helsingborg en Scanie. 


Toscane. 


Passerini (Carlo), conservateur du Muséum d’histoire 
naturelle à Florence. 


SOCIÉTÉS SAVANTES AFFILIÉES. 


Société des curieux de la nature, à Bonn. 
Société de Flore, à Bruxelles. 
Lyceum of natural history, à New-Yorck. 


AAA AV VV VU VV VU VAL VU UV UMA VU 0/0 WA VA V0 WA 


LISTE 


Des ouvrages imprimés offerts a la Societe 
Linnéenne de Paris pendant les années 1825 
et 1824, et déposés dans ses archives. 


ACADÉMIE DES CURIEUX DE LA NATURE DE LEIPZIG. — ACta, 
tomus 1, cum tabulis septem iconographicis. Lipsiæ , 
1922 ; in-4. 

ACADÉMIE DES GEORGOFILI DE FLorencE. — Troisième vo- 
lume de ses Actes; in-8 de 492 pages. 

ACADÉMIE DES SCIENCES DE BRUxELLES. — Nouveaux Mé 
moires, 1et 2° volumes; in-4. Bruxelles, 1820 et 
1922. 

ACADÉMIE DE TouLouse. — Sujets de prix proposés pour 
les années 1824 , 1825 et 1826 ; in. 

M. Akerzy. H. — Eulogy on the elder Michaux, pro- 
nounced on the 24 mai 1823 at the celebration of 
the birth day of Linnæus; in-8. New-Vorck, 1825. 

l'acts showing the fatal effects of interments in popu- 
lous cities. New-Yorck, 1822 ; in-8. 

A History of the proccedings of the board of the city of 
New-Yorck,in the summer and fall of 1822 together 
with, an account of the rise and progress of the yel- 
low fever, wich appeared daring that season, and the 
several documents in relation to it, wich were laid 
before the board. New-Yorck , 1823 ; 1 vol. in-8. 

The Geology of the Hudson river, and the adjacents 
regions. New-Yorck, 1820; in-8, avec une planche 
gravée. 


( cr ) 

Elementary exercises for the deaf and dumb. New- 
Yorck, 1821; 1 vol. in-8. 

Documents and facts showing the fajal effects of inter- 
ments in populous cities. New-Yorck, 1822; in-8. 
Observations on the langage signs. New-Yorck, 

1823 ; in-8. 

Remarks adressed to the honourable the corporation of 
the city of New-York, on a work recently published 
in this city by D, Pascazs , on the subject of inter- 
ments; 1823; in-8. 

On the cultivation of forest trees ; 1823, in-8. 

Remaks on the cultivation of the locust tree (robinia- 
pseudo-acacia ), in-8 ; 1823. 

M. ALeuquerquE (DE). C. — Georgicas portuguezas; 
in-18. Paris, 1820. 

Ideas sobre o estabelecimento da instrucçao publica; 

in-8. Paris, 1823. 


Aunaes das sciencias, das artes e das lettras. Paris, 


1818 - 1822; 16 vol. in-8. 


M. Awas (ne Sainr). H.—Observations critiques sur l’es- 
pèce de riz sec de montagne ou de la Cochinchine ; 
4 pages in-8. Agen, septembre 1823. 

M. Arras y Cosra. H. — Lecciones de agricultura. Ma- 
drid, 1818; 2 vol. petit in-4, avec six planches 
gravées. 

Coleccion de dissertaciones sobre varios punctos agro- 
nomicos. Madrid , 1819; 1 vol. petit in-4. 

Informe descriptivo y diseno del aratro timonero re- 
formado por don Andreo Hennanre. Madrid , 1520 ; 
in-8, avec une planche gravée. 


Propuesta de ley sobre escuelas praticas de agricultura 
y economia rural en la monarquia, y juntamente la 


( ci ) 


memoria de la comision de agricultura. Madrid, 
1821, in-8. 

M. Barry. À. — Manuel théorique et pratique du jar- 
dinier. Paris, 1824; 2 vol. in-18. 

Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette 
science. Paris, 1825; 1 vol. in-18. 

M. Bazvis. H. — Materies medica prælectionibus acade- 
micis accommodata; 1 vol. in-8 en deux "si Lies ; 
Turin, 1811. 

M. J. P. Barruez. E. — Réponse aux principaux écrits 
qui ont paru sur le fossile humain trouvé dans le mois 
de septembre 1023, au Long- “Rocher: Paris, 1824 ; 
in-5. 

M. BarzezLorri. C. — Pauli Mascacni anatomiæ uni- 
vérsæ prospectus. Pisis, 1822; in-folio, avec une 
planche gravée en couleur. 

Le mème prospectus en italien ; in-18. 
Nuovo giornale de’ letterati, n° IV, V'et VI. 

M. Berri. C. — Notizie storiche al tifo carcerale di Ve- 
roua dell’ anno 1817, con alcune considerazioni sull 
uso de’ bagni freddi nel tifo, e sul modo ond’ esso si 
communica, da’ dottori di medicina G. B. Berri e To- 
MASO GUGEROTTI FRAcAasTOR. Verona, 1918; 1 vol. 
in-8. 

* JB. Burkgnit di Kanifeld, Tridentini, opera posthu- 

ma, quæ ex schedio ejus collegit et edidit J.-B. Ber- 
ri. Veronæ, 1822; trois vol. in-8. 
Bicor De Moroques. C. — Observations générales sur 
l'influence de la latitude, de l’élévation , de l’exposi- 
tion et de la nature du sol des vignobles, avec quel- 
ques applications particulières à ceux de larrondis- 
sement d'Orléans, et à la répartition de l'impôt sur 
les vignes. Orléans, 1823; in-8. 


7 


( cv) 

Influence des sociétés littéraires, savantes et agricoles 
sur la prospérité publique. Orléans, 1823 ; in-8. 

De l'influence des récoltes intercalaires sur les blés qui 
leur succèdent ; mémoire in-8. Orléans, 1824. 

De la meilleure méthode pour opérer économique- 
ment la fermentation vineuse ; mémoire in-8. Or- 
léans, 1824. 

M. Braup. C. — Nouvelles Recherches sur la laryngo- 
trachéite, connue sousle nom de croup. Paris, 1823; 
x vol. in-8. 

M. Bonarous. C. — Mémoire sur une éducation de vers 
à soie en 1822. Lyon, 1823; in-8. 

De l’éducation des vers à soie, d’après la méthode du 
comte Danpoo, 2e édition. Paris, 1824 ; in-8, avec 
quatre planches lithographiées. 

Supplément au catalogue des plantes du jardin de Saint- 
Sébastien, par le marquis de Sr. Turin, 1823 ; 
avec une planche lithographiée. 

De la culture des müriers; 2° édition. Paris, 1824; 
in-8. 

M. BonwaiRe Mawsuy. C. — Cosmogonie, ou de la forma- 
tion de la terre, et de l’origine des pétrifications : 
nouveaux principes de géologie. Paris, 1824 ; in-8. 

M. P. D. Bonneau. C. — Réflexions d’un cultivateur sur 
les moyens de faire observer les instructions que le 
gouvernement et les sociétés savantes répandent 
pour la prospérité des campagnes ; in-8. Château- 
roux, an XII. 

Essai sur la culture des prairies artificielles, dans une 
exploitation de 176 hectares 81 ares. Paris, 1807; 
in-4. 

Puissance combinée des lois et du crédit pour réprimer 
Ja mendicité. Paris, 1813, in-8. 


(cv) 

Puissance du crédit et des améliorations, ses rapports 
avec la guerre et la paix. Paris, 1913; 1 vol. in-8. 

Considérations sur les destinées du monde relativement 
à l’agriculture; 2 petites brochures in-8. 

M. Boucnorre ( Émie). C. — Du mauvais état actuel des 
chevaux dans le département de la Moselle. Idée sur 
la possibilité d’introduire quelques moyens d’amé- 
lioration dans cette branche importante de l’écono- 
mie rurale. Metz, 1824 ; in-8. 

M. Bouzencer (LE). C.— Excursion minéralogique dans 
une partie de la Chalosse , dépendante du départe- 
ment des Landes. Mont-de-Marsan , 1817; in-4. 

Examen de l’administration civile en France ( dans son 
application à l’agriculture), et des changemens qu’il 
serait convenable d’y apporter pour l’approprier au 
régime de la Charte. Paris, 1818; in-8. 

M. Bourper, dela Nièvre. C.— Mémoire sur les qualités et 
les connaissances que doit avoir un naturaliste voya- 
geur; suivi d’un traité de taxidermie. Berne, 1820; 
in-8. 

Notice sur des fossiles inconnus qui semblent apparte- 
nir à des plaques maxillaires de poissons, dont les 
analogues vivans sont perdus, et que j'ai nommés 
ichtyosiagônes. Genève, 1822; in-4, avecune planche. 

M. Bournon (DE). H. — Observations sur quelques-uns 
des minéraux, soit de l’île de Ceylan, soit de la côte 
de Coromandel, rapportés par M. LEscHENAULT DE 
LA Tour; in-4. Paris, 1823. 

Quelques observations et réflexions sur le calorique, 
l’eau et le fluide de la lumière. Paris, 1824; in-8. 

M. Burnin. C. — Catalogue général de sa pépinière si- 
tuée à Chambéry ; in-5. Chambéry, 1822. 


( cvi ) 

M. Cazesrroupar. À. — Dissertation sur l'hypocondrie. 
Paris, 1823; in-4. 

M. Camverzyn. C. — Ars costeriana typographia inventa ; 
poëme ; in-8. Gand , 1822. 

Poëme latin sur la guerre d’Espagne. Gand , 1893 ; in-8. 

Éloge de Jean de Harchies, bourgmestre de Thuin, 
défenseur de la hberté liégeoise ; poëme latin. Gand, 
1924 ; in-8. 

Jennero; poëme latin. Gandæ, 1894. 

Eyckii immortali genio. Gandæ, 1824; in-8 avec deux 
planches lithographiées. 

M. CampessÈpes. C. — Observations critiques sur un ca- 
nal qui s'ouvre entre Pérols et le lieu dit la Redelle, 
près Montpellier. Paris, 1823 ; in-12. 

Monographie du genre Spiræa, précédé de quelques 
considérations générales sur la famille des rosacées ; 
iu-8. Paris, 1824. 

M. Canpoze (pe). H. — Mémoire sur la famille des tern- 
stroemiacées, et en particulier sur le genre Sauranja. 
Genève, 1823; in-4 , avec planches. 

Rapport sur les plantes rares ou nouvelles qui ont fleuri 
dans le jardin botanique de Genève, pendant les an- 
nées 1819, 1820 et 1821. Genève, 1823; in-4. 

M. Canzonert. C. — Saggio sul castagno d’India, con 
l’aggiunta della scoverta di una nuova sostanza Lro- 
vala nel frutto. Palermo, 1823; in-8. 

1. Car. C. — Mémoire sur cette question: Déterminer 
si, dans l’état actuel de nos connaissances, on 
peut établir une classification régulière des médi- 
camens, fondée sur leurs propriétés médicales. Lyon, 
1923 ; in-8. 


Vi. Carena. C. — Calendario georgico della Sccietà agra- 


( cvr ) 
ria di Torino, per l’anno 1823. Torino, 1823, in-8. 
Calendario georgico della Società agraria di Torino, per 
l’anno bisestile 1824. 
Supplément à sa monographie du genre ÆZirudo; in-4. 

M. Carrëre. C. — Essai sur la convalescence. Montpel- 
lier, 1822 ; in-4. 

M. Cuasrezer ( pu). E. — Catalogue d’une collection 
d’ornithologie à vendre, à Monifort-l'Amaury, dé- 
partement de Seine-et-Oise ; in-8. 

M. Cueswez (DE). C. — Les trois cahiers du journal poly- 
mathique de Montpellier, les seuls qui aient paru. 
1923 ; in-8. 

M. Cuevarter. R. — Dissertation sur les cigués indigènes, 
considérées comme poisons et comme médicamens ; 
in-4. Paris, 1821. 

Observations nouvelles sur les ciguës, avec leurs carac- 
tères générique et spécifique. Paris, 1821; in-8. 

Essai sur les hypoxilons lichenoïdes ; in-4. Paris, 1822. 

Fe livraison de son Histoire générale des hypoxilons; 
in-/4. 

M. Corxa. C. — Illustratio generis dysodii, addita icone 
nondum cognita speciei, quam divaricati nomine de- 
signaverunt botanici; in-4. Turin , 1824. 

Freyliniæ genus addita icone; in-4. Turin, 1824. 

Hortus ripulensis, seu enumeratio plantarum quæ ri- 
pulis coluntur; Augustæ Taurinorum; 184 ; in-4, 
cum quadraginta tabulis in vol. separatum. 

CoLoniE de New-Yorck.— Celebrationat Flushing , of the 
birth-day of Linnæus by the New-Yorck branch of 
the Linnæan Society of Paris. New-Yorck, mai, 1824; 
in-8. 


M. Cornizzon. A. — Tableau synoptique du système de 


( cvur ) 
Linné, appelé système sexuel, dressé par M. le doc- 
teur Lamouroux ; in-plano. 

M. Courren. C. — Mémoire sur les dipsacées. Genève, 
1823 ; in-4, avec deux planches gravées. 

M. Cuvirr. H. —Analyse des travaux de l’Académie des 
sciences de l’Institut, pendant l’année 1822 ; partie 
physique et partie mathématique; deux cahiers in-4. 

Id. pour l'année 1823; partie physique par M. Cuvrer, 
partie mathématique par M. Foureier ; in-4. 

M. Danisre. E. — Mémoire sur la non- contagion de la 
fièvre jaune, suivi de conseils aux Européens qui 
passent dans les pays chauds, et notamment aux An- 
uilles; in-8. Bordeaux , 1824. 

M. Drazer. C. — Traité du hêtre et de son aménagement 
comparé à celui du chêne et des arbres résineux; 
in-12. Toulouse, 1824. 

M. Deranue. C. — Bulletin des sciences médicales d’É- 
vreux; in-8; cahiers de l’année 1823. 

Jourval d'agriculture, de médecine et des sciences ac- 
cessoires, faisant suite aux deux journaux publiés par 
les Sociétés d’agriculture et de médecine d'Évreux ; 
in-8; premier, deuxième et troisième cahiers. 

M. DE Lrsserr. H.— Le tom. IT de ses Icones selectæ, con- 
tenant les berbéridées , les nymphéacées, les pipavé- 
racées et les crucifères; in-4 , avec cent planches. 

Ni. Descourti1z. R. — Flore médicale des Antilles, in-8, 
depuis la 4° jusques et compris la 44e livraison. 

AI. Desmazières. C. — Catalogue des plantes omises dans 
la botanographie belgique, et dansles Flores du nord 
de la France ; in-8. Lille, 1923. 

Plantes cryplogames du nord de la France ( préface ) ; 
in-4. Lille, 1825. 

M. Devèze. H. — Nouvelles considérations sur la fièvre 
jaune ; in-8. Paris, 1823. 


( cix ) 

M. Devisce. R. — La botanique de J.-J. Rousseau, con- 
tenant tout ce qu ’il a écrit sur cette science, augmen- 
tée de l’exposition de la méthode de Tournefort, de 
celle du système de Linné, d’un nouveau diction- 
naire de botanique, et de notes historiques, etc.; 
1 vol. in-12, orné de huit planches. Paris, 1825. 

M. Ducnamson Vaizzanr. — Recherches sur le principe 
vital; in-4. Paris, 1822. 

M. Dumorrier Rurreau. C. — Observations botaniques, 
contenant, 1° quelques genres dédiés à des botanistes 
belges; 2° les bases d’un nouveau système des végé- 
taux; 3° un mémoire sur chacune des familles dites 
des pollinacées et fluidacées ; 4° et un essai de mono- 
graphie des jungermanes. Tournai, 1823; in-8. 

Éditeur (1) re, °°, 3°, 4°, 5° et 6e livraisons des Annales 
Linnéennes. 

Relation des deux fêtes champêtres de 1823 et 1824, 
célébrées le 24 mai à Romainville et à Ville-d’Avray; 
in-8, avec une planche. 

M.Escanwezer. C. — Systema lichenum, genera exhibens 
rite distincta, pluribus novis adaucta. Norimbergæ, 
1824; in-4, avec une planche lithographiée. 

M. Fopera. C.— Recherches expérimentales sur l’absorp- 
tion et l’exhalation ; in-8. Paris, 1823. 

M. François DE NEUFGHATEAU (le comte). E.— Le corpset 
l’âme, discours en vers; in-8. 

M. Gaizzon. C. — Expériences microscopiques et physio- 
logiques sur une espèce de conferve marine, produc- 
tion animalisée, et réflexions sur plusieurs autres 
espèces de productions filamenteuses analogugs, con- 
sidérées jusqu'alors çomme végétales ; in-8. Rouen, 
1824. 


M. Gicaurr n'OrincourT. G. — Rapport sur les expé- 


(ex ) 
riences comparatives de vinification, faites à Bar-sur- 
Ornain, lors des vendanges de 1822; in-8. 

M. Grizer DE Laumonr. H.— Note sur la fructification du 
phormium tenax, ou lin de la Nouvelle-Zélande, à 
Cherbourg et à Toulon : sur la germination particu- 
lière de ses graines et leur culture. Paris, 1824 , in-8. 
( 50 exemplaires. ) 

M. Giro Cuanrrans. H. — Mémoires et rapports de la 
Société d’agriculture et arts du département du 
Doubs, 1822-1823 ; 3: année de sa restauration ; in-8. 
Besançon , 1823. 

M. Girou. C. — Essai sur la division indéfinie des pro- 
priétés ; in-8. 

Essai sur le tournis et sur le charbon du blé; in-8. 

Supplément à l’essai sur le tournis; in-8. 

De l'utilité des théories rurales ; in-8. 

Mémoire sur les poils ; in-8. 

M. Gouriz. C.— Essai sur les causes et la nature de quel- 
ques maladies fréquentes dans la ville du Mans; in-4. 
Paris, 1810. 

Considérations sur les influences que peuvent avoir, 
dans la pratique chirurgicale , les vices scrophuleux, 
scorbutique et cancéreux ; in-4. Montpellier, 1811. 

M. Gnirren. C. — An essay on the botanical, chemical, 
and medical properties the fucus edulis of Linnæus. 
New-Yorck, 1816; in-8, avec une planche. 

M. Grocnin. C. — Compte rendu des travaux de la So- 
ciété d'agriculture de Lyon, pendant le cours de 
1522; in-8. 

M. Hazsey. C. — Sinoptical view of the lichens growing 
in the vicinity of New-Yorck ; in-8, 1823. 

M. Henmin. C. — Recherches sur l'emploi de plusieurs 
procédés nouveaux pour Ja conservation des sub- 


( axr) 
stances animales destinées à l’histoire naturelle ; bro- 
chure in-19. Metz, 1822. 

Instruction sur les premiers soins à donner aux per- 
sonnes asphixiées par les vapeurs du vin ou de la 
bierre en fermentation, par celle du charbon et de 
la braise allumés. (Extrait dela Bibliothèque phy sico- 
économique , tome XIL:, page 272.) In-12. 

Quels inconvéniens y aurait-il à rendre à l’agriculture 
les terrains incultes dépendans des fortifications des 
places de guerre, quand on peut le faire sans nuire 
au service militaire ? in-12 de quatre pages. Metz, 
1822. 

Nouvelle fontaine filtrante domestique. Metz, 1822; 
brochure in-12 de 7 pages, avec une planche litho- 
graphiée. . 

Description d’un nouvel alambic à l’usage des pharma- 
ciens et des liquoristes. Metz, 1823; brochure in-12 
de 23 pages, avec une planche lithographiée. 

Description de plusieurs instrumens nouveaux pour 
conserver et améliorer les vins. Metz, 1823; bro- 
chure in-12 de 34 pages; avec une planche lithogra- 
phiée. 

Récréations chimiques, ou recueil d'expériences cu- 
rieuses et instructives. Paris, 1824 ( pour 1823) ; 
2 vol. in-5. 

Description d’un appareil de distillation continue’, au 
moyen duquel on peut obtenir à la fois deux sortes 
d’esprits aux degrés déterminés. Paris, 1823; in-8, 
avec une planche. 

M. Kickx. C.— Flora bruxellensis. Bruxellis, 1812 ; in-8. 

Tentamen mineralogicum. Bruxellis , 1820 , in-8. 


M. Lacnorx, A. — Considérations pathologiques et théra- 


( cxur ) 
peutiques sur l'attitude de l’homme; in-4. Paris, 
1824. 
M. Lasous ( DE ). C. — Journal d’agriculture de l'Ariège, 
n° 15 à 21, inclusivement. 
M. Lamouroux. C. — Notice sur le Bon-Sauveur, l’un 
des hospices de Caen; in-8. Caen, 1824. 


M. Lapierre. C. — Quelques observations sur la butte po- 
lytaphe de Roanne, département de la Loire; in-12, 
1824. 

M. Laure. C. — Mémoire sur la régénération des oliviers 
atteints par la gelée, suivi d’une relation du froid de 
1709; in-8. Toulon 1820. 

De la patate, de sa culture, de son usage, et de la con- 
servation de ses tubercules ; in-8. Toulon, 1821. 


M. Lerorr. C. — Mémoire sur la non-contagion de la 
fièvre jaune; in-8. Saint-Pierre de Martinique, 1823. 
Quelques remarques sur un mémoire de M. le docteur 
KérauDreN, sur la fièvre jaune ; in-8. Saint-Pierre 
de la Martinique, 1824. 
M. C. Lemesze. GC. — Apologie du chat; in-12. Paris, 
1824. 
Macédoine poétique ; in-18. Paris, 1824. 
M. LescmenauLT pe 1.4 Tour. C.— Relation abrégée d’un 
voyage aux Indes orientales ; in-4. Paris, 1822. 


M. Lesrisoupors. C. — Mémoire sur la structure des mo- 
nocotylédonées ; in-8. Lille, 1823. 
Notice sur la plus interne des enveloppes florales des 
graminées ; éd. 
Mémoire sur les fruits des papavéracées ; id. 
Mémoire sur les fruits siliqueux ; id. 
M. Lzsueur. C. — Description of several new species of 
ascidia. Philadelphie, 1823; in-8 avec trois planches. 


( ext ) 


Description of a new species of cephalopode of the ge- 
nus loligo and on three new species of parasitie ver- 
mes, belonging to the linnæan Lernæa ; 1824 ; in-8, 
avec deux planches. 

Description of two new species of the genus batrachoid 
of La Cépède, 1824 ; in-8. 

M. Limouzin Lamorne. CO. — Les nes 2,3, 4, 5,6, 17,8, 
o, 10 et 11 de son Journal d'agriculture; in-8. Albi, 
1823. 

LycÆum D'HISTOIRE NATURELLE DE New-VYorck. — Les 
cahiers 1, 2, 3, 4 de ses Annales; in-8, 

Charter, Constitution and Bye-laws of the Lycæum of 
natural history incorporated ; april 20, 1818. New- 
Yorck , 1823 ; in-8. 

M. Lrourr. A. — Des rétentions d’urine, et dissertation 
sur les bougies œdaliqres; 3° édition, in-8. Paris, 
1824. 

M. Marcez DE Serres, C. — Essai pour servir à l’histoire 
des animaux du midi de la France; in-4. Montpel- 
lier , 1822. 

M. Marquis. C. — Notice nécrologique sur A. E. M. H1- 
VET, Daturaliste-voyageur, mort à Madagascar, le 
1e juillet 1820 ; in-8. Paris, 1823. 

M. Mauni. C. — Floræ romanæ prodromus exhibens cen- 
turias XIE plantarum circa Romam et in Cisapenni- 
nis pontificiæ ditionis provinciis spontè nascentium, 
sexuali systemate digestas; auctoribus Anrono SE- 
BASTIANI et Ernesro Maur; in-8 ; 1 vol. Romæ, 1818. 

Romanarum plantarum centuria XII, auctore Ernesro 
Mauri; in-6. Romæ, 1820. 

M. Massras (pe). C. — Rapports de la nature à l’homme, 
et de l’homme à la hature; in-8, Paris, 1823 ; 4° et 
dernier volume. 


e 


he 


( cxiv ) 

M. Maramœu. C. — Rapport sur les travaux de la Société 
d’agriculture du département des Vosges, depuis sa 
création en janvier 1821, jusqu’en juin 1822; in-8. 
Épinal, 1822. 

M. Marmieu pe Domsasce. C. — Notice sur la fabrique 
d’instrumens d’agriculture perfectionnés, qu'il a éta- 
blie à Roviile, département de la Meurthe; in-8. 
Nancy , 1823. 

Antales agricoles de Roville ; 1°° livraison, in-8. Paris, 
1824. 4 
MM. Merrens Er Kocu.C.— Roehlings deutschlands flora ; 
new bearbeitet. — Erster theil. Francfurt am Main; 

in-4, 1823. 

M. Mrrcer. C. — Mollusques terrestres et fluviatiles, ob- 
servés dans le département de Maine-et-Loire; in-1°2. 
Angers, 1823. 

M. Miro. C.— Catalogue of the faculty and students 
in the college of physicians and surgeons of the uni- 
versity of the state of New-Yorck, in the city of New- 
Yorck. 1813; in-8. 

M. MonraGne. C. — Essai sur une nouvelle théorie des 
volcans par J. Merocrani, traduit de l'italien. Na- 
ples, 1810; in-8. 

M. Nées pe Esensecx. C. — Amœænitates botanicæ bon- 
nensis ; fasciculus T; de cinnamomo disputatio. Bon- 
næ, 1823; in-4, avec sept planches lithographiées.— 
Fasciculus II avec six planches; 1824. 

Fungorum javanicorum prodromus. Bonnæ , 1824 ; in- 
folio atlantique, avec une planche lithographiée. 

Entwicklungs geschichte der Pteris serrulata. (Disser- 
tation sur la pteris serrulata); avec une planche. En 
allemand ; in-4. . 

Beobachtlungen über die entwicklung der laubmoose aus 


( cxv ) 
ihren keinukoernen; in-4 , avec deux planches. (Ob- 
servations critiques sur la germination et les feuilles 
des mousses. ) En allemand. 
Hepaticæ javanicæ , editæ conjunctis studiis et opera 
Remnwarori, Biumu et Negsit AB ÉsENBECK ; in-4. 


M. NoiSrre. A. — Le bon Jardinier, almanach pour l'an 
née 1824 ; 1 fort volumein-12. i 
Figures pour l’almanach du bon Jardinier, 3 édition; 

1 volume ih-12. 


M. Pacassou. H. — Nouveaux mémoires pour servir à 
l’histoire des pyrénile et des pays adjacens; in-8. 
Pau , 1823. 

Notice historique sur la ville et le château de Pau, de- 
puis leur fondation jusqu’au milieu du XVII siècle ; 
2e édition , avec un plan du château et de ses dépen- 
dances ; in-8. Pau, 1824. 


M. Pascauis. H. — The Plough boy, and journal of the 
board of agriculture; tome III°, in-folio. Albany, 
1821-1822, 

An exposition of the dangers of interment in cities ; il- 
lustrated bey an account of the funeral rites and cus- 
toms of the Hebrews, Grecks, Romans , and primi- 
tive Christian , etc., vol. in-8. New-Vorck, 1825. 

À system of medical ethics, published of the state mie. 
dical Society of New-Yorck ; in-8, 1823. 

Transactions of the medical Society of the state of New- 
Yorck ; cahier de février 1824 ; in-8. Albany , 1824. 

M. Psscnr. C. — Essai sur les bureaux de charité, in-8. Le 
Mans, 1817. 

M. Piépacnez. R. — Mémoire sur le vomissement consi- 
déré dans l’état sain et dans les maladies cancéreuses 
de l'estomac; in-8. Paris, 1821. | 

Recherches sur l’organisation et le développement de 


( cxvi ) 
l'oreille externe chez quelques animaux; brochure 
de 6 pages in-8. 

M. Pirranp. C. — Mémoire sur la culture des arbres à 
cidre dans un pays où elle n’est pas encore connue, 
in-8. Paris, 1821. 

M.PmozLe. R. — L'Horticulteur français , ou le jardinier 
amateur , trailé complet théorique et pratique du 
jardinage. Paris, 1824-1825 ; 1 fort’ volume in-12 
avec planches. . 

M. Pruquer. E. — Pièces pour servir à l’histoire des 
mœurs et des usages du Pin dans le moyen âge ; 
in-8. Caen, 1823. 

MM. Prince. C. — Catalogue of fruit and ornamental trees 
and plants cultivated of the Linnæan botanic garden 
‘William Prince, proprietor, Flussing Long-Island, 
near New-Yorck; in-8. New-Yorck, 1822. 

M. Prrou. C. — Éloge historique de J. M. N. FRETEAU, 
docteur en médecine; in-8. Nantes, 1823. 

M. Ricner. C. — Voyage pittoresque dans le département 
de la Loire-inférieure. VI: lettre, contenant la des- 
cription du Croisic et d’une partie de la côte voisine ; 
in-4. Nantes, 1923. 

M. Ripozrti. C. — Les cahiers 5, 6, 7 et 8 des Atti dell 
Accademia economico-agraria dei Georgifili di Fi- 
renze, in-8. Florence, 1819. 

D'un nuovo coltro da sostituersi alla vanga. Firenze, 
1824 , avec une planche lithographiée. 

M. Rogsnam. C. — Dissertatio geographiam plantarum 
cultarum adumbrans. Upsaliæ, 1813; in-4. 

SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE D’Aix, — Procès-verbal de sa séance 
publique du 15 juin 1822 ; in-8. 

Procès-verbal de sa séance publique du 7 juin 1823; 
in-6. 


( cxvir ) 


Recueil de ses mémoires de 1819 à 1823; 1 volumein-6. 
Aix, 1823. 


SoctËTÉ ACADÉMIQUE DE Nanres. — Procès-verbal de sa 
séance publique tenue le 19 décembre 1822. Nantes, 
1823; in-0. 

Procès-verbal de sa séance publique du 18 décembre 
1823. Nantes, 1924; in-8. 

SoGÉTÉ AsrATIQUE DE Paris. — Discours et rapports lus à 

sa séance annuelle du 21 avril 1823. Paris, in-8. 


Soc1ËTÉ D'AGRIGULTURE D'ANGOULÈME. — Les n° 4 à 7 du 
tome V de ses annales. 

SOGIÉTÉ D’AGRIGULTURE DE BOULOGNE. — Programme des 
prix proposés pour les années 1824, 1825 et 1826. 

Sociéré v’AcricuLTuRE D'Évreux. — Les 5°, Ge, ever 
5° cahiers de son bulletin. 

SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE ET BOTANIQUE DE (AND. — Procès- 
verbal de sa 28e exposition publique (Salon d’hiver 
de 1823. ); in-8. Gand, 1823. 

Son Messager des sciences et des arts; 9 cahiers de la 
première année, et les 8 premiers de la seconde an- 
née. 

SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE DE L'INprE. — Notes sur la vie de 
M. de Barbancois, par M. Bonn£au, président de la 
Société ; in-5. Châteauroux, 1822. 

SoGiËTÉ D’AGRICULTURE DE MENDE. — Rapport fait par 
M. Yanwon, son secrétaire perpétuel, sur les varia- 
tions de l’atmosphère, et sur les causes auxquelles 
on peut les attribuer ; ir-6. 

SocËré D’AGRICULTURE DE Nancy. — Le Bon Cultiva- 
teur; cahier de novembre 1922; les n® 1, 3, 4 
6,8, 9, ro, 11 et 12 den823, et lesu® r, 2, 4,5, 
6, 7, Set rr de 1824. 


( GxvIn }) 

SOCIÉTÉ M'AGRICULTURE ET DES SCIENCES D'Or Léans. — 
Tomes IV, Vet VI de ses Annales, et le n° 1 du 
tome Vil. 

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE ROUEN. — Procès-verbal de sa 
séance publique du 22 octobre 183; in-8. 

Les n° 9, 10, 11,12, 13 et 14 de ses Mémoires. 

Société D’Arras. — Programme des prix proposés pour 
10% et 1825. 

SOCIÉTÉ DES CURIEUX DE LA NATURE, DE Bonn. — Nova 
acta physico -medica, tomi duodecimi pars prior; 
in-4. Bonnæ, 1824. 

SOCIÉTÉ DE FLORE DE BRUxELLES. — Procès-verbal de sa 
séance d'exposition du 19 janvier 1813 ; in-8. 

Procès-verbal de sa séance d'exposition du 14 février 
1824. Bruxelles ; in-8. 

Procès-verbal de la cinquième exposition publique qui 
a eu lieu le 13 juillet 1824; in-8. 

SOCIÉTÉ DE GÉoGRApumIE. — Notice historique sur ses 
travaux, pendant l’année 1829, par M.Maze-Bnun, 
secrétaire-général de la commission centrale; in-8. 

Prix proposés pour 1825 et 1820. 
Les n° 3, 4, 5,6, 7,8 et 9 de son bulletin. 

SOCIÉTÉ D’HORTICULTURE DE TourNay. — Les procés- 

‘ verbaux de ses expositions publiques, 5, 7, 8 et 9“. 
Tournay, 1821 à 1823, quatre brochures in-8. 

SOCIÉTÉ LANNÉENNE pu CALVADOS. — Un cahier contenant 
ses statuts, et un arrêté relatif au projet de la Flore, 
de la Faune et de la minéralogie du département du 
Calvados ; in-8. 

SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE VERDUN. — Ses réglemens; in-4. 


SOCIÉTÉ DES SCIENCES DE Merz, — Programme d’une expo- 


( cxix ) 


sition des produits de l’industrie dans le département 
de la Moselle ; in-8. Metz, 1823. 


M. SouzanGr-Bonin. H. — Catalogue des plantes rares, 
cultivées et multipliées dans son jardin de Fromont, 
près Paris; in-12. Paris, 1822. 

Catalogue de son établissement de cultures exotiques, 
situé à Fromont ; in-4, années 1824 et 1825. 

M. Sovieue, C. — Des hôpitaux et des secours à domi- 
cile. Montpellier, 1822 ; in-8. 

Essai sur la dyssenterie, considérée dans son état de 
simplicité; in-8. Montpellier, 1823. 

M. Tarsrannier. E. — Notice sur l’université d'Oxford; 
en 1923. 

M. Texore. C. — Memoria sopra una specie di squadro 
(Squalus platycephalus, de Tevore), pescato nelle 
acque della riviera di Chiaja del littorale di Napoli, 
nel giorno 25 luglio 1809; iu-8. 

Catalogus plantarum horti neapolitani, ad annum 1513; 
in—{4. ” 

Osservazioni botanico-agrarie intorno la collezzione de 
cereali dell’ orto botanico di Napoli; in-8. Napoli, 
1817. 

Discorso pronunziato in occasione dell’ apertura della 
nuova sala destinata per le pubbliche lezzioni nelP 
orto botanico di Napoli, il di 7 maggio 1818. Napoli, 
1819; in-/; con una pianta dell orto. 

Ad Catalogum plantarum horti neapolitani anno 1813 
editum, appendix. Neapoli, 1819; in-8. 

Corso delle sue botaniche lezzioni, 4 volumes in-8. Na- 
poli, 1816-1820. 


Floræ neapolitanæ prodromi appendix quarta ; 1593 ; 
in-8. 


( cx ) 
Seminum in horto neapolitano anno 1823 collectorum 
enumeratio ; in-4. 


Catalogo della collezzione agraria del giardino delle 
piante. Napoli, 1815 ; in-8. 

M. Triégaur DE BernEauD. S. P. — Manuel des proprié- 

taires ruraux et de tous les habitans de la campagne, 
ou recueil, par ordre alphabétique, de tout ce que la 
loi permet, défend ou ordonne dans toutes les cir- 
constances de la vie et des opérations rurales, par 
C.S. Son; 3° édition, revue, corrigée et considé- 
rablement augmentée par — 2 volumes in-12. Paris, 
1823. $ 
Discours prononcé le 8 mai 1823, sur la tombe de son 
ami A. Pascal Tissor ; in-8. Paris, 1823. 
Manuel théorique et pratique du vigneron français. 
Paris, 1824; 1 vol. in-8 , avec figures gravées. 
Bibliothèque physico - économique, années 1823 et 
1824. L 

M. Tuozrarp.C.— Précis des effets produits par les para- 
grêles pendant l’année 1823, suivi d’une instruction 
sur la manière de construire des paratonnerres éco- 
nomiques, à conducteur métallique. Tarbes, 1824; 
in-12. (6 exemplaires.) ; 

M. Tuommwe. C. — Mémoire sur la pêche de la baleine, 
considérée comme industrie maritime nouvelle pour 
le port de Nantes; 1824 , in-8. 

M. A. Tnouix. H. — Quelques notes et mémoires sur des 
cultures forestières, jardinières et champêtres; in-4. 
( Ce recueil contient, 1° ün mémoire sur la greffe 
Banks ; 2° un autre sur la greile Sainclair; 3° un au- 
tre sur la greffe Villemorin; 4° un autre sur la greffe 


Juge ; 590 histoire et description d’une nouvelle es- 
6e; Ï 


(/cxxi ) 
pèce de poirier du mont Sinaï; 69 circulaire sur un 
envoi fait aux Sociétés d'agriculture; 7° note sur la 
culture et les usages du chêne à glands doux ; 8° note 
sur la culture et les usages du pin Laricio ; ge enfin, 


uote sur la soude d’Alicante, ou Barille. ) 


Tao (la famille). — Discours prononcé sur la tombe 
de À. Tuouin, par MM. Cuvier et Core ; in-4. 
Notice nécrologique sur M. A. Tnouin, de l’académie 

des sciences, par C. J. Trouvé; in-8. 

M. Tuunsenc. H.— Beskrifning pae svenske djur : foersta 
classem om mammalia eller daeggan de djuren, af 
Carl Peter TauwserG (c’est-à-dire Description des 
animaux de la Suède; 1è classe mammifères). Up- 
sala , 1708; in-8. 

Inaugurationem medicinæ doctorum a condita Acade- 
mia upsaliensi tricesimam tertiam indicit promotor 
Carolus Zerrersrroem. Upsaliæ, 1822 , in-folio. 

De plantis venenatis; auctor Æstanus-Eman. Harris. 
Upsaliæ, 1822; in-4. 

Fauna Novæ - Hollandiæ, autore John.- Alex. Huss. 
Upsaliæ, 1822; in-4. 

Dissertatio entomologica de hemipteris rostratis capen- 
sibus; pars tertia, Joannes-Enricus RüNGrEN, auctor ; 
pars quarta, Carolus-Udalricus WesrerLING ; auctor. 
Upsaliæ, 1822; deux in-4- 

De digitaïi purpurea dissertatio Caroli-Aug. Tezninc. 
Upsaliæ , 1822; in-4. 

Fauna japonica Olai WernserG. Upsaliæ, 1822; in-4. 

Dissertatio academica de notione syphillitidis determi- 
nanda ; autore Sveno -Gottofrido Zimmerr. Upsaliæ, 
1922; in-4. 

Fauna japonica continuata ab Alexandro magno AuLs- 
TROEM. Upsaliæ, 1823 ; in-4. 


( cxxnr ) 

M. Toscan. H.— L’Ami de la nature, ou Choix d’obser- 
vations sur les divers objets de la nature et de l’art. 
Paris, an VIII ; un volume in-8, avec deux planches. 

M2 Unanus. C. — Exposicion que al soberano congresso 
del Peru hizo sobre la hacienda publica. Lima, 1822; 
petit in-4. à 

M. Unsin. C. — Le dernier sacrifice humain, poëéme. Pa- 
ris, 1824; in-0. 

M. Vazewris. C. — Notice historique sur le docteur Jen- 
NER , suivie de notes relatives à sa découverte de la 
vaccine. Nancy , 1823; in-8. 

M. Van Renssecarr. C. — An essay on salt : containing 
notice of its origine , formation, geological position 
and principal localities , embracing a particular des- 
cription of the American salmes , with a view of it 
uses in the arts, manufactures and agriculture. New- 
Yorck , 1823 ; in-8. 

M. Vazzor. C. — Le 5° ne des Petites-Afliches de Dijon, 
dans lequel se trouve une lettre de lui sur quatre 
plantes nommées dans les poésies de Louise Lasr. 


SOCIÉTÉ LINNÉENNE 
-DE PARIS. 


LUS AV VV UV VAUT VU EAU VAL VUE VA LU EE AAA VU 


: SECONDE PARTIE. 


MÉMOIRES. 


LA SAV VA VAE VU VALVE VU MU VUS VV LAS VUS 


AVR VUU/V VV 8/0 0/0 VV LV 0AV 1/0/0/0/0/0/0/0 LV 0/0 A A 0/0/0 VA 0/00/8707 A//0/V /0/0/Y , /0/0 


ÉLOGE DE BROUSSONNET, 


PREMIER FONDATEUR DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS; 


Par M. Arsenxe THIÉBAUT-DE-BERNEAUD, 


SÉCRÉTAIRE PERPÉTUEL (1), 


000 


Mons m'avez chargé, Messieurs, de vous parler en ce 
jour solennel du premier fondateur de votre illustre 
Société; je dois m’acquitter de ce devoir pieux, imposé 
à mon cœur par votre reconnaissance, mais je ne dois 
point vous dissimuler mes craintes. Déjà le premier 
zoologiste de notre siècle, M. Cuvier, a rendu à Brous- 
sonner, au sein de l’Institut (2), les hommages de la 
grande famille des lettrés; un autre de vos confrères, 
M. pe CANDoOLLE, a fait retentir sur sa tombe les accens 
douloureux de la célèbre université de Montpellier (3); 
que dire après ces hommes éloquens ? comment payer 
dignement à celui qui vous a donné la vie un nouvean 
tribut d’admiration et de gratitude? Cependant je dois 
remplir vos intentions. Heureux, si je trouve encore 
sur les pas des deux grands talens qui m’ont devancé, 
quelques fleurs à glaner pour en orner son buste ! heu- 


(x) Prononcé dans la séance publique du 28 décembre 1822. 

(2) Lu le 4 janvier 1808 à l’Institut, et imprimé dans le volume 
de 1807 des Mémoires de la classe des sciences physiques. 

(3) Lu le 4 janvier 1809, et imprimé dans la même année à Mont 
pellier, in-4°. 


I. 1 


OR 
reux, si, en vous le montrant tel qu'il fut, je puis faire 
passer dans vos âmes les sentimens dont la mienne est 
pénétrée, si je rappelle à ceux d’entre vous qui le 
connurent le savant qui s’est immolé lui-même à la 
cause de l’humanité! plus heureux encore si j'arrive 
à faire aimer, à tous ceux qui m'écoutent, ces vertus 
simples auxquelles l’orgueil des hommes n’érige point 
de trophées, mais qui ont des autels dans tous les 
cœurs | 
Prenne-Manie-Aueusre Bnoussonner naquit à Mont- 
pellier le 28 février 1761. Fils d’un professeur de mt- 
decine estimé, il fut, pour ainsi dire, initié dès son 
berceau dans cet art si difficile, et qui, pour avoir 
quelque certitude , exige une foule de connaissances 
aussi profondes que variées. Au commerce des écri- 
vains de la docte antiquité qui ornent l'esprit, il se 
plut à marier l’histoire naturelle, si utile dans toutes 
les circonstances de la vie; il aimait à former des col- 
lections de plantes, d'insectes, d'animaux; Gouan lui 
révéla les charmes de la botanique, tandis que son père 
dirigeait ses études médicales. Plus le champ de l’ob- 
ervation lui parut vaste, plus il fit d'efforts pour l’ex- 
ploiter dans tous les sens. L’art d'observer a besoin 
d’auxiliaires, lorsqu'il veut fixer des objets fugitifs, 
offrir un repos utile à la mémoire, et en même temps la 
tenir sans cesse en haleine : Broussonner le reconnut 
de bonne heure, aussi apprit-il la philosophie des lan- 
gues mortes qui sont la clef des sciences, et voulut-il 
savoir le dessin, posséder le talent de manier le burin 
avec habileté, la musique, et jusqu’à l’art du tourneur. 
Ii doubla de la sorte son existence par la facilité avec 


(5) 
laquelle il réussissait dans toutes ses entreprises et par 
la pénétration qu’il y apportait. 

A peine âgé de dix-huit ans, il fut en état de faire 
son entrée dans le monde savant, et de prendre Île 
bonnet doctoral. Il choisit pour sujet de sa thèse le 
mécanisme de la respiration (1), et sut lui donner un 
tel caractère d'importance, qu’elle est encore aujour- 
d’hui regardée comme un excellent morceau d’ana- 
tomie et de physiologie comparée (2). C’est ainsi que 
le génie s’annonce et qu’il acquiert des droits particu- 
liers à des distinctions honorables. Le premier pas fait 
par Broussonner dans la noble carrière de l'étude 
marquait ceux qu’il devait faire par la suite. À travers 
les fleurs d’une sage érudition et les brillans éclairs 
d’un esprit heureusement né l’on entrevit les germes 
de plusieurs découvertes; l’on reconnut l'exactitude 
d’un observateur profond, d’un scrutateur appelé à 
pénétrer dans le secret des merveilleuses combinaisons 
des êtres organisés. L'université de Montpellier, jalouse 
de posséder toujours un sujet aussi distingué, et de 
fixer invariablement dans son sein un talent qui s’an- 
nonçait sous des auspices aussi favorables, ne craignit 
point de demander pour lui la survivance de la chaire 
qu’occupait depuis long-temps son père, alors accablé 
d'infirmités. 


Des obstacles rendus insurmontables par l'intrigue, 
tm 


(x) Varic positiones circa respirationem; Monspelit, 1778, in-40. 

(2) Elle fut imprimée dans plusieurs recueils de thèses choisies, 
particulièrement dans l'ouvrage de Lupwi intitulé : Dilectus opusc. 
ad historiam natural. spectant. Lipsiæ, 1796, tom. !, pag. 118 et suiv. 


14 


(4) 

qui obstrue sans cesse toutes les voies de la justice, ne 
permirent point que ce premier hommage offert au 
vrai mérile pül se réaliser. La place fut réfusée. On 
pouvait craindre que ce contre- temps ne révoltât le 
cœur de Broussonxer et ne le détournät de la carrière 
qu'il devait parcourir avec gloire. Sa grande âme en 
décida tout autrement, et, profitant du voyage qu'il fit 
à Paris dans cette occurrence, il s’ouvritune route nou- 
velle. Placé sur ce grand théâtre des passions et des 
talens, il vit d’un œil calme se dérouler devant lui, 
d’une part, toutes les séduclions qui menacent, qui 
circonviennent la jeunesse étourdie; de l’autre , les res- 
sources en tous genres que la moderne Athènes offre 
à ceux qui veulent utilement employer leur temps, 
perfectionner leurs connaissances et en grossir le pré- 
cieux trésor. Son choix fut bientôt fait, L'histoire na- 
turelle lui donne accès auprès des hommes qui hono- 
raient le plus le siècle et la patrie, l’histoire naturelle 
fixe pour toujours ses goûts et ses études. 

Depuis trente ans Burron occupait le trône de la 
science; il avait par l'harmonie de son style pompeux, 
par la force de son éloquence entrainante, su fournir aux 
veux de nouvelles facultés pour mieux voir la nature; 
tandis que des sommets glacés du pôle nord une voix 
non moins pressante révélait les lois de l’ordre, mon- 
trait la chaîne immense qui lie tous les corps au grand 
tout, el complétait l’heureuse révolution préparée par 
Tounnerorr, et opérée par les brillantes hypothèses, 
par la plume gracieuse et sentimentale du naturaliste 
de Montbar. Les botanistes se rangèrent les premiers 
sous l'égide de Lixxé, et furent demander aux régions 


(5) 

les plus lointaines toutes les plantes qui devaient rem- 
plir les cadres devinés par son génie. Rou£ De L’Isic 
faisait faire à la minéralogie un premier pas, et ouvrait 
la route que Berawax et Iauy devaient élargir, devaient 
rendre lumineuse. La zoologie seule négligeait la re- 
cherche d’une méthode fondée sur les propriétés des 
êtres dont elle s'occupe, et suivait les divisions intro- 
duites par Anisrore, lorsque Broussonner osa le pre- 
mier, en 1780, transporter dans celte science le système 
de nomenclature de Linxé, la précision des caractères 
distinctifs et l’art de décrire que ce grand homme avait 
révélés aux véritables observateurs. 

Cette entreprise hardie, quoique soutenue par Dau- 
BENTON, qui cachait les nobles qualités de son cœur et 
les ressources de son esprit dans le rôle modeste de 
simple descripteur d'anatomie, suscita des ennemis à 
Broussonner, qui le forcèrent à passer en Angleterre. 
Là, il eut le courage d’exécuter ce que l’enthousiasme 
venait de lui faire entreprendre, et il publia presqu’en 
même temps deux ouvrages remarquables, l’un dans 
lequel il donna, dans le style linnéen, l’histoire de dix 
poissons de la mer océanique, dont cinq étaient abso- 
lument inconnus (1); l’autre sur l’opidie barbue, que 
Puine a très-bien décrite, et qui est recherchée pour 
sa chair grasse, blanche, fort agréable au goût (2). 


ee RE RE Re NE 
(1) La première partie parut à Londres en 1782, in-fol., sous le 
titre de : Zchtyologia decus prima. Elle est accompagnée de dix plan- 
ches dessinées par Broussowner lui-même, et dédiée à Josçra 
Bancxs, qui fut son ami Le plus constant et le plus dévoué. 
(2) Ce mémoire est imprimé dans le vol. des Philosophical Transac: 
lions, pour l’année 1781. 


(6) 

À ce nouveau gage de sa perspicacité Bnoussoxnrr 
dut l’honneur de prendre place, à vingt-deux ans, 
parmi les membres de l’Académie des sciences de Lon- 
dres (1), et de s’asseoir auprès de Lixxé fils, de 
Baxcks, de SrArmANw, de Sigrnorr, de Forsrer, et 
autres savans qui jouissaient d’une réputation euro- 
péenne. 

Dès lors, son porte-feuille s'enrichit chaque jour de 
recherches curieuses sur les squales (2), sur cet autre 
poisson que l’on appelle loup marin (3), sur le voilier 
de la mer des Indes (4), et sur le silure trembleur des 
rivières de l’Afrique, qui possède, comme la torpille, 
la singulière propriété de recéler une espèce de bat- 
terie électrique qu’il décharge pour sa défense (5). IL 
fit aussi des découvertes importantes sur les vaisseaux 


(x) En 1782. 

(2) Mémoire sur des différentes espèces de chiens de mer, inséré 
dans le vol. de l'Académie des sciences de Paris, année 1780, p. 641 
à 680, et dans le Journal de physique, tom. XXVI, pag. 5x et 120. 
Broussonner y décrit 27 espèces de squales, et montre comment 
Luné, en les plaçant dans la classe des amphibies, a été induit en 
erreur par le docteur Garpen, lequel avait trouvé dans Porbis 
épineux des organes si considérables qu’il les prit pour des pou- 
mons, 

(3) Observations sur Le loup marin (anarrichas lupus), inséré dans 
le vol. de 1785 de la même Académie, pag. 16» à 169, avec fig. 

(4) Mémoire sur le voilier (Vichtyophore de LacérÈvE), espèce de 
poisson peu connue, qui se trouve dans la mer des Indes, inséré dans 
le vol. de 1786 de la même Académie, pag. 450, avec fig. 

(5) Mémoire sur Le trembleur, espèce peu connue de poisson élec- 
trique, inséré dans le vol. de 1782 de la même Académie, pag. 692, 


avec fig, et daus le Journal de physique, tom. XXVIX, pag. 139. 


(97) 
spermatiques des poissons (1), sur le mécanisme de 
leur respiration (2), sur la faculté régénératrice de 
lears nageoires (3), sur la présence des écailles dans 
les individus de cette classe qu’on croirait en être dé- 
pourvus (4), enfin sur les dents en général et sur les 
organes qui en tiennent lieu (5). 

Après trois années de séjour en Angieterre, Brous- 
sonner revint à Paris pour offrir à sa patrie le fruit 
de ses travaux. Il y fut reçu avec autant d’empresse- 
ment qu’on avait mis de passion à l’en éloigner. Les 
lauriers qu’il avait recueillis chez l’étranger, les ri- 
chesses en tous genres qu’il rapportait, autant, peut- 
être même plus encore ses manières douces et pré- 
venantes, et cette précieuse modestie qui prêtait un 
nouveau charme à son caractare aimable, lui firent 


EEE nee 


(1) Observations sur les vaisseaux spermatiques des poissons épi- 
neux, insérées dans le vol. pour;1785 de ia même Académie, p. 170. 

(2) Mémoire pour servir à l’histoire de la respiration des poissons, 
inséré dans le vol. pour 1785 de la même Académie, pag. 174, et dans 
le Journal de physique, tom. XXXI, pag. 289. La plupart des faits 
cités et des idées développées dans ce mémoire se trouvent dans sa 
thèse doctorale. 

(3) Observations sur la régénération. de quelques parties du corps 
des poissons, insérées dans le vol. de 1986; de la même Académie, 
pag. 684, et dans le Journal de physique, tom. XXXV, pag. Go. 

(4) Ce mémoire, lu à l'Académie des sciences le 28 mai 1785, est 
imprimé dans le Journal de physique, tom. XXXI, pag. 12. 

(b) Considerations sur les dents en général et sur les organes qut 
en tiennent lieu, insérées dans le vol. pour 1787 de là même Acad., 
pag. 550. Ce mémoire, dans lequel Broussonnrr établit une compa- 
raison entre les dents de l’homme et celles des quadrupèdes, devait 
être suivi d’autres sur les dents de tous les animaux ; ils n’ont jamais, 
paru. 


(8) 
trouver partout des amis, et un zélé protecteur dans 
celui-là même dont sa doctrine contrariait le plus les 
idées, dans l’auteur des Epoques de la nature. On vit 
alors BnoussonNET successivement appelé au Collège 
de France (1), à l'Ecole vétérinaire d’Alfort (2), et 
à l’Académie des sciences (3). 


Une marche aussi rapide aux premières dignités 
liltéraires dut flatter son amour-propre, mais elle n’eut 
point le pouvoir de l’étourdir, et quoique le monde 
savant eût déjà la conscience que ce brillant triomphe 
était bien mérité, il voulut le justifier, ou , comme 
le disait lui-même, se le faire pardonner. II fit paraître 
les différens mémoires qu’il avait en porte-feuille ; àl 
décrivit d’une manière originale une tribu d’êtres 
dangereux long-temps étrangers à la France, et qui, 
depuis quelques années, pullulent dans toutes nos 
villes (4); et en faisant le premier bien connaître cette 
espèce extraordinaire de sainfoin du Bengale que les 


(0 


(1) En 1783, comme adjoint à DAUBENTON, qui professait lana- 
tomie. 

(2) En janvier 1784, comme professeur de botanique et d’éco- 
nomie rurale. Cette chaire fut supprimée en 1788, puis rétablie, et 
supprimée de nouveau. 

(3) Le 1e juin 1785; ses concurrens étaient M. Pinez, aujourd’hui 
membre de lInstitut, et M. le docteur CHamBon. 

(4) En 1784, cet ouvrage parut en latin sous le titre de : Specimer 
monachologiæ methodo linneano tabulis æreis tribus illustratum, et 
en français sous celui de : Essai sur l'histoire naturelle de quelques 
espèces de moines décrits à la ‘manicre de Linne; 1 vol. iu-8° de 
xxx) et 53 pag., plus trois planches gravées. On Pattribua successt- 


vement au baron DE Bonrx et à Hermann, de Strasbourg. 


(9) 

botanistes nomment {edysarum gyrans (1), à cause 
de l’oscillation régulière et perpétuelle de ses folioles 
latérales, il montra les rapports et les différences qui 
existent entre les mouvemens des plantes et ceux 
des animaux (2), et donna une explication ingénieuse, 
quoique peut-être hasardée, de la contraction des 
feuilles de la dionée et du rossolis (3). 

Ennemi de la précipitation qui enfante les erreurs 
et de la crédulité qui les éternise, il se préparait, par 
des expériences suivies, à de nouvelles conquêtes dans 
le vaste domaine de l’histoire naturelle, surtout en 
physiologie; il étudiait les fonctions vitales dans les 
plantes et dans les animaux, et il espérait de lumineux 
résultats de la comparaison qu’il en faisait ; il allait 
mettre une dernière main à une PAilosophie icthyo- 
logique (4), œuvre immense que, avant lui, le jeune 
AnT£pi avait conçue, et qu’une mort prématurée ne lui 
permit point de terminer; il allait publier un ouvrage 
intéressant sur la grande tribu des animaux (5), lors- 


(1) Cette plante a été découverte aux environs de Dacca, au Ben- 
gale, par mylady Mowsox, el par elle apportée en Europe en 1777. 

(2) Essai de comparaison entreles mouvemens des animaux et 
ceux des plantes, et description d’une espèce de sainfoin dont les 
feuilles sont dans un mouvement continuel, inséré dans le vol. pour 
1784 de l’Académie des sciences de Paris, pa. Go9, avec fig. 

(3) 1 pense que la piqûre de l’insecte donne issue à un fluide qui 
tenait d’abord les feuilles étendues. 

(4) Broussonner présenta le plan de cet ouvrage à l'Académie 
des sciences le 23 février 1785. Sa méthode est à peu de chose près 
la même que celle de Lan. Le nombre des espèces décrites s'élevait 
à 1200, tandis que le naturaliste d'Upsal n’en décrit que 46o. Cet ou- 
vrage demeuré manuscrit est perdu pour la science. 

() Histoire abrégée des animaux, écrite en 1788, et demeurée 


(10) 
qu'il fut chargé de réorganiser la Société d’agricul- 
ture de Paris, et d’en diriger les utiles travaux comme 
son secrétaire perpétuel, 

Enlevé de ce moment à une carrière où il était 
entré d’une manière si remarquable, Bnoussonnrr se 
consacra tout entier à l’agriculture et aux recherches 
utiles à l’économie rurale. Sentinelle placée entre les 
savans qui travaillent à éténdre et perfectionner les 
connaissances humaines, et le laboureur qui force la 
terre à répondre aux premiers besoins de la société, 
il prépara par son zèle et son activité les progrès ac- 
tuels de l’art agricole, en lParrachant aux mains de 
l’aveugle routine, en inculquant dans toutes les têtes 
les idées d'amélioration qu’il avait puisées à toutes les 
sources, en faisant adopter les procédés nouveaux lé- 
gitimés par l’expérience. On le vit alors porter des 
récompenses solennelles sous le chaume et aux fer- 
miers les plus recommandables ; on le vit décider, par 
toutes les voies de l’enthousiasme et de la persuasion, 
les propriétaires ruraux à diriger eux-mêmes leurs 
cultures, et à améliorer le sort des habitans de la cam- 
pagne, que la vanité des esclaves entassés dans les villes 
accablait d'impôts et de mépris. En un mot, persuadé 
que la première, que l’unique force des Etats est dans 
le bon usage de la terre, il s’occupa nuit et jour des 
nombreux perfectionnemens que pouvait recevoir l’a- 
griculture, tout ce qui devait le plus sûrement hâter sa 


inédite; elle devait être accompagnée de planches in-4°; quarante- 
neuf étaient grayées. J’ignore en quelles mains les planches de cuivre 


sont tombées. 


(au) 

prospérité, et dans la joie de son cœur il fit le sacri- 
fice de sa propre gloire aux intérêts de la patrie (1). 

On doit à Broussonner la pensée grande et utile de 
ces Comices agricoles qui, rappelant les plus beaux 
jours de l'antiquité, opérèrent des prodiges dans les 
cantons où ils tinrent leurs séances. On lui doit les 
heureux essais qui furent faits dans l’ile de Corse pour 
la culture du thé; l’acquisition d’une espèce de lapins 
monstrueuse par sa grosseur; d’une race nouvelle de 
pourceaux dont la chair est plus délicate que dans la 
race commune; et de ces chèvres d’Angora que lon 
vit prospérer durant plusieurs années sur la chaîne 
du Léberon , montagne assez élevée et formant un des 
pieds de nos Alpes. C’est encore à lui qu’il faut attri- 
buer l’acclimatation définitive du mouton mérinos en 
France (2), et l'introduction dans nos jardins du noyer 


(1) Lisez son Année rurale, où Calendrier à l'usage des cultiva- 
teurs; Paris, 1787 et 1788, 2 vol. in-12; la Feuille du Cultivateur, 
Paris, 1788 et années suiv., 9 vol. in-° ; et les instructions familières 
qu’il publia sur la culture des turneps ou gros navets, 1785; sur les 
moyens de suppléer à la disette des fourrages, 1785; sur les feuilles 
d'arbres employées comme fourrage, 1785; sur le parcage des bêtes 
à laine, 1785 ; sur le maïs, 1985 et 1786; sur les prairies artificielles, 
1786; sur la betterave, 1788; sur les récoltes ravagées par la grêle, 
1785, elc., qui furent souvent réimprimées sans nom d’auteur, et par- 
fois avec une ou deux signatures étrangères à BroussonNET. 

(2) On avait contesté à l'Espagne la propriété indigène du mouton 
mérinos, et on attribuait aux Maures, et même aux Anglais, son 
introduction dans cette péninsule ; cependant on peut inférer d’un 
passage de Cocumezse (de Re rustiea, Hb. VIL, cap. 11, p. 606 de l'é- 
dition in-40 de Gesxer ) qu'il y a plus de deux mille ans que le mé- 
rinos y ekiste, et qu'il y fut le produit de croisemens successifs. Le 
mouton mérinos est en France depuis fort long-temps ; au commen- 


é (ue ) 
du Japon (le Ginkgo biloba) et du mürier à papier, 
originaire de la Chine, dont, avant lui, on ne connais- 
sait chez nous que l'individu mâle (1). Il aida Pan- 
menTier à nous révéler les nombreuses propriétés de 
la pomme-de-terre (2). Dans l'exemple des monta- 
gnards des Gevennes et de l’Apennin, il apprit aux 
pays pauvres le parti que l’on peut tirer du genêt d’Es- 
pagne (3). Il paya un tribut d'hommage à la mémoire 
de Pucuer DE BELLEVAL, qui créa deux fois le jardin 
botanique de Montpellier (4), et rendit à Orrvier »E 
Serres la découverte de travailler l’écorce du mûrier 


cement du XVHIe siècle, Cnomez parlait déjà d'individus que on 
trouvait dans plusieurs endroits de notre patrie. (Déc. économique, 
tom. 1, p. 133 de l’édit. in-fol. de Lyon, 1709.) En 1552, nE PERCÉ; 
en 1766,DE TrupaixE; en 1777, DAUBENTON en firent venir quel- 
ques têtes; les conseils de Broussonxer décidèrent, en 1790, plu- 
sieurs propriétaires à en importer un plus grand nombre. I’expé- 
dition de Gizsrrr, qui a péri victime de la parcimonie du gouver- 
nement et de l'abandon de ceux-là mêmes qui se disaient ses amis, 
l'a tellement multiplié, qu'aujourd'hui cette conquête est assurée à la 
France. 

(1) Cette plante forme un genre particulier dans la famille des 
urticées, d'aprés les observations de M. Desronraives et de L'Héni- 
rer. Ce dernier lui a donné le nom de Broussonnetia. 

(2) Parmentier lui rend ‘cet hommage dans son Traité sur la 
culture et les usages des pommes-de-terre, Yaris, 1789, in-80. 

(3) Observations sur la culture et les usages économiques du genét 
d'Espagne ; im. d’automne 1985, des Mém. de la Soc. d’agr. de 
Paris, pag. 127 el suiv. 

(4) Opuscules de P. Richer de Belleval, premier professeur de 
botanique et d'anatomie à Montpellier, auxquels on a joint un 
traité d'Olivier de Serres sur la manière de travailler l'écorce du 
mürier blanc. Nouvelle édition, par BroussonnerT; Paris, 17985, in-8°. 
Cette édition n’a été ürée qu'à petit nombre. 


("13 ) 

blanc que d’autres voulaient s’attribuer (1). Il fit plus 
encore , il ouvrit à ses frais un concours pour le meil- 
leur éloge de ce patriarche de l’agriculture natio- 
nale (2), et prépara les élémens d’une nouvelle édition 
de ses œuvres (3). Heureux du bien qu’il produisait 
ainsi, Broussonner semblait répandre autour de lui 
une atmosphère de ce même bonheur qu’il procurait 
aux autres. Il s’attirait de toutes parts les bénédictions 
de la reconnaissance que commandaient des services 
réels, et il fixait l’amitié de tous ceux qui l’approchaient 
par les soins affectueux qu'il donnait à leur gloire. Il 
rapportait tout ce qu’il méditait, tout ce qu'il faisait, à 
la Société d'agriculture; aussi acquit-elle bientôt une 
considération générale qui détermina le gouvernement 
à en faire un centre d’où l'influence s’étendrait à tout 
le sol français. 

Le 16 avril 1788 Burron cessa de vivre, empor- 
tant avec lui la certitude qu’il avait été l’homme de 
son siècle, et qu’il serait celui de la postérité. Brous- 
sonner fut chargé de lui rendre un juste et brillant 
hommage, au nom de cette même Société d’agricul- 


ss 
(1) La seconde richesse du muürier blanc, qui se trouve en son 


écorce pour faire des toiles de toutes sortes, non moins utiles que la 
soie, provenant de la feuille diceluy. Eschantillon de la seconde 
édition du Thédtre d'agriculture d'Oririer DE Serres. Paris, 1603, 
petit in-8°. C’est Le 16e chapitre du 5° lieu de cet ouvrage. 

(2) Le prix fut décerné par la Société des sciences de Montpel- 
lier, Le 29 avril 1590, à Dorruès. On en trouve un extrait dans le 
15 vol. du Thedtre d'agriculture, pag. x à Ixüj, édit. in-4° de 1804. 

(3) I devait donner cette édition avec Lerrsvre et Dupois. (Voy. 
le compte rendu de Ja Société d’agr. de Paris, an VIL.) 


(a) 
ture dont il fréquentait habituellement les assemblées , 
et où il prenait plaisir à se livrer à la science des cul- 
tivateurs , qui ne veut ni enthousiasme ni systèmes. 
Dans cet éloge (1), ainsi que dans ceux de GerBier (2), 
de Turcor (3), et de ScuugarT (4), il montra une 
grande flexibilité de talent et une profonde connais- 
sance du cœur humain, de ce livre dont l’erreur rem- 
plit tant de pages et dont quelques lignes sont à peine 
consacrées à la vérité. 

Ce fut après la mort de l'historien de la nature, dont 
il respectait les écarts, que Broussonner conçut l’heu- 
reuse idée de réunir en famille les partisans des doc- 
trines linnéennes , tous ceux qui régardaient, avec le 
philosophe d’Upsal, la méthode comme un fil secou- 
rable qui seul peut empêcher de se perdre dans lim- 
mense labyrinthe que le naturaliste veut parcourir. 
« Buffon, leur dit-il. doué d’un esprit vif et pénétrant, 
» d’une imagination vaste et féconde, étale à nos yeux 
» les richesses de la nature, qui s’est fait voir à lui 
» dans toute sa beauté; Lixxé, rempli d’un génie non 
» moins vaste, non moins ardent, mais qu’il soumit à 
» l'observation, pour ne pas s’égarer avec lui, nous 

: 


(1) Eloge de Buffon, inséré dans le trimestre d'automne 1588 des 
Mémoires de la Soc. d’agr. de Paris, pag. 80 à 106. 

(2) Æloge de Gerbier, même vol., pag. 72 et suiv. 

(3) Eloge de Turgot, trim. d'automne 1789 des mêmes Mémoires, 
pag. 44 à G4. 

(4) Eloge de Schubart, culivateur de la Saxe, trim. d’automne 
1788, pag. 106 à 117. C’est ce cultivateurfqui reçut le surnom de 
Klcefeld (champ de trèfle), en mémoire du genre de culture qu'il 
ayait fait connaitre et adopter dans diverses parties de l'Allemagne. 


(15) 
» montre la nature dans toute sa vérité. L’un paraît ne 


» porter ses regards.sur cette riche confusion des cho- 


ÿ 


» ses, que pour les peindre dans cette confusion même, 
» et jeter de la variété sur le grand spectacle de la na- 
» ture : l’autre ne voit, dans ce mélange des êtres, 
» qu’ un désordre apparent qu'il faut faire disparaître, 
» pour faciliter et rendre plus utiles les connaissances 
» naturelles. Cédons par moment à l'imagination, ajou- 
» tait-il, elle répand quelques fleurs sur le chemin des 
» sciences, mais ne nous écartons point de la mé- 
» thode; c’est la voie de la vérité, l'ignorance n’a pas 
» de plus cruel ennemi. » 

Ces nobles accens furent compris ; la gloire du na- 
turaliste suédois brille d’un nouvel éclat, la Société 
Linnéenne prend naissance , et tous les amis de l’his- 
toire naturelle votent une fête champêtre le jour an- 
niversaire du génie dont ils s’honorent d’être les 
disciples. Deux années de suite eut lieu la grande so- 
lennité (1), mais bientôt les troubles politiques sus- 
pendirent des réunions essentiellement paisibles , et le 
monument de la reconnaissance, érigé dans le sein 
d’une antique forêt (2), tomba sous la hache du van- 
dalisme. Vainement on voulut le relever depuis (5); il 
fallut se borner à un simple et modeste cyppe dans le 
jardin des plantes , au pied du cèdre du Liban, sur le- 
quel, peu de temps après, de jeunes fanatiques por- 
ièrent une main sacrilége. Tout fut détruit, le nom 


(1) Le 24 mai 1788 et le 24 mai 1789, 
(2) Celle de Saint-Germain-en-Laye. 
(3) Le 23 août 1790. 


(16) 

seul de Linxé survécut. Vous avez, Messieurs , réédi- 
fié le temple, vous avez rétabli la fête solennelle insti- 
tuée par votre illustre fondateur; ni l’un ni l’autre ne 
redoutent plus les coups de la destruction ; l’anarchie 
ne viendra plus étendre son voile funèbre sur les bien- 
faits de la liberté, sur les monumens de la science; 
elle ne triomphera plus, quelles que soient les vues se- 
crèles de certains factieux toujours prets à tout usur- 
per, à tout empoisonner, quelles que soient les pensées 
homicides de l'étranger jaloux de notre gloire et de 
notre repos. 

Encore une fois BroussonNeT se voit entraîné hors 
de la route première de ses études , et, comme malgré 
Jui, il est lancé dans le tourbillon des aflaires publi- 
ques (1). Pénétré de cette vérité, trop souvent mé- 
connue aux temps des troubles, que le philanthrope 
doit profiter du crédit dont il jouit, de l’autorité que 
lui donnent ses talens et ses vertus, pour opposer aux 
usurpations du crime les efforts de la probité, le calme 
d’une conscience pure et l'empire de la justice, sans 
laquelle il ne peut y avoir de vraie garantie sociale , il 
accepta tour à Lour les devoirs d’électeur, qu’il sut rem- 
plir avec impartialité; les fonctions municipales, du- 
rant lesquelles il assura , conserva et défendit les in- 
térêts et les droits de ses concitoyens , et l'honorable 
mission de législateur. Ami des hommes , idolâtre de 


son pays, il n’épousa aucun parti. Il voulait sincère- 


(a) I terminait alors une traduetion de l’Æistoire des découvertes 
et des voyages dans le Nord, par J.-R. Forster, Paris, 1788 , 2 vol 


in-$°, avec trois cartes. 


(7) 
ment le triomphe des lumières; le bonheur de ses 
semblables remplissait seul son âme généreuse. Inca- 
pable de feindre ou de ramper ; incapable, selon l’ex- 
pression de MonrarGxe , d’hypothéquer sa conscience, 
il s’éloigna, du moment que la cause ou l’objet des 
discordes, sans cesse renaissantes, n’avait pour but 
que de détourner de la route où l’on voulait se lan- 
cer. Il se retira dans une campagne isolée; mais il n°y 
goûta plus ce doux repos, ces paisibles jouissances que 
donne l'étude : il eut beau publier des vues intéres- 
santes pour lier les sciences avec l’agriculture, en don- 
nant une direction plus utile au Muséum d'histoire 
naturelle de Paris (1); ileut beau prêcher d'exemple 
et tenter de ramener les esprits égarés vers les idées 
saines et utiles, vingt fois son zèle faillit lui être funeste; 
vingt fois il fut menacé de perdre la vie et prêt à sui- 
vre d’illustres victimes sur les échafauds dressés par 
ces mêmes monstres que nous avons vus plus tard, sous 
un autre masque, dévaster nos campagnes , incendier 
nos propriétés. BroussonxeT parvint à s'évader. Il ne 
fuit point la patrie, mais seulement le glaive assassin 
suspendu sur sa tête, et du haut des Pyrénées, qu’il 
traverse sous prétexte d’herboriser, il porte sur la 
France un regard attendri , lui fait un pénible adieu, 
et, le cœur ulcéré, maudit les factions qui s’entre- 


(1) Vues sur le Jardin des plantes et le Cabinet d'histoire natu- 
relle.— Réflexions sur les avantages qui résulteraient de la réunion 
de lu Societe d'agriculture, de l'Ecole vétérinaire et de trois chaires 
du Collége de France au Jardin des plantes. Brochure sans date, 
in-8v; — Ces vues furent en partie réalisées quelques années aprés, 


2 


(18) 
déchirent et boivent à longs traits le sang de l’inno- 
cence. 

Après avoir essuyé toutes les sortes de privations , 
après avoir couru mille dangérs, Broussoxxer arriva, 
vers la fin de juin 17095, à Madrid, sans argent , pres- 
que sans souliers et sans habits. Deux botanistes cé- 
lèbres, OrTeGA et CAVANILLES, l’accueillirent avec cor- 
dialité, et lui promettaient d’heureuses journées , 
lorsque la calomnie et sa hideuse compagne, la persé- 
cution, vinrent s’allacher à ses pas. Éloigné de Madrid, 
on le relégua d’abord dans l'Etat de Valence, puis à 
Xérès, ensuite à Cadix , d’où il s’échappa pour se ren- 
dre à Lisbonne, près de notre savant confrère M. Con- 
REA DE SERRA, qu'il fut forcé de quitter presque aussi- 
tôt. Il erra pendant plusieurs mois dansles campagnes 
fertiles de lAlgarve et de l’Andalousie : partout il ren- 
contra des ennemis. Semblables à ces végétaux délé- 
tères que l’on trouve dans les jardins à côté des plantes 
alimentaires , ils le suivent en tous lieux pour lui mon- 
trer que le crime et la vertu sont toujours en présence. 
Fatigué d’une vie aussi triste, il se décide enfin à bra- 
ver la mer et les pirates qui la couvrent de leurs voiles 
homicides , il franchit le détroit, et la sûreté person- 
nelle qu’il ne peut obtenir sous le roi d’Espagne, il va 
la chercher et la trouve sous l’empereur de Maroc. 

Pendant le séjour qu'il fit sur la côte d’Afrique , 
BroussonxET éprouva de nouveau le bonheur dans les 
excursions botaniques et dans l’étude des arts indus- 
triels dont il espérait pouvoir un jour découvrir les 
secrets à sa patrie. Îl visita Mogodor et ses mines d’or 
et d'argent, Fez aux trois villes, et Tétuan, où se 


(19) 


préparent les plus beaux maroquins (1) ; il voit Tanger, 
Alcassar , Salé, dont les environs lui présentent l’arbre 
qui fournit la résine de sandaraque (2) et l’argan aux 
fruits donnant une huile bonne à tous les usages (3), 
etc. Partout il fait d’abondantes récoltes, partout il 
réunit des observations précieuses (4) , qu’il adresse à 
ses amis, qu'il envoie à l’Institut (5). 

Il revint un instant en France en 1798. Ge ne fut pas 
sans une profonde émotion qu’il toucha le sol sacré dela 
patrie, qu'il entra dans cette ville de Montpellier où il 
avait reçu le jour, et où setrouvaient réunis son épouse 
et sa fille et un frère qu’il ne cessa d’aimer. Bientôt 
après, la dure nécessité l’obligea de partir pour les Ga- 
naries , où il allait remplir les fonctions de consul de 
France. 

Le voyage ne fut pas heureux, mais, une fois arrivé 


(1) Mémoire sur la manière de préparer les maroccains (sic) . Fez 
et à Tétuan, inséré tom. V, pag. 81 à 88, de la Classe des sciences 
phys. de l’Institut national. 

(2) C’est le Thuya articulata de Wan. 

(3) Le Syderoxylon spinosum de Lixxé, l'Elæodendron argam de 
Scnous»or. Une description exacte de cette plante a été adressée à 
l’Institut, en 1802, par Broussonxer; elle n’a point été publiée, du 
moins sous le nom de son auteur. 

(4) Cavamizres a publié, de Broussonwer, un mémoire fort dé- 
taillé contenant la description des plantes qu'il recueillit à Mogo- 
dor et dans le pays de Maroc: Il existe encore de lui un Florile- 
gium canariense et une Flore économique des Canaries contenant 
1600 plantes; lun et l’autre de ces deux ouvrages sont demeurés in- 
édits. 

(5) Malheureusement elles sont perdues pour la science ; elles 
n'ont point été publiées. 


2, 


(20) 
dans ces iles autrefois appelées Fortunées, il reprit ses 
habitudes d'exploration. Dans l'ile de Lancerote , peu- 
plée de chameaux , il fit plusieurs remarques intéres- 
santes sur l'emploi des végétaux herbacés qui seuls 
abondent sur ce sol volcanique ; dans celle de Fuesta- 
Ventura, il étudia l’espèce de ficoïde que les jardiniers 
connaissent sous le nom de giaciale (1), et dont les 
graines pulvérisées et cuites servaient à la nourriture 
des premiers habitans. Dans les Salvages, il introduisit 
la culture de cette plante, et arracha de la sorte deux 
pelites îles désertes à la stérilité ; au pied du Ténériffe, 
il explora cette montagne célèbre , découvrit quatre 
espèces de lauriers qui y vivent en forêts, et conçut à 
l'instant l’idée d’une distribution géographique des 
ctres organisés, dans laquelle il ferait connaître la ré- 
partition des espèces sur le globe (2). Hélas! le bon- 
heur que Broussonner goûtait alors ne dura pas. 
Depuis quatre ans ce savant vivait, en compagnie 
de sa femme et de sa fille, dans l’antique patrie des 
Guanches, quand tout-à-coup la mélancolie s'empare 


(1) Le Mesembryanthemum cristallinum XL. Les Espagnols la 
désignent sous Les noms de Barilla moradera et de Ferva de vidrio. 

(2) On ne peut contester cette grande pensée à Broussonner; le 
savant qui l’appliqua le premier à la botanique, M. ve Huusou, 
avoue qu’il lui en doit Pidée et les premiers matériaux. 

Depuis, on s’est emparé de ce système ingénieux pour étudier tous 
les tres. Déja on y a soumis les poissons, les insectes, les animaux 
vertébrés; mais, il faut le dire, ces premiers travaux ne sont encore 
que de faibles ébauches; le temps seul, et des recherches plus nom- 
breuses, faites avec plus d'attention, fourniront d’amples matériaux 
pour remplir entiérement par la suite le but que BroussonxET vou- 


lait atteindre. 


(21) 

de son esprit, désenchante tout à ses yeux, et le porte 
à se regarder, ainsi qu'il le disait lui-même, comme 
un malheureux exilé, végétant tristement sur un roc 
volcanisé où tout inspire l'af/liction. Sa santé s’altère , 
et, pour échapper au désespoir , il part , touche l’An- 
gleterre , traverse Paris, où il laisse quelques articles 
rares de ses riches collections, et arrive à Montpellier, 
où ses amis , où d’anciens confrères, se pressent au- 
tour de lui. 

Une partie de ses chagrins est effacée commé par 
enchantement, et du haut de la chaire de botanique, 
il dicte à une jeunesse avide de savoir, les étémens 
de la science des fleurs; il Jui apprend à suivre les 
maximes de Linxé : mais ilne retrouva plus cette gaîté 
charmante qui donnait tant d’attraits à ses entretiens, 
à ses relations. Cependant, quoiqu'il éprouvât souvent 
d’aflreuses palpitations, quoiqu'il fàt souvent surpris à 
verser des larmes pleines d’amertume, il oubliait par- 
fois le présent et le passé, en cultivant les graines qu’it 
rapporla de ses voyages, en disposant le jardin bota- 
nique à la tête duquel on l’avait placé (1); il parais- 
sail même reprendre avec plaisir ses anciens travaux 
sur le règne animal. 

Mais la perte d’une épouse, perte toujours affreuse 
pour un cœur aimant et vertueux; mais de vives in- 
quiétudes pour la vie de sa fille chérie, et une chute faite 
dans une herborisation aux Pyrénées, le rendirent plus 
péniblement encore à ses funestes penchans mélanco- 
Ne MAS te DS fn fre 


(1) H'en publia le catalogue en 1805, sous le titre de : Ælenchus 
#lantarum horti Monspeliensi, in-80. 


{2 ) 

liques. Dès lors, sa brillante imagination s’éteignit 
pour faire place aux objets les plus lugubres, aux pen- 
sées les plus déchirantes. Ses malheurs récens réveil- 
lèrent le souvenir de ses malheurs passés : il vit dépé- 
rir ses organes et ses facultés; sa mémoire prodigieuse 
se perdit, ses mouvemens s’oblitérèrent; hors le sen- 
timent,ilavait presque généralement tout perdu; il au- 
rait même succombé à une apoplexie sans les prompts 
secours que lui prodigua son digne frère. Après ce pre- 
mier accident il revint à lui, reprit ses mouvemens 
et l’usage de ses sens, mais il lui fut désormais impos- 
sible de prononcer et même d’écrire les noms propres 
et les substantfs, soit en français ou en latin, soit en 
espagnol ou en anglais. Les épithètes, les adjectifs se 
présentaient en foule, et il s’en servait pour désigner 
les personnes ou les choses dent il voulait parler. Ge- 
pendant son état s’améliorait peu à peu, quand un 
coup de soleil vint mettre fin à ce qui lui restait en- 
core d'existence morale. Cette première mort fut sui- 
vie de six longues journées d’une léthargie convulsive, 
après laquelleil descendit au tombeau, le 27 juillet 1807. 

Ainsi périt à la fleur de son âge le fondateur de la 
Société Linnéenne; ainsi périt l’homme juste, le savant 
infatigable que tous vous avez, Messieurs, pris pour 
modèle, Sa mort fut un long jour de deuil pour sa fa- 
mille, pour ses amis , pour ses disciples , pour ses con- 
frères ; elle fut très-sensible à lillustre école qu'il éclai- 
rait par ses vastes connaissances, qu’il soutenait par son 
zèle et le vif interêt qu’il prenait à sa gloire; elle le 
fut également pour la patrie, qui perdait en lui un ci- 
toyen utile et l’un de ses plus solides appuis. 


(25) 

Linnéens, la vie de BroussonneT vous offre deux 
grandes choses à suivre : exactitude et probité dans 
les recherches d’histoire naturelle, et dévouement ab- 
solu à la patrie, lors même qu’elle demande le sacri- 
fice de notre repos, de nos jouissances, et jusqu’au 
penchant qui nous entraine à l'étude, Gomme Bnrous- 
SoNNET , n'ayez qu’une ambition, celle du bièn public; 
vivez unis entre vous ; ne permetlez aucun accès à ces 
sombres passions qui désolent la société; donnez 
l'exemple des vertus privées, des vertus civiques, et 
vous consoliderez à jamais le monument que vous éle- 
vez au génie. 


AAA AA AAA 0/0 L/0/0/% V/0/0 /0/ 0/0 0/00 0/00 AAA DAV VAR DAT /QU Lure" 2 


OBSERVATIONS 


Sur le genre ct les espèces Trigla, vivant dans 
la Méditerranée, sur les côtes de Nice; par 
M. Risso, correspondant. 


GENREF. 
TRIGLA. Tics. 


Tête cuirassée, subcubique, à museau saïlant plus 
ou moins échancré ; mâchoires garnies de petites dents; 
opercules , occiput , épaules terminés par des aiguil- 
lons ; deux nageoires dorsales ; trois rayons libres au- 
devant des pectorales. 


SARA SAR RAR 


ESPÈCES. 


1. TRIGEA LYRA. EnieLr LYRE, 


T'. rostro elongato; mandibulis lobis osseis duobus 
dentatis et sulcatis; corpore rubro; radiis dorsalibus 
pinnis tribus aeutis rotatis; cauda semilunata. 

RoxpeL. 259-8. 


Les deux lames dentelées, horizontales, sillonnées 
du museau de cette trigle, donnent une image bien 
faible des cordes tendues de l'instrument favori d’A- 
pollon. Le corps de ce poisson est recouvert de peli- 


, (25) 

tes écailles adhérentes uniformément disposées ; celles 
du dos et des côtés sont dentelées, d’un rouge cinabre 
mélangé de teintes dorées; celles du ventre sont ru- 
des, colorées de blanc mat. La tête est enveloppée de 
plaques osseuses striées en rayons. L’œil a l'iris doré, 
nuancé de noir; il est orné sur le devant de l'orbite 
d’une dentelure aiguë bien prononcée , et postérieure- 
ment d’une autre peu apparente. Sa bouche est grande: 
les mâchoires sont garnies de plusieurs rangées de pe- 
tites dents; le palais est noir; les opercules sont cise- 
lés, ils scintillent l’azur, le violet, l’améthiste, et ont 
chacun six aiguillons. La ligne latérale est un peu 
courbe à son origine, et droite ensuite. Un long osselet 
triangulaire est fixé au-dessus des nageoires pectorales. 
Les bords du sillon dorsal sont armés d’aiguillons ar- 
qués, saillans, à une seule pointe. La membrane de la 
nagcoire dorsale est rougeâtre, tachée de noir ; l’anale 
et la seconde dorsale sont variées de rose, de blanc et 
de rouge; les pectorales sontrouges avec quelques tein- 
tes obscures ; la caudale est presque sans échancrure. 

La femelle a des ovaires fort gros qui contiennent 
un grand nombre de petits œufs qu’elle dépose en 
mai et en septembre. Longueur 0,400; séjour, ro- 
chers profonds. Ap. mai, juillet, décembre. 


2e ND—10, 2e D—16, P—ir. T—5, A—:17. C—14. MB—$. 


( 206 ) 
2. T. ADRIATICA. T. Lasroviza. 


T. rostro parvo, glabro, subcarinato; corpore squa- 
mi-verticillato; lineà laterali aculeatä; pectoralibus 
suprà rubro obscuro, subtüs virescentibus cæruleo ma- 


culatis. N. Eadléss.z 


Les écailles qui couvrent le corps de cette espèce 
sont disposées en rangées transversales ; un rouge mi- 
nium, à reflets azurés , parsemé sur le dos et les côtés 
de tâches brunes, en varie agréablement les nuances. 
Un blanc mat colore le ventre. Sa tête est osseuse, 
le museau lisse, peu avancé, terminé par une petite 
échancrure. La bouche est petite, terminale; les mà - 
choires, presque égales, sont garnies de très-fines 
dents; la langue et le palais sont rougeûtres ; l’œil est 
d’un jaune doré, la prunelle bleue; il est muni autour 
de l'orbite antérieur, de trois pointes. Les opercules 
sont ciselés en rayons étoilés; la pièce inférieure est 
découpée en deux aiguillons. L’ouverture des ouies est 
jaune safran; un osselet triangulaire, dentelé, aigu, 
est placé au-dessous de cet organe. La ligne latérale 
est droite, relevée, aiguillonnée. Les nageoires dorsales 
sont variées de rouge et de jaune ; elles peuvent se ca- 
cher dans une fossette longitudinale, bordée d’aiguil- 
lons courbés à plusieurs pointes, Les pectorales sont 
d’un rouge obscur par-dessus; verdâtres , brunes avec 
des grandes taches d’un bleu céleste, en dessous. Les 
thoracines sont roses, l’anale colorée de rouge sur un 
fond blanc, et la caudale d’an rouge vif. 


/ 


(27) 
La femelle est pleine d’œufs au printemps. Longueur 
0240; séj., régions des algues. Apar. toute l’année. 


12 ND—10. 2e D—16. P—10. T—6. A—16. C—16. MB—;. 


3. T. CUCULUS. T. Gronpin. 


T'. rostro subtruncato, latere utrinque serrulato; 
corpore rubro, albo variegato; radiis primä dors ili 


nteriore longissimis. =. 
æ (e) Ron. 297-°. 


Les premiers rayons de la nageoire dorsale déployés 
en longs filamens, le corps plus arrondi, moins co- 
nique, d’une forme plus svelte et plus effilée, couvert 
de petites écailles lisses très-adhérentes, distinguent 
cette espèce des précédentes. Un rouge tendre plus 
ou moins foncé, avec des nuances blanchâtres, règne 
sur le dos; une bande d’argent doré traverse les côtés; 
un blanc mat colore le ventre. La tête est petite; le 
museau étroit comme tronqué au sommet , serrulé la- 
téralement, et terminé par une pointe saillante. La 
bouche est médiocre, les mâchoires presque égales, 
armées de très-petites dents; la langue blanche, le pa- 
lais orangé, nué de brun; lœil petit, l'iris d’un ar- 
gent doré, avec des nuances obscures; il est surmonté 
de deux aiguillons courbés sur la partie antérieure de 
leur orbite. Les opercules sont granulés; chaque pièce 
est armée de deux pointes avec un petit aiguillon trian- 
gulaire au-dessus, où se termine son ouverture, et un 
autre plus bas, à côté des pectorales. La ligne latérale, 
un peu fléchie à son origine, s’incline ensuite en ligne 


( 28 ) 

droite, parallèlement au dos; elle est recouverte de 
lames imbriquées, aplaties, à bords sillonnés. Les na - 
geoires du dos sont variées de blanc, d’obscur et de 
rougeûtre; les pectorales médiocres, d’un brun ver- 
dâtre , mat en dessus, blanc rougeâtre en dessous ; l’a- 
nale est blanchâtre, et celle de la queue rouge. 

La femelle en diffère très-peu. Long. 0225; séj., 
rochers peu profonds. Apar. juin, octobre, décembre. 


17€ ND—710. 2e D—418. P—11. T—6. A—16. C—12. MB—5 


4. T. LUCERNA. T. Mira. 


T'. rostro subrecto utrinque tridentato; corporé Tt- 
bro, lineà laterali aculeatà; pectoralibus brevibus cæ- 
rulescente maeulatis. x. ss 

: Ron». 254.7. 

Dés pêcheurs m'ont assuré que cette trigle fait en- 
tendre une espèce de râlement sombre quand on la 
retire de l’eau. Son corps est plutôt allongé, couvert 
de petites écailles d’un rouge cinabre sur le dos, d’ar- 
gent doré sur les côtes, de blanc mat sous le ventre. 
Le museau est étroit, terminé latéralement par deux 
petites lames tridentées en pointes ; le front n’est pres- 
que pas creusé; l’œil est d’un rubis nacré; ilest gar- 
ni, sur le devant de la cavité orbitaire, de deux poin- 
tes aiguës. La bouche est rose, armée de petites dents ; 
le gosier est jaune, le crâne terminé de chaque côté 
par une pointe. Les opercules ont quatre aiguillons 
chacun; le supérieur atteint presque celui situé au- 
dessus des pectorales. La ligne latérale est formée de 


( 29) 

plaques d’autant plus relevées en arrière qu’elles sont 
plus près de la queue ; leur tranchant est caréné, termi- 
néen pointe. La première nageoire dorsale a une teinte 
obscure à la partie moyenne de son bord supérieur ; les 
pectorales sont courtes, d’un rouge plus oumoins foncé, 
avec quelques légères taches bleuâtres; les thoraciques, 
la seconde dorsale et la caudale sont d’un blanc rose, 
avec quelques teintes plus rouges; l’anale est d’un 
blanc mat. 

La femelle diffère très-peu dans ses nuances ; les 
pectorales sont d’un blanc rosé. Long. 0275; séj., 
moyennes profondeurs. Ap. mars, décembre. 


ire ND—09. 2e D—20. P—rr. T—6. A—19. C—ir. MB—5. 


CRE LAS LR LL RS 


». T. CAVILLONE, T. CAviILLONE. 


T. rostro subquadrato; corpore squamis magnis 
rubris, scabris; radio primo pinnà dorsali denticula- 
10; pectoralibus éncoloribus, virescente variegatis. x. 


Ronp. 233-3. 


RonpeLeT, et tous les auteurs après lui qui ont 
parlé de cette trigle, ont été induits en erreur en la 
considérant comme n'ayant que deux rayons libres, 
tandis que j’en ai constamment reconnu trois sur tous 
les individus que j'ai observés. Le corps de ce poisson 
est subconique, couvert de trois grosses écailles den - 
telées, rudes, peu adhérentes à la peau. Un rouge Ci- 
nabre règne sur le dos, une bande d’argent doré tra- 


verse les côtés, un blanc mat colore le ventre. Sa tête 


( 50 ) 

est médiocre, le front comme tronqué, fort oblique ; 
le museau, carré, a deux dentelures latérales saillantes ; 
la bouche peu arrondie; la mâchoire inférieure poin- 
tue, rude, garnie de petites dents; l'œil grand, l'iris 
jaune; il est armé sur le devant de deux dentelures, 
et en arrière d’une gouttière transversale dont le bord 
antérieur est denté. Les opercules sont munis d’un ai 
guillon chacun, ainsi que la partie postérieure du crâne 
et le dessus des nageoires pectorales. La ligne latérale 
est droite, rude; les plaques osseuses et tranchantes 
qui bordent le sillon des nageoires dorsales sont basses, 
denticulées, deviennent ensuite plus saillantes, et for- 
ment un aiguillon arqué. La première nageoire du dos 
est rougeâtre; son premier rayon est fortement den- 
ticulé. Les pectorales sont opaques, avec quelques 
nuances de vert sale; les thoracines jaunâtres, l’anale 
blanche, et la caudale rougeätre. 

Je ne connais pas de différence dans la femelle; les 
œufs qu’elle pond en juin et novembre sont jaunâtres. 
Long. 0095; séj., régions des algues. Ap. mai, juin, 
novembre. 

ire ND—310. 2€ D—18. P—7. T—6. A—16. C—11, MB—5. 


Re ARR ARS AR Te 


6. T. HIRUNDO. T. HimoNDELLE. 


T. rostro parvo, subemarginato; pinnis pectorali- 
bus latis cæruleo guttatis; lineä laterali squamis ma- 


joribus. N. 
J à Ronr. 225-1, 


Le corps de la trigle-hirondelle est épais, subarrondi, 
à dos large et ventre aplati, couvert d’écailles âpres et 


(31) 

dures, disposées en bandes transversales. Sa couleur 
dominante est un rouge mêlé de noirâtre, La tête est 
carrée, comme tronquée, à museau court, peu échan- 
cré, terminé au bas du crâne par deux aiguillons. La 
partie postérieure des opercules a quelques dentelures 
aiguës, peu profondes. L’œil est petit,à prunelle grande, 
l'iris varié de jaune doré et de rouge, avec quelques 
nuances obscures. La ligne latérale relevée, droite, 
rude, seulement un peu inclinée vers le bas. Le sillon 
dorsal est bordé d’osselets tranchans. Les nageoires 
pectorales sont amples, nuées de rouge obscur, bordées 
de bleu et tâchées de noir bleuâtre. Les trois rayons 
libres sont charnus, flexibles dans leur moitié posté- 
ricure, composés antérieurement de deux pièces os- 
seuses, dont l’une glisse parallèlement à l’autre pour 
opérer le mouvement de flexion et d’extension de l’ex- 
irémité flexible. Les thoraciques et l’anale sont blan- 
châtres, nuées de rouge. La première dorsale triangu- 
laire est d’un rouge pâle; la seconde, ainsi que la 
caudale, ont des nuances obscures, 

La femelle porte des œufs rougeâtres. Long. 0300; 
séj. vers le sommet des eaux. Ap. juin, juillet, 


1 ND—8. 2e D—14. P—io. T—6. A—i14. C—18. MB—r. 


RS SARA UE SE AR 


7. T. GURNARDUS. T. Gurnau. 


T. rostro brevi sinuato; line& laterali squamis bi- 


spinosis; pinnis pectoralibusmediis lutescentibus nigro 
maculatis. N. 


La partie dorsale de ce thoracin est rougeâtre, à re- 


(5%) 
Îlets jaunes ponctués de blanc azuré; les côtés chan- 
gent en rouge violet relevé d’une bande dorée; le ven- 
tre est blanc. La tête est solide, brillante d’or, d’ar- 
gent et d’améthiste. Son museau est court, sinué en 
demi-lune, avec quatre petites pointes inégales de cha- 
que côté, séparées les unes des autres. La bouche est 
grande, le palais jaunâtre, les mâchoires presque éga- 
les. L’œil a l'iris argenté, nuancé de jaune; ilest armé, 
au-dessus du devant de l’orbite, de deux pointes cro- 
chues. Les opercules sont granulés en relief; la pre- 
mière pièce est biépineuse, la seconde terminée par 
une longue pointe aiguë, Un osselet pyramidal aigu est 
situé au-dessus des ouvertures des ouies. La ligne la- 
térale est droite, nacrée, formée de petits aiguillons à 
deux pointes. La membrane de la nageoire dorsale est 
d’un rouge transparent, avec des taches noires; son 
premier rayon est dentelé : la seconde est moins va- 
riée; toutes les deux se plient dans une fossette dont 
les bords sont garnis de pointes courbes pointillées de 
jaune. Les pectorales sont peu développées, d’un roux 
jaunâtre taché de noir; les thoracines et l’anale sont 
blanches; la caudale, en demi-lune, d’un jaune rou- 
geâtre. 
La femelle est pleine d’œufs en mai; ses teintes sont 
moins prononcées. Long. 0500; séj., profondeurs va- 
seuses. Àp. mai, juillet, octobre. 


1 ND—7. 20 D—39. P—io. T—6. A—18. C—16. MB—S8. 


A A A AN 


8. T. CORVUS. x. T. CorgEAu. \. 


T. rostrotruncato, utrinque denticulato; fronte gib- 
bosa; corpore glabro, griseo argenteoque vario; pinnis 
pectoralibus virescentibus cæruleo limbatis. x. 


Ron». 253-C6. 


On reconnaît plusieurs traits de ce poisson à tra- 
vers la description défectueuse et la figure grossière 
que RonpeLer en a données. Son corps est arrondi, 
ensiforme, couvert de très-pelites écailles lisses, fort 
adhérentes à la peau. Un gris bleuâtre, mêlé de noir, 
règne sur le dos, un nacré pâle sur les côtés, un 
blanc mat sous le ventre. La tête est grande, solide, 
ciselée par des rayons divergens. Le museau, muni en 
dessus d’une protubérance, est échancré, terminé par 
deux lames latérales, courtes, arrondies, à cinq pointes. 
La mâchoire inférieure est plus courte que la mandi- 
bule, toutes deux garnies de petites dents; le palais 
est d’un jaune foncé. L’œil est rond, l'iris argenté, la 
prunelle azurée ; il est orné de deux pointes de chaque 
côté. Les opercules ont leurs pièces terminées par 
deux aiguillons; un osselet allongé et pointu est placé 
au-dessous de l’ouverture des ouïes. La ligne latérale 
est droite, lisse, relevée, sans écailles. Les nageoires 
dorsales sont incolores et obscures; elles peuvent se 
cacher dans un sillon longitudinal bordé d’aiguillons 
simples. Les pectorales dépassent l’anale; elles sont 
variées de vert, lisérées de bleu en dessus, rougeâtres 
avec les rayons blancs en dessous, Les thoraciques sont 
lavées de rougeûtre; l’anale est jaunâtre; la caudale, 


J 


(34) 
un peu en croissant, est d’un rouge pâle, nuancée de 
noir au sommet, 

La femelle présente des teintes un peu plus foncées ; 
ses flancs sont argentés ; elle dépose se: œufs vers le com- 
mencement de l'été. Long., 0150; séj., plage du Var. 
Apar. mai, octobre. 


are ND—G. 20 D—16. P—ri0. T—6. A—15. C—14. MB—. 


RS ARR RS 


9. T.MICROLEPIDOTA. x. T. A PETITES ÉCAILLES. N. 


T'. rostro sinuato, prolongo; lincä laterali muticä; 
squamis parvis; pinnis pectoralibus magnis virescen- 
tibus cæruleo guttatis. ». 


Le corps couvert d’écailles extrêmement petites, 
sans aucune aspérilé, même sur la ligne latérale, dis- 
tingue celte espèce de la précédente, avec laquelle elle 
a quelques rapports de conformation. Le dos est rou- 
geâtre, mêlé de bleu, avec quelques taches brunes et 
orange le long des flancs; ceux-ci offrent une bande 
dorée qui tranche avec le blanc mat du ventre. La 
tête est plus allongée et le front moins incliné que dans 
la trigle-hirondelle; le museau est échancré, orné de 
deux pointes courtes à huit dentelures à peine sensibles. 
L’œil est petit, nacré, armé, en dessus de la partie an- 
iérieure, de deux aiguillons. Les mâchoires sont gar- 
nies de très-petites dents, ainsi que le gosier, le pa- 
Jais et les arcs bronchiaux. La rainure du dos est bor- 
dée de 24 osselets tranchans, peu élevés, à une seule 
pointe aiguë. La première nageoire dorsale participe 


(35) 

aux nuances du dos, affaiblies par la transparence de 
la membrane; elle laisse un intervalle de deux plaques 
osseuses avec la seconde dorsale, qui a deux bandes 
de taches rougeâtres. Les pectorales sont amples, d’un 
vert à reflets bleuâtres, avec des zones obscures et une 
tache noire entourée d’autres petites taches bleues en 
dessus; elles sont ternes, présentent du rouge et du 
vert sur lesquels les rayons se dessinent en blanc en 
dessous. Les thoracines et l’anale sont d’un blanc rou- 
geâtre : la caudale est rouge. 

La femelle est d’un gris argenté avec des taches d’un 
rouge orange pâle; la bande dorée a des reflets argen- 
tés, et la ligne latérale également mutique: ses œufs 
sont d’un jaune foncé. Long., 0400 ; séj., rochers pro- 
fonds. Apar. juin, novembre. 


are ND—9. 2e D—16. P—ir. T—6. A—15. C—i11. MB—5. 


125212212122 


T. GARRULUS, \. T. GEAL. \. 


T. rostro subquadrato paulo sinuato corpore, 
squamis aculeatis; pinni spectoralibus magnis, suprà 
griseis, subtüus virescente fusco guttato. 


Je donne à cette trigle cette épithète, parce qu’elle 
présente dans ses couleurs une élégance vraiment ad- 
mirable. Son corps est arrondi, subconique, couvert 
de petites écailles rudes et âpres au toucher. Le dos 
est nué de gris tirant un peu sur le rouge; les côtés 
marqués de quelques taches de mêmes teintes avec des 
reflets dorés; le ventre est d’un blanc mat. La tête est 
médiocre; le museau terminé carrément en devant 


J, 


ï ( 56 ) 

avec des dentelures peu marquées, très-légèrement 
échancré au milieu. La bouche petite; les mâchoires, 
le palais et le gosier armés de petites dents ; l’œil assez 
gros, l'iris nuancé de gris, la prunelle bleue; il est sur- 
monté de deux pointes aiguës sur le devant, une en 
arrière et trois de chaque côté du crâne. Les opercu- 
les ont la pièce postérieure garnie de deux aiguillons; 
la ligne latérale droite et rude. Les bords du sillon 
dorsal sont armés de 24 lames à pointe dirigée en ar- 
rière et à face antérieure oblique. La première rageoire 
dorsale est tachetée de gris; les pectorales sontamples, 
d’un gris clair en dessus avec quelques taches noires 
sur le premier rayon, d’un vert mat en dessous, avec 
des bandes transversales brunes et une grande tache 
d’un beau noir entourée d’un grand nombre de peti- 
tes taches d’un bleu brillant assez semblables à Paile 
du geai. Les thoraciques sont incolores et la caudale 
un peu foncée. 

La femelle présente peu de différence. Long. , 0067 ; 
séj., plaines de gravier. Ap. mars, juin. 


12 ND—0. 2e D—15. P—1t. T—6. A—15. C—11. MB—6. 


LES LESSS  2 


REMARQUES. 


Les trigles ont chacune trois rayons libres, articu- 
lés à côté des nageoires thoraciques; un aiguillon pec- 
toral triangulaire plus ou moins long, situé en dessous 
des ouvertures des ouïes; une dentelure aiguë en des- 
sus des cavités orbitaires ; un fort aiguillon qui accom- 
pagne les thoraciques; une rainure dorsale bordée de 


(57) 

plaques osseuses diversement aiguillonnées; la première 
nageoire dorsale épineuse : Loutes ont une coupe du 
corps verticale, ovoïde, qui va en diminuant de la par- 
tie antérieure à la postérieure, avec le ventre presque 
droit, incliné d’avant en arrière : toutes ont de fort 
petites dents crochues, fixes, serrées aux mâchoires; le 
palais et les arcs bronchiaux hérissés de pointes pour 
retenir la proie sans la déchirer ; la bouchelégèrement 
protractile ; le gosier et la membrane qui avoisine les 
bronchies diversement colorés : presque toutes ont le 
crâne terminé par des pointes, la ligne latérale droite 
et oblique, et la nageoire de la queue peu symétrique, 
avec plus de rayons à la partie supérieure, qui est par 
conséquent plus ample que l’inférieure : leur chair est 
blanche, plus ou moins tendre, et même sèche, coriace 
et filamenteuse; elles se nourrissent le plus souvent des 
crustacés et de frétins de poissons. 


VRAAAAR/VNVAE VU/L/8 V2 LA/0/ LA/0/8/6/8/0/0 00/0/0004 LV 0/0/00/0847 LAVAL AAA LA RAA 


MÉMOIRE SUR L'OOLOGIE, 


OU 


SUR LES OŒUFS DES ANIMAUX: 


Par M. ALFRED MOQUIN -TANDON, 


CORRESPONDANT À MONTPELLIER. 


Toutefois il s’est trouvé des hommes, et 
notamment un en Delphes, qui recognoissoit 
des marques de différence dans les œufs, si 
qu'il n’en prenoit jamais l’un pour Pautre. 

Monraicexe, Essais, liv. HI, ch. 13. 


La reproduction générative, cette fonction si néces- 
saire à la vie, qui, conjointement avec la gemmiparité, 
perpétue les êtres organisés, et assure la conservation 
des espèces, a dû fixer l'attention des premiers nalu- 
ralistes. Admirateurs constans des merveilles de Ja 
nature, ils ont cherché à soulever un coin du voile 
épais qui dérobe à nos yeux un de ses plus grands 
mystères. Les beaux traités que nous avons sur la gé- 
nération des animaux ont étendu l'empire illimité de 
nos connaissances zoologiques; ils ont servi à la célé- 
brité de leurs auteurs, en même temps qu'ils ont con- 
iribué à l’avancement de la science. L’anatomie et 
la physiologie ont enrichi tour à tour leur domaine 
des travaux justement renommés des Hanvix, des 
HazLer, des R£pr, des R£aumur, des Burrow, des Vico- 
v'Azvn, elc., etc., etc. Parmi ces savans physiopailes, 


—— 


— ——— 


(1) Formé de 6ôv ovum, œuf, et 905 sermo, discours. 


(39) 

les uns ont embrassé tout ce qui concernait la géné- 
ration des êtres organisés ; les autres, moins hardis, et 
observateurs plus fidèles, se sont occupés plus spécia- 
lement des œufs des animaux; mais, ne les ayant con- 
sidérés que sous le rapport physiologique, les œufs 
d’une seule espèce d'animal ont sufli à leurs expé- 
riences (1). Jusqu'à présent aucun auteur ne s’est 
attaché à examiner les œufs sous d’autres points de 
vue; cette lacune en histoire naturelle ne doit être 
attribuée, ce me semble, qu’à la difficulté qu’on 
éprouve à se former une collection de ce genre, et 
qu’au peu d’empressement qu'ont mis dans leurs re- 
cherches ceux qui auraient été dans le cas de faire 
des observations. 

L’ornithologie est cependant redevable à M. Scnixz, 
de Zurich, d’un excellent ouvrage sur les œufs des 
oiseaux de l’Europe; ouvrage qui se publie en ce mo- 
ment, et qui laissera peu de chose à désirer, tant pour 
les nouvelles idées qu’il renferme, que pour la beauté 
des planches enluminées dont il est accompagné. Il 
serait à souhaiter, qu’à l'exemple de ce savant orni- 
thologue, les naturalistes français entreprissent de 
traiter les autres sections de l’oologie. En attendant 
le fruit de leurs travaux, je me permettrai de hasarder 
quelques idées générales sur diverses formes que l’on 
observe dans les œufs des animaux, sur le nombre qui 


(1) Comme de tous les œufs les œufs de poules sont les plus com- 
muns, ce sont ceux que l’on a observés de préférence. Harveus, de 
ovo; Macricui, de formatione pullé in ovo; Hazver, de la formation 


du poulet; etc. \ 


( 40 ) 
est particulier à chaque tribu, sur les élémens qui com- 
posent leurs substances, enfin sur leur grosseur con- 
sidérée avec celle de l'individu qui leur donne nais- 
sance. 


Non contens d’avoir examiné les changemens presque 
insensibles qu'opère l’incubation sur les œufs des ani- 
maux, et particulièrement sur ceux des gallinacées, et 
d’avoir éclairci cette partie de la génération, plusieurs 
anatomistes célèbres, tels que Harvée (1), Graar (2), 
KexkriNeius (3), ont voulu expliquer de la même ma- 
nière celle des mammifères, et par conséquent celle 
de l'homme. Ils ont avancé que l'ovaire de la femme, 
irrité par le contact -de la semence du mäle, laissait 
échapper un petit œuf qui tombait dans la matrice, 
et qui donvait naissance à un nouvel individu (4). 
Cnarzes Bonxer a été plus loin; il a prétendu qu’il n°y 
avait point d’homme, ni d'animal, qui fussent vérita- 
blement engendrés ; que tous existaient depuis la créa- 
tion comme germes préformés. Plusieurs métaphysi- 
ciens ont adopté le sentiment de ce naturaliste, et le 
système de l’emboitement des germes à pris naissance 
de la même manière que celui des ovaristes; il s’est 


——— 


(1) De generatione animalium. 

(>) De virorum organis generationi inservientibus, et Traité des 
organes des femmes. 

(3) Anthropogeniæ ichnographia. 

(4) On peut voir : SWAMMERDAM, De fabrica utert muliebris, 1679; 
Farrnoznx, Cent. prem. hist. nat., AV, p. 2; LANzONIUS, Mém. des 
cur. de la nat., dec. 11, an 9, obs. XXX VW, pag. 731; Ronivs, 
Cent., MX, obs. LVII; Bencer, De natura humana, lib. IF, cap. 1, 


P. 461. 


(4) 
répandu comme lui, et comme lui il a trouvé de zélés 
partisans. 

Quelques savans, et entre autres Marian, GR£w, 
Razuius, se sont crus fondés à dire de leur côté, que 
la reproduction des plantes se faisait aussi au moyen 
de l’oviparité, que ce phénomène pouvait surtout s’ob- 
server parmi les graminées (1). Comme il n'existe pas 
de limites bien tranchées entre le végétal et le minéral, 
et que la nature, ne présentant que des individus, ne 
saurait se plier à nos vaines classifications, il faudrait 
maintenant que des géologues ou des minéralogistes 
voulussent, à leur exemple, donner une pareille origine 
aux Corps inorganiques (2), et nous ressemblerions 
aux anciens idolâtres, ou à ces Druides superstitieux 
qui, regardant l’œuf comme le symbole du monde, lui 
rendaient un culte pareil à celui que les Grecs aux 
fêtes de Bacchus, et les Egyptiens à celles d’Osiris, 
avaient consacré au dieu de la génération (3). 

Pendant que les ovaristes cherchaient à soutenir 
leur opinion de toutes les manières et qu’ils prenaient 
pour devise : Omnia ex ovo, il s'élevait des détracteurs 
de ce nouveau système : ceux-ci employaient tous les 
moyens pour persüader que cette théorie de la géné- 


(1) C'était aussi le sentiment d'Eurénocze, de Démocmre, d'A- 
NAXAGORE, d'ARISTOTE, de Puixe, de Fagrice d'Aquapendente, etc. 
C'était aussi celui de Taéornrasre lorsqu'il dit: Srépuara 2294720 2 
Tots &ois. (AZem. de la Soc. Linn. de Paris, 1. A, p. 531.) 

(2) I s’est trouvé quelques novateurs qui ont voulu accréditer ce 
système ; malheureusement pour leur gloire, il n’a pas pris. 

(3) Voyez OEuf de serpent, des Druides, de Roe, d'Orphée, d'O- 


siris, etc, ele. 


(42) 

ralion était contraire à l’Ecriture sainte (1); ceux-là, 
non moins singuliers, ne voyaient dans la reproduction 
générative qu'une sorte de cristallisation (2); selon 
eux, les enfans se cristallisaient dans le sein de leur 
mère, comme il arrive au sucre candi et aux corps 
inorganiques. Quoi qu'il en soit de toutes ces hypo- 
thèses, de tous ces systèmes, vains produits de l’ima- 
gination, il n’en est pas moins vrai que chez les ani- 
maux la faculté génératrice se présente sous des modes 
bien diflérens. 

Tantôt l'embryon se développe dans le corps de sa 
mère, il sort vivant, et presque semblable aux animaux 
qui lui ont donné le jour, et que l’on nomme pour ceia 
animaux vivipares. 

Tantôt le germe, enveloppé d’une substance jau- 
pâtre ou couleur d’or, vitellus (5), à laquelle il adhère 
par un plexus de vaisseaux, est renfermé sous une 
cloison calcaire ou membraneuse. C’est là la génération 
ovipare. 

La différence qui existe entre la viviparilé et l’ovi- 
parité n’est point aussi grande qu’on pourrait l’ima- 
ciner, elle tient au contraire à fort peu de chose (4). 
Il est des animaux, tels que les pucerons, le seps, Por- 
vet, les polypes à panache, qui, selon le changement 


(1) Gousser, De causis linguæ hebraïice. 

(2) Mazini, etc. 

(3) Chez les poissons, les reptiles et les mollusques, Pœuf est prive 
de substance vitelline. 

(4) Voyez Paurix, De anguilla, sect. prim., cap. 11; Isiworn, Prev 
mem. 28; in append. Hem. nat. cur. dec. 11, an 4, p. 201; See. 


Nureu»., De miraculis naturæ, in Europ., €. xL1. 


(45) 

des saisons, affectent alternativement ces deux sortes 
de reproduction : ils sont ovipares en automne et vi- 
vipares pendant les chaleurs de l'été. On pourrait 
leur conserver la dénomination de cæœnogones cænogo- 
na (1), déjà donnée par Forsrer à plusieurs animaux 
articulés. D’autres fois il arrive que les œufs éclosent 
dans l’oviducte : les petits ont l’air d’être produits par 
un animal vivipare, quoique dans le fond ils ne soient 
que l’ouvrage d’un œuf. Ces animaux, qui ont été ap- 
pelés ovovivipares, sont la vipère, le chaleide, la sala- 
mandre terrestre, plusieurs poissons, certains insectes, 
et quelques mollusques. On a remarqué que ce der- 
nier mode reproductif était ordinairement affecté aux 
animaux rapaces et destructeurs ; que ces espèces, 
douées d’une sensibilité et d’une ardeur vitale plus 
grandes que celles des autres ovigères, pouvaient com- 
muniquer à leurs fœtus naissans assez de force et 
d'activité pour qu’ils pussent se passer de toute incu- 
bation. Parcourons les diverses tribus de l’échelle ani- 
male, et nous verrons que les animaux ovipares, gra- 
nivores ou phytophages, qui sont toujours les plus 
faibles, emploient bien plus de temps à couver leurs 
œufs (proportion gardée avec la longévité de leur fa- 
mille), que les animaux qui se nourrissent de mol- 
lusques ou d’insectes ; et que ceux-ci, qui à leur tour 
sont moins actifs, moins puissans que les omnivores 
et les rapaces, ont une incubation bien plus prolongée 
que celle de ces derniers (»). 

TOR CNRS ET PORT | 1 ARONORE TONER NES 


(1) De xowès, communis, commune; et Yo, Semen, semence. 


(2) Chez la plus grande partie des ovigcres, ct surtout chez les 


(44) 

Nous examinerons successivement dans nos Mémoires 
les œufs des animaux ovipares et ceux des cænogones. 
Nous allons commencer par les œufs des oiseaux; les li- 
mites étroites que nous nous sommes imposées ne nous 
permettent pas de nous étendre davantage. Puisse 
notre faible travail être reçu avee quelque intérêt par la 
Société Linnéenne, qui nous a déjà donné une marque 
de sa bienveillance en nous admettant au nombre de 
ses correspondans ! 

Avant d’entrer dans de plus grands détails, il me 
semble qu'il convient de donner une idée exacte du 
sens que nous attachons à l'expression qui fait le sujet 
de ce premier Mémoire. Je ferai observer que c’est 
faute de s'entendre sur la signification du mot œuf, qu'il 
s’est élevé parmi les naturalistes des discussions aussi 
longues qu’ennuyeuses. Il est clair que si nous voulons 
appeler de ce nom le germe qui, chez tous les êtres 
organisés, donne naissance par son développement à un 
nouvel individu, nous ne pourrons nous refuser à re- 
garder comme des œufs les embryons des mammi- 
fères, les capsules, les graines et les amandes des vé- 
gélaux (1) ; mais si d’un autre côté, bien loin d'étendre 


oiseaux , l'intervalle qui existe entre la ponte de chaque œuf est 
ordinairement d’un jour. Les animaux vivipares qui déploient bien 
plus de force dans leur mode génératif, puisqu'ils donnent le jour à 
des êtres déjà tout formés, montrent encore la même activité dans 
la ponte de leurs petits; ils peuvent les produire tous dans la même 
journée. 

(1) Nous pourrons dire alors avec HARvÉE : Tout ce qui vit sort 
d'un œuf; omne vivum ex ovo. Voyez ce que lon a dit (Mém. de 
la Soc. Linn. de Paris, 1.1, p. 150) sur l’analogie qui existe entre 


l'œuf végétal et l'œuf animal. 


(4) 
l’acception de ce mot, nous nous obstinons au contraire 
à la restreindre ; si nous ne voulons apercevoir le ca- 
ractère de l’oviparité que chez les animaux dont le fœtus 
est recouvert d’une substance analogue à la coquille 
des testacés; les oiseaux et les reptiles auront seuls le 
privilége de produire des œufs. Ainsi, pour éviter toute 
confusion, j'appellerai œuf le corps qui se forme chez 
les femelles des oiseaux, des poissons, des reptiles, des 
insectes et des vers, qui, sous une enveloppercalcaire 
ou membraneuse, plus ou moins épaisse, renferme un 
animal de même nature, dont la chaleur seule peut 
grossir et développer les parties. D’après les divers 
états ou les divers modes sous lesquels on rencontre 
cette écorce, nous diviserons les œufs en œufs parfaits 
et en œufs imparfaits. 

Les œufs parfaits comprennent ceux qui sont re- 
vêtus d’une enveloppe mince, friable, calcaire, blanche 
ou colorée, qui met le germe à l’abri des injures exté- 
rieures : cette enveloppe s’appelle coque (testa). Parmi 
les œufs qui composent cette première division, les uns, 
comme par exemple ceux de plusieurs sauriens et ceux 
de quelques espèces de chéloniens, n’ont besoin que de 
la chaleur du soleil pour faire éclore l’embryon qu'ils 
renferment : les autres, qui appartiennent aux oiseaux, 
doivent être couvés par la mère, par le père ou par 
un animal qui ait une température peu difftrente; 
et c’est cette action de couver que l’on a désignée sous 
le nom d’incubation, incubatus (1). 


, 
Les : , vin ; 
(1) L'incubation varie beaucoup; sa durée ne dépend pas, comme 


V e TE ’ 
ont avancé bien des personnes, de la hauteur de la temperature. 


(46) 

Les œufs imparfaits sont les œufs chez lesquels une 
pellicule membraneuse remplace la coque où l'écorce 
calcaire (1) : ce sont ceux de la plupart des reptiles, des 
poissons, des insectes. Cette seconde division pourrait 
encore être séparée en deux classes, en œufs vrais et 
en œufs faux. Les premiers seraient les œufs qui, après 
avoir été pondus par l'animal, n’ont besoin que d’être 
soumis à la chaleur solaire pour parvenir au but que 
la nature se propose; le fœtus en naissant a la forme 
qu’il conservera toujours : c’est ce qu’on remarque 


Les hirondelles mettent autant de temps à couver en Barbarie et au 
cap de Bonne-Espérance, qu’elles en emploient dans le nord de 
l'Europe. 

11 n’est pas nécessaire que l'oiseau soit constamment sur ses œufs ; 
il peut les quitter pendant quelque temps, et ce temps est en raison di- 
recte de celui qui reste à l'embryon pour sortir de l'œuf. Beaucoup de 
naturalistes ont dit, d’après Wirruensy, que, semblables aux repti- 
les, plusieurs oiseaux (l’autruche, le cochevis, etc.) laissaient au so- 
leil le soin d’éclore leurs œufs : ils se sont trompés ; tous les oiseaux 
couvent leurs œufs ou les font couver par d’autres oiseaux (les 
coucous); et si l’autruche, se reposant sur la température du sable 
où elle les a déposés, les abandonne quelquefois pendant les chaleurs 
. du jour, il n’en est pas moins vrai pour cela, qu’elle vient les échaufler 
pendant la fraîcheur de la nuit. 

L'incubation dure onze jours chez les mésanges ; treize jours chez 
le rouge-gorge, le troglodite. Les pigeons et le rossignol couvent dix- 
huit jours ; l’attagas vingt ; la poule, le grébe huppé, la foulque, vingt- 
un ; les scolopaces vingt-huit; etc. 

L’'incubation aurait été inutile dans les animaux à sang froid , leur 
caloricité étant égale ou presque égale à la chaleur atmosphérique. 

(1) Chez les animaux vivipares, c'est le chorion (yopeïcv , conte- 
nir) qui enveloppe le fœtus. Nous ne pouvons appeler ni coque, n° 
chorion, la membrane extérieure des œufs imparfaits; je propose le 


nom de périgone (x£p!, tout autour, et yovn, semence). 


(4 ) 

dans les reptiles sauriens, ophidiens et chéloniens, 
dans quelques insectes, dans les vers et dans les z00- 
phytes. Les autres, au contraire, bien loin de produire 
immédiatement des animaux semblables à leurs pa- 
rens, donnent la vie à des larves qui ont encore des 
mutations à subir, d'anciennes parties à perdre et de 
nouvelles à acquérir avant d’être parvenus à leur état 
de perfection. Les tétards et lés protées (1), par 
exemple, sont des larves, des êtres intermédiaires, qui 
forment une nuance entre les grenouilles et les sala- 
mandres aquatiques, et les œufs de ces batrachiens. 
Les mêmes métamorphoses peuvent encore être obser- 
vées chez les autres espèces de cet ordre, et chez 
presque tous les animaux articulés. 


OŒEUFS PARFAITS. 


Les œufs des oiseaux ont généralement une forme 
elliptique, plus ou moins allongée; on y distingue un 
gros et un petit bout, ou une extrémité obtuse, arron- 
die, et une extrémité qui s'approche davantage de la 
forme pointue. Chez les oiseaux de proie nocturnes 
les œufs ont une figure sphérique ou globuleuse, c’est 
ce que l’on remarque surtout dans le grand-duc, la 
chevéche, le scops. D'autres oiseaux les ont d’une 
forme allongée et presque cylindrique, tels sont les 
corneilles, les plongeons, les martinets, l’hirondelle 
de rivage et le superbe phénicoptère; chez d’autres, 
ils sont acuminés ou pyriformes, comme l’avocette, le 


©" 


(1) Draparvaun, Tableau des mollusques, p. 5. 


( 48 ) 
courlis, le grébe, les scolopaces, plusieurs palmipèdes 
et plusieurs échassiers. 

La figure elliptique des œufs dépend de la pression 
graduée qu’ils éprouvent dans l’oviducte, lors de la 
formation de la coque; et l’inégalité qui existe le plus 
souvent entre les deux bouts provient d’une pression 
différente , et bien sujette à varier, de la part de cet 
organe. Il n’est point extraordinaire de trouver dans 
une même espèce d'oiseau, dans la poule, par exemple, 
des œufs qui s’éloignent autant les uns des autres, et 
pour la grosseur et pour la forme. Aussi, rien n’est-il 
plus faillible que cette règle que le vulgaire regarde 
comme constante, et qui consiste à considérer les œufs 
arrondis comme contenant des femelles, et ceux qui 
sont allongés comme renfermant des mâles. 

Quelle merveilleuse diversité dans la production 
des œufs des oiseaux! Les guillemots, les pétrels, ne 
pondent qu’un œuf; les plongeons, les fous, les pigeons 
en pondent 2; les oiseaux de proie, les coraces et quel- 
ques échassiers, de 5 à À; les alouettes, les saxicoles, 
les gros-becs et beaucoup de sylvies, jusqu’à 5; les 
chélidons, le rossignol de muraille, de 6 à 7; les mé- 
sanges, les grimpereaux, de 8 à 10; les barles, les 
perdrix, les cailles et d’autres gallinacées, en pondent 
depuis 9 jusqu’à 18; Pautruche en dépose sur le sable 
de 25 à 50 (1); enfin, si l’on ôle les œufs, lun après 
l’autre, à la poule, au canard, au pouillot, à mesure 
que ces oiseaux feront leur ponte, ils en fourniront 
un nombre prodigieux. 


A  ——— "© © —— —————— —— —————— 


(1) Selon quelques voyageurs, elle ex pond de 5o à Go. 


(49) 

On découvre sans peine que ce sont les espèces d’oi- 
seaux les plus nuisibles qui donnent naissance à une 
moindre quantité d’œufs. Les manchots, les vautours, 
la plupart des oiseaux de rapine, et tous les mono- 
games en général, sont très-peu féconds; tandis que 
le genre Anas, tous les gallinacés et tous les polygames 
qui, par leur utilité, sont pour l’homme un secours 
des plus précieux, se propagent d’une manière si éien- 
due, qu’on est étonné de l’admirable fécondité de ces 
volatiles. C’est ainsi que nous distinguons sans cesse, 
même dans les plus petites choses, la sagesse pré- 
voyante de l’auteur de la nature, et les ressorts dont 
il s’est servi pour satisfaire à nos besoins (1). 

Si l’on fait attention à l'immense échelle d’oiseaux 
qui se trouve entre l’autruche et le brillant colibri, si 
l’on considère les nombreuses gradations qui sont pla- 
cées entre ces deux espèces si éloignées pour la gros- 
seur et pour la force, on ne pourra s'empêcher de 
penser qu'il règne une pareille filiation entre les œufs 
produits par ces deux oiseaux , et que les anneaux de 
la chaîne qu’ils composent, grossissent graduellement 
selon le degré d'augmentation que peuvent subir les 


(1) Voici le nombre des œufs que pondent tous les gallinacés 
d'Europe : 

Phasianus colchicus, 12 bis 24; T'etrao urogallus, 6 — 16; T. me- 
dius, 8— 15; T.tetrix, 8— 12; T. bonasia, 6 — 16; 7. scoticus, 
G6— 10; 7° lagopus, 7 — 15; T. saliceti, 10 — 19; Pterocles arena- 
rius, 7 — 9; P. setarius, 6 — 10; Perdix francolinus,, 8 — 14; 
P. saxatilis, 10 — 20; P. rubra, 19 — 21; P. petrosa, 10 — 15; 
P. cinerea, 19 — 20; P. coturnix, 9— 16; Hemipodius tackydro- 
BUS, 8 —14; À. lunatus, 6 — 12. 


4 


( 90 ) 
individus auxquels ils correspondent. Tout se lie dans 
la nature, tout en elle respire et l’ordre et l'harmonie ; 
il est cependant des oiseaux qui interrompent le cours 
de cette liaison. Plusieurs familles, peu diférentes pour 
la force et pour la taille, enfantent des œufs d’un vo- 
jume très-inégal, dont la grosseur est bien loin d’être 
en raison directe de la masse du corps des oiseaux 
qui les ont créés, ainsi que de leur puissance. Le bé- 
casseau, le pingouin et le guillemot, mettent au jour 
des œufs très-gros; ce dernier même possède cette fa- 
culté à un degré supérieur; mais le cormoran, la buse 
bondrée et le grêbe cornu en ont de très-peu volumi- 
neux. Ordinairement ce sont les gallinacés, les gralles, 
les pinnatipèdes, et les autres oiseaux aquatiques ou 
palmés, qui jouissent de la faible prérogative de donner 
naissance à des œufs hors de toute proportion avec le 
volume de leurs corps. Les petits, dans ces divers or- 
dres, se mettant à courir dès leur sortie de l’œuf, il a 
nécessairement fallu que la coquille qui devait les en- 
velopper fût plus grande que dans les autres tribus, où 
l’oiseau, après sa naissance, reste encore une trentaine 
de jours dans son nid. Aussi observe-t-on que les oi- 
seaux qui ont les œufs les plus gros, proportion gardée 
avec l’étendue de leur taille, sont également ceux qui 
en pondent une plus grande quantité, l'éducation de 
leur famille leur demandant moins de peines, moins 
de soins, moins de sollicitude. Cette règle toutefois ne 
doit pas être prise d’une manière absolue; une excep- 
tion doit être faite en faveur du macareux, du colymbe, 
et de plusieurs autres espèces, chez lesquelles Pexiguité 


du nombre est compensée par la durée de l’incubation. 


(51) 
On assure que le solitaire (Didus solitarius Gusr.. ) 
qui ne pond qu’un seul œuf, le couve pendant sept se- 
maines (1), et nous voyons, en Europe, nos mésanges 
remplir leurs nids d’une vingtaine d’œufs, et chez elles 
l’incubation ne dure que onze jours. 

Les pintades, les paons et une foule d'oiseaux, 
ont la coque très - dense , très -épaisse; les faucons, 
les pétrels, le scops, le merle de roche, ont cette 
écorce très-mince, très-fragile. En général, ce sont les 
oiseaux les plus légers, les plus habiles à fendre l'air, 
ceux qui se transportent d’un seul vol à des traites 
immenses, qui produisent des œufs d’une faible co- 
quille : ce sont aussi ces mêmes oiseaux qui les ont 
d’une petitesse extrême. La frégate, qui serait le roi 
des volatiles si l'empire était dà à la légèreté et non 
à la force, naît d’un œuf très-peu volumineux, et qui, 
comme ceux des chélidons, est pourvu d’une coque 
fort mince; les pesans struthions, les manchots, dont 
la corpulence égale la stupidité, et les gallinacés pul- 
vérateurs, ont des œufs très-gros, très-épais, et dans 
lesquels nous trouvons une grande quantité de car- 
bonate et de phosphate calcaire. Gette analogie s’a- 
percoit aussi chez les alcyons et les hirondelles de 
mer, navigateurs ailés qui, après la famille des chéli- 
dons, ont le vol le plus fier, le plus puissant, le plus 
étendu. La couleur d’ivoire qui caractérise les œufs des 
guépiers et des martin-pêcheurs, le peu d’épaisseur et 
de développement qu’on trouve dans ceux de l’épou- 
vantail, du pierre-garin et de l’hirondelle à dos bleuà- 


(1) Burrow, {list. nat. des oiseaux, t. MI, p. 340. 


fe 


( 52) 
tre (1), montrent à quel faible degré ces oiseaux peu- 
vent fournir les substances calcaires. 

Cette coquille est unie, lisse, luisante, dans la ci- 
gogne, le motteux, les pigeons, les tourterelles ; celle 
des hérons, du grand pluvier, du fou de Bassan, etc., 
présente une surface très- mate , très-poreuse, qui se 
recouvre de pelites éminences ou de nombreuses 
aspérités, chez le dronte, le gypaëte barbu, les ca- 
nards, et une infinité d'oiseaux à large bec. 

J'ai remarqué que ces deux dernières circonstances 
n'étaient guère propres qu'aux œufs des gralles, des 
coureurs et des oiseaux aquatiques. Accoutumés à cher- 
cher leur nourriture incertaine au milieu de la vase, 
dans les eaux bourbeuses, dans la fange, ils sont plus 
sujets que les autres volatiles à avaler, avec leurs gros- 
siers alimens, une certaine quantité de matières ter- 
reuses ou animales, qui peut contribuer à rendre à leurs 
coquilles cette rugosité poreuse que nous lui connais- 
sons. J’ai enfermé une cane pendant quelques se- 
maines; je l’ai forcée à s’accoutumer à une nourriture 
que je lui avais préparée, et j'ai obtenu par ce moyen 
des œufs dont le grain était bien éloigné de la finesse 
de celui des œufs ordinaires. La même expérience ré- 
pétée plusieurs fois, et sur des individus différens, a 
toujours élé suivie des mêmes résultats, et il n’est pas 
jusqu'aux gallinacés sur lesquels on ne puisse remarquer 
le même phénomène; le cazoar, qui engloutit tout ce 
qu’on lui donne, et qui rend quelquelois une pomme 


(1) Hirondelle de mer cangek de Trmminck. (Serra cantiaca et 


africana. GMEL.) 


( 95 } 
de la grosseur du poing aussi entière qu'il l’a avalée 
(Burrow), a des œufs très - poreux, moins gros et plus 
allongés que ceux de l’autruche, et semés d’une mul- 
titude de tubercules d’un vert foncé (1). 

Plusieurs œufs, comme ceux du cygne à bec rouge 
(anas olor Lixx.), et ceux du cygne sauvage ou à bec 
jaune (4. cyenus), sont recouverts d’une substance 
calcaire très-mince qui nous empêche d’apercevoir la 
teinte jaune vert-sale, ou jaune-olivacé, qui les caracté- 
rise. Selon M. Scmixz, de Zurich (2), les œufs du cor- 
moran et du pingouin macroptère sont tapissés exlé- 
rieurement d’une couche de matière épaisse, blanche, 
crétacée, qui sert (5) à les fixer d’une manière plus 
sûre, plus solide, au roc glissant et escarpé sur lequel 
la femelle a coutume d’aHer les déposer. 

Les œufs de la plupart des oiseaux (4) ont une cou- 
leur dominante sur laquelle sont répandues des taches 
plus ou moins nombreuses, plus ou moins grandes, et 
plus ou moins variées; chez d’autres espèces, en assez 
grand nombre, l'œuf n’a qu’une couleur uniforme et 
sans taches. La couleur la plus ordinaire, et qui sert 
le plus communément de base ou de fond, est le blanc: 
pur et mat comme dans l’œuf de la poule, dans celui 
du pigeon, du pétrel, de la chouette; brillant et lustré 
comme ceux du rollier, des alcyons, du rouge-queue, 


(a) Linnæus, 8:54. nat., edit. duod., p. 265. 2. (Struthio cazua 
rius.); GMELIN, 726. 2. et CLusius, Exotic., lib. 5, cap. 3, p. 09. 

(2) Histoire naturelle des œufs et des nids des oiseaux, »° partie, 
pag. 12 et 15. 

(3) Selon PExxaxr. 


(4) ÆEncycl. meth., art. OEuf. 


( 94 ) 

des torcols, du pic-leuconote et de plusieurs autres 
zygodactyles; enfin il est légèrement sali par une teinte 
rosée, grise, jaunâtre et azurée, verdoyante ou rou- 
geâtre, dans les cormorans, les cigognes, la spatule, le 
blongios. Certains oiseaux les ont aussi unicolores, 
mais d’une nuance plus foncée; ceux de l’étourneau , 
des saxicoles, du mouchet, sont d’une très-belle cou- 
leur glauque ou vert de mer; ceux du gros tinamou 
de Cayenne (Tetrao major Guez.) offrent un bleu 
assez intense, qui se change en une teinte lilas dans 
les œufs du tinamou varié (T. variegatus) ; le faisan 
doré de la Chine les a d’une superbe couleur de chair; 
le butor, les grêbes, la poule d’eau naine, le roitelet, 
le canard miclon, les ont d’une très-jolie couleur 
d’ocre: chez le rossignol, ils ressemblent au bronze, 
et ceux des oiseaux aquatiques approchent plus ou 
moins d’une teinte jaunâtre, fangeuse ou très-oliva- 
cée (1). 

Les taches répandues sur la couleur dominante sont 
grises, cendrées, brunes et fauves, spadicées, noires 
ou noirâtres ; quelquefois elles paraissent jaunes comme 
le safran, jaune-verdâtre, entièrement vertes, azurées 
et bleu foncé; elles sont communément plus fortes, 
plus serrées, et par conséquent en plus grand nombre 
à l'extrémité obtuse, où quelquefois elles forment par 
leur entrelacement une zone régulière, ou une guir- 


(1) La surface intérieure de fa coque est toujours blanche, Îles 
couleurs des œufs étant toutes dermales. Les taches les plus foncées 
sont celles qui entrent le moins dans le grain de la coquille; aussi, 
dans plusieurs œufs on peut les enlever facilement avec un liuge 
mouille. 


(3) 
lande nuancée des plus vives couleurs; c’est ce que 
l’on voit assez souvent aux œufs du becfin orphée, à 
ceux du guillemot à miroir blanc (1), du bec-croisé 
des pins, de la pie-grièche à poitrine rose, et du ster- 
coraire parasite (2). 

Rien n’est effectivement plus varié que la forme, le 
nombre et la grosseur de ces diverses taches. Elles sont 
en petite quantité et très-noires, dans l’œuf du loriot 
dont la couleur principale est un blanc de lait; dans 
l’œuf du becfin des roseaux et dans celui du becfin 
aquatique, elles deviennent si pressées les unes contre 
les autres, qu’elles ne laissent apercevoir que très- 
imparfaitement la couleur beaucoup plus claire qui 
leur a servi de fond. 

La plupart des becfins ou sylvies, des bergeronnettes 
et des mésanges, ont des œufs avec des taches fort pe- 
tites, de manière qu’on peut les regarder comme seu- 
lement piquetés; ceux des alouettes sont pointillés 
d’une teinte grisâtre ou couleur de terrain; d’un autre 
côté, les oiseaux de proie produisent des œufs plutôt 
marbrés que tachetés; il en est de même des bruans, 
de la mouette, du guillemot, du grand pluvier, dont 
les œufs sont peints de taches linéaires de la plus 
grande irrégularité : presque tous les oiseaux de la fa- 
mille du pincon (Fringilla) ont des coquilles bleu- 
verdâtres, clair-semées de petites bandes d’une cou- 
leur de café; les torchepots, le rouge-gorge, quelques 
perdrix et le becfin rayé naissent tous d’un œuf marqué 


(1) Scuinz, Hist. nat. des œufs et des nids. 
(2) Temmincx, Manuel dornithrols = 


( 00 ) 

d’une teinte couleur de brique, s’approchant tantôt du 
jaune, du brun foncé, tantôt du gris-rougeâtre; le 
genre du tétras (Tetrao) en produit de panachés, ou 
de pommelés sur un fond qui tire sur le roux; les œufs 
des oiseaux de proie nocturnes, des perroquets, des 
pigeons, des colibris, des alcyons, des alectorides, ne 
sont jamais tachés ni pointillés, leur livrée s’éloignant 
rarement de la teinte blanchâtre: enfin, certaines sec- 
tions d'oiseaux de marécage en créent qui sont telle- 
ment couverts d’ordures, que leur couleur, souvent 
très-päle, paraît à nos regards livide, obscure, brune, 
et quelquefois entièrement incrustée de substances 
étrangères. 

Il est des oiseaux dont les œufs ont une couleur 
toujours constante ; de ce nombre sont les cul-blancs, 
le rouge-queue, l’accenteur montagnard; chez le goëlan 
à manteau gris, chez les mouettes, les hirondelles de 
mer, les pingouins et les coucous, ils sont si diverse- 
ment mouchetés et bigarrés, les dessins changent si 
prodigieusement dans un seul et même individu, que 
la détermination spécifique devient alors très-difficile. 
« Les œufs de l'Hamatopus ostralegus (huîtrier), dit 
M. Scninz (à), ont le fond blanc, jaune, vert, tantôt 
» olive, tantôt brun, avec des taches et des raies d’un 
brun obscur, qui offrent beaucoup de variété sous 
le rapport du nombre, de la couleur et de la distri- 


&1 


> 


3 


» bution. » 
Selon les progrès de l’incubation, les taches de- 


(1) Histoire naturelle des nids et des œufs des oiseaux, 2° part 
\ / w ? 


pag: 3. 


(157) 

viennent plus hautes en couleur et plus nombreuses, 
parce que celles qui n’étaient point apparentes sont alors 
très-visibles à l’œil de l'observateur; c’est ce qu’on 
aperçoit très-bien dans les œufs du merle bleu, et dans 
les œufs du merle de roche. Une chose également digne 
de remarque, c’est que les œufs s’altèrent d’une ma- 
nière assez sensible après le moment de leur ponte; 
leur teinte diminue, s’affaiblit, l’air en efface les nuan- 
ces; mais bientôt l’incubalion a lieu, la couleur pri- 
mitive reparaît, la chaleur en ranime l'éclat, et c’est 
pour le perdre aussi vite, car sous peu de jours la co- 
quille s’obscurcit, elle se remplit de nuages, les taches 
se montrent plus ternes, plus livides, plus nombreuses, 
et cette nouvelle altération augmente graduellement 
avec la marche de l’incubation. Ces changemens arri- 
vent surtout aux œufs qui sont ornés d’une parure 
brillante et d’une coque très-légère; ainsi ceux du tra- 
quet stapazin et du traquet oreillard, qui sont entière- 
ment glauques ou d’un beau vert-céladon, et ceux du 
becfin à poitrine jaune, qui se distinguent par une 
teinte incarnadine ou par un rose très- doux, de- 
viennent sales, perdent leur fraîcheur, et se couvrent 
d’une nuance plus foncée, à mesure que l'embryon 
qu'ils renferment se développe, à mesure qu'il se pré- 
pare par son accroissement à rompre les murs fragiles 
qui le tiennent emprisonné. 

Plusieurs observateurs, parmi lesquels on distingue 
Burron (1), ont cru découvrir des rapports de sym- 
pathie entre le fond des couleurs et les taches des 


(1) Histoire naturelle des oiseaux, tom. WU , art. Coq 


(58) 

œufs, et le fond du coloris et les reflets du plumage. 
Get éloquent naturaliste a cité plusieurs exemples à 
appui de cette opinion; mais il ne peut s’empêcher 
d’avouer que dans les œufs le blanc est toujours la 
couleur dominante, que c’est celle que la nature y a 
répandue avec le plus de profusion. 

Burron conclut de ce rapport, qu’il regarde comme 
constant que la race primitive de la poule a été la 
poule blanche; que cet oiseau, dont nous ne considé- 
rons l’existence que comme accidentelle, par l'effet de 
sa dégénération, a donné naissance à toutes les di- 
verses poules qui nous sont connues, et qu'il est le 
type de toutes ces variétés. Aujourd’hui que le do- 
maine des sciences naturelles s’est considérablement 
étendu, l’observation et l’expérience sont venues dé- 
truire cette prétendue analogie entre le coloris des oi- 
seaux et celui de leurs œufs; lon a vu qu’elle était 
fondée sur des bases peu solides, et les ornithologistes 
ont appris à regarder cette ancienne opinion comme 
une erreur échappée à la plume d’un de nos premiers 
naturalistes. En effet, si nous regardons la poule blanche 
comme la tige des diverses variétés de poules qui ont 
été décrites par les auteurs, ne serons-nous pas forcés 
d’avouer aussi que la race primitive des alcyons, des 
colibris, des oiseaux-mouches, des perroquets, et de 
plusieurs autres oiseaux dont les œufs ont léclat de 
la neige, a été une famille d’alcyons blancs, de colibris 
blancs, elc., etc., et que ce n’est que peu à peu que 
ces volatiles ont reçu léclatant coloris qui les met au- 
dessus des autres animaux (1)? On sent évidemment 


(1) Les plus beaux oiseaux d'Europe ont tous les œufs blancs ou 


(99 ) 

le ridicule d’une pareille assertion. D'ailleurs, com- 
ment les partisans de cette sympathie expliqueraient- 
ils pourquoi les saxicoles qui n’ont aucune teinte de 
bleu dans leur plumage, naissent d’un œuf nuancé de 
cette couleur? comment le tinamou, dont les œufs sont 
d’un azur foncé, n’a qu’une robe d’un gris sombre et 
monotone? pourquoi le faisan doré de la Chine (1), 
dont les plumes magnifiques sont diaprées et variées 
de reflets si ondoyans, provient d’un œuf qui n’est que 
d’un rougeûtre pâle et uniforme? et d’où vient que le 
tangara septicolor, le plus beau de tous les oiseaux 
connus, ne se distingue pas plus par la livrée de ses 
œufs, que le jacarini des Brasiliens, espèce de tangara 
dont la couleur noire et luisante rivalise pour l'éclat 
éblouissant avec celle de l’acier poli (2) ? Il ne parait 
donc pas que la teinte des œufs ait la moindre analogie 
avec la parure du plumage. Nous serions, au con- 
traire, presque tenté de dire qu’il n’existe pas d’oiseau 
vivement coloré dont les œufs offrent des nuances 
aussi belles, aussi brillantes, que celles qui décorent 
la coquille de plusieurs tribus, ainsi favorisées par l’au- 
teur de la nature, qui a voulu les dédommager de la 
simplicité de leur plumage (3). 


blanchätres; il me sufht de citer le flammant, le loriot, le guépier, 
le chardonneret, le pélican, et le geai de Strasbourg ou rollier. 

(1) Vulgairement tricolor (Phasianus pictus Linn.); c’est le 
Phasianus aureus sinensis de Brissox. 

(2) Ces deux tangaras ont les œufs elliptiques, longs de 16 à 
18 millimètres (7 à 8 lignes), avec des taches rougeûtres. 

(3) Presque tous les oiseaux qui ont les œufs bleus ou bleu-ver- 


dâtres ont du roux où du roussätre dans le plumage. Tels sont, 


( Go ) 

L'âge des oiseaux et le climat qu’ils habitent influent 
beaucoup sur la nature de leurs œufs; les jeunes in- 
dividus y développent ordinairement moins de taches, 
les couleurs en sont plus pâles, l'œuf est moins gros 
et les extrémités en sont bien plus aiguës que chez les 
adultes (1) : nous avons aussi observé qu’en général 
le coloris était bien plus prononcé selon le degré d’é- 
lévation de la température dans laquelle ces animaux 
se reproduisaient; de manière que telle espèce com- 
mune au midi et au seplentrion pourrait pondre des 
œufs sensiblement variés. M. Temminck, savant orni- 
thologiste d'Amsterdam, avait déjà reconnu que le 
petit grêbe castagneux (Ælciner steissfuss Brcnsr. ) 
pondait une plus grande quantité d’œufs dans les con- 
trées méridionales que dans les régions où règne un 
hiver perpétuel (2). On s’est également apercu que la 
nourriture avait une grande influence, non-seulement 
sur la quantité des œufs des volatiles, mais aussi sur 
leur couleur (3). Les oiseaux d’un même genre, qui se 
nourrissent des mêmes alimens, mettent au jour des 
œufs qui ont ensemble des nuances très-rapprochées : 


parmi les oiseaux de la France, le héron pourpré, le rossignol de 
muraille, le mouchet, la gorge-bleue, le cul-blanc, le cul-blanc roux 
et roussatre, quelques autres saxicoles, le merle de roche, l’accen- 
teur des Alpes, la cannepetiére, le canard-pilet, etc., etc. Voilà de 
quoï exercer ceux qui cherchent des sympathies. 

(1) Dans les œufs rougeàtres, le dernier pondu a toujours une 
teinte plus faible , et chez tous les oiseaux le premier œuf est ordi- 
nairement le plus gros. 

(2) Manuel d'ornithologie, 1e édil., pag 473, et 2° éd., p. 729. 


(3) Burrox a pressenti cela. Voyez l'art. Peintade, tom. HE. 


(hou) 
ceux des bruans, par exemple, sont parsemés d’une 
infinité de taches irrégulières et de traits embarrassés 
qui changent cependant assez dans les différentes 
espèces pour nous permettre de distinguer ceux des 
divers membres qui composent cette famille. Nous 
voyons dans les anisodactyles que la totalité de la ponte 
ne dépasse jamais le nombre 9, et que dans les bec- 
fins elle varie depuis 4 jusqu’à 6. Tout le monde sait 
que si l’on nourrit une poule avec des graines échauf- 
fantes ou des plantes aphrodisiaques, on augmente chez 
elle la faculté générative, et que cette influence des 
alimens est telle, qu’on a vu des gallinacés pondre 
jusqu’à deux, trois œufs dans un seul jour: jai éprouvé 
que la même influence s’étendait aussi, non-seulement 
sur la substance de la coquille, mais aussi sur sa cou- 
leur. Une poule nourrie avec de la garance que j'avais 
mêlée dans ses alimens, finit par pondre des œufs re- 
vêtus d’une teinte légèrement rosée. Il serait curieux 
de continuer cette expérience pour déterminer d’une 
manière plus précise la force de cette liaison; mal- 
heureusement la garance, après avoir coloré le système 
osseux (1) des oiseaux, commence par attaquer le jabot 
et les intestins; alors l’animal devient maigre, languis- 
sant, et finit par périr : il faudrait donc chercher une 
nouvelle matière colorante qui pût agir aussi active- 
ment sur les œufs, sans porter atteinte à la vie de l’in- 
dividu qui les produit. 

Malgré la constance des règles de la nature, malgré 
l’ordre admirable qu’elle a répandu partout, la force 


oo 


(1) Voyez les belles expériences de Punamrt. 


62 ) 

génératrice, troublée dans son action ou modifiée par 
des circonstances étrangères, peut cependant dévier 
de sa direction au point de produire, dans la confor- 
malion intérieure ou extérieure des animaux, des 
monstruosités plus ou moins frappantes, plus ou moins 
variées. Ces œufs extraordinaires, soit en grosseur, soit 
en petitesse, soit enfin pour la figure, se montrent sur- 
tout chez les oiseaux que nous élevons dans nos basses- 
cours : l’état de domesticité dans lequel vivent ces ani- 
maux est cause de cette abondance. On a observé depuis 
long-temps que le poids de l'esclavage nuisait à la re- 
production des êtres; les animaux vivipares, ceux-là 
même que l’homme a soumis à sa domination, qu’il a 
pliés au joug de ses caprices, qu’en un mot il a appri- 
voisés, sont plus sujets à ces difformités que leurs ana- 
logues qui vivent dans l’état naturel, c’est-à-dire dans 
celui de la liberté (1). Cette influence de la vie do- 
mestique , cet abâtardissement des êtres animés, se 
montre également dans tous les corps organiques : les 
fleurs odoriférantes cultivées dans nos jardins , les 
plantes exotiques échauflées dans nos serres, pâlissent, 
se décolorent, s’étiolent, et diffèrent tellement de 
celles qui sont abandonnées à elles-mêmes et qui bril- 
lent dans le vaste champ de la nature, que le botaniste 
le plus exercé à quelquefois beaucoup de peine à re- 
connaître leurs véritables caractères. 

Les causes de ces degrés de déviation dans la pro- 


(1} Tous les animaux carnivores et insectivores, jaloux de leur li- 
berté, refusent de s’accoupler dans lesclayage; les seuls qui se per- 


petuent, parmi nous, sont .presque tous omnivores ou phytophages. 


(65) 
duction des œufs tirent leur origine de plusieurs cir- 
constances particulières : une trop grande quantité de 
nourriture, trop de lascivité de la part des oiseaux, 
une fécondité peu commune ou un état de dépérisse- 
ment : tels sont à peu près les agens de ces divers phé- 
nomènes. 

On a beaucoup parlé de ces aberrations du principe 
génératif, de ces singularités que la nature, dans ses 
bizarreries, se plaît à imaginer. On a vu tant d’exem- 
ples de ces jouets du hasard, que le peuple supersti- 
tieux, toujours ami des merveilles, a attribué aux uns 
des propriétés eflicaces, tenant même du prodige, pour 
guérir des maladies, et a regardé les autres comme 
des objets pernicieux. 

La grande variété qui existe dans ces monstruosités 
est cause qu'il est diflicile de les classer d’une manière 
convenable; il serait même ridicule de vouloir assu- 
jétir à des règles fixes ces jeux de la nature; néan- 
moins je crois qu'on pourrait les réduire aux deux 
ordres suivans (1) :les œufs monstrueux à l'extérieur, 
et les œufs monstrueux à l’intérieur. 


(1) M. J.-C. Lapierre ( Buffon, édit. de Sowninr, t. LX, p. 33 
et suiv.) a donné un Mémoire sur la maniére de classer méthodi- 
quement les oiseaux , d'aprés les caractères tirés de la forme, de la 


couleur et de la grosseur de leurs œufs. 


( 64 ) 
NAS 


OEufs monstrueux à l'extérieur, ou œufs dont la 
difjormité réside dans la coque. 


1° OEuf à double coque. Ovum diceluphum (1); 
Ovum in ovo. Harv. 


Cet œuf, que les naturalistes ont appelé ovum in 
ovo, nous présente une coque qui dépasse quelquefois 
la grandeur et la forme naturelles, et qui en renferme 
un autre d’un volume fort inégal. Cet œuf intérieur 
n’est souvent pas plus gros qu’une noisette; quelque- 
fois sa dimension approche de celui du pigeon. Hanvée, 
dans son traité De gencratione animalium, a fort bien 
décrit tous ces phénomènes, il a expliqué les causes 
qui peuvent les produire (2). 


En 1676, on trouva dans un œuf ordinaire de poule 
an petit œuf du volume d’une olive; il n'avait pas de 
coquille, il était seulement recouvert d’une membrane 
épaisse qui se durcit en fort peu de temps à l'air, et 
devint cassante comme la coquille de tous les œufs 
parfaits (3). Le blanc et le jaune étaient remplacés 
par une humeur blanche, séreuse, et semblable à celle 


ee 

(1) De dx et xvoce, testa, coquille. 

(>) Vide etiam, Acta erud. Leipsik, 1683, pag. 22; Burrow, 
art. Coq, tom. IT, pag. 107; Collect. acad. (partie française), tom. ], 
pag. 388, et tom. II, pag. 327; ibid. (partie étrangère), tom. IV, 
pag. 327. 


(3) Journal des savans, an 1676, février 17. 


(65) 
de l'œuf que M. Méni fit voir, en 1706, aux membres 
de l’Académie des sciences (1). 

En 1718, M. Morin», chirurgien des Invalides, 
trouva un œuf monstrueux dans le corps d’une poule 
qui ne pouvait point pondre, et qu’une maladie de la 
faculté reproductive avait fait tomber en langueur. Get 
œuf pesait 56 grammes ou 12 onces; le blancétait durci 
et composé de trente-six couches bien distinctes (2). 

Je dois à la bonté de M. Marcez pe SERRES, profes- 
seur de minéralogie à la Faculté des sciences de Mont- 
pellier, un œuf de poule semblable à celui de M. Mo- 
RAn»; seulement les couches extérieures qu’on y dé- 
couvre sont de matière calcaire ou crétacée. Il paraît 
qu’une longue maladie à fait séjourner cet œuf dans 
l’oviducte, et que de cetle manière se sont formées les 
enveloppes successives dont nous venons de parler. 
Quant à la concrétion du blanc et du jaune, elle est 
évidemment l'effet d’une chaleur trop long-temps con- 
tinuée. On pourrait à juste titre appeler ces deux‘der- 
niers œufs ova polycelupha, œufs à plusieurs coques. 
(Ils sant figurés planche E, fig. 1 et 2.) 

2° OEuf nain. Ovum centeninum. 

Cet œuf est le premier ou le dernier que la poule 
pond dans la saison. Un dérangement dans l’organisa 
tion des oiseaux et un état de faiblesse, peuvent aussi 
donner à leurs œufs ce peu de développement; telle 
est, par exemple, la cause qui a présidé à la formation 
de celui que j'ai trouvé, en 1821, dans le ventre d’une 

ee Rene Ne le 


(1) Journal des savans, an 1706, pag. 23. 
(2) Nouveau dict, d'histoire naturelle, tom. XXHIH, pag. 285. 


5 


( 66.) 

caille attaquée de la goutte. (Planche I, figure 3.) 

Le principal caractère de lovum centeninum est son 
extrême petitesse ; de là lui est venu la dénomination 
d'œuf nain , sous laquelle il est vulgairement désigné. 
Sa forme est très-variée; elle est conique, ovale, tantôt 
allongée comme les œufs de tortue, tantôt sphérique 
comme ceux des pétrels. Get œuf n’a point de cicatri- 
cule (HanvéE) ni de jaune, et c’est ce qui explique sa 
stérilité. L’œuf que le vulgaire, plus enthousiaste que 
réfléchi, a regardé comme appartenant au coq (œuf 
de coq), n’est autre chose qu’un ovum centeninum, 
fort petit, mais très-bien proportionné (1). Voyez pl. I, 
fig. 4 et 5. 

3° OEuf hardé. Ovum aceluphum (2). 


De même que plusieurs oiseaux, par une grande af- 
fluence de substances calcaires, peuvent donner nais- 
sance à des œufs singuliers par leur forme et par leur 
épaisseur; de même il en est d’autres qui, par une 
cause tout-à-fait opposée, enfantent des œufs dépour- 
vus de coquille. Une multitude de causes physiques, 
telles que la compression, la constitution maladive de 
l’ovaire, peuvent produire ces sortes de monstruosilés. 
On voit communément des poules ne créer que de ces 
espèces d'œufs (3); d’autres, beaucoup plus fécondes, 


fe 


(1) Voyez Collect. acad. (partie française), tom. IT, et (partie 
étrangère) tom. IV, pag. 225; ainsi que l’excellent Mémoire de La 
Peyronie, imprimé dans lhistoire de l'Académie des sciences de 


Montpellier, 1710. 
2) De & priv. et X£AVU0S testa, coquiile. 
2) Il $ I 


(3) On a dit que, dans les îles du Danube, des poules nourries 


Re 5 DES 
à de’ la Societe Linnéenne , (1824) TL. Lay. 00 


1.2. Ovum Diceluphum de Poule. 
5. Ovum Centeninum 8. de Caille, 4.5. de Rule. 


Ovum Aceluph um ; Moineau. 


guin-Jandon, del. Lanvin, seulp. 


(67) 

en donnent deux dans la journée, dont le premier est 
en très-bon état, et dont le second est privé de sa co- 
que (1). Ces œufs, comme tous les autres,renferment un 
blanc, un jaune et un germe fécondé; mais leur enve- 
loppe est tellement mince, le tissu en est si mou, il se 
froisse si aisément, qu'au bout de très-peu de temps sa 
surface se plisse, se chiffonne, perd toute sa forme, et il 
devient alors impossible d’opérer l’incubation (2). 

L'œuf que nous avons représenté planche E, fig. 6, 
est un ovum aceluphum de moineau. Il fut trouvé dans 
une muraille avec dix autres œufs du même oiseau 
tous revêtus de leur enveloppe calcaire. Le fait est 
assez extraordinaire, mais cette grande fécondité suflii 
seule pour l'expliquer. Je dois faire remarquer en pas- 
sant que les polygames, qui sont très-chauds, sont les 
oiseaux les plus sujets à enfanter des œufs hardés. 
Toutefois il ne faut pas s’étonner d’en avoir trouvé un 
exemple dans le moineau franc, puisque c’est l'espèce 
la plus lascive que nous connaissions : ALDOVRANDE en 
vit un qui, dans l’espace d’une heure, cocha sa femelle 
au, moins une vingtaine de fois. 

4° OEuf informe. Ovum amorphum (3). 

Cette classe de monstruosités est à la fois la plus 


uniquement d'insectes ne pondaient que des œufs à coque molle. 
ÆEncycl. Suppl, art. OEuf. 

(1) C’est ce qui arrive souvent dans le midi de la France. 

(2) Réaumur a pensé qu'on pouvait remédier à cet inconvénient ; 
il a conseillé d’enduire ces œufs avec une matière solide et poreuse, 
qui pût tenir lieu de coquille, en donnant à la pellicule membra- 
neuse une épaisseur et une dureté factices. Mém. de P Académie des 
sciences de Paris, 1710, pag. 558. 


(3) De äuopocs informe, informe. 


LEa 


(68) 

grande et la plus variée. On en rencontre peu d’exem- 
ples dans les oiseaux en liberté; mais, dans ceux que 
l’homme a pliés sous son empire, cette détérioration 
est devenue héréditaire, et ces animaux y ont été d’au- 
tant plus sujets qu'ils se sont plus perpétués dans l’état 
domestique. Ces œufs sont ronds, pyriformes, coni- 
ques, sphéroïdes , cydariformes, cylindriques; quel- 
quefois ils sont recourbés comme un croissant (voyez 
la planche IF, figure 3), ou, semblables aux œufs pé- 
tiolés des insectes (ova petiolata Fonrsrer), ils ont 
conservé le pédicule qui les tenait attachés à l'ovaire 
(voyez la planche IT, figure 4) : tantôt la coquille porte 
des empreintes de graines, d'herbes, d'insectes ; tantôt 
ces graines, ces herbes, ces insectes sont incrustés sur 
sa superficie. 

Dans la nuit du 2 décembre 1680, environ une 
heure après minuit (1), une poule qui n'avait jamais 
pondu, après avoir chanté d’une manière exiraordi- 
naire, fit un œuf volumineux, dont la coquille était 
parsemée de plusieurs étoiles gravées avec assez de 
régularité (2). . 

On fit voir à Gassinr, lors de son passage à Bologne, 


(1) Uu grave docteur allemand publia (Æphen. de la nature, dec. 2, 
an 6, app. obs. xxv) qu'il avait découvert dans une poule blanche 
des œufs qu'il qualifie du ütre de lumineux : il ajoute qu'ils avaient 
été fécondés par un coq très-ardent, et il ne manque pas de dire 
que c’est vers minuit que la chose est arrivée; c’est l'heure qui con- 
vient le plus aux grands événemens, et c’est peut-être aussi celle où 
notre observateur germanique a rêvé les fables ridicules qu'il ose 
sérieusement nous débiter. 

2) Journal des sayans, 1681, janvier 20. 


Mer: de La Société Linneenne, (1824) PL A. Lay. 2 


2.2.8.4.5. Ovum amorphum; z de Proyer, 2.de Pigeon ; 
Le Le 


3. de’ Joule; 4.de lincon, 5. de Canard. 


Mo qui -Zandon, del. Lanvur, ® 


(69) 
une coque d’œuf sur laquelle on apercevait un soleil 
en relief (1); on assura à notre savant géomètre que 
cet œuf avait été pondu dans le temps d’une éclipse. 

Ces faits sont si singuliers que nous avons beaucoup 
de peine à y ajouter foi : cependant nous avons vu des 
choses si merveilleuses en ce genre, que si nous ne 
pouvons garantir la vérité de celles que nous venons 
de rapporter, du moins sommes-nous enclins à penser 
qu’elles s’approchent beaucoup du vraisemblable. 

En 1822, je trouvai dans le nid d’un proyer (Embe- 
riza miliaria L.) un œuf sans jaune et sans germe, 
au milieu de six petits nouvellement éclos. Get œuf, 
que j'ai représenté planche IL, fig. 1, nous offre encore 
une de ces bizarreries de la nature. 

Un ami a bien voulu me communiquer un œuf de 
pigeon recouvert d’une infinité de petites éminences 
ou de petits points saillans ; il avait été pondu par un 
oiseau gros et robuste. ( Planche IF, fig. 2.) 

Le père Aurerr de Caen, dans les Mémoires publiés 
par l'abbé Rozier, donne la description d’un œuf de 
poule assez intéressant. Un hanneton à demi digéré 
avait les pieds et la tête tellement enclavés dans sa 
coquille qu'ils paraissaient pour ainsi dire identifiés 
avec elle (2). 

Nous avons vu nous-même un œuf de cane dont 
la coque était incrustée d’un insecte assez gros; plu- 


(1) Journal des savans,an 1681, septembre 8. Voyez aussi d’autres 
exemples d’un soleil, d’une comète, etc., ete., dans la Collect. acad. 
(partie étrangère), tom. [V, pag. 160. 


(2) Mémoires d'une Société célèbre, tom. IT, pag. 250 et suiv. 


(70) 
sieurs parties étaient encore en relief. Autant qu’on 
pouvait en juger, on était conduit à penser que c'était 
un coléoptère du genre des pimélées. (Planche IT, 
fig. 5.) 

Les canards, plus que tous les autres oiseaux, doi- 
vent être sujets à donner de ces œufs difformes : ayant 
le bec large et applati, ils peuvent avaler sans distinc- 
tion des alimens qu’il leur est ensuite difficile de pou- 
voir digérer. 


$S Il. 


OEufs monstrueux à l'intérieur, ou œufs dont la 


difformité ne réside pas dans la coque. 


1° OEuf double. Ovum geminum. (Puis) 

Ces œufs, que les anciens naturalistes avaient appelés 
ova gemina (1), et que les auteurs modernes ont dési- 
gnés sous le nom d’ova gemellifica, présentent trois va- 
riétés distinctes. Ils sont à deux blancs et deux jaunes, 
deux jaunes et un seul blanc, ou à un blanc, un jaune 
et deux cicatricules (2). 

Un exemple de l’ovum geminum fut montré par 
M. Wozr aux membres de l’Académie des sciences 
de Pétersbourg (5). 

2° OEuf clair. Ovum zephirium. (Puixe.) 

Ces œufs, vulgairement appelés œufs blancs, sont les 
mêmes que ceux que Pure distingue par les épithètes 


(1) Prune, Hist. natt., lib. x, cap. Li. 
(2) BurFow, Hist. nat. des oiseaux, tom. IX, pag. 106, art. Coq. 


(3) VazmonT pe Bomarr, Dict. d’hist. nat, art. OEnf. 


(71) 
d’irrita, cynosura, hypenemia, zephiria (1), et qu’À- 
RISTOTE avait déjà nommés üreviueis (2). Ce sont ceux 
qui n’ont point été fécondés ou qui ont été pondus en 
l'absence du mâle; ils n’ont pas de germe, et quel- 
quefois ils sont privés de l’humeur vitelline, jaune (3). 

3° OEuf à substances étrangères. Ovum heterylum (4). 

Ce sont les œufs qui, dans leur intérieur, contien- 
nent des plantes, des pierres, des graines, des in- 
sectes, etc, 'etc. 

On trouva, il y a quelques années, dans un œuf de 
ce genre une épingle rouillée; elle était recouverte 
d’une croûte blanchâtre, épaisse de quelques lignes (5). 

Dans une lettre du père Auserr de Caen, il est fait 
mention d'un œuf dont l’albumen avait au milieu de 
sa substance un crin de cheval très-long , qui y faisait 
plusieurs tours sans entrer dans le jaune (6). 

Dans le Journal des savans on voit un fait non 
moins extraordinaire. Un religieux de Lyon coupant 
un œuf à moitié durci dans l’eau, trouva dans l’inté- 
rieur du jaune une pierre de la grosseur et de la figure 
d’un noyau de cerise : elle était dure, lisse et résonnait 
comme un caillou; son poids était de 15 grains (7). 


(1) Pune, lib. x. cap. zvint et Ex. 

(2) Arsroreces, ist. animal., Mb. vr, cap. 1v. 

(3) Azsert LE GraxD, lib. vi, cap. c xuiv. Voy. aussi Marricni, 
HarVÉE, etc. , etc. 

(4) De érepos alter, autre, et dn materia, matiere. 

(5) On voit un pareil exemple dans le Journal des savans, 1678; 
fév. 15. Voy. aussi Collect. acad. (partie francaise), tom. 1, pag. 388 

(6) Mémoires d’une Societé célèbre, tom. IT, pag. 349. 

(7) Année 1690, mars 6. Voy. aussi Bibl. german., t. VIT, 1778; 
€ Mercure de France, 1728, pag. 760. : 


« (72) 

Plusieurs personnes m’ont assuré qu’elles avaient vu 
dans divers œufs de poules d’Inde des graines qui y 
avaient germé; malgré l’autorité de quelques auteurs 
respectables, qui ont rapporté à cet égard des obser- 
vations très-curieuses, je crois que la chose mériterait 
un peu plus de confirmation. J’en dirai autant de cet 
œuf trouvé par un chirurgien d'Avignon, dont le vwi- 
tellus était remplacé par une substance glaireuse, assez 
solide, et dans laquelle on voyait la figure d’un petit 
homme (1). Credat Judæus Apella. 

4° OŒEuf développé. Ovum præcubatum, 

J’appellerai ovum præcubatum lout œuf dont le 
germe aura reçu un commencement sensible de déve- 
loppement au moment de la ponte. Plusieurs écrivains 
nous ont donné sur ce sujet des choses surprenantes. 
Il y en a qui ont été jusqu'à prétendre qu’une poule 
et un corbeau avaient été momentanément vivipa- 
res (2). 

On lit encore dans le Journal des savans qu’une 
poule accoucha de cinq petits poussins vivans. L'abbé 
Nazani, qui se fait l'historien de cet accouchement, 
ajoute qu’à Variton en Norfolk on découvrit à la mort 
d’une poule qui ne pouvait pas pondre ses œufs, un 
poulet tout formé situé dans l'ovaire (5). 

Quoi qu’il en soit, on a vu des œufs récemment 
pondus, chez lesquels le punctum saliens avait déjà 


(1) Journal des savans, an 1681, juillet 28, et &bid., 8 septembre. 
(2) Ephém. d’Allem., an 4, déc. à, app. obs. xxviu. Journal 

des savans, 1778, n° 23. Lawzonr, obs. méd. cx. Lysrrus, obs. vi 
(3) An 1798, juillet 4. 


4 


75 ) 
reçu un sensible accroissement; ce sont ceux que Je 


désigne sous le nom d’ova præcubata (1). 


Telles sont les principales divisions que j'ai cru de- 
voir faire pour classer, autant qu’il m'a été possible, 
les œufs monstrueux des oiseaux. Ge serait ici le lieu 
de faire mention des ovolithes, ou des œufs trouvés à 
l’état de fossile (2); mais nous avons bien peur qu'il 
en soit de ces œufs comme des graines qui ont germé, 
comme de la figure humaine du chirurgien d'Avignon, 
et comme de la poule vivipare de l’abbé Nazarr. 
On me dira : Ce sont des phénomènes extraordinaires ; 
sans doute, mais ils me paraissent sensiblement exagé- 
rés; ils sont un peu ultra-surnaturels; ils semblent 
avoir beaucoup d’analogie avec cet animal qu’on faisait 
voir publiquement, il y a quelques années, et qui était 
le produit des amours d’un lapin et d’une poule. 


1 


(1) Les œufs électrisés éclosent quatre ou cinq jours plus tôt que 
les autres: j'ai cru distinguer dans les œufs d’une poule électrisée que 
le cicatricule (le follicule de Hazzer) était plus dilaté. 

(2) On assure qu’il y avait dans le cabinet de LamèTHERE deux 
ovolithes qui paraissaient avoir été des œufs de perdrix; plusieurs 
personnes les ont vues à la mort de ce savant. Elles avaient été trou- 
vées à T'erruel en Arragon : l’intérieur représentait une géode cris- 
tallisée. (Dict. d’hist. nat., art. OEuf.) 


CUAUVRA AAU AAA/ A/VA/0AA/RA/D AARA AAA V8 0/AAT VAR AV VAAY WUVIL LU 


NOTICE 


Sur deux nouvelles espèces de champignons, dé- 
couvertes et dessinées par M. Louis pe Bron- 
DEAU , Correspondant. 


1. — FULIGO cerebrina Brown. 

Cerebriformis, prim mollis pulposa, sub maturi- 
tatem duriuscula; cortice exteriore tenui deciduo, vi- 
tellino, demum viridescente-cinereo; intus fibroso- 
cellulosa, pulvere fuligineo-fuscescente referta. 

Cette fulige cérébrale croît à la fin du mois de juin 
sur les débris pourris des végétaux ou sur la terre gra- 
veleuse des collines. 

Elle est représentée dans la planche IIF, figure 1, à 
son état de jeunesse et de grandeur naturelle. — La 
fig. 2 la montre plus développée. — Dans la fig, 3, on 
en voit une portion grossie à la loupe. — La fig. 4 
donne sa structure intérieure également vue à la 


loupe. 


IT. — HELVELLA sinuosa Bron. 

Pileo plicato-sinuoso, subgelatinoso, e lutescente 
fuligineo; pediculo compresso, albo. 

L'helvelle sinueuse se trouve dans les bois, sur la 
terre où la mousse abonde; elle croît au printemps. 

La fig. 5 de la planche HT la représente de grandeur 
naturelle. 


( 


de la Société Linneenne, /282/4) 


ne 


ulieo ; Crcbrinea; 1.2.8. 4. 
LL 4 


2 rondeat del. 


PULL Le 74 


Gyroc epha lus, Aginnenwer, ô 


L. 
F 


Lanvin. d'CL V4 


(75) 
Observations de M. PErsooN, et création du 
nouveau genre Gyrocephalus. 


Le Fuligo cerebrina de M. nr Bronpgau ne laisse 
aucun doute; c’est une espèce nouvelle, remarquable 
par sa forme qui imite en quelque sorte la figure du 
cerveau. Il aurait, sous ce rapport, quelque analogie 
avec le Diderma contextum et le Trichia serpula; mais 
ces deux champignons sont chacun munis d’un capil- 
litium (chevelure) manifeste, que l’on n’observe pas 
dans le Fuligo cerebrina. 

Quant au champignon nommé par M. ne BRoNDEAU 
IHelvella sinuosa, je ne le vois pas aussi certain que le 
premier, du moins pour le genre; car bien qu’il ait un 
peu le port d’une helvelle, il s’en éloigne cependant 
par la forme du chapeau, qui est sinueux et très-plissé. 
Il est en outre gélatineux, caractère qui convient bien 
à une tremelle, et en particulier à la T'remella mesen- 
terica JAcCQ., et cerebrina Burz. 

M. pe Canporze a décrit dans la Flore française 
(vol. IF, p. 95), sous le nom de T'remella helvelloides, 
une espèce à peu près semblable qu’il avait décou- 
verte dans un bois de hêtres assez humide, non loin 
du pied du Jura, mais qu’il paraît n’avoir pu examiner 
microscopiquement,. 

L’autopsie peut seule nous éclairer sur le rappro- 
chement à faire. En effet, dans la famille ou division 
des helvellacées, les utricules (thecæ) renfermant ordi- 
nairement huit semences ou sporules, forment par leur 
réunion intime une sorte de membrane (hymenium) 
surimposée et peu adhérente au chapeau, servant 


(76) 
alors de réceptacule, et qui est au-dessous stérile, sou- 
vent aussi un peu différente en couleur; tandis que 
dans la division des trémellacées on remarque seule- 
ment des graines nues, sans utricules distinctes, et 
même sur les deux superficies : ces sortes de cham- 
pignons n'ayant point un véritable pileus. 

On peut encore ajouter que le stipes dans le genre 
helvelle est plus régulier, ordinairement cylindrique, 
et souvent même plus ou moins sillonné. L’ÆHelvella 
sinuosa, au contraire, a un pédicule difforme et bran- 
chu par le bas. Cependant, outre l’espèce citée de 
M. pe CanpoLLe, qui demande, comme nous l'avons dit, 
un nouvel examen, on ne connaît encore aucune véri- 
table trémelle avec un stipes, du moins aussi considé- 
rable ; celui de la trémelle sinueuse ne paraît pas être 
de la même nature que ceux des autres champignons 
stipités, ce qui demanderait encore une recherche 
particulière. Il est donc probable que ces deux cham- 
pignons formeront un genre particulier, auquel on 
joindra la T'remella stipitata que M. Bosc a découverte 
dans la Caroline (1), qui a aussi une semblable con- 
formation; et il est vraisemblable que le Phallus tre- 
melloides (Morchella, Syn. fung. Pers.) décrit et figuré 
par feu Venrenar, dans les Ïémoires de l'Institut na- 
tional, vol. 1, p. 509, doit aussi entrer dans ce nou- 
veau genre; mais toutes ces espèces qui paraissent être 
très-rares, sont encore trop peu connues sous le rap- 


(1) Elle est décrite dans un Hémoire sur quelques espèces de cham 
pignons des parties méridionales de P Amérique du Nord, avec 3 pt, 


inséré dans le vol. pour 1811 de l'Académie de Berlin. 


Qax.) 
port de leur organisation ; Ce qui exigerait une atten- 
tion particulière de la part des botanistes qui auront 
occasion de les observer. 

Quoique je n’aie point vu ces divers champignons, 
comme Je suis presque moralement persuadé qu'ils 
doivent constituer un genre particulier, je veux en es- 
quisser ici les caractères génériques et spécifiques, 
sauf les changemens et les corrections à faire sur des 
individus vivans ou en nature. , 


GYROCEPHALUS. 


Pileus ? (aut capitulum) tremellosus aut subtremel- 
losus, gyT080-Sinuosus, suffl ultus stipite forti. 


Obs.Genus e divisione tremellacea? aut helvellacea? 
comprehendens species sat magnas, forma helvellis et 
morchellis subsimiles, sed natura tremellis proximas. 
Stipes in his plerumque magnus et crassus, albidus , 
ac passim Cavus. 


1. G. AGINNENSIS, stipite sursum dilatato, basi diviso 
albo, capitulo lutescente-fuligineo. 

Helvella sinuosa. Bronpeau. 

Crescit, vere, prope Aginnum (Agen) ad terram 
muscosam, in sylvaticis. 


2. G. JuraTEnxsis, roseo-aurantiacus, stipite com- 
presso, basi sulcato, 

Tremella helvelloides. Decanr. Flor. Gall., vol. IL 
P+ 99. Ejusd. synops. p. 19. 

Provenit in fagetis, autumno, ad pedem montis Jura. 


(78) 
3. G. CanoziweNsis, stipite sursum dilatato flaves- 
cente, inæqualiter sulcato, capitulo atroviridi viscoso, 
Tremella stipitata. Bosc., 1. c. p. 7, tab. VI, 
figs x. 
Crescit vere, locis arenosis, in Carolina inferiore. 


4. G. GARNUTENSIS, stipite crasso ventricoso, Capi- 
tulo subrotundo fulvo. 

Phallus tremelloides. VEnr., 1. c., p. 509, fig. 1. 

Hab. prope Pontchartrain, vere. 


PE + 


AV ORAE VV OUN VE VA 0/00/0100 LL 1/0/0/0 VA /8 VV LL UL ,AAV VVN/E 


INSTRUCTION 


Sur la manière de recueillir et de préparer les 
champignons pour les herbiers, de les conserver 
et de les préserver contre l'attaque des insectes 
et de leurs larves; par M. C.-H. Persoow, 
membre honoraire et vice- président de la 
Société. 


JE dirai d’abord quelques mots sur le temps et les 
endroits où l’on peut récolter les champignons, dont le 
nombre et la diversité des espèces varient selon le cli- 
mat," l’exposition (1), l’élévation et la qualité du sol. 
Sous les bois résineux, on rencontre, outre les espèces 
ordinaires, des champignons qui leur sont particuliers, 
et vice-versa sous ceux dont les feuilles tombent à l’ap- 
proche de l'hiver. 

Au printemps paraissent les morilles, quelques hel- 
velles et d’autres petits champignons. L’été en offre 
peu, si ce n’est des épiphylliens qui croissent sur diffé- 
rentes feuilles vivantes des arbres et des plantes; ce- 
pendant après quelques jours de pluie, la terre étant 
bien imprégnée d'humidité, on voit paraître de grandes 
_ espèces de clavaires comestibles, la chanterelle (Meru- 


(x) Celle au nord présente ordinairement plus d’abondance. 


( 86 ) 

lius cantharellus), le bolet esculent, plusieurs coprins 
ou agarics fimeterres, mais très-peu d’agarics charnus, 
ou autres champignons terrestres, dont la véritable 
saison est depuis la fin de l’été jusqu’au commence- 
ment de l’hiver; ceux-ci aiment l’ombre des forêts, les 
lieux abrités et un peu humides. 

Les champignons coriaces qui viennent sur les vieux 
arbres languissans ou prêts à mourir (car un arbre 
vigoureux ne souffre pas de tels hôtes), durent jus- 
qu'au printemps ; alors ils sont détruits par les insectes 
ou autrement, excepté quelques bolets d’une substance 
presque ligneuse (tel que l’amadouvier) qui persistent 
quelquefois pendant plusieurs années. Certains cham- 
pignons coriaces persistent aussi et donnent naissance 
à une nouvelle couche de pores, ete.; d’autres poussent 
sur le bord de l’ancien pileus de nouvelles accrétions 
(accroissement partiel) : ce qui se remarque surtout 
chez le T'elephora hirsuta , Vespèce la plus répandue. 

On peut trouver presque toute l’année des sphéries 
ou autres champignons qui se développent sur des ra- 
meaux secs, des bois putrides, ou sur des tiges de 
plantes herbacées, particulièrement la grande ortie 
(Urtica dioica). Hs ont pourtant, en hiver et par un 
temps humide, un aspect plus frais. 

Beaucoup de petits champignons, presque micro- 
scopiques, et fort curieux par leur forme et leur cou- 
leur, se rencontrent au-dessus et au-dessous des amas 
de feuilles pourries et autres débris des végétaux, et 
même de quelques animaux, par exemple, sur des 
chrysalides, des chenilles et quelques autres insectes 
morts. C’est pendant tout automne et un hiver doux 


C2 


( 81) 
qu’un curieux instruit trouve une véritable jouissance 
à en faire la recherche; ses peines sont toujours ré- 


compensées par la découverte d’espèces rares ou nou- 
velles. 


De grandes espèces de champignons (1) servent 
aussi, dans leur état de dépérissement et de destruc- 
tion, au développement de divers agarics, de plusieurs 
sclérotes, sur lesquels croissent souvent des petites 
clavaires, des petits agarics; des moisissures y pul- 
lulent surtout. Ainsi la nature se sert des champi- 
gnons pour hâter et consommer la destruction des 


végétaux ou de celles de leurs parties qui ne sont plus 
utiles. 


: Dans les caves et souterrains, particulièrement dans 
les mines, où la température ne varie pas, on voit se 
propager en tout temps des fungoïdes, ordinairement 
d’une forme anomale et bizarre. 

La fiente des animaux herbivores présente plusieurs 
genres et espèces, tels que les Ascobolus, Pilobolus, 
des Stilbum, des Mucors, quelques sphéries; et parmi 
celles-ci je citerai en particulier la grande et belle 
espèce que Linx£ avait appelée Peziza punctata. N 
faut cependant remarquer que ces champignons ne pa- 
raissent dans de tels endroits qu'après un certain laps 
de temps, et lorsque le tout est bien sec, et pour ainsi 
dire élaboré par l’air et par la pluie. 


L'on ne trouve des productions fungoïdes que sur 


(x) L’Agaricus nigricans Burr., ou adustus, Synop. fung., est 
surtout fertile sous ce rapport. 


‘ 6 


(82) 

les troncs, rameaux, tiges, feuilles (pour certaines 
espèces épiphylliens), et péricarpes, que lorsque ceux-ci 
ont cessé d'exister pour le moins depuis six mois ou 
un an, et ordinairement quand ils sont tombés par 
terre dans des endroits humides. Ces champignons éta- 
blissent, par cette circonstance, une ligne de démar- 
cation avec les lichenoïdes, qui ne croissent que sur 
des arbres vivans ,outre ceux qui sont terrestres ou qui 
se propagent sur les rochers. 


Les champignons coriaces, subéreux, ou d’une sub- 
stance presque ligneuse, qui ont une certaine di- 
mension et quelque épaisseur, tels que plusieurs bolets 
ou polypores, quelques hydnes et thélephores, se des- 
sèchent d’eux-mêmes; mais pour les conserver on 
doit choisir des individus qui ne soient pas encore 
trop avancés, car alors quelques insectes y ont souvent 
déjà introduit leurs œufs. Pour s’en assurer on brise 
l’un ou l’autre individu afin de voir s’il s’y trouve déjà 
des traces de vers (larves), et pour s’en préserver 
chez soi, il faut soigneusement envelopper ces sortes 
de champignons dans du papier, ou, ce qui est préfé- 
rable, les plonger dans une dissolution de sublimé cor- 
rosif, ou du moins les en enduire extérieurement ; 
cette substance est bonne pour tous les champignons 
charnus, coriaces ou membraneux, comme aussi pour 
toutes sortes de plantes, si cependant leur nombre 
considérable dans un herbier et la nature du moyen 
proposé, qui demande toujours dans son emploi beau- 
coup de circonspection, ne s’y opposent point. 

Malgré cette préçaution, surtout quand la dissolu- 


ee ee ns  - ÉÉCS 


(85) 

tion d’arsenic a été mal employée, ou à des doses in- 
suffisantes, il arrive que des champignons nourrissent 
des insectes (ce sont des coléoptères du genre Der- 
mestes Linn., ou Bostrichus Gxorr., ainsi que le Pti- 
aus pertinaxæ L.) dont on ne tarde pas à reconnaître 
la présence par la vermoulure ou par les trous cylin- 
driques qu’ils creusent sur les surfaces. Si le cham- 
pignon appartient à une espèce rare, et que l’on ait 
intérêt à le garder, on peut, s’il n’est pas complé- 
tement détruit, le mettre dans un four assez chaud 
d’un boulanger, et, ce qui serait mieux et plus expé- 
ditif, l’exposer, ie printemps et l'été (car l'hiver les 
vers sont en repos) aux rayons du soleil. La chaleur 
fait sortir les insectes et les force à se réfugier dans la 
partie inférieure du champignon, d’où on les écarte de 
temps en temps en changeant la position du fungus. 
IL paraît que l’ardeur du soleil suffit pour tuer les œufs 
et les vers qui sont les larves de ces coléoptères. 

Les autres espèces coriaces, mais plus ou moins apla- 
ties et peu épaisses, se dessèchent bien dans de vieux 
livres, ou entre des feuilles du papier dont on se sert 
ordinairement pour les herbiers. Une règle générale 
pour tous champignons d’une consistance charnue et 
coriace est, avant que de les mettre entre du papier 
et sous presse (laquelle doit être, au reste, médiocre- 
ment serrée, pour conserver, autant que possible, le 
port des espèces), de les exposer, selon leur nature, 
à Pair libre, pour que l'humidité superflue, dont ils 
sont ordinairement imbibés, s’évapore: il est aussi né- 
cessaire, du moins au commencement ,., de changer 
deux fois par jour le papier; on peut même, avant de 


( 84 ) 

mettre ces mêmes champignons dans du papier sec, 
les laisser quelques heures sur une table, ce qui abré- 
gera de beaucoup la préparation et conservera mieux 
la couleur ; il est aussi bon de couper perpendiculai- 
rement et par la moitié les espèces pourvues d’un pi- 
leus et d’un stipes ; de cetlé manière on verra mieux, 
entre autres, les feuillets des agarics et les aiguillons 
des hydnes, etc. 

On doit presque renoncer à réussir avec des cham- 
pignons très-épais et en même temps très-charnus, 
tels que les bolets proprement dits (les Suilli de Mr- 
c&eL1), beaucoup d’agarics, et ceux qui se dissolvent 
facilement, à moins que l’on ne choisisse parmi ces 
derniers des échantillons avant leur état adulte. El faut 
aussi mettre dans le même nombre les tremelles et 
autres d’une consistance gélatineuse et molle, qui, 
pendant leur pression, se collent au papier; il faudra 
donc les laisser se dessécher d’elles-mêmes, et lorsqu'on 
voudra les examiner, on les humectera; la contraction 
qui les rendait presque méconnaissables venant à ces- 
ser par la nouvelle humidité, elles reprennent facile- 
ment leur forme et leur couleur primitives. 

Celui qui veut avoir une collection complète d’es- 
pèces, du moins des plus remarquables, peut les 
meitre dans des bocaux remplis d'alcool un peu 
étendu d’eau, Ce moyen, il est vrai, altère la couleur, 
mais il laisse dans son état naturel la forme des indivi- 
dus, et jusqu'aux petites parties dont ils sont compo- 
sés. On peut aussi remplacer l’alcool par des modèles 
en cire, Une collection semblable devient dispendieuse, 
mais elle est aussi plus durable. Il importe qu’elle soit 


mb.» à 


(8) 
exécutée sous la conduite d’un connaisseur, comme 
celles de feu Sowergx à Londres, de M. TraTrINNIcx à 
Vienne, et du Muséum d'histoire naturelle de Flo- 
rence. 

Les lycoperdacées, ou vesses-loup, demandent une 
préparation particulière. Quand ils sont bien préparés, 
ils se présentent et se conservent mieux que tous les 
autres. D'abord il faut les cueillir avant leur maturité, 
et avant qu'ils soient remplis de poussière, c’est-à-dire 
dans leur moyen âge, où ils sont encore charnus; dans 
cet état ils ont sur leur surface les verrues (verrucæ), 
ou petits aiguillons, qui servent à distinguer les espèces 
entre elles, et qui se perdent ordinairement quand la 
peau du peridium devient flasque : ce qui a lieu après 
la dispersion de la poussière. Ainsi, quand les indivi- 
dus sont ramassés élant charnus, il est souvent néces- 
saire, avant de les soumettre à la dessiccation, de les 
laisser quelques jours à part, car ils ont cette particu- 
larité, avant que le parenchyme se change en pous- 
sière, de subir une sorte de fermentation et de devenir 
tout humides. On doit faire passer cet état, sans quoi 
ils pourriraient ou se noirciraient entre le papier ; 
quelque temps après ils deviennent secs et un peu 
mols, ce qui facilite la préparation; cependant ceux 
qui ne sont pas encore adultes peuvent de suite être 
inis dans un livre où du papier, sans cependant les trop 
comprimer, pour qu'ils ne se brisent pas. On mettra 
aussi de suite sous presse ceux des lycoperdons en 
étoile (Geastrum) qui, en se desséchant d'eux-mêmes, 
se contractent par leurs lanières et s’y maintiennent ; 
dans ce cas sont principalement le Lycoperdon stel- 


(36) 
latum Buzr. (G. hygrometricum), et le Lycop. recol- 
ligens Sowers. 

La préparation des fungoides , d'une consistance 
mince et membranacée, se fait très-facilement. Dans 
ce cas sont presque toutes les helvellacées, plusieurs 
agarics, surtout de la division Mycena, les nidulaires 
{Cyathus) , les byssoïdes, les rhizomorphes, etc. 

Les Fungi epiphylli sont ceux, comme l'indique leur 
nom, qui croissent et se développent sur les feuilles, 
el particulièrement dans leur intérieur, quand elles 
sont plus ou moins vertes; je citerai pour exemple la 
nombreuse famille des urédinées, les xylomes, les phyl- 
lostictes, les érysiphes et les érinéum. On les prépare 
comme les feuilles des autres végétaux; ils demandent 
peu de soins, seulement on doit indiquer sur quelle 
plante les feuilles ont été prises; cette circonstance 
est aussi nécessaire quant aux hypoxylons (X'ylomici) 
qui croissent sur les écorces ou branches des arbres, 
et sur les tiges des plantes herbacées, et qui n’exigent 
aucun arrangement, si ce n’est de diminuer autant 
qu’il est nécessaire le volume des rameaux. L’indica- 
tion de l’espèce végétale sur laquelle vivent ces sortes 
de champignons parasites et pseudo-parasites (quand 
ils sont peu ou point connus) est d'autant plus impor- 
tante qu’elle en facilite la détermination ; car ordinai- 
rement telle ou telle espèce naît seulement sur telle ou 
telle plante, en quoi ces pelits champignons ressem- 
blent aux vers intestinaux et à quelques insectes, tels 
que les Coccus, Chermes et Aphis, que LinNé avait, 
comme on sait, pour la plupart seulement désignés par 


( 87 ) 
le nom des plantes qu’ils habitent, sans en donner au- 
cune phrase spécifique. 

Quant aux trichiacées qui comprennent de très- 
jolis champignons, mais très-petits, excepté les genres 
Fuligo et Spumara, lesquels étant fragiles et pleins de 
poussière, et par conséquent faciles à se gâter par la 
pression, on les conserve dans des petites boîtes er 
bois ou en carton, dans le fond desquelles on met un 
peu de coton. 

Les lyÿcoperdons à écorce dure, dont l’intérieur est 
un peu compacte, et qui ne subissent point par la 
dessiccation des changemens notables, tels que les Sele- 
roderma, les Hypogeum, les Polypera que M. Decax- 
DOLLE appelle Polysaccum, se conservent mieux ren- 
fermés dans de semblables boîtes que partout ailleurs. 

On gardera de la même manière les Zsaria et les 
Sphæria, qui naissent sur des chrysalides (ordinaire- 
ment celles des phalènes), et sont, par conséquent, un 
peu cachées sous des feuilles ou de la terre, ainsi que 
les diverses espèces qui viennent sur d’autres restes 
d'insectes. - 

On n’a pas ldcoutume de préparer les petites es- 
pèces des pézizes, et autres helvellacées, les Szilbum, les 
sclérolies, etc., en recourant de suite au moyen indiqué 
pour les grandes espèces. Ce manque de précaution 
fait qu'ils se grippent sous l'influence seule de l’at- 
mosphère. En les préparant comme les grandes es- 
pèces , ils conserveront beaucoup mieux leur port; 
mais il faut seulement avoir soin que les branches et 
les feuilles sur lesquelles ces petits champignons ont 
paru ne soient point trop humides. 


(88) 

Quand les divers champignons que nous venons de 
mentionner seront suffisamment desséchés, on fera 
bien, pour empêcher tout accès aux insectes et vers 
nuisibles, de les enfermer dans des capsules de papier 
pliées comme on le pratique en partie pour les mousses 
et les hépatiques, de les conserver dans un endroit 
aéré et sec; alors on aura la jouissance de garder long- 
temps ces productions, de pouvoir les comparer, les 
étudier sans crainte de les perdre , et de les commu- 
niquer utilement à d’autres botanistes. 


AAA AAA LAVAL AA VALVE LAVAL MAIS 


CATALOGUE RAISONNE 


Des plantes introduites dans les colonies françai- 
ses de Mascareigne et de Cayenne, et de celles 
rapportées vivantes des mers d'Asie et de la 
Guyane, au Jardin des plantes de Paris, par 
M. SamuErz PERROTTET, membre résidant. 


Les végétaux que je me propose d'indiquer dans ce 
catalogue sont le résultat d’un voyage que le gouver- 
nement français voulut bien me charger de faire dans 
l'intérêt de l’horticulture et pour les progrès de la bo- 
tanique. Ensuite de cet acte de bienveillance et d’une 
confiance dont je conserverai toujours le souvenir, je 
quittai le Jardin des plantes où, depuis deux années, 
j'étais employé comme botaniste-cultivateur. Le 9 oc- 
tobre 1818, muni des instructions de mon illustre 
maître, M. le professeur Axpré Tuouin, auquel je suis 
redevable de toutes les connaissances que je puis avoir 
dans l’art de gouverner les plantes, je me rendis à 
Rochefort où j’arrivai le 14 du même mois, et d’où j'ap- 
pareïllai le 1°° janvier 1819, faisant voile sur Cayenne. 
Je montais la galarre {ce Rhône, commandée par M. le 
capitaine de vaisseau Paiciserr. Nous touchämes 
Cayenne le 1° février; j'y déposai des arbres fruitiers 
et les graines qui m’avaient été confiées par M. Tour; 
vingt-six jours après nous partimes pour les mers d’A- 
sie; le 10 avril nous relächâmes à Praya, port de l’une 

7 


( 90 ) 
des iles du Cap-Vert, et le 26 juin nous atteignimes 
l’île Mascareigne (1), située à l’est de Madagascar , 
dans l’Océan éthiopique. Mon premier soin fut d’in- 
troduire dans le jardin de naturalisation les boutures 
des vanilliers, les plants et les graines de différens 
palmistes que j'apportais de Cayenne : les unes et les 
autres ont parfaitement réussi. Le 27 juillet je quittai 
Mascareigne pour gagner Java. de débarquai le 15 sep- 
tembre à Sourabaja, où je restai un mois occupé à 
recueillir tout ce que mes yeux découvraient d’utile 
et d’inconnu en Europe : mes récoltes furent très- 
abondantes. Le 15 octobre nous fimes voile sur Ma- 
nille; chemin faisant nous mouillämes à Samboangan, 
dans le détroit de Basilan, où je demeurai jusqu’au 
2 décembre. Le 23 nous arrivâmes à Cavitte, ville de 
l'ile de Manille, que j’explorai en tout sens, mais qu’il 
me fallut quitter trop tôt, le but de l’expédition de 
M. Priumerr étant rempli. Ce but était de prendre 
des Chinois instruits dans les cultures exotiques pour 
les conduire dans les colonies francaises et y accli- 
mater ce genre d'industrie. Nous primes trente-sept 
Chinois à Manille, dont un fut amené à Paris et y 
fut entretenu pendant deux ans aux frais du gouver- 


nement. 
De Manille nous revinmes à Mascareigne. Notre dé- 


(1) Les savans et les géographes sont convenus depuis un demi- 
siécle, pour éviter les changemens que la politique améne trop sou- 
vent, de donner à l'ile dite de Bourbon et de la Réunion, le nom 
de MascarennaAs qui le premier la découvrit; c’est une justice tar- 


dive que tout voyageur est intéressé à. rendre. 


(91) 

part eut lieu le 17 mars 1820, et notre arrivée le 6 mai 
suivant. Je déposai au jardin de naturalisation de cette 
colonie soixante-quatorze genres de plantes diverses, 
en deux cent seize individus vivans, plus une caisse 
de graines de Sagus gomutus en germination, et 
soixante-dix-sept sachets graines recueillies à Java, 
Mindanao et dans les Philippines. J’ai, depuis mon 
retour en France, appris que les individus et les semis 
de mes plantes étaient tous en un état prospère. 

Le 1° juin nous quittämes Mascareigne pour gagner 
Madagascar, où nous descendîimes le 6 du même mois, 
et de là retourner à Cayenne, où nous arrivâmes le 
10 août 1820. Je remis au jardin de naturalisation 
de cette colonie plus de soixante-seize genres peu ou 
point connus, en cent trente-quatre individus vivans, 
une caisse de graines en germinalion du Sagus gomu- 
tus, une autre de mandariniers, et cent dix sachets 
graines appartenant la plupart à des genres nouveaux 
et inconnus. Le 1° juin 1821 je m’embarquai sur la 
gabarre la Durance, qui avait fait partie de notre ex- 
pédition dans les mers du Sud, et je revis le sol de la 
France le 18 juillet suivant. J’entrai dans le port du 
Havre, et j’arrivai à Paris le 1°" août, après une absence 
de trente-quatre mois, ramenant quatre-vingt-cinq 
caisses de diverses dimensions, lesquelles renfermaient 
cent cinquante-huit espèces de végétaux vivans, de 
16 décimètres (6 pouces) à 2 mètres (6 pieds) d’élé- 
vation, et formant un total de cinq cent trente-quatre 
individus ; plus, deux caisses graines de différens pal- 
mistes et autres stratifiées dans de la terre et en pleine 
végétation; trois cents sachets graines de toute espèce 


7° 


(92 ) 

provenant de l’intérieur de la Guyane et des environs 
de Cayenne; sept caisses de plantes sèches, bois et 
fruits; vingt-six bocaux en verre contenant des fruits 
des diverses contrées que je venais de parcourir et 
quelques reptiles ; une caisse de minéraux des îles Phi- 
lippines, deux oiseaux rares des mêmes îles (1), un 
pain de résine (2), plusieurs animaux vivans de la 
Guyane, savoir : quatre perroquets, une perruche, un 
gymnote électrique , vulgairement appelé Anguille 
tremblante ; un coaïta , Simia paniseus L. ; le hocco 
noir à ventre blanc, deux agamis; enfin cinq plants de 
l'ananas maï- pouri, très-grosse espèce déposée au 
jardin des primeurs à Versailles (3). 

Je ne parlerai point de mes nombreuses excursions 
dans les contrées que j'ai parcourues pour y découvrir 
tout ce qui pouvait intéresser les savans et enrichir les 
précieuses collections du Muséum d'histoire naturelle 
de Paris: je ne dirai pas les soins qu’il m’a fallu prendre 
pour conserver vivans les végétaux que je devais pro- 
mener pendant plus de vingt-deux mois sur mer, el 
sous des latitudes si différentes (4); ni les recherches 


(1) Je Les ai rapportés empaillés; l'un est une espèce de Calao 
et l'autre un épervier des Philippines. 

(2) Voyez à ce sujet le premier volume des Mémoires de la Société 
Linnéenne, p. 58 et 59. 

(3) De Manille j’expédiai au Jardin des plantes trois cent soixante- 
dix sachets de graines; de Mascareigne, sept grandes caisses de 
plantes en nature, et enfin de Cayenne, une autre également de 
plantes vivantes, dont M. le professeur Tnouix m'a annoncé la ré- 
ception par sa lettre du 15 novembre 1820. 

(4) J'ai publié sur cet objet un Mémoire dans le premier volume 


de la Société, p. 541 à 547. 


(9%) 

auxquelles je me suis livré sur les pratiques agricoles 
des Indiens (1); je ne ferai pas mention des pertes 
considérables en plantes que j'ai essüyées à bord de 
la Durance, pendant mon séjour sur les côtes des 
Indes orientales, ni des tracasseries de toutes les sortes 
que j'ai dû supporter à bord du Rhône, où j'étais pour 
ainsi dire obligé de disputer chaque jour la place qui 
_ m'était nécessaire, et de me soumettre aux caprices 
d'hommes absolument étrangers aux études et aux 
opérations qui font les délices de ma vie; mais je ne 
puis taire l’honorable témoignage que m'a donné, le 
15 août 1821, M. le professeur Axpr£ Taouix : « J’af- 
» firme, dit-il, qu’à ma connaissance il n’est point 
» arrivé en Europe, depuis le commençement de ce 
» siècle, une collection végétale aussi nombreuse en 
» funilles, en genres el en espèces rares, et surtout en 
» individus de végétaux vivans, et qui soit plus sus- 
» ceptible d'enrichir un jardin de botanique, que celle 
» que M. Perrorrer vient d'introduire en France. » 
L'administration entière du Muséum d'histoire natu- 
relle m'a donné également les plus honorables attes- 
lations les 17 et 21 août dans les lettres qu’elle a 
adressées aux ministres de l’intérieur et de la marine 
sur les résultats de ma mission. 

C’est donc pour justifier ces nobles encouragemens 
que je crois devoir mettre sous les yeax des amateurs 
de la botanique et de l’horticulture le tableau de toutes 
les plantes que j'ai rapportées. J’indiquerai emploi 


(1) Voyez ce que j'ai publié à ce sujet tom. Ier des Actes de la 
Société, p. 548 à 554. 


( 94} 

que l’on en fait dans leur pays et le terrain qui leur 
est propre; j'y joindrai les noms indigènes qu’ils por- 
tent, afin que ceux qui visiteront les mêmes contrées 
que moi puissent tirer un plus grand profit du séjour 
qu'ils seront dans le cas d’y faire. Je m’étendrai fort 
peu sur toutes les espèces nouvelles, voulant les étu- 
dier attentivement et revenir sur chacune d’elles en 
particulier : je ne fais donc que les indiquer, afin de 
prendre date. 

Mes plantes (qu'il me soit permis d'employer cette 
expression) se trouvent pour la plupart renfermées 
dans une serre chaude, construite à la fin de l’été de 
1821, à laquelle plusieurs botanistes nationaux et 
étrangers ont la bonté d'imposer mon nom, comme 
ils donnent celui de Riepz£ à la serre qui contient les 
plantes vivantes que recueillit à Porto-Rico, à Saint- 
Thomas, dans la Nouveile-Hollande, ce voyageur, 
mort victime des persécutions que le capitaine Baupix 
fit endurer à tous les naturalistes qui composaient la 
célèbre expédition aux terres Australes. 

J’appellerai de première grandeur les arbres qui 
s'élèvent au-dessus de 32 mètres (100 pieds); de se- 
conde grandeur, ceux qui vont de 19 à 50 mètres 
(60 à 100 pieds), et dont la moyenne est de 26 mètres 
(6o pieds) ; de troisième grandeur, ceux qui montent 
de 10 à 20 mètres (30 à 6o pieds), dont la moyenne 
est de 14 mètres et demi (45 pieds); enfin de qua- 
trième grandeur, ceux qui atteignent de 6 mètres et 
demi à 10 mètres (20 à 30 pieds), et qui sont de grands 
arbrisseaux. 


Par le mot graines je désignerai les végétaux que je 


( 99 ) 
n'ai point recueillis vivans, et je terminerai chacun 
des articles par les lettres G, M, P, selon que les plantes 
existeront, de mon fait, à Cayenne, à Mascarecigne ou 
au Jardin des plantes de Paris; les articles qui ne pré- 
senteront point l’une de ces lettres se trouvent aux 
trois endroits. 

Enfin, les espèces qu'il ne m’a pas été possible de 
déterminer, n'ayant ou point vu les fleurs et les fruits, 
ou les ayant reçus par voie indirecte, je les rapporte 
sous le nom qu’on leur donne dans le pays. Ces indi- 
cations sont en elles-mêmes de peu de valeur; cepen- 
dant elles pourront servir à d’autres. Il est plusieurs 
genres ou espèces auxquels je n’ai pas même pu ajouter 
les noms vulgaires; leur nombre est d'environ une 
centaine : on ne pourra les déterminer que lorsqu'ils 
auront fleuri. 


+ AGACTA pannacoco Aus. de la Guyane. P. Et une 
autre espèce dite Corail végétal, du même pays. P. 
ACHRAS sapota L. Nouvelle variété de Manille. M. 
À. ichicomame Pere. Espèce nouvelle de Manille à la- 
quelle je donne lenom qu’elle porte dans le pays. L'arbre 
est plus élevé que le sapotillier ordinaire ; ses feuilles 
sont plus longues et plus larges, d’un vert foncé très- 
luisant. Le fruit est trois fois plus gros, recouvert d’une 
peau rude, écailleuse, gris-cendré, et a la forme d’un 
cône de cèdre du Liban. Sa chair est jaunâtre, d’un 
goût exquis. On Île cultive dans tous les jardins. M. C. 
Aczé des Indiens de Manille. Arbre de seconde 
grandeur appartenant à la belle famille des légumi- 
neuses. Son bois passe dans le pays pour être incor 


( 96 ) 

rupüble : on l’emploie aux constructions civiles et na- 
vales, et les ébénistes en font des meubles de prix. 
L’aclé ne se voit que dans les régions élevées des Phi- 
lippines et dans les forêts voisines des montagnes. Je 
n’ai pu l’observer assez pour en tracer les caractères 
botaniques; j'en ai recueilli des graines fraiches que 
j'ai portées et semées au jardin des plantes de Masca- 
reigne où elles ont prospéré et d’où l’on pourra en 
tirer des individus. Le terrain dans lequel j'ai vu cet 
arbre m’a paru de bonne nature, consistant, sans être 
argileux. (Graines.) 

ADANSONTA digitata EL. Ce géant de la végétation, 
connu sous le nom de Baobab du Sénégal, vient très- 
bien dans les serres chaudes du Jardin des plantes. 
Je l’ai rapporté venu de graines semées à Cayenne; 
il a dans ce moment 2 mètres un quart (7 pieds) de 
haut, et montre la plus grande vigueur. P. 

ÆSCHINOMENE grandiflora L., le Touri des Ja- 
vanais, l’Agati nélite des Créoles. — Les fleurs de cet 
arbrisseau se mangent crues ou cuites, et le plus sou- 
vent en salade; séchées à l’ombre elles sont employées 
en guise de thé par les Malais, habitans les îles de 
Java. Ses légumes sont petits, très-comprimés et de 
la grosseur d’un moyen haricot; les indigènes les font 
cuire avec du poisson salé, lorsqu'ils sont encore ten- 
dres. On retire du tronc un suc r{sineux que les Chi- 
nois, particulièrement ceux de Sourabaja, emploient 
sans aucun apprêt comme vernis. Le touri, dont je con- 
nais deux variétés, l’une à fleurs blanches, et l’autre à 
fleurs d’un beau rose, n’est pas seulement cultivé 
comme plante utile, mais il l’est encore comme plante 


( 97 ) 

d'ornement. Les terres légères et fraîches lui con- 
viennent de préférence à tout autre, (Graines.) C. M. 

AGAVE banlan P£rr. Je donne à cette espèce d’a- 
gave le nom que les Javanais lui donnent, Vanas ban- 
lan ; ils font avec ses feuilles un fil propre à la fabri- 
cation des toiles et des cordages. G. M. 

ALEURITES vriloba. Ge grand arbre, que les Java- 
nais appellent Kamiri, donne une noix à coque très- 
dure; son amande, bonne à manger, cause de violentes 


coliques; l’on en retire une huile excellente. M. C. 


AMOMUM zingiber L. Deux variétés, dont l’une a 


‘ les racines blanches. M. 


AnGrow. Arbre de moyenne grandeur, dont le bois 
est blanc et tendre. Les Malais l’emploient, sous les 
ordres des Européens, à la manipulation de la poudre 
à tirer. (Graines.) G. M. 

ANNONA wuricarTa. Ge corossolier est un arbre de 
quatrième grandeur, dont le fruit, très-gros, est hérissé 
d’aspérités et très-parfumé; on le mange avec délices. 
On le cultive à Cayenne dans les terres légères voisines 
des habitations. M. P. 

J’ai rapporté de Cayenne l’espèce connue des bo- 
tanistes sous Ja dénomination de Cherimolia, et de 
Java une espèce nouvelle, que les naturels appellent 
Merak merakkan, dont les feuilles sont petites, étroi- 
tes, et les fleurs d’un beau jaune, très-odorantes. Les 
Indiens de Manille, qui la nomment Quenon-on, et les 
Malais, Îlan-guillan, recueillent ses fleurs pour les 
tresser en couronnes et en orner le front de leurs 
femmes. (Graines.) M. 

AnBoz À BReA des Indiens. — Arbre de première 


(98 ) 

grandeur, originaire des Philippines, qui me parait 
faire partie des térébintacées. Le tronc est couvert de 
protubérances, et d’une écorce épaisse, inégale, cre- 
vassée et d’une couleur cendrée. Les feuilles sont al- 
ternes, à surface ondulée, pennées avec impaires, à 
folioles souvent opposées, à nervures saillantes, pour- 
prées et pubescentes. Le pétiole commun est renflé 
à la base, armé près de son insertion de deux crochets 
ou stipules; la chute de ces longs pétioles laisse sur le 
tronc et les branches des cavités qui leur donnent un 
aspect raboteux et une surface inégale. (Woyez, pour 
ce qui regarde la résine que l’on obtient de cet arbre,’ 
le premier volume des Mémoires de la Société Lin- 
néenne, p. 88 et 89.) J’ai remis quatre beaux individus 
au jardin de Mascareigne, trois à Cayenne et trois au 
Jardin des plantes de Paris. 

ARECA catechu L. Ge palmier, appelé Toctiang- 
pinang par quelques Malais, Djambe et Indelstin par 
d’autres, Bonga dans les îles Philippines et à Java, 
s'élève rarement à 6 mètres et demi (0 pieds); ses 
feuilles sont ailées, droites, d’un vert foncé. Le pétiole 
commun, auquel les folioles sont attachées, est de gran- 
deur moyenne et d’une grosseur proportionnée. Au 
fur et à mesure que les feuilles tombent, elles laissent 
sur le stype des impressions annulaires très-saillantes, 
qui donnent à cet arec un aspect remarquable. A la 
base du chou naît une, deux et quelquefois trois spa- 
thes univalves et pointues au sommet, qui, à l’époque 
de la floraison, laissent paraître un régime ou panicule 
ramifiée de 32 à 48 centimètres (1 pied à 18 pouces) 
de long, chargée de petites fleurs blanches qui tombent 


( 99 ) 

aussitôt leur épanouissement, et sont remplacées , pour 
ainsi dire, subitement par des fruits de la grosseur 
d’un œuf de poule, colorés d’un beau jaune orange et 
de forme ovoïde. L’enveloppe florale n’est point cadu- 
que, elle accompagne généralement les fruits jusqu’à 
parfaite maturité, et ne tombe d'ordinaire qu'avec le 
régime, proprement dit, auquel elle a servi d'appui. 

L’arec catechu est d’autant plus intéressant qu’il 
est toute l’année couvert de fruits verts et jaunes, dont 
l’amande, vulgairement appelée noix d’arec, sert aux 
naturels du pays pour la teinture de divers objets et 
à préparer leur bétel. Gette amande, parsemée de 
veines rougetres, est cachée sous une enveloppe filan- 
dreuse, très-épaisse, qui la met à l’abri du contact de 
l'air; sa forme est parfaitement conique, et sa consis- 
tance assez dure. Les Européens font des brosses à 
dents avec l’enveloppe. 

Ce palmier fructifie très-jeune; j’en ai vu à Java 
qui avaient à peine 3 mètres de haut, déjà tout cou- 
verts de fleurs et de fruits. C’est un ornement pour les 
jardins et pour les routes. Une terre légère, mais sub- 
stantielle, plutôt sèche que trop humide, est celle qui 
lui convient pour prospérer. G. M. 

À. faufel, arbre dont les fruits sont un objet de 
commerce dans l’Inde. (Graines.) C. M. 

À. oleracea cultivé à la Guyane. P.— l’alba et le ru- 
bra originaires de Mascareigne. C. P. 

ARISTOLOCHIA. Espèce nouvelle de Java. M. 

AROUMA guianensis Aur. Avec les branches de ce 
bel arbre les Nègres préparent leur crocrou et leur 
pagara. 


( 100 ) 

ARTOCARPUS. J'ai lu un mémoire sur ce genre 
intéressant, dont la Société à ordonné l'impression. 
Voyez le Compte rendu de 182», par M. Tnifeaur DE 
BerxeAuD, pag. 45 et A6. J’observerai seulement que 
les rejetons de l’arbre à pain sauvage (A. incisa) que 
is : Ur): 
j'ai rapportés de Cayenne sont ceux d’un individu que 
le Jardin des plantes de Paris avait envoyé dans cette 


colonie en 1797, et dont la multiplication est due aux 
soins de M. Manrin. 


Les Javanais donnent le nom de So/oer à l Artocar- 
pus incisa apyrena; celui de Nanka à VA. jaca, el 
emploient son écorce pour la teinture; celui de Do- 
crian à une espèce qui se rapproche de la précédente, 
mais dont le fruit est aigre et fade; celui de Alouwé 
et d’'Emboel à une espèce qui m'est inconnue et qui 
contient une amande amère; enfin celui de Rima au 
véritable arbre à pain. 

ARUM. — J'ai rapporté trois espèces de ce genre, 
une dite cordifolium , provenant de Mascareigne, l’ar- 
borescens, que les indigènes de la Guyane appellent 
Moucou moucou, dont les graines ressemblent à celles 
de l’Artocarpus seminifera, et servent à la nourriture 
des naturels du pays, et deux espèces nouvelles qui 
végètent très-bien en ce moment au Jardin des plan- 
tes : l’une est de Cayenne , l’autre des Philippines. 

ARUNDO. L'espèce dite Roseau à flèches des natu- 
rels de la Guyane. P. | 

AUGIA sinensis. Voyez le Gompte rendu des tra- 
vaux de ia Société pour l’année 1822, pag. 74 et 


5. M. 


ET 


(trou) À 

AVERRHOA acida H. P., ou Cerisier de l'Inde; 
arbrisseau muni de feuilles alternes, pennées, à fo- 
lioles nombreuses également alternes, presque sessiles, 
ovales, petites et d’un très-beau vert. Les branches et 
les rameaux, d’un vert glauque, sont couverts de pe- 
tites cavités dues à la chute des feuilles. Fleurs tégè- 
rement pédonculées, d’un rose pâle, distribuées par 
bouquets sur le tronc et les rameaux. Fruits petits, de 
27 millimètres (1 pouce) environ de longueur et de la 
grosseur d’un petit cornichon : ce fruit est cannelé, 
transparent quand il est parfaitement mûr, ne peut 
être mangé cru; on le recherche pour les confitures 
auxquelles il imprime un goût acide très-agréable. 
Cette espèce de carambolier aime les terres légères, 
sablonneuses, plutôt sèches qu'humides, et préfère les 
lieux un peu ombragés. C’est dans ces derniers terrains 
que je l'ai vu prospérer à Java. 

À. bilimbi. de Java. — Et une espèce nouvelle éga 
lement de Java. M. 

À. minima Prrr. Espèce nouvelle venue de la 
Chine, qui s'élève à 1 mètre (3 pieds) au plus. M. 

BAMBUSA arundinaceæ Won. J'ai rapporté des 
Philippines et de Java plusieurs espèces et variétés de 
bambous que j'ai déposées au jardin de botanique et 
de naturalisation de Mascareigne. Je les désigne sous 
leurs noms malais : 1° bamboui apous dont on mange 
les feuilles; 2° le dejava; 5° le panden, très-belle 
espèce; 4° le ouri, qui est très-épineux et dont les 
feuilles sont fort étroites; 5° le godin; sa tige est d’un 
beau jaune, à nœuds blancs et formant des anneaux 
irès-prononcés : on en fait de belles cannes à Java; 


(102 ) 
6° et le pringadant qui est très-petit, garni de feuilles 
étroites, et cultivé sur le bord des étangs. 

Banava des indigènes des îles Philippines est un 
arbre d’une très-grande élévation et dont le port le 
rapproche des tulipiers. Son bois, fort dur, incor ru- 
ptible, est employé aux constructions navales et aux 
monumens publics. Le banava croit naturellement 
dans les lieux secs et élevés. (Graines.) C. M. 

BARLERIA prionitis. Cette belle espèce était déjà 
dans les herbiers, mais elle n’avait jamais été rapportée 
vivante en Europe. Sa hauteur moyenne est d’un 
mètre (3 pieds) environ; elle forme une sorte d’ar- 
buste semi-ligneux sur les lisières des bois et des 
chemins de l’ile de Java, sa patrie, où elle croît abon- 
damment. L'espèce que l’on possédait au Jardin des 
plantes, sous le nom de B. prionitis, était mal nom- 
mée; elle n’a d’autre rapport avec la mienne que d’ap- 
partenir au même genre; le véritable B. prionitis est 
couvert d’épines sur toutes ses parties, tandis que 
l’autre en est absolument dépourvu. 

BAUHINIA inermis Perr. Espèce nouvelle des 
montagnes des Philippines. M. (Graines.) 

Bexpo. Grand arbre de l’Archipel indien, à fruit 
assez gros et bon à manger; on extrait de l'écorce des 
fibres que l’on convertit en fil très-estimé. Le bois, 
qui est d’un grain fin, fort dur, est employé dans les 
constructions. (Graines.) G. M. 

BESLERIA cristata et coccinea de la Guyane. P. 

BIGNONIA incarnata, purpurea, et l'espèce appe- 
lée dans la Guyane Fausse vanille. P. 

B. fraxinoides Prrr. Espèce nouvelle de Java, 


sat . _ . nt je 


( 108 }) 
dont le port est celui de notre frêne commun. Il croît 
dans les lieux marécageux, aux environs de Sourabaja. 
M. C. 
Boa DsA, plante javanaise de la famille des malvacées, 
dont la fleur fournit un extrait très-estimé pour les 
maux d’yeux. (Graines.) CG. M. ] 


BOMBAX. Plusieurs espèces non décrites provenant 
de Java. (Graines.) 

* BROMELIA pigna. Perr. J’adopte le nom de Pigna 
que les naturels de Manille donnent à cette espèce d’a- 
nanas nouvelle pour les botanistes. Elle pousse d’é- 
normes toufles longues et flexibles. On la cultive avec 
un soin tout particulier, non pour ses fruits qui sont 
excellens, mais pour ses feuilles qui fournissent une 
filasse très-tenace dont on prépare de la toile et des 
étoffes d’une grande finesse. Les Européens recher- 
chent et paient fort cher ces beaux tissus, qui pren- 
nent toutes les couleurs qu’on veut leur imprimer. C’est 
pour les femmes du pays un ornement de rigueur, 
elles en font des corsets et surtout une sorte de ta- 
bliers qu’elles nomment calimbés. La filasse du pigna 
est également employée à la fabrication de toutes 
sortes de cordonnets et autres ligatures. La plante 
vient très-bien dans les terres sablonneuses, sa culture 
n’est point diflicile, G. M. 

B. maï-pouri Peer. Cette nouvelle espèce d’ananas 
provient de Cayenne; cinq plants ont été, comme je 
l’ai dit, déposés au jardin des primeurs à Versailles. 
Le maï-pouri n’a point les feuilles armées de dents 
comme ses congénères; ses fruits, d’un manger fort 


(104 ) 
délicat, pèsent d'ordinaire 10 kilogrammes (20 livres), 
et sont très beaux. M. 

BROUSSONNETIA papyrifera, que les Malais ap- 
pellent Glugo. (Graines.) 

BUTONICA speciosa R. Cet arbre, originaire de 
Mindanao , et que l’on nomme vulgairement Bonnet 
carré, est un des plus beaux arbres connus; il est re- 
marquable par son port, la grandeur de ses fleurs, par 
ses fruits quadrangulaires, qui lui ont fait donner le 
nom vulgaire qu’il porte, et par ses grandes et belles 
feuilles luisantes, à nervures pourprées. Il s'élève de 
10 à 15 mètres (30 à 40 pieds), pousse beaucoup de 
branches horizontales. Son écorce est épaisse, char- 
nue, d’un blanc gris foncé, assez unie. Il couvre plu- 
sieurs petites îles à l'embouchure du détroit de Ba- 
silan; les bords sablonneux de la mer lui plaisent 
beaucoup, aussi en voit-on des tiges nombreuses sur 
les plages de Madagascar, où elles résistent aux lames 
de l'Océan qui viennent se briser à leurs pieds. 

Le fruit de ce Butonica renferme une amande que 
l’on divise par tranches et que l’on jette dans l’eau 
pour enivrer le poisson au moment où l’on veut en 
faire la pêche. Cette pêche est facile. Le poisson mon- 
tant à la surface de l’eau est ramassé au moyen d’un 
lilet fixé au bout d’une longue baguette de bois bifur- 
quée. — On retire encore de l’amande une huile bonne 
à brûler, et même à laquelle on attribue quelque pro- 
priété médicinale. 

CACTUS. Espèce nouvelle que j'ai recueillie sur les 
rochers de Montabo près de Cayenne. P. 


CÆSALPINA lœvigata Penn. Originaire des plages 


( 109 ) 
marécageuses des îles Philippines, où elle porte des 
panicules, longues de 4o à 48 centimètres (15 à 
18 pouces), chargées de fleurs jaunes d’une grande 
beauté; cette espèce nouvelle se distingue de ses 
congénères par ses feuilles ovales, coriaces et lui- 
santes. 

CÆSALPINIA sappan L. de Mindanao, lune des 
Philippines. Get arbrisseau est cultivé avec beaucoup 
de soin dans les environs de Manille et dans Pile de 
Java, où son bois, d’un rose jaunâtre, est employé à 
la teinture. Le Sappan habite les lieux élevés; son 
tronc, ses tiges et ses feuilles sont couverts d’épines; 
il sert à faire des haies de défense. G. M. 

CALAMUS rotang L.,nommé par les Malais Rocloé. 
Ce palmier lance sa tige jusqu’à 50 et 65 mètres (150 
et 200 pieds), sur 27 millimètres (1 pouce) de dia- 
mètre. Ses fruits sont écailleux, de la grosseur d’une 
cerise et parfaitement sphériques. Les écailles se re- 
couvrent mutuellement; le drupe est indéhiscent, à 
une loge; il contient un noyau, dur, cartilagineux. Les 
feuilles sont pennées, engaînantes, terminées au som- 
met par un long filet ou vrille armée de crochets op- 
posés, très-aigus, recourbés en dehors, qui se fixent 
aux arbres voisins et soutiennent les tiges longues et 
flexibles du Rotang, qui dépassent en hauteur les plus 
grands arbres des forêts. Les Malais et les habitans des 
iles Philippines emploient ces tiges pour faire des cables 
et des cordes qui durent fort long-temps et servent à 
traîner les plus lourds NE fait encore usage 
pour va-et-vient sur les rivières où l’on a établi des: 
ponts volans, des radeaux; elles résistent pendant plu- 

8 


( 106 } 
sieurs années à un frottement continuel et aux intem- 
péries des saisons. 

Cette précieuse monocotylédone se trouve commu- 
nément dans les forêts de Java et des Philippines, où 
elle abonde. On la multiplie facilement de graines 
mises en terre immédiatement après leur maturité : 
passé celte époque, elles perdent leur faculté germi- 
nalive. 

J’ai encore rapporté de ces contrées quatre autres 
espèces de calamus, l’une appelée Sépat, dont la tige 
très-souple sert à faire des liens d’une durée moins 
longue que ceux obtenus du rocloé; l’autre, dite Pa- 
lassant; la troisième, Beyoco, et la quatrième, Mamou 
gom. 

A la Guyane, j'ai trouvé l'espèce dite petit Ouara, 
el une autre non décrite, que j'ai comprise dans le 
nombre des individus déposés au Jardin des plantes. 

CARAPA guianensis Augr. Grand arbre de seconde 
grandeur, d’un beau port, qui croît très-vite et ac- 
quiert en très-peu de temps un volume remarquable. 
Son bois n’est pas très-dur, mais d’une belle cou- 
leur rouge, très-liant et solide. Il ne pèse que 21 kilo- 
grammes et demi (44 livres) par 5 centimètres cubes. 
On l’emploie comme bois de charpente et pour plan- 
ches : on en fait aussi des meubles qui durent fort 
long-temps, et même des mâtures et des bordages de 
canots. Les feuilles sont alternes, pennées avec im- 
paires; le fruit est un gros drupe qui contient cinq 
grosses graines aplatés du côté de leur point d’union 
et convexes à l’extérieur; parfois elles offrent une 
forme presque triangulaire. L’amande qu’elles renfer- 


a El 


de. 


(107. ) 
ment est avidement recherchée par les porcs et géné- 
ralement par tous les rongeurs : elle donne à la chair 
de ces derniers un goût très-amer, mais elle ne paraît 
pas influer sur celle des pourceaux. On retire encore 
de cette amande une huile très-belle, bonne à brûler, 
et employée avec succès, à cause de son amertume, 
pour éloigner les insectes dont la Guyane est infestée. 
Les indigènes se frottent le corps de cette huile, à la- 
quelle ils mêlent du rocou, pour se préserver de la 
piqûre des moustiques et des maringouins. Le carapa 
se plaît dans les lieux frais et humides ; il se multiplie 
facilement de graines qui germent huit à dix jours 
après être mises en terre. M. P. 

CARYOPHY LLUS aromaticus. Véritable giroflier 
cultivé à la Guyane. C’est un arbre de seconde grandeur 
qui prend naturellement une forme pyramidale, et 
s’accommode de tous les terrains, même ceux dont la 
terre est forte, argileuse, et des vases marécageuses ; 
mais il y perd de sa vigueur, ses fruits ÿ acquièrent 
moins de volume et ils sont d’une qualité inférieure. 
Dans les terres sèches et élevées, il devient superbe ; 
dans les terres basses il produit plus, ne manque ja- 
mais et vit très-peu. P. 

CARYOTA urens. Espèce de palmier extrêmement 
rare, que l’on nomme faux Sagoutier de l’Inde. Ses 
feuilles pennées ont des folioles triangulaires, décou- 
pées à leur bord. Un des quatre individus que j’ai in- 
troduits au Jardin des plantes a fleuri en 1893. Il à 
aujourd’hui 4 mètres (12 pied®) de haut. 

CASSIA alata L. Get arbrisseau est connu des In- 
diens sous le nom de Capoulkeau, et par les Javanais 

8 


( 108 ) 

sous celui de Catapin. Ses feuilles alternes et pennées, 
ses folioles très-rapprochées les unes des autres, pres- 
que opposées, larges et ovales; les fleurs qui naissent 
sur une panicule terminale, et sont grandes, d’un beau 
jaune safran, rapprochées sur l’axe en épi serré, lui 
donnent l'aspect le plus brillant. Le fruit est un légume 
de 10 à 16 centimètres (4 à 6 pouces) de long, à deux 
valves armées d’une membrane ailée; les graines sont 
petites, triangulaires et très-nombreuses. Les Malais et 
les naturels font usage des feuilles de cette belle légu- 
mineuse dans les maladies de la peau. Ils les pilent et 
en font une pâte liquide, en y mêlant un peu de poudre 
à Lirer, ou du noir de fumée et quelques gouttes de 
vinaigre, On m'a assuré que l’effet était plus prompt, 
plus efficace, lorsqu'on mettait les feuilles bouillir avec 
ces mêmes ingrédiens. 

Le Cassia alata se trouve abondamment dans les 
lieux bas et humides de Samboangan, de Java et de 
Manille. Il se plait à toutes les expositions, même dans 
les plus chaudes. (Graines.) 

CASTANEA sinensis Penn. Espèce nouvelle prove- 
nant de la Ghine, et que j’ai obtenue à Manille. M. 

CASUARINA. L'espèce que l’on cultive dans les 
jardins à Java comme plante d'ornement, et que les 
Malais appellent T'iamoro. M. 

CGAVANILLA philippensis Lawx. Ce bel arbre, de 
quatrième grandeur, est appelé Habolo par les insu- 
laires des Philippines; son aspect est majestueux; il 
est garni de grandes feuilles couvertes d’un duvet ar- 
genté en dessous; son tronc est droit; ses fruits, qui 
se rapprochent beaucoup de l’abricot-pêche, sont d’un 


(109) 

beau jaune orangé, d’un parfum agréable, et contien- 
nent de trois à quatre graines aplaties qui perdent en 
fort peu de temps leur propriété germinative. On le 
cultive dans tous les jardins, et ses fruits figurent sur 
toutes les tables, Il est d’une culture facile, puisque 
tous les sols lui conviennent; il aime à être abrité par 
des manguiers, par des haies ou des groupes de bam- 
bous. 

CECROPIA peltata, et une espèce non décrite que 
les naturels de la Guyane appellent Bois canon grand 
bois. P. 

Cipre noir de la Guyane (le) est un des plus grands 
arbres forestiers de cette vaste contrée, mais il n’est 
pas connu des botanistes. Il fournit un bois très- 
solide que l’on emploie avec avantage dans les con- 
structions. P. 

CELTIS mascarinensis Penn. Espèce nouvelle que 
j'ai trouvée dans les lieux secs et arides de lile de 
Mascareigne. C. P. 

CHILIOPERA. Espèce non décrite de la Guyane. P. 

CHRYSOPHYLLUM philippense Penn. Espèce nou- 
velle de caimitier indigène aux forêts montagneuses 
des îles Philippines. Cet arbre de première grandeur, 
remarquable par son beau port, son tronc très- gros, 
ses feuilles larges, d’un vert gai en dessus et d’un jaune 
doré brillant en dessous, sont alternes, elliptiques et 
assez épaisses. Je n’en connais point la fleur. Son 
fruit, de la grosseur d’une de nos poires dites rousse- 
lettes, est bon à manger; je lui ai trouvé un goût très- 
agréable. Le bois de ce caimitier est dur, d’un grain 
très-fin, susceptible de recevoir un beau poli; aussi 


( 110 ) 
est-il recherché pour les meubles de prix. Il n’est point 
sujet à la vermoulure. 

CISSUS lucida Perr. Espèce nouvelle que j'ai 
trouvée à Java. 

CITRUS. Petit citronnier non décrit provenant de 
la Chine, que j'ai obtenu à Manille. M. 

C. aurantiummandarinum Perr. Mandarinier cul- 
tivé de Manille. Cet arbre, de quatrième grandeur, à 
le port et l’aspect du Citrus medica L. Son fruit, pres- 
que aussi gros que l’orange ordinaire, est aplati par les 
deux extrémités; sa pulpe, très-délicate, se divise 
d'elle-même du moment que l’on enlève l’écorce fine 
qui la contient. À Manille on préfère le mandarinier 

à toutes les autres espèces d’orangers, aussi le trouve- 
ton dans tous les jardins. 

CLERODENDRUM paniculatum Pere. Espèce nou- 
velle connue des Malais sous le nom de Cadeparida. 
Il abonde sur les plages de Samboangan; sa pani- 
cule, longue de 48 centimètres (18 pouces) environ, 
se couvre de très-belles fleurs d’un rouge éclatant. 
C. M. 

CLITORIA philippensis Penr. Superbe espèce, ori- 
ginaire de Manille, et couverte de grandes fleurs d’un 
bleu foncé. 

CLUSIA parviflora, et une autre espèce non dé- 
crite, provenant toutes deux de la Guyane. P. 

COCOS nucifcra, de Mindanao. 

COFFEA L. J'ai rapporté de Mascareigne une nou- 
velle variété de cet arbrisseau; ses graines ont une 
forme plus ronde et plus petite que celle du caféier 


ordinaire, mais d’une qualité bien supérieure à ce der- 


Re. «Éd EE 


CAD I) 
nier. On la nomme Café Leroi. Elle provenait du jardin 
de botanique de Galcutta. 

COUBLANDIA frutescens Aus. Originaire des plages 
marécageuses de la Guyane. P. 

COUROUPITA guianensis. Grand arbre, de pre- 
mière grandeur, qui est durant toute l’année couvert 
de fleurs et de fruits. Ses fleurs sont belles et odo- 
rantes, et d’un rose un peu foncé; ses fruits ont la 
srosseur et la forme d’un boulet de canon, c'est ce 
qui a fait donner à l’arbre ce nom vulgaire. P. 

COUTAREA speciosa Aus. P. 

CRATÆVA marmelos, le Tangolou des Javanais. 
Arbre de quatrième grandeur, de la famille des ca- 
priers, tout couvert d’épines, et portant un fruit sem- 
blable au citron, dont on obtient une résine blanchà- 
tre, propre à vernir les meubles et autres ustensiles. 
Cette résine m’a paru caustique; du moins pour en 
avoir mis un pelit morceau dans ma bouche, j'ai eu à 
soaffrir pendant près de quinze jours des douleurs 
cuisantes. Les rameaux du tangolou sont munis d’é 
pines foliacées, dont le développement ne se fait qu’im- 
parfaitement. Les feuilles sont alternes, pennées avec 
impaires. Le fruit exhale, à l’époque de sa maturité, 
une forte odeur de melon; il renferme une grande 
quantité de semences qui ont la forme de celles des 
orangers. L'arbre se trouve très-communément à Java, 
même dans les terrains les plus arides. — J’en ai rap- 
porté une espèce nouvelle, sans épines, au Jardin des 
plantes, où elle vient fort bien. 

J'ai tiré de Madagascar une autre espèce nouvelle 
et une troisième de la Guyane. 


(Uar22) 

CROTON carmaza Per. Les habitans des Philip- 
pines donnent le nom de Camaza à une espèce nou- 
velle de croton qui croît spontanément dans les lieux 
élevés, et qu'ils cultivent dans tous leurs jardins pour 
ses propriétés médicinales. Je n’ai point vu sa fleur. 
La plante s'élève à 1 mètre (3 pieds) environ. Ses 
feuilles sont alternes, pétiolées, ovales, couvertes en 
dessus et en dessous d’un duvet légèrement ferrugi- 
neux. Le fruit est une capsule triangulaire, de la gros- 
seur d’une noisetle, à trois loges; les graines qu'il 


contient sont au nombre de trois; elles sont très- 


purgatives, même données à des doses légères : prises 
en trop grande quantité elles empoisonnent. L'huile 
que l’on retire de ces graines est employée en méde- 
cine, M. (Graines.) | 

CYCAS circinalis, de Madagascar. C. P. 

GYCLANTHUS bifolius. Nouveau genre de pal- 
mier de la Guyane qui demande à être étudié avec 
soin. P. 

CYPRIPEDIUM elatum Porr., de la Guyane. P. 

DIANELLA philippensis Penn. Espèce nouvelle de 
Mindanao. M. 

Doirar. Grand arbre fruitier des Philippines. On 
mange son fruit, qui a la chair blanche; son écorce 
est employée avec succès à la teinture des étoffes. 
(Graines.) ; 

DIOSCOREA alata. J'ai rapporté de Java les deux 
variétés, la rouge et la blanche, que les Malais appel- 
lent Oui. 

DIOSPYROS amara Penn. Espèce nouvelle, ori- 


ginaire de la Chine, et cultivée dans Pile de Masca- 


( 118 ) 

reigne sous le nom de Coing de Chine. Get arbrisseau 
n’est point difficile sur la nature du terrain; on l'élève 
dans les terres fortes et substantielles, plutôt humides 
que sèches : on le place de préférence à l'exposition 
du sud-est. Chaque année il perd ses feuilles, et comme 
le sorbier il conserve long -temps après ses fruits, qui 
ont la grosseur et la couleur d’une orange. Ils sont 
très-âpres, et ont le goût du coing, lorsque, comme lui, 
on les laisse dans le fruitier prendre le dernier degré 
de maturité. Les confitures que l’on fait avec ce fruit 
sont excellentes. 

DIOSPYROS nigra Perr. Espèce nouvelle des Phi- 
lippines que les créoles de Mascareigne appellent Sapot 
negro; son fruit est très-gros, assez semblable, pour la 
forme, au melon cantaloup galeux. M..C. 

DOLICHOS. L'espèce dite par les Malais Katjen- 
kadelé, dont les graines leur servent à faire une sauce 
piquante , et J'intéressante espèce connue des bota- 
nistes sous le nom de D. bulbosus, que l’on appelle 
indistinctement à Java et dans les Philippines Zqua- 
mas et Bankovang. J'ai publié, en 1821, sur la culture 
et les usages de cette seconde espèce un mémoire dans 
la Bibliothèque physico-économique de M. Ti£gaur 
De BerneAuD, tom. X, p. 511 et suiv. 

DRACÆNA serrulata, appelée par les Malais Andon. 

ECHITES. J'ai ramassé, durant mon excursion à la 
Mana, des graines d’une espèce nouvelle de ce genre, 
qui ont été semées à Cayenne, d’où j'en ai rapporté 
onze individus en pleine végétation au Jardin des 
plantes. 

E. tomentosa Aus. P. 


(114) 

ELÆAGNUS philippensis Penn. Arbrisseau de 48 à 
64 décimètres (15 à 20 pieds) d’élévation, à tiges et 
rameaux minces, flexibles, très-ramifiés, armés dans 
toute leur longueur d’épines foliacées ou espèce de 
rameaux avortés, non aigus, qui servent à soutenir la 
plante et à l’accrocher aux troncs sur lesquels elle se 
fixe. Les feuilles sont alternes, assez grandes, ellipti- 
ques, acuminées, argentées en dessous et criblées en 
dessus de points épars également argentés. L’extrémité 
des rameaux offre cette couleur à un degré des plus 
intenses, et donne à la plante un aspect vraiment pit- 
toresque. Les fruits sont aussi revêtus d’un duvet ar- 
genté; ils naissent dans l’aisselle des feuilles et même 
à l’extrémité des rameaux, en bouquets très-agréables. 
Leur grosseur égale celle d’une moyenne olive allon- 


gée; ils sont couronnés au sommet par le calice per: 


; 
sistant, et par à assez semblables aux fruits de cer 
taines espèces d’Eugenia. Le drupe contient un noyau 
allongé, très-dur; la pulpe est comparable à celle de 
nos meilleures cerises pour le goût : les indigènes des 
Philippines le mangent, mais il ne cultivent point l’ar- 
brisseau. Il abonde sur les montagnes élevées et froides 
des environs de Cavitte; on le trouve aussi par toufles 
impénétrables sur le bord des chemins et la lisière 
des bois. Un sol sec, consistant, assez semblable à nos 
terres à blé, paraît lui convenir de préférence. M. 

ELAIS guianensis Aus. P. 

EPIDENDRUM vanilla. J'ai lu à la Société un mt- 
moire sur la culture et la multiplication de cette plante, 
ainsi que sur les moyens d’en conserver les boutures. 
Comme elle en a voté l'impression, je me contenterai 


beam tn té tt dé CE nt. ER) ES Se Em à 


I PS 


(4700) 


J. 

de répéter ici que J'ai porté à Mascareigne le vanillier 
de la Guyane où il est originaire, et j’ajouterai que, 
dans mes herborisations aux Philippines, je l'ai décou- 
vert spontané au sein des vallons au-dessus de Manille 
qui sont environnés de hautes montagnes, et non loin 
du lieu dit la Cueva de San Matteo. J'en ai recueilli 
de nombreux rameaux que j’ai remis au jardin de 
naturalisation à Mascareigne, où ils réussissent très- 
bien. 

Ilest bon de faire observer que le fruit du vanillier 
ne répand aucune odeur tant qu'il est sur la plante; 
il a besoin d’être macéré dans l’eau chaude, puis dans 
l'huile, pour développer son arome. ( Voyez plus bas 
l’article Pornos.) 

ERYTHRINA. En étudiant les diverses espèces de 
ce genre qui vivent aux îles d’Asie, j’ai découvert dans 
le Dadape tian keing des Javanais le véritable tuteur 
du poivre, Piper nigrum. Gette espèce, très-épineuse, 
que je nommerai spinosissima, a été le sujet d’un mé- 
moire que j'ai publié dans la Bibliothèque physico- 
économique de M. Tni£gaur pe BenneaAu, tom. XI, 
pag. 90 et suiv. Je l’ai porté à Cayenne, où le poivrier, 
qui réussissait très-mal auparavant, croît aujourd’hui 
avec vigueur, avec rapidité, et promet à son proprié- 
taire un revenu considérable. 

Les Javanais ont encore un autre dadape auquel ils 
ajoutent l’épithète de serap; il produit une belle fleur 
que l’on prend en guise de thé et que l’on prépare aussi 
en salade. Ses graines arrivent rarement à maturité. 


(Graines.) M. C. 
Une troisième espèce, nommée dans le pays Plosso, 


( 116 ) 
est fort belle, munie de fleurs rouge-écarlate, et de 
feuilles très-larges que l’on emploie à envelopper du 
sucre et autres objets. (Graines.) M. C. 

EUGENTA djouat Perr. Espèce nouvelle. Get arbre 
de troisième grandeur, originaire des Philippines, où 
il est cultivé, se trouve planté sur les routes et les 
places publiques. Il a le port du géroflier : son tronc 
se couvre de branches minces et flexibles, enveloppées 
d’une écorce blanchâtre assez mince. Ses feuilles sont 
alternes, ovales, luisantes, légèrement ondulées. Le 
fruit m'est inconnu, les habitans en font grand cas, ils 
le disent exquis et d’un parfum très-agréable. Le djouat 
n’est point diflicile sur la nature du sol, il vient égale- 
ment bien partout. À Manille, je l'ai vu très-beau dans 
une bonne terre, un peu humide et à l’exposition du 
sud-est. 

E. malaccensis L., le Djambou méra des Malais, ou 
Jambosier de Malaca. Arbre de quatrième grandeur, 
affectant la forme pyramidale, que j'ai vu cultivé à 
Java, où il est recherché pour ses fruits et comme 
plante d'ornement. Il réussit très-bien dans les terres 
légères et substantielles, plutôt humides que trop 
sèches. 

J’ai de plus rapporté de la Guyane des individus 
d’une espèce non décrite. P.; et une autre de Java. M. 

EUPHORBIA nudicaulis Perr. Espèce nouvelle que 
les Malais appellent Caytanyan. Elle pousse des ra- 
meaux nus, minces et flexibles. La fleur est d’un 
beau rouge écarlate. Je n’ai pu la recueillir. Elle croit 
abondamment dans les endroits frais et humides des 
environs de Sourabaja. M. 


Cruz) 

EUPHORIA litchi de la Chine. G. — Et le Longana 
de Madagascar. G. P. 

FICUS paludosa Penn., le Poutou-tan des Malais. 
Espèce nouvelle produisant une résine d’abord claire 
et limpide, puis, exposée à l’air, prenant une légère 
consistance. Cet arbre de quatrième grandeur, indi- 
gène aux terres argileuses inondées de Java, a l’écorce 
d’un gris cendré, très-épaisse; ses branches s’étalent 
en tous sens et sont couvertes de feuilles entières, al- 
ternes, glabres, assez grandes, très-minces et d’un beau 
vert noir. Les Javanais mélangent la résine de cet 
arbre avec celle du badamier, T'erminalia vernix, 
pour la rendre plus brillante et plus solide. Ils s’en 
servent aussi pour enduire les caisses d'emballage, 
elle résiste très - bien à l’action de l'air et de l’eau, 
surtout quand elle est unie à d’autres résines. Gomme 
l'arbre reprend très-bien de boutures, il sert à former 
des haies chez les Malais. 

FLACURTIA ramontchi Gou. Get arbuste de Ma- 
dagascar, que j'ai trouvé très-abondamment dans les 
sables gris-foncé qui composent le sol des environs de 
Tamatave, donne un fruit de la grosseur d’une mira 
belle, mais de couleur violette, que l’on mange avec 
plaisir, et que l’on recherche surtout à cause de son 
goût légèrement vineux. C. 

FLAGELLARIA indica L. Gette plante, que les Ja= 
vanais nomment T'amalola, est munie de tiges minces 
et flexibles qui s’attachent aux arbres les plus élevés 
et courent le long de leur flèche. Ses feuilles sont en 
gaîne, longues, étroites, assez semblables à celles 
d’une graminée, et Lerminées à leur extrémité par une 


( 118 ) 

espèce de cirrhe ou vrille, au moyen de laquelle la 
tige monte et s’accroche aux arbres. Ce sont ces tiges 
qui fournissent les petits rotins qu’on expédie en Eu- 
rope, et dont les indigènes font usage pour confec- 
tionner des paniers, des chaises, des mannes, des nattes, 
des chapeaux, et même pour aider à la construction 
des plafonds dans l’intérieur de leurs habitations. On 
en fait aussi des cordes, des anneaux pour les avirons 
et des cables pour les navires. Ces rotins sont d’une 
texture tenace: les Indiens les divisent en plusieurs 
parties, plus ou moins déliées, selon le travail qu’ils se 
proposent de faire. Ils ne cultivent point la plante, ils 
la trouvent partout, dans les bois et dans les haies qui 
servent de clôture aux habitations. Elle pousse par 
touffes, et croît très-rapidement dans les terres fortes 
et humides. Je ne l’ai jamais rencontrée sur le bord 
de la mer; elle n’en approche pas de plus de 120 mè- 
tres (60 toises). 

GARDENIA. Diverses espèces peu ou point connues 
de la Guyane. P. 

Gayam. Le gayam des Javanais est un grand arbre 
d’un assez beau port: il s’élève à la hauteur de 29 à 
32 mètres (40 à 100 pieds). Ses branches minces et 
flexibles s'étendent peu et donnent à l'arbre une forme 
presque pyramidale. Elles sont couvertes de feuilles 
simples, alternes, ovales et de nature sèche; de fleurs 
axillaires, petites, blanches, qui tombent aussitôt leur 
épanouissement, et de fruits ou noix comprimées à pé- 
ricarpe filandreux et tenace, dont l’amande est très- 
bonne à manger. On en retire de l'huile qui sert de 
condiment aux alimens et même à brûler. Ge bel arbre 


(Lo) ) 
fait l’ornement des places publiques, des rues et des 
grandes routes à Sourabaja. Les terres fortes et hu- 
mides sont celles qui m'ont paru lui convenir de 
préférence. Il s’accommode de toutes les expositions. 
MC. 

GreBanc. Espèce de palmier dont les Javanais pré- 
parent du sagou moins estimé que celui de l’Aren, du 
sucre et du vinaigre, auquel ils ont donné le nom de 
Hyllzanez. G. M. | 

GENIPA americana, arbre de l'Amérique méridio- 
nale, dont les fleurs ont une odeur agréable, et dont 
les fruits contiennent un suc d’un violet foncé qui sert 
à la teinture. 

GOSSIPIUM. Diverses espèces non décrites, entre 
autres le Xopok des Javanais. (Graines.) 

GUETTARDA coccinea, de la Guyane. P. 

GYNESTUM maximum Porreau. Le grand Wouaic 
des habitans de la Guyane française, est une belle es- 
pèce du genre Gynestum créé dans la famille si peu 
connue des palmiers, qui est décrit et figuré dans le 
IX° vol. des Annales du Muséum d'histoire naturelle 
de Paris, p. 385 et suiv. J’en dirai donc peu de chose. 
Ses fruits contiennent un petit noyau filandreux, qui 
demeure long-temps en terre avant de donner signe 
de végétation. Les cannes que l’on fait avec sa lige 
élancée et d’un petit diamètre, sont remarquables par 
les nœuds réguliers qui les garnissent à 8 et 10 centi- 
inètres (3 et 4 pouces) de distance l’un de l’autre. 
La fleur tombe presque aussitôt après son épanouis- 
sement. 

G. acaule. Cette espèce toute particulière que l’on 


( 120 ) 
irouve sur les bords de la Mana, entre le Maroni et 
lracoubo, n’a point de tige, mais seulement une 
hampe simple et fructifère qui s’éleve au-dessus de la 
toufle que forment les feuilles larges, bifurquées de ce 
wouale. | 

Ces deux palmiers, ainsi que le baculiferum, le 
deversum, le strictum, que j'ai vus dans l’intérieur 
des forêts de la Guyane, croissent abondamment dans 
les terres légères, sablonneuses, un peu humides; leur 
développement ne se fait qu'imparfaitement dans les 
lieux secs et argileux. 

HERNANDIA. Espèce nouvelle provenant de Mas- 
careigne, où elle est cultivée. C. P. 

HIBISCUS. J’ai rapporté deux espèces de ce genre. 
L'une est nommée par les Javanais W'arou-lingi; on 
extrait de sa racine des fibres propres à faire des cor- 
des ; on emploie ses jeunes feuilles en décoction comme 
fébrifuge. (Graines.) M. C. L'autre, qu'ils appellent 
W. combang, est l'Hibiscus populneus; on fait aussi 
des nattes et des cordages avec ses fibres corticales. P. 

HYMENÆA courbaril L. Originaire de la Guyane, 
cet arbre d’un très-beau port, se fait remarquer par 
sa taille et par sa grosseur; il se plaît sur les plages 
inondées. Son bois est très-dur, d’un grain fin, fort 
estimé par les ébénistes et les tourneurs. Le fruit, avi- 
dement recherché par les singes, et dont les Nègres se 
nourrissent, est presque cylindrique; il a de 5 à 8 cen- 
timètres (2 à 3 pouces) de long, sur 27 millimètres 
(1 pouce) à peu près de diamètre; sa substance est 
sèche, jaunâtre, farineuse, sucrée, et contient deux à 


trois grosses graines ovales et dures. P. 


Cast 

ILLICIUM san-ki Penn. Le nom de San-ki est celui 
que les Chinois donnent à cette nouvelle espèce de 
badiane. Quelques personnes estiment qu’elle doit être 
un Cookia. Quand on considère ses feuilles pennées 
avec impaires, on serait tenté de partager cette*opi- 
nion; mais si on examine avec attention le fruit, qui 
est une réunion de huit à neuf capsules, contenant 
chacune une graine luisante parfaitement semblable 
à celle de l’anis étoilé, Z{licium anisatum, et formant 
à son sommet une étoile parfaite, le doute cesse aussi- 
tôt. Toutes les parties de cet arbrisseau exhalent une 
odeur forte d’anis, notamment le fruit et sa graine. 

Le san-ki s'élève de 4 à 5 mètres (12 à 15 pieds); 
son tronc est assez droit et acquiert souvent un dia- 
mètre de 16 à 18 centimètres (6 à 7 pouces); il est 
recouvert par une écorce brune pointiilée de taches 
plus foncées, et couronné par un grand nombre de 
branches minces et flexibles qui s'étendent latérale- 
ment et divergent en tout sens. Ses feuilles sont al- 
ternes et pennées, dont le pétiole commun contient 
sept à neuf folioles également alternes, ovales, plus 
larges d’un côté de la nervure que de l’autre, forte- 
ment pointillées. 

Les Chinois mâchent la graine de cette badiane 
pour faciliter la digestion; ils la mettent infuser avec 
la racine du Menzi (espèce de berle), et prennent 
chaude cette boisson très-agréable pour rétablir leurs 
forces abattues et récréer leur esprit. Je lai vu dans 
les Philippines mêler avec le café et le thé. On en 
fait aussi une liqueur fort estimée. Le bois de cet ar- 
brissean, que l’on connaît sous le nom de boîs d’unis, 


9 


( 122 ) 
est employé dans les ouvrages du tour et pour les 
meubles. On le cultive à Manille; les terres fortes, 
mais végétales, lui conviennent; il se plaît surtout dans 
les lieux un peu ombragés; exposé au soleil il demande 
à être arrosé souvent, 

INGA camatchili Psrr. Nouvelle espèce, originaire 
de Manille, et presque toute l’année chargée de fleurs 
et de fruits. Je lui donne le nom sous lequel elle est 
désignée dans les Philippines. Elle forme un arbre de 
seconde grandeur, d’un port remarquable, couronné 
par une cime de branches larges, touflues et épineuses. 
Ses feuilles sont petites, d’un beau vert, alternes et 
bijuguées, assez semblables à celles de l’/nga unguis- 
eaii Wip., ce qui fait que quelques voyageurs les ont 
confondues l’une et l’autre. Les jeunes pousses de cette 
espèce, ses pétioles, ses épines et même ses rameaux 
sont d’un rose pourpré, tandis que dans le camatchili 
ils ‘sont constamment d’un blanc grisâtre cendré, 
comme l’écorce du tronc. Les deux épines de l’ais- 
selle desquelles sortent les rameaux et les pétioles, sont 
plus écartées, plus longues et plus acérées que celles 
de l'Unguis-cati, quoique placées de la même manière 
sur l’une et l’autre espèce. 

Les fruits du camatchili sont un légume contourné, 
ou si l’on veut à forme de demi-lune révolutée et tor- 
due; il a de 8 à 10 centimètres (3 à 4 pouces) de 
long ; ses graines, au nombre de quatre ou cinq, sont 
petites, aplaties, de couleur noire à l’époque de leur 
parfaite maturité, entourées d’une arille épaisse, blan- 
che et pulpeuse, dont la saveur est des plus agréables. 
Aussi les indigènes mangent-ils ce fruit avec avidité : 


PS 


| ( 123 ) | 
ils cultivent l'arbre autour de leurs habitations quarid 
elles sont voisines des eaux courantes. 

La Guyane m'a fourni deux autres espèces d’Inga 
que je crois encore inédites. P. 

IPOMEA grandiflora, de Mascareisne. G. P. 

IXORA rosacea Pyrr. Espèce nouvelle de Java, à 
fleurs d’un rose pâle. M. P. 

Jari-Loxcoˣ. Grand arbre de Java dont le bois est 
très-dur et d’une couleur noirâtre. (Graines.) M. G. 

JATROPHA coccinea cultivée à la Guyane, et unë 
espèce nouvelle originaire de Mascareigne. P. 

JUSTICIA maculata Perr. J’appelle ainsi cette nou- 
velle espèce de carmantine, parce que les fleurs qu’elle 
porte sont parsemées de taches violettes sur un fond 
d’un très-beau blanc, quélquefois légèrement rosé. Ses 
feuilles sont roides et coriaces. Elle croît naturelle- 
ment dans les forêts qui avoisinent la ville de Soura- 
baja, dans l’île de Java. 

KamancA, grand arbre des iles de la mer du Sud, de 
seconde grandeur. Les Malais recherchent ses fleurs, 
qui sont belles et d’une odeur fort agréable. (Graines.) 

Kanvisro, grand arbre des îles Malaises, qui pro- 
duit une espèce de fruit semblable à la pomme et dônt 
le péricarpe est fort dur; sa chair est blanchâtre, d’une 
saveur douce, assez agréable. (Graines.) 

Kasewak. Arbre de moyenne grandeur des îles Phi- 
lippines. Il donne un fruit assez semblable à celui du 
mangoustan ou du mondo, aigrelet et recherché par 
les Malais. Du tronc ils retirent un suc jaunätre qui 
fournit un très-beau vernis. (Graines.) G. M. 

KasozuBAc-KkinG, arbre de seconde grandeur, d’un 


9: 


(124 ) 
port remarquable, ayant des fleurs d’un beau rouge, 
et des fruits que les Javanais emploient dans la tein- 
ture en jaune. (Graines.) 

Kenonpow. Arbre de seconde grandeur, provenant 
de Java. Son fruit est gros, d’un goût aigre, mais 
que l’on peut manger. Le bois sert à la charpente. 
(Graines.) 

K£PoENDOENG-mERAK. Cette espèce d’arbre fruitier 
se rapproche beaucoup du Djirak. Comme lui, elle 
abonde aux Philippines. Son fruit a la chair rouge. 
Son écorce est recherchée pour la teinture. (Graines.) 

Kzozx. Grand arbre qui produit une amande que. 
les Malais font entrer dans presque tous leurs mets. 
Avant de s’en servir, ils la mettent plusieurs jours sous 
la cendre chaude. (Graines.) 

LANTANA melissæodorifera Penr. Les indigènes 
de la Guyane donnent le-nom de melisse à cette espèce 
de viorne, à cause de ses feuilles qui en ont l’odeur 
d’une manière très- prononcée. C’est aussi ce qui m'a 
décidé à lui imposer le nom qu’on vient de lire. P. 

LATANIA alba et rubra, cultivées à Mascareigne. 
G. P. 

LAURUS cinnamomum L. Parmi plusieurs variétés 
de cannelliers que j'ai rapportées des îles de la mer 
d’Asie, j'en citerai surtout une, originaire de Ceylan, 
que j'obtins à Manille. Elle est remarquable par sa 
saveur et son parfum, très-supérieurs à l'espèce que 
l’on cultivait à Cayenne. Get arbre demande à jouir 
de sa liberté; à dix-huit mois de végétation ses Liges 
ont acquis tout leur développement; mais quand il 
a atteint sa hauteur ordinaire, qui est de 6 mètres et 


( 125 ) 

demi à 10 mètres (20 à 50 pieds), il n’est plus suscep- 
tible de fournir de bonne cannelle ; les petites vésicules 
qui sont sous l’épiderme, et où se trouve concentrée 
l’odeur aromatique qui distingue cet arbre, se dessè- 
chent, et l'écorce devient dure, coriace. On coupe les 
tiges tous les ans à quelques centimètres au-dessus du 
niveau du sol; il sort alors de la souche une touffe vi- 
goureuse dans laquelle on fait choix des pousses les 
plus droites, les plus unies, et on enlève le surplus. 
C’est le liber qui fournit la cannelle. Après la coupe, 
on porte les branches dans un lieu couvert, aéré et où 
le soleil ne pénètre pas; il faut que la dessiccation s’ob- 
tienne lentement pour ne point perdre l’huile essen- 
tielle qui constitue l’arome de l'écorce précieuse. Une 
fois sèche, on l’enferme dans des caisses ou dans des 
sacs qu’on livre successivement au commerce. L’arbre 
réussit à merveille dans les terres élevées, argileuses 
et compactes. 

LAURUS persea,l Avocatier des Indes occidentales. 
Get arbre, que l’on multiplie de graines, se plaît dans 
tous les terrains, particulièrement dans ceux dont la 
consistance est forte, sans être trop humide. Les graines 
germent au bout de dix à quinze jours. On a parlé di- 
versement de son fruit, qui est semblable à une belle 
poire sans ombilic, c’est pourquoi j'en dirai quelque 
chose. La chair en est verdâtre près de l'écorce et 
blanchâtre près du noyau; elle est grasse au toucher, 
d’une consistance butireéuse, et n’a point d’odeur. Sa 
saveur, assez agréable au dire des habitans de l'Amé- 
rique méridionale, me paraît fade, el même insipide: 
je n’ai jamais pu en manger sans l’assaisonner, soit 


( 126 ) 

avec du jus de citron et du sucre, soit avec du poivre, du 
sel et du vinaigre, soit enfin avec du sucre et du tafia. 
Le noyau que ce fruit présente à son centre, et auquel 
il n’adhère pas, n’est point bon à manger : il est plein 
d’un suc laiteux qui rougit un peu à l’air et tache le 
linge d’une manière presque ineffacable. P, 

LEUCOXYLON Jaco. Espèce dite Bois d'ébène par 
les habitans de la Guyane. P. 

LHERITIERIA livtoralis, des plages marécageuses 
des Philippines. 

LIMODORUM altum, variété de la Guyane. P. 

MALAPARIUS. Espèce nouvelle de Java. M. C. 

MAMMEA americana L., appelé ÆAbricotier à 
Cayenne et à Saint-Domingue. Arbre de seconde 
grandeur, donnant un fruit sphérique, de forme et de 
couleur semblables à celles de l’abricot ordinaire; sa 
peau est rude, épaisse, écailleuse, et la pulpe qu’elle 
renferme est agréable au goût et d’une digestion diffi- 
cile. Les Nègres le mangent avec plaisir. J’ai vu de ces 
fruits acquérir le poids de 3 à 4 kilogrammes (8 à 
10 livres). L'arbre est d’un beau port, et se plait par- 
ticulièrement dans les terres légères et substantielles, 
sans être trop humides. On en connaît à Cayenne 
deux variétés : l’une à fruit rougeâtre, l’autre à fruit 
blanc. P. 

MANGIFERA indica L. Nouvelle variété de Manille. 
M. C. 

MELASTOMA. Plusieurs espèces nouvelles, toutes 
provenant de la Guyane. P. 

MESEMBRY ANTHEMUM sheris Penn. Espèce nou- 
velle que les Malais appellent de ce nom. M. 


(Rue, ) 

MIMOSA scandens L., le Beyugo des terres élevées, 
et sablonneuses des Philippines. Sa tige est une liane 
de 10 à 15 centimètres (4 à à pouces) de diamètre, 
qui s'élève à près de 50 mètres (150 pieds). Elle presse 
tellement les arbres qui lui servent d'appui qu'elle leur 
fait produire des articulations et des gonflemens sin- 
guliers; quelquefois même, elle s’incorpore au tronc 
de manière à paraître en faire partie intégrante. Le 
liber de cette plante sarmenteuse contient une sub- 
stance muqueuse de couleur jaunâtre, qui se dissout 
dans l’eau. Les indigènes s’en servent, en guise de sa- 
von, pour blanchir leur linge et en enlever toutes les 
taches. Les fibres corticales du beyugo ont cette pro- 
priété à l'instant de leur extraction et elles la conser- 
vent plusieurs années de suite lorsqu'on les met sécher 
au soleil. La plante croît très-vite ; douze à quinze mois 
suflisent pour que le liber acquière sa propriété; aussi 
est-ce à cette époque que l’on coupe les tiges rez 
terre. Peu de jours après on voit paraître de nouveaux 
bourgeons qui s’allongent et prennent un accroisse- 
ment vraiment extraordinaire. Parvenu au terme de sa 
végétation le beyugo se charge de siliques de 1 mètre 
(5 pieds) et plus de longueur, sur 10 centimètres 
(4 pouces) de large. (Graines.) 

MIMUSOPS elingi. Arbre à fruits, de la famille des 
sapotilliers, que l’on trouve particulièrement dans les 
terres légères et humides des Philippines. Il est de 
quatrième grandeur, couvert de branches horizontales 
et de fruits petits assez bons à manger. 

Moxno, arbre nouveau, de quatrième grandeur, ori- 
ginaire de Java, où on le trouve dans les terres fran- 


( 128 ) 

ches, un peu humides, à l’exposition du sud-est. Il est 
voisin et ressemble beaucoup au mangoustan, Garcinia 
mangostana L. Les Malais le.nomment HMondo et en 
connaissent quatre variétés. [l affecte la forme pyra- 
midale; ses feuilles sont opposées, épaisses, coriaces, 
luisantes et ovales; l’extrémité des rameaux est qua- 
drangulaire. Les fleurs et les fruits, presque tous ses- 
siles, naissent sur le tronc et sur les branches. Le fruit, 
de la grosseur d’une orange ordinaire, est ovoide, 
recouvert d’une peau épaisse, très-luisante, d’abord 
verdâtre, puis d’un beau jaune doré à l’époque de la 
maturité; sa pulpe est délicate, d’un goût exquis, lé- 
gèrement vineux; les graines qu’elle renferme sont au 
nombre de trois et souvent de quatre, toutes sem- 
blables aux graines de l’Aymenœa courbaril L. Elles 
sont un peu aplaties du côté de leur réunion, et d’une 
consistance molle, huileuse et spongieuse. Ce précieux 
arbrisseau est cultivé dans tous les jardins de Java, 
près des habitations, auxquelles il sert d’ornement. 
G. M. 

MORINDA umbellata L., le Houcoudou des Java- 
pais, croît abondamment aux îles Philippines et de 
Java, dans les terres les plus arides; c’est un arbris- 
seau très-estimé pour la belle couleur jaune que l’on 
obtient de ses racines rougeâtres et peu ligneuses, et 
dont on se sert pour teindre les étoffes. Les rameaux 
minces et flexibles du woucoudou sont généralement 
quadrangulaires au sommet; ils portent de grandes et 
belles feuilles rondes, opposées, munies de deux sti- 
pules à leur base et à petites nervures saillantes. Les 
fleurs sont petites, blanches, monopétales régulières: 


(129 ) 
le fruit qui leur succède est turbiné, assez semblable 
à celui de quelques annones, et composé, comme la 
fraise, d’une réunion de soroses à pulpe très-âcre et 
vermifuge. Dans cette pulpe nagent plusieurs petites 
graines comprimées, presque analogues à celles des 
pommes; elles avortent assez généralement. 

MORINGA nux-ben. Cet arbrisseau est nommé à 
Java Katantag, par les Malais Kelor, et par ceux des 
Philippines Malungay. Is se servent de ses feuilles 
en guise d'oseille; elles ont en effet un goût légère- 
ment acide qui rappelle celui de cette plante de nos 
potagers. Son fruit est une espèce de légume triangu- 
laire qui se mange cru et cuit, surtout lorsqu'il est 
encore jeune. Les racines sont très-volumineuses et 
ont le goût du raifort. Ces propriétés économiques ont 
fait placer le moringa dans tous les jardins, autour 
des habitations. Il veut une terre légère et substan- 
tielle, On en fait usage en médecine. 

MORUS multicaulis Prrr. Ce mäûrier, que l’on 
voit en Europe pour la première fois, est la véritable 
espèce dont les cultivateurs de vers à soie doivent 
faire choix pour nourrir ce précieux insecte. IL a la 
propriété de pousser de ses racines de larges toufles, 
formant de nombreuses tiges minces, flexibles (sans 
former de tronc proprement dit), chargées de feuilles 
plus tendres, plus délicates et bien plus nutritives 
que celles de ses congénères, et même que celles du 
mûrier blanc dont on fait un si grand usage en France. 
Des Chinois, en me procurant cette espèce nouvelle, 
m'ont assuré qu’il fallait une moins grande quantité 
de feuilles, et que c’est à cette nourrilure que le vaste 


( 130 ) 
empire policé par Gonrucrus doit la beauté, la solidité 
de sa soie. 

Le mürier multicaule est aujourd’hui parfaitement 
acclimaté en France, il se propage partout; n’étant 
point diflicile sur la nature du sol, il s’accommode de 
tous les endroits où on le place, mais il produit plus, 
mais son développement est plus rapide, quand on le 
met dans une bonne terre légère, substantielle et un 
peu humide. Il réussit à Cayenne dans les lieux les 
plus chauds et les plus arides. 

MOURIRI guianensis Aus. P. 

MUSA abaca Penn. Je donne à cette nouvelle es- 
pèce de bananier le nom qu’elle porte chez les Indiens 
des Philippines. Elle diffère de ses congénères par des 
feuilles plus allongées, moins larges, plus fermes et 
d’un beau vert noir, par la grosseur et l’élévation con- 
sidérables de sa hampe d’une couleur vert foncé bril- 
lant. Son fruit ne paraît jamais bien noué. On extrait 
de sa hampe une espèce de fibre de la plus grande te- 
nacité, dont on fait des cables et des cordages qui 
durent fort long-temps et résistent aux tempêtes les 
plus violentes. On en prépare aussi de la toile d’un 
tissu très-fin, susceptible d'acquérir une grande blan- 
cheur et de rivaliser avec le plus beau linge. 

Les indigènes multiplient cette plante au moyen 
des rejetons que les racines fournissent abondamment; 
ils la cultivent avec une certaine prédilection et la 
tiennent dans le voisinage de leur demeure; où elle 
forme des touffes considérables ; mais elle ne prospère 
que là où la terre est riche en humus et plutôt hu- 


mide que sèche, où elle est abritée contre les vents. 


(ao ) 
Elle est originaire des grands bois, et abonde dans les 
parties humides et ombragtes. G. M. 

MUSA chapara Pere. le Plantanos des Philippines. 
J’ai dédié cette espèce de bananier à M. Cnapar, offi- 
cier de la marine française, qui le premier la rapporté 
de la Cochinchine, l’a introduite à Manille où elle est 
encore rare. Le fruit que donne ce bananier est le plus 
gros et le meilleur de tous ceux connus dans ce genre 
de plantes nombreuses, J’en ai fait présent à nos co- 
lonies de l'Afrique orientale et de l'Amérique du sud. 

M. coccinea. M. C. 

M. humilis Prrr. Cette espèce, dont la hampe blan- 
châtre est plus mince que celle de ses congénères, 
arrive au plus à 2 mètres (6 pieds) d’élévation. Elle 
est garnie de feuilles courtes, ovales, et d’un régime 
d'environ 52 centimètres (1 pied) de long. Les fruits, 
qui affectent la forme d’un œuf et en ont la grosseur, 
sont très-pressés sur la grappe. J’en ai rapporté un 
que l’on conserve sous verre dans les salles de bota- 
nique. Les insulaires des Philippines le mangent et 
l’estiment des plus délicats. 

M. nigra PErn., originaire des Philippines et cultivé 
à Manille. Sa hampe, recouverte d’un épiderme noi- 
râtre, s'élève rarement au-dessus de 2 mètres (6 pieds), 
mais elle acquiert une grosseur extraordinaire. Ses 
feuilles sont très-larges, d’une belle couleur brune en 
dessus et d’un beau vert glauque en dessous. Le ré- 
gime est d’une grosseur et d’une grandeur très-remar- 
quables, et les fruits qui l’ornent, irès-rapprochés les 
uns des autres, offrent souvent un poids qui va jusqu’à 
20 kilogrammes (40 livres). Les oiseaux et les singes 


( 1352,) 
sont tellement friands de ces fruits que rarement on 
les voit arriver à une parfaite maturité. 

MYRISTICA aromatica ou muscadier. 

NERIUM dysentericum? de Java. 

N. tinctorium. Arbre latescent, de quatrième gran- 
déur, dont le tronc, revêtu d’une écorce épaisse blan- 
châtre, se maintient dans une direction assez verticale. 
Ses branches minces et flexibles divergent en tous 
sens. Les feuilles sont grandes, opposées, elliptiques 
et douces au toucher. Je n’ai pas vu la fleur; le fruit 
est composé de deux follicules réunies à la base, lon- 
_gues dé 27 à 52 centimètres (10 à 12 pouces), très- 
droites, etrenferment des graines aigrettées. On obtient 
par la macération de ses feuilles une fécule bleuâtre. 
Cette fécule est assez semblable à celle de l’indigotier, 
et fournit une couleur brillante, très-intense. L’arbre 
donne deux et trois récoltes de feuilles dans le courant 
d’une année, et comme l'extraction de la fécule qu’elles 
contiennent est très-prompte, le Verium tinctorium a 
de grands avantages sur l’indigotier, dont la culture 
est peu facile. Le nérium prospérera dans nos colo- 
nies. Il abonde aux Philippines, sur les lisières des 
bois, dans un sol sec, mais substantiel. Les indigènes 
le placent dans leurs jardins comime ornement. 

NIPA fruticosa Lawr. Palmier d’une moyenne élé- 
vation que j’ai trouvé à Java et à Mindanao, n’offrant 
qu’une touffe de longues feuilles pennées, du milieu 
desquelles montait une courte hampe de fleurs réunies 
en tête. Les fruits qui leur succèdent sont longs et 
anguleux. Les peuples de l’Inde recherchent les feuilles 
de ce palmier, non-seulement pour en faire des cou- 


( 135 ) 
vertures de cases qui durent plus de vingt ans, mais 
encore pour la fabrication des nattes et des chapeaux 
fins, qui ne se rompent point comme ceux faits avec 
les feuilles des autres palmiers. On m’a assuré que l’on 
retirait de cette plante une liqueur susceptible de fer- 
menter, avec laquelle les indigènes s’enivrent facile- 
ment. Le Nipa fruticosa croît naturellement dans 
les marais vaseux et submergés de Sourabaja; les pla- 
ges en sont couvertes, il sert de retraite au caïman. M. 

Ocris ocrisson. Grand arbre de Java, dont l’écorce 
sert à faire du fil. (Graines.) G. M. 

OMPHALEA diandra Auger. Liane dont les ra- 
meaux s'élèvent au-dessus des plus grands arbres et 
retombent ensuite jusqu’à terre; ils n’ont guère plus 
de 27 à 41 millimètres (1 pouce à 1 pouce et demi) 
de diamètre. Les habitans de la Guyane s’en servent 
pour faire des cercles aux tonneaux dans lesquels on 
renferme le sucre et le café que l’on expédie en Eu- 
rope. Les fruits de cette euphorbiacée renferment des 
amandes bonnes à manger. Elle croît naturellement 
aux lieux marécageux. P. 

OXALIS arborescens Perr. Espèce nouvelle appor- 
iée de la Guyane, où elle se trouve dans les bois vierges. 
Sa racine est fibreuse. P. a 

PACHIRA aquatica Aus. Arbre de quatrième gran- 
deur, provenant de terrains couverts d’eaux et sur les 
bords des criques et rivières de la Guyane. P. 

PALMZÆ. Outre les individus déjà nommés de cette 
belle famille trop peu connue, j’ai rapporté le Bache, 
palmier évantail ; le Moucaya, | Aouara palmiste épi- 
neux, le Pinau qui vient dans les endroits aquatiques, 


( 154 ) 
le Maripa, le Pataoua, tous six originaires de là 
Guyane. P. 

PANAX fruticosum (le) que j’ai trouvé à Manille, est 
employé dans ce pays à faire des haies, des bordures, 
et comme plante d’ornement ; il s'élève ordinairement 
à la hauteur de 1 mètre (3 pieds); il aime les terres lé- 
gères et sablonneuses, M. C. 

De Cayenne j'ai rapporté le P. undulatum d'A. P. 

PANCRATIUM œmboinense. 

PANDANUS latifolius Perr. — Le V'aquoi panden 
ou à larges feuilles, originaire d> Mindanao, est une 
espèce nouvelle, et pour la première fois apportée en 
France. Il monte à la hauteur de 6 à 8 mètres (20 à 
29 pieds) environ, surtout si l’on a soin de le main- 
tenir dans une direction verticale. Arrivé à cette élé- 
vation, il se charge d’une grande quantité de fruits, 
semblables pour leur grosseur à un Coco (cocos nu- 
cifera). Les fruits tombent aussitôt leur maturité. 
Comme on le pense bien, ces énormes fruits ne sont 
point le produit d’une seule fleur, mais bien celui de 
l'union de plusieurs petits fruits. Leur union est telle- 
ment intime qu'ils ne peuvent se séparer lés uns des 
autres que lorsque l’enveloppe filandreuse, qui leur est 
particulière à chacun, commence à se rompre. A cette 
époque, l’instant de la germination des graines est 
arrivé. On voit alors au centre de lun de ces petits 
fruits se développer de cinq à six bourgeons, et souvent 
plus, destinés à fournir chacun une plante semblable 
à celle dont ils proviennent. 

Les feuilles de ce superbe pandanus sont remar- 
quables par leur taille, qui est presque d’ordinaire de 


( 159 }) 
6 mètres (18 pieds) de long, sur 32 centimètres (1 pied) 
de large : c’est ce caractère spécifique qui m’a déter- 
miné à lui donner le surnom de (latifolius. Dans le 
pays, on emploie ces feuilles à la fabrication des nattes, 
des sacs d'emballage, des chapeaux, et même des cou- 
vertures. 

Ce pandanus est originaire d’une petite île située à 
l'entrée du détroit de Basilan; il y croît en abon- 
dance, non pas dans la terre, mais sur un sable pier- 
reux que baignent les eaux de la mer. 

PANDANUS odoratissimus. Le tronc de ce grand 
vaquoi renflé par le haut, et sillonné en spirale par l’im- 
pression des anciennes feuilles, pousse près de sa base 
des jets qui vont s’enraciner autour de lui, et le sou- 
tiennent comme des arcs-boutans. Ses fleurs mâles sont 
recherchées à cause de leur odeur suave : on les place 
dans les appartemens pour les parfumer. Les Malais 
le nomment Kambang. 

Paripou, palmiste cultivé à la Guyane, dont le tronc, 
le pétiole et les feuilles sont armés de longues épines 
très-aiguës. Il aime particulièrement les terres légères 
et un peu humides, dans le voisinage des habitations, 
qui le défendent contre l’impétuosité des vents. Son 
fruit, généralement recherché, est de la grosseur d’une 
noix revêtue de son brou; il acquiert en mûrissant 
une couleur d’un beau jaune -orange; sa substance 
est farineuse, très-nourrissante, et enveloppe un petit 
noyau de la grosseur et de la forme d’une noisette des 
bois. Les fruits qui terminent le régime sont ordinai- 
rement petits et ne portent pas de graines. 


PAULLINIA asiatica L. Gette espèce, que les In- 


( 136 ) 
diens nomment À akatoddali, ést un bel arbre dont les 
feuilles ternées et ponctuées rappellent agréablement 
l’odeur de l’anis étoilé. M. 

J’ai rapporté au dardin des plantes de Paris le Paul- 
linia pinnata de la Guyane. 

PETIVERIA des Philippines, dont la racine a la 
‘propriété d’éloigner les insectes. Son odeur est très- 
pénétrante, 

PHYLLANTHUS. Espèce nouvelle de Java. G. P. 

Pinsex. Arbre fruitier des Philippines dont le fruit 
est excellent. (Graines.) 

PIPER betel L. Plante sarmenteuse que les Malais 
appellent Sirimangan, et les Indiens des Philippines 
Bongo. Pour prospérer, elle demande un tuteur, et 
c’est l’Erethrina spinosissima qu’on lui donne à Java 
et dans ses environs. Les indigènes la cultivent avec 
un soin tout particulier et près de leurs habitations. 
Ils mâchent continuellement ses feuilles mélangées 
avec de la noix d’arec, ou de la graisse et un peu de 
chaux. Cette dégoutante habitude est de tous les âges 
et de tous les sexes; on vend des chiques préparées 
sur les marchés publics. Le bétel est originaire de Java 
et de Sumatra, où il croît dans des terres fraîches et 
ombragées. 

Parmi les autres espèces de piper que j’ai rapportées, 
je citerai le Djambou-piment, le Siri paqui des Ma- 
lais et le Poivrier sauvage de la Guyane. 

PISONIA mollis Pere. Espèce nouvelle de la Guyane, 
dont les tiges sont très-flexibles. P. 

PLATISTEMAÀ odorata Porr. de la Guyane. P. 

PLUMERIA alba. J'ai recueilli beaucoup de graines 


(137) 
de cette apocynée que les Malais appellent Sambodja. 

POINCIANA pulcherrima, cultivée à la Guyane. P. 

POTHOS. J'ai rapporté de la Guyane trois espèces 
de ce genre; l’une que je nomme odoratissima, dont 
la fleur exhale une odeur de vanille très-prononcée ; 
les deux autres n’ont point encore été décrites. 

Le Pothos odoratissima a la propriété d’embaumer 
les forêts dans lesquelles il croît naturellement; quel- 
ques spadices épars, à peine épanouis, suffisent pour 
pénétrer l’atmosphère à une grande distance. C’est 
sans doute à la présence de cette aroïde, et à quelques 
autres de la même nature, qu’il faut attribuer l’erreur 
commise par tant de voyageurs qui ont dit, écrit et 
répété jusqu’à satiété, que, à l’époque de la maturité 
des fruits du vanillier, l'odeur qu’ils exha lent se fait 
sentir de très-loin, tandis que ces mêmes fruits, que 
l’on appelle improprement gousse de vanille, ne dé- 
cèlent réellement leur odeur aromatique que lorsqu'ils 
ont subi une première préparation. Ge pothos vient de 
fleurir dans les serres du Jardin des plantes, où chacun 
a pu constater le fait que je rapporte. 

PSIDIUM. J’ai trouvé dans un jardin, à Java, une 
belle espèce à feuilles étroites que je nomme parvi- 
folium M. — À Mascareigne, j'ai découvert une variété 
nouvelle du pomiferum. C. P. 

QUASSIA amara L. Les créoles appellent cet ar- 
brisseau Quachi; on le cultive sur toutes les habita- 
tions de la Guyane, et comme plante d’ornement, et 
comme offrant dans ses feuilles, dans son écorce, et 
même dans son bois, un fébrifuge des plus héroïques. 
Les feuilles de ce bel arbrisseau sont alternes, à pé- 

10 


( 158 }) 
tiole ailé; les folioles sont souvent lobées régulière- 
ment; les fleurs naissent sur une panicule terminale, 
elles brillent du plus beau rouge écarlate; les fruits, 
de la grosseur d’un pois ordinaire et de forme inégale, 
un peu allongés, sont noirs à l’époque de leur matu- 
rité, et terminés au sommet par une petite mucrone 
peu saillante provenant du style. Groupés au nombre 
de trois, ils sont fortement réunis à la base et forment 
ainsi une sorte de grappe très-serrée. Une bonne terre, 
douce, légère, surtout riche en humus, est celle qui 
lui convient le plus. Je l’ai vu très-beau dans un ter- 
reau composé de débris de feuilles et de végétaux dé- 
composés. Il demande à être ombragé, et surtout mis 
à l’abri des vents impétueux. P. 

RAVENALA madagascariensis. Gette monocotylé- 
done s'élève à la hauteur des palmiers; son stipe nu 
est couronné par des feuilles de 5 à 4 mètres (10 à 
12 pieds) de long, y compris le pétiole, sur environ 
1 mètre (3 pieds) de large; elles sont disposées en éven- 
tail. La base du pétiole est terminée par une gaîne de 
1 mètre (3 pieds) environ de longueur qui contient 
une eau fraîche et limpide, ce qui a fait donner à la 
plante le nom vulgaire d’Arbre du voyageur. L’eau ne 
provient point de la sève, comme on l’avait avancé, 
mais bien des pluies que la lame concave de la feuille 
recoit et laisse égoutter dans cette sorte de réservoir. 

RHIZOPHORA tagal Perr. Ce palétuvier, espèce 
nouvelle que les Indiens appellent Tagal, a les feuilles 
opposées, ovales, charnues, luisantes, et le fruit long 
de 95 millimètres (trois pouces et demi), quelque- 
fois plus, très-pointu au sommet, plus gros et plus 


(139 ) 

rond à la base, d’une surface très-inégale, offrant cà 
et là des angles assez saillans. On voit souvent des îles 
flottantes de ces fruits à l’entrée du détroit de Basi- 
lan. L’écorce de ce palétuvier est très-épaisse, charnue 
et de couleur jaunâtre, semblable en quelque sorte à 
celle de notre chêne commun. Les habitans des Phi- 
lippines l’enlèvent avec le plus grand soin pour la ré- 
duire en poudre lorsqu'elle est parfaitement sèche, et 
s’en servir comme d’un excellent fébrifuge, auquel ils 
donnent le nom de Quina. Ce végétal intéressant ne 
prospère que dans le voisinage de la mer; sur les pla- 
ges vaseuses de Samboangan, il étale un grand luxe de 
végétation. Il assainit les lieux qu’il habite. II serait bon 
de tenter quelques essais sur les nombreuses espèces 
de ce genre qui se trouvent aux environs de Cayenne, 
afin de s’assurer s’ils possèdent les mêmes proprié- 
tés. M. 

RUBUS mascarinensis Perr. Gette belle espèce de 
framboisier, originaire de Mascareigne, porte de gros 
fruits rouges très-parfumés et d’un excellent goût. On 
ne le cultive pas, on le trouve généralement partout, 
sur les rochers, comme dans les meilleurs terrains. 
GC. P. 

SAGCHARUM officinarum. Parmi les nombreuses 
espèces ou variétés de cannes à sucre que j’ai rapportées 
des mers de l’Inde et que j'ai introduites à Mascareigne, 
je citerai les suivantes en les désignant par le nom que 
leur donnent les Javanais : 1° le T'eboclare, qui ac- 
quiert une taille et une grosseur remarquables, mais 
dont le suc est salé; o°le Manglé, qui fournit une pe- 
lite quantité de sucre; 35° le Pouti, canne blanche de 


10, 


( 140 ) 

moyenne grosseur, légèrement sucrée ; 4° le Léong, qui 
croît très- rapidement, mais dont la substance est fade ; 
5° le Djava à hampe d’un beau pourpre, et des plus 
abondantes en sucre; 6° le Malanga, canne très-grosse, 
produisant beaucoup de sucre et d’une très-bonne 
qualité; 7° et le Patéha, fort petite canne, à nœuds 
rapprochés, donnant un sucre très-estimé des Euro- 
péens. 

SAGUS farinifera de l'Inde, cultivé à la Guyane. P. 

S. somutus de l’Encyclop. méth., l’Aren des Java- 
nais et le Cavonegro des indigènes des Philippines, est 
un palmier qui s’élève à la hauteur de 11 à 15 mètres 
(55 à 4o pieds). Il porte de grandes feuilles alternes 
et pennées; le pétiole commun sur lequel sont atta- 
chées les folioles, est très-ligneux et d’une grosseur 
remarquable; il embrasse le stipe sur lequel il prend 
naissance, de telle manière qu’à l’époque de sa chute 
il y laisse des empreintes annulaires très-prononcées et 
rapprochées les unes des autres de 13 à 16 centimètres 
(5 à 6 pouces) environ. De l’aisselle de ce pétiole sort 
un tissu filandreux (1), noirâtre, très-fort et d’une te- 
nacité excessive : on l’emploie dans le pays à la fabri- 
cation de cables qui durent fort long-temps et passent 
pour incorruptibles. La panicule ou le régime qui 
porte les fleurs et les fruits, prend également naissance 
sous l’aisselle des feuilles et acquiert souvent une 
taille de 22 à 25 décimètres (7 à 8 pieds). Elle se cou- 
vre d’une grande quantité de ramifications, et les filets 


Joe * sm 


(1) Ce tissu est tellement inhérent à la base du pétiole qu'il paraît 
être produit par lui. 


(uAx) 

qui la composent, de fruits de la grosseur et de la 
forme d’une de nos pommes d’api; ils ont ordinaire- 
ment de trois à quatre côtes peu saillantes, selon qu’ils 
contiennent trois ou quatre graines. Celles-ci sont 
dures, noirâtres, allongées, pointues vers l’attache et 
légèrement aplaties à l’autre bout; elles sont enve- 
loppées dans une substance piliforme qui, lorsqu'elle 
est sèche et que le fruit a acquis sa parfaite maturité, 
cause un prurit insupportable, puis une enflure dou- 
loureuse qui dure plusieurs heures. 

Les graines de ce palmier mises en terre y restent 
souvent huit et dix mois sans donner aucun signe de 
végétation même dans leur pays. Les naturels des îles 
Philippines emploient comme contre-poison le pétiole 
du Sagus gomutus; ils le coupent par morceaux, l’ex- 
posent durant quelques minutes sur des charbons ar- 
dens, et en retirent un suc dont les effets sont très- 
prompts et d’une réussite certaine. 

Du tronc ou stipe on retire le sagou le plus fin et le 
meilleur connu de toute l’Inde. On n’est point exposé 
à voir périr ce palmier aussitôt qu’il a atteint l’époque 
de sa fructification ; on l’abat et on le coupe par tran- 
ches minces, à partir de la base, à mesure des besoins. 
La coupe se fait ordinairement pour toute une semaine. 
Le tronc reste ainsi exposé à l’air pendant une année 
entière et quelquefois plus, sans que sa substance 
amylacée perde de ses qualités nutritives. La coupe se 
fait habituellement par les hommes; les femmes en re- 
cueillent les tranches où fragmens sur des toiles ou 
inieux encore sur des nattes tressées avec des feuilles 
de vaquoi (Pandanus odoratissimus); puis elles en 


(421) 

délaient la substance dans de l’eau et la passent en- 
suite dans des toiles assez claires pour en retirer la fé- 
cule. Après cette première opération, on a recours à 
des toiles plus serrées, afin d'exprimer l’eau et ne con- 
server qu’une pâte que l’on met sécher au soleil, que 
l’on remue souvent pour la diviser, et à laquelle on fait 
prendre la forme de petites graines rondes. Quand elle 
est totalement sèche, on l’enferme dans des sacs pré- 
parés avec des feuilles de vaquoi, et on la livre au com- 
merce. 

Comme on le voit, ceux qui ont dit que le sagou était 
préparé avec la graine du Sagus gomutus sont tombés 
dans une erreur grossière; on ne fait aucun usage 
de cette graine. Ce palmier, que j'ai observé dans les 
lieux bas et humides , au voisinage de la mer, paraît 
indigène des îles de Java et des Philippines : il s’y 
trouve abondamment. 

SAGUS rafjia (le) de Madagascar est un palmier 
d’un très-beau port et remarquable par ses früits de la 
grosseur d’un œuf. Ses feuilles servent aux indigènes à 
préparer leurs pagnes, leurs nattes et tapis si renom- 
més en Europe; ils en font aussi des cordages de diflé- 
rentes grosseurs. Je dois à M. d. J. Groun», riche pro- 
priétaire à Tamatave et correspondant de la Société 
Linnéenne de Paris, la connaissance des procédés que 
les Madécasses emploient pour la fabrication de leurs 
tissus. Après que les feuilles du raflia sont coupées on 
les étend dans un lieu ombragé, afin qu’elles s’y flé- 
trissent et prennent une souplesse convenable, On les 
divise ensuite par lanières plus ou moins fines, selon 
l’objet auquel on les destine; elles sont exposées à l'air 


( 145 ) 
libre pendant quelques heures seulement et employées 
avec beaucoup de dextérité. 

Les régimes du palmier raflia ont # mètres (au 
moins 6 pieds) de long , et sont composés de ramifica- 
tions nombreuses portant chacune une plus ou moins 
grande quantité de fruits, couvertes d’écailles du jaune 
le plus brillant et régulièrement imbriquées. La plante 
abonde aux environs de Tamatave dans un sable gris 
foncé presque pur, submergé pendant üne partie de 
l’année. C. P. 

SAGUS rhumplhi, l’Intal des Malais, le Bori des in- 
sulaires des Philippines, le Servalam de Java, s'élève à 
une hauteur prodigieuse; j’en ai vu de nombreux in- 
dividus qui avaient plus de 26 à 50 mètres (80 à 
90 pieds). Son tronc acquiert une grosseur très-con - 
sidérable. Ses feuilles sont grandes et digitées, assez 
semblables à celles du latanier blanc (Latania st- 
nensis JAc.), portées sur un pétiole beaucoup plus gros 
encore que celui du Sagus gomutus, et armé sur ses 
bords de longues dents clairement parsemées. La base 
de ce pétiole est très-large et forme une espèce d’an- 
neau ou gaîne semi circulaire qui embrasse le tronc du 
palmier et y laisse, en tombant, des impressions pro - 
fondes. Sur une panicule terminale de 16 à 19 décimè- 
tres (5 à 6 pieds) de long, très-droite, composée de 
ramifications nombreuses, naissent les fruits, qui sont 
petits, ronds, unis et contenant, sous une enveloppe 
verte et mince, une graine ou noyau très-dur, noir, 
qui demeure en terre plus de dix mois sans donner au- 
cun signe de végétation. 

Ce beau palmier périt aussitôt que ses graines sont 


( 144) 

parvenues à maturité; alors les Indiens l’abattent et le 
mangent. Une fois séparé de la racine, il se conserve 
long-temps, sans que la fécule perde de ses qualités. 

SauPaxc , arbre de deuxième grandeur, originaire 
des Philippines. Il donne un fruit assez gros, mais qui 
ne se mange pas. On retire de l’écorce un fil très-beau 
et d’une grande force. Du tronc il suinte un suc rési- 
neux qui produit un vernis superbe dont les Malais se 
servent pour enduire le fourreau de leurs cris. (Grat- 
nes. ) | 

SAPINDUS maduriensis Penn. Espèce nouvelle ori- 
ginaire des îles de dava et plus particulièrement de 
celle de Madura. Cet arbre, de’quatrième grandeur, 
dont le tronc est couvert d’une écorce grisâtre, in- 
égale et crevassée , a les feuilles alternes , pinnées avec 
impaires; le pétiole commun est chargé d’un grand 
nombre de folioles ovales et entières. Les fleurs et les 
fruits naissent sur une panicule terminale, longue de 
15 à 16 centimètres (5 à 6 pouces), quelquefois plus et 
assez ramifiée. Les fleurs sont blanches, petites, ca- 
duques; les fruits, de la grosseur d’une noix sèche, 
sont parfaitement sphériques, à pulpe légèrement rési- 
neuse, un peu gluante et jaunâtre. Il est à remarquer 
que dans cette espèce sur trois ovaires agglomérés sur 
le même réceptacle, deux avortent toujours, ce qui se 
voit très-rarement dans le Sapindus saponaria L. Les 
indigènes de Madura recueillent avec soin le fruit pour 
blanchir le linge; ilest pour eux un objet de commerce 
très-productif; deux ou trois drupes suflisent pour 
une quantité de linge considérable. C’est à cette pro- 
priété que l’on doit les plantations que l’on voit à Java, 


( 145 ) 3 
à Sourabaja et à Sumatra. Le bois de ce nouveau sa 
vonnier est blanc, d’un grain assez fin. L’arbre se plaît 
dans les terres légères. 

Sawu. Arbre d’un très-beau port, assez semblable 
à l’acajou. Son bois, dont le grain est très-fin, est fré- 
quemment employé à Java. (Graines.) 

SEDogoEric. Espèce de malvacée de l’île de Java, 
dont la tige herbacée fournit une filasse propre à faire 
le fil à voile. (Graines.) 

SIDA rotundifolia Perr. Espèce nouvelle de Java, 
que les Malais désignent sous le nom de Yoplakan. 
Ses feuilles sont rondes, velues et argentées. (Graines.) 

SMILAX species nova, appelée par les Indiens Ma- 
cabujay. De ses tiges sarmenteuses découle, lorsqu'on 
les coupe iransversalement, un suc vert, âcre et très- 
amer, dont les naturels des îles Philippines font usage 
dans les cours de ventre, la dyssenterie, les coupures, 
les déchiremens de la peau. La plante croît naturelle- 
ment partout ; mais comme elle est de nature grasse 
et succulente, elle vient mieux dans un terrain sec et 
pierreux. Elle a besoin d’un tuteur. Un Espagnol a pu- 
blié sur ce nouveau smilax un mémoire fort intéres- 
sant, où il ne le considère que sous le rapport médi- 
cinal. Il en fait un éloge des plus pompeux. 

SPONDIAS mombin. Orginaire de la Guyane, ce 
grand arbre à tête diffuse et à feuilles pinnées avec 
impaires, porte des fruits de la grosseur à peu près de 
la mirabelle, mais ovales et plus allongés, sur une pa- 
nicule terminale. À l’époque de la maturité, en mars 
et avril, ces fruits d’un beau jaune-orange, sont avi- 
dement recherchés; leur goût est légèrement acide: 


( 146 ) 

on en fait des tisanes rafraîchissantes. Le mombin 
est très-commun aux environs de Cayenne et ne craint 
point l'humidité. P. 

SPONDIAS myrobalanus des Antilles, cultivé à la 
Guyane. P. 

S. javanica Perr. Espèce nouvelle de Java. M. 

STERCULEA fœtida. Gette belle malvacée, l’un 
des plus grands arbres connus, se trouve dans les lieux 
élevés des îles Philippines; j’en ai surtout observé des 
tiges nombreuses à l’ouest de Gavitte, sur des mon- 
tagnes où je n’ai pu résister au froid de la nuit sans 
allumer du feu. Le port du Sterculea fœtida est ma- 
jestueux ; son tronc, dont la grosseur étonne, est cou- 
ronné par une grande quantité de fortes branches qui 
naissent à 6 mètres et demi (20 pieds) au-dessus du 
sol, et montent jusqu’à 26 et 32 mètres (80 à 100 pieds). 
Elles sont couvertes de feuilles alternes, digitées, à sept 
folioles au plus; ses fleurs ont une odeur insuppor- 
table; le fruit est composé de diverses capsules, for- 
mant par leur réunion un fruit à plusieurs sépales. Il 
se moutre sur les grosses branches et les rameaux sans 
pédoncule apparent. Chaque capsule est une boîte pé- 
ricarpienne, ligneuse, fort dure, presque réniforme; à 
l’époque de la maturité, elle s'ouvre en long en deux 
valves, dont le bord interne est garni de graines sem- 
blables, pour la forme et la grosseur, à un gland de 
chêne. Dépouillés de la lorique noire qui les enveloppe, 
ces graines sont bonnes à manger; leur goût est celui 
de l’'amande. On en retire une huile excellente dont 
on se sert en médecine et pour les alimens. Elle est 


une branche de commerce très-importante à Manille. 


(147) 

STRY CHNOS nux vomica, arbrisseau de quatrième 
grandeur, originaire de Madagascar, croît abondam- 
ment dans les sables de Tamatave, où il se couvre tous 
les ans d’une grande quantité de fruits ronds, de la 
grosseur d’une orange et parfaitement sphériques. Le 
fruit renferme plusieurs graines osseuses, entourées 
d’une pulpe amère. Le port de la plante est élégant 
et des plus gracieux. G. P. 

SvÉROË. Arbre de seconde élévation, dont le bois 
est brun et sert aux ébénistes de Java à fabriquer des 
meubles. (Graines.) C. M. 

SIDEROXYLON. J'ai rapporté de Mascareigne 
deux belles espèces de bois-de-fer, qui croissent abon- 
damment dans les lieux élevés de cette île. Elles se 
: font remarquer par leur prodigieuse élévation, la gros- 
seur et la blancheur de leur tronc, ainsi que par la 
beauté de leur feuillage. C’est ce feuillage qui fait toute 
leur distinction : chez l’une il est petit et peu large, 
chez l’autre il est très-grand. Le bois-de-fer a le grain 
très-fin et d’une tenacité à toute épreuve ; on le re- 
cherche pour les constructions civiles et navales. C. P. 

TABERNÆMONTANA. J'ai rapporté deux espèces 
nouvelles appartenant à ce genre, l’une que je nomme 
semperflorens, et l’autre arborescens; le premier je les 
ai introduites dans les colonies françaises de l'Afrique 
orientale et de l'Amérique méridionale. La hauteur 
moyenne du premier de ces deux arbustes est de 9 à 
12 décimètres (3 à 4 pieds); ses fleurs sont blanches, 
monopétales et à tube légèrement contourné : elles nais- 
sent par paquets à la sommité des rameaux, et donnent 
à l’arbuste un aspect d'autant plus flatteur qu'il fleurit 


(148) 
abondamment toute l’année. Les fruits sont deux fol- 
licules écartés, réunis à leur base, divergens vers le 
sommet, légèrement et fortement ridés. Ces follicules 
contiennent, dans une pulpe jaunâtre, une grande 
quantité de graines, presque anguleuses, ridées, qui 
perdent en très-peu de temps leur faculté germinative, 

Les feuilles sont opposées, elliptiques ou ovales, lui- 
santes et à surface ondulée. Comme elles sont lates- 
centes, les Indiens des Philippines s’en servent en dé- 
coction dans les dyssenteries et contre les morsures 
des reptiles. L’arbrisseau croît partout en abondance, 
que le terrain soit humide ou des plus secs. 

L'espèce arborescens est remarquable par ses jets, 
qui ont 4 mères (12 pieds) d’élévation. Sa tête est dif- 
fuse et très-branchue. 

Tacawaca. Espèce nouvelle de Manille. P. 

TERMINALIA benzoin. C. P. 

T. catappa. Badanier-amande de l’Inde, cultivé à la 
Guyane. P. 

T. vernix, appelé Zgnan par les Malais. Arbre de 
quatrième grandeur que l’on trouve dans les terres 
fortes, marécageuses de Java. Son port est triste; ses 
feuilles, d’un vert sombre, alternes, et tellement rap- 
prochées qu’on les croirait verticillées, sont étroites, 
lancéolées, presque semblables à ceiles du Mangifera 
indica, légèrement ondulées sur les bords. Le vernis 
que l’on retire de cette espèce de badanier est plus 
brillant, il se sèche plus vite que celui fourni par lAu- 
gia sinensis. Les Malais l’emploient pour leurs meu- 
bles et surtout pour leurs poignards qu'ils appellent 


cris, M. 


(149) 

THEKA. J’ai rapporté de Java des graines de plu- 
sieurs espèces ou variétés de theka : le Djati, grand 
arbre à larges’ feuilles ; le Sung-gu, qui fournit le meil- 
leur bois de construction, mais qui demande un siècle 
avant d’avoir atteint toute sa perfection; et le Soen- 
20e, dont on mange le fruit. (Graines.) 

THEOBROMA cacao L. Cultivé à la Guyane et dans 
presque toutes les îles de la mer du Sud, où son fruit 
acquiert un volume considérable lorsqu'il est abrité 
par de grands arbres. Il aime une bonne terre forte, 
mais substantielle, plutôt sèche que trop humide. P. 

TIBOUCHINA Avs., de la Guyane. P. 

TOMEX macrophyllus, de Mascareigne. C. P. 

Trou: des Javanais, arbrisseau qui m’a paru très- 
voisin de l’Averrhoa. Ses feuilles sont bijuguées, pres- 
que semblables à celles du courbaril, mais moins co- 
riaces, moins épaisses, et point luisantes. Il porte des 
fleurs rose pâle, dont la forme et la grandeur rap- 
pellent celles de l’Averrhoa acida; elles tombent au 
plus léger attouchement, et lorsqu'on veut les voir 
donner du fruit, il faut entourer le pied d’un treillage. 
Ce fruit gst réniforme, large, fortement comprimé, 
sans être pédonculé; il s’ouvre en deux valves, à une 
seule loge, contenant une graine unique. On le mange 
cru ou cuit; il a le goût de notre pomme de reinette 
et devient jaune en mûrissant. La graine qu’il contient 
est comprimée et pourvue de deux cotylédons verts 
sans périsperme. Elle germe aussitôt après la maturité 
du fruit. Le tromi est cultivé avec beaucoup de soin 
dans tous les jardins de Sourabaja; il se plaît dans les 
terres plutôt consistantes que légères, et demande une 


( 150 ) 
humidité presque constante et un abri contre les rayons 
du soleil. CG. M. 

URTICA tenacissima. Les îles de Java possèdent 
une espèce d’ortie dont on retire une filasse aussi belle, 
aussi souple, que celle du chanvre, que l’on emploie 
à la fabrication des toiles et des cordages. On les estime 
beaucoup à cause de leur durée et de leur grande blan- 
cheur. Les fibres de la plante ont plus de tenacité que 
celles de nos espèces nivea et dioica. Les Malais la 
nomment Ramé. 

VAHEA gummifera. Espèce de liane ligneuse, assez 
grosse, indigène à l’île de Madagascar. L’écorce est 
noirâtre, et la tige couverte de feuilles opposées à plat, 
ovales et luisantes. Dans son jeune âge l’écorce est 
mince, plus tard elle est comme écailleuse. On retire 
de cette plante un suc résineux, qui, à l'air libre, 
prend la consistance de la gomme élastique; j'en ai 
extrait moi-même par incision longitudinale, en 1820, 
alors que je me trouvai à Tamatave, dont les sables 
ferrugineux des environs sont couverts de cette liane. 
La gomme élastique du vahé est la meilleure de toutes 
celles connues sous ce nom. C. P. . 

VEPRIS éinermis, de Mascareigne. C. P. 

VIROLA sebifera. Ge grand arbre, de la famille des 
laurinées (1), appelé par les indigènes de la Guyane 
Famadou, porte des graines qui contiennent une sub- 
stance dont on fait des chandelles. Il abonde dans les 


Ca 


(1) Iest bon d'observer ici que les personnes peu familiarisées 
avec les plantes prennent toujours les fruits des laurinées pour des 


glands de chénes, auxquels ils ressemblent beaucoup. 


PER Er 


PR RE 7, 


(GS 

forêts voisines de Gayenne et se plaît dans les terres 
fortes, un peu humides et surtout très-substantielles. 
M. P. 

WOUAPA bifolia Aus., de la Guyane. P. 

Wuau ou Kitangi. Très-bel arbre de Java, surtout 
quand il est en fleurs, Son bois sert dans les construc- 
tions. (Graines.) G. M. 


LV A/S VAR 0/0 LA LAVAL Q/R VAA NY VAS A0 VAA A/0/0/0 


OBSERVATIONS 


Sur le Limodorum purpureum de M. ne LAMARCK, 
et création d’un nouveau genre dans la famille 
des Orchidées; par M. L. Cozra, correspondant 
a Turin. | 


I y a peu de genres dans le règne végétal qui aient 
peut-être été moins exactement déterminés que ceux 
appartenant à l’ordre de la ginandrie driandrie, créé 
par le naturaliste immortel dont la Société Linnéenne 
de Paris honore véritablement la mémoire. 

Cet ordre renferme un groupe de plantes qui for- 
ment la famille naturelle des Orchidées; puisque l’on 
n’est point forcé de tâtonner, pour ainsi dire, en les 
cherchant dans les autres ordres du système sexuel, 
et de les en distraire pour les réunir ensemble, en dé- 
truisant ainsi le vaste et savant édifice bâti par le lé- 
gislateur de la botanique moderne. 

C’est précisément par ce motif que la détermination 
des genres de cette famille est si diMicile; les caractères 
de différence devant être tirés de la considération des 
organes de la fructification, comment se comporter ici 
qu'ils sont presque tous essentiellement uniformes? Il 
en est de même, il est vrai, pour les genres des autres 
classes linnéennes qui constituent les familles vrai- 
ment naturelles, telles que la didynamie, renfermant 
les labices, les verbénacées, les scrophulaires, les acan- 


Cx55 ) 
thoïdes, et la tétradynamie renfermant celles des cru- 
cifères. 

1! se présente encore une autre difficulté particulière 
aux Orchidées, c’est que d’un côté étant presque im- 
possible de rien déterminer d’après des orchidées 
sèches, qui ne conservent plus aucune forme, et de 
l’autre, pouvant rarement les observer vivantes et en 
fleurs, au moins quant au très-grand nombre des 
genres exotiques, les eflorts des botanistes deviennent 
presque toujours infructueux ; aussi le travail qui pa- 
raît offrir le moins d’imperfection sur ces plantes, que 
rendent si intéressantes et leur structure singulière 
et l’éclat des fleurs d’une grande partie d’entre elles, 
est celui de M. Swarrz, qui a eu occasion d’en observer 
un grand nombre de vivantes. Je pourrais nommer 
aussi celui de M. Durerir-Tnouars s’il était terminé. 

En venant au Limodorum purpureum que M. pe LA- 
MARCK a si bien décrit dans l'Encyclopédie méthodique, 
tom. IE, part. 2, pag. 495, n° 1, et qui fait l’objet de 
mes observations, il paraît n’y avoir aucun doutg qu'il 
ne soit la plante cultivée depuis quelque temps dans 
nos serres, et répandue sous le nom que lui donna le cé- 
lèbre auteur de l’{{lustration des genres. 

Mais l'examen attentif que je fis des organes de la 

_fructification de cette superbe plante, qui depuis quei- 
ques années fleurit abondamment dans ma serre chaude 
aux mois de mars et d'avril, me fit douter qu’elle pût 
appartenir à aucun des genres des orchidées établis 
jusqu'ici par les botanistes. 

En effet, en vérifiant les différentes observations 
faites par les plus célèbres naturalistes, relativement 

it 


(154 ) 

à la détermination des genres de cette famille, nous 
voyons d’abord que Linxé avait tiré le caractère essen- 
tiel de diflérence de la forme d’un des pétales qu'il 
appelle nectarium, et qui est vraiment, dans ces sortes 
de plantes, d’une structure fort différente de celle des 
autres pétales, étant tantôt corniculé , tantôt séroti- 
forme, tantôt pédicellé, etc. 

Le nectaire du Limodoruim est, d° spas Lixxé, mo- 
nophylle, concave, pédicellé : or ce dernier caractère 
ne convient point à notre plante, chez qui cet organe 
est sessile (voyez la planche IV, fig. 8), ce qui a aussi 
été observé par M. pe Lamanck. Dans la description des 
trois pièces intérieures de la corolle (le calice des mo- 
dernes), après avoir dit que l’inférieure (le nectaire de 
Liné) est plus large et concave , ce savant ajoute : 
» Linxé avance mal à propos qu’elle est pédicellée; » 
mais n’était-il pas plus prudent de dire que sa plante 
n’avait point les caractères du Zimodorum de Lixxé ? 

Cette circonstance prouve aussi que le Limodorum 
purpureumn de M. pe Lawancx ne doit point être le tu- 
berosum de Lané, ainsi qu'il paraît l'avoir cru, puis- 
qu’en premier lieu il n’est point naturel de supposer 
que ce dernier se soit trompé sur un caractère aussi 
sensible que celui du pédicelle du nectaire; en second 
lieu, parce que le ZLimodorum tuberosum a, selon 
Linvé, les fleurs sessiles, et que dans le purpureum 
elles sont pédonculées (voyez la fig. 2). Le Limodo- 
rum tuberosum paraît être la même plante que celle 
décrite sous ce nom par Micnaux, Flor. amer. IT, 
pag. 199: par Sauiseury, Prodr. 8, sous celui de Li- 
inodorum pulchellum: par Wniaipexow, Sp. pl., IV, 


( 159") 
par. 1, pag. 109, sous celui de Cymbidium pulchel- 
lum, et par Rorerr Browx, dans l’Hort. kew. (édit. 
nouv.) sous celui de Calopogon pulchellus : cette plarte 
croît au Canada, et la nôtre est originaire des Antilles, 
d’après M. pe Lawarck. 

Mais la plante que nous étudions ne présente pas 
même les caractères génériques donnés au Limodorum 
par M. pe Lauarcr et par les autres botanistes. 

Quant à ceux établis par le premier, elle diffère re- 
lativement aux organes de la génération. Get auteur, 
en rapportant les caractères essentiels du genre, définit 
l'organe de la femelle en ces termes : Corps caverneux 
du pistil allongé en £rEroN court à sa base; or le pistil 
de notre plante est sans éperon (voyez fig. 4 et 9). En- 
suite, analysant en détail les caractères génériques, il 
dit, par rapport à l’organe mäle, que le Limodorum a 
DEUX ÉTAMINES situées au sonvmet intérieur du corps 
caverneux du pistil, et qui consistent en DEUX FILETS 
fort courts portant des anthères ovales - arrondies: 
mais notre plante n’a qu’une anthère sessile operculée, 
c'est-à-dire recouverte par une pièce mobile et ca- 
duque avec elle (fig. 4, 10, 11, 12 et 15); note dont 
Waczpenow s’est heureusement servi pour établir un 
des caractères essentiels parmi les genres des orchi- 
dées. 

Cette anthère se voit composée, 1° d’un opercule 
d’une substance cornée et presque diaphane en forme 
de capuchon, et divisée sur le devant en deux loges 
(fig. 11), ce qui a peut-être induit en erreur les bota- 
nistes qui ont considéré comme diandres une quantité 
d’orchidées de la même organisation que celle de notre 

A 


( 156 } 
plante. Cet opercule est situé au sommet du style, et 
comme appliqué au-dessous de la lèvre supérieure du 
stigmale sans un véritable filet. 

2° De deux masses de pollen nichées dans les loges 
de l’opercule. En examinant chacune de ces masses à 
une forte loupé, on voit qu’elles sont attachées par un 
connectif fort mince de la même substance du pollen, 
et qu'elles se partagent chacune en trois, rarement en 
quatre, globules ovales-arrondis, qui mis dans un li- 
quide y surnagent, et se divisent naturellement, n’é- 
tant retenus entre eux que par leur viscosité (fig. 14). 

L'opereule tombe naturellement quelques jours 
après l'épanouissement de la fleur; avant on peut le 
détacher avec facilité, il n’oppose presque aucune ré- 
sistance. On peut avec la même facilité sortir les masses 
du pollen qui y sont collées, elles ne laissent pas aper- 
cevoir la moindre apparence d’un lien quelconque, à 
l'exception du connectif de la même substance qui les 
réunit entre elles avant leur chute. 

Wizpexow n'ayant pas été trompé par les loges de 
l’anthère, a rangé la plus grande partie des orchidées 
dans sa Gynandrie monandrie, et d’après le travail de 
M. Swanrz, il a établi les caractères génériques plus 
exactement que ne l'avaient fait les botanistes précé- 
dens. Ce savant ne rapporte point dans ses limodores là 
plante dont nous parlons, et donne à ce genre les ca- 
ractères suivans : Corolla 5, petala subpatens; label- 
lum (nectaire de Linx£) basi antice IN CORNU LIBERUM 
PRODUCTUM ; anthera terminalis. 

Dans notre plante le tablier /labellum) est entier à 


sa base, légèrement onguiculé, mais sans la moindre 


(157) 
trace de cornet ou éperon; il est ecalcaratum dans la 
véritable signification du terme (fig. 8). 

Quant à l’anthère, quoiqu’elle soit située au sommet 
du style, toutefois il paraît inexact de l’appeler termi- 
nale, étant surmontée par la lèvre supérieure du stig- 
mate (fig. 4 et 10) ; au surplus WiczpeNow, en parlant de 
l’anthère d’autres genres située et formée comme celle 
le notre plante, l'appelle très-proprement opercularis 
decidua, ainsi qu’on le voit dans les genres Cymbi- 
dium, Oncidium, Epidendrum-Vanilla, Ærides, 
Dendrobium, Stelis et Lepanthus, chose qu’il n'aurait 
pas oublié d’observer dans le limodore si ce genre eût 
eu l’anthère comme celle de notre plante, 

M. Pensoox, qui publia son Synopsis plantarunr 
après l'ouvrage de Wiribexow, donne les mêmes ça- 
ractères au genre Limodorum, et quoiqu'il y ait ajouté 
quatre espèces, il ne cite point le purpureum de M. »£ 
Lauanck. 

Après ces ouvrages, je n’en connais point d’autres 
classiques où l’on ait fait des changemens essentiels re- 
lativement aux orchidées, à l'exception de ceux qui 
ont été rapportés par M. Porrer, dans l'Encyclopédie 
méthodique, 1°* supp. , aux articles Angrée, Limodore, 
Bletie, etc. 

Je ne trouve pas même dans l’Aortus Cantabri- 
gtensis, édit. de 1815, cette plante placée sous le genre 
Limodorum; je vois bien, pag. 291 ,un Calopogon pul- 
chellus qui a pour synonyme le Limodorum tuberosum 
de Currr (Bot. mag. 116); mais si celte plante est 
le Limodorum tuberosum de Lixxé, elle ne peut ap- 
partenir à la nôtre, ainsi que je l'ai déjà fait observer, 


( 198 ) 
Il est donc certain que la plante qui nous occupe 
n'appartient point au genre Limodorum. 


A 


Xeste à voir si on peut la ranger dans quelqu'un 
des genres voisins, tels que le Cymbidium, l'Onci- 
dium, V'Epidendrum, et le Bletia établi par Rurrz et 
Pavox, Prodr. flor. peruv. et chilens., p. 108. Ces 
genres se rapprochent de notre plante par les carac- 
tères de l’anthère operculaire et caduque, ils en ont 
aussi quelques autres de communs. 


Mais notre plante diffère essentiellement du Cymbi- 
dium en ce que le tablier n’est que peu concave à sa 
base; il est au surplus trilobé, et de la longueur des 
pétales extérieurs avec la lame fléchie en dedans, au 
lieu que celui du Cymbidium est à peine long de la 
moitié, et a la lame fléchie en dehors. 

Elle diffère de l’Oncidium en ce que le tablier n’est 
point tuberculeux à sa base. 

Elle diffère de l’£pidendrum en ce que le tablier 
n’est point tubuleux à sa base ni soudé au style. 

Elle diffère enfin du nouveau genre Bletia (1), non- 
seulement par la forme et la grandeur relative des 
pétales, mais particulièrement par le tablier, qui n’est 
point en cône renversé ou bilabié, mais un peu con- 
cave et exactement trilobé; en outre, notre plante n’a 
pas huit anthères attachées à deux filets, ainsi que 


Aurrz et Pavox l’établissent par rapport à leur Bletia, 


(1) Les caractères essentiels établis à ce genre par Rurrz et Pavox 
sont les suivans : /Vectarium obverse conicum, labio inferiore inferne 
carinato trilobo, lobo intermedio magno : antheræ 8, filamentum 


bipartitum laciniis levissimo 4 - fédis. 


(159) 
mais une seule anthère sessile (puisque le connecuf, 
élant de la même substance, ne peut être considéré 
comme filet}, qui renferme dans ses loges les deux 
masses de pollen dont nous avons parlé, lesquelles se 
divisent tantôt en six, tantôt en huit globules, ce qui 
n'arrive qu’en les plongeant dans un liquide. 

Je ne dois pas passer sous silence que certaines espèces 
de Limodorum ont été rapportées au nouveau genre 
Bletia,tel que le Limodorum T'anchérvillæqu'ilne faut 
pas confondre avec le L. purpureum de Lamarck, quoi- 
qu'on’le trouve cité sous le même nom par M. Rr- 
pouTÉ, dans ses Liliacées, pl. 43. Ge Limodorum, qui 
habite la Chine, est parfaitement décrit par M. nr La- 
MARCK (Dict., tom. IE, part. 2, pag. 495, n° 4), par 
Aron (Kew., TL, 502), par Swarrz (Wow. act. Upsal. 
VI, pag. 79), par Wiscoexow (Sp., IV, pag. 122), et 
par Lourgiro, sous le nom de Phajus grandifolius 
(Cochin. , IE, pag. 645). ° 

D’après toutes ces observations, il paraît que l’on 
peut établir sans hésiter que le Zimodorum purpu- 
reum de M. ne Lamarcrk ne doit être en toute rigueur 
rapporté à aucun des genres des orchidées établis jus- 
qu'à présent, surtout si l’on retient pour caractères 
génériques essentiels ceux que les botanistes ont assi- 
gnés à chacun des genres de cette famille. 

Peu importe que la plante ait été décrite et rap- 
portée après l’ouvrage de M. ne Lauarck à tel ou tel 
autre genre (ce que je ne puis assurer positivement): 
dès qu’il est certain que les caractères essentiels du 
senre ne lui conviennent pas exactement, elle ne doit 
plus en faire partie, En établissant un nouveau genre 


( 160 ) 

pour une plante connue, on ne peut être accusé de 
mettre de la confusion dans la science, au contraire 
on contribue à son perfectionnement, pourvu que les 
caractères de différence qu’on assigne au nouveau 
genre soient bien constans et sensibles: aussi je défie 
le plus habile botaniste, la plante à Ha main, de re- 
connaître le Limodorum purpureum de M. px La- 
MARCK dans les ouvrages publiés jusqu'iei sur les or- 
chidées. 

Dans le Species plant. de Wnipexow, celle qui 
pourrait en approcher davantage parait être l'Epiden- 
drum atropurpureum, parce que l’auteur cite pour 
synonyme celui rapporté par M. pe Lamanck, savoir 
Helleborine floribus atropurpureis de Pruwien, Sp. 9, 
ic. 178, fig. 1. Mais comme celui qui, la plante à la 
main, cherche dans un ouvrage classique à la déter- 
miner, doit commencer par le rapprochement des ca- 
ractères du genre, il ne s'arrêtera point à l’Æpiden- 
drum, lorsqu'il verra que sa plante a le tablier non tu- 
buleux à la base et libre au lieu d’être soudé au style, 

Telles sont les observations que je soumets à la sa- 
gacité des dignes botanistes qui composent la Société 
Linnéenne de Paris; j'y ajoute la figure peinte d’après 
nature par ma fille, madame TrcorLa Brirorri, qui 
a eu l'honneur d’être reçue parmi ses associées libres, 

Si, d'après mes remarques, la Société croit que la 
plante en question peut être raisonnablement dis- 
traite des genres connus des orchidées, je lui propose 
d'adopter le suivant en l'honneur de notre illustre 
Secrétaire perpéluel et savant naturaliste, mon ami, 


M. Ansenne Tuiépaur pe Brénnraup. 


(161 ) 
- TIHEBAUTIA. Gynandria monandria. Orchidewæ. 
Character essentialis genericus. 

Corolla pentapetala erecto-patens, persistens. Label- 
lum ecalcaratum trilobum, apice inflexæum, superne 
basim versus costatum. Anthera opercularis, bilocu- 
laris, decidua labii superioris, stigmatis basi antice 
adnata. Pollen globosum. 

T. nervosa. Foliis nervosis ensiformibus, scapo 
simplicissimo subnudo, floribus racemosis atropurpu- 
reis. N. 

Limodorum purpureum. Floribus imberbibus pe- 
dunculatis alternis subracemosis, foliis nervosis ensi- 
formibus. — Law., Dict., tom. HE, part. 2, pag. A9. 

Ielleborine purpurea tuberosa radice Prux., Sp. 9, 
ic. 178, fig, 1. 

An epidendrum atropurpureum foliis subternis lan- 
ceolatis bulbo innatis, scapo simplici, lamina labelli 
obcordata, lobis retusis. — Win. , Sp. pl., part. 1, 
tom. IV, pag. 115? 


DESCRIPTIO. 


Tuber orbiculatus, inferne radicatus, superne Tolio- 
sus, latere scapiferus. Scapus simplicissimus, subnu- 
dus, racemosus, pedalis. Folia radicalia nervosa, ensi- 
formia, pedalia. Flores pedunculati, bracteati, squarmis 
Janceolatis vaginantibùs brevissimis. Corolla pentape- 
tala inæqualis, duplici ordine atropurpurea, persistens. 
Petala tria exteriore inæqualia; superius lanceolatum, 
erectum; inferiora obliqua, lanceolato-ovata Jatiora : 
petala duo interiora, erecta, lanceolato-ovata apice in- 
Curva, genitalia tegentia. Intra hæc labellum ecalca- 


( 162 ) 

ratum trilobum apice inflectum cosiis longitudinali- 
bus elevatis undulatis luteis superne basim versus 
instructum, longitudine petalorum exteriorum, latitu- 
dine tripla, lobis lateralibus integris, medio emargi- 
nato. Genitalia præseferentia germen inferum vergens 
in stylum carnosum arenatum prismaticum, apice ge- 
rens stigma bilabiatum, cujus labium superius anthe- 
ram sessilem opercularem bilocularem deciduam basi 
antice adnatam gerit. Pollen globosum in loculamen - 
tis antheræ. Capsula inferior prismatica 3 -carinata 
9-valvis 1-locularis, per angulos dehiscens. Semina 
numerosa scrobiculata capillaria. 

Habitat in Anthyllis et America calidiore } (V. V. 
in flor.) 


EXPLICATION DE LA PLANCHE IV. 


1. THIEBAUTIA zervosa, représentée un Liers nature. 

>. Sa hampe en grappe, portant des fleurs pédonculées, 
de couleur rouge-violet. 

3. Une fleur de grandeur naturelle. 

4. Le pistil surmonté par l’anthère operculaire, vu par 
devanit et grossi du double. 

5. Un des deux pétales intérieurs. 

6. Le pétale supérieur extérieur. 

7. Un des deux pétales extérieurs inférieurs. 

5. Le tablier, labellum. 

9. Le pistil de grandeur naturelle, vu de côté. 

10. La partie supérieure du pistil vue à la loupe apres 
la chute de l’opercule. 

1r. L’opercule, avec l’anthère, vus à la loupe et par 
dessous. 

12. Le même, vu par devant. 


Mém. de {x Société Linneenne de Liris 


THIÉBAUTIA . Nervosa . 


Tecopilla Billotté, del Z. la Dei 
dba Dedioa 


( 165 ) 

13. Le même, vu par dessous, après da chute de l’an- 
thère. 

14. Les globules de l’anthère bilobée , nageant dans l’eau 
et vus à la loupe. 

15. L’ovaire prismatique vu à une forte loupe, quelque 
temps après la fécondation. 

16. La capsule, de grandeur naturelle, au moment où 
elle s'ouvre par les angles. 

37. Graines vues à une forte loupe. 


NV VU LU VU VU EL PU VA AU AU UE UE LUS 


NOTE 


Sur une variété femelle du pommier commun ; 
par M. TizzeTte DE CLERMoONT-ToNNERRE, 
correspondant. 


M. Aux, propriétaire à Saint-Valery-sur-Somme, 
possède un pommier dont il ignore l’origine et qu’il 
croit âgé de 30 à 40 ans. Get arbre, en tout semblable 
au pommier commun par les feuilles et la disposition 
des fleurs, en diffère d’une manière très-remarquable 
par la structure de ces dernières et par ses fruits. 

Un pédoncule tomenteux soutient une fleur com- 
posée d’un calice à dix folioles soudées par la base, 
disposées sur deux rangs alternes, les intérieures un 
peu plus courtes. La corolle et les étamines manquent; 
les styles, au nombre de quatorze, légèrement velus à 
la base, sont surmontés d’un stigmate oblique, très- 
vigoureux. 

Les premières années que l’arbre a fleuri, son pro- 
priétaire étonné, disons mieux, très-mécontent de ne 
lui voir porter aucun fruit, allait l’abattre, quand un 
médecin, instruit de cette bizarrerie de la nature, con- 
seilla la fécondation artificielle, qui réussit parfaite- 
ment. Depuis ce temps, chaque année, à l’époque de 
la fleuraison, c’est à qui des dames et demoiselles de 
Saint-Valery ira faire sa pomme (c’est l'expression 
consacrée). On applique sur chaque fleur une fleur 


( 165 ) 
hermaphrodite, cueillie par un temps sec, sur un pom- 
mier quelconque, en l’ÿ abandonnant jusqu’à ce que, la 
fécondation achevée, elle tombe naturellement; puis 
on attache un ruban de couleur au bouquet fécondé 
pour que, quand l’automne sera venu, chacune recon- 
naisse le fruit que sa main a créé. 

Ces fruits diffèrent entre eux par la grosseur, la sa- 
veur et la couleur, mais ils se rapportent aux espèces 
hermaphrodites qui les ont fécondés. Ils sont très-re- 
marquables par un étranglement situé vers les deux tiers 
de leur longueur, ainsi que par quatorze loges disposées 
sur deux plans parallèles, dont cinq, placées comme 
celles des pommes ordinaires, occupent le milieu du 
fruit; les neuf autres, plus petites, la partie voisine du 
sommet. Rarement toutes ces loges contiennent des 
graines. Dans le très-petit nombre de fruits que nous 
avons ouverts, elles variaient de trois à neuf. 

Plusieurs botanistes, entre autres WizzpENow et 
M. Porrer, parlent de pommiers uni-sexuels, très- 
différens de celui dont nous nous occupons. Dans les 
leurs, il y a avortement des pétales et des étamines ; 
dans le nôtre, il y a bien aussi avortement des mêmes 
organes, mais il y a augmentation en nombre toujours 
constant des autres parties de la fructification. Chez 
eux, le calice est simple, à cinq folioles; ici, il est évi- 
demment double, l’intérieur semblable à l'extérieur, 
comme lui persistanteet ne pouvant être assimilé à une 
corolle, Dans les premiers, on trouve cinq styles et stig- 
mates ; dans le nôtre, quatorze. Les pommes ordinaires 
n'ont que cinq loges; celles-ci en renferment quatorze 
sur deux rangs, et représentent deux pommes soudées 


( 166 ) 
bout à bout, dont la coupe longitudinale a la figure 
d’une feuille panduriforme ou en violon. 

M. Aux a porté des greffes de cet arbre sur la moitié 
d’un pommier voisin qui reste constamment stérile, 
_ quoique les fleurs soient parfaitement semblables à 
celles du premier, et que les mêmes moyens de fécon- 
dation soient employés. Des graines semées ont très- 
bien levé; le plant trop jeune n’a pas encore fleuri. 


EXPLICATION DE LA PLANCHE V. 


a partie inférieure du fruit; 
& fleur; 
c style et stigmates grossis; ] 
d partie supérieure du fruit; 
e coupe longitudinale : 
1 partie supérieure contenant neuf loges ; . 
à partie inférieure contenant cinq loges. 


Ce 


Mem. de læ Societe Linnéenne . {2824 ) LV. 


Pommier 4 S'Valery 


(Jonume:) 


SV VV VU VE UV UV UT VEUVE VAR LULU VVR AAA ML 


MÉMOIRE 


Sur le Varaire cévadille; par M. le docteur 
M.-E. Descourrizz, vice-président de la 
Société. 


IL n'existe pas de plante qui ait plus que la céva- 
dille éveillé l'attention des naturalistes, et qui, malgré 
leurs études, soit moins connue. Les semences de ce 
végétal, étant les seules parties employées en médecine, 
ont été regardées par quelques observateurs comme 
provenant d’une graminée, et d’après leur forme nom- 
mées hordeolum (petite orge), tandis que plusieurs 
autres, fondés sur leurs propriétés, les rapportaient 
aux delphinies et les rapprochaient des staphisaigres. 
Quelques botanistes ayant enfin mieux examiné la cé- 
vadille, lui ont assigné le rang qu’elle doit occuper 
dans la division naturelle, et l'ont mise à sa véritable 
place, en la forçant d'augmenter comme espèce le 
genre varaire. 

En effet, la cévadille est réellement une espèce bien 
caractérisée de ce genre. (Monocotylédones, famille 
des juncinées de Jussieu. — Colchicacées de M. pe 
CannoiLe. — Polygamie de Liné.) Elle croît en abon- 
dance au Mexique, et presque sur toutes les côtes qui 
avoisinent le golfe de ce nom. Les Indiens, qui en font 
un certain commerce, ont soin, pour éviter qu’on ne 
reconnaisse le végétal qui la produit, de dénaturer les 
panicules par le froissement, et, par une légère torré- 


( 168 ) 
faction, de faire perdre aux graines leur facullé ger- 
minative. 

Nous avons rencontré le varaire cévadille dans les 
bois humides qui garnissent le pied des montagnes 
aux Antilles, mais en petite quantité; ce qui nous ferait 
penser que cette plante n'y paraît que rarement et seu- 
lement dans des circonstances susceptibles de favoriser 
son développement. Plus heureux que nos prédéces- 
seurs, nous pouvons tracer les caractères génériques 
de ce végétal, ayant eu Plus d’une fois l’occasion de 
les étudier avec soin sur des individus vivans. 


VARAIRE CÉVADILLE. V'eratrum sabadilla. 

CARACTÈRES SPÉCIFIQUES. — Plante herbacée, s’éle- 
vant de 9 à 12 décimètres (3 à 4 pieds), tige simple, 
cylindrique, souvent légèrement sillonnée à ses extré- 
mités. Feuilles nombreuses, toutes radicales, disposées 
en rosettes, droites sur le pétiole qui est vaginant à 
sa base; plantaginiformes, ovales, oblongues, et décur- 
rentes sur le pétiole, obtuses à leurs extrémités, gar- 
nies de huit à quatorze nervures simples, partant de la 
base de la feuille et se perdant à son sommet en décri- 
vant un demi-cercle. Leur couleur est d’un vert terne, 
glauque en dessous, légèrement luisant à leur face su- 
périeure. 

La tige florale offre une panicule ample, très-simple, 
et quelquefois rameuse; alors les ramifications sont 
alternes. 

Les fleurs en grand nombre sont réfléchies, pres- 
que pendantes, supportées par des pédoncules très- 
courts, et réunies deux à trois ensemble. Elles sont 


(169) 
disposées par séries en spirales et sortent d’un point 
saillant; lorsqu'elles se dessèchent les fleurs herma- 
phrodites se trouvent alors placées unilatéralement, et 
les points qui donnaient naissance aux autres sont alors 
marqués par leur chute ou leur avortement, et laissent 
des empreintes granulées ineffacables. 

Les fleurs sont hermaphrodites, les unes mâles et les 
autres renfermant les deux sexes. 

Fleurs mâles. — Galice à six divisions persistantes, 
très-profondes, stellées, étalées, droites, ovales, lan- 
céolées, sans autres nervures que la médiane, d’un noir 
pourpre très-Intense. 

Point de corolle. 

Six étamines moins longues que les divisions du ca- 
lice, et dont les filamens élargis à leur base soutien- 
nent des anthères quadrangulaires, presque bilobées, 
trois ovaires rudimentaires sans styles. 

Fleurs hermaphrodites. — Galice et étamines comme 
celles des fleurs mâles. Les filets anthérifères entourant 
trois ovaires oblongs, réunis, obtus à leur sommet qui 
est surmonté de trois styles aigus, quelquefois élargis 
et à stigmate simple. 

Le fruit est composé de trois capsules qui, par la 
forme, se rapprochent des fruits des delphinies. Elles 
s'ouvrent par le haut et sont déhiscentes à l’intérieur: 
leur suture donne naissance à de légers filets ou pla- 
centa, servant d’attache, qui, au nombre de trois dans 
chaque valve, sont disposées par imbrication. 

La semence est contournée, obtuse à une de ses ex 
trémités, pointillée d’un noir de suie, d’un goût fade, 
puis aussitôt amer, mais par suite âcre et nauséeux. 


112 


(1%) 

Habite les bois humides du Mexique et de quelques 
les des Antilles. 

Propriétés. — La cévadille est un végétal précieux 
dont on ne saurait trop étudier et bien apprécier les 
propriétés ; à dose ordinaire, et graduée par un médecin 
habile, elle offre tour à tour : 1° un médicament iatra- 
leptique très-employé pour la destruction des animaux 
parasites de l’homme ; 2° un vermifuge puissant; 5°un 
spécifique contre le ténia ; 4° un vomitif; 5° et, à plus 
haute dose, un poison redoutable (1). 

Depuis quelques années nombre d’essais ont été 
faits sur cette plante. Peu ont réussi, parce que sou- 
vent des doses trop faibles ne causaient à l’extérieur que 
des vertiges, à l’intérieur que des nausées; ou souvent 
la plante entière, avariée par la traversée, ou par une 
dessiccation mal combinée, ne produisait aucun effet, 

Le varaire cévadille est un médicament très-employé 
aux Antilles et toujours avec succès. Les Nègres, 
qu’une grande habitude rend circonspects sur l’em- 
ploi de certains végétaux, usent de celui-ci sans crainte 
et sans danger. 

Ses graines contiennent un principé extrêmement 
actif, à base salifiable, que les chimistes ont nommé 
V'ératrine. Ce sel, pris à la dose seulement de quel- 
ques grains, donne la mort au milieu des plus violentes 


convulsions. 
Il serait à désirer qu’un séjour prolongé aux lieux 


(3) Voyez pour l'indication plus détaillée des propriétés de cette 
plante et le mode d'administration, le Ie volume de ma {'lore me 


«licale des Antilles, no 105. 


PL. V1 


Veratrum Jrbadilla À 


». de la Nociété Linnéenne .(2424,) 


(us) 
où croît la cévadille pût donner à de bons observa- 
teurs la facilité de faire une analyse exacte de cetie 
plante, et par suite les amener à rendre plus utile à 
l’homme un des remèdes les plus énergiques et les 


plus précieux que lui ait accordés la nature. 


2522225592) 


EXPLICATION DE LA PLANCHE Vi. 


Le rameau est représenté de grandeur naturelle, 


1. Fleur hermaphrodite, 

2. Fleur mâle, 

3. Capsule entière, 

4. Coupe transversale d’une capsule. 

5. Portion de capsule contenant trois semences. 

6. Semences. 

7. Feuille au simple trait, demi-grandeur naturelle, 


VUVUUVOA VVUAVAS VOLS 0/7 VAD/AA/T/A LL/0/3 QULT A/A/0/0 0/08 LR L0/G VAT AVR/R LEE 


RAPPORT 


Sur le jardin de cultures exotiques établi à 
Fromont, près Paris; par M. Tarésaur pe BEr 
NEAUD, Secrétaire perpétuel. 


Vous m'avez chargé, Messieurs, de vous présenter 
une notice sur le jardin que notre confrère M. Sou- 
LANGE-Bonix possède à Fromont, et que plusieurs 
d’entre vous ont, à diverses reprises, visité avec le plus 
vif intérêt. Je m’acquitte avec d’autant plas de plaisir 
de cette douce obligation, que c’est rendre service aux 
sciences naturelles en payant un juste hommage à 
l’homme qui les cultive avec goût, en faisant connaître 
un établissement où tout est disposé pour donner plus 
de développemens et d’ensemble à la culture des 
plantes répandues sur les différentes zones du globe. 

La France pouvait déjà, depuis 1784, citer, dans les 
jardins du vénérable auteur du Botaniste-cultivateur à 
Courset, près Samer, département du Pas-de-Calais, 
un monument de ce genre, tout à la fois consacré à 
des essais de culture, à la multiplication des arbres 
fruitiers et forestiers, à la propagation des végétaux 
de simple agrément, et surtout à l’acclimatation des 
plantes exotiques de quelque utilité réelle. Les longs 
efforts de M. Dumonr pe Gounser, l’un de vos membres 
honoraires, ont été couronnés du plus brillant succes, 
puisque, malgré une atmosphère tellement variable 


qu'on peut, dans le même jour, éprouver l'alternative 


(175 ) 

des différentes saisons de l’année, malgré la fréquence 
et l’impétuosité des vents qui soufilent constamment 
sur cette contrée maritime, il est parvenu à natura- 
liser plusieurs plantes exotiques, et à trouver dans les 
résullats de ses nombreux essais les élémens de l’ou- 
vrage classique dont il a enrichi le domaine de Flore. 

Cependant, sans déprécier aucunement la juste ré- 
putation des jardins de Courset, on peut leur repro- 
cher un trop grand éloignement de Paris, devenu plus 
que jamais le grand foyer des sciences d’observation, 
le point central où tous ceux qui s’occupent de re- 
cherches d'histoire naturelle viennent apporter le tri- 
but de leurs veilles, de leurs découvertes. La route 
qui conduit au Gourset est fatigante, il faut toujours 
monter et descendre, et avant d’arriver on trouve une 
côte très-rapide à gravir, que le plus léger mauvais 
temps rend plus difficile encore. Du sommet de cette 
élévation l’on découvre, il est vrai, dans un vaste am- 
phithéâtre, Boulogne et sa plage, tantôt terminée par 
une falaise escarpée, tantôt couverte de sables qui 
forment des déserts incultes et inhabitables de plus 
d’un kilomètre de largeur ; plus loin, le vaste Océan 
et les côtes de l'Angleterre, et auprès de soi un sol 
irrégulier, couvert de bois, coupé en tout sens par des 
clôtures verdoyantes, et sillonné par des eaux pures 
et limpides, dont les débordemens sont fréquens; mais 
ce spectacle, d'autant plus enchanteur qu'il était in- 
attendu, s’il satisfait l'œil du voyageur, ne diminue 
point les difficultés de la route. 

Sous ce rapport, le jardin de Fromont est plus fa- 
vorisé. Hl est situé dans la commune de Rüs, arrondis- 


(.174:) 

sement de Corbeil, département de Seine-et-Oise, à 
> myriamètres et demi (6 lieues) S. $S. E. de Paris. 
On y arrive par la grande route qui mène à Fontaine- 
bieau, et qui sert tout le midi de la France et l'Italie. 
Le passage continuel des diligences et autres voitures 
publiques fournit à toutes les heures du jour des moyens 
de transports nombreux et économiques pour les pays 
que cette route parcourt. 

Le jardin de Fromont contient 67 hectares (130 ar- 
pens) enclos; il va de Ja grande route à la Seine, et 
domine un riche vallon qu’arrosent ce fleuve et la petite 
rivière d’Orge, en face de la forêt de Senart. Le mou- 
vement général du terrain offre, dans les deux tiers 
de son étendue, une pente assez rapide vers le nord. 
Toute la partie supérieure est une bonne terre à blé, 
douce et un peu sablonneuse; on trouve l’argile plasti- 
que à une petite profondeur, au-dessus d’une couche 
de sable ou de crayon dans lequel gisent des blocs 
de pierre meulière. La partie basse est une bonne terre 
à seigle, peu profonde, et qui repose sur un lit de sable 
de rivière à travers duquel les eaux de la Seine s’in- 
filtrent et montent quand la rivière grossit. Ce mou- 
vement alternatif des eaux souterraines supplée un 
peu à l’aridité du sol, aussi l’on y voit pousser avec 
assez de vigueur les frênes et Îes peupliers suisses. Des 
pelites sources, heureusement situées dans la partie 
élevée du terrain, suflisent aux cultures et contribuent 
à l'agrément des scènes que le jardin présente à 
chaque pas. 

Le manoir a peu d'apparence. Notre confrère, Mes- 
sieurs, s’est occupé du terrain avant de songer au bà- 


1790) 
timent. Il a sagement laissé de côté la truelle pour la 
pioche et la bêche. Il a eu le bon esprit de commencer 
par planter, aussi la presque totalité des grands arbres 
qui décorent sa belle propriété ont-ils été plantés par 
lui : c’est un ouvrage de vingt ans. 

Aujourd’hui le jardin de Fromont présente de fort 
belles masses d’arbres et d’arbustes de toutes les es- 
pèces. Les scènes intérieures sont simples, naturelles 
et largement dessinées; l’art ne s’y fait guère aperce- 
voir que par les soins d’une propreté recherchée, d’un 
ordre qui séduit quiconque a le sentiment du beau. 
De vastes pelouses séparent les massifs et les groupes, 
et s'étendent jusque sous lPombrage de grands bois 
clairs. Une statue de Vénus, emblème de la grâce et 
de la beauté, quelques vases en marbre, une petite 
fontaine, un petit lac alimenté par une cascade : voilà 
presque les seuls ornemens que M. SouLancr-Bonix 
ait demandés aux arts que les anciens Grecs ont portés 
à la plus noble perfection; tous les autres ornemens 
c'est la nature qui les a fournis. Les vues extérieures 
sont riches et étendues, et comme les clôtures ne sont 
presque pas apercues d’aucun point, le pays se fond 
d'autant mieux dans le jardin, que les plans les plus 
reculés de l’un reproduisent l’aspect de toutes les cul- 
tures de l’autre. Ainsi toutes les couleurs, tous les 
tons, tous les tableaux de la nature ornée, cultivée et 
agreste, se placent à la fois, ou passent successivement 
sous les yeux, liés entre eux sans rudesse, opposés sans 
symétrie et mélangés sans confusion. 

Mais ces effets harmonieux et pittoresques se trou- 
vent plus ou moins développés dans tous les jardins 


( 176 ) 

paysagers; ce sont ceux que recommandent les auteurs 
qui ont écrit sur l’art de créer des jardins, depuis Kewr, 
qui eut, le premier en Europe, l’heureuse idée de sub- 
stituer les jardins pittoresques aux jardins symétri- 
ques, dont la pompe et le mauvais goût ne conviennent 
qu’à ceux-là qui sont condamnés à la magnificence ; 
jusques au créateur d’Ermenonville et à l’architecte 
Morez, qui nous a laissé sur la théorie des jardins un 
ouvrage qu’on peut regarder comme le plus parfait. 
Indiquons donc ce qui, dans le jardin de Fromont, 
donne à une composition qui ne semble, au premier 
coup d’æil, qu’agréable, le caractère d’un établisse- 
ment important et utile, digne de l'attention de tous 
ceux qui s’occupent de botanique et d’horticulture, et 
ce qui doit en faire, dans peu d’années, un des monu- 
mens les plus remarquables en ce genre, qui aient été 
jusqu'ici fondés dans notre chère patrie par les soins 
d’un simple citoyen. 

Dans de vastes encaissemens de terre de bruyère, 
amenée à grands frais de régions lointaines, ont été 
rassemblées et groupées les belles familles des érica, 
des acacia, des magnoliers, des camellia, et diverses 
plantes rares dont l’organisation délicate exige un sol 
frais, riche et pourtant excessivement divisé, et dont 
la forme, le port, le feuillage, les fleurs et les fruits 
sont destinés à jeter dans nos bosquets tant de grâces, 
d'éclat et surtout de variété. Ces encaissemens ont été 
disposés avec goût el prévoyance, à l'appui et au nord 
de grandes masses d'arbres exotiques et d’arbrisseaux 
à fleurs, destinés à leur servir de rempart contre un 
soleil trop ardent, et sous le #rop-plein des eaux supé- 


ftsa71) 

rieures qui, en les humectant, pour ainsi dire goutte à 
soutte, leur procurent, presque sans dépense d’arrosage, 
une fraîcheur constante et bien précieuse. C’est sur 
ce sol factice, entièrement rapporté, et d’une étendue 
considérable, que les plus belles plantes croissent en 
pleine liberté, acquièrent toute leur puissance végéta- 
tive, prennent le caractere qui leur est propre, et offrent 
à la fois des échantillons parfaits au botaniste studieux 
et au cultivateur de riches porte-graines. 

Vous devinez tous, Messieurs, les brillans effets 
que les plantes dites de bruyère imprimeront à nos 
compositions littéraires et d’art une fois qu’elles se- 
ront introduites en grand dans nos jardins; elles leur 
donneront ce caractère si éminemment poélique des 
paysages vantés par les anciens: elles rappelleront 
dans nos bosquets les délices de Tempé, d’Amathonte 
et de Paphos, et le génie, en y portant ses rêveries 
vagabondes, y puisera d’heureuses inspirations, des 
pensées fécondes, des images éclatantes de fraîcheur. 
L’essai de ce nouveau système de plantations, que je vou- 
drais appeler anacréontiques, a été fait à Fromont sur 
une échelle assez grande pour que l’on puisse juger, 
par l’esquisse, des charmes qu’oflrirait le tableau. C’est 
aux mortels également dotés par la fortune et par le 
bon goût, comme votre confrère M. Sourance-Bonis, 
qu'il appartient de reproduire en grand dans leurs do- 
maines ces scènes riantes, Ces Mmouvemens gracieux, 
ces formes variées, ce rhythme harmonieux qui peignent 
les grands effets de la nature : ja terre leur a été donnée 
en apanage; les plantes, aimables filles de la rosée, obéis- 


sent à leur voix, et des régions les plus lointaines et les 


(178) 

plus opposées elles viennent embellir leurs jardins, em- 
baumer leurs salons, et, tressées en couronnes, décorer 
le front de leurs épouses. Il est peu de spectacle plus 
ravissant que celui que présentent, au milieu du prin- 
temps, à Fromont, ces longues et épaisses guirlandes 
de rosages, de kalmies, d’azalées, qui, après avoir en- 
touré le manoir d’une ceinture élégante, promènent 
leurs fleurs d’un rouge vif, d’un rose tendre, d’un 
violet foncé, d’un jaune orangé, d’un blanc éblouis- 
sant, disposées en longs corymbes, en grappes termi- 
nales ou en larges ombelles, le long des prairies émail- 
lées, se perdent sous de grands chênes d'Amérique, ou 
se marient à d'immenses bouquets de roses qui ne fu- 
rent ni connues ni vantées par le chantre des amours. 

Ces nobles tribus étrangères résistent en général 
aux froids de nos climats. Beaucoup sont douces d’une 
verdure persistante; quelques-unes parfument les airs 
ou viennent égayer la triste saison des frimas en pro- 
menant çà et là l’écharpe fleurie du doux printemps. 
Mais il en est d’autres non moins agréables, non moins 
utiles, mais plus délicates, qui demandent une tempé- 
rature constamment élevée, des abris qui les isolent 
de tous les météores qui agitent notre ciel, et qui rè- 
glent jusqu’à l’action qu’exerce sur leurs tendres or- 
ganes l’atmosphère même au milieu de laquelle elles 
accomplissent les fonctions de la vie. Appelées des ré- 
gions brûülantes comprises entre les deux tropiques, 
et même de la zone torride, par les arts, l’agriculture, 
la médecine, le luxe, et notre insatiable tendance pour 
la nouveauté, elles veulent retrouver auprès de nous 


l’image de leur patrie, les feux de leur soleil, l'air hu- 


(179) 
mide et chaud de leurs forêts, et jusqu'au calme de 
leurs solitudes : de là le besoin, de là l'invention de 
ces sorles de caravanserais que nous appelons serres. 
Conservées dans ces riches dépôts, où elles acquièrent 
parfois une robusticité plus grande que dans leur 
propre climat, les plantes exotiques offrent à l’obser- 
vation d’intéressans phénomènes, à la science des su- 
jets d'expériences nouvelles, et à l’industrie des élé- 
mens nombreux d'activité. Nulle part, on peut le dire, 
ces familles voyageuses n’auront recu une hospitalité 
plus recherchée et plus prévoyante qu'à Fromont. 
Vastes ou resserrées, suivant leur destination, les 
serres, construites avec une solidité presque monu- 
mentale, présentent aux végétaux qu’elles abritent 
toutes les expositions et toutes les températures. Par- 
faitement liées dans leur ensemble et dans leurs com- 
munications, le travail s’y fait promptement et avec 
facilité, la surveillance y est constante; elles offrent 
aujourd’hui, presque sans interruption, une prome- 
nade couverte de 323 mètres (1000 pieds) de long, 
sur 5248 mètres (10,000 pieds) carrés de surfaces vi- 
trées. L’eau y est amenée et distribuée de telle facon, 
qu’on peut la voir couler, dans une des divisions seu- 
lement, ou dans toutes à la fois, et qu'elle se met 
promptement au niveau de la température de chaque 
serre. Nous savons que l'intention de M. Sourance- 
Bonix est d'adapter à ses immenses locaux le procédé 
du chauffage par la vapeur. Dans ce cas, comme vous 
le pressentez tous, Messieurs, notre confrère retirera 
encore un nouvel avantage du système bien entendu 
de ses constructions: car il lui suflira d’un appareil 


( 180 }) 
unique pour faire circuler la vapeur de lune à l’autre 
serre, et reporter l’eau condensée dans le bassin même 
d’où elle sera sortie. 

La collection de Fromont se compose en ce mo- 
ment d'environ deux mille espèces de plantes, dont 
une grande partie sont encore très-rares et quelques - 
unes n’ont point encore été introduites dans nos cul- 
tures. M. Sourancr-Bonin se propose de l’élever sous 
peu à un fond constant de cinquante à soixante mille 
végétaux exotiques, et par des acquisitions successives, 
par des échanges justement appréciés, la mettre au 
niveau des plus belles collections de l’Angleterre. Les 
multiplications, confiées à des mains habiles, et faites 
sous l'œil du propriétaire, se poursuivent avec une in- 
telligence rare et une activité qui doivent nécessaire- 
ment produire d'immenses résultats. Tout est traité 
en grand, sans que rien cesse d’être traité avec soin. 

Ainsi que vous le voyez, Messieurs , les vues de 
M. Souzancr-Bonix sont élevées et généreuses ; elles 
rendent son entreprise encore plus digne de succès. 
Vous devez y applaudir, vous devez le seconder de 
tous vos eflorts; le but de votre confrère est d’ériger 
près de Ja capitale de cette France si chère à tous vos 
cœurs, un temple à la flore exotique; il veut donner 
aux amis des champs et des jardins exemple et moyens 
pour toutes les expériences tendantes à l’acclimatation 
des plantes utiles et d'ornement. L'exemple se verra 
dans les essais qu'il fait lui-même et pour lesquels 
touie une parlie de sa propriété va être consacrée; les 
moyens se trouveront dans l’extrême modération des 


prix auxquels les riches et nombreux excédans de ses 


| (r81) 
cultures sont livrés au public, et dont les produits se 
ront une source abondante pour augmenter chaque 
année la collection de toutes les conquêtes qu’il reste 
encore à faire sur les flores les plus lointaines. 

Sous ce double rapport, le jardin de Fromont sera 
donc une véritable école-modèle; il nous rendra cette 
Malmaison, où une femme illustre, à jamais chère aux 
amans de Flore, rassembla les pompes végétales des 
deux mondes ; il nous offrira toutes les richesses exo- 
tiques, et nous les conservera par une culture bien en- 
tendue, les soins y étant sans cesse calculés sur lès be- 
soins de chaque individu, les soins y étant sans cesse 
dirigés par le propriétaire. Le jardin de Fromont sera 
surtout précieux pour les amateurs, qui n'auront plus 
à craindre l'ignorance ou la mauvaise foi des mar- 
chands de graines, la cupidité de certains pépinié- 
ristes ; il sera utile aux fleuristes, aux cultivateurs et 
aux débitans, qui seront sûrs d’y trouver en quantité 
et en toute saison des plantes formées et marchandes 
que le manque de temps, de terrain, de local, d’usten- 
siles, et quelquefois aussi de moyens pécuniaires, ne 
leur permettent pas, le plus souvent, d’élever eux- 
mêmes. Les vastes laboratoires de Fromont seront 
pour eux une source inépuisable de bénéfices certains, 
presque sans aucune avance d'argent et de travail. 

Tels sont les avantages que présente à la science et 
à l’horticulture le beau jardin de Fromont. La plus 
aimable comme la plus innocente des jouissances ainsi 
mise à la portée de toutes les classes, il en résultera 
un accroissement graduel dans la consommation, qui, 
à son tour, imprimera une nouvelle activité à l’indus- 


( 182 ) 

trie nationale. Les Linnéens en venant au milieu des 
cultures de M. Sourancr-Bonin, étudier les formes, 
les organes et le développement successif des plantes 
exotiques, enrichiront d’observations utiles le domaine 
de la physiologie végétale; par leurs entretiens avec 
leur zélé confrère, ils rappelleront les sages de la Grèce 
antique se livrant dans les jardins de l’Académie, sous 
les portiques du Lycée, à l'étude de la philosophie, à 
la contemplation de la nature, et dans cette vaste en- 
ceinte un d’entre vous, Messieurs, découvrira quelque 
jour la méthode désirable qui mettra d’accord les lu- 
mineux systèmes de Tourveronr, de Link, de Jussiu, 
en un mot, la méthode simple et vraiment naturelle qui 
doit donner une direction juste aux esprits investi- 
gateurs de notre temps, et faire cesser le vague qui 
laisse aujourd’hui à chaque auteur la faculté de ren- 
verser, de modifier, de multiplier arbitrairement les 
genres et les espèces. Ces créations puériles, enfans 
de l'ambition et d’un faste imposteur, ne ressemblent 
pas mal aux rêves de l'imagination que le réveil du 
matin dissipe comme l’ombre, et qui perdent leur 
éclat séducteur devant la raison sévère, qui pèse tout 
avec équité, 


LV A0 VU VV VU VV V0 VV VA /0/Y VV 00/0 VV UV UV VU VU LAN AV AN /E 


MÉMOIRE 


Sur un nouveau genre de coquille de la famille 
des Arcacées, et description d’une nouvelle 
espèce de Modiole fossile; par M. Cnarses 


Drourr, correspondant au Mans, 


Depuis quelque temps on a souvent avancé que rien 
n'est plus diflicile aujourd’hui que la découverte de 
genres en conchyliologie. L’inventaire de tous les fos- 
siles de France, disent quelques naturalistes, a été 
dressé par des mains trop habiles pour supposer qu'il 
reste encore quelque chose à glaner dans le champ de 
leurs observations; ils considèrent les immenses tra- 
vaux des savans Bruquière, FAusas, DE LAmaARcKk, 
MonrrortT, DE FRANCE et autres, comme ayant comblé 
toutes les lacunes : dès lors, l'imagination tourmentée 
par les démembremens opérés à l’aide de trop légers 
caractères, ils repoussent jusqu’à la possibilité d’en 
établir de nouveaux. 

Cependant, quelque longues et satisfaisantes qu’aient 
été les recherches de tous ceux qui étudient l’histoire 
naturelle des coquilies fossiles de notre patrie, on est 
loin, je pense, d’avoir arraché au sein de la terre tou- 
tes les dépouilles des mollusques qu’y transporta le vieil 
Océan. Dans le nombre de celles que la retraite subite 
de ses eaux y laissa enfouies, comme dans celui qu’y 
dépose journellement l’abaissement graduel des mers, 
peut-on se flatter d’avoir tout remarqué, tout apercu? 


( 184 ) 
La sphère de la nature n’a pas de bornes; il en est 
d’elle comme de lhorizon : si le monde ne finit pas où 
nos yeux cessent d’apercevoir, des êtres ignorés sont 
aussi là où nous n’avons rien soupçonné ! 

Presque toujours disséminées dans les pierres cal- 
caires, et faisant corps avec elles, les coquilles fossiles 
ne nous sont guère révélées que par des causes sur- 
naturelles, ou par suite de fouilles et d’éboulemens 
extraordinaires; il est même peu commun de les trou- 
ver libres à la surface du sol, et cette circonstance 
manquant trop souvent, du moins dans la Sarthe, on 
ne peut établir avec une rigoureuse précision l'analyse 
de leurs caractères par l’inspection de leurs char- 
nières. C’est sans doute celte raison qui rend géné- 
ralement l’étude des fossiles décourageante; aussi faut- 
il attribuer autant aux obstacles de leur dégagement 
de la gangue qu’au petit nombre des naturalistes qui 
s’en occupent, la rareté du signalement de nouveaux 
genres en conchyliologie. 

Cette science, compagne inséparable de la géologie, 
est cependant bien nécessaire aujourd'hui que, pré- 
munis contre les faux systèmes, et cherchant franche- 
ment la vérité, nous expliquons, avec son aide, plu- 
sieurs points importans de l’histoire de notre globe, 
nous essayons d’en fixer les époques, disons mieux, 
de déterminer les eflets des diverses révolutions qu'il 
a subies, et nous notons enfin les changemens aussi 
continuels qu'insensibles qu’il éprouve. Nous devons 
donc regretter de ne pas connaître les caractères essen- 
tiels de la plupart des coquilles fossiles : leur révélation 
jeterait un rayon lumineux sur nos systèmes, et nous 


(Lras ) 
amènerait nécessairement à des résultats qu'il est 
permis de soupçconner, mais qu’il nous est impossible 
de calculer aujourd’hui. 

En vain le zèle et l’opiniâtreté même chercheront 
à les découvrir, et à leur assigner dans la chaîne in- 
finie la place qu’une providence générale leur a mar- 
quée; la perception des différences qui les éloignent 
du genre où, par une analogie extérieure, on les avait 
comprises jusque là, ne sera due le plus souvent qu’à 
l’un de ces hasards qui créent, fort heureusement pour 
la méthode, un nouveau point de liaison, et préparent 
au naturaliste une source inattendue de jouissances. 

Ainsi, favorisé par cette cause dans une de nos ex- 
plorations, c’est à elle seule que nous devons l’avan- 
tage de tracer ici les caractères d’un nouveau genre 
dont nous proposons l’admission, et auquel nous im- 
posons le nom de VWéithée. 

Une étude approfondie des familles établies par 
M. pe Lamanck, sous les noms d’arcacées, de trigonies 
et de pectinides, nous a fait reconnaître que le genre 
néithée était inédit, et que, présentant à la fois les ca- 
ractères des deux premières familles et la physionomie 
de la troisième, il doit faire partie des Arcacées et leur 
servir de chainon avec les Trigonies. 

On lui trouve en effet, 1° la charnière linéaire mu- 
nie des petites dents nombreuses et intrantes des {r- 
cacées; 

2° Les dents cardinales , oblongues, divergentes, 
aplaties sur les côtés, et sillonnées transversalement 
des Trigonies ; 


; k . - Ne 
Ge LL empreinte du ligament intérieur fixé sous les 


19 


{ 186 ) 
crochets, ainsi que les valves auriculées, inégalement 
bombées et munies des côtes rayonnantes de la plu- 
part des Pectinides. 

Mais, comme la charnière du genre néithée est un 
peu interrompue par le sommet, et que cette circon- 
stance le rapproche conséquemment des VNucules, nous 
croyons qu'il faudra le placer à leur suite pour former 
la transition nécessaire aux trigonies. 


GENRE. 
NÉITHÉE NeitHea. N. (1) 


Coquille libre, inéquivalve, équilatérale, auriculée; 
vaive inférieure concave, terminée par un crochet re- 
courbé en dedans; valve supérieure plane; charnière 
presque linéaire, multidentée, à dents sériales sur les 
auricules; deux dents cardinales oblongues, diver- 
gentes, aplaties sur les côtés et sillonnées transversa- 
lement; fossette du ligament intérieure, insérée sous 
le sommet. 


ESPÈCES. 
5. NÉITHÉE PECTINOÏDE. Netrnea pecrtinoïinss. N. 
Voyez la planche VII, fig. 1—>. 


N. Testa trigona, sub-antiquata, inferne valde 
concava ; Mmargine crenalo, subpentagono} radiis 98 
ad 51 confertis, æqualibus, glabris. 


(1) De Wéüth, nom d’une divinité des eaux chez les Gaulois. Il y 
avait dans le lac de Genéye un rocher qui lui était consacré et qui 
porte encore le nom de Wetton. 


Men. dela SocLämnéenne (1824 ) PI VIT. 


Pelletier, f:: 


Luh. de Duperray 


1, 2. Neithee pectimoide. | 4. Néithée, cotes-inegales 
Le 


[y < pe . . 
3. in ace 5. Modiole striée. 


(H87) 

Coquille trigone, presque rustiquée, à valve infé- 
rieure très-concave; bord crénelé, presque pentagone ; 
28 à 31 rayons serrés, égaux el unis. 

Pecten æquicostatus. Lam., Hist. anim. s. vert. VI, 
pag. 181, n° 15, des Esp. foss. 

Habite. — Fossile des coteaux de Gazonfier, de 
Saint-Blaise et du Luard, communes de Sainte-Croix 
et d'Yvré-l'Evêque, près le Mans, département de la 
Sarthe; de Soucelles et de Soulaire, près Angers, dé- 
partement de Maine-et-Loire. 


Largeur 20 à 54 millimètres. 


2. N. COTES INÉGALES. NEITHEA VERSICOSTATA. N. 
Voyez la planche VIE, fig. 4. 


N. Testa trigona, margine crenato, pentagono; 
radiis numerosis, diversis, transverse substriatis, 


G remotis elevatioribus. 


Coquille trigone, à bord fortement crénelé et pen- 
lagone; rayons nombreux, striés transversalement, 
dont six plus gros et relevés. 

Pecten versicostatus. Lax., Hist. anim. s. vert. VI, 
pag. 181, n°14, des Esp. foss. Fausas, Hist. nat. de 
la montagne de Saint-Pierre de Maestricht, p. 167, 
planc. XXVIIL fig. 4. À. BronantarT, Descript. géol. 
des environs de Paris, nouvelle édition, planche IV, 
en, 4, D, 

Habite. — Fossile de Sainte-Croix, d’Yvré-l’Evêque, 
de la Chapelle-Saint-Remi, de Dissé-sous-Courcillon, 
de Crosmières, département de la Sarthe; de Sou- 


(188) 
celles et de Soulaire, département de Maine-et-Loire: 
de Vendôme, département de Loir-et-Cher. 
Largeur 14 à 56 millimètres. 


3:.NLISSE: NeITuEA LævicaraA. N. 


Voyez la planche VIE, fig. 5. 
N. Testa trigona, lævi, longitudinaliter lineata ; 
margine Subintegro, rotundo. 


Coquille trigone, lisse, marquée de lignes longitu - 
dinales peu apparentes ; à bord entier et arrondi. 

Habite. — Fossile de la butte de Clermont, près La 
Flèche, département de la Sarthe. 

Largeur 15 à 28 millimètres. 


4. N. COSTANGULAIRE. NeiTuEA cosTanGuLARIs. N. 


N. Testa trigona, arcuata; radiis sex maæximis, 
longitudinaliter suleatis; margine 6-angulato. 


Coquille trigone, arquée, à six gros rayons sillon- 
nés longitudinalement; bord à six angles. 

Pecten costangularis. Lam., Hist. anim. s. vert., 
VI, pag. 182, n° 15, des Esp. foss. Encyclopédie, 
planc. CGXIV, fig. 10, a, b, e (1). 

SE s . 

C'est avec très-peu de doute que je rapporte au 
nn 1 RON POP EP EE SO UE R ep: Ji ET" US SRE 

(1) La comparaison que nous avons faite des exemplaires que 
nous possédons de la néithée costangulaire avec les figures de 
l'Encyclopédie, planche CCXIV, fig. 10, a, Bb, c, nous a convaincu 
que ces figures appartenaient bien à cette espèce, et qu'elles ne 
convenaient nullement à la néithée côtes inégales, Pecten versi- 
costatus de M. DE Lamarcr. 


(189) 
genre néithée le Pecten costangularis Lax., dont à la 
vérité je n’ai pu observer la charnière, mais qui se 
rapproche entièrement des trois premières espèces 
par sa conformation extérieure, 
Habite, — Fossile de Saint-Maixent, près Mamers, 
département de la Sarthe. 


GISEMENT. 


C’est au milieu d’un terrain marin, peut-être con- 
temporain de la craie la plus ancienne, que se trou- 
vent ordinairement les néithées. Elles sont renfermées, 
à Angers et à Vendôme, dans une sorte de roche que 
nous rapportons à la Glauconie crayeuse de M. À. Brox- 
anrART (le sable vert, Green sand, des géologues an- 
glais); et quoique dans le département de la Sarthe 
elles soient bien aussi quelquefois méltes à la glauco- 
nie, cependant, aux environs du Mans, elles se ren- 
contrent particulièrement associées à un agrégat de 
sable quartzeux plus ou moins atténué, de coquilles 
entières ou brisées, et de grains verts de fer chlori- 
teux granulaire, liés ensemble par un ciment calcaire 
non crayeux. 

La présence du fer chloriteux indiquant une époque 
de formation semblable à celle de la glauconie, nous 
pensons que pour distinguer la roche des collines du 
Mans des autres roches calcaires du département, cle 
devra porter à l’avenir le nom de Culcaire glauco- 
nique. On reconnaîtra facilement cette identité, si Pen 
veut tirer le caracitre de l’époque de formation de 


plusieurs corps organisés fossiles qui sont propres à fa 


(190 ) 
Giauconte crayeuse, et se trouvent assez fréquemment 


dans nos collines. 
FOSSILES 
DES COLLINES DES ENVIRONS DU MANS. 


1. Clypeaster oviformis, var. 2, Lax., ist. anim., 
S. verlt., à, P- 19. 

>. Galerites cylindricus Lax., L e.,3, p. 25. 

9. Ananchytes carinata Law., L. e., 5, p. 26. 

4. Spatangus bufo À. Broxc., Descript. géol. des 
environs de Paris, édit. nouv., planc. V, fig. 4, a, b,e. 
Fausas, Maest., planc. XXX, fig. 2. 

o. Nucholites columbaria Lax., L e., 5, p. 37. 

6. Cydarites variolaris À. Broxc., L. e., pl. V, fig. 9. 

7. Lutraria gurgitis À. Bronc.; {. c., pl. IX, fig. 15. 

3. Cardium burdigalinum Law., L. e., 6, p.18. 

4. Pectunculus subconcentricus Law., L. e., 6, p. 56. 

10. frigonia scabra Law., L. e., 6, p. 63. Encycl., 
planc. CCXXX VII, fig. 1, a, b, c, d. 

11. J'rigonia crenulata Lam.,{.c:,6,p. 63. 

12, Trigonia dædalea Lam., L e.. 6, p. 65. 

12 Trigonia cordata Nos.,Enc., pl. CEXXXVI, 
fig. 9, a, b, e. Se rapporte au T'rigonia costata, var. b, 
Lau: le p6/: 

14. Trigonia suleataria Lax., L. c., 6, p. 64. 

19. J'rigonia fleœuosa Law., L e., 6, p. 65. 

16. Trigonia crassatellina Law., L. e., 6, p. 65. 

17. Mytilus scapularis Lax., L. c., 6, p.161. 

8. Peeten elongatus Da 10,0, p.101. 
19. Pecten subacutus Lax., Pic 0, pe 101- 


so. Pecten orbicularis Lam., Ne 10; P: 102. 


(191) 

21. Spondylus? strigilis À. Bnronc., l. e., pl. IX, fg.6. 

29. Gryphæa columba, var. b. Law 0626, 1p. 198. 

« Cette variété, très-commune dans nos coilines, 
» reste constamment plus petite que la Gryphæw eo 
» lumba des craies. » 

25. Gryphæa plicata Law., L. e., 6, p. 199. 

24. Gryphæa plicatula Law., L. c., 6, p. 200. 

25. Ostrea diluviana Lam., l, c.,6, p.214. Encyel., 
planc. CLXXXVIT, fig. 1 —». 

26. Ostrea flabelloides Lax., l e.,6,p. 215. Encye., 
planc. CLXXXV, fig. 9. 


27. Ostrea colubrina. Lam., L e., 6, p. 216. 


28. Ostrea scolopendra Lax., l. e., 6, p. 21 

29. T'erebratula biplicata Law., l. e., p. 259 

30. T'erebratula gallina À. Broxc., {. c., pl. IX, 
fig. ©, a, b, © 

51. Tercbratula pectita À. Bronc., {. c., planc. IX, 
fig. 3, a, b, ce. Law., L c., 6, p. 256. 

52. T'erebratula difformis Law., L. e., 6, pe 250: 
Encycl., planc. GCXLIL fig. 5, a, b,e. 
55. T'ercbratula compressa Lam., L. e., 6, p. 256, 
54. Nautilites triangularis Monrr., Hist. moll., IV, 
292, planc. XLIX, fig. 2. 
99. Ammonites tuberculifera Lan., L. e., 3, p. 659. 
86. T'urrilites costatus Montrorr, Honog. Journal 
de phys. an 7,p.1,t. 1, fig. 1. À. Browc., {. c., nouv, 
édit, pl. VIL, fig. 4. Turrilites costulata La., L. €, 
7, p. 646. 

Enfin une espèce de strombe (1), et le moule inté- 


ss 


(1) Le Strombus pelagi? À. BroNG., p. 94. 


(192) 
rieur d’un trochus, indéterminables, des fragmens de 
trois sortes de serpules, une côte et d’autres ossemens 
de lamantin, enfin de litoxyles qui ont appartenu à des 
arbres monocotylédons. 

La glauconie crayeuse de quelques localités propres 
aux déparlemens de la Sarthe et de Maine-et-Loire 
nous a offert aussi divers fossiles, parmi lesquels nous 
avons remarqué plusieurs exemplaires d’une grande 
Modiole que nous croyons inédite. Nous nous empres- 
sons d'insérer ici la description d’une espèce aussi in- 
téressante, et nous en donnons la figure (pl. VIF, fig. 5). 


MODIOLE STRIÉE. Moprora srriaTA. N. (1) 


M. Testa oblonga, decussata, posteris tumida, sub- 
medio carinata transversi suleata; striis longitudi- 
nalibus, interruptis, divergentibus, aliquoties bifur- 
catis. 

Coquille oblongue, treillissée, postérieurement en- 
flée, carénée versle milieu, sillonnée transversalement ; 
stries longitudinales, interrompues, divergentes, quel- 
quelois bifurquées. 

Habite. — Fossile des communes de Clermont et de 
Parigné-le-Pôlin, département de la Sarthe; de Pé- 
louailles, département de Maine-et-Loire. 

Longueur 7 à 11 centimètres. 

« Largeur 4 à 5 centimètres. 


(1) Je témoigne bien sincèrement à M. Texprow, de Coulans, 
observateur excellent et trés-enclin aux recherches d'histoire natu- 
relie, toute ma reconnaissance pour la cession qu'il n’a faite d’un 
bel échantillon trouvé à Parigné-le-Pôlin, C’est le type de la fig. 5, 


planche VIT. 


VAL VV VV AMV VA VAUT VVVV AV AA TA 


DESCRIPTION 


D'une espèce nouvelle de sangsue, l'Hirudo 
oscillatoria, par M. DE SAINT-AMANs, prési- 
dent de la Société Linnéenne de Lot-et- 
Garonne. 


Corps oblong, presque transparent, très-contractile, 
dilatable aux extrémités en un disque charnu, qui se 
fixe par une forte succion comme une ventouse. 

Ventouse antérieure d’un jaune clair, blanchâtre et 
transparente à l’extrémité; une tache semi-circulaire 
d’un violet foncé, bordée de trois lignes noires, dont 
deux réunies à leur base. 

V’entouse postérieure arrondie dans l’état de dilata- 
tion, d’un vert clair, avec des taches d’un vert plus 
foncé, allongées et rayonnantes, qui donnent à cet or- 
gane l’apparence d’un éventail ouvert. 

Surface supérieure du corps d’un violet foncé, avec 
quatre rangées longitudinales de points jaunes. Entre 
les deux rangées intermédiaires sont placées trois au- 
tres rangées de points plus petits de la même couleur; 
ces points se réunissent à la partie antérieure du corps 
et forment des lignes continues. 

Bords de la même surface transparens et marqués 
de lignes brunes, avec des lignes ou des taches jaunes 
au nombre de deux. 

Surface inférieure du corps d’un cendré bleuûitre, 
marquée de deux rangs longitudinaux de taches d’un 

14 


(194) 
beau-rouge, en forme d’y grec, et réunies à l'extrémité 
antérieure par une tache de la même couleur; bords 
transparens et marqués de lignes d’un brun-rouge et 
de taches jaunes. 

OsservarTions. —Les surfaces supérieure et inférieure 
de l’extrémité antérieure, qu’on peut regarder comme 
la tête de l’animal, présentent deux ou trois points 
noirs, qui paraissent des yeux, mais qui, regardés 
plus attentivement, semblent se réduire à de simples 
taches. 

Le nombre des taches ou des points varie suivant 
le plus ou le moins de contraction du corps; lorsqu'il 
est entièrement allongé, il n'offre plus que quatre 
rangs de points longitudinaux. 

Cette sangsue marche à la facon des chenilles ar- 
penteuses. Elle se fixe d’abord par sa partie posté- 
rieure, s’allonge en avant, puis fixe sa partie anté- 
rieure, détache la postérieure, se contracte, la porte 
en avant, la rapproche de l’antérieure, la fixe de nou- 
veau, el par ses mouvemens répétés arpente avec assez 
de vitesse. 

Lorsqu'elle n’est point dans l’état de repos, elle est 
toujours fixée par la partie postérieure, allonge son 
corps, qui devient cylindrique, et le promène sans 
cesse en oscillant dans l’eau, dont elle ne sort jamais. 

Elle a été trouvée au mois d'octobre 1823, dans une 
fontaine près d'Agen. Conservée dans un bocal dont 
on renouvelait l’eau tous les huit jours, elle y a vécu 
jusqu’en février 1824. 

On avait essayé de la nourrir, mais sans succès, avec 
des caillots de sang et des plantes aquatiques. 


à 
Mem . de x Societe Linneenne [1824.) 4 


‘ 


HIRUDO  Oscillatoria. 


Z. de Brondeau, del. 


(195 ) 

Cette sangsue m'a été communiquée par notre Con- 
frère linnéen, M. le docteur Irrer, et M. Louis pe Brow- 
peau l’a dessinée d’après nature avec l’exactitude et 
le talent qui le distinguent parmi les plus habiles na- 
turalistes. Cette espèce étant inédite, je lui impose le 
nom de sangsue oscillante, Hirudo oscillatoria. 


LOS nn sn 


EXPLICATION DE LA PLANCHE VII. 


. 1. Grosseur naturelle de la sangsue dans l’état de 
repos. 

2. La même, dessinée à une forte loupe. 

3. Sangsue dans son mouvement oscillatoire habituel, 
et de grandeur naturelle. 

4. Représentée dans son mouvement progressif, et pa- 
reillement de grandeur naturelle. 

5. Dessus du corps vu à la loupe. 

6. Dessous du corps également dessiné à la loupe. 


LU LWVERE RE LUE AVR VER EURE VUUERAVV LUE VUE VULULE VAS VER EU 


MÉMOIRE 


Pour servir a l'histoire du Tournis chez l'homme, 
par M. le docteur G.-B. CARRÈRE, membre de 
la Société Linnéenne de Paris. 


Perpendendæ non numerandæ observationes. 
MorGAGni. 


Le fait dont je vais avoir l'honneur de vous entre- 
tenir, Messieurs, n’est pas nouveau : quoique assez rare 
par lui-même, plusieurs auteurs ont été à même de le 
constater, On en trouve çà et là quelques observations 
éparses. 

Personne n'ignore que des insectes parasites ne 
puissent prendre droit de domicile dans toutes les par- 
lies de l’économie animale, et que chacun, selon son 
espèce et le siége qu'il occupe, n’y cause des désordres 
que le médecin sait apprécier. C’est ainsi que le ver 
vésiculaire, placé dans l'abdomen, peut lui donner un 
développement considérable, simuler la grossesse, ou 
produire ce qu’on connaît sous le nom de môle hyda- 
tique et de fausse grossesse (1). Les vétérinaires savent 
que, placé dans le cerveau du mouton et d’autres qua- 
drupèdes, il produit une maladie encore mortelle, à la- 
quelle ils donnent le nom de Z'ournis, nom tiré sans 
doute du symptôme le plus saillant de la maladie, 
D RAS AS 


(1) Turrn Obs. med, Lib. I], cap. xxxn, hydrops uteri. 


(197) 

Quoique cette affection ne serve pas à grossir le 
cadre nosologique déjà trop vaste des médecirs, ose- 
rons-nous dire qu’elle est spécialement réservée aux 
quadrupèdes ? que puisque, depuis plus de trois mille 
ans qu’on étudie la médecine, il n’en a pas été fait men- 
tion, elle ne peut appartenir à l’homme? Quelque res- 
pect que j'aie pour l’antiquité, quelque sublimes que 
soient ses écrits, je ne pourrais que vainement y fouil- 
ler : c’est à l’esprit investigateur des modernes que 
nous devons les beaux livres sur l’anatomie patholo- 
gique, et c’est par des observations basées sur ce nou- 
veau genre de recherches, et en comparant les faits des 
médecins avec ceux des hippiâtres, et leur opposant 
celui que j’ai eu l’occasion de recueillir, que je tâche- 
rai, autant que mes faibles moyens me le permettront, 
d’éclaircir la question. 

Aucun auteur, que je sache, n’a fait ce rapproche- 
ment ; tous les faits de ce genre qui nous sont connus 
ont été rapportés, ou comme pour contenter les esprits 
avides de cas rares, ou comme des pierres d’attente qui 
ne demandent que la main habile de quelque génie 
heureux qui voudrait tracer l’histoire pathologique du 
genre humain. 

Cette affection dévastatrice assez commune chez les 
bêtes à laine a fixé depuis quelque temps Pattention 
des observateurs; des ouvertures réitérées de cada- 
vres ont permis de constaler d’une manière matérielle 
une maladie bien réelle, qui parcourt ses périodes 
avec régularité et qui a son siége dans le cerveau. 

Cette maladie, connue sous les noms de nouton 
lourd, de tournoiement et de tournis, allaque les 


(198) 

jeunes agneaux qui n’ont point encore atteint l’âge de 
deux ans, et de préférence ceux qui semblent avoir 
reçu, par voie de génération, une frêle constitution, 
ceux qui sont issus d’une mère faible, ou ceux qu’une 
industrie funeste a fait naître d’un père sans vigueur, 
pour retirer de son fruit une toison plus fine et plus 
soyeuse. On remarque aussi que les jeunes veaux les 
moins impétueux, comme les agneaux les plus lents” 
dans leur marche, y sont plus exposés que ceux qui 
ont reçu de leur père, avec la force, une partie de son 
âpre rudesse : que les cochons les plus sujets à l’hy- 
datide-ladrique sont ceux qui demeurent le plus long- 
temps dans leurs loges étroites, tandis que les san- 
gliers dans les forêts n’en sont jamais atteints. 

Les symptômes qui font reconnaître cette maladie 
sont d'ordinaire la perte du peu d'intelligence que ces 
animaux ont reçu de la nature. Quand les troupeaux 
vont aux champs, l’agneau parait lourd, pesant, on ne 
le voit point se livrer à ces bonds particuliers à son es- 
pèce : au contraire, il cesse même de suivre le trou- 
peau, ilerre çà et là, s’embarrasse quelquefois dans 
les broussailles et ne sait plus s’en retirer; plus tard, 
il porte sa tête tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, 
tantôt basse, tantôt le nez en haut : il tourne dans des 
cercles concentriques, perd l’appétit, et meurt le plus 
souvent au milieu des convulsions. 

La cause de cette maladie est la présence d’hyda- 
tides dans le cerveau. Les autopsies bien faites n'ont 
jamais démontré le contraire. Sur vingt-une autopsies 
faites par notre estimable confrère M. Grrov, de Bu- 


zaringues, une seule n’a pas répondu à son altente : 


(199) 

un Coup de sang avait simulé le tournis. Il est vrai- 
semblable que la rapidité de la maladie ne lui avait 
pas permis d'observer l'animal, peut-être ne l’avait-il 
pas vu du tout et s’en était-il rapporté au dire de son 
berger : ou peut-être encore des symptômes qui ne lui 
semblaient pas anomaux avec ceux qu’il avait observés 
jusqu'alors lui firent porter un diagnostic que l’au- 
topsie n’a point justifié. 

Le nombre des hydatides n’est pas constant, les 
observateurs en ont trouvé jusques à quatre. On sait 
seulement qu’elles sont d’autant plus petites qu’elles 
sont plus nombreuses. 

L’analogie frappante que j'ai cru remarquer entre ces 
symptômes et ceux que les médecins ont observés chez 
l’homme, me semblent dignes de fixer un instant l’at- 
tention. Un des faits les plus frappans que j'ai puisés 
chez eux, est celui observé par Br£rA (1), célèbre 
professeur de clinique à l’université de Pavie. 

Joseph Ricci, qui fait le sujet de cette observation, 
est un homme de cinquante-cinq ans, d’un tempéra- 
ment faible, qui vivait sous l’influence d’une foule de 
causes débilitantes : il se nourrissait mal; depuis trois 
mois il était tourmenté par des fièvres intermittentes 
et en proie à de fortes affections de l’âme. Dans cet 
état il est attaqué, en route, dans la matinée, d’une 
violente torpeur des extrémités inférieures , il se 
traîne chez lui; là, il est pris tout-à-coup d’une dou- 
leur violente dans la partie supérieure de la tête; 


(1) BrérAa, Zraitc des maladies vermineuses, xaduit de Pitalien, 


pag. 32. 


( 200 ) 
il appelle du secours et tombe par terre sans connais- 
sance. 

Bréna, frappé de ces phénomènes, ne sait trop com- 
ment qualifier cette maladie, et comme dans ce temps- 
là, comme dans des temps encore bien plus rapprochés 
de nous, on appelait nerveuse une affection difficile à 
caractériser, le professeur décore cette maladie du 
beau nom d’apoplexie nerveuse. 

L’autopsie vint lui démontrer que sa prétendue apo- 
plexie était due à la même cause, et il le dit sans dé- 
tour , qui donne le tournis aux jeunes agneaux : car, 
après avoir examiné ces vésicules, il lui fut facile de 
constater qu'elles différaient de celles qu’on trouve 
dans le foie des lièvres, des souris; tandis qu’elles 
avaient beaucoup de ressemblance avec celles qu’on 
trouve dans le cerveau des brebis (1), mais il ne fut 
pas plus loin. 

Il est plus que probable que certaines particularités 
nous manquent sur ce fait : l’idée de l’observateur, 
tournée vers une apoplexie, bien que se présentant 
d’une manière inaccoutumée, ne l’engage pas à s’en- 
quérir des antécédens; peut-être ne put-il pas; du 
moins il ne parle pas de l’état où Ricei se trouvait avant 
l'attaque, ni de ce qui se passa après sa visite jusqu’à 
la mort; il ne vit sans doute le malade qu’une fois 
immédiatement après l’accident. 


7 

(1) La gravure qu'il nous en a donnée nous fait placer ces vers 
vésiculaires dans le genre Cysticerque (de xvçt, vesica, et de xepxoç, 
cauda). Le caractère des cysticerques est d’avoir un corps conformé 
à peu près comme celui des tœnias et terminé postérieurement par 
une vessie. 


{ 201) 

Pour nous, un peu plus heureux que Bréna, nous 
pouvons offrir l'observation suivante, plus complète et 
plus circonstanciée : 

François Hévrard, âgé de vingt-quatre ans, né à 
Romorantin (Loir-et-Cher), fait le métier de tailleur 
depuis quelques années. Quoique fils d’un père mort 
phthisique à quarante-cinq ans et d’une mère hysté- 
rique encore vivante, sa constitution est assez forte; 
il a les cheveux noirs. L'enfance et la puberté se 
passent sans rien offrir de remarquable. 

À vingt ans seulement il se plaint de maux de tête, 
qui deviennent habituels. Ces douleurs se sont, dit-il, 
fait toujours ressentir dans le même lieu : elles s’é- 
tendent de la racine du nez jusqu’au sommet de la 
tête. Avant cette époque il avait eu quelquefois des 
épistaxis; il y a quatre ans que cet écoulement ne re- 
paraît plus. 

Son séjour à Paris date de plusieurs mois; aucun 
dérangement de santé ne signale son arrivée. 

Depuis six semaines Hévrard sent sa tête plus 
lourde; cet état de pesanteur insolite se change gra- 
duellement en douleur; elle redevient vive, la vue se 
trouble après quelques heures de travail, il perd l’ap- 
pétit, il n’y oppose aucun remède; le mal fait de 
nouveaux progrès, il ne peut plus exercer son état. 

Le 1 avril 1824, entre midi et une heure, il ressent 
une douleur beaucoup plus forte que les jours précé- 
dens ; la vue est plus trouble, il chancelle sur ses jam- 
bes; à quatre heures du soir il est admis dans une 
des salles de l’Hôtel-Dieu : aucune médication ne lui 
est administrée dans la soirée; la nuit est très-agitée : 


( 202 ) 
pour la première fois il la passe sans sommeil; quand, 
dit-il encore, le sommeil voulait venir, il se trouvait 
éveillé par une douleur plus poignante que toutes celles 
qu'il avait ressenties jusqu'alors. 

Le 22, au matin, il se plaint d’une forte douleur à 
la partie antérieure de la tête, au même point qui a 
élé déjà indiqué. Sa tête est presque toujours en mou- 
vement, il la porte tantôt d’un côté de son oreiller, 
tantôt d’un autre. Le regard est fixe, les yeux comme 
troubles présentent un aspect particulier : état d’hébé- 
tation. I distingue cependant bien les choses qui l’en- 
tourent; les pupilles sont très-dilatées, mais non im- 
mobiles ; face terreuse, expression de mort, traits tirés, 
incertitude morale, malade très-affaissé; pouls dur, sans 
fréquence; on sent les battemens de la récurrente pal- 
maire. Rien de particulier dans lappareil digestif : 
mouvemens des bras et des jambes très-libres. 

La seule prescription qui a formé tout le traite- 
ment se compose d’anti-phlogistiques, combinés aux 
anti-spasmodiques diffusibles et aux rubéfians. 

Un léger soulagement semble suivre la saignée, les 
pupilles se sont resserrées, le pouls a été moins dur et 
plus lent. 

Ce mieux être apparent, qui a suivi la saignée gé- 
nérale, s’est soutenu jusque vers deux heures de l’après- 
midi, que le délire a commencé après la chute des 
sangsues. On le contient un instant, un léger calme re- 
paraît, et c’est alors qu'il se livre à un nouveau genre 
d’agitation que les personnes qui l’entourent ne con- 
naissent pas. ]l tourne dans son lit, se cache sous les 
couvertures : le délire redouble. Application de la ca- 


( 08 } 
misole de force; les sinapismes le rendent plus tran- 
quille : il remercie des soins qu’on prend de lui; à 
six heures et demie il est dans le méme état de calme; 
à six heures cinquante-cinq minutes sa bouche se rem- 
plit d’une bave mousseuse : mort à sept heures. 

Autopsie. —On procède à l’ouverture du corps vingt- 
quatre heures après la mort : chairs assez fermes, pu- 
pilles larges. 

Crâne pas très-dur. — La dure-mère s’enlève avec 
facilité; il n’existe pas de filamens entre les deux mem- 
branes; arachnoïde sèche, sans injection. 

Le cerveau en place, dépourvu de ses enveloppes ; 
la main portée d’arrière en avant, on constate, en pres- 
sant légèrement, que le lobe droit en arrière est bien 
moins ferme que le gauche. On présume un ramol- 
lissement à droite qu’on n’avait pas soupconné dans 
la vie. 

Une coupe horizontale d’avant en arrière pénètre 
dans les deux ventricules : le gauche contient quelques 
gouttes de sérosité, le droit n’est point dilaté; septum 
lucidum entier. 

À la partie postérieure et un peu latérale du lobe 
droit, au-dessous du ventricule du même côté, les vais- 
seaux de l’arachnoïde, légèrement injectés en forme 
de gerbe, recouvrent un corps ovoïde, de couleur gris 
de perle, peu résistant sous les doigts, de la grosseur 
d’un œuf de poule d'Inde à peu près, qui semblait at- 
taché au cerveau comme par juxtà-position. Celui-ci 
enlevé avec soin et examiné en dessous, on a remarqué 
la substance du cerveau, comme écartée, pour donner 


passage à un corps étranger. La membrane qu’on avait 


(204) 

disséquée à la partie supérieure, était déchirée infé- 
rieurement et comme morcelée, mais n’empêchait pas 
de s’assurer que d’abord elle avait dû servir tout-à-fait 
d’enveloppe à une vésicule ronde ayant beaucoup de 
ressemblance avec le corps vitré. On a pu enlever cette 
vésicule toute entière, la manier, et constater, en la 
tenant sur Ja main, un certain frémissement ondula- 
toire tout particulier. Il a été facile de reconnaître que 
ce corps n’était autre chose que ce que les helmintho- 
logistes avaient désigné sous le nom de vers vésicu- 
laires, et que M. Larnxec, plus récemment, a appelé 
Acephalocystis globula (1). 


1 


(1) C'est à M. Larnwec qu'on doit le genre Acéphalocystis, dont 
le nom en grec signifie vessie sans tête, dxéporos xûçis ; il en exprime 
les caractères par la phrase suivante : « vers intestins dont le corps, 
» où une partie quelconque du corps, représente une vessie rem- 
» plie de liquide. » (Voyez les Bulletins de la Faculté de médecine 
de Paris, an XIII ou 1804, n° 10.) Il ajoute plus bas, que ces vers 
différent des autres vers vésiculaires par plusieurs caractères essen- 
tiels, et entre antres par l'absence de tout organe que l’on puisse 
comparer au corps et à la tête des Cysticerques et des Polycéphales, 
ou aux cornes du Ditrachyceros, et surtout par la singularité de leur 
reproduction, 

Le poids de notre acéphalocyste est de 119 grammes (3 onces7 gros 
et quelques grains). Les parois de cette vessie étaient minces, trans- 
parentes, d’un blanc de nacre, sans fibres. Elle était pleine d’un li- 
quide parfaitement clair. Soumis à quelques expériences chimiques, 
30 grammes (1 gros) de ce liquide, mis en évaporation, donnent un 
résidu de 3 grammes ?/, (68 grains); du mucus et des muriates pré- 
dominent : ces muriates sont probablement de soude, ou un sous- 
carbonate de potasse. La saveur est alcaline. On n’y trouve pas de 
phosphates, non plus que de la gélatine; l'albumine y est en très- 
petite quantité. 


( 209 ) 

La membrane qui formait la première enveloppe, n’a 
offert à la loupe aucune espèce de vaisseaux. 

Cervelet sain; la protubérance annulaire donne des 
angles fermes à la coupe; moelle allongée pas tout- 
à-fait aussi consistante. 

Poumons crépitans, légère congestion sanguine à la 
partie supérieure du droit; dans le gauche, il ÿ avait 
quelques adhérences celluleuses. Cœur pas plus gros 
que le poing du sujet; substance friable, flasque, un 
peu pâle, cavités pleines d’un sang difluent. Rate un 
peu ramollie. Estomac : membrane muqueuse pas très- 
dense; injection linéaire vers la petite courbure et le 
grand cul-de-sac; les intestins grêles présentent 40 à 
48 centimètres (15 à 18 pouces) d’injection de la mu- 
queuse amincie; valvule iléo-cæcale pleine de ma- 
tières pelotonnées; foie couleur fauve; sang plus rouge 
qu’il n’a coutume de l'être dans cet organe; vésicule 
biliaire, rien de particulier non plus que dans l’appa- 
reil urinaire. 

Notre malade, comme celui de Br£ÉrA, a vécu sous 
l'influence d’une foule de causes débilitantes; il est 
tailleur : comme les agneaux les plus sujets à cette 
maladie, il descend de parens faibles, portant un germe 
de mort qui ne leur permet presque jamais de voir de 
longs jours ni d’en transmettre de fortunés à leur pos- 
iérité. Son mal n’est pas venu tout-à-coup; les obser- 
vateurs savent saisir les diverses périodes de cette ma- 
ladie chez les agneaux. On trouve même dans les fastes 
de notre art, que, dans quelques contrées de l'Italie, 
cette maladie a été comme épidémique en 1571, et 
qu'après trois ou quatre attaques les malades mou- 


( 206 ) 

raient au déclin du jour (1). 11 y avait quatre ans que 
Hévrard se plaignait de la tête. Les symptômes sur 
les quadrupèdes ne deviennent alarmans que long- 
temps après leur première apparition. Six semaines 
avant d’être soumis à notre observation, la douleur 
avait fait place à un état de lourdeur, de pesanteur, 
comme chez les agneaux. Trente-six heures avant la 
mort, la vue devient plus trouble, les yeux présentent 
un aspect particulier; cet état que je n’ai trop su qua- 
lifier, l’a été de la manière suivante par un ancien au- 
teur : Seilicet talem quo caligent oculi. Comme le ma- 
lade de Br£r4, le nôtre chancelle sur ses jambes; ils 
ressentent tous deux la douleur à la partie supérieure 
de la tête. 

Le lendemain au matin, sa tête ne peut rester un 
moment sur son oreiller ; dans la soirée, il se roule dans 
son lit, s'enfonce brusquement sous les couvertures; 
enfin, il tourne comme les agneaux. L'action de tour- 
ner chez les quadrupèdes n’a souvent lieu que tout-à - 
fait à la fin de la maladie, lorsqu'elle est au plus haut 
point d'intensité : c’est ce qui est arrivé chez Hévrard. 
La particularité de cette bave mousseuse qu’il a pré- 
sentée cinq minutes avant sa mort, n’a pas non plus 
échappé aux observateurs. Un d’entre eux (2), tra- 
cant le tableau de cette maladie funeste, outre la dou- 
leur aigüe et pongitive de la tête, outre cette agitation 
particulière dont nous avons parlé, n’abandonnant ja- 


(1) Voyez Grorcrs GArNERuS, cité dans le Sepulchretum Theo- 
plhili Boneti, tom. 1, p. 66, obs. cxvr. 


(2) Saxonsus Panreus, liv. I, ch. 1. 


(07) 
mais son malade, quoiqu’aux prises avec la mort, si- 
gnale aussi une certaine quantité de salive qui semble 
venir se placer là comme pour servir de barrière à la 
libre circulation de l’air dans les poumons, ou comme 
d’avant-coureur du terme prochain de la vie du mal- 
heureux. 

Cette maladie ne pourra être confondue avec une 
arachnitis, comme on le crut d’abord : notre malade, 
ainsi que celui de Brér4, n’en offrait aucune trace à 
l’autopsie, 

La petite quantité de sérosité dans un seul ven- 
tricule ne pourra point lui faire grossir la liste des apo- 
plectiques. 

Nous ne pourrons non plus avec M. Rosran (1) la 
regarder comme une complication du ramollissement ; 
nous ne blâmerons pas cet observateur d’avoir ainsi 
conclu, puisque, dans le seul fait qu’il ait observé, les 
symptômes du ramollissement prédominaient. L’au- 
topsie lui ayant fait voir plusieurs points de ramollis, les 
acéphalocystes ne durent lui paraître qu’accessoires ; 
mais nous qui avons vu ces mêmes acéphalocystes seuls, 
qui n'avons pu, malgré de minutieuses recherches, 
trouver un seul point de ramolli, pouvons-nous em- 
brasser son opinion? L'intérêt de la science et la vé- 
rité ne nous le permettent pas. 

La conséquence qui en découle, au contraire, basée 
sur l’ensemble des symptômes et sur les résultats cons- 
tans de l’autopsie, fait grouper, comme d’elle-même, 


(1) Léon Rosrax, Recherches sur le ramollissement du cerveuu, 
2° édit., p. 412. 


( :08 ) 
cette maladie avec celle observée chez les moutons. 

Cette affection morbide, qui sera donc pour nous 
commune aux hommes et aux animaux en général, et 
plus spécialement aux bêtes à laine, sera long-temps 
encore, je le dis à regret, le désespoir de la médecine, 
du cultivateur, et de l’hippiâtre. Ce qui me fait porter 
ce triste pronostic, c’est que les remèdes les plus hé- 
roïques de la médecine n’ont pu en triompher; le fer 
et le feu ont été vainement employés. 

Nous n’ignorons pas que Riu et Géricx en Alle- 
magne, des Anglais, Cuagerr, MM. Tessier et Hu- 
zARD, de l’Institut, en France, ont proposé la ponc- 
tion. Ils assurent même en avoir obtenu de bons ré- 
sultats. 

M. Vazors, en 1808, répète à Versailles l’expérience; 
mais que devons-nous conclure, même de celle qu'il 
cite en faveur de la ponction, quand on s'aperçoit, 
d’après la date du mémoire, que les animaux qui sur- 
vivent ne sont opérés que de quelques jours, et qu’on 
sait que lorsque l’animal survit à l’opération, c’est 
pour être bientôt repris de la maladie et périr. 

Du reste, ces vétérinaires ne sont pas les seuls qui 
aient tenté de pratiquer la ponction. Ruyscn (1) dans 
ses observations d’anatomie et de chirurgie, raconte 
qu'un chirurgien des environs d'Amsterdam fut assez 
hardi pour pratiquer, seul et de son propre mouve- 
ment, celte opération à l’abdomen, dans l’hypocondre 
droit d’une femme, qui survécut peu de temps après 
l’opération, malgré l'expulsion des vers vésiculaires. 


(1) Ruyscn, obs. Lxv, p. 61. Opera omnia. 


( 209 ) 
Lassus cite plusieurs cas dans lesquels lincision de 
kystes hydatifères ont hâtéla mort. 


Notre confrère M. Ginou se prononce contre l’opé- 
ration, et je crois avec beaucoup de sagesse. En effet, 
les vétérinaires ne peuvent la pratiquer que quand l'os 
est aminci, et alors la maladie est presque toujours à 
son dernier période ; il préfère livrer l’animal au cou- 
teau dès les premiers symptômes : la chair en est bonne 
et point malfaisante. 


Tout récemment M. pe Neyrac, de l'Aveyron, a 
proposé le feu appliqué entre les deux yeux. Quant à 
cette méthode, je dirai qu’elle a trompé l’attente que 
quelques propriétaires en avaient conçue. 


A l'exemple de certains médecins, des cultivateurs 
proposent d’user, comme moyens prophylactiques, 
des secours que la gymnastique fournit , et auxquels 

socie à l’intérieur |” loi d Ï hky 
on associe intérieur l'emploi du sel commun (y- 
drochlorate de deutoxide de sodium ). 


Chez l’homme comme chez les agneaux, nous regar- 
derions ce moyen avec celui que propose M. Bives, 
le mercure doux (protochlorure de mercure), comme 
pouvant offrir quelque chance de succès, si le siége de 
la maladie qui nous occupe était dans tout autre or- 
gane que l’encéphale. 

On lit dans les OEuvres du docteur LE Camus, qu'il 
guérit une femme chez laquelle des hydatides avaient 
sonflé le ventre d’une manière prodigieuse. Pour tout 
remède, il lui fit porter une ceinture de sel commun; 
la malade s’en trouva si bien, que son ventre disparut 
complétement. M. le professeur Lazxnec emploie ce 


19 


( 210 ) 
même moyen dans des ças analogues. Il m’a assuré en 
avoir obtenu de bons résultats. 

Le traitement de cette maladie, avec quelque soin 
qu'on l’ait étudiée chez les animaux, à si peu fait 
d'avancement que nous n’osons encore rien présenter 
pour Yhomme. Nous n'avons, dans de si tristes con- 
jonctures , que des souhaits à faire pour que de nou- 
velles expériences viennent aplanir, s’il se peut, un 
chemin trop peu frayé. Nous les provoquons ces utiles 
expériences, nous nous promeltons de nous y livrer 
nous-mêmes. Puisse ce mémoire servir de prétexte 
ou de stimulant à ceux qui voudront s'ouvrir une 
carrière dans ce travail neuf et de la plus haute im- 
portance ! 


22551225. 


EXPLICATION DE LA PLANCHE IX. 


A. Acephalocystis globula Lasnwec. Il est représenté de 
grandeur naturelle. 

B. Portion déchirée de la poche dans laquelle se trou- 
vait l’acéphalocyste. 

C. Position de l’acéphalocyste dans la partie inférieure 
du cerveau. 


ém.de la Jocité Linneenne, (1824 PLIX 


ACEPHALOCYSTIS Globula . 


.B.C.dreæ. Lanvin, seu. 


LD AAA VA VAL UV LA AL AAA LAVE LU LUE UMA LA VA A/R 


EXPOSITION MÉTHODIQUE 


Des genres de la famille des Mousses, pour servir 
de complement au travail de feu PaArisor DE 
Beauvois (1), par M. Desvaux, directeur du 
Jardin des plantes à Angers, correspondant. 


La mort enleva trop tôt pour la science notre labo- 
rieux et respectable ami Pazisor DE Beauvois, il n’a 
pu mettre la dernière main à ses divers manuscrits ; 
leur ensemble se trouvait dans sa mémoire, ou dans 
des notes éparses et incomplètes. C’est ainsi qu’en 
publiant dans le premier volume des Mémoires de la 
Société Linnéenne de Paris son dernier travail sur les 
mousses, on a dû remarquer que le texte n’était pas 
entièrement achevé, qu’il n’était pas toujours d’accord 
avec les planches gravées depuis long-temps, et que 
l’ordre même d’exposition des genres n’était pas celui 
que l’auteur voulait adopter définitivement, puisque, 
par exemple, sa quatrième section, les Hyménodes, 
doit rester la cinquième, ainsi que nous en avons ac- 
quis la certitude. 

C’est pour donner de l’ensemble au travail de feu 
Pazisor pe BEAuvois que nous présentons le suivant, 
dégagé de beaucoup de détails peu utiles pour la con- 
naissance et la distinction des genres, et complété de 


(1) Instre dans le premier volume des Mémoires de la Societé, 
S 
1), 


( 212 ) 
plusieurs genres qui eussent été énumérés à leur place, 
si, comme je viens de le dire, une mort prématurée 
n’eût empêché la rédaction d’un nouveau manuscrit. 

Il nous paraît d'autant plus nécessaire d’accorder 
ensemble les parties de l’ouvrage de Parisot pe Beau- 
vois sur les mousses, que c’est de toute la botanique 
celle qu’il a observée avec le plus de soin et de persé- 
vérance : il y a consacré trente années, et l’on peut 
assurer qu’un Species traité d’après le Genera qu'il a 
esquissé, serait, à quelques légers changemens près, 
un ouvrage qui fixerait cette branche de la botanique, 
livrée encore à une incertitude peu encourageante 
pour ceux qui veulent connaître l’une des plus cu- 
rieuses familles des plantes. 

De toutes les classifications proposées jusqu'ici, celle 
de Pazisor pe Beauvois est la plus précise, et nous 
l’assurons d’autant mieux, que nous ne l’avons étudiée 
qu'avec prévention : mais lapplication que nous en 
avons faite depuis plus de dix années, et sous ses yeux, 
sur près de huit cents individus, nous fait croire que 
sa méthode est digne de rivaliser avec toutes celles 
proposées, si elle ne l'emporte de beaucoup. On a pu 
s’apercevoir que les auteurs des derniers ouvrages pu- 
bliés sur les mousses ont profité de plusieurs des in- 
novations proposées par notre savant ami. 

Pour faciliter l’usage de cette méthode de classifi- 
cation, nous présenterons une table analytique au 
moyen de laquelle on pourra parvenir aisément au 
genre. 

Si nous partageons la manière de voir du célèbre 
muscologiste français sur la partie technique, à quel- 


( 219 ) 

ques modifications près, il n’en est pas ainsi pour la 
partie théorique, relativement à sa manière de voir 
sur le sporangide ou urne des mousses. Nous ne pen- 
sons point que la columelle soit une capsule : si l’on 
y a trouvé des grains, ainsi que nous l'avons remarqué 
nous-même, c’est que dans toutes les parties vertes 
d’un végétal on observe des parties organiques globu- 
leuses qui ne peuvent être des spores, et alors le pré- 
tendu pollen n’est véritablement qu’un composé de 
spores, c'est-à-dire d’analogues de graines. 

Les bourgeons que lon a qualifiés de fleurs mâles, 
ne sont, ainsi que l’a très-bien vu et dit PALISOT DE 
Bsauvois, que des gemina susceptibles de reproduire 
les espèces comme par bouture, et qui ne peuvent en- 
trer comme caractère essentiel dans la distinction des 
genres, IDais seulement comme caractère habituel, 
sorte de notions dont la brièveté que nous voulions 
donner à notre travail ne nous a pas permis de faire 
usage. 

Nous n’adoptons ni le nom de périsyphe, ni celui 
de péricole, employés dans l'ouvrage de Parisot DE 
Brauvois, persuadés qu’ils ne pourraient faire aban- 
donner celui de périchèse qui est généralement adopté, 
et qu’on ne laisserait pas sans inconvénient notable. 
JI nous reste à constater si sa présence ou son absence 
doit constituer un caractère générique : nous penchons 
à croire que non, d’après quelques observations. 

Ceux qui se créent un monde d’un petit groupe de 
végétaux, ne doivent chercher dans notre distribution 
de la famille des mousses, ni classes, ni ordres, ni 
sous-genres, ni divisions de familles, avec dénomina- 


URNE 


(o14) 
tion particulière, toutes choses superflues, qui nuisent 
à la science, en hérissant de mots chaque moindre 
groupe, ce qui ne dispense pas d’être obligé de con- 
naître ce qui se rattache à ce groupe, sous le rapport 
des notes caractéristiques. 

Nous n’avions pas de notions suflisantes pour fixer 
notre opinion sur les genres Pyramidula, Hymenosto- 
mum, Schistidium et Schistostega. 

Dans la table analytique qui suit, nous rangeons les 
mousses sous quatre catégories particulières, qui nous 
donneront cinq grandes coupes naturelles, selon que 
ces plantes sont privées de péristome ou bien qu’elles 
en sont munies d’un simple extérieur ou intérieur, et 
que ce péristome est double ou simple avec une urne 


close. 


MOUSSES. 


1ASANS, pérIStOME.Le, Med en SEE 
s ; Extérieurs ie «0 SOE 
2° À péristome simple AE 
P P | intérieur... . . . Ç HI. 
3° À péristome double. . . . . . . . . . . IV. 
4° À péristome simple et urne close. . stv 
$ ler. — Sans peristone. 
pédonculée CAE NE RE AT Araæat ir 
a opercule Veaduque. . . . ... «+ . Sphagnum, 2. 
tubulée à coiffe fopereule persistant. . . . . Phascum, 5. 
cuculliforme {0. caduque. . . Gymnostomum, 


AU un périchése. . . Hedwigia, 5. 
T. à coiffe .cadu ue J 41% DIR à à 
an aifo O:caduque pointde périchèse. Anictangium, 6. 
‘am pa rme À RE à ee ? 

Î O. persistant divisé en entier. . Tetraphia, 5. 


Wen) 


$ IL — 4 péristome simple exterieur. 


A) feuilles distiques 0 0 CES 

5 périchèse { FE 

5 coifles cuculliformes . eparses. RCE ne Ne AR), CT IR eREe . 

c ». { dents fendues'a moltiéns CU. COTE 

= nul : 

= _ jusque vers la base. +: 

2 

: ents fendues jusque vers le milieu. . . . . . . . : . 
£ | C. campaniformes d La - 

A Jusque vérs laphase M 7. 
re urnes dents RS nbran eue opaques. , , . RE A en 
ape sans nil RP Cr 
chées I D. pellucides ï 

|] apophyse TÉÉCHIES Re RC 

:1n À par paires 2 Se 

LA UNS IPOUrVUES UNE APUÜPHYSER AE nu nn 0 

= couvrant l’urne. . . EPP Se npce 

= A : D. bicuspidées. 2 ; 

= É coiffes ulabres plus e s 

ns CA aie glabres pe fie Dos coiffe striée et fimbriée: 

: 38 campanif. que l’urne . simp es { C'iéeentiines ee 

; = LR 

Ex L'& RÉTISSÉ CR Poe TR NRC RASE 

A Ces dentslacunetseses PER Te RE PTE. 2e ie 

Q È & cite périchèse.. . . : 

a D » 
a Ge : - urnes latérales : POAte 
Ë cucullifor. } D. continues) libres : point de périchése. . . 


urneitérminale 2}... =. Fer 
conniventes'au sOmMmMEt. + . . |. .>: .+,. 


S IL. — 4 péristome simple interieur. 


“ 
2 ; UD:PÉérICHESC Me Re ne 
| libres dans toute leur éteudue { l 


point de périchése. +... + . . 
spiralés envcylindre. {ét se NS ne A do à 
réunis / en plusieurs fais CEA. 0 7 y ou Cr EE me CE à à 
deux à deux par la bäse! "7! 1. … . 

COURIR IAN CE ee ce 
PSS CNE CO LEONE BED. 


CILS DU PÉRISTOME 


droits. — Réunis en membrane { 


Fissidens, 8. 

Cecalyphum, 9. 

Dicranum, 10. 

Didimodum, 12. 

Codonophorus, 11. 

Trichostomum, 16. 
. Leucodon, 13. 

. Fabronia, 14. 

. Cynodontium, 15. 

. Splachnum, 17. 

. Encalypta, 18. 

. Apocarpum, 20. 

. Grimmia, 19. 

Funaria, 21. 

Lasia, 22. 

Trematodon, 25. 


Pterigynandrum , 23. 


Pilaisæa, 24. 

Octoblepharnm, 27. 
. Weissia, 28. 

Conostomum, 26. 


Streblotrichum, 30. 
Tortula, 29. 
Barbula, 31. 

. Cicclidotus, 32. 

. Hookeria, 33. 
. Leptostomum, 34. 
. Diphiscium, 35. 


(52x60) 


CILS 


COIFFE 


réunis 


coiffe 
campaniforme 


membrane 


C. cucullifor. 


en partie 


formant une 


C. cucullifor. 


libres 


campanif. 


Li 
| 


simple, cuculliforme. 


cils 


dents 


d'un côté 


entière 


$S V. — À péristome simple 


fendue 


$ IV. — 4 péristome double. 


f libres au sommet { 


dents re ilant les cils.. . . 
sphéroïdes, . : . . 
ovales dressces 
urnes ou 
pyriformes 
pendantes. . 
cylndracées. . . . 
longue cyathiforme. . 
gaine ne 
Ébeulsaie À D. continues. 
plus courtes que les cils. . , . . . . 


égales aux cils. 
unie de 


involutée 
cils dressés, , . 


C. couchés { 


. . . . . . . . , 


double d "2e sans apophyse 


péristome à dents { 


dents courtes 
D. longues, aiguës. 
{réunis au sommet. 


nul 
périchèse 
apparent 


plus courtes que les cils. 


. . . . . + 


8. coiffe striée, , , . 
10. colfe lisse : 5 7 


NUILES +... 0. 
CORNEES ne. 


péristome à cils longs indéterminés.  . . 
urne AYeC APOPhySE hL. 77. 0. et 


. . , . ‘ . . 


; tronquées, . 


droites. 


inclinées . 


obliques . 


dents à facanes. : 


et urne close. 


D. du pér istome EMfethe réunies deux à ea : 
D. du péristome externe libres. 
à sa base. 


Fontinalis, 37. 
Cinclidium, 38. 
Meesia, 39. 
Timmia, 40. 
>artramia, 41. 
Gymnocephalus, 45 
Leskea, 46. 
Calyptrochæta, 
Mnium, 42. 
Bryum , 44. 
Pterisgophyllum, A7: 
CRU CPRAUTES 48. 
Climacium ; 45. 
Hypaum, 50. 
Diplocomium, 52. 
Neckerä, 5r. 
Zyg sotlon; ERE 
Racopilum > OU: 
Calymperes, 58. 
Pilotrichum, 5 
Orthotricum, 56. 
Schleiteimia, 53. 


49. 


Catharinea, 59. 
Lyellia, Ga. 
Poyonatum, 60. 
Dawsonia, 63. 
Polytrichum, 67, 


Mousses privees de péristome. 


1. ANDRAZÆA Eunu., Paurs. Beauv., Mém. Soc. 
Linn. Par., 1. 1%, p. 432. Coiffe campaniforme; urne 
pédonculée quadripartite : divisions réunies au sommet 
par l’opercule conique obtus, acuminé persistant. An- 
draæa alpina. PI. I, fig. 1, des mousses publiées dans 
le volume cité. 

2. SPHAGNUM L., P. Beauv., L. c., p. 433. Coifle 
cuculliforme; urne pédonculée; opercule presque sphé- 
rique : opercule caduc. PI. 1, fig. 2. 

3. PHASCUM L., P. Beauv., {. c., p. 434. Pleu- 
ridium Brin, Voitia Honnscuur. Coiffe cuculliforme ; 
urne à pédoncule court : opercule persistant conico- 
subulé. PI. [, fig. 3. 

4. GYMNOSTOMUM Hepw., P. Beauv., loc. cit., 
p. 455. Schistidium Brin. Coiffe cuculliforme (quel- 
quefois presque campaniforme}); urne tubulée (1), 
dressée, ovale ou pyriforme : opercule conique aigu, 
quelquefois déprimé. PI. IE, fig. 1 et 2. 

5. HEDWIGIA Hepw., P. Brauv., {. c., p. 457. Pe- 
risiphorus P. Brauv., pl. E, fig. 4. Coiffe campani- 
forme: urne ovale, comme sessile, entourée d’un pé- 
richèse : opercule mamillaire. Hedwigia ciliataHenw., 
Perisiphorus ciliatus P. B. PL I, fig. 4. 

6. ANICTANGIUM Henw., P. Beauv., L. e., p. 438. 


Schistidii Spec. Brin. Coifle campaniforme; urne 


(1) De même que dans tous les genres qui suivront. 


( 18 ) 
ovale, dressée : à tube court: gaine large, ouverte, 
longue; périchèse nul. PI. F, fig. 5. 

7. TETRAPHIS Hepw., P. Brauv., /. c., p. 438. 
Coiffe campaniforme, laciniée à sa base; urne dressée: 
tube allongé; opercule Litrapartite, persistant; gaine 
enveloppée d’un périchèse. PI I, fig. 6. 


S IT. 


Un péristome simple, à dents placées sur le bord 
interne de l'ouverture de l’urne. 


* Dents bifides, coiffe cuculliforme. 


8. FISSIDENS Hepw., P. Beauv., L. e., p. 459. 
Skitophyllum Lavyr. Feuilles distiques; coiffe glabre; 
urne cylindrique, peu inclinée; opercule acuminé, huit 
ou seize dents demi-bifides; gaine tuberculeuse, in- 
cluse dans un périchèse à folioles réfléchies au som- 
met. PI. IE, fig. 3. 

9. CECALYPHUM P. Brauv., {. e., p. 441, excluant 
Hypnum sciuroides L. Coïfles glabres ; urne ovale ou 
cylindrique ; opercule conique, plus ou moins allongé 
et subulé. Seize dents semi-bifides ; périchèse à folioles 
imbriquées, longues, membraneuses, dressées. PL. IT, 
fig. 4 (1). 

10. DICRANUM Henw., P. Beauv., L. e., p. 444, 
Campylopus Brin. , Dryptodon Brin., ined. Coifle 


(1) Il est probable que le genre $ystylium viendra à la suite du Ce- 
calyphum, mais nous ne le connaissons pas assez pour le classer; il a 
un péristome simple, seize dents courtes, géminées et unies par la 


base, et un opercule persistant et adhérant à la columelle. 


(219) 
glabre; urne subcylindrique, presque dressée ; oper- 
cule conique obtus ou subulé; péristome à seize dents 
demi-bifides ; gaîne oblongue ou tuberculeuse; point 
de périchèse. PI. IL, fig. 1. 

11. CODONOPHORUS P. BEauv. (par erreur Co- 
driophorus), L. e., p. 445. Goifle souvent dentelée ; 
urne dressée, quelquefois légèrement inclinée ; seize 
dents demi-bifides au péristome; point de périchèse. 
Codriophorum aciculare. PL IE, fig. 2. Codriophorum 


pulvinatum. PL TE, fig. 3. 


** Dents du péristome libres, mais rapprochées deux 
à deux par la base; coiffe cucutliforme. 


12. DIDYMODUM Henw., P. Beauv., {. c., p. 443. 
Coille glabre ; urne presque dressée, oblongue, termi- 
nale; opercule conique subulé; péristome à seize ou 
trente-deux dents sétacées, libres, géminées; périchèse 
nul. PI. IL, fig. 5. Didymodum pellucidum. La fig. « 
est mauvaise. | 

13. LEUCODON Scuwazc. {ypnum sciuroïdes L. 
Cecalyphum P. BEauv., {. e., p. 44°. Coilfe glabre; 
urne dressée; péristome à seize dents membraneuses 
blanches, bipartites; un périchèse. 

14. FABRONIA Rapnr. Urne penchée; péristome 
à seize dents geminées, pellucides, infléchies dans 
l’'urne. Point de périchèse. 

15. GYNODONTIUM Brin, Swartzia HEDw., PAL. 
Beauv., L e., p. 443. Cynontodium Hepw. Opercule 
conique aigu; urne peu inclinée, oblongue; péristome 
à huit ou seize dents lancéolées, libres géminées; point 


de périchèse. 


| 
( 220 ) 

*** Dents géminées ou semi-bifides ; coiffes campa- 
niformes. 


16. TRICHOSTOMUM Henw., P. Brauv., L e.. 
p. 446. Coifle courte campaniforme, laciniée ou fim- 
briée à sa base; urne ovale dressée; opercule long, 
subulé; péristome à seize dents fendues jusque vers 
la base, ou seulement demi- bifides ; périchèse nul, 
PI. IL, fig. 4. 

17. SPLACHNUM L., P. Beauv., L. e., p. 447. Urne 
dressée, à renflement polymorphe à sa base ; opercule 
court, conique, obtus; huit ou seize dents géminées, 
souvent réfléchies. PI. IIT, fig. 6. 


*** Dents du péristome libres ; coiffe campaniforme. 


18. ENCALYPTA Heow., P. Beauv., L. e., p. 448. 
Coiffe entière, plus grande que l’urne, persistante, 
translucide; urne dressée, allongée; opercule long , 
subulé; péristome à seize dents comme filiformes. 
PL IN Ge: 2. 

19. GRIMMIA Hepw., P. Beauv., {. c., p. 449. 
Campytlopi, Spec. Brin. Coiffe campaniforme opaque, 
plus courte que l’urne; urne souvent comme sessile, 
dressée, à opercule mamillaire; péristome à seize dents 
simples; périchèse nul. PI IV, fig. 3. 

20. APOCARPIUM Desv. Apocarpum P. Brauv., 
L.e., pl. IV, fig. 2. Coiffe campaniforme opaque; urne 
dressée comme sessile ; péristome à huit dents bicus- 
pidées au sommet; périchèse à folioles subspatulées, 

21. FUNARIA Hepw., Par. Beauv., L. c., p. 450. 


Coiffe campaniforme, fendue d’un côté profondément ; 


( 221 ) 
urne pyriforme penchée; opercule obtus; péristome à 
seize dents; périchèse nul. PI. IV, fig. 5. 

29, LASIA P. Beauv., {. e., p. 451. Leptodon Wree. 
Coiffe hérissée de longs poils; urne dressée, plus courte 
que la coiffe, opercule conique, aigu; péristome à seize 
dents; périchèse foliiforme ou fimbrié. PLAN, fig. 2 


et 3. 


**** Dents du péristome libres, au moins par le bas; 
coiffe cuculliforme. 


23. PTERIGYNANDRUM Hepw., P. BEauv., L e., 
p- 45°. Pterogonium Scuw. Coille cuculliforme lisse; 
urne dressée ; opercule conique, quelquefois point acu- 
miné ; péristome à seize dents; périchèse à folioles li- 
néaires. PI. V, fig. 1. 

°4. PILAISÆA Desv. /Journ. bot.) Coifle cucul- 
liforme; urne penchée; péristome à seize dents den- 
telées sur leurs bords; point de périchèse. 

25. TREMATODON Rien., P. Beauv., L. c., p. 444. 
Urne cylindracée, inclinée, plus ou moins atténuée 
par étranglement, à sa base : opercule court, acuminé; 
seize dents libres, lacuneuses au péristome, point de 
périchèse. Trematodon longicollum. PI. IV, fig. 1. 

26. GONOSTOMUM Svw. Coiffe petite; urne inclinée, 
globuloïde ; opercule conique, courtement acuminé; 
péristome à seize dents adhérentes par le sommet. 

27. OCTOBLEPHARUM Hepw. Bryum albidum L. 
(Bryum sclerodon P. Bracv., {. e., planc. V, fig. 4.) 
Apodanthus Laryr. Coifle médiocre; urne dressée ; 
opercule déprimé, longuement acuminé; péristome à 
huit dents coriaces; point de périchèse. 


( 220 ) 

28. WEISSIA Henw. BryumP. Beauv.,L. e., p.455: 
non Hrpw. Coiffe oblique, variable; urne ovale; oper- 
cule conique, plus ou moins aigu; péristome à seize 
dents; point de périchèse. Weissia controversa (Bryum 
controversum) P. Beauv., pl. V, fig. 5. 


STE 
Peéristome simple placé au bord interne de l’urne. 


* Cils plus ou moins contournés en spirale, ensemble 
ou solitaires. 


29. TORTULA Hepw., P. Beauv., loc. cit., p. 455. 
Coiffe cuculliforme; urne presque dressée : opercule 
oblong conique, plus ou moins subulé; péristome à 
cils libres, spiralés en faisceau dans les deux tiers de 
leur étendue; point de périchèse. PI. VE, fig. 1. 

30, STREBLOTRICHUM P. Beauv., L. e., p. 455. 
Barbula convoluta et humilis de Hepw. et Mnium se- 
taceum L. Caractère du genre Tortula, mais pourvu 
d’un périchèse cuculliforme. PI. V, fig. 6. 

51. BARBULA Hepw., P. Brauv., L. e., p. 456. Syn- 
trichia Brin. Goiffe cuculliforme; cils du péristome 
adhérens, conoturnés, libres au sommet. PI. V, fig. 2. 

32. CICCLIDOTUS P. Beauv., L c., p. 454. Sekra 
Apaxsox. Coiffe campaniforme, glabre; opercule co- 
nico-subulé: péristome à cils lacuneux, spiralés dans 
toute leur longueur en faisceaux; périchèse nul. PI. VI, 
fig. 3. 

55. HOOKERIA Scuzeicu. SCHWAEG. non SuITH. 
T'ayloria Hook. Coiffe conique, échancrée, dentelée à 
sa base; opercule obtus, conoïde; urne oblique, portée 


SA 


par une apophyse de l’étendue de l’urne; péristome 
de trente-deux dents géminées, isolément tortiles; un 
périchèse court. 


** Péristome membraneux. 


34. LEPTOSTOMUM Rozert Brown. Coiffe cucul- 
liforme ; urne inclinée, amincie à sa base par une apo- 
physe; opercule hémisphérique obtus; péristome an- 
nulaire. P. Beauv., pl. IL, fig. 5. 

85. DIPHISCIUM Moun., P. BEauv., /. c., p. 457. 
Buxbaumia foliosa L. Webera Eurn. Hymenopogon 
P. Bgauv. Prodr. Coiffe cuculliforme; urne dressée, 
renflée à sa base d’un seul côté; opercule conique aigu; 
péristome pyramidé, plissé (1); périchèse nul. Diphi- 
setum foliosum, pl. VL fig. 4. 


S IV. 
Deux péristomes, l’un interne, l'autre externe. 


* Déristome interne membrancux dans presque toute 
q 


son étendue. 


56. BUXBAUMIA L., P. Brauv., Le, p. 458. Coiffe 
campaniforme; urne oblique, gibbeuse, déprimée en 
devant; opercule cylindracé, obtus; péristome exté- 
rieur à seize dents très-courtes, l’intérieur membra- 
no-strié, à seize cils libres sur le bord; périchèse nul. 
PI. VL, fig. 5. 

37. FONTINALIS L., P. Beauv., L. c., p. 468. Goifle 


1) Le péristome double ind qué par Mour et WEeger esl une ei- 
| 


reur relevée par Pazisor n£e B£Auvois et vérifiée par nous-même. 


(254) 
campaniforme; urne dressée, sessile ; opercule conique 
aigu; périslome extérieur à seize dents droites, lon- 
ques, l’intérieur membrano-réticulé plus long; un pé- 
richèse. PI. VE, fig. 6. 

38. CINCLIDIUM Sw. Coiffe cuculliforme; urne 
pendante, obovale; opercule convexe en mamelon ; 
péristome extérieur à seize dents libres, l’intérieur 
membraneux, conique, supporté par seize filets dis- 
tans. Cinclidium stygium Sw. PL. VIL fig. 6. 


x re : à 
** Déristome interne membraneux seulement à la 
base. 


59. MEESIA Hepw. Amblyodum P. Brauv., { e., 
p- 462. Coifle cuculliforme; urne courbée; opercule 
obtus mameloné ; péristome externe à seize dents cour- 
tes, obtuses, l’interne à seize cils réticulés et réunis 
par le bas; point de périchèse. Meesia Par. BEauv., 
RU VII, fig. 5 et 5. Voyez Diplocomium pour la 
fig. 4. Les dents sont libres dans la figure, c’est une 
erreur provenant d’une observalion faite sur le sec. 

Lo. TIMMIA Hepw., P. Beauv., /. e., p. 468. Coifle 
cuculliforme ; urne penchée; opercule conique, dépri- 
mé; péristome extérieur à seize dents allongées, l’in- 
térieur à seize cils réunis en membrane jusque vers 
leur moitié et lacuneux à leur base. PI. VIIL, fig. 2. 

41. BARTRAMIA Hepw., P. Brauv., L. c., p. 465. 
Coiffe cuculliforme; urne subsphérique, inclinée; oper- 
cule déprimé submameloné ; péristome à seize dents 
lancéolées, l’interne réuni à la base en membrane. 
PL YIL"fs,.uet 2, 

42. MNIUM L., P. Beauv., {. c., p. AG 4 (excel. Mnium 


( 225 ) 
androgynum et Bryum macrocarpum). Goiffe cucul - 
liforme; urne subcylindracée, oblique; opercule co- 
nique aigu; péristome du Bartramia; point de pt 
chèse. PI. VIE, fig. 3 et 4. 

43. GY MNOGEPHALUS Ricu., Scuware. Fusico- 
nia P, Beauv., L. c., pl. VIT, fig. 5. Coiffe cuculliforme; 
urne cylindracée, oblique; opercule conique mucroné; 
péristome du genre précédent; corpuscules reproduc- 
tifs, pulvisculaires, réunis en capitule sur un pédicelle 
capillaire; périchèse nul. 

44 BRYUM L., P. Beauv. Paludella Brin. Goiffe 
caculliforme; urne ovale, pendante, pyriforme; oper- 


cule déprimé obtus; point de périchèse. PI. VIIL, fig. 1. 


Obs.— Les espèces à gemma, ou bourgeons discoïdes, 
forment le genre Mnium de beaucoup d’auteurs; celles 
à bourgeons rosellés, le genre Bryum de plusieurs au- 
tres; celles à urne portant une sorte d’apophyse, le 
genre Pohlia, qui serait naturel si des espèces ne for- 
maient pas un passage insensible au genre Bryum. 


45. GLIMACIUM Wss., P. Brauv., /. c., p. 467. 
Zigotrichia Brin. Coiffe cuculliforme; urne presque 
droite; dents du péristome interne lacuneuses, portées 
sur une membrane très-peu élevée; périchèse à folioles 
très-longues. PI, IX, fig. 4 et 5. 

46. LESKEA Henw., P. Beauv., /. c., p. 467. Goiffe 
cuculliforme; urne droite ou inclinée; péristome in- 
terne à seize cils réunis à leur base par une membrane 
plissée. PI. X, fig. 1, 2 et 3. 

47. PTERIGOPHYLLUM Brin. Hookeria Suirn, 
non Scuwazc. Leskea lucens Henw. et Hookeria læte- 

16 


( 226 ) 
virens Hook. Coiffe lisse, campaniforme; urne cylin- 
dracée ; péristome interne à seize dents réunies à la 
base. 

48. CYATHOPHORUM P. Beauv., L. e.,p. 466. Hyp- 
num bulbosum Dick. Coifle cuculliforme; urne globu- 
loïde; opercule aigu; péristome du Leskea. PI. VIIT, 
fig. 6. 

49. GALYPTROCHÆTA Desv. Chaetophora Brin. 
non Muz. Leskea cristata Henw. Coite campaniforme 
velue. Caractères du Leskea pour larne et le péris- 
tome. Calyptrochæta cristata Nos. 

50. HYPNUM L., P. Beauv., L. e., p. 465. Coiffe cu- 
culliforme; péristome intérieur à seize dents alternes, 
avec seize cils, Lous réunis à leur base en membrane. 


PI. X, fig. 4. 


#** Les deux péristomes à dents libres ou seulement 
coadunées deux à deux. 


51. NEGKERA Hepw., P. Beauv., {. c., p. 469. 
Cryphæa Brin. Daltonia Hook. Antitrichia Brin. 
Anomodon Hook. Coiffe cuculliforme; urne ordinai- 
rement dressée; péristome de même hauteur; un pé- 
richèse. PI. IX, fig. 1. 

59. DIPLOCOMIUM Wss. Meesia longisseta HeDw. 
P. Brauv., L e., pl. VIT, fig. 4. Coifle cuculliforme; 
urne courbée; péristome externe à seize dents très- 
courtes, obtus; l’interne à dents libres égales; point 
de périchèse. 

53. ZYGODON Hook. Amphidium Nres. Gagea 
Rapni non Mag. bot. Coifle cuculliforme; urne dressée 
à huit sillons; opercule à long rostre oblique; péris- 


( 227 ) 
iome externe à seize dents coadunées deux à deux: 
péristome interne à seize cils incombans, horizontaux. 
Bryum conoïdeum Dick. Mnium-Surrn. Gymnoce- 
phalus Scnwr4cr. 

54. RACOPILUM P. Brauv., {. e., p. 469. Coiffe 
campaniforme, fendue d’un côté, fimbriée à sa base; 
urne dressée; seize dents lancéolées au péristome ex- 
terne et cils reticulés au péristome interne: un pé- 
richèse. 

Obs. La fig. 6 dela pl. IX est le Racopilum mnioides 
de Parisor ne Brauvors, cependant il l’a figuré à cils 
réunis à la base; si cela est, ce que nous n’avons pu 
observer sur nos échantillons, cette espèce doit être 
jointe au Pierisophyllum, le Racopilum Aubertii res- 
tant seul alors dans le genre. 

55. PILOTRICHUM P. Beauv., L. c., p. 470. Coifte 
campaniforme, hérissée de poils; urne presque sessile, 
ovale; un périchèse, PI. IX, fig. 2 et 3. 

56. ORTHOTRICHUM Hspw., P. Beauv., { e., 
p.471. Goiïffe campaniforme hérissée ; péristome externe 
à huit dents dressées, l’interne à huit cils filiformes: 
point de périchèse. PI. IX, fig. 7. 

57. SCHLEITEIMIA Brin. Coiffe campaniforme 
glabre; urne dressée; péristome externe à seize dents 
linéaires révolutées, l’interne à dents filiformes ; péri- 


chèse nul. PI. IX, fig. 8. 
S'IM 
Orifice de l’urne couvert d’une membrane 
ou fermée par le péristome. 
58. CALYMPERES Scnwarcr. Coiffe persistante 


10, 


( 228 ) 
campaniforme, glabre, fendue, et enroulée par sa base 
autour de la soie; urne dressée, incluse : péristome 
nul; opercule remplacé par une membrane spongieuse 
rayennée. Cryphyum vaginans Par. BrAuv., inédit. 
(Calymp. Palisotit Senw.). PI X, fig. 5. 

59. CATHARINEA Enrn., P. Beauv., L. c., p- 460. 
Atrichum P. Beauv., Prod. Oligotrichum Drc. Coifle 
cuculliforme simple, portant quelques poils; urne Cy- 
lindracée, déclinée; opercule mameloné; périchèse 
nul. Atrichum undulatum. PI. XL, fig. ». 

6o. POGONATUM P. Beauv., {. c., p. 460. Coiffe 
campaniforme double, l’extérieure fibrilleuse, l’inté- 
rieure fendue ; urne sphéroïde, sans apophyse à la base; 
périchèse nul. PI. XE, fig. 3. 

61. POLYTRICHUM L., P. Brauv., L. c., p. 461. 
Coiffe du genre précédent; urne tétragone, portant 
apophyse en dessous; un périchèse nul. PI. XI, fig. 1. 

62. LYELLIA R. Brow. Coiffe cuculliforme, velue 
au sommet, fendue d’un côté; péristome non saillant, 
ni denté, ni cilié; épiphragme, à centre circulaire, fixé 
à la columelle, et séparable par solution de continuité 
du reste de cette membrane. Lyellia crispa R. Browx. 

63. DAWSONIA R. Brown. Triplocoma Laryr. 
Coille du Pogonatum, l’'intérieure conique; urne tétra- 
gone, plane en dessus; opercule allongé; péristome en 
coma, renfermant au centre de l'ouverture de l’urne 


un faisceau de filamens; un périchèse. PI. XL, fig. 4, 


CUVE VU UV UVU UV LUS LV VV VV LEA L'URL LUYBAVY VU LV LE ULVLVUR 


REMARQUES 


Sur le Callitriche verna de Lanxé; par M. le 
docteur F.-Ams. LAVIEILLE, correspondant. 


La meilleure méthode d’étudier un végétal est de 
disséquer chacune de ses parties; de cet examen at- 
tentif peuvent découler seulement les preuves indis- 
pensables pour avancer des faits. 

Partant de ces principes, je vais analyser les diverses 
parties organiques du Callitriche verna de Line. 

Sa tige fragile et ramiliée présente, de distance en 
distance, des nœuds bien marqués, d’où naissent les 
feuilles, et entre celles-ci des racines blanches, fili- 
formes et quelquefois longues de 6 décimètres (2 pieds). 
L'homogénéité du tissu de cette tige, qui est d’un 
vert clair, ne peut donner aucun caractère de classi- 
fication. 

Les longues racines vermiculaires de cette plante, 
ses délicates tiges flottantes, et ses nombreuses feuilles 
opposées, arrangées en étoiles à la surface des eaux 
tranquilles , lui valaient bien l’épithète de belle che- 
velure (Kkaibaé). 

Ses feuilles sont de deux ordres : celles qui sont sub- 
mergées, et celles qui nagent à la surface de l’eau. 


Les premières sont linéaires, et tellement homo- 
gènes qu’elles n’offrent aucune nervure; les autres, au 


( 580 ) 
contraire, sont plus ou moins larges, spatulées, quel- 
quefois même arrondies, presque toujours entières ou 
peu divisées, et présentent des nervures. De ces ner- 
vures , le plus souvent au nombre de trois à einq, 
l’une est médiane et les autres partent de ses parties 
latérales. 

Cette particularité était suflisante pour s’assurer si, 
comme l’a dit Cr. Ricnar», toutes les plantes dicotylé- 
donées, à peu d’exceptions près, ont les feuilles latéri- 
nerves, tandis que toutes les monocotylédonées, moins 
la famille des aroïdes, les ont basinerves. 

Les fleurs du callitric sont le plus ordinairement 
monoïques et quelquefois hermaphrodites; dans tous 
les cas, elles sont toujours placées dans Paisselle des 
feuilles. Les fleurs mâles présentent une seule étamine, 
et les fleurs femelles offrent seulement deux styles fili- 
formes fixés au centre de lovaire. 

Que la fleur du callitric soit mâle, femelle ou her- 
maphrodite, elle présente toujours un calice composé 
de deux folioles membraneuses; mais au moment de 
la floraison, les feuilles de la partie supérieure de la 
tige sont tellement rapprochées de la fleur, et telle- 
ment disposées par rapport à celle-ci, que le calice, qui 
n’est réellement composé que de deux folioles, pour- 
rait être considéré comme pentaphylle. 

Je pense que toutes les fleurs du callitric sont her- 
maphrodites, et dans mon hypothèse le petit tubercule 
conique de la base duquel s’élève l’étamine est un ru- 
diment d’ovaire avorté. 

Les graines du callitric sont au nombre de quatre, 
de forme semi-lunaire ; elles sont soudées entre elles 


(:231 |) 

par le bord concave, et de plus, les deux graines supé- 
rieures et les deux inférieures sont réunies ensemble par 
leur face interne, de sorte que la réunion de ces quatre 
graines forme un corps quadrangulaire comprimé la- 
téralement. Ges graines ne sont pas contenues dans 
une capsule, comme on le croit, mais bien maintenues 
entre elles par un tissu cellulaire peu abondant qui se 
détruit promptement par son séjour dans l’eau. Ge 
Lissu est en partie détruit avant la chute des graines, 
lesquelles se détachent le plus ordinairement deux à 
deux. 

L’épisperme de ces graines est extrêmement épais 
et d’une texture fibreuse. En coupant transversale. 
ment les graines du callitric à leur maturité, on aper- 
coit parfaitement l’épaisseur des parois de l’épisperme 
intimement unie avec celle du péricarpe, et l’on voit 
clairement que l’embryon n’a réellement que cette 
enveloppe, qui n’est pas plus une capsule que ne l’est 
l'enveloppe des graines des labites, et d’une infinité 
d’autres graines non contenues dans des capsules 
réelles, mais seulement fixées entre elles avant leur 
maturité par plus ou moins de tissu cellulaire. 

L’embryon, comme on le verra bientôt, est néces- 
sairement composé de deux cotylédons, mais ils sont 
si petits, qu'il m'a été impossible de les distinguer à 
l’œil nu. 

Il faut que les fruits de cette plante n’aient jamais 
été observés attentivement, car tous les auteurs les 
qualifient du nom de capsule; encore ne sont-ils pas 
d'accord sur le nombre des loges, puisque les uns par- 


lent d’une capsule quadriloculaire, et d’autres d’une 


( 252 ) 
capsule biloculaire : il est probable que ces derniers 
auront proportionné le nombre des loges à celui des 
styles. 

La considération de toutes les parties de ce végétal, 
même celle des graines, ne m’ayant pas suflisamment 
montré la place qu’il devait occuper, j’eus recours à 
la germination, et voici exactement ce que j’observai : 

Des graines semées sur le bord d’une mare, dans 
les premiers jours de mars, ne germèrent pas. Je re- 
commençai mon expérience le 10 avril, et dans les 
premiers jours de mai j’aperçus seulement quelques 
callitrics naissans (1). Chacun m'offrit deux feuilles 
séminales opposées, attachées à une frêle tige fixée 
en terre par une à deux racines filiformes assez longues. 
Quelques jours après, la jeune tige se couvrit de quatre 
à six feuilles, et se pencha bientôt sur le sol en se di- 
rigeant vers la mare, de sorte qu’au bout de quinze à 
vingt jours deux étoiles d’eau seulement parvinrent à 
la surface de cette mare, mais toutes les tiges avaient 
produit quelques racines qui les fixaient avec assez de 
solidité. 

Des animaux ayant détruit ces jeunes plantes, je 
suivis les progrès de leur végétation sur d’autres indi- 
vidus élevés par la nature. 

Au moment de la floraison, le filet de l’étamine qui 
parait presque nul, s’allonge graduellement et finit 

eus un trafle tutne 45h 2tirtt PSE NeME lt 

(1) Depuis ces semis er terre, il m'est arrivé plusieurs fois de pla- 
cer des graines dans des vases contenant une petite quantité d’eau. 
Constamment çes graines ont germé au bout de dix à quinze jours, 
et m'ont présenté des êtres dicotylédonés qui n’ayaient qu'une exis- 


tence éphémère, 


( 235 ) 
par avoir 10 millimètres (4 à 5 lignes) de longueur à 
l'instant de la sortie du pollen; époque où la paroi de 
l’anthère se flétrit et devient transparente. Cet allon- 
sement de l’étamine me paraît favorable à l’acte de 
la fécondation. 

Outre cet accroissement du filet de l’étamine, la 
tige prend aussi une élongation bien digne des regards 
du physiologiste. Dans le bouquet de feuilles placé à 
la surface de l’eau, on aperçoit d’abord une fleur qui 
peu à peu s’éloigne du rudiment de la fleur située au- 
dessus d'elle, de manière que lorsque celle-ci est épa- 
nouie, l’autre, qui actuellement est défleurie, se trouve 
éloignée à peu près de 27 millimètres (1 pouce) du 
niveau de l’eau : de sorte que s’il existe, par exemple, 
huit fleurs sur une tige, la première épanouie sera dé- 
fleurie et enfoncée de 18 centimètres (7 pouces) dans 
l’eau, tandis que la huitième, actuellement en pleine 
floraison, sera au niveau du liquide. 

Ce genre d’accroissement, qui, au premier coup d'œil, 
semble avoir lieu de haut en bas, s'explique par la fai- 
blesse de la tige qui, ne pouvant soulever le bouquet 
de feuilles très-pesant qui la termine au niveau de 
l’eau, est obligée d'abandonner la direction perpendi- 
culaire pour en prendre une autre dans un milieu 
doué de peu de cohésion. D'ailleurs cette immersion 
des fleurs après leur fécondation est une particularité 
commune à la plupart des plantes aquatiques et dont 
il n’est pas facile de se rendre exactement raison. 

Tous les callitrics ne sont vraiment que des variétés 
qu'on doit rapporter au Callitriche verna de Linxé; 
tous végèlent ainsi pendant huit à dix mois de l’an- 


( 254) 
née, et meurent ordinairement au bout de ce laps de 
temps. 

D’après toutes ces observations, le callitric est in- 
contestablement une plante dicotylédonée qui doit 
donc quitter la famille des Naïades, et constituer dans 
la quinzième classe de la méthode appelée naturelle 
(les diclines) une nouvellefamille qu’on pourra nom- 
mer les Callitrichacées, famille qui aura pour carac- 
tères ceux du genre unique qui la constitue. 


Caractères de La fanille et du genre. 


Fleurs monoïques ou hermaphrodites : 1° fleurs 
mâles, un calice à deux sépales, une étamine à anthère 
réniforme s’ouvrant sur son bord convexe, et présen- 
tant dans toute sa longueur une légère rainure; un ru- 
diment d’ovaire; 2° fleurs femelles, un calice à deux 
sépales; un ovaire supère tétragone, surmonté de deux 
styles filiformes (1); quatre akènes (graines nues) lé- 
sèrement ailés, réunis entre eux par un tissu cellulaire 
qui les maintient jusqu’à leur maturité. 

Dans le système de Lixx£, le callitric devra néces- 
sairement occuper deux places : 

1° Être classé dans la monandrie digynie, puisque 
certains individus sont hermaphrodites; 2° et être 
classé dans la monoécie monandrie, puisque le plus 
ordinairement un même individu porte des fleurs mâles 
et des fleurs femelles séparées. 


(1) Avant la maturité des fruits, les quatre ovaires font tellemen 1 


corps ensemble qu'ils n'en paraissent former qu'un. 


( 259 }) 

En prenant le callitric pour base de mes observa- 
tions, j’ai voulu prouver : 1° que ce genre n’a jamais 
été convenablement décrit; 2° que toutes ses espèces 
sont dicotylédonées, ce que quelques botanistes soup- 
connaient seulement; 5° et enfin, combien il est dif- 
licile de classer les végétaux en familles naturelles, 
quand on n’a pas recours à la germination. 


AAA VV VV 0 V0 10/0/0000 VV RL VV VA 00/0 LUS MAMA G/0/0U 


OBSERVATIONS 


Sur quelques espèces de Primevères (); par M. le 
docteur C.-J. Gowriz, correspondant. 


Des cinq espèces de primevères qui font le sujet de 
ce mémoire, trois ont été bien connues des anciens 
auteurs. Désignées par Dioscorine sous le nom de 
guides, ce nom fut traduit en latin par Fucus, Ver- 
basculum. Les épithètes de Arthetica où Arthriticu 
données par Ruezce, et celle de Herba paralysis par 
Bnunrezs, furent prises de l’emploi que l’on fit alors 
de ces plantes dans les douleurs des articulations et 
dans la paralysie. Enfin le nom de Primula veris, 
adopté par Marmiozr, par L'Ecruse et par quelques 
autres, prévalut : ce fut à juste titre, car il était difli- 
cile d'imaginer un choix de mots plus heureux pour 
exprimer le temps où fleurissent ces jolies plantes, si 
dignes d’attirer les regards, lors même qu’attristés par 
la longueur des frimats le plaisir qu’on éprouve au 
premier réveil de la nature n’eût pas encore ajouté 
aux charmes que possèdent ces premières fleurs du 


(1) Le nom de primevère est exclusivement appliqué ici aux espéces 
désignées par Linné sous le nom de Primula veris officinalis, Pri- 
mule veris elatior, Primula veris acaulis, ainsi qu'a leurs nombreuses 


variétés. 


(257) 
printemps. Nous passerons sous silence d’autres noms 
moins imporlans et plus incertains qui furent adoptés 
par quelques anciens auteurs. 

Ces plantes, répandues dans presque toute l’Europe, 
recurent encore des épithètes particulières aux divers 
peuples qui les connurent : elles furent en partie im- 
portées chez nous; ainsi nous devons celle d’Herbe 
ou Clef de saint Pierre, aux Allemands; de Brayes de 
cocou, aux Îtaliens; de Primerose ou Primerolle, aux 
Anglais, etc. 

L’immortel Linxé, embrassant la nature entitre, 
laissa partout les traces de son vaste génie, de son tact 
exquis dans l’étude des êtres qu’elle renferme, comme 
dans leur distribution systématique. Profitant avec art 
des travaux de ses devanciers, il sut s’approprier avec 
beaucoup de bonheur ce qui méritait d’être adopté, 
et rejeter presque toujours avec une saine critique ce 
qui devait être écarté. Ainsi, conservant l’heureux nom 
de Primula veris pour nom commun aux espèces 
connues des anciens, il leur emprunta encore les noms 
spécifiques qu’il assigna à deux de celles qui vont nous 
occuper (l’acaulis et l’elatior). 

Trois de nos espèces ne furent d’abord considérées 
par notre illustre patron que comme variétés les unes 
des autres; cela se conçoit facilement pour ses prime- 
vères élevée et sans tige, mais comment ne pas être 
frappé des différences si importantes qui existent entre 
celle-ci et sa primevère oflicinale ? On doit vraisembla- 
blement attribuer cette sorte de négligence à la réserve 
qu'il mettait dans la création de nouvelles espèces, 
(réserve rarement imitée aujourd’hui), peut-être même 


( 238 ) 

aux objets livrés à son observation, qui tous assez bien 
connus, ne lui laissaient plus lespoir de proposer de 
nouvelles distributions qu’à l’aide d’un examen plus 
scrupuleux. Les primevères officinale et sans lige, 
bien distinctes et bien connues, n’ont donné lieu à 
aucune indécision de la part des botanistes. Il n’en est 
pas de même de la primevère élevée : la synonymie de 
celle-ci nous a paru fort embrouillée, parce que la 
plupart ont pris pour la plante de LrNNÉ une autre 
espèce que d’autres botanistes n’ont considérée que 
comme une variété à hampe multiflore de la prime- 
vère sans tige. Nous ne nous sommes pas flattés d’é- 
claircir ces diflicultés : privés des figures du Flora 
danica et de l'Englo botanish, il était difficile de pro- 
noncer sur ce point litigieux. Cependant, favorisés par 
un heureux concours de circonstances qui nous ont 
mis à même de voir vivantes,et presque toutes sur leur 
lieu natal, les espèces que nous décrirons, nous avons 
cru devoir offrir le résultat de nos recherches, dans 
l'espoir de les rendre profitables à l’étude d’une science 
remplie de tant de difficultés, mais qui compte cepen- 
dant au nombre de ses avantages celui de nous sous- 
traire aux orages de la vie politique, comme aux ennuis 
ou aux chagrins de la vie privée quand ils menacent 
de nous assiéger. 

Avant de passer à l'examen des espèces que nous 
proposons, nous ferons remarquer une erreur échappée 
x M. Baran», et dans laquelle il a entraîné notre sa- 
vant confrère M. ne Canpoze ; il est question ici de l’es- 
pèce appelée variable, dans le supplément à la Flore de 
Maine-et-Loire, et de celle qui, dans le supplément à 


( 259 ) 
la Flore française, a recu le nom de primevère à style 
court. 

Dans l’une comme dans l’autre espèce le caractère 
unique qui leur appartient consiste dans la situation 
des étamines, la dilatation du tube de la corolle qui 
varie avec elles et la longueur relative du style. Si 
ces caractères étaient constans, ils mériteraient bien 
d’être pris en considération; mais il s’en faut de beau- 
coup qu'il en soit ainsi. 

Ces variations déjà notées dans l'édition du Systema 
vegelabilium de Lixxé, publiée par Murray et Per- 
soon, avaient encore été remarquées par le muscolo- 
giste Brinez (1). Ayant aussi constaté ces variations 
dans l’année 1812 ,nous avions, dès ce temps, pris quel- 
ques notes à ce sujet; un examen plus prolongé nous 
a convaincus que ces accidens, dans la situation ou la 
longueur relative des organes sexuels, ne méritaient pas 
une attention sérieuse, et nous ajoutons qu'il n’est 
dans les espèces de primevères dont j'aurai à traiter 
dans ce mémoire, aucune de leurs nombreuses variétés 
qui ne présente ces accidens de situation, retrouvés 
par M. pe CanDozze dans l’oreille d’ours. Ainsi, si l’on 
persistait à vouloir faire des espèces sur des caractères 
aussi variables, ce serait d’un trait de plume doubler 
les primevères et toutes leurs variétés. 


Ï, PRIMEVÈRE A GRANDE FLEUR. 


La primevère à grande fleur, très-remarquable par 
ses hampes uniflores, est bien connue des botanistes ; 


1) Mouron-Fonreniczr, Système des plantes /t.A,0p: 272: 


(240 ) 

c’est celle que Lixné a appelée Primula veris acaulis : 
cette espèce a fourni de nombreuses variétés aux fleu- 
ristes. Il faut prendre garde de les confondre avec les 
individus à hampe uniflore de notre primevère va- 
riable si répandue dans les jardins. La primevère à 
grande fleur se distingue toujours par ses hampes nom- 
breuses, longues et faibles, et surtout par les divisions 
de son calice, qui sont profondes, linéaires, un peu 
courbées à la pointe, et rapprochées du tube de la co- 
rolle qu’elles égalent en longueur. La variété des jar- 
dins, de notre primevère variable, à hampe uniflore, 
les a plus courtes, plus droites, moins nombreuses, et 
ses divisions calicinales moins profondes sont plus 
élargies, droites à la pointe et écartées du tube de la 
corolle dont elles n’égalent point la longueur; les fleurs 
sont moins grandes. 

La véritable primevère à grande fleur, extrêmement 
commune dans le département de la Sarthe, n’y a ja- 
mais été observée à hampe ombellifère. M. Barar» 
nous dit aussi dans le supplément à sa Flore, ne l'avoir 
jamais trouvée. 


JT, PRIMEVÈRE VARIABLE. 


Nous avons appelé primevère variable celle que 
quelques auteurs ont regardée comme une simple va- 
riélé à hampe ombellifère de la primevère à grande 
fleur. M. pe CanDozze nous semble ainsi l'avoir envi- 
sagée, quand elle avait Je style aussi long que le tube 
‘de la corolle, et l’avoir rapportée à sa primevère à style 
court, quand celui-ci était moins élevé que le lieu d’in- 
serlion des étamines. 


(241) 

- Nous n’avons pas adopté le nom spécifique Bre- 
vistyla proposé par ce botaniste célèbre, parce qu'il 
entretenait une erreur. L’adijectif variabilis nous a 
paru préférable, d’abord parce qu’il avait été primi- 
tivement employé par Trarrinicr et par M. Baranrn, 
et appliqué à des espèces qui comprenaient la nôtre; 
ensuite, parce qu'il exprimait bien cette variation de 
hampes uniflores et multiflores qu’on observe sou- 
vent dans la primevère variable, quelquefois même sur 
un seul pied. 

Cette espèce nous a paru bien figurée par L’EcLuse 
( Hist., 1, page 501). Cependant beaucoup d’au- 
teurs ont rapporté cette figure à la primevère élevée 
de Linx£, et ont par conséquent commis une erreur 
d’autant plus grave, que la forme des feuilles, la 
brièveté de la hampe et les fleurs nombreuses, pen- 
chées et supportées par de longs pédicelles qui ter- 
minent la primevère variable, ne peuvent convenir à 
la plante de Lixxé; ils s'adaptent au contraire parfai- 
tement à notre espèce. Nous nous fondons, pour cesser 
de la considérer comme une simple variété de la pri- 
mevère à grande fleur, 1° sur ce que les fleurs sont 
notablement plus petites, le diamètre de leur limbe 
ne surpasse pas la longueur de leur tube; 2° sur ce 
que les divisions du calice sont plus courtes, élargies 
à la base, droites vers la pointe, et surtout écartées 
du tube de la corolle, dont elles n’égalent point la 
longueur : les fleurs sont d’une couleur jaune plus 
foncée. 

Souvent nous avons trouvé des individus de cette 
espèce sur lesquels il y avait des hampes multiflores 


7) 


(- 242 ) 

et uniflores ; dans ce dernier cas, c'était une hampe 
dont quelques circonstances avaient empêché le: com - 
plet développement; souvent elle en avait un com- 
mencement et ne l’acquérait que l’année suivante. 
Nous venons de rencontrer notre plante avec des 
hampes toutes uniflores; elle conservait néanmoins les 
caractères qui la distinguent de la primevère à grande 
fleur. Ces observations s appliquent aussi à la variété 
cultivée dans les jardins, qui quelquefois paraît sans 
tige et finit par en acquérir une plus ou moins longue; 
mais alors que ses hampes sont uniflores, nous la dis- 
tinguons constamment aux caractères énoncés plus 
haut et à ceux que nous établirons en parlant de la 
primevère à grande fleur. 

Cette primevère des jardins, qui est fort répandue, 
et dont les couleurs parcourent toutes les nuances du 
rouge, agréablement mélangé de jaune et blanc, n’a- 
vait encore été trouvée spontanée qu’une fois en 
France, par M. Porrer, aux environs de Fougères, 
département d’Ille-et-Vilaine (1). Notre collègue, et 
mon ami, M. Drouer, l’a observée de nouveau, en 
1825, dans le département de la Sarthe, aux environs 
de la forge de Ghemiré en Charnie. 

L'espèce croît abondamment dans nos bois couverts 
et montueux. 


LL. — PRIMEVÈRE ÉLEVÉE. 


L'espèce de primevère à laquelle nous avons réservé 
l’épithète d’élevée, nous semble être celle que Linxé 
LR SL NON NN 


(x) Dict. bot., supp., t. IV, p. 551. 


(245) 

a appelée Primula veris elatior, et plus certainement 
celles de MM. Surra /Flor. brit.), et nr Canpozre 
{Flor. france.). Elle se caractérise par des feuilles su- 
bitement rétrécies vers le milieu, ovales; par des ham- 
pes longues terminées par des pédicelles courts, char- 
gés de fleurs un peu penchées, dont la couleur jaune 
pâle est uniforme, c’est-à-dire n'ayant point vers la 
gorge de taches orangées comme dans les deux précé- 
dentes, ni les plis dont celles-ci sont pourvues (1); les 
divisions du calice sont lancéolées, aiguës et surpas- 
sent à peine le milieu du tube de la corolle. 

Cette espèce, qui n’a point encore été observée dans 
le département de la Sarthe, croît dans les bois hu- 
mides de la Queue en Brie, et de Ville-d’Avray, près 
Paris. i 

IV. — PRIMEVÈRE LATÉRIFLORE. 


Cette espèce nous a été rapportée de Vendôme par 
M. Drousr; elle croît abondamment dans un petit bois 
couvert et montueux, appelé le bois de l’'Ermitage. 
C'est celle qui, par le port, se rapproche le plus de 
la primevère oflicinale, mais elle en diffère essentiel- 
lement par le calice qui est appliqué sur la capsule et 
plus court qu’elle, et par le limbe de sa corolle qui 
est plane : elle diffère encore de la primevère élevée 
et de la primevère variable, par ses dents calicinales 
qui sont courtes, très- obtuses, comme arrondies et 
terminées par une petite pointe foliacée très-aiguë. 


(1) Les Primula grandiflora, variabilis et officinalis ont vers 
Pentrée du tube de leur corolle une tache d’un jaune orangé; dans 
cet endroit Ja gorge forme comme des plis plus où moins saillans. 


17. 


4 


( 244 ) 

Les feuilles, dans cette espèce, affectent la même 
forme que dans la primevère élevée et la primevère 
officinale, mais elles sont plus velues. La hampe est 
très-droite, plus ferme; les pédicelles qui la terminent 
sont courts, droits, pubescens; les fleurs regardent 
toutes du même côté, leur couleur est d’un jaune de 
soufre, sans tache plus foncée ni pli à leur gorge. 
C’est de toutes les primevères à limbe plane, celle qui 
a les fleurs les plus petites; les segmens en sont ovales, 
à peine échancrés; les divisions du calice sont courtes, 
arrondies, acuminées, et watteignent pas le milieu du 
tube de la corolle. 

Ces caractères nous ont paru suflisans pour nous 
autoriser à ne pas considérer cette plante comme une 
simple variété de la primevère élevée, quoique nous 
eussions pu y être engagés par l'exemple de RoœmER et 
Scuurres, qui, dans leur Systema vegetabilium, 1. IV, 
p- 156, décrivent une variété de la primevère élevée 
qui paraît parfaitement se rapporter à notre espèce. 

Nous en donnons la figure planche X. Elle a été 
dessinée par M. Ferpixann Goupir, jeune homme de 
vingt ans, dont le talent naissant fait concevoir d’heu- 
reuses espérances. 

EXPLICATION DE LA PLANCHE x. 

La figure 1 représente la plante entière demi-nature; 

La fig. 2, une fleur isolée ; 

La fig. 3, le calice séparé ; 

La fig. 4, le calice fendu et ouvert pour faire voir ses 
dents arrondies et acuminées ; 

La fig. 5, une corolle pour moutrer le reuflement de 


son tube, 


PIX. 


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( 245) 
V,. — PRIMEVÈRE OFFICINALE, 


Ce que nous aurons à dire de la primevère offici- 
nale, connue de tout le monde, se bornera à rappeler 
qu’on la distingue des autres espèces, non-seulement 
par le limbe de sa corolle qui est concave, mais encore 
par son calice renflé, dont les divisions courtes sont 
obtuses. 

Nous aurions pu entrer dans l’examen de quelques 
variétés importantes, mais nous avons pensé qu’il sufli- 
sait de les avoir mentionnées dans le tableau suivant 
des espèces, auquel nous renvoyons,. 

Nous ne terminerons point ces courtes observations 
sans manifester notre crainte d’encourir les reproches 
que nous avons nous-mêmes faits à d’autres, de créer 
des espèces trop légèrement : nous prions ceux qui 
nous condamneraient de ne pas nous juger trop sé- 
vèrement, et de se persuader que nous avons été mus 
par une conviction acquise par plus de dix années 
d’une étude suivie. Cependant si une nouvelle atten- 
tion donnée à ce sujet nous faisait reconnaître une 
erreur, nous nous rangerions volontiers à l’opinion de 
ceux qui pourraient regarder notre primevère variable 
comme une variété de la primevère à grande fleur, et 
notre primevère latériflore comme une variété de la 
primevère élevée. 


LORS E ES 


(246) 
TABLEAU DES ESPÈCES. 


PRIMULA. 


dhopidse, Dioscorines. — Verbasculum, Fucus.— 4r- 
thetica, Arthritica, Ruszrius. — Herba paralysis, 
Brunrezsius. — Primula veris, Marniorr, Dopoxæus, 
SriGELius, GLusius, TourNeronT, — Primula, Linné, 


JussIEU, GÆRTNER, DE GANDOLLE. 


Calix monophyilus, tubulosus, pentagonus, quinque 
dentatus, semper corollæ tubo dimidio longior aut 
æqualis; corolla infundibuliformis, tubo dilatato ad in- 
sertionem staminorum; stamina 5, inclusa; stigma 1; 
capsula oblonga, unilocularis, apice multivalvi; flores 
lutei nempe faucibus luteis; folia rugosa, herbacea (1). 


Î. — PRIMULA GRANDIFLORA. 


P. foliis obovato-oblongis; scapis unifloris; laciniis 


(1) Doivent faire partie de ce genre les Primula perreiniana 
Frucer; Pallasüi Leum; Amoœna Marscu. Breserst; Suaveolens 
BertoLon ; {nflata Len. 

Nous pensons que les autres espèces du genre Primula devront, 
sous le nom d’Auricula, constituer un sous-genre, et même un 
genre, ainsi que l'avait fait Tournerorr, et qu'on pourrait caraclé. 
riser ainsi : 

Calix monophyllus, campanulatus non angulatus , sæpiis corollæ 
tubo dimidio brevior; floribus rubri aut albi, capsula subrotunda, 
folia non rugosa subcarnosa. 

IN. B. La Primula vitaliana Lan. spec. ferait partie du genre 


ÆAretia où Androsuce. 


(‘247 ) 
calicinis linearibus, acutis, adpressis, apice inflexis, 
corollæ tubum æquantibus. 

P. veris pallido flore humilis, Grus., Hist., 302. 

P. veris floribus ex singularibus pallidis majoribus 
simplicibus, J, Baun., Hist., ILE, 497. 

P, n°1, Varce., Bof. par:;\pe 16%. 

P. veris sylvestris flore pallido, Hort. Eyst. plant. 
vern. ordo, À, fol. à, fig. 5. 

P. veris acaulis, Lixn., Spec., 204. 

P. elatior, var. &, Wicen., Spec., E, p. 801. 

P. vulgaris, Suiru, FL brit., T, p. 222. 

P. grandiflora, Lamk., FL. fr. 

P. variabilis, var, &, TRATTINICK. 

P. acaulis, LEnMANN, Mon. primul., p. 50. 

P. grandiflora, pe Gann., Fl. fr., 2565. 

Vulg. primevère, primerolle, Puput. 

Var. B. Purpurascens, fauce luteo, limbo purpuras- 
cente, Gircà Cœnomanum {Le Mans)in nemorosis um- 
brosis, vulgd Marshain. 

Var. CG. Alba, fauce luteo, limbo albescente, Primula 
veris alia flore albo. J. Baun., IT, p. 497. Gircà Cœ- 
nomanum in sepibus fabricæ, gallicè dictæ, Chemiré 
en Charnie. 

Var. D. Constantinopolitana, flore simplici rubra, 
—carnea,—purpurea,—miniata, — ferruginea (Borr., 
Plant. hort. acad. Bat.), —viridi. (Primula veris flore 
viridi simplici, Park., Par., 242.) | 

— Flore multiplici luteo (Primula veris sylvarum 
flore multiplici, dilute luteo, specioso, ampliato, Hort. 
Eyst. plant. ver. ord., E. fol. »). Apud nos culta. 

— Flore maltiplici albo, — lilacino, — violaceo, — 


( 248 ) 
rubro, apud nos cultis, — viridi (Primula veris flori- 
bus obscure virentibus fimbriatis, J. Baun., Hist., INT, 
p- 498). 
__ — Calycanthema flore albo, apud nos culta. 

— Calycanthema flore viridi (Primula veris flore 
viridi duplici, Park., Par., 242.) 

Foliis obovato-oblongis, attenuatis, rugosis, sub- 
tus hirsutis; scapis numerosis, lanuginosis, unifloris ; 
laciniis calicinis linearibus, acutis, adpressis, apice in- 
flexis, corollæ tubum æquantibus; floribus pallidè sul- 
phureis, odoratis, fauce plicato (1), limbo plano am- 
pliori quàm tubo, segmentis ovato-cordatis, basi au- 
reis Z; martio, april floret; hab. in sylvis et umbrosis 
et humidis; frequentissimè circà Cœnomanum. 


IT, — PRIMULA VARIAGILIS. 


P. foliis oblongis attenuatis, scapo mulüifloro; laci- 
niis calicinis lanceolatis, acutis, patulis, apice rectis, 
corollæ tubum subæquantibus. 

P. veris pallido flore elatior, Gius., Hist., 501. 

P. veris caulifera pallido flore, inodoro, aut vix odo- 
ro, J. Baun., Hist., III, p. 496. 

P. n°3; Varni., Bot. par., p. 164. 

Àn P. elatior, var. z, Wizz., Spec., I, p. 801? 

P. elatior, plurimorum auctorum. 

P. grandiflora, var. Ê, scapo umbellifero, ne Ganp., 
FL. fr. 2565. 

P. variabilis, var. 8 elatior, TrarrinicKk ? T'abular., 
413? 

P. elatior, Lenmanx, Mon. primul., p. 55? 


re 


he OR, PR EE 


(1) Voyez la note page 243. 


( 249) 

P. variabilis, var. *, BaarDr., Suppl, p. 26. 

P. oflicinalis, Tauirvier, Flore paris., p. 98. 

P. brevistyla, var. ;, DE Gann., FE. fr. suppl. 2565*, 

P. veris, var. B, Nouv. Flore de Paris, »° édition, 
vol. IE, p. 147. 

Vulg. primevère, herbe à la paralysie. 

Var. B, incisa. Paralysis inodora, calicibus dissec- 
is Park., Par., 245. Primula elatior, var. B, incisa, 
Nouv. Flore parisienne, 9° édit., vol. IE, p. 147. Hab. 
circà Parisios. 

Var. C, calycanthema flore luteo. Paralysis flore ge- 
minato inodoro Park., Par., 245, apud nos culta. 

Var. D, viridis : calice amplissimo, foliaceo, corolla 
viridi minima, in tubum calicis inclusa. Paralysis flore 
fatuo Park., Par., 245? Primula veris loco in summo 
foliosa Tourner, /nst., p. 124? apud nos culta. 

Var. E, ecalicina. Paralysis flore flavo, simplici in- 
odoro, absque calicibus Park., Par., 245. Primula 
veris inodoro flore calicis experte Tourner., /nst,, 
p-127: 

Var. F, hortensis, in hortis culta; a præcedentibus 
differt pedicellis calicibusque pubescentibus, nec sub- 
lanuginosis, corollis eleganter purpureis. Domin. Por- 
RET nuper hanc varietatem detexit, in Armorica circà 
Filiceras (Fougères), Dict. bot. suppl, vol. IV, p. 551. 

Recentissime observata dilectissimo Drouer, circa 
Cœnomanum ad fabricam gallicè dictam Chemiré en 
Charnie. 

Hæc varietas gaudet corolla purpurea variabili,nunc 
calice corollæformi, quandoque flore multiplie. 

Foliis oblongis attenuatis, dentatis, rugosis, sublus 


( 250 ) 

hirsutis; scapo multifloro; pedicellis elongatis subla- 
nuginosis; involucellis linearibus acutis ; floribus cer- 
nuis vix odoratis; laciniis calicinis lanceolatis, acutis, 
patulis, apice rectis, tubum corollæ subæquantibus ; 
corolla lutea, fauce plicato, limbo plano, tubum æquan- 
te; segmentis obovatis, cordatis, basi croceis. FI. 
martio, aprili; hab. in sylvis umbrosis, non rard circà 
Cœnomanum. 

(Scapis multifloris et unifloris in varietatibus À F 
sæpè simul reperiuntur.) 


LIT. — pRIMULA ELATIOR. 


P. foliis ad medium contractis, ovatis, scapo multi- 
floro ; dentibus calicinis lanceolatis, acutis, apice rec- 
lis, vix medium tubi corollæ superantibus. 

P. veris elatior, Lixx., Spec., 204? 

P. officinalis, var. 8, Laux., llust., 1928. 

P. elatior, Suiru, FF. brit., I, p. 2253. 

P. elatior, ne Caxp., FI, fr., 2366. 

Foliis ad medium contractis, dentatis, rugosis, sub- 
tus hirsutis, petiolo alato, hirsuto; scapo multifloro 
elongato, pedicellis hirsutis; floribus erectiusculis ino- 
doris; dentibus calicinis lanceolatis, acutis, apice rectis 
vix medium tubi corollæ superantibus ; corolla dilute 
lutea, fauce æquato, limbo plano minori quàm tubo, 
segmentis cordatis æquè coloratis. Z FI. martio, aprili; 
hab. in sylvis humidis, circà Parisios, V’ille-d’Avray, 
la Queue en Brie. 


IV. — PRIMULA LATIFLORA (NOBIS). 


P. foliis ad medium contractis, ovatis; scapo multi- 
floro; floribus secundis: dentibus calicinis brevibus, 


( 251 ) 
rotundatis, acuminatis,vix medium tubi corollæ æquan- 
tibus. 

P. elatior, var. y, Lenmann, Mon. primul., p. 53? 

P. variabilis aurea, Trarrinierk, Tab., 420? 

P. elatior, var. +, Roeum. et Scuuzr., Syst. veget., 
vol. IV, p. 156? 

Foliis ovatis, ad medium contractis, dentatis, rugo- 
sis, utrinque hirsutis, petiolo alato hirsuto; scapo mul- 
üifloro ; pedicellis brevibus'erectis, pubescentibus; in- 
volucellis ovato lanceolatis; floribus secundis, inodoris; 
dentibus calicinis brevibus,rotundatis, acuminatis, vix 
medium tubi corollæ æquantibus; corolla sulphurea, 
fauce æquato, limbo plano, multd minori quàm tubo; 
segmentis ovatis, vix emarginatis, æquè coloratis; calix 
capsulæ appressus et multo brevior, Z FIL. martio, 
aprili; hab. in sylvis umbrosis montosis, circà Ven- 
docinum (Vendôme), in loco vulgd dicto, Bois de 


l'Ermitage, qud reperta fuit dilectissimo Drougr. 
V. — PRIMULA OFFICINALIS. 


P. foliis abruptè contractis, subcordatis; scapo mul- 
tüifloro; floribus secundis, nutantibus, limbo concavo:; 
calice inflato, dentibus obtusiusculis. 

P. veris flavo flore elatior, GLus., Hist., 301. 

P. veris odorata flore luteo simplici, J. Baun., Hist., 
ILE, p. 495. 

Pn°2, VAILL.. Br, par., p. 164. 

P. veris officinalis, Livn., Spec., 204. 

P. officinalis, Jaco., Mise., I, P+ 199. 

P. officinalis, Buz., {/erb., tab. VD 

P. veris, Wii. , Spec. 1, p. 800. 


( 252 ) 

P. veris, Surru., FL br., 1, p. 295. 

P. oflicinalis, var. 4, Lamx., Z{lust., 1928,t. XCVIIL, 
fig. 2. 

P. oflicinalis, ne Canp., FI. fr., 2563. 

P. veris, LEHmANx, Mon. primul., p. 27. 

Primevère, Flore médicale, LXXIV®: livraison. 

Vulg. cocou, braies de cocou, herbe de Saint-Pierre, 
herbe à la paralysie. 

Var. B, sylvatica, floribus majoribus. In sylvis circà 
Cœnomanum. 

Var. CG, calycanthema, calice corollæformi. Primula 
veris gemino flore ( Hort. Eyst. plant. vern. ord., T, 
fol. 5, f. 4. Hab. circà Cœnomanum. 

Var. D, multiplex, sexibus in corollis mutatis. Gircà 
Cœnomanum. 

Var. E, biumbellata, umbellula è centro generali 
crescente. Gircà Parisios. 

Var.F, uniflora, scapo unifloro,aborta pedicellorum, 
præter unum. Circà Parisios, Gæœnomanum. 

Foliis ad medium abruptè contractis, ovatis, sub- 
cordatis, rugosis, sublus incano-hirsutis, petiolo alato, 
sublævi; scapo multifloro; pedicellis pubescentibus, 
inæqualibus; floribus nutantibus, secundis; calice in- 
flato, dentibus obtusiusculis; corollis luteis, fragran- 
tibus, fauce plicato, limbo concavo, segmentis corda- 
is, basi maculis aurantiacis notatis. Z FI. martio, 
aprili; hab, ubique in pratis, sepibus, sylvis. 


AA AVAL AAA VV TRE 0/V LVU/AUA/VLO/ SL 0/00 0 LVL V0 00/0 AA VD 


PHÉNOMÈNE 


Observé sur une espece de Bauhinia, par 


M. PerrorTeT, membre résidant. 


Depuis le mois de janvier 1822 que je suis attaché 
à la culture des serres chaudes du Jardin des plantes 
de Paris, j'ai été en état de suivre, dans leur végéta- 
tion, les nombreuses plantes que j’ai rapportées de 
mes voyages aux îles de la mer d’Asie et sur une partie 
du continent de l'Amérique méridionale; je me suis 
également trouvé en mesure de recueillir une longue 
série de faits curieux sur les habitudes d’un très-grand 
nombre de végétaux. Je me propose de les faire con- 
naître successivement. Aujourd'hui je viens, Mes- 
sieurs, vous entretenir d’un phénomène que m’a offert 
le Bauhinia. 

Chacun de vous connaît ce beau genre que Pru- 
uiEr a dédié aux deux frères BauniN, dont les travaux 
ont été si utiles à la botanique. Je ne vous parlerai 
point de la jolie espèce que Linxé nomme Bijuga, 
pour rapprocher la gloire inséparable de ces deux il- 
lustres Francais, qu’une persécution religieuse fit 
naître à Bâle en Suisse; mais je vous citerai le Bau- 
hinia divaricata qui m'a présenté le sujet d’une ob- 
servation nouvelle. 


Le 5 juin 1822, à trois heures de l'après-midi, visi- 


( 254) 

tant la grande serre que l’on désigne sous le nom de 
Serre Riédlé, et fixant particulièrement mes regards 
sur les plantes que leur constitution délicate condamne 
à vivre enfermées toute l’année, je remarquai un Bau- 
hinia dont les feuilles étaient légèrement fanées. Je 
lui donnai de l’eau, et je m'’arrêtai près de lui. Les 
êtres faibles et souffrans appellent la compassion. Je 
prenais plaisir à le voir reprendre un peu de force à 
mesure que l’eau pénétrait dans tous ses pores. Ce fut 
alors qu'à mon grand étonnement je vis les aiguil- 
lons, dont la tige et les rameaux sont armés, m'offrir 
à leur extrémité une gouttelette d’une liqueur trans- 
parente, de la grosseur d’un grain ordinaire de plomb 
à lièvre; j'y portai les doigts, comptant bien la trouver 
liquide, mais elle était dure et presque de la consis- 
tance du sucre-candi. Je la goûtai et la trouvai très- 
sucrée, d’une saveur agréable, amie de lestomac, et 
me parut ne se rapporter à aucune saveur connue. Je 
ramassai avec soin toutes les boules cristallines que 
la plante put m'offrir, et j'en fis goûter à plusieurs 
personnes qui partagèrent toutes la même impression 
que moi. Le lendemain, à huit heures du matin, je re- 
vins à mon Bauhinia; ses aiguillons étaient de nou- 
veau couronnés par de brillantes gouttelettes, moins 
grosses que celles recueillies la veille, et surtout non 
cristallisées; ce n’était plus qu’une eau sirupeuse, très- 
sucrée, et que je compare au miélat qui enduit la su- 
perficie des feuilles des érables, des tilleuls et de plu- 
sieurs autres végétaux dans les temps très-secs. 

Pendant cinq à six jours, je trouvai exactement des 


globules liquides, mais elles diminuaient sensiblement 


( 255 ) 
de volume chaque jour. La nuit je n’en trouvai jamais. 
Enfin elles disparurent tout-à-fait, et je n’en revis plus 
de tout l'été. 

Comment se rendre compte de ce phénomène ? Est- 
il dû à une surabondance de sève ou bien à une ma- 
ladie de la plante ? Est-il particulier au genre Bau- 
hinia, où seulement à l'espèce divaricata ? je l'ignore 
encore, el pour mener à la solution de ce fait singu- 
lier, que je serai peut-être en état d'expliquer plus 
tard, il est bon de noter ici l’état de la plante et celui 
de l’atmosphère au moment de mon observation. 

Le Bauhinia divaricata était alors tenu dans un 
gros pot de terre légère ; sa tige avait de 12 à 20 déci- 
mètres (4 à 6 pieds) d’élévation et végétait avec vi- 
gueur. L’atmosphère extérieure était très-chaude et 
surtout très-sèche; le thermomètre de R£aumur, 
placé sur l’arrière de la serre, marquait 26° et demi. 
Cette température était sans contredit plus élevée que 
celle qui règne habituellement dans les climats où le 
Bauhinia croît spontanément, c’est-à-dire par les 6 et 
7° de latitude, puisque le thermomètre s’y élève rare- 
ment au 26° degré qu’il ne dépasse point. 

D’après l’état de la température, on pourrait recon- 
naître ici la présence du miélat, l’exudation d’une 
sève trop abondante; mais ce phénomène, qui cesse 
d'ordinaire sur toutes les plantes qui y sont sujettes 
du moment que l'atmosphère est chargée d'humidité, 
s’est manifesté sur le Bauhinia, quand le ciel était 
couvert de nuages, que la rosée était très-forte et même 
froide, et que le thermomètre atteignait à peine les 18 
et 20° de l’échelle de Réauuur. 


( 296 ) 

Les végétaux qui présentent sur leurs feuilles le suc 
que l’on nomme miélat sont toujours languissans, et 
après cette grande transparition leurs jeunes pousses 
ne réussissent pas. Îl en a été de même chez le Bau- 
hinia divaricata. L’arbrisseau a continué de végéter 
avec force jusqu’à l’automne, il poussa même de longs 
rameaux, mais grêles, d’une consistance peu ligneuse : 
ces produits faibles purent résister à la rigueur de 
l'hiver. Les rameaux se détruisirent jusque sur le 
vieux bois, ce qui m'obligea de les rapprocher de la 
tige principale le printemps de 1825; j'espérais faire 
de nouvelles observations pendant l’été, mais la plante 
continua de demeurer dans un état de dépérissement 
jusqu’à ce moment (avril 1824), qu'elle commence à 
donner les signes d’une végétation peu vigoureuse, 

En doit-on conclure que les gouttelettes sucrées et 
cristallines du Bauhinia divaricata n’étaient rien 
autre chose qu’une sorte de miélat, un état morbide ? 
Je ne le pense pas encore. Les végétaux tenus dans 
les serres chaudes sont placés sous l'influence de cir- 
constances si différentes de celles sous lesquelles ils 
vivent dans l’état de liberté, qu'il ne faut point pro- 
noncer de suite sur les phénomènes qu'ils présentent. 
On doit, je pense, en tenir note, les faire connaître 
dans leurs détails, et attendre que des botanistes in- 
struits répètent les mêmes observations dans la patrie 
même des plantes nommées. C’est d’après celle per- 
suasion que je vous soumets, Messieurs, ce que j'ai vu; 
heureux si, durant le voyage que vais entreprendre 
incessamment dans l'Amérique du sud et sur les côtes 
occidentales de l'Afrique, je puis découvrir la raison 


(257) 
du fait que j’expose à vos yeux. Je vous en instruirai, 
comme je me promets bien de vous communiquer les 
autres remarques que je serai dans le cas de faire. 
Jaurai toujours du plaisir à vous payer ainsi le tri- 
but de ma reconnaissance et de mon parfait dévoue- 
ment. 


18 


LAN LVL UV UV ARE LULU UE VAR UV LUE LULU LA 114144123131 


POLYPORI PISACHAPANI 4) 


Ilustratio, auctoribus Curisriano Goporreno 
NEEs AB ÉsENBECrk, et Tu. Frinerico Lupo- 
vico NEEs A8 EsENRECK, fratribus, Societ. Lin. 
Parisiensis soctis. 


Polyporus pisachapani. 

P. (Pleuropus) suberosus, niger, pileo horizontali 
margine radiato, radiis prælongis arcuatis apice pallidis. 

Habitat ad truncos putridos Javæ insulæ. Brume. 


DESCRIPTIO. 


Inter multa atque pulcherrima Floræ dona, quæ 
Bzuuius noster in Java insula, plantarum fertilissima, 
collegit et humanissime nobiscum nuper communica- 
vit, nulla res magis hominum oculos in se convertit, 
quan fungus iste, qui ex humilioribus quidem et e ser- 
vorum tribu ortus, tamen allioribus cunctis ipsisque 
principibus plantarum aliena sua et sane miranda specie 
antecellit. 

Est ingens quidam Boletus, manus, prælongis digitis 
instruciæ, forma, coloris aterrimi, soli illius vi et uber 
late e Polypororum familia enatus. Slipes erectus, non- 
nibilincurvus et subrugosus, sex pollices longus, vix pol- 
licem dimidium crassus, durus et lignosus, apice expan- 


———_—_—_.— 


(1) Pisdcha (Pisaischa pronuntiandum) démon malignus, et pdnr, 


manus, à SCHLEGEL. 


( 259 ) 

ditur in pileum horizontalem semicircularem quinque 
polliceslatum, duos pollices cum dimidio longum et tres 
ad quatuor lineas crassum, qui latere superiori ater et 
nitidus, more generis striis concentricis elevatis dis- 
tinguitur. In latere inferiori hymenium videbis, linea 
marginali prominente cinctum, cujus pori, per se 
quidem minutissimi, materie etiam vernicosa obliti nu- 
dosque oculos, veluti punctula superficilia, facile effu- 
gientes, cultri et lentis vitreæ ope quærendi sunt. Et 
ad hos usque terminos fungus quidem noster formæ 
tritissimæ esse videtur nec quidquam insoliti refert. 
Sed nova statim orta evolutione, pileus iste parvus in 
appendicem, mole sua et forma perinsignem, incres- 
cit. Apex etenim pilei abit in processum latum, carpo 
manus similem, ex quo radii septem longissimi, leni- 
ter incurvi, ad basin compressi, reliqua autem parte 
teretes, nonnihil rugosi et subnodosi, in apicem acu- 
tiusculum desinentes, ascendunt, qui in longitudine 
pollicum viginti et duorum sunt, lineas autem quatuor 
vel quinque crassi coloris in sicco atri, nitentis, ver- 
sus extremum apicem in ferrugineum vergentis. Adest 
præterea octavi radii pars imperfecta, exigua et quasi 
trunca. In fungo recenti cl. Biumius radios istos spis- 
siori quadam collinitos observavit mucilagine, quæ ex- 
siccando denique in crustam rigidam resinosam et 
quasi vernicosam induruit. 

Structura interna stipitis strata quatuor diversa os- 
tendit, quorum exterius durissimun est et contextus 
floccosi densioris; secundum, molle, spongiosum et 
castanei coloris, e contextu floccoso laxiori constat: 
stratum tertium idemque majorem tolius stipitis par- 


18, 


( 260 }) 

tem implens, sublignosum, e meris vesiculis subglobo- 
siscompositum, ad super accedit et cavitatem veluti me= 
dullarem, substantia floccoso-stupposa, stralo secundo 
simili, repletam, cingit. Apices radiorum, cortice du 
riori orbati, toti floccis quam in secundo tenerioribus, 
sed magis compactlis, continentur. Qua ratione fungi 
hujus structura interna, quamvis e simplicissimis ele- 
mentis composita, diversa arborum strata, corticem, 
librum, lignum et medullam, imitatur. 

Pori hymenii, sub microscopio composito exami- 
nali, thecas tenuissimas filiformes pellucidas produnt ; 
spor& desiderantur, 

Locuminsystemate mycologico singulari huic speciei 
quærendo non incommode inter Polyporos pleuropo- 
des post Polyporum amboinensem F. collocabis, etiamsi 
ab omnibus congeneribus appendice ïlla maxima et 
monsirosa summopere aberret et simile quiddam cuin 
Clavariis et cum Cordyliarum stromate habeat. 


ADNOTATIO. — Fungi illi digitati, a Rumpwio in 


Herbario amboinense obiter commemorati, accedere 


videntur nostiro. 


EXPLICATIO TABULÆ XI. 


1. Fungus, a frente visus, semi-magnitudine naturali, 

2. Idem, a latere delineatus, ut radiorun incurvatio 
appareat. ue 

3. Pileus sine s.ipite et radiis, a Lilere super ori v sus. 

4 

ee 


Idem, a latere infériori. 


Lanvin. 7071/ 
ees von Len beck., del. 4 


Mem.. de Ur Joe: Linne 1824) PLAI 


Tree mon Esenbeck, del Zaroin, seul 


(.2641:) 

5. Segmentum transversale stipitis magnitudine na- 
turali, 

6. Pars hymenii, lente aucta. 

7. Pori hymenii cum ascis, maxime aucti. 

8. Segmentum transversale stipitis, maxime auctum, 
quo structura strati primi, seu exterioris, et secundi il- 
lustretur. 

9. Segmentum longitudinale strati corticalis, maxime 
auctum. 

10. Segmentum transversale strati tertii, eadem ra- 
tione auctum, ut structura vesiculosa in conspectum ve- 
nat, 


VRAI VAS VV V VAMVUVUSAVVUE LR VO/0/V 0/0 LUS VAL VAR VILA VU TS 


EXTRAIT D'UN MÉMOIRE 


INTITULÉ : 


Recherches sur la lumiere dans la théorie des 
vibrations, suivies de quelques idées de son 
action sur les étres organisés, et particulière- 
ment dans la végétation G); par M. CG. BaizLy, 
membre auditeur. 


Arnès avoir jeté un coup d’œil rapide sur la direc- 
tion des études scientifiques chez les anciens et à la 
renaissance des lettres ; après avoir démontré que la 
marche de lesprit humain était alors systématique el 
non théorique, parce qu'il s’abandonnait aux capri- 
ces de l'imagination, au lieu de s’appuyer sur l’obser- 
vation et l'expérience, l’auteur établit que si nous ne 
sommes point encore en état de soulever tous les voiles 
dont la nature s’enveloppe, du moins de nombreux ja- 
lons sont-ils placés dans ce champ diflicile à parcou- 
rir, en sorte que, malgré que des obstacles nous em- 
pêchent encore de suivre tous leurs rapports, et par 
conséquent ne nous permettent pas de mesurer l’é- 
RC EX COST EME EN ET << 


(1) Il est à regretter que ce mémoire, lu à la séance du 6 mai 1824, 
n'ait pu, à cause de son étendue, être inséré en entier dans les 
Annales, mais nous tâcherons, dans cet extrait, d’en offrir la sub- 
stance, et de ne point nous écarter des idées de Pauteur : pour cela 
nous ne ferons pour ainsi dire que transcrire les principaux passages 


de son mémoire. 


( 265 ) 

tendue que nous avons explorée, il devient cependant 
nécessaire de lier les faits par une théorie. Les systèmes 
donnent pour vrai, pour certain, ce qui ne repose que 
sur le terrain mobile des hypothèses; tandis que les théo- 
ries, s'appuyant de toutes les observations, basées sur 
l’explication qu’elles donnent de tous les faits connus, 
sont des guides qui soulagent la mémoire, facilitent 
l'étude, préparent les découvertes, vont au-devant des 
expériences. Jamais elles ne donnent pour certain ce 
qui ne l’est pas, elles deviendraient alors des systèmes, 
mais elles embrassent tous les phénomènes, toutes les 
observations, elles en forment un corps de doctrine. 

Dans l’étude de la nature, les savans ont reconnu 
de nombreux agens à l'influence desquels tous les 
corps sont soumis plus ou moins directement ; il en 
résulte que le naturaliste, qui ne se borne pas à l’aride 
nomenclature des êtres, mais qui s'élève à la philoso- 
phie de la science, ne peut négliger l’étude de ces 
agens physiques. Parmi ces forces qui semblent influer 
si puissamment sur les êtres organisés, au premier 
rang viennent se placer les fluides impondérables. 
L'action de la chaleur, de la lumière, de l'électricité, 
a de tout temps été considérée comme pouvant jeter 
un grand jour sur l’explication des nombreux phéno- 
mènes naturels ; aussi les naturalistes et les physiciens 
altribuèrent-ils à ces principes tels ou tels faits, tels 
ou tels phénomènes; aussi voyons-nous ceux qui cher- 
chent les lois inconnues de l’organisation et de la 
vie dans la physique et la mécanique, aussi bien que 
ceux qui l’expliquent d’une manière physiologique, et 
en supposant l'existence d’un principe vital quelcon- 


( 264 ) 

que, appeler souvent à leur secours les agens dont nous 
venons de parler. En effet, quelle que soit la nature, 
quel que soit le mode d’action de ces agens, leur in- 
fluence se manifeste si ouvertement, si puissamment, 
dans tant de circonstances, qu’on ne peut nier qu'ils 
jouent un rôle de première importance dans l’or- 
ganisation et la vie des végétaux aussi bien que des 
animaux. Ne voyons-nous pas les uns et les autres lan- 
guir, s’élioler, périr bientôt lorsque l’influence bien- 
faisante de ces agens leur est refusée? ne les voyons- 
nous point présenter un tissu lâche, incomplet, qui 
annonce une prompte dissolution, lorsque leur exis- 
tence se prolonge dans l’obscurité? Ne savons-nous 
point au contraire que la chaleur et la lumière sont 
des conditions impérieusement nécessaires au dévelop- 
pement des êtres vivans ? ne savons-nous pas que la 
végétation et l’animalisation sont constamment en pro- 
portion avec la puissance de ces forces? Si nous voyons 
que sans chaleur, sans lumière, il ne naît point de corps 
organisé, ne sommes-nous point conduits à en conclure 
que ces fluides excitent, irritent, mettent en jeu les 
organes des végétaux et des animaux, et y développent 
les facultés nécessaires à l’entretien et à la conserva- 
tion de la vie, peut-être même en sont-ils la cause pri- 
mitive (1)? 

Mais deux systèmes partagent les savans sur la na- 
ture, et par suite sur le mode d’action de la chaleur 


(1) L'auteur a déjà émis cette opinion dans ses Elémens d'horti- 
culture, intitulés : A/anuel théorique et pratique du Jardinage, 2 vol. 
in-18, dans le chapitre où il donne une idée de l’organisation des 
végétaux. 


( 265 ) 

et de la lumière; celui que l’auteur de ce mémoire 
regarde comme le plus probable, celui qu'il dit avec 
raison être étayé de plus fortes preuves, être appuyé 
du suffrage du plus grand nombre de physiciens de 
nos jours, est entièrement inconnu des naturalistes, 
parce que ce n’est que récemment qu’il a été rappelé à 
l'attention des savans, et ils l’avaient, pour ainsi dire, 
condamné sans le connaître. Le but de ce mémoire 
est de donner une idée de la manière d’envisager tous 
les phénomènes de la lumière dans ce nouveau sys- 
ième; travail neuf, puisque ces notions ne se trouvent 
encore qu'éparses dans divers mémoires, et y sont in- 
complètes, sans liaison. M. Barzzy, ainsi qu'il le dit, a 
voulu chercher à démontrer que cette nouvelle théorie 
de la lumière et de la chaleur, contre laquelle il n’a 
élé présenté aucune objection sans réponse, qui réunit 
en sa faveur les plus fortes probabilités, loin de ren- 
verser ou contredire les idées des naturalistes et des 
physiologistes, loin d’être rejetée par eux, comme elle 
s’en est vue menacée, sans examen, dès sa naissance, 
doit au contraire être accueillie avec empressement, 
puisqu'elle semble se prêter à l'explication des phé- 
nomènes naturels d’une manière plus simple et plus 
féconde. 

Il nous est impossible de rien retrancher dans l’ex- 
posé que fait l’auteur de sa théorie de la lumière, qu'il 
annonce extraire lui-même d’un abrégé de physique 
qu'il doit publier incessamment; ainsi nous transcri- 
rons en entier cette seconde partie de son mémoire. 

« Nous sommes averlis de la présence des objets qui 
sont en contact avec nos organes var le sens du tou- 


( 266 ) 

cher, et par ceux de l’odorat et du goût, qui ne sont 
que des modifications du premier, appropriées à cer- 
tains corps. L’ouie nous fait apprécier ces mouvemens 
particuliers de l’air et des corps en vertu desquels ils 
deviennent sonores; l’œil nous fait connaître des ob- 
jets séparés de nous par de grandes distances, nous fait 
embrasser en un instant leurs formes et leurs con- 
tours, nous avertit de propriétés particulières, telles 
que les couleurs, qui nous seraient demeurées éternel- 
lement inconnues, nous permet souvent d’avoir la per- 
ception d'objets séparés de nous par d’autres corps, 
nous fait enfin pénétrer dans l’immensité de l’espace 
pour nous en révéler l’ordre. L’œil est un scrutateur 
exact qui franchit pour nous les espaces et va au loin 
s'informer des propriétés et de l’état des corps pour 
nous en rapporter l'avertissement avec une prompti- 
tude infinie. Que serions-nous sans cet admirable or- 
gane ? à quelles idées serions-nous limités si la per- 
ceplion de notre esprit à tous ne pouvait s'étendre 
plus loin que la distance où notre main palpe les corps? 
sans doute nous serions réduits à une vie à peu près 
végétative, Mais quelle idée doit-on prendre du génie 
de l’homme, en le voyant accroître encore les facultés 
dont la nature l’a doué, trouver les moyens de recti- 
fier les défauts de ses organes, et enfin de leur faire 
franchir des espaces dont l’entrée semblait leur être 
à jamais interdite ? 

» Quelle est donc la matière qui forme ainsi l’inter- 
médiaire entre les objets et notre organe, qui nous fait 
percevoir la sensation des objets éloignés? quelle est 
la cause de la visibilité ? Est-ce en recevant de la part 


(267) 

des corps lumineux ou éclairés une émanation de par- 
ticules lancées avec une force et une vitesse extrêmes, 
ainsi que le pensait Newrow, ainsi que l’enseignent 
tous les traités élémentaires de physique ; en un mot 
les phénomènes lumineux et calorifiques sont-ils dus 
à une émission? ou bien est-ce au moyen du choc 
répété des vibrations d’un fluide éminemment élasti- 
que, universellement répandu, ainsi que l’ont imaginé 
Descarres et Huyenens, ainsi qu'ont cherché à le 
prouver MM. Tu. Youxe, Araco et Fresner? enfin les 
mêmes phénomènes sont-ils produits par des ondula- 
tions propagées de proche en proche? Tels sont les 
deux systèmes qui partagent les physiciens sur la cause 
productrice de la lumière et de la chaleur, des cou- 
leurs et de la vision. Nous ne nous arrêterons point 
au développement du premier, suffisamment connu et 
d’ailleurs expliqué dans tous les traités de physique, 
et nous exposerons sur-le-champ, en peu de mots, de 
quelle manière il nous semble qu’on peut envisager 
toute la théorie de la lumière, et concevoir les phéno- 
mènes qu’elle présente dans le second. Nous allons 
voir que dans ce système il suffit d’admettre l'existence; 
d’un éther auquel les corps lumineux communiquent 
un mouvement vibratoire, pour en voir jaillir, comme 
d’une source féconde, toutes les lois de la marche de 
la lumière, soit dans l’espace, soit à la rencontre des 
corps, soit en pénétrant dans leur intérieur. 

» S'il nous était permis d'exposer les expériences sur 
l'inflexion que la lumière éprouve en passant près des 
extrémités des corps, expériences qui ont servi de 
bases à M. Youxc pour l'établissement de sa théorie 


( 268 ) 

des interférences ; s’il nous était permis de dévelop- 
per comment deux rayons qui se rencontrent dans un 
même lieu produisent souvent une obscurité complète 
au point de leur rencontre, peut-être serait-on frappé 
du haut degré de probabilité que ces phénomènes, 
inexplicables dans le système des émanations, donnent 
à celui des ondes; s’il nous était permis de présenter 
un aperçu des phénomènes de distraction de lumière 
et des anneaux colorés, où l’on voit se produire, en 
raison de la différence des chemins parcourus, en rai- 
son de la longueur des ondulations qu’on est parvenu 
à mesurer approximativement, des bandes alternati- 
vement obscures et lumineuses, ou colorées dans un 
certain ordre, peut-être trouverait-on d’une grande 
force le faisceau de preuves qui indique que la lumière 
est le résultat des vibrations d’un éther; mais nous ne 
pouvons point développer ici un traité complet de la 
lumière, nous sommes contraints de nous borner à de 
simples aperçus, ce qui fera excuser, nous l’espérons, 
l'obscurité qui pourrait se rencontrer dans quelques 
portions de ce travail. Qu'il nous soit permis du moins 
de montrer la grande analogie qui existe entre la pro- 
duction du son dans l’air et celle de la lumière dans 
l’éther : cet exposé est nécessaire pour l'intelligence 
des phénomènes. 

» On sait que dans les milieux de densité semblable, 
tous lessons, quelles que soient leur nature et leur éner- 
gie,se propagent avec la même vitesse, qu'ainsi leur in 
Lensité dépend de l’amplitude des oscillations du corps 
sonore, mais non de la vitesse de transmission du son. 
On sait également que la nature des sons, c’est-à- 


( 269 ) 
dire le ton, dépend de la succession plus ou moins 


rapide des vibrations, succession qui dépend de la lon- 
gueur des ondes, mais ne change rien à la vitesse de 
propagation du son à travers les différens milieux. On 
sait encore, et c’est une conséquence rigoureuse de la 
nature dés mouvemens vibraloires qui sont produits 
par des condensations et des raréfactions alternatives, 
que toutes les fois que deux ou plusieurs ondes sonores 
parviennent en un même point, elles s'ajoutent ou se 
combinent lorsque dans cet instant leur mouvement 
se fait dans le même sens, et qu’elles se détruisent, 
se neutralisent, lorsque ce mouvément est contraire. 
On a pu remarquer les mêmes effets lorsque l’on jette 
une pierre dans l’eau : aux endroits où des groupes 
d'ondes à peu près égaux se croisent , l’eau demeure 
immobile, tandis qu'aux endroits où ils coïncident, les 
ondes sont renforcées. Ces principes démontrés par 
lexpérience, que le calcul prouve être inhérens à la 
nature des milieux homogènes auxquels on commu- 
nique un mouvement d’oscillation, s’appliquent en- 
tièremént aux phénoinènes de la lumière, et vont 
servir à les expliquer d’une manière aussi simple que 
féconde. Mais faisons déjà remarquer que l’obscurité, 
c’est-à-dire la cessation du mouvement vibratoire, 
produite par la coïncidence de deux ondes dans le 
même lieu, ne doit plus étonner : il suffit en effet pour 
cela qu’elles y arrivent avec des mouvemens d’ordre 
contraire, c’est-à-dire l’une avec un mouvement en 
avant, que j'appelle de condensation, l'autre avec un 
mouvement en arrière, que j'appelle de raréfaction, 
ce que nous verrons dépendre nécessairement des dil- 


( 270 ) 
férens chemins parcourus ou des différentes vitesses 
de propagation du mouvement, selon la densité des 
milieux. C’est ainsi qu’on est parvenu à déterminer la 
loi des influences semblables ou contraires, à recon- 
naître que la longueur moyenne des ondulations lumi- 
neuses est d'environ un demi-millième de millimètre, 
et à calculer que la millionième partie d’une seconde 
suflit à la production de cinq cent soixante-quatre 
mille ondulations. Nous disons la longueur moyenne, 
car de même que les divers sons appréciables sont 
produits par des ondulations de longueur différente, de 
même les rayons des diverses couleurs ne sont point 
produits par des ondes égales; celles qui donnent 
la sensation du rouge sont presque doubles en lon- 
gueur, mais trois fois moindres en vitesse d’oscillation 
que celles qui produisent la sensation du violet. On 
doit donc penser, et cette supposition semble bien na- 
turelle, que les corps qui sont lumineux, soit par in- 
candescence, soit par toute autre modification, ont 
des molécules dans tout état de vibration possible, 
vibrations qui se communiquent à l’éther environnant. 
Nous ne saurions irop insister sur ce point: ces vitesses 
d’oscillation si différentes, si inégales, ne changent rien 
à la vitesse de transmission de la lumière, de même que 
l’air transmet également les sons les plus graves et les 
plus aigus, par la raison que si la succession des con- 
densations et des raréfactions est plus rapide, le rayon 
qu’elles embrassent est moins grand précisément dans 
le même rapport. Mais cette inégalité de vitesse dans 
le mouvement primitif a pour résultat immédiat la 
formation d’ondes de longueur différente : car dans 


(271) 
un milieu homogène et élastique comme l’éther, la 
répétition plus rapide des vibrations ne saurait avoir 
lieu si la longueur des ondes ne variait pas. On doit 
donc concevoir que le corps lumineux imprime à l’é- 
ther des oscillations de toute vitesse, y produit par 
conséquent des ondes de longueur très-inégale. Toutes 
celles dont l’étendue varie entre 4 et 6 dix millièmes 
de millimètre environ sont perceptibles pour nos or- 
ganes : par l'impression de leurs vibrations, qui, en 
raison de la longueur des ondes, sont plus ou moins 
rapides, elles produisent en nous, lorsqu’elles ont une 
certaine durée et une certaine intensité, la sensation 
de toutes les couleurs, de même que les vibrations 
plus ou moins vives des corps sonores, transmises à 
notre oreille, nous donnent la sensation des différens 
tons. Toutes les ondes dont la longueur excède celle 
que nous venons de mentionner, sont invisibles pour 
nous, mais manifestent leur présence par des actions 
calorifiques ; celles dont la longueur est moindre, dont 
nous ignorons pareillement la limite, sont également 
insensibles à nos organes de vision, mais se mani- 
festent par des actions chimiques. Il est inutile de 
faire remarquer que d’autres êtres pourront avoir d’au- 
tres limites de vision, et pour le dire en passant, rien 
n’explique plus facilement la vision parfaite de certains 
animaux dans ce qui est pour nous l’obscurité la plus 
complète : il en résulte aussi que tous les êtres ne 
doivent point avoir la sensation des mêmes couleurs, 
et c’est ce que l’expérience semble confirmer : enfin, 
on peut en conclure que ces animaux des dernières 
classes, qui paraissent dépourvus des organes de la vi- 


(272) 
sion, mais agissent comme s'ils en étaient doués, sont 
avertis de la présence des objets extérieurs par une 
action purement calorifique ou chimique des rayons 
sur leur corps. 

» Ainsi un fluide éthéré, éminemment subtil et élas- 
tique, remplit tout l’espace, et nous prions de remar- 
quer ici que l'existence d’un tel fluide, admis par la 
plupart des physiciens et des philosophes, et par New- 
Ton lui-même, paraît maintenant. démontrée par tous 
les phénomènes électriques; puisque, pour concevoir 
la transmission instantanée des décharges, il est né- 
cessaire d'admettre un milieu électrique aussi élastique 
qu'il est nécessaire de le supposer pour la propagation 
de la lumière. Les corps lumineux, par les mouvemens 
oscillatoires de toutes sortes que prennent leurs molé- 
cules, en vertu de causes qui nous sont inconnues, 
mais qui sont peut-être analogues aux courans élec- 
triques que nous voyons produire l’incandescence, im- 
priment à cet éther des vibrations également de toute 
nature, forment conséquemment des ondulations de 
toute longueur; mais ces variations se succèdent si 
rapidement que chacune d'elles ne peut produire une 
impression : la sensation sera donc le résultat de leur 
effet composé, et on n’appréciera ni leurs accords ou 
discordances, ni leurs couleurs, c’est-à-dire leurs lon- 
sueurs d’ondulations : la lumière paraîtra blanche, 
accompagnée d'effets calorifiques et chimiques et sans 
interférences. Mais, si, par un moyen quelconque, nous 
séparons ces eflets partiels, et les forcons de se con- 
tnuer pendant un temps appréciable, dès lors nous 
pourrons juger la longueur des ondes et les points où 


(27%) 

le mouvement vibraloire a lieu en avant ou en arrière; 
dans ce cas, les couleurs, c’est-à-dire les tons de la 
lumière, nous seront appréciables; les effets calori- 
fiques et chimiques pourront être produits sans lu- 
mière; des interférences, c’est-à-dire des destructions 
de lumière produites par la rencontre de plusieurs 
rayons pourront se manifester. Il est inutile de faire 
remarquer qu'aucune de ces circonstances, c’est-à- 
dire la nature des vibrations, l’ordre des mouvemens, 
la vitesse de propagation, ne seront modifiées par l’in- 
tensité de la lumière; car alors, de même que pour le 
son, l'amplitude seule des oscillations varie, mais du 
reste tout demeure dans le même état. 

» Tels sont les phénomènes que présente la marche 
de la lumière ; tous, démontrés par l'expérience, sont 
aussi des conséquences nécessaires de l’existence d’un 
éther mis en mouvement vibratoire, et tel est l’avan- 
tage de cette théorie : c’est, en embrassant tous les phé- 
nomènes, de pouvoir d'avance les prédire; c’est, en se 
soumettant à toutes les expériences, de pouvoir les 
annoncer par le calcul; c’est enfin, en se prêtant faci- 
lement à l’explication des phénomènes de la chaleur 
et de l’électro-magnétisme, de rapprocher des effets 
qui manifestent si souvent leur analogie, en permet- 
tant de les considérer comme des modifications d’un 
seul fluide. On conçoit que les phénomènes de la vi- 
sion ne présentent aucune difficulté dans ce système, 
puisqu'on peut considérer la sensation de la lumière 
et des couleurs comme le résultat de l'impression des 
vibrations plus ou moins rapides sur les houppes ner- 
veuses de la rétine; c’est au contraire dans l’autre sys- 
tème qu'il est bien diflicile d’expliquer comment les 


UD 


( 274 ) 

molécules lumineuses, telles ténues qu’on les suppose, 
lancées d’une distance prodigieuse avec une vitesse de 
67,000 lieues par seconde, n’anéantissent pas, ne cau- 
sent aucun désordre dans un organe aussi délicat que 
l'œil. Il ne nous reste donc plus qu’à donner une idée 
de la cause de la réflexion de la lumière, de sa réfrac- 
tion, et enfin de la coloration des eorps. 

» Dans un milieu élastique et homogène, tout ébran- 
lement se propage constamment dans le même sens, 
en se communiquant de proche en proche; ainsi une 
bille qui vient en frapper une autre de masse égale, 
lui communique tout son mouvement et reste en re- 
pos; mais il n’en est plus ainsi lorsque les masses sont 
inégales : en effet, continuant le même exemple, si 
celle qui vient frapper la bille en repos est plus consi- 
dérable, elle partagera son mouvement avec elle, mais 
ne le continuera pas moins dans le même sens; au 
contraire, si elle est plus petite, tout en lui imprimant 
un léger mouvement, elle sera repoussée en sens con- 
traire de sa direction primitive. Ce n’est donc point 
la réflexion en elle-même qu'il est diflicile de conce- 
voir, car, d’après l'énorme différence qu’on doit sup- 
poser exister entre les molécules de l’éther et celles 
des corps, on voit que la réflexion doit être fort con- 
sidérable; mais c’est comment il se fait que sur des 
surfaces, qui pour la lumière doivent être si inégales, 
la réflexion soit cependant si régulière, et fasse con- 
stamment l’angle de réflexion égal à l’angle d’inci- 
dence. Dans la théorie de Huycens celte singularité 
s'explique sans avoir besoin d’une surface parfaitement 
polie. En effet, dans ce système on conçoit que toutes 
les fois qu'une onde est brisée, ou en partie inter- 


(279 ) 

ceptée, il faut considérer chacun de ses points comme 
devenant un centre d’ondulations particulier. Il arrive 
alors la même chose qu'aux cordes vibrantes, qui d’a- 
bord, tout en exécutant une vibration totale de toute 
leur longueur, n’en exécutent pas moins un grand 
nombre de vibrations partielles, et qui, en second lieu, 
sous l’influence de la moindre cause déterminante, 
changent leur ondulation primitive en plusieurs on- 
dulations résultantes de la première. Il s’ensuit que 
lorsqu'une onde lumineuse arrivera à la surface d’un 
corps réflecteur, les particules de ce corps pourront 
être considérées comme envoyant des rayons dans 
tous les sens; inais ils seront invisibles à cause de leur 
isolement, ou détruits par les interférences à cause de 
l'inégalité des chemins parcourus, excepté ceux qui, 
envoyés par la portion des molécules du corps réflec- 
teur placées dans le même plan, auront également 
dans le même plan le centre de leurs ondulations parti- 
culières; car alors aucun effet opposé ne peut détruire 
le mouvement comme il arrive pour les autres points, 
et ces ondes particulières, réformant une onde réfléchie 
semblable à l’onde incidente, auront acquis de nou- 
veau les conditions nécessaires pour être visibles. 

» Quant à la réfraction, c’est-à-dire à la déviation 
que la lumière éprouve en passant d’un milieu dans 
un autre, nous allons découvrir sa cause dans le ralen- 
tissement que le mouvement des ondulations éprouve 
en traversant les diverses substances transparentes. En 
effet, dès que le mouvement est ralenti par le milieu 
réfringent et en raison de sa densité et de sa nature, 
il arrive nécessairement que l'onde totale, composée 
en route par Ja réunion des mouvemens élémentaires, 


( 276 ) 
se décompose, et que chaque point de la surface ré- 
fringente devient le centre d’une ondulation particu- 
lière. Mais, ainsi que nous venons de le voir pour les 
ondes réfléchies, chacune de ces ondes particulières 
ne produira pas une impression de lumière, par la 
raison qu’un seul rayon n’est pas appréciable; il n’y 
aura que ceux qui pourront se recomposer en suivant 
une même ligne et parcourant un égal chemin avant 
d'arriver à la surface réfringente, qui seront visibles; 
toutes les ondes particulières qui ne suivront pas cette 
route ne pourront donc se réunir pour rétablir une 
onde totale sensible, elles seront perdues ou détruites 
par les interférences. Nous savons que les rayons de 
diverses couleurs n’ont pas la même vitesse d’oscil- 
lation, ni par conséquent la même longueur d’ondu- 
lation. Nous avons dit que cette longueur variait, 
pour les couleurs appréciables, entre 4 et 6 dix-mil- 
lièmes de millimètre; il en résulte donc qu'ils ne se- 
ront pas modifiés de la même manière en pénétrant 
dans les corps réfringens, et par conséquent qu’à leur 
sortie on les verra séparés dans l’ordre des couleurs 
du spectre, c’est-à-dire dans l’ordre de leur réfrangi- 
bilité. La réfraction des milieux de densité variable, 
comme l’air, en vertu de laquelle les objets paraissent 
plus élevés qu’ils ne le sont réellement, s’explique 
très-simp'ement de la même manière, Le pouvoir ré- 
fringent d’un corps dépend de sa nature chimique et 
de sa densité, c’est-à-dire que ces élémens influent sur 
la vitesse du mouvement des ondes : on peut concevoir 
que le mouvement est d'autant plusralenti que le corps 
renferme moins d’éther entre ses molécules, ce qui 
. ‘accorde avec ce qu’on observe dans la vitesse de pro- 


(277 ) 

pagation du son à travers les différens corps : cette 
supposition, qui ne présente rien que de probable, qui 
semble appuyée par le pouvoir réfringent des corps 
augmentant en raison de leur densité, pourrait aussi 
nous conduire à de curieux rapprochemens avec les 
propriétés de combustion et de caloricité des corps; 
mais cela nous entraînerait trop loin, venons-en à la 
coloration des corps. 

» Nous avons dit que dans un milieu homogène et 
élastique les ondes de toute longueur se propagent 
avec une vitesse égale, et le calcul prouve qu’il doit en 
être ainsi dans un fluide parfaitement élastique; mais 
dans les milieux imparfaitement élastiques comme les 
corps, on conçoit qu'il ne peut plus en être de même, 
et c’est ce que démontre l'expérience des ondes qui 
se forment à la surface de certains liquides et cellé 
de plusieurs échos. L’éther étant un fluide parfai- 
tement élastique, toutes les ondulations s'y propa- 
gent avec la même vitesse, et la lumière directe paraît 
blanche; au contraire, toutes Îles substances trans: 
parentes ou demi-transparentes, comme sont les Corps 
colorés, devant être considérées comme imparfaite- 
ment élastiques, les ondes pourront s’y propager in- 
également. D’après cela on comprendra comment se 
forment les couleurs propres des corps : car s’ils ont 
des degrés d’élasticité très-divers, ils pourront ren- 
voyer très-diversement les ondulations de longueur 
différente qui viendront les frapper, et pénétreront en 
partie dans leur substance : on conçoit aussi que de 
cette diversité dans la dispersion des ondes de lon- 
gueur inégale, il devra résulter une multitude d’inter- 
férences constantes qui concourront à la formation 


x 


19 


( 278 ) 


de la couleur des corps en neutralisant les autres cou- 
leurs. Ainsi les uns renverront également les ondes de 
toute longueur et ils paraîtront blancs; les autres, en 
les laissant pénétrer dans leur intérieur, les étendront, 
ou bien les renverront de facon qu’il y aura toujours 
discordance complète entre les ondes qui se rencon- 
treront,et par conséquent destruction du mouvement : 
ces corps paraîtront noirs; enfin les autres, ayant des 
propriétés intermédiaires entre ces deux extrêmes , 
produiront aussi des effets intermédiaires, anéantironi 
certaines ondes, renverront les autres : ces corps pré- 
senteront des couleurs, des nuances aussi infinies que 
peuvent l’être les longueurs des ondes. Au reste, que 
des propriétés si compliquées dans leurs eflets ne sur- 
prennent point, car elles dépendent uniquement de la 
position des molécules des corps et de la manière dont 
elles renvoient les ondulations, et on concoit que celle 
position des particules élémentaires doit être aussi va- 
riée que la nature même des corps, en sorte que puis- 
qu'ils présentent tant de différences de composition et 
d’arrangement, ils doivent présenter également des va- 
riélés infinies de couleurs. D'ailleurs ne pourrait-on 
point supposer aussi que l’élasticité imparfaite des 
corps est cause que le mouvement vibratoire est dé- 
truit en tout ou en partie, ou bien, ce qui paraît plus 
probable, qu’il soit modifié, ralenti par exemple, et 
par conséquent changé plus ou moins en vibralions 
invisibles, mais qui pourront encore produire des ellets 
calorifiques ? La manière dont se comportent les difté- 
rens Corps, dans le rayonnement de la chaleur, semble 
appuyer celle opinion; mais nous ne pouvons aborder 
ici Ce sujet. » 


(279) 

Telle est l’esquisse que donne l’auteur de la théorie 
physique de la lumière dans le système des vibrations : 
il la termine en manifestant le regret d’avoir été dans 
l'obligation de lui donner si peu d’étendue ; et comme 
il craint que ceite ébauche soit encore bien incom- 
plète, que sa pensée ne soil pas toujours bien saisie, il 
réclame l’indulgence, en priant de considérer combien 
il était dificile d'exposer en si peu de mots une branche 
aussi vaste de la physique. Il est bon d’observer 
aussi que c’est dans une région hérissée de ronces et 
d’aspérités, parsemée de précipices profonds et nom- 
breux, qu'il tente de se frayer une route nouvelle. 

Il nous reste à donner une idée de l'application que 
M. Barrzy fait de ce système de la lumière à l’histoire 
naturelle et aux lois de l’organisation et de la vie. 
Nous ne ferons que l'indiquer, parce que lui-même 
ne l'offre que comme un exemple, que comme un 
aperçu, que comme les premiers linéamens d’un plus 
grand travail sur l’action des fluides impondérables 
dans la végétation, travail qu’il annonce chercher à 
compléter, à démontrer par des expériences, et que 
par conséquent nous devons attendre. Nous nous bor- 
nerons donc à transcrire les passages suivans où l’au- 
teur, après démontré l’action de la chaleur et de la 
lumière sur les êtres organisés, l’incertitude des expli- 
cations données jusqu'à ce jour par les physiologistes, 
indique de quelle manière il concoit que l’éther, mis 
en vibration, produit l'irritabilité des organes des vé- 
gélaux et par suile la marche de la sève. 

» Que la lumière soit, dit-il, d’une indispensable néces- 
sité pour le développement, la perfection des êtres orga- 


En 2 Aer . J o 
nisés, C'est une de ces vérités qui n'ont pas besoin de 


( 280 ) 

démonstrations, parce qu’elles frappent tous les yeux. 
L'absence de la vie est un des caractères de labsence 
de la lumière, et dans ces grottes ténébreuses, dans 
ces mines profondes, où l'influence vivifiante du soleil 
ne peut se faire sentir, à peine voyons-nous quelques 
champignons informes, composés d’un tissu cellulaire 
distendu, première ébauche de la matière organique, 
attester que la chaleur, modification d’un fluide Iumi- 
neux, peut en remplir quelques-unes des fonctions les 
plus simples. Mais l'absence de la vie caractérise aussi 
l'absence de la chaleur : ainsi dans ces climats glacés 
qui accompagnent les deux extrémités de laxe de 
notre globe, c’est en vain que la lumière répète long- 
temps son action sur les corps. Nous verrons donc 
toujours la liaison la plus étroite, les rapports les plus 
constans, indiquer que la chaleur et la lumière ne sont 
que des modifications d’un même principe! Lorsque 
nous voyons une promple décomposition des êtres or- 
ganisés, accompagner la cessation de l'influence de 
ces agens ; lorsque nôus sommes témoins des eflorts 
de ces êtres pour chercher cette influence; lorsque 
tant de changemens, et dans la forme et l’organisa- 
tion des tissus, et dans les couleurs, s’opèrent à chaque 
instant sous nos yeux, Comment pourrions-nous mé- 
connaître une action qu’attestent tant de phénomènes? 
Ne pouvons-nous même point en conclure avec rai- 
son que ces agens sont les causes principales de l’or- 
anisation et de la vie? 

» Dans la théorie newtonienne de la lumière, adoptte 
implicitement ou explicitement par tous les savans qui 
se sont occupés de la physiologie des plantes et de la 


chimie végétale, on est loin de donner une idée exacte, 


( 281 ) 

une explication satisfaisante de son action et de son 
influence dans la végétation. Tantôt on suppose une 
action chimique, tantôt c’est une action mécanique 
ou physique ; d’autres expliquent les phénomènes de 
la végétation par une action organique ou vitale, mise 
en jeu par la lumière ou la chaleur; enfin, la plupart 
des phytologistes ont cru résoudre la question en di- 
sant que ces fluides agissent comme stimulans. Mais 
n’était-ce pas simplement reculer la question, l’éluder, 
au lieu de l’aborder franchement? faisait-on alors 
autre chose qu’avouer l'influence de la lumière, de la 
chaleur? car cette action chimique, mécanique, orga- 
nique, de quelle manière est-elle mise en jeu? de 
quelle manière la lumière et la chaleur deviennent- 
elles stimulans de la végétation? ne peut-on com- 
prendre ces actions si vaguement expliquées, qu’en 
admettant une émanation et une absorption de parti- 
cules lumineuses ou calorifiques? ne rencontre-t-on 
pas même, dans cette supposition, plus de difficultés 
que dans une autre hypothèse? S'il en est ainsi, com 

ment se fait-il que les naturalistes, contre l’opinion la 
plus générale des physiciens modernes, contre les pro 

babilités les plus fortes, demeurent si attachés au sys- 
tème de l’émission ? Nous voyons ici de nouveau de 
quelle importance il est pour le savant qui veut abor- 
der les hautes questions de l’organisation des êtres, d’a- 
voir une Connaissance assez approfondie des sciences 
physiques et chimiques, et quels résultats sont la con- 
séquence de leur étude superficielle. Mais peut-être 
les phénomènes plus sensibles, l’action plus directe, 
plus immédiate de la lumière sur les végélaux, sont- 
ils expliqués nettement dans cette hypothèse, et une 


( 282 ) 

autre théorie n’offrirait point la même facilité ? peut- 
être la coloration des plantes, la décomposition de l’a- 
cide carbonique dans leurs organes, lorsqu'ils sont 
frappés de l'influence bienfaisante de la lumière, et 
par suite la nutrition, sont-ils des conséquences du 
mode d’action de la lumière dans le système qu’on 
adopte ? peut-être du moins la direction des végétaux 
vers les ouvertures d’un lieu obscur, leur étiolement, 
leur dépérissement, leur sommeil, lorsque l'influence 
de l’astre solaire ne se fait point sentir, ne peuvent- 
ils s’expliquer que par la privation des émanations lu- 
mineuses ? Mais, loin de là, toutes ces questions demeu- 
rent couvertes du voile le plus impénétrable; si nous ne 
sommes point encore en état d’en présenter une solu- 
tion satisfaisante, en envisagent la lumière comme le 
résultat du mouvement vibratoire d’un éther, du moins 
reconnaitra-t-on que ces phénomènes, peu ou point 
expliqués dans l’ancienne théorie, ne peuvent appor- 
ter aucun obstacle à l'établissement de ja nouvelle, et 
que dans le choix de l’une des deux on doit chercher 
d’autres élémens de détermination; or, cela nous suflit 
pour le moment. » 

Ici M. Barzy , après avoir fait remarquer la puissante 
influence attribuée généralement par les physiologistes 
à l'irritabilité et à la contractibilité des organes, con- 
linue ainsi : « Au reste, qu’on adopte ou non l’influence 
générale de ces propriétés, il est du moins hors de 
doute qu’elles jouent un grand rôle dans l’organisa- 
Lion. Dès lors il est facile de concevoir que l’action 
de la lumière et de la chaleur soit nécessaire pour 
disposer les organes à recevoir, à absorber les prin- 
cipes nutritifs, soit nécessaire pour le développement, 


( 285 ) 

la conservation, l’entretien, l’accroissement de l’être 
organisé. C’est cette capacité de mettre en action la 
puissance organique, capacité qui leur a été attribuée 
par la plupart des savans, qui leur a fait donner le 
nom de stimulans naturels. Si nous cherchons à déve- 
lopper ces vues en les appliquant aux végétaux, il 
semble qu’on peut expliquer de la manière suivante 
l’action de la chaleur et de la lumière dans la mise 
en aclivilé des pouvoirs végétatifs, en un mot de la fe- 
culté de développer et d’entretenir l'existence de l’être 
végétal. 

» Les organes des plantes sont composés de solides et 
de liquides : les uns servent de vases propres à limiter 
les liqueurs dans certains espaces, à leur faire affecter 
diverses formes, à leur faire suivre différens contours ; 
les autres, les liquides, paraissent remplir toutes les fonc- 
tions importantes. Dans l’absence de la chaleur et de 
la lumière, ce mélange de solides et de liquides, dis- 
posé d’une certaine manière, propre dans certaines 
circonstances à devenir un être organisé, à manifester 
les phénomènes de la vie, demeure dans le sommeil 
et l’inertie, l'exercice de la puissance végétative ne 
peut s’y développer ou s’y maintenir. Gomme l’em- 
bryon dans son enveloppe, et hors des conditions fa- 
vorables à son développement, cet assemblage conve- 
nablement préparé, n’attend plus que l'impulsion d’un 
agent extérieur : cet agent c’est la lumière. À peine le 
fluide éthéré est-il mis en mouvement dans l’espace, 
que l’ébranlement se propage de proche en proche 
dans tous les sens : bientôt il arrive que les molécules 
éthérées contenues dans le végétal sont frappées par 


le mouvement vibratoire qui produit la lumière: elles 


( 284) 
entrent alors en vibrations, et aussitôt se met en jeu 
la puissance végétative, c’est-à-dire l’'irritabilité et la 
contractibilié des organes. Par ce jeu alternatif de 
condensation et de raréfaction, les liquides sont mis 
en mouvement, ils tendent à se répandre, à se dilater, 
les deux sèves prennent dès lors leur direction et leur 
marche, l’une ascendante dans un tissu d’une cer- 
taine forme, l’autre descendante dans un tissu d’une 
autre forme; car il paraît constant que la sève ascen- 
dante se propage dans un tissu vasculaire, tandis que 
la sève descendante parcourt un tissu cellulaire. Or 
une fois la marche de la sève expliquée, il est facile 
d’en voir sortir tous les phénomènes de la végétation, 
ainsi que nous pourrons peut-être le faire voir plus 
tard. » 

L'auteur termine son mémoire en priant de con- 
sidérer ces vues sur la végétation comme un simple 
aperçu, nécessairement très-incomplet, et de ne point 
les juger sur ce seul exposé. Son but était, après avoir 
donné une idée de la nouvelle théorie de la lumière, 
de montrer qu’elle se prête facilement à l’explication 
des phénomènes naturels, et ce but il nous semble 
l'avoir atteint convenablement. 


VV VMUY UV VVOY VVL/V VV A 0VA/V VA/R/ LULU VAR VAVY VV VA AA AAA 


DESCRIPTION 


D'une nouvelle espèce de Dorthésia existante aux 
environs de Paris; par M. ARSENNE THIÉBAUT 
DE BEerNEAU»D, Secrétaire perpétuel. 


Ex 1784, il a été créé en France un nouveau genre 
dans la famille des gallinsectes, ordre des hyménop- 
tères, servant de passage des pucerons et des aleyrodes 
aux cochenilles. On en publia la figure dans le Journal 
de physique (1),et on lui donna le nom de Dorthesia, 
en l’honneur de Jacques-Ansezme Dortnes, de Nimes, 
observateur exact, judicieux, plein de zèle et de con- 
naissances, qui le premier en découvrit le type aux 
environs de cette ville, sur les feuilles de l'Euphorbia 
characias. 

Cette sorte de gallinsecte qui a toutes les habitudes 
des cochenilles, n’étant point très-commune, même 
dans le Midi, je crois devoir en donner la description 
d’après les notes fournies par Donrues lui-même (2). 

Ainsi que l'adjectif qui suit son nom l'indique, le 
Dorthesia characias vit sur la tithymale rougeâtre 
(Euphorbia characias), et à son défaut, sur l’euphorbe 
velue {Euphorbia pilosa), dont il pompe le suc lai- 
teux. Quand ces deux plantes lui manquent, il s’attache 


(1) Journal de physique, t. XXIV, p. 171 à 173. 
(2) Journal de physique, t. XXNY, p. 207 à 211. 
20 


( 286 }) 
bien à toutes sortes d’autres végétaux, mais il y lan- 
guit, il ne parvient point à sa grandeur naturelle, et la 
ponte, si elle a lieu, n’est jamais aussi considérable. 


Il est muni de six pattes d’un brun roussâtre, à 
quatre articulations, dont les deux premières paires 
sont attachées au corcelet et les deux postérieures à 
l’abdomen. Sa tête est séparée du corcelet; les an- 
tennes sont sélacées, d’un brun roussâtre, et aussi lon- 
gues que le corps. Dans les individus mâles, observés 
par Dorrues, la trompe manquait, c’est ce qui lui à 
fait dire, ainsi qu’à ceux qui l’ont copié sans le nom- 
mer, que dans l’état parfait il ne prend point de nour- 
riture, ce qui est une erreur (1), et que, au lieu de 
irompe, il avait une petite ouverture dans l’entre-deux 
des pattes antérieures, ainsi qu’on la voit représentée 
sur la planche publiée par le Journ al de physique. Le 
mâle à environ 5 millimètres (une ligne et demie) de 
long, sans y comprendre les ailes, qui sont grandes, 
demi-transparentes, d’un gris de plomb, que l’insecte 
tient couchées sur le corps dans le repos et qu’il a sou- 
vent élevées dans le mouvement. L’abdomen est garni, 
à son extrémité postérieure et supérieure, d’une houpe 
de filets blancs, soyeux, qui dépassent les ailes. Le 
corps est entièrement recouvert d’une matière blan- 
châtre, farineuse, que l’on peut enlever sans déranger 
aucunement les fonctions de l’animal. Cependant, cette 


(1) I arrive parfois que l’insecte parfait n’a que l'indication de 
la bouche, surtout quand il est destiné à terminer sa courte carrière 
aussitôt après l’acte de la copulation. Cette circonstance est trés- 


sensible chez le bombyce à soie (Bombyx mori). 


( 287 ) 
matière est assez consistante pour former de petits cy- 
lindres disposés deux par deux, et pour offrir un en- 
semble très-régulier. Dépouillé de cette substance, le 
corps paraît rougeâtre; il est réduit d’un tiers, et laisse 
aisément distinguer les neuf stries transversales dont 
il est orné. 


Chez la femelle, qui est aptère, qui a de 5 à 7 mil- 
limètres de la tête à l’anus, et dont les antennes sont 
très-courtes et filiformes, la matière blanche forme des 
appendices sur les côtés et quelques lames sur le dos. 
On ne lui distingue ni tête, ni corcelet. Son abdomen a 
parfois l'extrémité postérieure terminée par une masse 
solide et friable de longs filets. Sa trompe est très-courte 
et inflexible. Elle n’est point privée d’yeux, comme on 
l’a gratuitement avancé. 


Le mâle est très-ardent, il court, vole, ne demeure 
jamais en place. Dans l’accouplement, il se porte sur le 
dos de la femelle, et recourbe un petit aiguillon placé 
à l’extrémité de son corps, sous la houpe soyeuse, qu’il 
introduit dans la partie postérieure de la femelle. 


Dès que la fécondation est consommée, il se retire 
au pied de la plante, sous des pierres; Rà, il s’enveloppe 
d’une matière cotonneuse, passe immobile quelques 
journées languissantes et meurt. 


Il n’en est pas de même pour la femelle. Après la 
ponte, elle subit encore quelques mues, mais moins 
fréquemment qu'auparavant. À l'approche de l'hiver, 
elle va se blottir sous de la mousse, ou bien dans la 
terre près des racines de l’euphorbe; mais aux pre- 
mières chaleurs de la belle saison elle reparaît, prend 


20. 


( 288 ) 
vigueur, donne naissance à une nouvelle postérité, et 
un mois après cette seconde ponte, elle termine son 
existence. 

Au moment de la ponte, qui a lieu vers les premiers 
jours du printemps, il se forme à la partie postérieure 
du corps une sorte de poche, dont l’intérieur, rempli 
d’un duvet cotonneux qui suinte de l'individu lui- 
même, contient les œufs. C’est aussi là qu’ils éclosent. 
Donrues en a compté jusqu’à cent. Comme ce sac pa- 
raît être une continuité du corps de la mère, on croi- 
rait, à voir sortir les petits vivans par le trou posté- 
rieur, qu'elle est vivipare; mais en ouvrant le sac, on 
trouve des petits nouvellement éclos et des œufs qui 
ne le sont pas encore. 

Quand la larve a acquis assez d’accroissement, elle 
sort, ainsi que je viens de le dire, de son berceau por- 
tatif, qu’on pourrait comparer à celui du didelphe, et 
se répand sur la plante qui doit la nourrir. Un mois 
après, elle subit sa première mue : dans cette crise, 
les lamelles farineuses se détachent de son corps et 
laissent l’insecte tout nu. Il est alors couleur de chair 
et a la forme qu’il doit garder; mais bientôt, et c’est 
toujours dans la même journée, de nouvelles lames 
paraissent, grandissent et le recouvrent soixante-douze 
à quatre-vingt-seize heures après. Les pattes brunis- 
sent vers la fin de cette seconde mue. La troisième a 
lieu en septembre; c’est alors que les ailes viennent 
aux mâles : mais un très-petit nombre d’entre eux ar- 
rivent à cet état de perfection. DonTnes en a compté 
seulement quatre et très-rarement cinq sur deux ou 
treis cents femelles. 


( 289 ) 

Divers entomologistes ont fait remarquer que la ma- 
nière dont le Dorthesia characias mâle termine sa vie 
éphémère, demandait de nouvelles observations, et 
qu'il convenait aussi d’examiner plus attentivement la 
femelle, son existence après la ponte étant un fait ex- 
traordinaire dans l’histoire des gallinsectes. Mais aucun 
d’eux, que je sache, ne s’est encore livré à ces recher- 
ches difficiles. 

La découverte d’une nouvelle espèce de dorthésia 
dans les bois situés près de Paris jettera nécessairement 
un grand jour sur ces points encore en litige, et com- 
plètera l’histoire de ce genre jusqu'ici peu nombreux, 
puisqu'on en cite à peine trois espèces. 

Déjà Ozivier (1) avait annoncé avoir trouvé le dor- 
thésia sur la ronce, aux environs de Paris, sans dési- 
gner, il est vrai, la localité, mais cette assertion n’a 
point été confirmée depuis. Il n’en est pas de même de 
la découverte faite par notre savant confrère M. DerA- 
vaux, le 24 mai 1824, dans les bois de Ville-d’Avray; 
elle a été constatée sur le lieu même par tous les mem- 
bres de la Société Linnéenne de Paris qui assistaient 
à la fête champêtre célébrée ce jour-là en commé:- 
moration de la naissance du législateur moderne des 
sciences naturelles. 

Vous avez, Messieurs, imposé à cet insecte le nom 
de Dorthesia Delavauxii, en l'honneur de celui d’entre 
vous à qui la science doit sa découverte, et vous m’avez 
chargé de le décrire. 


Lex 


(Gi) Encycl. method. t. VI, p. 99, de l'Histoire naturelle des in- 
secles, au mot Cochenille du characias. 


( 290 ) 

Il vit sur la face inférieure des feuilles de la ger- 
mandrée sauvage { T'eucrium scorodonia). Ses mœurs, 
ses habitudes et ses mues sont les mêmes que dans 
l'espèce dite characias. La tête, dans l’un et l’autre 
sexe, est visible, et armée d’une trompe d’un brun 
roussâtre, à la naissance de laquelle on apercoit, à la 
loupe, des yeux bien distincts. Les antennes du mâle, 
plus longues que le corps, sont composées de neuf ar- 
ticles; celles de la femelle, qui sont très-courtes, n’en 
présentent que cinq. L’abdomen n’est point strié, mais 
découpé et comme frangé. Le mâle a en tout 7 mil- 
limètres (3 lignes) de long; ses ailes se relèvent à leur 
extrémité et dépassent d’un tiers la longueur du corps. 
La femelle est ovoïde et n’a que 5 millimètres (2 lignes); 
elle est aptère et ne prend point, comme la cochenille, 
la forme d’une galle après la ponte. 

Sur les feuilles du T'eucrium scorodonia, j'ai vu en 
même temps la femelle du Dorthesia Délavauxii, les 
premières enveloppes de la larve et l’insecte nu qui 
est d’une couleur carmin. d’ai cru y voir aussi la dé- 
pouille de la larve d’une coccinelle hexapode, couverte 
d’une poussière blanchâtre, qui s’insinue dans le sac 
ovifère de la femelle, sans lui occasioner de mal, pour 
y dévorer sa progéniture. En deux ou trois jours cette 
larve a terminé sa curée, elle sort du sac et va chercher 
ailleurs d’autres victimes. 

On a dit que la substance blanche dont est enve- 
loppé le dorthésia était due, pour l'espèce dite chara- 
etas, à la partie résineuse du suc des euphorbes; mais 
peut-on avancer la même chose à l'égard des feuilles 
de la germandrée qui sont très-amères, répandent, en 


ve. Linn: (1824.) LAN. 


DORTHESIA Delavauxii. 


Lanvin, seulp . 


{ PONT LETTRE: 
4 a à 14? 


(291) 

les froissant, une odeur fort peu agréable, et qui n’ont 
jusqu'ici fourni un seul atome de résine ? d'estime que 
cette substance est propre aux dorthésia, qu’elle est 
pour eux une sorte de défense contre d’autres insectes, 
ou bien un préservatif contre l'humidité, comme 1'é- 
cume que transsude la cigale bédaude (Cicada spu- 
maria) la met à l'abri des ardeurs du soleil. En effet, 
quand on le débarrasse de sa poussière blanche par 
un frottement assez léger, le dorthésia ne tarde point 
à s’en couvrir de nouveau. 

Pour compléter l’histoire du Dorthesia Delavauxü, 
j'en donne ici la figure dessinée par notre habile con- 
frère M. Tnéopons Descourruz. Nous y sommes en- 
trés dans des détails que ne présentent nullement ni 
les deux figures qui accompagnent les articles consa- 
crés au Dorthesia characias dans le journal du célèbre 
abbé Rozrer, ni celle publiée par Deceer (1), et re- 
présentant le Coccus farinosus, espèce de dorthésia 
que Moprer a recueillie sur les feuilles sèches du sapin, 
et qui, r. 1x observée, fera la troisième espèce du 
genre dont je viens de vous entretenir. 


ARR R RES 


EXPLICATION DE LA PLANCHE XII. 


Fig. 1. Ligne indiquant la grandeur naturelle du Dorthesia Dela- 
vauxii. 

2. Le mâle vu en dessus. 

3. Le même vu en dessous. 


7] 


(1) Mémoire pour servir à l'histoire des insectes, t. VIT, pl. XLIV . 
fig 126. 


(292) 

4. Le méme représenté latéralement. 

5. Tête grossie au microscope pour faire voir les yeux, les houpes 
soyeuses et la trompe. 

6. Feuille du T'eucrium scorodonia; elle est couverte de dorthésia 
femelles a; d’enveloppes de la larve b, et de l’insecte nu c. 

7. La femelle de grandeur naturelle. 

8. La même grossie vue en dessus. 

9. La même, également grossie, vue en dessous. 


AAA VV VV 0/0 0/0 VV 0/0 0/07 V0 0/0 0 AV V8 AV V0 /0/Q/V V/A/Q/D 


MÉMOIRE 


Sur un nouveau genre d'insectes de l’ordre des 
Hémiptères; par M. Tuéonore Descourrizz, 
C. membre auditeur. 


Les hémiptères en général, et surtout ceux du groupe 
qui porte le nom de Cicadaires, sont presque tous re- 
marquables, soit par leurs couleurs brillantes , leur 
propriété phosphorique, ou par la singularité de leurs 
formes. Leurs habitudes et la diversité de leurs méta- 
morphoses offrent un nouvel aliment à la curiosité du 
naturaliste, depuis la cigale, dont la voix percçante 
égaie les bosquets brûlés par le soleil d'été, jusqu’aux 
nombreuses tettigones qui, sur les branches de saule 
chargées d’écume, offrent une larve ensevelie sous une 
masse transparente. 

Tous les insectes de ce groupe qui existent en 
France diffèrent par les formes et les couleurs, mais ils 
se rapprochent par leurs antennes courtes, aiguës, bi 
ou triarculées, semblables en quelque sorte à une soie 
délicate et qui échappe souvent à l’œil nu. Le nouvel 
insecte dont j'ai l'honneur de présenter un dessin très- 
exact à la Société, offre cette soie fixée et mobile à l’ex- 
trémité d’un long support. Ge seul caractère m’a en- 
gagé à en former, sous le nom de Agénie,un genre qui 
peut être convenablement placé entre les tettigones et 
les fulgores. Il se rapproche, en effet, des premières par 


( 294) 
la tête triangulaire, obtuse, par deux petits yeux lisses 
placés au bord du chaperon, par le corcelet, et même 
par les ailes qui sont cependant plutôt horizontales 
qu’en toit. Il a des fulgores le bec et les pattes, dont 
les postérieures, nullement saltatoires, n’ont que la 
longueur des quatre autres, 

Malgré les recherches que j'ai faites pendant plu- 
sieurs années, il m'a été impossible d’en rencontrer 
plus de deux individus, à des époques éloignées’ et 
dans des lieux différens. J’ai trouvé, pour la seconde 
fois, l’agénie cette année, le jour où nos confrères, 
réunis ensemble dans les bois de Ville-d’Avray, célé- 
braient, le 24 mai, une journée consacrée à Lixwé. 

Je n’ai pas été assez heureux pour en observer les 
métamorphoses, qui doivent cependant se rapprocher 
de celles des tettigones, puisque l’insecte parfait en a 
presque tous les caractères, 

Je suis également incertain sur le sexe de l’agénie, 
et je ne saurais prononcer, car il existe une telle dis- 
parité entre plusieurs insectes, quoique de la même 
espèce, qu'on serait souvent tenté de les décrire comme 
appartenans à des genres différens. En effet, le lam- 
pyre mâle pourvu d’ailes, le panorpe mâle offrant une 
pince à l’extrémité de son abdomen, ne ressemblent 
nullement à leurs femelles, et les antennes pectinées 
ou irrégulièrement contournées de certains coléoptères 
ont très-souvent fait donner comme espèce des insectes 
qui ne différaient que par le sexe, Je hasarde donc de 
présenter ici comme genre l’Agénie; peut-être un 
jour, sera-t-il réduit à en augmenter un autre comme 
simple espèce. 


( 295 ) 
Je vais décrire, d’après un individu parfaitement 
conservé, et étudié avec un microscope, les caractères 
que j'ai observés. 


25,553 


INSECTES HÉMIPTÈRES. 


Ile secrion. Bec mentonal. — Il naît de la parte 


inférieure de la tête. 


Famille des CIGADAIRES (pe Lauarck). 


Trois articles aux tarses; ailes membraneuses, les 
supérieures souvent colorées. 


AGÉNIE. AGENIA. 


Antennes courtes, subulées , de trois articles, portées 
etmobiles à extrémité d’un corps allongé, prismatique 
quadrangulaire, denté à l’angle externe, terminé par 
une lame ovale, déprimée, placée obliquement. Ce 
corps, beaucoup plus long que les antennes, prend 
naissance à la partie inférieure de la tête, sous son re- 
bord, et s’élève d’un tubercule mobile et cylindrique. 

Tête triangulaire, avancée en pointe mousse, mar- 
ginée. Yeux latéraux gros, insérés dans le bord. Deux 
petits yeux lisses, corcelet large; écusson triangulaire 
très-pelit. 

Le bec naît de la partie inférieure de la tête, et offre 
trois articles, dont le second est le plus long et renilé 
en fuseau. 

Ailes supérieures nervées, colorées, disposées sur 


(296 ) 
deux plans; celui qui est plus rapproché du corps, 
oblique; l’autre horizontal; placées presque horizonta- 
lement; les inférieures diaphanes, de la longueur &es 
supérieures, nou plissées ni pliées sur elles-mêmes. 
Six pattes d’égale longueur; les postérieures non 
propres à sauter; trois articles aux tarses. 


ESPÉCE. 
AGÉNIE DE L'ORTIE BLANCHE.  AGENIA LA. 


Longueur de 9 millimètres (4 lignes). Tête et cor- 
celet d’un fauve foncé, finement pointillé, à reflets d’un 
bleu pâle. Corps noir foncé. Ailes supérieures jaune- 
citron, à bandes transversales très-rapprochées, d’un 
noir-verdâtre foncé. Ailes inférieures transparentes, 
d’un blanc nébuleux.’Les antennes et leur support 
d’un violet très-brillant; les pattes fauves. 

Les couleurs sombres de l’agénie (puisque à l'œil 
nu les bandes de ses ailes se confondent) lui donnent 
au premier aspect l’apparence d’un coléoptère. Sa dé- 
marche est lente, mais ses ailes sont continuellement 
agitées de bas en haut, à l’instar de quelques diptères. 
Sa nourriture consiste sans doute en sucs végétaux, et 
particulièrement ceux des plantes labiées, car je n'ai 
jamais trouvé cet insecte que sur le lamier blanc, 
plus connu sous le nom de Ortie blanche. 

J’ai rencontré l’agénie au bois de Boulogne, à l’en- 
droit nommé la Sablonnière d'Auteuil, et à Ville- 
d’Avray, toujours aux endroits les plus chauds, et où 
croissait en abondance le Lamium album pendant les 


mois de mai, juin, juillet et août. 


PL. AW]. 


Mem. de 4 Joe. Zinn. (1824.) 


AGENIA Lam. 


Th. Pesco urtile, del. Lanvin, weulp. 


( 297 ) 

Je pense donc, d’après ce court exposé, que l’agénie 
diffère de tous les insectes décrits jusqu'ici; je ne crois 
pas qu’elle ait encore été trouvée par d’autres natu- 
ralistes : ce qui me l’assure, c’est leur silence sur un 
être qui offre des formes si bizarres, et, pour ainsi dire, 
sans exemple dans l’histoire des insectes. 


LAS LAS SAR RSS 


EXPLICATION DE LA PLANCHE XIII. 


1. Agénie grossie au microscope. On y remarque les supports des 
antennes qui sont toujours placés en T. 

2. Longueur de l’insecte. 

3. Tête grossie, vue en dessous, pour faire observer le bec, et l’in- 
sertion du support sur un tubercule. 

4. Antenne, son support, et le tubercule qui lui donne naissance, 
également grossis. 


LR VV VV UV LAVAL UV AAA US AV VV VV AA AA AAA AA 


REMARQUE 


Sur une erreur de synonymie relativement aux 
Lycopodes; par M. abbé Pacës, correspon- 
dant à Lyon. 


Dsvuis plusieurs années l’étude des plantes æthéo- 
games fait la principale occupation d’un grand nombre 
de botanistes. Leurs travaux et leurs recherches sont 
consignés dans de savantes monographies qui, par leur 
nature, sont destinées à être le flambeau de tous ceux 
qui s’adonnent à l’étude de l’æthéogamie. Un savant 
distingué, dont le nom sera toujours cher à la France, 
Pazisor ne Brauvois avait formé le projet, aussi vaste 
par son étendue que difficile dans son exécution, de 
réformer la vingt-quatrième classe du système sexuel 
de l’immortel Linxé. Il l'avait divisée en sept familles, 
savoir : 1°les algues; 2° les champignons; 5° les lichens; 
4° les hépatiques; 5° les mousses; 6° les Iycopodes ; 
7° les fougères. Il se proposait de publier successive- 
ment chacune de ces familles. Mais lorsque la mort 
l’enleva aux sciences, le 21 janvier 1820, il n'avait pu- 
blié que le prodrome des cinquième et sixième familles, 
les mousses et les Iycopodes. L'une et l’autre sont ac- 
compagnées d’une table synonymique, dans laquelle 
il décrit les espèces nouvelles, et indique le nom que 
chaque auteur a donné à tel ou tel genre, à telle ou 
telle espèce. On nous présente cette table ( Wémoires 
de la Société Linnéenne, vol. I, p. 472) comme la sy- 


( 299 ) 
nonymie la plus exacte et la plus étendue qui ait été 
publiée jusqu'ici : n’avait-on pas lieu en eflet d’espé- 
rer que Pazisor pe BgAuvois ferait disparaître la con- 
fusion qui règne dans la synonymie des lycopodes, 
donnée par plusieurs botanistes postérieurs à Linné ? 
Cette juste attente est bien loin d’être remplie : je me 
crois obligé de vous signaler des erreurs d'autant plus 
dangereuses qu’elles sont appuyées sur des noms res- 
pectables. Mais avant de vous les signaler, il me paraît 
utile de vous en indiquer la source. 

Le célèbre ouvrage de Jean-Jacques Diiren, inti- 
tulé : Historia muscorum, fut imprimé à Oxford en 
1741, et ne fut tiré qu’à deux cent cinquante exem- 
plaires. Etant bientôt devenu aussi rare que recherché, 
pour satisfaire à l’empressement des botanistes, on en 
donna une nouvelle édition, à Londres, en 1765, mais 
bien différente de celle d'Oxford. Dans l'édition origi- 
nale, chaque plante est indiquée par une phrase bota- 
nique, précédée-d’ur numéro qui est le même que celui 
de la figure qui représente l'individu. Après la phrase 
botanique vient une description très-détaillée de toutes 
les parties de la plante, avec une synonymie complète 
et très-bien discutée. Dans l'édition de Londres, qui a 
été reproduite en 1768 et1779,0on a malheureusement 
supprimé tout le texte, et l’on s’est contenté de mettre 
au commencement du volume une table synoptique 
contenant toutes les phrases botaniques par lesquelles 
Dixex avait distingué les espèces. Ges phrases botani- 
ques sont dans le même ordre, et chacune est précédée 
du même numéro que dans l'édition originale, ce qu'il 
est essentiel de bien re marquer. 


C4 


( 300 ) 
Parmi les corrections que Dizsen indique à la p.554, 
il ÿ en a une qui mérite d’autant plus notre attention 
que c’est en voulant l’effectuer qu'on a causé une 
grande confusion dans la famille des lycopodes. Voici 
ce que dit Dirzex dans l’Emendanda qui est à la p. 554: 
«P. 474, n° 12. Pro Lycopodioides, lege Lycopodium 


» radiatum dichotomum; licet enim ex facie lycopo- 


dioidis species videretur, tamen visis plantæ spicis, 


Ÿ$ 


comperi ab eo differre et lycopodii veram esse spe- 


ciem. Spicæ vero similes sunt lycopodii elatioris ju- 


> 


niperini, clavis singularibus, sine pediculis Ras, et 


ÿ 


simili more absque pediculis nascuntur, è ramis ra- 


> 


dialis enatæ, foliis, quam cæteri rami, brevioribus 


C2 


cinctis. Inventori plantæ negotium dedi ut spicas 


> 


quæreret, quas hoc 1741 anno invenit et ad me mi- 


= 


sit, sed postquam omnes tabulæ expressæ essent, ad 


me octobri mense pervenerunt, quam ob causam 
iconi eas addere nequivi. » Dizzex dit donc qu'ayant 
vu, après l’impression des planches, la fructification du 
Lycopodioides 12, représenté à la planc. LXVIL, il a re- 


connu qu’il appartenait au genre des Lycopodium. Les 
éditeurs de l’édition de Londres, voulant effectuer la 
correction indiquée, ajoutèrent à la figure les épis dont 
parle Disxen, mirent au haut de la planche Lycopo- 
dium 12 à la place de Lycopodioides 12, et placèrent 
la planche LXVII à la suite de celles qui représen- 
taient les autres Lycopodium, qui étaient fort à propos 
au nombre de onze. Par ce déplacement la plane. LXVII 
devint la LXIV, et par conséquent les planches LXIV, 
LXV et LX VI de l'édition d'Oxford devinrentles LXV, 
LXVIet LXVII de l’édition de Londres. Ces change- 


( 501 ) 
mens, ayant une cause plausible, n’ont rien en eux- 
mêmes qui étonne; mais vainement cherche-t-on à 
découvrir pourquoi les mêmes éditeurs mirent la plan- 
che LXII à la place de la planche LXL, et vice vers, 
et changèrent les n°* des figures qu’elles contiennent, 
faisant du Lycopodium 5 le Lycopodium 8, du Lycopo- 
dium 6 le Lycopodium 5, et du Lycopodium 8 le Lyco- 
podium 6. En faisant ces changemens dans l’ordre et 
les numéros des planches et des figures, ils n’en firent 
aucun ni dans l’ordre ni dans les numéros correspon- 
dans des phrases botaniques de la table synoptique, où 
elles offrent le même ordre et les mêmes numéros que 
dans l'édition d'Oxford : d’où il est résulté que la figure 
de ces plantes ne porte pas le même numéro, ne se 
trouve pas sur la même planche dans les deux éditions, 
et ne correspond pas à la même phrase botanique. Ge 
qui a induit en erreur un grand nombre d’auteurs qui, 
se servant des éditions donnéés à Londres en 1763, en 
1768 et 1779, et croyant que les numéros de la table 
synoptique correspondaient aux numéros et des plan- 
ches et des figures qui y sont indiquées, ont cité in- 
exactement les lycopodes qui sont figurés dans les 
planches LXI, LXIT, LXIV, LXV, LXVI et LXVII. 
C’est par cette erreur que le Lycopodium inundatum 
est rapporté à la planche LXI, fig. 7, de Dicen par 
Visrans (1), Lareyrousse (2), Wiczpenow (3), Ds- 


(1) Histoire des plantes du Dauphiné, 1. NE, p. 857. 
(2) Histoire abrégée des plantes des Pyrenees, p.628. 
(3) Species plantarum, 1. V; p. 25. 


( 502 ) 
Gaxpoe (1), Le Turquier et Levieux (2), et par Gt- 
serE (3). 

Que le Lycopodium apodum est rapporté à la plan- 
che LXV, fig. 5, de Dizzen par Giseke. 

Que le Lycopodium nudum est rapporté à la plan- 
che LXV, fig. 4, de Diczex par Gisere. 

Que le Lycopodium dendroideum est rapporté à la 
planche LXIV, fig. 12, de Disrex par Wiripexow, 
pag. 21. 

Que le Lycopodium flabellatum est rapporté à la 
planche LXVI, fig. 5, de Dixzen par GIsEKE. 

Que le Lycopodium canaliculatum est rapporté à 
la planche LXVI, fig. 6, de Dizen par GiseKe. 

Que le Lycopodium helveticum est rapporté à la 
planche LXV, fig. , de Diccex par Vrrzars et Wiri- 
DENOW, p. 99. 

Que le Lycopodium plumosum est rapporté à la 
planche LXVIL, fig. 8, 9 et10, de Dixsex par GisekE. 

Que le Zycopodium stoloniferum (Lycopodium plu- 
mosum L.) est rapporté à la planche LXVI, fig. 10, 
de Diccen par WiLLDENOW, p. 40. 

Que le Lycopodium cireinale ( Lycopodium bryop- 
teris L.) est rapporté à la planche LXVIL, fig. 11, de 
Dizen par Lanxé fils, Supplementum, p. 448. 

Pazisor pe Beauvors, loin de rectifier les méprises 


(1) Flore francaise, t. W, p. 571. 
(2) Concordance des figures des plantes cryptogames, p. 8 et 55 


(3) Zndex LinnϾanus in Joannis Jacobi Dillenit histortam mus 
corum, P. 38. 


( 505 ) 

partielles de ses devanciers, les a réunies toutes dans 
son prodrome. Qui ne serait surpris qu’un observateur 
si judicieux ait fait la monographie des lycopodes sans 
consulter le texte de l’ouvrage fondamental de Dixrew, 
et que la différence qui se trouve entre sa synonymie 
et celle de Linxé, ne lui ait pas fait naître quelque 
crainte de se méprendre? Ce qui m'étonne davantage, 
c’est qu'aucun botaniste n’ait encore signalé ni les al- 
térations faites à l’Æistoria muscorum de Dizzex dans 
les éditions de Londres, ni les méprises qui en ont été 
la suite. 

Ces altérations n'ayant pas été remarquées par au- 
cun auteur, on a lieu de présumer qu’elles se retrou- 
vent dans la nouvelle édition imprimée à Edimbourg 
en 1811,et que les éditeurs n’ont pas pensé à rétablir 
les planches dans leur état primitif. Pendant mon sé- 
jour à Paris, j'ai fait d’inutiles recherches dans les bi- 
bliothèques publiques et particulières pour en trouver 
un exemplaire, afin de vérifier le fait. Je n’ai pas même 
trouvé personne, ni parmi les savans, ni parmi les li- 
braires, qui connût cette édition, quoique annoncée 
dans le London catalogue (1). 

Le tableau suivant représente fidèlement tous ces 
changemens , indique à quelle planche se trouve la 
même figure dans les deux éditions, et fournit un 
moyen de rectilier toutes les erreurs. 


ns 


(1) I résulte de toutes ces observations que l'édition d'Oxford 1541 
est la seule exacte et non altérée, ce qui la rend infiniment précieuse 
en elle-même, indépendamment de son extrême rareté, qui en a 
quelquefois fait monter le prix au-dessus de 500 fr., comme dans la 
vente de Bonnet. 


21. 


PHRASIS BOTANICA DILLENII 


IN HISTORIA MUSCORUM; OXONII 1741. 


5 Lycopodium erectum dichotomum, foliis cruciatis, spicis gracilibus. 


6 pinuatum repens, spicis et pediculis singularibus longis. 
7 palustre jrepens, clava singulari. . . . . . . . 
5 alopecuroides, flagellorum extremitatibus radicosi. . 
12 radiatum dichotomum. . . . . . . . . . 
| JA Lycopodioides imbricatum repens. . . . . + . . . 

IB repens pinnulis ornithopodii. . . . . . . . . . 
2 denticulatum pulchrum repens spicis pediculis insidentibus. 
3 denticulatum pulchrum repens spicis apodibus. 

4 frutescens, spicislaxis nudis. 2%. : eu . 
5 dentatum erectum filiemum, eaule Lereti ramosissimo. 
6 crectum filicinum, pinnulis acaciæ, caule sulcato. 

7 denticulatum erectum fiticmum, minus et argutius. 

8 lonchitidis folüs auriculatis, ._. . . . . … | 

9 ichotomumtarionmest. 4 010... 7 

10 dentatum dichotomum, rigidum minus. . . . . 

11 squamosum hispidum, extremu tattibus convolutis. 


. 


SYNONYMIA. 


Lycopodium phlegmaria L., 8p. 1564. 


carolinianum L., $p. 1567. 
inundatum L., 5p. 1565. 
alopecuroides L., 5p. 1! 
dendroideum Wizzp., V, p. 21. 
obcurum L., 8p. 1566. 
denticulatum L , 6p. 1569. 
ornithopodioides L., 5p. 1569. 
helveticum L., $p. 1568. 
apodum L., $p. 1568. 
nudum L., $p. 1564. 
flabellatum L., Sp. 1568. 
canaliculatum L., $p. 1568. 
radiatum Aus., Guian. 967. 
plumosum Wirep., V, p. 45. 
pectinatum 8., Enc.met.,noor. 
stoloniferum Wizro., V, p. 40. 
plumosum L., $p. 1568. 
cireinale Wizzo., V, p. 32. 
bryopteris L., 5p. 1567. 


URAE | 


7 


Oxoniensi. 


PLANTA 
JUSDEM FIC 
locus 


in editioue Londiuensi. 


in editione 


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AA VAUT VU VVUY AVI UVUVVVVUY VV VV UV US VAL VV Q/0/0 


RÉCIT 


D'une excursion horuculturale faite a Londres, 
dans le mois d'avril 1824, par M. Souraner- 
Boni, membre correspondant, propriétaire du 
jardin de Fromont. 


LE voyage que je viens de faire à Londres a été en 
quelque facon exécuté sous les auspices de la Société 
Linnéenne de Paris, dont le digne Président, linfati- 
gable Secrétaire perpétuel et plusieurs membres dis- 
lingués m’avaient muni de lettres de recommandation 
auprès des savans qui travaillent aux progrès de la bo- 
tanique et de l’horticulture en Angleterre. L’hommage 
que je fais aujourd’hui à cette Société du récit de mon 
voyage, est pour moi le seul, quoique bien humble 
moyen de lui témoigner ma reconnaissance. de serai 
trop heureux si mes savans confrères lisent avec quel- 
que intérêt des notes que j'ai recueillies en courant, 
ct que mes actives occupations ne me permettent de 
rédiger que fort à la hâte; et surtout s'ils y trouvent 
quelque chose d’utile. 

Mon excursion avait un double objet. Le premier, 
comme le plus intéressant, était d'observer l’état ac- 
tuel des cultures anglaises, que je savais se perfection- 
ner chaque jour; le second, de prendre connaissance 
des plus belles collections, et de faire en même temps 
quelques acquisitions pour augmenter la mienne. 


( 3506 ) 
Les établissemens que j'ai visités et examinés avec 
plus de détail sont principalement : 


Le jardin de la Société horticulturale de Londres, 
à Chiswick; — ceux de MM. Lopniers, à Hackney; 
— Jaunes Lez, à Hammersmith; — Sauvez Brookes, à 
Lewington-Green;—Suiru, sur la route de Lewington- 
Green à Hackney ; —Gozwiz, à Chelsea; — Wnirney, 
Brawes et Mie, à Fulham; —J. Knicur, à Chelsea, 
Kings road; — Tnowas Jenkins, New road, à Sainte- 
Marylebone; — J. V. Marco, à Kensington; 
Cnanpzer et BuckixenAu, au Vauxhall ; — du comte 
DE Vanpes, à Bayswater ; — le Jardin des apothicaires, 
dirigé par M. Axpensox ; 


et Le Jardin royal de Kew. 


Partout j'ai été accueilli avec une bienveillance cor- 
diale, dont je me plais à remercier ici les habiles cul- 
tivateurs que je viens de nommer, et qui était à la fois 
provoquée par les recommandations de M. Sage, 
secrétaire de la Société horticulturale, et par la pré- 
sence de l’excellent comte pe VAnDEs, propriétaire de 
la belle collection de Bayswater, si souvent citée par 
les auteurs anglais, lequel a bien voulu m’accompa- 
gner dans toutes mes courses, el m'a fait pénétrer dans 
des lieux où je n’aurais peut-être pas été introduit, 
privé de son aimable compagnie. 


La première chose qui m’ait frappé dans toutes les 
cultures que j'ai vues, sans exception, ce sont les soins 
extrêmes donnés aux plantes, et la propreté recher- 
chée qui règne dans les serres. Il ÿ a toujours quelque 
ouvrier occupé de remuer la terre des pots, de débar- 
rasser les plantes de toutes les parties mortes ou ma- 


( 507 ) 

lades, d’essuyer les verres et les cloches, de laver et 
brosser les tablettes, d’expulser des tannées, des plates- 
bandes et des sentiers tout ce qui pourrait, je ne dirai 
pas contribuer à vicier l'air, mais seulement offusquer 
la vue. Il est certain que les plantes veulent sentir la 
main de l’homme : ce sont de belles captives dont une 
caresse, un seul regard du maître ranime la beauté. 
Remuer seulement leurs vases leur fait du bien. À Pair 
de santé, de fraîcheur et de force que présentent géné- 
ralement les plantes des collections anglaises, on re- 
connaît l'influence des mains exercées et protectrices 
qui les environnent. Nulle part on n’apercçoit les traces 
du rabougrissement, ou de l’étiolement, plus fâcheux 
encore. On dirait que ces tribus verdoyantes et fleu- 
ries, arrachées par l’industrie sociale aux grandes so- 
litudes de la nature, sont reconnaissantes de tout ce 
que l’homme fait pour elles, et que, se dépouillant de 
la physionomie un peu sauvage du désert, elles pren- 
nent auprès de lui comme une teinte de sa propre ci- 
vilisation. 

Quoique je sache bien d’ailleurs tout ce que peut 
produire la différence des climats, et combien celui 
de l'Angleterre est favorable à la végétation, je déclare 
que nulle part l'effet que je cherche à peindre ne m'a 
paru plus marqué que dans les jardins de Londres, et 
qu'il m’a semblé produit bien plus encore par lin- 
dustrie humaine que par une bienfaisanie nature. 

Indépendamment de ce maniement presque conti- 
nuel des pots, qui serait avantageux aux plantes, seu- 
lement en ce qu'il doit nécessairement varier la face 
sur laquelle tombent plus directement les rayons du 


( 508 ) 


soleil et les flots d’une lumière plus vive, deux choses 
m'ont paru devoir contribuer encore à la santé des 
végétaux élevés dans les serres. La première, c’est, 
pour les plantes dont on peut laisser les pots à see, 
l’usage de tablettes faites à claire-voie, comme certains 
bancs de jardin ; la seconde , c’est la suppression gra- 
duellement opérée du tan pour les plantes qui ont 
besoin de demeurer plus ou moins plongées dans un 
milieu plus humide et plus chaud que l’atmosphère où 
leurs tiges se déploient. Celte substance (le tan ) est 
plus redoutable pour les végétaux qu’on ne le pense 
ordinairement, par l'humidité surabondente qu’elle 
conserve et répand autour d'eux; par les milliers d’in- 
sectes dont elle favorise la génération; par les coups de 
feu souterrains que produit, souvent à l'insu du jar- 
dinier Je plus attentif, sa fermentation imprévue, et 
par l’irrégularité de tous les effets pour lesquels on 
l’emploie. C’est d’ailleurs un assez singulier contre- 
sens que de respirer dans nos serres, au lieu des par- 
fums excitans ou voluptueux de l'Arabie et des Indes, 
que rappelle l’aspect des plantes qu’elles renferment, 
l’odeur repoussante qui sort des fosses d’une tannerie. 
Frappés par ces exhalaisons imprévues, quels organes 
assez robustes, quelle imagination assez vive pourraient 
un seul instant élever ou soutenir nos esprits dans la 
région subtile et pure des illusions charmantes que ces 
décorations végétales devraient pourtant être destinées 
à nous procurer ? Les jardiniers anglais ont déjà fait 
plusieurs essais pour parvenir à la suppression totale 
des tannées, MM. Loppricrs croient, avec raison, 
que l’usage du tan est inutile, qu'il serait même nui- 


( 509 ) 

sible dans une atmosphère échauffée par un appareil à 
vapeur; el ils agissent en conséquence. 

Dans une des serres de la Société horticulturale, on 
a fait passer le tuyau conducteur de la fumée dans 
l’intérieur de la bâche destinée à contenir le tan. La 
partie supérieure de cette bâche a été hermétiquement 
fermée par un plafond solide, quoique léger, de larges 
tuiles posées à plat sur des barres de fer et bien cimen- 
iées entre elles. Ge plafond a été établi assez en contre- 
bas du sommet des murs perpendiculaires qui con- 
situent la bâche, pour former une espèce de caisse 
d’une profondeur déterminée, dont le fond a été re- 
chargé de quelques centimètres de sable pur. Sur ce 
plancher, les plantes reposent dans leurs pots enfouis 
à moitié dans le sable et dans le même ordre que 
s'ils étaient dans une tannée. La chaleur qui s'échappe 
du tuyau se trouve ainsi concentrée dans l’intérieur 
d’un grand coffre vide, et porte principalement son 
action ascensionnelle vers les parois inférieures du 
plancher qui supporte les végétaux, et qui communi- 
que au sable une douce chaleur. Quelques ouvertures 
pratiquées dans l’épaisseur du mur de devant, et qui 
se tiennent à volonté ouvertes ou fermées au moyen de 
plaques de tôle, permettent de soutirer de l’intérieur 
du coffre l’excédant du calorique, et de le répandre 
dans la serre même. Toutefois on a cru s’apercevoir 
que ce procédé pouvait avoir l'inconvénient de des- 
sécher trop promptement la terre des pots, et de fati- 
guer les racines. Un cultivateur industrieux, M. J£x- 
kiNs, a déjà cherché à remédier à cet inconvénient, en 
substituant à [a chaleur fournie par un combustible, 


( 510 ) 
celle plus homogène, plus égale du fumier, qu’il in- 
troduit à cet effet dans la capacité du coffre par une 
espèce de trape ou porte basse pratiquée dans le mur 
du fond de la serre, et qu'il manipule ensuite, comme 
le fumier d’une couche, pour en dégager le plus de 
chaleur possible. 

Les tablettes à claire-vcie dont j'ai parlé plus haut 
ont le double avantage de ne retenir ni humidité ni 
malpropreté, et de favoriser l’accès de l'air autour des 
pots, dans tous les sens. 

Presque toutes les remarques intéressantes que j'ai 
recueillies, je les ai d’abord faites dans le jardin de la 
Société horticulturale, et je les ai renouvelées ensuite 
dans la plupart des autres jardins. Ce jardin est établi 
à Chiswick, à cinq milles anglais de Londres, sur le 
chemin de Kew. Quoiqu'il n'existe que depuis 1822, 
le nombre, la fortune, le zèle et le patriotisme des 
souscripteurs l'ont si richement doté, qu’on y a fait 
déjà des travaux considérables, Le terrain est partagé 
en grandes divisions systématiques, consacrées aux di- 
verses branches de l’horticulture. Un puits artésien , 
creusé à environ 98 mètres (500 pieds) de profondeur, 
a produit une source abondante qui alimente une jolie 
rivière et favorise la culture des plantes de marais. Les 
murs de clôture et les murs de refend, élevés en bri- 
que, offrent à l’intérieur, par l’artifice de la construc- 
tion, un système de parties creuses qu’on peut évaluer 
presque au tiers de leur cube. Il en résulte d’abord 
une économie proportionnelle dans les matériaux em- 
ployés ; ensuite, l’air que renferme cette multitude de 
cellules doit tenir les murs plus secs, plus chauds, et 


(5n) 

par conséquent les rendre plus favorables aux espa- 
liers. Les serres sont déjà considérables. On en pro- 
jette de nouvelles, qui seront chauffées par la vapeur. 
Il y en a pour forcer les fruits d'Europe; d’autres pour 
réunir et observer les arbres fruitiers des climats les 
plus chauds. Dans ces dernières on prépare une suite 
d'expériences dont le but est d'enrichir un jour nos 
tables de ces productions exotiques, amenées artifi- 
ciellement à maturité dans nos propres climats. Deux 
autres sont construites tout en fer, et affectent la forme 
d’une moitié de berceau. Elles renferment des végétaux 
précieux envoyés vivans de diverses contrées par les 
botanistes collecteurs qu’entretient la Société. J’y ai 
remarqué un pied superbe d’Astrapæa W allichi; le 
Theophrasta Lambothia, dont les feuilles profondé- 
ment dentées donnent à cette plante l'aspect le plus 
pittoresque : la Société lui a imposé le nom spécifique 
de Jussiwa, en l'honneur de notre célèbre Jussieu: 
un Magnolia nouveau, venant de la Chine, dont le 
feuillage est magnifique, mais dont le caractère n’a 
point encore été déterminé; une grande quantité 
de Wepenthes distillatoria en fleurs; la Primula si- 
nensis, primevère gigantesque, qui va devenir la plus 
riche acquisition pour les jardiniers fleuristes ; un 
nouveau Cratægus, sous le nom spécifique de mexi- 
cana ; et surtout une très-riche collection d’orchi- 
dées, récemment parvenues à la Société, et cultivées, 
sous la direction de l’habile et aimable botaniste , 
M. Jon Linpzey , avec des soins et des procédés par- 
uiculiers. Le terreau dans lequel il entretient ces fa- 
milles si curieuses est uniquement formé par cetle sub- 


( 312 ) 
stance pourrie et décomposée que l’on trouve dans le 
tronc des vieux arbres et surtout des saules. 

Les serres en fer n’ont point de petites croisées sur 
le devant, ni de châssis mobiles à leur partie supé- 
rieure, Ge sont comme des berceaux qui semblent 
faits d’une seule pièce; les tringles de fer qui soutien- 
nent le vitrage descendent, par une seule courbe, du 
sommet du mur du fond, sur le petit mur d'appui en 
avant. L'air n’y pénètre donc habituellement que par 
les portes des extrémités et par les petites croisées 
qui accompagnent ces portes. Mais on a très - ingé- 
nieusement pourvu au renouvellement de l’air par des 
pelites trappes en bois, pratiquées dans l’épaisseur 
du mur de devant, et qui correspondent avec d’autres 
trappes établies dans le haut du mur de fond. L’air 
qui arrive du dehors par les petites trappes d’en bas 
s’échaufle d’abord en passant tout près du tuyau de 
. Chaleur, il circule ensuite de bas en haut, et se répand 
dans toute la capacité de la serre, sans produire au- 
cun courant capable d’inquiéter même la plante la 
plus délicate; et en même temps, l’air qui a séjourné 
dans la serre s’en échappe en flots abondans et tran- 
quilles par les trappes supérieures. Les trappes d’en 
bas ressemblent aux sabords d’un vaisseau, et se tien- 
nent plus ou moins ouvertes à l’aide de crémaillères de 
fer. Les trappes d’en haut jouent dans une coulisse 
noyée dans l’épaisseur du mur ; et au moyen d’un long 
manche de bois armé d’un croc de fer, qui sert à les 
élever ou à les abaisser, elles s'ouvrent avec autant de 
facilité qu’elles se referment avec précision. 

La Société horticulturale n’emploie aujourd’hui pour 


(13191) 

ses serres et pour ses bâches que des carreaux de verre 
extrêmement petits. Il en résulte une économie consi- 
dérable, tant dans le premier établissement que dans 
l'entretien. J’ai mesuré des châssis portant huit pieds 
anglais de long sur quatre de large. La largeur de 
chaque châssis est divisée par cinq petites traverses, ce 
qui donne six rangs de vitraux. Chaque carreau a 
donc moins de seize centimètres, ou six pouces, de 
large, sur, à peine, treize centimètres, ou cinq pouces, 
de long. De nouvelles constructions commencées chez 
MM. Lopnices présentent des compartimens encore 
plus petits. Il peut se faire que cette nouvelle dis- 
position soit poussée à l'extrême; mais ces habiles cul- 
tivateurs ne doutent point qu’il n’entre toujours dans 
leurs serres assez de lumière et de chaleur. 

Je ne puis m'empêcher de revenir encore sur cette 
propreté exquise qui brille dans les serres de Chiswick; 
combien elle doit contribuer à la pureté de l'air et à 
la santé des plantes ! L'emploi de la chaleur et de 
l'humidité y est combiné avec une précision qui sou- 
tient l’activité de la végétation sans produire laffai- 
blissement du végétal. Les planchers sont fréquem- 
ment lavés à grande eau. Les plantes placées sur les 
tablettes sont assez écartées entre elles pour que l’air 
circule et joue autour de chacune. Quand c’est sur le 
sol que Les pots sont placés, ce sol est un sable blanc 
et pur qui ne contient ou n’engendre aucun principe 
de corruption. 

On ne croirait pas que des collections aussi vastes 
que celles de MM. Lonnices à Hackney et James Lee à 
Hammersmith pussent encore recevoir de nouveaux 


( 514 ) 

accroissemens; cependant on y entreprenait encore 
des serres nouvelles. J’ai remarqué chez M. Lee le 
Banksia grandis, dont la feuille présente des décou- 
pures ondulées et profondes; de beaux pieds d’'En- 
kianthus quinqueflorus, le Theophrasta jussiæa, et 
plusieurs palmiers nouveaux; mais il n’y a rien de si 
beau que sa collection d’Erica. Cette famille si nom- 
breuse, si brillante et si délicate, se présente chez lui 
avec une fraîcheur et un éclat qu’on chercherait vai- 
nement ailleurs. On prétend que cela vient principale- 
ment de ce que M. Le arrose ses bruyères avec une 
eau dans laquelle il tient constamment en macération 
une grande quantité des branches de la bruyère 
commune. Si le fait était vrai, et que l'observation fût 
répétée et appliquée à d’autres familles, elle pourrait 
conduire à une nouvelle théorie d’arrosemens qui ne 
seraient pas moins utiles qu’ingénieux. Je me propose 
de commencer à ce sujet des expériences compara- 
tives, et quel qu’en soit le résultat, je ne regarderai 
point comme tout-à-fait perdu le temps que j'y aurai 
employé. 

M. Lg fait toutes ses boutures de bruyères dans un 
sable blanc extrêmement pur. C’est dans ce milieu 
qu’elles forment leurs branches, et qu’elles projettent 
avec facilité leurs tendres radicules. Quoique ce sable 
soit devenu en Angleterre d’un usage à peu près géné- 
ral, lopinion des jardiniers sur son emploi et son 
action n’est pas encore raisonnée et uniforme. Le plus 
grand avantage du sable est sans doute d’être plus 
perméable à l’eau, de nourrir moins d'insectes, et 
d’éloigner ainsi d’un faible et souvent précieux rameau 


( 319 ) 
deux puissans agens de destruction, les vers et la moi- 
sissure. 

Les cultures de M. Sauvez Brookes attestent à la 
fois son activité et son intelligence. J’observai chez 
lui une très-grande quantité de boutures de toute es- 
pèce, toutes faites dans le sable, et principalement des 
houx panachés, sous cloches, en pleine terre sablon- 
neuse, le long d’une charmille à l’exposition du nord; 
des Rhododendrum arboreum dans le sable, sous clo- 
ches carrées, en serre froide; et une incroyable quan- 
lité de petites boutures qui avaient été faites en plein 
sable, dans la serre tempérée, au mois de juin 1825, 
avec des petites branches latérales, ayant à peine 27 mil- 
limètres (1 pouce), et la plupart seulement 18 milli- 
mètres (8 lignes) de hauteur, coupées sur des £rica, 
Eparis, Diosma, Elichrysum, Lambertia, et autres 
plantes à petit feuillage. Ces boutures, qui avaient 
passé l’hiver, étaient dans un parfait état de santé, et 
commençaient d'entrer en végétation. Rien n’annon- 
çait qu’il dût en périr la moindre quantité. Elles avaient 
été plantées aussi près les unes des autres que le com- 
portait leur extrême petitesse. Elles étaient groupées 
par espèces, et recouvertes par des cloches basses et 
aplaties. M. Brookes avait en outre établi le long des 
murs de ses serres, et suspendu tout près des vitrages 
des petites caisses longues et étroites, n’ayant en lon- 
gueur qu'à peu près le diamètre de ses grandes clo- 
ches aplaties, et dans lesquelles ils venait encore de 
faire une énorme quanlité de petites boutures, tou- 
jours dans le sable. Il m'a assuré qu’il ne laissait ainsi 
ses boutures dans le sable que jusqu’après la forma- 


( 316) 
tion des racines, et qu’il les séperait et repiquait tou- 
jours dans l’espèce de terre qui leur était propre, avant 
que les jeunes racines ne fussent sorties du sable pour 
aller puiser au sein de la couche de terre inférieure 
une première nourriture. 

M. Samuec Brookes possède de fort belles plantes. 
J'ai remarqué entre autres les pieds, mâle et femelle, 
du Cuninghamia lanceolata : ce sont deux assez forts 
individus; le Roronia serrulata, espèce nouvelle; le 
Limonia scandens, ete. Mais les plus intéressantes de 
toutes m'ont paru, sans contredit, deux espèces d’4- 
zalea indica, nouvellement arrivées de la Chine, et qui 
ne se trouvaient encore que chez lui; l’une à fleurs 
blanches, l’autre à fleurs doubles pourpres. Je les vis 
en fleurs, et le lendemain j’eus la satisfaction de re- 
trouver et de reconnaître ces arbustes charmans dans 
la belle et rare collection de dessins coloriés originaux 
de plantes de la Chine, qui enrichit la bibliothèque 
de la Société horticulturale, et qu’elle a reçue de la 
Chine même. 

Les jardins de MM. Cozwir, Jenkins, MazcoLw, Sir, 
Knicur, MackAy, Gnanpzer et BuckinénAam, WniTLey 
Brawes et Mine, n’ont pas moins excité ma curiosité 
et mon intérêt. Dans tous ces établissemens, sont sui- 
vis avec la même activité les mêmes principes de cul- 
ture et de multiplication. Celui de M. Cozwir s’est 
placé, dans ces dernières années, sur la première ligne. 
La partie botanique y est dirigée par M. R. SwEEzr, 
auteur de plusieurs ouvrages, et entre autres d’une 
publication périodique des Geranium, dont M. CocwiL 
s'occupe avec autant de profit que de succès. C'est 


( 517 ) 

chez M. Cozwis seul que se trouve, quant à présent, en 
multiplication, l’Astrapæa wallichii. H possède aussi 
plusieurs beaux pieds du Zamia horrida, dont les 
jeunes pousses, munies de forts aiguillons, affectent la 
forme hérissée et la couleur glauque d’une espèce de 
chardon, ainsi qu’une grande quantité d’oignons. J'y 
ai va un superbe pied du Crinum amabile en fleurs. 

+ M. Mazcou s'occupe plus particulièrement des plantes 
des Alpes et de l'Amérique septentrionale, J’ai va chez 
M. Jenkins un pied très-fort de l’Andromeda flori- 
bunda. Je ne lai trouvé que chez lui et chez le duc 
de Devonshire : il y attache un prix extraordinaire. 
Il avait aussi un beau pied du Pinus dammara.. 

MM. Wurrzey, Braues et Miixe possédaient le pied- 
mère du vrai Camellia axillaris, si différent de la 
plante que d’autres jardiniers livrent sous ce nom. Il 
décore actuellement les serres de Fromont, où l’on 
peut voir, l’une à côté de l’autre, ces deux plantes ri- 
vales, qui se disputent l'honneur d’être inscrites dans 
la nomenclature déjà si nombreuse du plus beau genre 
qui ait jamais embelli nos serres. 

M. Mackay dirige deux établissemens, dont l’un est 
chauffé par la vapeur. Il à dirigé anciennement les 
magnifiques serres de M. le comte pe Vanpes. 

MM. Cnanocer et BucriNcuam font un prodigieux 
débit de camellia et de pivoines. 

J’ai admiré chez M. Kxicur deux énormes camel- 
lia, en caisses, portant, avec un parfait équilibre de 
sève et de végétation, les fleurs de cinq à six espèces. 
M. Kwicur s'occupe beaucoup de semis de camellia. 
Il possède déjà une très-grande quantité de jeunes 


22 


( 518 ) 

plants qui, par quelques dispositions particulières dans 
le feuillage ou dans les rameaux, semblent lui pro- 
mettre des variétés non moins lucratives pour lui qu’in- 
téressantes pour les cultivateurs; afin d’avancer l’épo- 
que de la floraison de ces jeunes sujets, il les assujétit 
à un mode de courbure dont l'effet est extrêmement 
original. Il abaisse graduellement la tige verticale vers 
un des côtés de l’arbrisseau, de manière à ce que cette 
tige se trouve en contact immédiat par son sommet 
avec la partie inférieure du tronc, et présente une 
figure qui se rapproche du cercle. 11 greffe alors l’ex- 
trémité de la tige, ainsi recourbée, sur le tronc, à quel- 
ques centimètres au-dessus du bouton terminal, qui se 
trouve avoir repris alors sa direction verticale. La sou- 
dure se forme, la tige continue de monter, la partie 
arquée est soigneusement privée de tous ses yeux, et 
la sève, dans son cours, est désormais obligée de suivre 
le long détour que l’industrie du cultivateur lui a im- 
posé. M. Knicur suppose qu’étant ainsi ralentie et 
élaborée, la sève acquerra plus tôt la qualité propre à 
la production de la fleur. Ainsi disposés, ses jeunes 
camellia sont pourvus de véritables anses, par les- 
quelles on peut les prendre et les soulever comme si 
ces anses étaient attachées à leurs propres vases. 

Le jardin royal de Kew, dirigé par le célèbre M. Ar- 
TON, est au-dessus de tout ce que j'en pourrais dire; 
il échappe à une simple notice qui n’a pour but que 
d’esquisser les efforts, les progrès et les succès de l’in- 
dustrie. Les collections de plantes et les procédés de 
culture ont également épuisé mon admiration. Une 
bâche renfermait trente espèces nouvelles de scitami- 


( 519) 


nées venues du Népaul, et non encore observées. J’y 
ai remarqué des serres où l’amphithéâtre des plantes 
établies dans la tannée était disposé en sens inverse de 
la pente du verre, en sorte que les plantes faisaient face 
au mur du fond. 

Dans la grande serre aux palmiers, deux rangs de 
tablettes sont suspendues le long des petites croisées 
de devant. Celle d’en haut soutient une couche de 
sable placé lui-même sur un lit de fougère : on plonge 
à moitié les pots qui renferment les plantules dans ce 
sable constamment tenu frais. 

Je redescends aux établissemens particuliers, et en 
terminant par celui que MM. Loppices ont formé à 
Hackney, je puis dire que je reste encore à la plus 
grande hauteur. Leurs serres ont une étendue d’en- 
viron 594 mètres (1200 pieds). Elles sont toutes chauf- 
fées par un seul appareil à vapeur, de la force de 
sept chevaux, et muni de deux grandes chaudières de 
4 mètres de long, sur 2 de profondeur et 16 déci- 
mètres de large : l’une de ces chaudières n’est que de 
précaulion, en cas d'accident qui suspendrait l'usage 
de l’autre. La vapeur passe dans des tuyaux de fer 
fonda de 10 centimètres (4 pouces) de diamètre; 
il yen a ainsi une longueur d'environ 1500 mètres 
(4000 pieds). ls passent par toutes les serres, et cha- 
que serre en a un nombre proportionné à sa capacité 
et au degré de chaleur qu’on y désire. Aïnsi, un seul 
tuyau suffit pour une serre tempérée d’une étendue 
moyenne, tandis qu'il en passe douze dans toute la 
longueur de leur grande serre chaude. À la vérité cette 
serre présente des proportions extraordinaires, puis- 

29% 


( 320 ) 

qu’elle à 15 mètres (40 pieds) de haut, sur 19 mètres 
et demi (6o pieds) de large. Les plus grandes plantes 
y végèlent dans des cuves immenses; et sous la voûte 
de verre qui les abrite, et que d’en bas on distingue à 
peine de la voûte des cieux, à travers les branches et 
les feuillages entremêélés, elles développent et conser- 
vent leurs formes et leurs beautés naturelles, portent 
des fleurs et des fruits, et jouissent, en un mot, d’au- 
tant de liberté et de plus de bien-être que dans leurs 
propres forêts. MM. Lonni&es ont construit eux-mêmes 
tout leur appareil, dont ils sont très-salisfaits, et qui 
doit faire époque dans les fastes de l’horticulture. 

Laserre qu’ils ont consacrée à la culture des camellia 
n’est pas moins remarquable. C’est un grand berceau 
de forme ovoïde, de 39 mètres (120 pieds) de long, 
sur 6 mètres et demi (20 pieds) de haut et 15 mètres 
(46 pieds) de large. Un mur de refend partage et sou- 
tient ce léger et brillant édifice de verre, dont la char- 
perte est tout en cuivre du côté du midi, et en fer du 
côté du nord. J’ai vu cetie immense corbeille remplie 
de fleurs. 

J’allais passer sous silence l’ingénieux procédé em- 
ployé par MM. Lopnicss pour l’arrosage des banquettes 
de plantes établies dans leurs serres chaudes ; au-dessus 
du vitrage, et sur une ligne perpendiculaire au milieu 
de ces banquettes, règnent de petits tuyaux de plomb 
très-minces, percés dans leur diamètre inférieur de 
plusieurs séries de trous capillaires, ouverts sur l'angle 
d’une pomme d’arrosoir. Ces légers syphons, à peine 
remarqués dans les airs, correspondent à un grand ré- 
servoir d’eau, duquel ils sont isolés à volonté par des 


( 521 ) 
robinets. Quand on ouvre ces robinets, l’eau se préci- 
pite dans les tuyaux, s'échappe avec force par les trous 
capillaires, se divise en poussière humide, et répand 
une rosée bienfaisante sur toutes les plantes de la ban- 
quette à la fois. L’effet dure aussi long-temps que le 
robinet reste ouvert, et cet effet est si bien calculé et 
si précis, que le-promeneur qui parcourt les sentiers 
voit cette pluie fine se former au-dessus de sa tête, 
tomber à quelques centimètres de lui, et ne court point 
le risque d’en être incommodé. 

MM. Lopnicrs ont encore établi dans leur jardin 
une culture de plantes de terre de bruyère fort ingé- 
nieuse. Elle consiste dans une série de plates-bandes 
circulaires qui s’enchässent les unes dans les autres 
comme autant d’anneaux, et qui sont séparées entre 
elles par des plates-bandes de gazon. Ces sentiers de 
gazon ont l’avantage de ne point réfléchir, comme les 
prismes multipliés d’une allée de sable, les rayons du 
soleil sur ces familles délicates. Les plantes sont grou- 
pées par espèces, suivant l’ordre alphabétique : ainsi 
le cercle des azalées enveloppe le cercle des rhododen- 
drons. Le gazon des sentiers est presque incessamment 
fauché, et l’herbe fine qui en provient est fanée en 
couche égale et mince sur la superficie des plates- 
bandes de terre de bruyère, pour empêcher le hâle de 
les pénétrer. On laisse cette herbe se dessécher sur le 
terrain, et à mesure qu’elle se flétrit, on ajoute de 
l’herbe nouvelle. 

Il me reste à dire un mot des terres employées en 
général par les jardiniers anglais, et qui, au premier 
coup d'œil, paraissent différer si fort des nôtres; c’est 


( 522 ) 
à Hackney, après Chiswick, que j'ai eu occasion 
d'examiner de plus près ces substances. 

Elles consistent dans le loam, ou terre franche: la 
terre de bruyère, et le sable, Ces trois substances s’em- 
ploient pures ou mélangées dans des proportions va- 
riables. 

Le loam est une espèce de terre franche, légère, 
douce, dépourvue d’argile, que l’on se procure en 
coupant, dans les sols dont elle fait la base, des ga- 
zons de 8 à 10 centimètres (3 ou 4 pouces) d'épaisseur 
au plus, semblables à ceux que l’on emploie dans les 
jardins pour plaquer des bordures. On met ces gazons 
en tas, on les laisse mûrir et se décomposer, on les bat 
ensuite avec leur terre, et on en sépare avec la claie 
ou le crible les parties les plus grossières que la dé- 
composition n’a pas suflisamment atteintes. Quand ce 
loam est fortement surchargé de débris de gazons, il 
prend l’épithète de turfy (gazonné), il est plus gras, 
plus nourricier, et convient davantage aux plantes suc- 
culentes et voraces. Dans l’autre cas, il est plus léger, 
moins substantiel, et on le rend quelquefois plus léger 
encore, en y mêlant une dose de sable. 

La terre de bruyère est plus ou moins grasse et 
tourbeuse, ou sablonneuse et légère; son emploi est 
déterminé par sa qualité; on la mêle avec la terre 
franche, le sable, le terreau de feuilles bien consommées 
et criblé, ensemble ou séparément, et dans des pro- 
portions qui varient suivant l’effet qu’on veut obtenir. 
La terre de bruyère qu’on apporte dans les jardins ne 
consiste absolument qu’en gazons enlevés à la surface 
de Ja terre, et qu’on laisse mûrir en Las comme le 


( 523) 

loam. Je n'ai point vu qu'on se servit du sable plus ou 
moins noirâtre qui se trouve immédiatement sur les 
8 ou 10 centimètres que présentent en épaisseur les 
gazons de bruyères. Quand on fait des encaissemens 
de terre de bruyère, on jette ces gazons pêle -mêle 
au fond de la fosse, où l’on se contente de les divi- 
ser grossièrement avec le tranchant de la bêche. On 
ne met par-dessus que quelques centimètres de terre 
de bruyère battue et plus divisée, pour recevoir les 
plantes. 

On trouve que, par ce procédé, la décomposition de 
la masse de terre de bruyère rapportée dans l’encais- 
sement, est plus lente et plus graduée, et que par 
conséquent cette espèce de icrreau conserve plus long- 
temps ses qualités. 

Les jardiniers anglais restreignent d’ailleurs beau- 
coup plus que nous l'emploi qu'ils font de la terre de 
bruyère pure; on peut s’en convaincre, en examinant 
la motte des plantes qu'ils nous envoient, et dont le 
loam fait presque toujours la base principale, excepté 
pour les bruyères et autres plantes à raçines extrême- 
ment menues. Ils regrettent de ne pas pouvoir se pro- 
curer une assez grande quantité de terreau de feuilles 
pour le faire dominer dans la plupart de leurs mé- 
langes. 

Le sable que les Anglais emploient est blanc, fin et 
pur. Tous les tas que j'ai vus chez différens jardiniers 
m'ont rappelé le sable d’'Étampes et de Fontainebleau : 
il m'a seulement paru avoir et conserver peut-être un 
peu plus de fraîcheur naturelle. Quand on lemploie 
seul, par exemple pour les boutures, il est d'autant 


( 524 } 

meilleur qu’il est plus blanc, plus pur et plus fin. On 
tient encore à ces qualités, quand il doit être mêlé 
avec d’autres substances, surtout quand on veut don- 
ner à la composition plus de légèreté et de sécheresse. 
J'ai remarqué chez MM. Lopnices un sable qui parti- 
cipait beaucoup du sable de rivière, étant, comme ce 
dernier, granuleux et chargé même de petits galets 
arrondis. Des bruyères et d’autres plantes avaient dû 
végéter sur sa maigre surface, ce que l’on reconnaissait 
à sa couleur gris noirâtre produite depuis long-temps 
par des décompositions végétales. Is lemploient pour 
la culture des palmiers. Dans quelques circonstances, 
les jardiniers ajoutent à leurs mélanges un terreau très- 
substantiel formé de fiente de vache bien consommée, 
seule ou mêlée avec le terreau de feuilles. Il m’a paru 
qu'en général les meilleurs cultivateurs ne faisaient 
leurs mélanges qu’au moment de les employer; en 
cfiet, l’entassement et le mélange trop prématurés des 
substances peuvent produire une sorte de fermenta- 
tion intestine, laquelle, dégageant et volatilisant trop 
tôt les gaz qui s’y trouvaient dans l’état fixe, doit dé- 
truire ou du moins affaiblir l'énergie de leur action 
sur les phénomènes de la végétation, au moment où le 
cultivateur aura le plus besoin de son influence. C'est 
ce qu’on peut remarquer, par exemple, dans les cou- 
ches de fumier faites trop long-temps avant le moment 
de leur emploi. 

J'ai eu l'honneur d’assister, pendant mon séjour à 
Londres, à l’une des séances de la Sociéié horticultu- 
rale, et d’être admis, sur la présentation de MM. Sa- 
mixe et Linoixy, membre correspondant de cette So- 


( 325 }) 

ciélé, Un beau pied de Calceolaria corymbosa et une 
branche fleurie de Glycine sinensis, décoraient le bu- 
reau, chargé d'échantillons de fruits, de liliacées en 
fleurs, et de charmantes variétés d'oreilles d'ours, ap- 
portés à la séance par différens jardiniers. Combien il 
est à regretter qu'il n'existe point encore dans notre 
chère patrie de société semblable à celle de Londres, 
dont tous lestravaux, toutes les recherches, sont exclu- 
sivement et constamment dirigés vers les progrès du 
jardinage-pratique ! de ne vis pas sans émotion, je dirai 
même sans une patriotique jalousie, cette nombreuse 
réunion de citoyens de toutes les classes, distingués 
les uns par leur fortune, et les autres par leur expé- 
rience et leurs lumières, s’occupant à l’envi de l’un des 
arts les plus modestes et les plus utiles, concourant au 
même but par leurs facultés diverses, et travaillant à 
la fois à leurs intérêts particuliers, à la prospérité de 
leur pays et à l'amélioration de la condition humaine; 
car on ne peut s'occuper du bien de son propre pays sans 
travailler à celui du monde entier; et telle est la puis- 
sance de ce lien invisible et sacré par lequel l’auteur 
de toutes choses a voulu que ses enfans, répandus en 
peuplades sur le globe, demeurassent éternellement 
réunis, malgré les distances, les mœurs et quelquefois 
les antipathies religieuses ou politiques, que le bien 
qu’un seul homme a fait, en passant rapidement sur 
la terre, se propage et profite à tout le genre humain. 

J'ai rapporté de mes voyages des plantes nom- 
breuses, intéressantes ét nouvelles, qui végètent ac- 
tuellement dans le jardin de Fromont, Ceux de mes 
chers et savans confrères qui m’honorent aujourd’hui 


( 526 ) 

de leur visite, ne remarqueront sûrement pas sans in- 
térêt celles qui suivent : 

1° Un très-fort pied d’'£ ugenia malaccensis, d’envi- 
ron 16 décimètres (5 pieds) de haut, très-branchu, et 
de la plus belle végétation. C’est Le pied-mère qui exis- 
tait chez MM. Lopniess, lesquels ont bien voulu me le 
céder. 

2° Un très-fort pied du véritable Camellia axilluris, 
d'environ un mètre (5 pieds), chargé de branches, et 
si différent de la plante jetée dans le commerce sous le 
même nom; c'était aussi le pied-mère de MM. Wnirery, 
Braues et Miixe, par lesquels il a été multiplié et ré- 
pandu. Ils ont eu beaucoup de peine à s’en défaire en 
ma faveur. — Ces deux individus ont déjà fleuri. 

5° Une nouvelle espèce de primevère, tout récem- 
ment apportée de la Chine, la Primula sinensis. Elle 
n’est pas encore bien connue ; quelques-uns la croient 
seulement bisannuelle; on pourra la multiplier par ses 
graines. C’est une plante fort intéressante par ses 
fleurs, son feuillage et les dimensions qu’elle acquiert. 

4° Deux charmantes variétés de l’Azalea indica, 
l’une à fleurs blanches très-belles, l’autre à fleurs dou- 
bles pourpres, dont j'ai parlé plus haut. 

5° Un fort oignon du Crinum amabile, qui ne doit 
pas tarder à fleurir. 

6° Un nouvel Hedychium (gardinerium ), qui parait 
être le plus beau de tous. 

7° La Canna iridiflora, plante toute nouvelle, et 
d'autant plus précieuse à mes yeux, qu'elle a fait partie, 


avec un très beau pied du Combretum comosum, d’un 


( 327 ) Ÿ 
cadeau que la Société horticulturale a bien voulu me 
décerner à titre d'encouragement. 

8° Un nouveau Combretum (nova species), dont le 
dessous de la feuille est glauque, et qui n’a pas encore 
été décrit, 

9° Un nouveau chêne, à grandes feuilles persis- 
tantes du plus beau vert, blanchâtres en dessous, pro- 
venant des hauteurs du Népaul, et qui passera très- 
probablement en pleine terre, sous le climat de Paris. 

10° L’Enkianthus quinqueflorus, V'Artocarpus in- 
cisa, le Persoonia latifolia, V'Ardisia paniculata, 
l'Eugenia macrocarpa, le Dychorisandra thyrsiflora, 
le Spiræa bella, V Azalea procumbens, cette miniature 
des azalées, le Cocos nucifera, le Thrinax parviflora 
et d’autres palmiers, de charmans hybrides de passi- 
flores, etc., etc. 

11° Enfin, un beau pied de lAstrapæa Wallichii, 
cette nouvelle et superbe malvacée, décrite et figurée 
dans le Botanical Register, n° XCVIT, Tab. Gg1. 
C’est une des plus magnifiques fleurs qui existent. Elle 
a été envoyée de Calcutta au jardin de Kew, par le 
docteur Wazricn, correspondant de la Société Lin- 
néenne de Paris; on la suppose originaire de Mada- 
gascar. 

Tous ces beaux végétaux ont quitté Londres en 
même temps que moi, dans le courant d’avril; six 
jours après ils étaient dans le jardin de Fromont; et 
je crois être le premier qui aurai introduit en France, 
entre autres plantes, l’Astrapæa IF allichii, la Primula 
sinensis, le Quercus nepaulensis, ainsi que l’Azaleu 
indica flore albo, et l'Azalea indica flore purpureo 


( 528 }) 

pleno. Ces belles plantes n’y resteront point oisives 
comme un simple et vain ornement; déjà elles sont 
soumises aux procédés de la multiplication , et les élè- 
ves qui en proviendront enrichiront bientôt la liste, 
déjà nombreuse, des jeunes sujets que le travail le plus 
actif me met dès à présent à portée de fournir à toutes 
les classes de consommateurs. 


AAA 000 VU VUE UV VAN UV VU VA VV UV VA A VAAU 


INFLUENCE DU CALCAIRE 


SUR LES GRAMINÉES, 


Et de l'application de la chaux comme engrais 
des sols qui en sont dépourvus, mémoire par 
M. Le BouLrenGEr, correspondant, ingénieur 
en chef des ponts et chaussées du département 
de Seine-et-Marne. 


Cousrex la nature est simple dans ses moyens et 
grande dans ses applications ! quel charme indicible 
est répandu sur son étude! que de jouissances sont 
attachées au bonheur de découvrir quelques-uns de 
ses secrets ! car si elle a mis tant de soin à cacher son 
âge, elle n’en met pas moins à cacher les moyens par 
lesquels elle nous prodigue ses trésors, et ce mystère 
dont elle les enveloppe est un attrait de plus ajouté 
au plaisir de leur découverte. 

Mais pourquoi exalter tant ces découvertes? Com- 
bien sommes-nous loin de les approfondir! Faibles 
créalures que nous sommes,un brin d'herbe arrête 
nos plus savantes recherches, pouvons-nous jamais 
arriver jusqu'à la vie qui le soutient? Là est l’émana- 
tion immédiate du Créateur, là est aussi la limite posée 
à l'esprit humain. 

Cependant il reste encore un vaste champ à par 
courir, Ainsi avec la seule matière calcaire, que d’ob- 


( 350 ) 

jets merveilleux la nature n’a-t-elle pas produits! tout 
est mystère dans sa formation primitive, dans sa dis- 
position, dans ses agrégats. L'homme a déjà soulevé 
quelques coins de l'immense voile qui couvre tous ces 
miracles; mais plus il a été savant, plus il a été ébloui, 
étonné, effrayé, j'ose le dire, de ce que son esprit lui 
laissait entrevoir, et plus a été sincère son admiration 
et sa piété pour l’auteur de ces merveilles. Il faut un 
génie supérieur pour voler un rayon de la divinité, 
laissons ce soin aux AnsroTEe, aux Linxé, aux Hauy, 
aux Cuvier, et bornons-nous à essayer de décrire lin- 
fluence du calcaire sur les végétaux, soit cultivés, soit 
dans l’état de nature. 


PREMIER PHÉNOMÈNE. 


Pourquoi le blé froment semé dans les montagnes 
ne vient-il jamais sur les sols granitiques, tandis qu'à 
Le 
{a méme hauteur, et méme dans des régions ou plus 
froides ou plus élevées, il croit abondamment ? 


SECOND PHÉNOMÈNE. 
4 


Pourquoi les gramens des prés, tels que le Lolium 
perenne, le dactyle, les houlques, les alopécurus, ete, 
ne viennent-ils jamais dans arrosement ct défriche- 
ment sur les montagnes granitiques, tandis que sur 
les montagnes calcaires ou volcaniques ils poussent 
abondamment et sans culture, et constituent les mon- 


tagnes à engrais ou à herbages? 
ë 8 5 


De ces observations résulte l'examen de l’applica- 
tion que l’on peut faire du calcaire comme engrais des 


( 531 ) 
sols qui en sont dépourvus, et de celui-ci les consé- 
quences qu’il serait naturel d’en déduire. 
Telle est, Messieurs, la division des sujets que je me 
propose de traiter dans ce mémoire. 


SA 


Ceux qui ont parcouru les montagnes basses de la 
France, se rappelleront que le froment n’est jamais 
cultivé sur les détritus du granit, tandis que s’il existe 
dans les mêmes hauteurs des portions calcaires, tout 
de suite la culture du froment s’y est transportée, y a 
réussi, el de génération en génération ce blé s’est établi 
ou colonisé dans cette espèce de sol favorisé. Vous re- 
marquerez que celte aversion du froment pour les sols 
granitiques n’est pas due à la rigueur de la tempéra- 
ture sur ces sortes de montagnes, Car la température 
des montagnes basses qui séparent le bassin de l’Au- 
vergne de celui de la Loire, et qui constitue les mon- 
tagnes du Forez, cette température, dis-je, est moins 
froide que celle des causses de la Lozère, telle que la 
camp de lHospitalet, le causse de Sauveterre, les 
causses ou fromentals de l’Aveyron, plaines élevées 
de plus de 800 mètres au-dessus des montagnes du 
Forez, et qui cependant sont riches en blé, tandis 
que les premières ne produisent que du seigle. Et sans 
aller chercher des exemples éloignés, la plaine de Caux 
gèle quelquefois de’ plusieurs décimètres de profon- 
deur, et cependant le froment y réussit à merveille. 

J'avais durant un certain temps attribué ce phéno- 
mène au peu de fécondité du sol granitique, j’essa yai de 
semer du froment dans le jardin d’une habitation des 


( 532 ) 
montagnes; il leva parfaitement, était très-vigoureux, 
mais il périt pendant l'hiver. J’ai donc dû renoncer à 
celte idée, et ceux qui connaissent ces montagnes sa- 
vent qu'il est tel champ de granit qui renferme près de 
4o centimètres d’un humus très-fertile, qui ne le cède 
en rien pour la fécondité au meilleur sol argilo-calcaire. 

J'ai eu lieu d'observer, et à plusieurs reprises, que 
lors des premières gelées dans les sols granitiques, la 
surface de la terre se soulève de 2, 3 et même 5 cen- 
timètres de hauteur, tellement qu’en marchant dessus 
l'empreinte des pieds s’y dessine en creux, et une trace 
blanchâtre indique la rupture des petits cristaux de 
glace qui la soulevaient. 

L'examen de ce phénomène m'a fait remarquer que 
le sable formé du détritus de granits est composé de 
cristaux de quartz et de feldspath, la plupart très- 
gros, et laissant entre eux beaucoup de vide, tellement 
que leurs molécules ont peu d’adhérence, et que l’hu- 
midité n’existant jamais dans les couches supérieu- 
res, elle se réunit dans celles inférieures, et augmente 
en intensité à mesure que l’on descend plus bas : 
d’où il suit que la première couche de terre, renfer- 
mant peu ou point d'humidité, ne gèle pas, mais bien 
la couche inférieure : celle-ci, en se congelant, se dilate 
et soulève légèrement la première couche de terre; 
la gelée continue son action, et atteint l'humidité in- 
férieure, qui se consolide avec la première glace et y 
ajoute une nouvelle hauteur. Cette action se prolonge 
et finit par former à la surface de la terre une es- 
pèce d’étoffe couverte d’un poil dû à une multitude 
de colonnes de glace isolées ou groupées, la plupart 


(335) 
égèrement courbes, et ayant pour couronnement une 
petite surface de terrain : ainsi au premier coup d’œil. 
l’aspect du sol a peu changé, il faut marcher dessus 
pour s’en apercevoir. 

-Il paraît que ce soulèvement des terres par l’action 
des gelées déchire les petites racines du blé, et lui 
forme des plaies incurables à cette époque : ce qui me 
porterait à croire cette hypothèse, c’est que dans les 
pays argilo-calcaires, la terre adhérente dans toutes 
ses molécules retient l’eau dans toutes ses parties; lors- 
qu’elle gèle, tout gèle en masse, et dégèle de même, 
sans dérangement ni transposition. Le froment n’é- 
prouve donc pas dans ces terrains l’altération à la- 
quelle il est sujet dans les sols granitiques. 


Il paraît que le seigle est plus robuste, et qu'il se 
rétablit des plaies qu'il a éprouvées par la dilatation 
du terrain. J’aurais désiré pouvoir suivre ces expé- 
riences et acquérir des données plus positives : vous 
verrez cependant que l’examen du second phénomène, 
qui va nous occuper, viendra à l’appui des observations 
précédentes. 


S IL 


Je vous prie, Messieurs, de me pardonner l’excursion 
géologique que je vais faire ; elle se lie intimement à 
mon sujet. D'ailleurs parcourir les montagnes est un 
plaisir des naturalistes, et je rentre dans le domaine de 
vos affections. 


Une grande partie des montagnes basses de la France 
fut jadis couverte de bois; l’incurie, suite du désordre 
29 


(554) 
de la civilisation, et le parcours des bestiaux, ont dé- 
truit ces forêts, et elles sont pour la plupart rases. 

Telles sont les montagnes qui séparent le cours de 
la Loire de celui de PAllier, qui naissent vers Saint- 
Pierre-le-Moutier, longent Vichy, Saint-Etienne, le Puy 
et une partie de l’Ardèche. Telles sont celles qui sépa- 
rent l’Allier du Cher, sous le nom de montagnes du 
Bourbonnais, et qui s'étendent depuis Sancerre jus- 
qu’au Mont-d’Or. 

Telle est encore l'immense chaîne de la Margeride 
qui, partant depuis les hauteurs au-dessus de Lempde, 
domine Saint-Flour, et vient se terminer contre le 
piton de la Lozère, sur lequel sont appuyés les schistes 
des Cévennes. 

Ces montagnes se partagent, selon les expressions 
du pays, en herbages et en pâturages de moutons. 

Les montagnes à parcours des moutons sont en gé- 
néral couvertes de bruyères, plus ou moins denses, 
plus ou moins élevées; ce végétal y domine. Dans cer- 
taines montagnes élevées le Vaccinium myrtillus, le 
Vaccinium vitis idæa, disputent le sol à la bruyère. 
Le pied des uns et des autres est parsemé par taches 
rondes isolées, et rarement sous forme de gazon, des 
graminées suivantes : le Festuea ovina, le Festuca 
glauea, diverses Poa, et surtout le rebutant Poa ri- 
gida. Les brebis paissent ces plantes, et y trouvent un 
excellent aliment qui les fait engraisser avec rapidité 
et donne à leur chair une saveur exquise. 

Si certains cantons de ces montagnes sont calcaires, 
ils sont cultivés; s’ils sont trop élevés, ils forment des 


( 535 ) 
herbages. Enfin les pitons très-élevés et volcaniques 
sont exclusivement consacrés aux herbages. 

Dans les montagnes à herbages, on élève et engraisse 
des bœufs, des vaches, et l’on élève des chevaux; les 
moutons en sont bannis. 

Tels sont les herbages de la chaîne de l’Auvergne, 
depuis le Puy-de-Dôme jusqu’au Mont-d’Or; 

Tels sont aussi ceux d’Aubrac, de l’Ayole et ceux des 
pitons volcaniques de l’Ardèche. 

Il est important ici de ne pas confondre les monta- 
gnes secondaires, dont nous entendons parler, avec 
les hautes chaînes des Alpes et des Pyrénées; tout le 
monde sait que dans ces dernières, au-dessus de la ré- 
gion des bois, il ne reste plus sur la terre que des her- 
bes, dont le tapis se prolonge sous les neiges éternelles; 
et ce sont toujours des herbes, que la montagne soit 
calcaire ou qu’elle soit granitique : mais ce fait, bien 
loin de nuire aux observations que je me propose d’a- 
voir l'honneur de vous soumettre, vient même à leur 
appui. 

D'abord l’arbuste de la bruyère ne végète pas aux 
lieux où le bois cesse de croître; 2° dans ces régions 
élevées, les plantes qui appartiennent au sol granitique 
sont, en gramens, le Poa rigida, différens Careæ; après 
ce sont des plantes à racines pivotantes, telles que le 
Trifolium alpinum, les Hieracium, les Drias, etc. 
Ces plantes appartiennent à tous les terrains graniti- 
ques ou calcaires. 

Enfin on trouve dans certaines parties de ces hautes 
régions des pâturages excellens pour les vaches, les 

23, 


( 356 ) 
chevaux et les bœufs; cela doit être, parce que la ma- 
jeure partie des sommités des Pyrénées sont des bancs 
calcaires, comme les falaises du Calvados. 

J'ai trouvé et j'ai rapporté de la Brèche-Rolland, 
au-dessus de Gavarnie, une abondante moisson de co- 
quilles, et il est dans ces hautes régions tel banc cal- 
caire qui n'est formé que de myriades de fragmens 
de coquilles réunies par un ciment de même nature. 
Toute la différence qui existe entre le calcaire de la 
Brèche-Rolland et celui des falaises du Hâvre et de 
Dieppe, repose sur la durée du temps écoulé depuis 
leur sortie des eaux. Celles de la Brèche-Rolland sont 
sorties des premières du sein de l’onde; celles du Cal- 
vados sont sorties naguère. Les premières sont des 
marbres d’une dureté extraordinaire, les falaises du 
Calvados se coupent au couteau; mais d’ailleurs, 
même horizontalité dans les bases quand elles n’ont 
pas été dérangées, même parallélisme conservé dans 
les Pyrénées, malgré les culbutes épouvantables que 
la retraite des eaux, les tremblemens de terre et les 
cataclismes du globe leur ont fait éprouver. 

Ainsi, il n’y a point encore d’anomalie, même dans 
ces hautes régions; les détritus du granit sont recou- 
verts des graminées les plus robustes et de plantes pi- 
votantes; les seuls terrains calcaires produisent des 
herbes tendres, savoureuses, et par conséquent capa- 
bles de nourrir les grands animaux. 

Une autre contradiction semble être échappée à ma 
plume, lorsque j’ai avancé que les sols calcaires étaient 
les seuls qui pussent fournir des herbages, c’est-à-dire 


557) 
des pâturages à grands animaux, et quand j'ai cité par- 
mi ces sols ceux des montagnes volcaniques; mais cette 
contradiction n’est qu’apparente. En effet, les mon- 
tagnes ou les terrains volcaniques, soit que l’éruption 
ait eu lieu dans le granit ou dans le calcaire, sont com- 
posés d’une grande quantité de matières calcaires; et 
sans employer ici le secours de la chimie, qui, dans 
son analyse, ne peut agir que sur de petites masses, je 
prendrai mon laboratoire dans celui de la nature, j'in- 
terrogerai les grottes de ces pays et les eaux qui en 
découlent. 

Toutes ou presque toutes les grottes volcaniques. 
sont pénétrées d’infiltrations blanches, qui la plupart 
sont des infiltrations calcaires; les grottes de l’Ardèche, 
les baulmes du Languedoc et du Gévaudan, les grottes 
de l’Auvergne, en font foi. Beaucoup de fontaines, jail- 
lissant du dessous des masses volcaniques, sont char- 
gées d’une énorme quantité de carbonate de. chaux, 
et je citerai pour exemple la fontaine incrustante de 
Sainte-Alyre, près Clermont-Ferrand; je la cite parce 
qu’elle est connue de tout le monde. 

Enfin, il n’est pas un géologue qui ne sache parfai- 
tement qu’il y a fort peu de laves qui ne contiennent 
une portion plus ou moins notable de chaux. 

Je suis donc fondé à considérer les terrains volca- 
niques comme terrains calcaires, et avec cet avantage 
immense, que la matière dégagée par l’incandescence 
de la majeure partie de l'acide carbonique, est dans 
la situation la plus favorable pour s’allier à la végé- 
tation. 


( 558 ) 

Tel est le motif qui donne à ces terrains une fécon- 
dité si prodigieuse. 

Les graminées délicates, dont la nature s'approche 
de celle du triticum ou froment, n’éprouvent pas sur 
ce sol les plaies que le gonflement de la glace occa- 
sione dans le terrain granitique; ils poussent avec 
luxe et vigueur; leurs racines détruisent toutes les au- 
tres plantes, et la bruyère est reléguée par elles dans 
les sols où elle peut lutter avec avantage. Je me suis 
souvent amusé à examiner le passage du sol volcanique 
au soi granitique, et les combats qui se livrent entre 
les racines des gramens et celles de la bruyère; auel- 
ques toufles de cette dernière s'élèvent comme de 
petits îlots de bois dans les herbäges : bientôt ces 
flots deviennent plus nombreux; les bruyères se tou- 
chent, et l’on n’apercoit plus que de loin en loin des 
taches encore verdoyantes du riche tapis des prairies; 
enfin elles disparaissent, le sol ne peut plus les nour- 
rir, et la bruyère pivote à son aise sur un sol sans ver- 
dure et sur lequel on remarque de distance en distance 
les toufles arrondies et glauques des graminées qui lui 
conviennent. 

Ainsi les végétaux les plus propres à la nourriture 
des animaux ne croissent naturellement, et ne se pro- 
pagent que sur le sol calcaire; c’est lui qui est émi- 
nemment productif, et sa puissance végétative est tel- 
lement active, que partout où il se montre parmi les 
autres élémens du globe, il y est accompagné de vé- 
gétaux propres, que la nature y sème ou que l’homme 
y a colonisés. 


( 559 ) 

J'ai souvent regretté que nos voyageurs ne nous aient 
pas rendu compte de la nature du sol des défrichemens 
faits dans les États-Unis, à Cayenne, et sur les côtes 
la Nouvelle-Hollande. Je ne doute pas que l’on ne dé- 
couvre que partout où ces défrichemens ont eu lieu 
sur le calcaire argileux, ils ont été très-productifs, et 
que partout où ils ont eu lieu sur le granit, dès que la 
première couche d’humus aura été épuisée, l’établisse- 
ment aura langui. 


S FIL. 


Il semblerait naturel de conclure de ce qui a été 
dit ci-dessus, que l’application des matières calcaires 
sur les sols granitiques tendrait beaucoup à les fertili- 
ser, et en effet c’est ce que l’expérience a appris; ainsi 
lorsque l’on peut marner ces sortes de terres, elles par- 
ticipent aux propriétés des calcaires ; mais la marne 
est trop lourde pour être transportée au loin, elle 
renferme de l’argile qui n’est pas très-nécessaire dans 
les granits; les détritus du feldspath en fournissent 
assez. 

Ce serait de Ja chaux, et de la chaux cuite, qu’il 
faudrait y transporter; elle est légère et occupe un 
grand volume, susceptible d'augmenter encore beau- 
coup. 

En indiquant la chaux comme engrais des granits, 
ne croyez pas, Messieurs, que j'aie la prétention de 
vous présenter une découverte; les Anglais emploient 
depuis long-temps; déjà cet engrais contribue à chan- 
ser l'aspect d’un des départemens de la France le plus 


( 340 ) 
disgracié sous le rapport de la fécondité, le départe- 
ment des Landes. 

L'emploi de la chaux comme engrais a commencé 
dans ce département par la commune de Benquet; 
on lui doit la richesse actuelle de cette commune, et 
la famille Parix, qui a fourni un sénateur, n’a pas peu 
contribué à son succès. Vous remarquerez que le sol 
de cette commune est un terrain argilo-sablonneux, 
froid, pénétré de sources qui y percent de toutes 
parts. 

On peut alors concevoir quelle action la chaux en 
poudre a dû produire comme échauflant et comme 
absorbant l’excès d'humidité; mais ce serait une er- 
reur que de s’abandonner à cette pensée sans réserve; 
l'exemple suivant prouvera avec quelle circonspection 
il faut juger en agriculture : 

Les environs de Mont-de-Marsan, du côté de la 
srande lande, sont formés d’un sable quartzeux blanc, 
sali par quelques débris d’humus; ces terrains sont 
secs et arides; lorsqu'ils ne sont pas cultivés, ils sont 
envahis par différentes espèces de bruyères, parmi les- 
quelles la bruyère à balai se distingue par sa végéta- 
tion colossale. Dans l’un des villages de cette immense 
plaine de sable, à Campet, j'ai vu employer la chaux 
vive comme engrais sur ces terrains, et j'ai vu obtenir 
des récoltes en froment sur £es terres jusqu'alors cul- 
tivées en seigle. J’y ai vu récolter aussi du maïs. 

Ces fromens pouvaient le disputer à ceux de la Brie, 
et le maïs était superbe. 

Je dois ajouter que le cultivateur hardi qui avait fait 


( 541) 
cet essai, et dont j'ai vu la récolte sur pied, consistant 
en un sol d’environ 20 hectares, m’a dit yavoir dépensé 
près de 400 fr. pour le chauler. Il espérait en tirer des 
produits avantageux pendant quatre ans, et dès la pre- 
mière année la valeur assez élevée du froment couvrait 
sa mise dehors. 

Cette somme était considérable pour le propriétaire, 
qui était un artisan de Mont-de-Marsan. 

On voit donc par ces dernières citations que ce n’est 
pas comme échauffant et comme absorbant que la 
chaux a agi sur ces derniers terrains, c’est comme en- 
grais portant en lui-même de puissans principes de 
fécondation. 

Ainsi, Messieurs, la matière calcaire dont l’origine 
est encore un point de controverse, la matière calcaire, 
par sa calcination, a produit une substance très-avan- 
tageuse dans la société; une substance susceptible de 
s’agréger, et de former des rocs solides et indestruc- 
übles aux élémens mêmes; une agrégation dont le mys- 
ière n’est encore qu’entrevu par mon collègue M. Vi- 
cAT; une agrégation qui nous a procuré les logemens 
les plus commodes, les palais les plus somptueux, les 
défenses les plus assurées; une agrégation si puissante, 
que l’on a pu jeter d’une rive à l’autre d’un fleuve des 
rochers artificiels, rochers immenses dans leur déve- 
loppement, énormes dans leur poids, et qui le dispu- 
tent avec avantage pour la grâce et la légèreté avec les 
rochers naturels. 

Cette même substance, la matière calcaire, se re- 
trouve ici répandant la vie et l'abondance dans tous 


( 342 ) 
les sols qu’elle recouvre. C’est à elle que nous devons 
nos blés savoureux, nos vins délicats et toutes les dou- 
ceurs de la vie. 

Je laisse à vos savantes méditations le soin d’exa- 
miner avec fruit les observations qui ont servi de base 
à cette note; mes nombreuses occupations ne m'ont 
permis d’y donner qu’une attention trop légère, il me 
manquait d’ailleurs les lumières et les connaissances 
que vous possédez en agriculture pour en tirer parti, 
et je ne doute pas que si elles vous paraissent dignes 
d’être examinées, vous n’en fassiez d’heureuses appli- 
cations à l’agriculture de notre chère patrie. 


VV VUV LVL VV VV LEV VUV LVL VUUUY LA LVULUVY AR UV UUVULE/U VER 


RAPPORT 


SUR LE FOSSILE TROUVÉ AU LONG-ROCHER, DANS LA FORÊT 


DE FONTAINEBLEAU (1). 


Messreurs, au mois de septembre 1823, le colonel 
Juncker et le docteur Ganor, médecin à Moret, dé- 
partement de Seine-et-Marne, annoncèrent qu'ils ve- 
naient de découvrir dans la forêt de Fontainebleau 
un homme pétrifié, renversé en partie sur un cheval 
également pétrifié, gisant l’un et l’autre dans un vide 
naturel formé sous une masse de grès, faisant partie 
de cette grande chaîne qu’on nomme le Long-Rocher, 
et qui est située entre le hameau de Sorques et la 
portion de bois dite du Rozoir, dépendant de la com- 
mune de Montigny. 

Ceux qui revendiquent l’existence de véritables 
anthropolithes ont taxé de prime abord cette décou- 
verte d'erreur populaire, et l’ont placée d'autorité 
dans la même catégorie que la fameuse pétrifica- 
tion des schistes calcaires d'OEhningen, l’homme té- 
moin du déluge de Scaeucuzer, et les ossemens 
fossiles humains extraits d’un rocher auprès d'Aix, 
dont parlent Har»ezctus et Henckez dans la Flora sa- 
lurnisans. 


(1) Lu et approuvé en séance le 19 août 182/ 


( 544) 

D'autres, se rappelant les squelettes réellement 
humains que l’on trouve à la Grande-Terre (île de 
la Guadeloupe), englobés dans une pierre solide à 
grain serré et agrégé de la même manière que le 
grès de Fontainebleau, ont cru de bonne foi à la 
découverte de l’homme fossile du Long-Rocher, et 
en ont déterminé l'extraction. Elle fut faite peu de 
temps après par des carriers tout-à-fait inhabiles, 
avec l'autorisation des autorités compétentes, le fos- 
sile se trouvant dans une propriété de l'Etat. 

De ce moment les feuilles périodiques parlèrent 
de cette curiosité en des termes plus ou moins pom- 
peux ; elles annoncèrent même que le corps humain 
arraché aux flancs du Long-Rocher avait en partie 
conservé ses formes et des proportions parfaitement 
belles; que le cheval, de son côté, présentait une téte 
admirable. 

Une semblable annonce excita l'attention de plu- 
sieurs de vos correspondans ; quelques-uns accom- 
pagnèrent ce qu'ils vous écrivirent à ce sujet, de 
critiques judicieuses, de doutes philosophiques, et 
même de négatives absolues ; tous vous demandèrent 
des renseignemens, tous vous invitèrent « à faire l’exa- 
» men de la pétrification du Long-Rocher et à pu- 
» blier sur l’état naturel ou artificiel de cette pierre 
» un rapport détaillé pour être consigné dans vos 
» Annales. » 

Cependant, depuis près de sept mois on ne par- 
lait plus ni de l’homme ni du cheval du Long-Ro- 
cher, quand tout-à-coup, vers la fin d'avril 1524, cette 


( 545 ) 
double curiosité, devenue propriété de MM. le ca- 
pitaine Sanr-CLair et G. D'Hermirzy, fut soumise 
par M. Barruez à un examen chimique. 

Voici l'analyse du travail publié, sous la date du 
17 mai dernier, par cet habile préparateur de chimie 
à la Faculté de médecine de Paris : 

« Les fragmens d'ossemens examinés paraissent 
entièrement formés de grès, mais leur nature et leur 
couleur sont très-diflérentes de celles du rocher au- 
quel ils adhèrent. Chauflés dans un tube de verre, 
ils noircissent et dégagent une odeur empyreuma- 
tique et ammoniacale parfaitement analogue à celle 
des os que l’on soumet à la même opération. Traités 
par l'acide hydrochlorique, la plus grande masse, 
formée de grès à petits grains, ne s’y dissout pas. La 
dissolution, colorée en jaune-brunâtre, traitée par 
un excès d’'ammoniaque, donne un précipité semi- 
gélatineux, coloré par l’hydrate de peroxide de fer, 
et la liqueur reste colorée én jaune-brun. Cette 
liqueur, évaporée jusqu’à siccité et le résidu calciné 
dans un tube de verre, laisse un charbon tuméfié 
et donne de l'huile empyreumatique qui jaunit le sel 
ammoniac, qui s’est sublimé après avoir été formé 
dans les opérations. 

» Reprenant alors le précipité gélatineux obtenu 
en versant un excès d’ammoniaque dans la solution 
des os, il a été traité par le minimum possible d’a- 
cide hydrochlorique et d'alcool absolu , dans le but 
d’en séparer le fer, et il a été dissous dans l'acide 
hydrocblorique. La dissolution, traitée par l'oxalate 


( 346 ) 
d'ammoniaque, a fourni un précipité blanc d'oxalaté 
de chaux, qui, calciné, a laissé de la chaux causti- 
que. La liqueur, de laquelle on avait séparé l’oxa- 
late de chaux, ayant été évaporée jusqu’à siccité, 
et le résidu calciné jusqu’au rouge, il est resté dans 
la capsule une couche mince, transparente comme 
un vernis , attirant l'humidité de l’air, rougissant le 
papier de tournesol, et précipitant l’eau de chaux; 
qui, à son tour, saturée par l’ammoniaque, précipita 
le nitrate d’argent en jaune. » 

Ces diverses expériences prouvèrent au chimiste 
que les parties étudiées contenaient une matière or- 
ganique animale, qu'elles renfermaient en outre 
une des bases de tous Les os, le phosphate de chaux, 
et le décidèrent à déclarer publiquement (1) que La 
pétrification trouvée est réellement un fossile hu- 
main, et conséquemment une pétrification des plus 
rares et des plus étonnantes. 


Pour rendre cette conséquence plus rigoureuse, 
M. Barruez voulut encore voir, analyser et com- 
parer le rocher auquel tenait le fossile, et ce fut 
après cette nouvelle expérience qu’il attesta positi- 
vement que ce rocher, entièrement formé de grès, 
ne contient ni matière organique animale, ni phos- 
phate de chaux. 


La présence du phosphate de chaux a donc décidé 


(1) Notice sur le fossile humain trouvé près Moret, etc. Paris, 1824; 
in-8° de huit pages. 


(547) 

à cette assertion si pressante. Cependant M. Barrurr 
ne dit point sa quantité relative comparativement à 
la quantité totale de la matière analysée. Quoi qu'il 
en soit, vous savez tous, Messieurs, comme nous, 
que le phosphore n’appartient pas exclusivement au 
règne animal; il se trouve aussi, combiné avec di- 
verses bases, dans les végétaux, dans les métaux, 
et même dans les roches entières, telles que celles 
qui constituent Îles collines de Logrosan dans l’Es- 
tramadure en Espagne, de Schlakenwald en Bo- 
hème, etc. 


Quant à la matière organique, elle sera pour 
nous dans un moment l’objet d'un examen plus par- 
ticulier. 

Messieurs, en 1821 la Société Linnéenne de Paris 
a fait justice des prétendus ossemens humains de la 
butte dite des Æccoules à Marseille ; en 1822, elle a 
montré dans les hommes pétrifiés des carrières de 
Brugelettes, dans le Hainaut belge, les débris fos- 
siles de plusieurs sauriens; en mai 1823, elle a 
prouvé que les restes véritablement humains enlevés 
aux crevasses des terrains secondaires, et particu- 
lièrement à la caverne de Durfort, département du 
Gard, étaient recouverts d’une incrustation calcaire 
d'une époque très-peu reculée, et qu'ils avaient été 
déposés dans ces lieux comme dans un ossuaire (1). 


(1) Ces sortes d’incrustations sont dues à des infiltrations analo- 
gues à celles qui produisent les stalactites. La plus intéressante est 
celle d’une tête humaine recouverte d’une couche d’albâtre qui est 


(348 ) 
En 1824, la Société Linnéenne devait de même ré- 
pondre aux nombreuses questions de ses correspon- 
dans, puisqu'ils vous appellent, Messieurs, à pro- 
noncer sur le fossile du Long-Rocher, aujourd'hui 
transporté à Paris. 

Vous avez en conséquence nommé une commis- 
sion spéciale pour faire cet examen. Les proprié- 
taires actuels ont été prévenus de cette décision, et 
le 20 juillet, deux jours avant l'exposition publique, 
ils nous ont, avec une obligeance toute particulière, 
donné les facilités nécessaires pour remplir conve- 
nablement notre mission. 

L'homme du Long-Rocher, nous déclarèrent-ils, 
était fixé à une masse de grès au-dessus d’un vide 
formé par l’éboulement de la terre noire et du sable 
blanc sur lesquels repose encore partie de cette 
masse. Dans le salon d'exposition où on le montre, 
le fossile est étendu tout de son long, couché sur le 
côté droit, ayant moitié de la face et du corps ca- 
chée sous le bloc pierreux. Les formes de la tête, 
du bras gauche, de la colonne vertébrale, du sternum 
et des cuisses, sont plus ou moins apparentes; les jam- 
bes, perdues en grande partie sous la masse, parais- 
sent appuyées sur un cheval , dont on ne voit que 
la tête et une portion du col. Rien n’annonce que 
le ciseau ait aidé à l'illusion, mais nous sommes lom 
d'avoir vu des os, des formes et des proportions 


sous vos yeux. Elle provient de la collection de Rom pe Lisce, et 
fait aujourd’hui partie de celle de M. Gizrer-nEe-LAumonr. 


(549) 
parfaitement belles; le bras seul ressemble assez à 
un bras humain; le coude est bien formé, l’avant- 
bras est arqué comme dans la nature. En frappant 
sur ces différentes parties, nous avons reçu un son 
sourd , tandis qu'il est sonore dans-les roches voi- 
sines. 

Sur notre demande, les propriétaires nous ont 
donné des fragmens de leur fossile, pris en divers 
endroits, tous enlevés à la surface et voisins de ceux 
remis à M. Barnuez; votre Commission désirait ré- 
péter son analyse chimique. 

Les fragmens obtenus présentaient une surface 
raboteuse, très-dure, rayant le verre, et d’un brun 
très-foncé. Leur cassure étail luisante, principale - 
ment dans la partie supérieure, colorée en brun. 
Cette couleur diminuait d'intensité à mesure qu’elle 
pénétrait dans l’intérieur. La masse était toute for- 
mée de grains de grès pulvérulens, qui n’avaient 
entre eux d'adhérence que par la silice qui les péné- 
trait dans la partie extérieure seulement. 

Avant de procéder à l'analyse, nous avons chauflé 
dans un tube de verre une partie de ce grès, qui a 
noirci, et qui a donné un peu d’eau roussâtre, mais 
nous n'y avons point reconnu une odeur empyreu- 
matique et ammoniacale aussi prononcée que celle 
qu’exhalent les os soumis à la même opération. 
Nous avons voulu savoir si la matière colorante du 
grès était soluble dans les alcalis, et nous en avons 
acquis la certitude. 

Dix grammes de la portion du fossile, analysés 


2} 


( 550 ) 
par les mêmes procédés que ceux employés par 
M. Barruez, nous ont donné pour cent parties : 

Sable insoluble dans l'acide hydrochlorique. 97 

Matière soluble dans le même acide (par 

différence} 16.017002 18e 0. .-03 

Les trois parties de substance soluble ont donné 
un vingt-cinq pour cent de charbon. Dans cette ex- 
périence, le sel ammoniac obtenu était un peu co- 
loré en jaune. Le surplus n’a présenté que du fer et 
une très-légère trace de chaux. Nous y avons vaine- 
ment cherché l'acide phosphorique. 

Cependant, pour nous assurer plus directement 
de la présence du phosphate de chaux trouvé par 
M. Barruzz, (qui n’en indique point la quantité,) 
une partie de la croûte obtenue du fossile a été trai- 
tée avec du carbonate de soude pur, dissoute dans 
l'eau, filtrée afin de séparer la silice, évaporée à sic- 
cité, puis décomposée par l'acide acétique, évaporée 
de nouveau à siccité, et reprise par l'alcool concen- 
tré, afin de dissoudre l’acétate de soude. Le résidu, 
à peine sensible, insoluble dans l'alcool absolu, dis- 
sous dans l’eau , n’a donné qu'un très-léger précipité 
par un sel de chaux : par le nitrate d'argent, nous 
n'avons de même obtenu que des traces d’un préci- 
pité jaunâtre. 

Il nous restait à savoir si le fossile pouvait donner 
de l’'ammoniaque. Pour arriver à ce but, nous en 
avons calciné une certaine quantité dans une petite 
cornue, et nous avons fait passer les gaz dans l'eau 
distillée. Cette eau, qui nous a paru n'avoir des ca- 


( 991 ) 

ractères alcalins que très-faibles, a pris une lésère 
nuance gris-brun , et a dégagé une odeur empyreu- 
matique et ammoniacale fortement caractérisée. Sur- 
saturée par l'acide hydrochlorique pur, cette même 
eau a été évaporée à siccité, et après y avoir ajouté 
de la chaux caustique et quelques gouttes d'eau, il 
s'est dégagé une odeur ammoniacale très-prononcée, 
et nous avons reconnu la présence réelle du gaz am- 
moniac par les vapeurs blanches qui se sont formées 
du moment même où nous en approchâmes un tube 
de verre trempé dans l'acide hydrochlorique. 

Dans le col de la cornue il s'est déposé quelques 
gouttelettes d’une eau roussâtre qui avait des ca- 
ractères alcalins. 

Comme vous le voyez, Messieurs, nos expériences 
nous donnaient à peu près les mêmes élémens obte- 
nus par M. BarrueL, à l'exception du phosphate de 
chaux, qui, s’il existait dans les morceaux que nous 
avons analysés, ne s’y trouvait que dans des propor- 
tions trop minimes pour être pris en considération, 
Le problème n'était donc point résolu, la difficulté 
demeurait donc la même. C’est là cependant que s’ar- 
rétèrent tous ceux qui se sont, dans le même temps 
que nous, occupés du fossile du Long-Rocher. Aussi, 
loin d’être satisfaits, nous avons pensé qu’il nous fal- 
lait aller puiser de nouvelles lumières aux lieux mé- 
mes de la découverte. Dans les investigations scien- 
tifiques, il faut , toujours escorté par le doute, creuser 
devant soi, chercher à s’entourer du plus de faits 
possible, et ne rien négliger pour arriver à la vérité : 


( 552 }) 

ce n'est que par ce moyen que l’on peut être vérita- 
blement utile. Déposer le sceptre de la science devant 
un seul fait, c’est préparer le triomphe de l'erreur. 
D'ailleurs, Messieurs, en nous honorant de votre 
confiance, il était de notre devoir, pour y répondre 
de notre mieux, de vous montrer que nous n'avons 
point agi légèrement, encore moins cédé à une pré- 
venlion toujours fâcheuse, ou bien aux lois plus ou 
moins arbitraires de systèmes que le temps, notre mai- 
tre à tous, et les progrès futurs des sciences renver- 
seront tôt ou tard. Nous partimes en conséquence, 
le 3 août, pour Fontainebleau, et le lendemain, dès 
le matin, nous étions au Long-Rocher. 

Avant de parler de nos recherches sur ce lieu, il 
n'est pas inulile de jeter un coup d'œil sur l’ensemble 
de la forêt de Fontainebleau : ces considérations, 
comme vous le verrez, Messieurs, se lient essentiel- 
lement à notre travail. 

Le sol de la forêt de Fontainebleau est d’une nature 
sablonneuse, légèrement calcaire; il est sillonné par 
des espèces de vallées assez profondes, plus ou moins 
larges, ouvertes aux deux extrémités et courant dans 
la direction du sud-est au nord-ouest. Les collines 
qui en résultent sont parallèles entre elles, et pour la 
majeure partie composées de couches alternatives de 
sable blanc et de grès dur, très-homogène, qui repo- 
sent sur le calcaire siliceux. En plusieurs points cette 
formation marine est recouverte par le calcaire d'eau 
douce. Les pentes plus ou moins rapides de ces col- 
lines présentent des blocs de grès quelquefois très- 


( 355 ) 

volumineux et fort élevés, tantôt implantés à une 
profondeur considérable dans le sable ou dans une 
terre noire, le plus souvent cachée sous une couche 
de sable mouvant; tantôt isolés, détachés du plateau 
supérieur et comme roulés; tantôt enfin confusément 
entassés les uns sur les autres, brisés en gros frag- 
mens ou bouleversés de mille manières ; formant des 
vides, des antres et même des espèces de grottes de 
hauteur et de profondeur diverses. Dans leurs irré- 
gularités, ces masses présentent des figures plus ou 
moins bizarres. La plupart de leurs angles et de 
leurs arêtes sont arrondis et contournés comme s'ils 
avaient été corrodés par les eaux. Ce phénomène est 
surtout très-sensible sur la ligne dite le Long-Ro- 
cher, particulièrement dans sa partie la plus voisine 
de Montigny. 

Les grès de Fontainebleau sont composés de grains 
arénacés, rapprochés et réunis en masse compacte 
par un ciment très-tenu, que certains auteurs ont 
nommé suc lapidifique. Ts ne sont calcaires que dans 
quelques localités. Dans d’autres, ils contiennent des 
vestiges de corps marins, quoique Lassonr nie posi- 
tivement ce fait (1). L'un de nous, M. Gicer DE Lau- 
monr fils, a trouvé, en 1819, des moules intérieurs 
de coquilles bivalves, des cythérées entr’autres, qu'il 
a ramassées sur la la pente du Mont-Souris, colline 
située près de Milly, à l’ouest de Fontainebleau (2); 


(1) Mémoires de | Académie des sciences de Paris, année 1774, 
pag. 212. 


(2) A cette même époque, M. Gizxet DE LAUMONT en a remis à 


24 * 


(354) 
mais sans pouvoir s'assurer qu’elles fussent là parfai- 
tement à leur place primitive. 

En étudiant ces masses nous avons remarqué , 
10 qu'elles offrent, pour la plupart, comme le fos- 
sile du Long-Rocher, des trous de quelques millimè- 
tres de diamètre, dont la profondeur varie et dépasse 
le plus souvent 1 mètre; 20 qu’elles sont, comme lui, 
recouvertes d'une espèce de croûte siliceuse, d'un 
à 7 millimètres d'épaisseur, ayant l'apparence d'un 
vernis plus ou moins brillant et dont la surface pré- 
sente quelquefois beaucoup d’aspérités ; 30 et qu’elles 
rendent des sons plus ou moins sonores, sous la per- 
cussion du marteau. Les trous dont nous venons de 
parler ne sont point, comme on l'a dit, le travail 
d’abeilles souterraines; ils sont plutôt dus à l’action 
des eaux qui séjournèrent sur ces blocs quand ils 
étaient dans une tout autre position que celle où 
nous les voyons aujourd’hui. Quant à la croûte sili- 
ceuse, elle avait déjà frappé Lassone, mais seule- 
ment pour les carrières en exploitation et sur la sur- 
face des rochers d’où l’on a détaché des blocs. Cette 
croûte, selon lui, se forme au bout de quelque temps, 
et Burron en attribua la cause à un fluide qui trans- 
sude de l’intérieur à l'extérieur de la pierre, ce qui 
ne nous paraît pas très-probable. 

Ce premier examen nous détermina à déchirer, 
tant supérieurement qu'inférieurement, les flancs du 


00 oo 


MM. Beunanr et BronenrarT. Il vous en a depuis donné pour vos 
collections. 


( 355 ) 
bloc du Long-Rocher, d’où l’on avait pour ainsi dire 
exhumé le fossile. Sur la portion enlevée à la partie 
même contre laquelle il était fixé, nous avons re- 
marqué des empreintes qui variaient de formes et 
de figures, à mesure que notre, ciseau enlevait de 
nouveaux éclats, de nouvelles couches. 

Les croûtes que nous avons eues de la partie su- 
périeure du fossile nous ont offert à la surface des 
teintes plus ou moins profondes, plus ou moins in- 
tenses, variant depuis le noir-brun jusques au rouge 
d’ocre, et constamment recouvertes de la matière 
siliceuse. Nous les avons retrouvées ces teintes, sui- 
vant toujours les contours des rochers, non-seule- 
ment au Long-Rocher, mais encore sur des grès par 
nous cassés à des distances très-éloignées les unes des 
autres, tels que sur les hauteurs de Za Solle, au ro- 
cher Saint-Germain, à celui de Bellecroix, à celui 
de Bonsecours , etc. Nous en avons eu même qui ont 
été enlevés aux blocs destinés à la construction du 
pont de Valvins, qui présentent les mêmes phéno-: 
mènes. 

Ces grès colorés, réduits en poudre et traités par 
lammoniaque liquide, lui abandonnent de suite et 
complétement leur couleur : le grès redevient sem- 
blable à la couche non imprégnée de la matière or- 
ganique colorante. La liqueur obtenue, saturée par 
l'acide hydrochlorique, évaporée à siccité et dis- 
tillée en vase clos, donne pour résultat du charbon 
qui fuse avec le salpêtre. 

Les alcalis et les carbonates alcalins décolorent 


( 396 ) 
également le grès brun, ainsi que la terre noire des 
collines. Cette matière colorante est en partie préei- 
pitée des dissolutions alcalines par l'acide hydro- 
chlorique. 

Le gaz dégagé, par la calcination en vase clos, 
d'un morceau de grès coloré en brun foncé, prove- 
nant des carrières de la Solle (1), n’a point fait varier 
dans sa couleur l'eau distillée, comme dans l’expé- 
rience semblable sur un fragment du fossile. Elle avait 
bien une odeur empyreumatique et ammoniacale 
analogue, mais beaucoup moins forte. Cette même 
eau, soumise aux pareils essais que ceux faits sur les 
fragmens du fossile, nous a donné, par la chaux 
caustique, une odeur ammoniacale très-prononcée, 
et il s’est formé de même des vapeurs blanches à 
l'approche d’un corps trempé dans l'acide hydro- 
chlorique. 

Ces résultats constamment les mêmes , quand ce 
n'est point le fer seul qui colore la masse, ont dé- 
terminé l’un de nous, M. Gare pe Laumonr fils, 
à donner suite et même étendre les recherches qu'il 
fait sur la partie colorante des diverses sortes de 
grès, et pour lesquelles il a déjà réuni des matériaux 
nombreux, pris dans des localités diflérentes. 

Maintenant, Messieurs, vous nous demanderez 
notre opinion sur le fossile du Long-Rocher : nous 
allons vous la dire sans détour. La vérité fut tou- 


(1) Elles sont à quatorze kilomètres (trois lieues un quart) du Long- 
Rocher. 


(557 ) 
jours notre: loi suprême ; le bien de la science sera 
toujours le terme de nos opérations. 

Cette espèce d'Anthropomorphose est pour nous 
une simple curiosité, ou, si vous aimez mieux, un 
monument singulier, et elle sera toujours telle à nos 
yeux tant que la scie ne nous aura point révélé ce 
que renferme son intérieur. Elle peut recéler Îles 
restes d'un homme : ce ne serait point la première 
fois que l’on trouverait des corps humains conservés 
dans le sable. Vous avez sous les yeux en ce moment 
le bras d’une femme, où l’on retrouve toutes les 
parties internes et externes, qui a été enlevé, avec 
beaucoup de corps humains, il y a une quarantaine 
d'années, à une couche de sable sous la nef d’une 
grande église encore existante à Toulouse (1). L’un 
de nous a vu, dans Paris, le corps entier d’un homme 
ramassé, en 1797, sous une masse de sable déposée 
par le Rhin, près de Coblentz. Et non loin de la forêt 
même de Fontainebleau, au pied d’une roche située 
dans une plaine entre Noisy et le Vaudoué, n’a-t-on 
pas, vers l’an 1794, arraché aux sables le corps d’une 
jeune fille du village de Noisy-sur-Ecole, qui avait 
disparu de sa famille depuis quelques années ? Ce 
corps, réduit à l'état de momie naturelle, encore 
revêtu de ses habillemens, de ses souliers, fut aisé- 
ment reconnu, et l’on s'aperçut qu'il avait péri sous 
le fer d'un vil assassin. 


(1) Parmi ces corps, il y en avait quelques-uns d’habillés; ils ont 
clé vus par M. Gizzer ve Laumonr pêre, et depuis transportés dans 
un caveau, 


(358) 

La croûte siliceuse qui recouvre le fossile du 
Long-Rocher a pu porter le sable pulvérulent, que 
l'on trouve immédiatement sous elle, à se mouler 
avec une sorte de précision sur les formes du ca- 
davre qu’il cache : mais ceci n’est qu’une conjecture, 
que la section seule du bloc peut détruire ou con- 
firmer. 

Ce qu'il y a de très-évident pour nous, ce sont les 
faits suivans : 1° La portion du rocher à laquelle 
l'anthropomorphose était fixée n’a pas toujours été 
dans sa position actuelle, et ce qui nous le prouve 
c’est l'existence des cavités que l’on voit à l’avant- 
bras du fossile, et dans lesquelles on introduit un cha- 
lumeau de dix-huit à vingt centimètres. Ce premier 
fait nous est confirmé partout où les roches sont en- 
core en place. Les trous qu’on y rencontre, en plus 
ou moins grand nombre, sont tous verticaux : on 
peut s’en assurer en visitant attentivement le plateau 
de la butte du Haut-Mont, où les grès n'ont point 
été bouleversés. 

20 La partie colorée du fossile, ainsi que de pres- 
que tous les grès de la forêt de Fontainebleau, est 
due à une substance qui a pénétré la croûte supé- 
rieure ; elle ne vient point de l'intérieur. Dans ce 
dernier cas, elle devrait se montrer d'autant plus in- 
tense, qu’on approcherait davantage du centre, ce 
qui n’est point, partout où nous avons pu tailler et 
sonder librement. 

30 Cette partie colorée est presque partout mise à 
l'abri du contact de l'air et de l'influence des intem- 


( 359 ) 
péries des saisons par une couche siliceuse, plus ou 
moins épaisse. 

4° Cette partie colorée nous paraît être une dé- 
composition de corps organiques, en d’autres ter- 
mes’, un mélange de détritus d'insectes et surtout de 
mousses, de lichens membraneux, de champignons, 
de petites bruyères et de gramens, dont on trouve 
des débris et même des empreintes plus ou moins 
distinctes sur les masses des grès que nous avons 
étudiées. 

L’antique origine que l'on attribue à l’anthropo- 
morphose du Long-Rocher, et que l’on dit Bien an- 
térieure à la dernière catastrophe qui a bouleversé 
la surface de nos contrées, est une véritable exagé- 
ration. D'abord, aucun fossile humain ne s’est encore 
rencontré parmi les innombrables débris de l’ancien 
état de notre planète. En second lieu, ainsi que 
ScaLortTariM et M. Cuvier l'ont fort bien remar- 
qué, les pétrifications sont infiniment rares dans les 
grès, surtout dans ceux de dernière formation ma- 
rine du genre de ceux qui constituent le sol très- 
tourmenté de la forêt de Fontainebleau. Enfin, la 
substance organique qui se voit sur le fossile du 
Long-Rocher et sur presque tous les grès de Fontai- 
nebleau , en admettant qu'elle est ancienne, ne re- 
monte pas à l'époque plus antique où les roches ont 
été arrondies; elle serait même très-postérieure à 
cette époque si, comme l’a fait observer Lassowr, la 
croûte siliceuse qui les recouvre se forme assez vite 
sur les grès mis à découvert. 


( 360 ) 

Un dernier point nous reste à expliquer, c'est ce- 
lui de la différence du son que l’on obtient quand 
on interroge le fossile du Long-Rocher et les blocs 
de grès qui avoisinent le lieu d’où on l’a arraché. Le 
son, ainsi que nous l’avonsdit, est sonore sur les ro- 
ches, et sourd sur l’anthropomorphose. Nous pen- 
sons que cette différence provient de ce que l'inté- 
rieur de cette dernière est à l’état pulvérulent, et 
que la croûte siliceuse, plus dense, qui lui sert d’en- 
veloppe , ne fait pas complétement corps avec le 
grès. 

Tels sont, Messieurs, les résultats de nos recher- 
ches ; puissent-ils satisfaire à vos vues, répondre aux 
questions de vos correspondans, et vous être un nou- 
veau gage de notre bonne foi dans les investigations 
auxquelles nous nous livrons! 


Paris, ce 14 août 1824. 


DESCOURTILZ, d. m. p. 
GILLET DE LAUMONT fils. 
THIÉBAUT DE BERNEAUD, rapporteur 


AA VA VU DU UE UV LEUR AVAL LU AB LULU VE LUE LU UV 


OBSERVATIONS 


Sur les ossemens humains découverts dans les 
crevasses des terrains secondaires, et en parti- 
culier sur ceux que l’on observe dans la ca- 
verne de Durfort, département du Gard; par 
M. Marcez DE SERRES, correspondant à Mont- 


pellier. 


Ad hoc usque tempus, anthropolithi veri non- 
dum inventi sunt. (Sormmerine, De corports 
human: fabrica, tom. T, pag. 90.) 


LA question de savoir s’il existe ou non des traces 
de l’espèce humaine à l’état fossile a occupé de tout 
temps les naturalistes. Les anciens observateurs ont 
cru pouvoir la résoudre d’une manière aflirmative, en 
prenant pour des ossemens humains différens débris 
d’animaux étrangers à notre espèce, et parmi les mo- 
dernes, ceux qui ont admis l'existence de l’homme 
fossile, semblent s'être mépris sur ce que l’on doit en- 
tendre par le mot fossile. C’est donc pour ramener 
cette question à son véritable point de vue, que nous 
avons cru utile de soumettre les réflexions suivantes 
au jugement des géologues. 

M. Cuvier a démontré depuis long- temps que les 
groupes d'ossemens rapportés par SPALLANZANE, de l’île 
de Gerigo, appartenaient à des baleines, et que l’homo 

29 


(abs y. 
diluviitestis de Scnevenzer n’était qu’un protée de taille 
gigantesque et d'espèce inconnue. Il a également fait voir 
que les os et ouvrages humains découverts à Canstadt 
y avaient été recueillis sans que l’on tint compte des 


ES 


circonstances géologiques de leurs dépôts, et que dès 
lors on ne pouvait rien en induire. D’après ces faits, 
cet habile et profond observateur en a conclu que les 
véritables os d'hommes découverts dans différens points 
du globe étaient des restes de cadavres tombés dans 
des fentes, ou enterrés dans des anciennes galeries et 
recouverts d’incrustations, et qu’il en était de même 
des objets de fabrication humaine. Ainsi, d’après lui, 
les restes de notre espèce n’existeraient point dans 
les pays où se découvrent les os fossiles; point de fait 
auquel on aurait pu également arriver, en observant 
que la vie avait marché sur cette terre du simple au 
composé, et que les fossiles s’arrêtant aux quadru- 
manes, il était à présumer que l’espèce humaine n’a- 
vait point péri avec les animaux que nous découvrons 
à l’état fossile dans les continens qui sont hors du sein 
des eaux. 

Tel était à peu près l’état de la question , lorsqu'on 
découvrit à la Guadeloupe des squelettes humains qui 
ne pouvaient laisser le moindre doute sur l’espèce à 
laquelle ils avaient appartenu. Les seules circonstances 
géologiques pouvaient donc permettre de décider si 
ces squelettes, découverts au milieu d’une masse fort 
dure et assez compacte, étaient fossiles ou non ? 

Ces os humains, enveloppés par un calcaire très- 
hétérogène, conservent leur célatine et leur phosphate 
de chaux. La pierre, à la surface de laquelle ils sont 


( 565 ) 

incrustés, est composée de petits grains calcaires blancs 
et rouges, unis par un ciment calcaire très-dur. On a 
cru reconnaître dans les grains rouges des fragmens 
de Millepora miniacea de Paris. On voit aussi dans 
cette roche quelques fragmens de coquilles et de ma- 
drépores. D’après ces faits, ces ossemens ne seraient 
point enveloppés par une couche ancienne et régu- 
lière, mais bien par une incrustation locale et mo- 
derne. Ge qu’on sait de leur position achève de donner 
à cette opinion une entière vraisemblance ; car, quoique 
ces squelettes soient en assez grand nombre, ils ne sont 
qu'à demi enclavés dans la substance calcaire madré- 
porique qui les enveloppe, et à une hauteur si peu 
considérable au-dessus du rivage, que les grandes ma- 
rées les recouvrent d’une manière régulière. D'ailleurs 
la présence des nombreux volcans que l’on voit à la 
Guadeloupe, et l'influence qu'ils exercent sur la na- 
ture des terrains qui les environnent, pourrait bien 
avoir été la cause de la roche calcaire très-hétérogène 
qui enveloppe ces squelettes, dont certains paraissent 
avoir été altérés par la même cause. 

Cette découverte ne prouve donc pas qu’il existe 
des ossemens humains dans des couches régulières 
d’ancienne formation, qui n’ont pas été remuées par 
les mains de l’homme; bien entendu que nous ne re- 
gardons pas comme couches régulières les stalactites 
ou les tufs qui se forment journellement par les dépôts 
de certaines eaux, el qui enveloppent quelquefois des 
os humains, comme cela est arrivé à ceux de la grotte 
de Durfort, dont nous parlerons plus tard. 

Depuis la découverte des squelettes humains de la 

29, 


( 564 ) 

Guadeloupe, M. Scazorrn£in a annoncé que dans les 
formations du gypse secondaire ancien, subordonné 
au calcaire secondaire ancien de Koestriz en Saxe, soit 
dans les crevasses et les cavités qui s'étendent en tout 
sens dans la masse du gypse, soit dans les terres glaises 
qui remplissent ces crevasses, l’on trouvait par nids, 
et dans des circonstances parfaitement semblables, 
une multitude d’ossemens d'animaux terrestres, parmi 
lesquels il a reconnu des ossemens humains. 

Ces derniers ne se rencontrent guère, d’après ce que 
lui ont rapporté les ouvriers, au-dessus d’une profon- 
deur de 3 mètres et demi à 10 m. On lui a encore assuré 
que ces ossemens humains avaient été trouvés jusqu’à 
présent de la même manière que les ossemens des au- 
tres animaux, c’est-à-dire, qu’on rencontre des os dif- 
férens en petits amas, sans qu’ils forment un squelette 
au milieu de la terre glaise qui remplit les crevasses 
et les autres cavités. d 

Les autres animaux terrestres que l’on découvre 
dans ces crevasses sont, d’après le même observateur : 

1° Des os de ruminans, parmi lesquels on découvre 
principalement des bois de cerf incrustés de parties 
calcaires ; 

2° Des ossemens appartenant à des animaux voisins 
du mouton et du chevreuil, quoique non identiques 
aux espèces vivantes; 

5° Des ossemens d’un animal très-voisin de l’écu- 
reuil, mais paraissant différer de l’espèce actuellement 
existante ; 

4° Des ossemens d’une espèce de souris qui pa- 


raît appartenir au Aus terrestis, très-semblable à celle 


( 565 ) 
décrite par M. Guvier, comme se trouvant dans les 
brèches osseuses de la Corse: 

5° Une quantité d’os de petits quadrupèdes très- 
ressemblans aux genres des Sorex, Vespertilio et 
Talpa, mais qui en diffèrent essentiellement ; quelques 
os semblables aux os des couches de tuf de Meissen, 
où l’on rencontre, comme à Koestriz, des ossemens 
d'espèces de grenouilles fort grandes ; 

6° Des ossemens d’oiseaux appartenant à des gallina- 
cées et à des palmipèdes, qui paraissent différer un 
peu des espèces vivantes. Ces os sont très-peu altérés 
et paraissent fort anciens, quoique moins incrustés de 
parties calcaires que les bois de cerf, 

M. Scazorrueim a conclu de ces faits que les osse- 
mens humains découverts dans les fentes des gypses 
étaient réellement fossiles, et contemporains des au- 
tres os avec lesquels ils se trouvent, et qu'ils ont été 
amenés et déposés par les eaux qui ont formé les atté- 
rissemens ou les alluvions qui recouvrent les roches 
secondaires de cette contrée. Il convient cependant 
qu’il est encore nécessaire d'examiner de plus près si 
celte opinion est la plus vraisemblable, ou s’il faut ad- 
mettre que diverses causes aient produit un mélange 
d’ossemens provenant de diverses époques (1). 

Le même doute n’a point été partagé par M. »'How- 
gres-Finmas au sujet des ossemens humains que l’on 
découvre dans une petite caverne des environs de 


(1) Nous croyons inutile de parler ici du prétendu fossile humain 
découvert dans les grès de Fontainebleau, puisque la Société en a 


£ait le sujet d’un rapport spécial inséré plus haut, page 333. 


( 366 ) 

Durfort, dans le département du Gard, puisque l’on a 
intitulé les observations où ces ossemens ont été décrits : 
Notice sur des ossemens humains fossiles (1). Ayant 
visité cette grotte en 1818, et y ayant recueilli un assez 
grand nombre d’ossemens humains, j’étais loin d’ima- 
giner que, d’après les circonstances de leur gisement, 
on püût les considérer comme fossiles. Des géologues, 
tels que MM. Gazzora, Licnrensrein, Brocuanr et le 
professeur JAN DE Pare, avaient eu la même pensée, 
en voyant dans mes collections les nombreux ossemens 
humains que nous avions recueillis, M. le docteur Sa- 
LeNDRe, de Saint-Hipolyte, et moi, dans les grottes de 
Durfort. Cependant comme on a paru considérer ces 
débris comme fossiles, débris qui, sans aucun doute, 
ont appartenu à des hommes de la race blanche ou 
caucasique, nous avons cru utile, dans l’intérêt de la 
science, de relever une opinion qui pourrait induire 
les géologues en erreur, et ne pas devoir attendre l’é- 
poque où nous pourrons publier nos voyages géolo- 
giques dans les Cévennes. 

Pour mieux nous faire saisir, nous ferons quelques 
observations sur les débris des corps organisés que l’on 
peut considérer comme fossiles. 

On a assez généralement donné le nom de fossiles 
aux dépouilles des corps vivans altérés par un long sé- 
jour dans la terre ou sous les eaux, mais dont la forme 
et l’organisation étaient encore reconnaissables. 

Cette définition du mot fossile ainsi concu ne pa- 
rait pas tout-à-fait exacte, puisqu'elle suppose une 


(1) Bibliothèque universelle, cahier de mai 1827, pag. 35 


( 507 ) 

altération qui peut ne pas avoir eu lieu et les corps n’en 
être pas moins d’une date antérieure à l’existence des 
causes actuelles, et devant par cela même être com- 
pris avec les débris des corps vivans les plus décidé- 
ment fossiles. Seulement l’altération plus ou moins 
grande de la substance animale, et surtout sa dispari- 
tion totale, sert d'indice à l’âge relatif des divers osse- 
mens enfouis dans la terre; et même lorsque cette 
matière animale manque totalement, il paraît que les 
os où elle ne se trouve plus ont été déposés avant l’exis- 
tence des causes actuelles. Mais lorsque les corps or- 
ganisés conservent leurs principaux tissus organiques, 
ou que leurs os n’ont point perdu leur matière ani- 
male , les circonstances de leur gisement sont essen- 
tielles à connaître, pour décider avec certitude si ces 
corps organisés sont fossiles où non, ou, en d’autres 
termes, s’ils appartiennent ou non aux temps actuels, 
la conservation ou la non altération du tissu organique 
ne nous apprenant rien dans certaines circonstances 
sur la date à laquelle ces corps organisés non altérés 
ont pu être détruits; et cependant la date est ici ab- 
solument nécessaire pour décider s'ils sont fossiles 
ou non. 

Pour rendre ceci plus clair, citons quelques exem 
ples. Les observateurs qui ont défini le mot fossile, 
dans le sens que nous venons de rapporter, ont pour- 
tant rangé parmi eux le mammouth et le rhinocéros 
trouvés presque entiers dans Îles régions polaires, et 
si peu altérés, que leurs chairs, leurs poils étaient 
parfaitement conservés. D’un autre côté, ces mêmes 
physiciens n’ont point considéré comme fossiles les 


( 368 ) 
squelettes humains découverts sur les côtes de la Gua- 
deloupe, au milieu des masses calcaires qui renferment 
des madrépores et des coquilles marines. 

Cependant, d’après la définition adoptée, les der- 
niers de ces débris devraient plutôt être considérés 
comme fossiles que les premiers, puisqu'ils sont telle- 
ment altérés qu'ils ne conservent plus que leurs par- 
ties solides, et qu'ils sont enveloppés par une matière 
calcaire assez compacte qui ne peut s'être formée que 
successivement et après leur dépôt (1). De même, les 
insectes contenus dans le succin, et qui sont des dépôts 
antérieurs à l’ordre des choses actuelles (car le succin 
est aux insectes qu'il renferme, ce que les glaces sont 
aux animaux qu’elles ont conservés), ne pourraient 
pas non plus être considérés comme des fossiles, tandis 
qu’on l’admettrait pour certains débris de corps orga- 
niques qui, à moitié détruits et altérés, sont recouverts 
par des dépôts calcaires ou autres, et composent des 
tufs plus ou moins abondans. 

D’après ces faits, il faudrait restreindre la définition 
du mot fossile dans un sens et l’étendre dans un autre. 
Aussi cette dénomination devrait être bornée aux corps 
organisés, ou à leurs dépouilles, ou à leurs débris en- 
fouis, soit dans les couches vieilles et solides de la terre, 
soit dans l’intérieur des eaux, soit enfin répandus sur 
la surface des continens, par des alluvions ou par toutes 


a ———_—_——_—_——— 


(1) Si nous avions pu nous procurer quelques débris de ces osse- 
mens humains de la Guadeloupe, nous aurions répété l'analyse qui 
en a été faite, afin de nous convaincre par nous-mêmes s'ils ren- 
ferment de la gélatine ou toute autre matière animale. Nous n'avons 


pourtant aucun doute qu'il en soit ainsi. 


( 569 ) 
autres causes, pourvu toutefois que celles qui les ont 
ensevelis, ou transportés, soient antérieures à l’exis- 
tence des causes actuelles. 

La dénomination de fossile ne doit donc pas être 
considérée comme synonyme de pétrification; car tous 
les corps qui ont existé et qui ont subi l’effet des 
grandes causes qui ont bouleversé l’écorce de notre 
planète, ont pu, lorsque leurs débris se sont conservés 
de quelque manière que ce soit, passer à l’état fossile 
dans le sens où nous l’entendons, mais tous n’ont pas 
pu devenir de véritables pétrifications. En effet, l’on 
ne doit, avec DAuBENToN, considérer comme suscep- 
tibles de se pétrifier, que les corps qui, étant en partie 
solides et en partie cartilagineux, sont devenus tout- 
à-fait solides par la perte de leur substance animale, 
et se sont empierrés, si l’on peut s'exprimer ainsi. Les 
squelettes des animaux vertébrés, et le têt solide de 
certains mollusques, crustacés, radiaires et zoophytes, 
sont aussi les seules parties des animaux qui peuvent 
se pétrifier, ou permettre cette substitution d’une mo- 
lécule inorganique à une molécule organique. Les au- 
tres parties des animaux n’en sont pas plus suscepti- 
bles que les tissus organiques des végétaux, puisque 
les uns et les autres n’ayant rien de solide dans leur 
charpente, peuvent bien servir de linéament à la sub- 
sitance solide qui tend à leur succéder, mais ne peu- 
vent se pétrifier eux-mêmes, ou passer, en conservant 
une partie de leur tissu, à un état plus solide. 

L’aliération ne décide donc pas toujours si un corps 
est ou non à l’état fossile: elle nous apprend seulement 
quel était Pétat ou le tissu de ce corps, et lorsqu'il 


( 570 ) 

n'en reste plus que la forme, on peut présumer, sans 
rien généraliser cependant, que le corps organisé ne 
renfermait point de matière solide. Il n’en est pas 
de même des pseudo-morphes, ou des substitutions 
d’une matière organique en une matière inorganique, 
substitutions qui se sont opérées dans un tel ordre, 
qu’elles représentent aussi fidèlement que possible le 
corps primitif dont elles retracent la forme. Ainsi les 
végétaux qui ne peuvent point se pétrilier, parce qu'ils 
n'ont aucune de leurs parties qui soit solide, nous of- 
frent ou leur propre tissu, ou des pseudo-morphoses 
plus ou moins complètes. Ce que l’on nomme vulgai- 
rement bois pétrifié n’est qu’une pseudo-morphose ou 
une imitation fidèle du bois, puisqu'à mesure que le 
tissu ligneux se décomposait les molécules solides ve- 
paient le remplacer. Comme cette substitution s’est le 
plus souvent opérée avec la plus grande régularité, 
l’on peut supposer qu’elle s’est faite de molécule à mo- 
lécule; mais c’est un point de fait étranger à la ques- 
tion qui nous occupe. D’autres débris de corps orga- 
nisés nous présentent de pareilles pseudo-morphoses 
qui paraissent toules avoir été produites par les mêmes 
causes, et tenir à une régularité d’action qui, quoique 
difficile à concevoir, n’en paraîl pas moins évidente. 

Si l’altération d’un corps organisé ne peul toujours 
servir d'indice à son degré d’ancienneté, il paraît qu’il 
n’en est pas de même de sa pétrification ou de sa 
pseudo-morphose. En eflet, il semble que dans les 
temps actuels les corps organisés abandonnés dans 
des circonstances propres à opérer la substitution de 
leurs principes constituans à celle des matières qui les 


(371) 

incrustent, cette substitution n’a pas lieu, quoique 
leur substance cellulaire se décompose et qu’il y ait par 
suite un vide dans le corps organisé. Gomment se fait- 
il que des ossemens ensevelis depuis des siècles, im- 
prégnés de toutes parts de sucs lapidifiques, n’aient 
point recu cette matière inorganique entre leurs va- 
cuoles, et ne se soient pas pétrifiés à la manière des 
anciens fossiles ? Comment se fait-il encore que les 
végétaux, que la terre recouvre depuis les causes ac- 
tuellement agissantes, se pourrissent ou se conservent 
à l’aide des épaisses incrustations qui viennent à les 
envelopper, mais ne forment plus de véritables pseudo- 
morphoses, comme celles que l’on voit si fréquemment 
dans ce que l’on appelle vulgairement bots fossiles? Le 
temps leur a-t-il manqué? car l’on ne peut pas dire 
que ce soit la matière inorganique nécessaire pour une 
pareille substitution; c’est ce qui reste à décider. 

Il en serait donc des pétrifications, ou des pseudo- 
morphoses, comme de tant d’autres phénomènes de 
la nature, c’est-à-dire qu’elles ne se produiraient plus 
dans l’ordre des choses actuelles. Les débris des ani- 
maux ou des végétaux qui meurent maintenant, peu- 
vent être plus ou moins incrustés, par telle ou telle 
substance, mais on ne les voit jamais passer à l’état 
de véritables pétrifications ou de pseudo-morphoses 
plus ou moins complètes. Ces divers modes de sub- 
stitutions ne semblent donc plus se produire aujour- 
d’'hui. 

Les véritables fossiles, ou ceux qui ont été ensevelis 
avec les couches vieilles, solides ou meubles de la 
terre, el qui ont été solidifiés avec leurs masses ou 


(572 ) 
enterrés avec leurs débris, se sont conservés, parce qu’ils 
ont été mis à l’abri des agens extérieurs. Sans cela, il 
en aurait été d’eux comme des débris des animaux el 
des végétaux qui périssent sur ce globe, et qui se dé- 
composent promptement, sans laisser pour les siècles 
à venir aucun vestige de leur existence. 

Ces principes posés, voyons si l’on peut considérer 
les débris organisés qui se trouvent dans la grotte de 
Durfort comme étant des ossemens fossiles, et enfin 
si ces ossemens ont réellement appartenu à des indi- 
vidus de notre espèce. | 

Nous examinerons d’abord cette dernière question; 
sa solution devant nous faciliter les moyens de ré- 
soudre la première. Tous les débris des corps organisés 
que nous avons pu reconnaître dans la grotte de Dur- 
fort nous ont paru être des ossemens humains qui 
avaient appartenus à des individus d’àâges et peut-être 
de sexes différens. Malgré l’examen le plus scrupuleux 
nous n'avons pu reconnaître, avec ces ossemens, aucun 
autre débris de corps organisé, si ce n’est un seul in- 
dividu de l’helix striata qui avait été saisi par les in- 
crustations calcaires qui enveloppent la plupart de ces 
os. Cette circonstance, jointe à celle de lidentité de 
tous les ossemens que l’on doit rapporter à notre es- 
pèce, est loin d’être indiflérente, ainsi que nous le fe- 
rons observer, 

Les principaux de ces ossemens sont : 1° un grand 
nombre de crânes, plus ou moins entiers et plus ou 
moins incrustés de tuf calcaire; 

2° Un os maxillaire supérieur, avec los de la pom- 


(575 ) 

mette droite, ayant une partie des arcades orbitaires, 
et un assez grand nombre de dents, soit incisives, soit 
canines, soit molaires, de la plus parfaite conservation. 
Ces dents ont leur émail aussi brillant et'aussi net que 
si elles avaient été enterrées d'hier. Seulement les ra- 
cines qui se sont trouvées à l'extérieur (les portions 
osseuses qui les recouvrent ayant tout-à-fait été dé- 
composées) sont recouvertes par une poussière jau- 
nâtre très-fine qui fait fortement eflervescence avec 
les acides minéraux et qui n’est que du carbonate de 
chaux. Lorsque les dents manquent tout-à-fait, la 
place qu’elles occupaient a été remplacée par une 
chaux carbonatée terreuse et ferrugineuse. Ces dents 
étant généralement très peu usées, on doit en con- 
clure que l'individu auquel appartenait cette mâ- 
choire supérieure avait au plus trente ans, et quoiqu’on 
ne puisse pas mesurer avec précision son angle facial, 
on reconnaît cependant qu'il s’éloignait peu de 80°. 
Ce premier fragment aurait donc appartenu à un jeune 
homme de la race blanche ou caucasique. 

Quant aux os eux-mêmes, ils sont spécifiquement 
plus légers que les os frais : ils ont perdu une partie 
de leur substance animale, ce que l’on pourrait pres- 
que deviner par l’étendue des cavités qui existent dans 
leur substance celluleuse. Nous verrons plus tard que 
la matière animale y est encore fort abondante, sur- 
tout dans les os longs qui paraissent en renfermer une 
plus grande quantité que les os plats. 

Quant à la substance calcaire qui enveloppe ces 
ossemens humains, on en reconnaît facilement deux 


( 374 ) 
variétés principales. Toutes deux appartiennent au 
calcaire concrétionné, calcaire qui s’y est déposé à la 
manière des-stalactites. 

La variété-la plus compacte a formé des masses assez 
considérables autour de ces ossemens. Quoique sou- 
vent composée par des couches successives qui ont dû 
se déposer avec plus ou moins de lenteur sur les os, 
on ne voit jamais que les sucs lapidifiques soient venus 
remplacer la substance osseuse solide de manière à la 
pétrifier et à se mouler dans son intérieur. Nous avons 
entre autres recueilli un pariétal envelcppé de toutes 

‘parts par des couches de calcaire sédimentaire dur, 
où l’analyse ne démontre pas le moindre excès de car- 
bonate de chaux, à l’exception du carbonate qui, après 
avoir traversé la substance compacte, est venu se dé- 
poser dans les vides de la matière cellulaire, ou entre 
les interstices du diploë. Geci est d’autant plus re- 
marquable, que le dépôt de la matière calcaire s’y est 
opéré avec une telle régularité, qu’il retrace toutes les 
inégalités de los, et que, par exemple, l'artère mé- 
ningée y est dessinée en relief, comme cela arrive 
lorsqu'un corps solide se moule dans un corps creux. 

Ce calcaire fait fortement effervescence avec les 
acides minéraux; il s’y dissout en entier, caractère que 
l’on n'observe pas dans le calcaire terreux tendre qui 
incrusie aussi bien l’intérieur que l'extérieur des os. 
Ce dernier n’est point du carbonate de chaux pur. En 
examinant le résidu qu’il laisse dans les acides, on re- 
connaît que ce calcaire tendre est un mélange de sous- 
carbonate de chaux et d'argile, auquel mélange s’a- 
joute un peu de silice et du protoxide de fer qui le 


(57) 

colore en brun roussâtre. Ge calcaire est si tendre que 
l’ongle le raie avec facilité, tandis que le calcaire dur 
est à peine rayé par le cuivre. Du reste, les plus épaisses 
des incrustations calcaires qui revêtent la surface exté- 
rieure des os ne dépassent guère 50 à 4o millimètres. 

5° Des os frontaux avec les arcades orbitaires, et 
une partie des os propres du nez, ayant appartenu à 
des sujets d’âges très-différens. Dans quelques-uns les 
sinus frontaux ne sont point développés, et le diamètre 
pris au-dessus de l’arcade orbitaire, n’est guère que 
de go millimètres, tandis que chez d’autres, ce même 
diamètre est de 110 à 140 millimètres, ei les sinus fron- 
taux ont alors un tout autre développement. Parmi la 
grande quantité d’os frontaux que nous avons observés 
dans la grotte de Durfort, nous avons cru en recon- 
naître un qui avait appartenu à une femme; il était 
sensiblement plus petit dans toutes ses proportions, 
quoique d’un sujet adulte ; de même il était plus grêle 
et moins dense que les autres frontaux. Les sinuosités, 
comme les diverses élévations ou éminences de sa face 
externe, ÿ étaient également moins sensibles, en sorte 
que cet os était beaucoup plus lisse. Ces caractères, 
joints à ceux qui ont été indiqués par CHESELDEN, 
Azginus, TarIN et SOEMMERING; nous portent à penser 
que cet os frontal pourrait bien avoir appartenu à une 
femme. 

4° Des os pariétaux, plus ou moins recouverts d’in- 
crustations, et ayant appartenu, comme les frontaux 
et les occipitaux, à des individus d’âges très-différens. 
Seulement les os qui proviennent de jeunes indivi- 


dus ou de vieillards y paraissent Îles plus rares. Nous 


( 576 ) 
n'avons pas pu en déméêler de ces derniers : en faisant 
cette recherche, nous avons rencontré un pariétal où 
la partie spongieuse, c’est-à-dire le diploë compris 
entre les deux substances compactes de l'os, était ex- 
trêmement apparente par une suite de l’écartement 
des lames osseuses. 

Tels sont les principaux os plats que nous avons 
observés dans la grotte des morts de Durfort; je dis les 
principaux, Car nous n'avons pas été assez heureux 
d’y découvrir une tête entière, comme des médecins 
du pays qui se sont occupés de cette recherche. Nous 
avons recueilli beaucoup d’autres fragmens d’os plats 
des diverses parties du corps, tels que des débris d’o- 
moplate, d’os du bassin, mais ils ne sont point assez 
importans pour mériter d’être décrits. 

Parmi les os longs, nous citerons des portions de 
clavicule, de calcanéum, de phalange, de radius, de 
tibia et de fémur. Nous y avons aussi recueilli une por- 
tion inférieure d’humérus qui n’a que 14 millimètres 
de largeur au-dessus des cavités qui se trouvent à sa 
partie inférieure et antérieure. Comme cet os quitte 
peu à peu sa forme cylindrique, et s’élargit beaucoup 
vers son extrémité, on juge aisément qu'il a appartenu 
à un très-jeune sujet. Il n’en est pas de même des ti- 
bias et des fémurs ; tous ceux que nous y avons observés 
provenaient d'individus adultes. Souvent la même in- 
crustation réunit les os les plus différens, par rapport à 
leur disposition dans le squelette, tandis que d’un autre 
côté on en voit qui ont enveloppé et des tibias et des 
fémurs, les uns de sujets très-diflérens, les autres pou- 


vant bien être du même individu. 


( 577) 

Les os longs, comme les os plats, ont été incrustés 
par le même calcaire sédimentaire ou tuf, soit à l’ex- 
térieur, soit à l’intérieur. Ainsi, tantôt leur canal cen- 
tral a été rempli de sucs lapidifiques, tantôt il est resté 
vide; jamais ces sucs calcaires ne se sont substitués à 
la matière organique, ou à la substance animale, qui 
est le lien commun qui unit la partie solide des os, 
quelle qu’ait été l’abondance des dépôts calcaires. Tout 
s’est borné à des incrustations, ou à des infiltrations, 
qui ont tapissé de leurs dépôts le vide qui avait pu 
s’opérer entre les lames osseuses, sans que la matière 
infiltrée se soit combinée avec la partie animale ou 
terreuse des os, comme cela est arrivé dans les vrais 
fossiles. 

C’est ce que prouvent et les analyses de ces osse- 
mens, et les caractères que l’on y reconnaît, en Îles 
examinant avec soin. Il est facile de s’assurer que le 
léger excès de carbonate de chaux que les os humains 
de Durfort renferment n’est point dû à une véritable 
combinaison chimique; cet excès tient seulement à ce 
que des molécules calcaires plus ou moins nombreuses 
ont rempli les vides de la substance cellulaire des os 
plats ou réticulaire des os longs, molécules que l’ana- 
lyse y démontre, en sorte que si l’on ne s'était point 
assuré que ces molécules y étaient simplement inter- 
posées, on pourräit les considérer comme s’y trouvant 
par suite d’une combinaison ou d’une véritable substi- 
tntion. 

On ne peut avoir aucun doute au sujet des os hu- 
mains de Durfort, en raison de la diversité de leur 

20 


( 578 ) 

couleur avec celle du carbonate de chaux qui les en- 
veloppe et les pénètre. Ainsi la couleur des os est d’un 
blanc assez prononcé dans toute leur substance com- 
pacte, tandis que le carbonate de chaux qui a pénétré 
le diploë des os plats, ou la substance réticulaire des 
os longs, a la même teinte roussâtre du sédiment ex- 
térieur. Vues à une forte loupe, ces molécules cal. 
caires, ainsi interposées, présentent et la cassure et le 
clivage de la chaux carbonatée, en sorte que l’on ne 
peut les confondre avec les os qu’elles ont imprégnés. 
Cette observation est essentielle à faire pour s'assurer 
si le carbonate de chaux que l’on découvre dans l'in- 
térieur des os y est combiné chimiquement avec le 
carbonate et le ‘phosphate de la même base propre à 
la composition de ces os, ou s’il n’y est au contraire 
qu'interposé mécaniquement entre les vides des lames 
osseuses. 

L'on se demandera peut-être comment des eaux 
chargées de carbonate calcaire peuvent traverser toute 
la substance compacte des os, soit longs, soit plats, 
de manière à remplir les vides que les deux lames de 
cette substance laissent entre elles. Pour concevoir 
celte pénétration, il suffit de se rappeler que généra- 
lement les os sont poreux, et qu’en outre ils sont cri- 
blés d’une infinité de petits trous et de petites ouver- 
tures dans lesquelles circulent les divers vaisseaux 
nécessaires à y entretenir la souplesse et la vie. D'a- 
près cette organisation, on juge aisément comment des 
eaux chargées de molécules calcaires peuvent péné- 
trer par tous ces vides, et y déposer successivement 
les mêmes molécules, lorsqu’ayant perdu leur excès 


( 379 ) 
d’acide carbonique, elles n’ont plus la même force 
dissolvante. 


Ce qui arrive aux os enfouis dans la terre, ou placés 
dans des eaux qui tiennent en dissolution des matières 
terreuses quelconques, est arrivé également aux os du 
plus grand nombre des momies conservées à l’aide du 
bitume. En brisant les os de ces momies on observe 
que le bitume qui recouvre leur surface extérieure, 
après avoir pénétré à travers leur substance com- 
pacte, est venu se loger dans leurs cavités médullaires 
où il a conservé tous ses caractères, puisqu'il s’y 
trouve sans aucun mélange avec les parties osseuses 
au milieu desquelles il est logé. Dans les momies des 
Guanches on n’observe rien de semblable, parce que 
ces momies n’ont point été préparées avec du bitume 
comme celles des Egyptiens, et que lon s’est borné 
à les dessécher, en sorte que souvent les os conser- 
vent encore leur périoste et les cartilages qui les 
unissent entre eux. Cette remarque n’est pas du reste 
nouvelle, le célèbre Socmmenine l’avait faite 1l y a 
long-temps dans son important ouvrage : De corporis 
humani fabrica, en observant que les cavités médul- 
laires des os des momies étaient ordinairement rem- 
plies de bitume ou de la résine du cèdre (1). 


Mais pour établir que dans les temps actuels les 
parties solides des corps organisés des animaux ne 
passent pas à l’état de véritables pétrifications, nous 


(1) Osstum mumiarum casa medullaria asphaltum vel resinan 
cedri continent, t. 1, P: 90. 


26. 


( 3580 ) 
devons faire quelques remarques sur la composition 
des os et des diverses parties solides des animaux. 

On sait que généralement les principales parties so- 
lides des animaux, comme les os, les dents et les co- 
quilles, sont composées de sels terreux, de graisse, de 
gélatine, de cartilage, ou de matières animales molles, 
et que si dans les os et les dents la chaux est princi- 
palement unie à l’acide phosphorique, c’est avec l’a- 
cide carbonique qu’elle est unie dans les coquilles. 
Mais dans toutes si une partie de la substance ani- 
male dont elles sont formées y semble étrangère, n’é- 
tant nullement combinée avec les sels terreux qui les 
constituent, il en est une grande partie qui paraît au 
contraire être le lien commun qui retient unis les sels 
terreux et les empêche pour ainsi dire de se séparer, 
en même temps qu'elle leur donne la souplesse et la 
solidité convenables. D’après cette manière de voir, il 
existerait donc dans les parties solides des corps or- 
ganisés deux espèces de substances animales : l’une, 
qui en remplirait les cavités et les interstices, sans ja- 
mais entrer en véritable combinaison chimique avec 
les sels terreux, et se détruisant aussi avec facilité ; 
l’autre au contraire qui, combinée chimiquement avec 
les sels terreux, y tiendrait tellement qu’elle ne serait 
jamais entièrement détruite dans les os dont les dé- 
pôts ne seraient point antérieurs aux causes actuelles. 

Nous sommes loin d’avancer qu'il en soit de toutes 
les dépouilles solides des corps organisés comme nous 
croyons l’avoir observé à l'égard des os; on peut 
tout au plus le présumer. Aussi attendrons-nous que 
les recherches que nous avons entreprises sur cet objet 


( 38k ) 

soient terminées pour émettre une opinion à cet égard. 
Il nous parait seulement que par rapport aux os il n’y 
a que ceux dont les dépôts sont antérieurs à l’exis- 
tence des causes actuelles qui soient entièrement pri- 
vés de toute leur substance animale, soit de celle qui 
y est chimiquement combinée, soit de celle qui s’y 
trouve simplement interposée entre leurs lames. 

On conçoit que si l’on démontre que les seuls os- 
semens fossiles sont privés de toute leur substance 
animale, cette absence, si facile à constater, deviendra 
un caractère excellent pour les faire distinguer des os 
non fossiles, lorsqu'on ne pourra se procurer des ren- 
seignemens exacts sur le gisement des uns et des au- 
tres. Il faut cependant faire cette observation, que s’il 
paraît exact de dire qu'il n’y a que les os fossiles qui 
ont entièrement perdu leur substance animale, il ne le 
serait pas également de prétendre que tous les osse- 
mens fossiles l’ont perdu. En effet, les mammouths et 
les rhinocéros découverts près du pôle y ont certai- 
nement élé portés par des causes autres que celles 
que nous voyons agir sur nos conlinens, el par consé- 
quent ils sont bien fossiles dans le sens que nous 
altachons à ce mot. Cependant leurs os avaient con- 
servé leurs parties animales, parce que la gelée qui. 
les saisit au moment où ils étaient transportés vers 
le pôle avait préservé de la putréfaction jusqu'aux 
parties les plus délicates de leurs corps. Ainsi les 
corps organisés, de quelque nature qu'ils soient, en- 
sevelis avec des circonstances semblables, peuvent 
fort bien avoir conservé leurs parties animales sans 


cesser pour cela d’être fossiles, et sans pouvoir être 


( 382 ) 
distingués par le caractère que nous venons de si- 
gnaler. 

Il n’en est probablement pas des débris des végé- 
taux comme il en est des animaux; en effet, les pre- 
miers ne peuvent se pétrifier puisqu'ils ne renferment 
aucune partie solide, en sorte que dans les fossiles vé- 
gétaux pierreux il n’y a plus rien de végétal, ce sont 
des molécules inorganiques qui ont remplacé les mo- 
lécules organiques. Quant aux fossiles végétaux non 
pierreux, ou ceux dans lesquels il existe encore quel- 
ques traces du tissu organique, ils présentent des mo- 
difications extrêmement nombreuses et différens genres 
d’altérations; mais quelque diversité qu’offrent ces al- 
térations, il paraît qu’on peut les ramener à un assez 
petit nombre de types principaux; comme cet objet 
est d’un grand intérêt pour la géologie, nous y revien- 
drons dans un mémoire subséquent. 


Voyons maintenant les résultats auxquels nous ont 
conduits les analyses des os humains de Durfort, ana- 
lyses que nous avons faites avec M. Baran», prépara- 
teur de la Faculté des sciences de Montpellier, dont 
l'exactitude nous est aussi connue que la sagacité. 


Nous nous sommes d’abord occupés de l'analyse 
des os plats de Durfort. Nos premières expériences 
ont porté sur un fragment de pariétal humain, dans 
l’intérieur duquel on distinguait, même à l'œil nu, 
de petites molécules d’un jaune roussätre, occupant 
les vides qui se trouvaient entre les deux lames com- 
pactes. Ce pariétal fut dépouillé avec soin de tout 


( 385 ) 
le carbonate de chaux qui encroutait ses deux sur- 
faces externes, mais il fut impossible d’enlever celui 
qui était logé dans les vides du diploë. 

Cent parties de cet os furent exposées à l’action 
d’une température suffisante pour en chasser l’eau et 
décomposer la matière animale, mais pas assez élevée 
cependant pour décomposer le carbonate de chaux. 
L’os prit une teinte noire foncée qui disparut bientôt 
par l’action continuée du calorique. Il avait perdu 
sur les 100 parties 11 parties, et d’après cette perte, le 
pariétal humain de la grotte de Durfort contiendrait 
encore 11 pour 100 d’eau et de matière animale : fait 
qui, avec les circonstances de son gisement, est déjà 
un indice pour douter que cet os soit réellement fossile. 

Ce pariétal, ainsi calciné, s’est dissous entièrement 
dans l’acide hydrochlorique faible; une effervescence 
accompagnait cette dissolution. L'ammoniaque versée 
dans la dissolution, en a précipité du phosphate de 
chaux mêlé d’un peu d’oxide de fer. Le précipité lavé 
avec soin dans de l’eau distillée, y a été traité par le 
sous-carbonate de soude qui a occasioné un dépôt de 
carbonate de chaux. On y a ensuite versé de l’hydro- 
chlorate de barite, en sorte qu’il s’est formé une cer- 
taine quantité de sulfate de barite lequel représentait 
5 grains de sulfate de chaux. 


Ainsi, d’après cet excès, les os plats de Durfort qui 
ont appartenu à notre espèce, seraient composés après 
leur calcination, c’est-à-dire après avoir été débar- 
rassés de toutes les parties animales qu’ils pouvaient 
contenir, 


(584) 


Sur 100 parties : 


1° phosphate de chaux, 79 
2° carbonate de chaux, 17 
3° sulfate de chaux, "AE 
4o perte, 1 

Total 100 


Ou sur 100 parties non séparées de leur matière 
animale : 


1° eau et matière animale, TT 
2° phosphate de chaux mêlé de traces d’oxide 


de fer, 70 31 
3° carbonate de chaux, 16 02 
4° sulfate de chaux, > 67 


Total 100 00 


Nous avons ensuite analysé, par le même procédé, 
la substance compacte la plus externe d’un tibia bu- 
main de la même grotte de Durfort, après en avoir 
enlevé la substance compacte. Get os ne présentait 
pas dans sa cassure le même aspect que le pariétal de 
l'analyse précédente; on y voyait beaucoup moins de 
vacuoles, mais celles qui existaient étaient remplies 
du même carbonate calcaire ferrugineux qui recou- 
vrait la surface extérieure de tous ces os. Ces molé- 
cules calcaires, quoique sensiblement moins abon- 
dantes que dans los plat de la première analyse, y 
étaient toujours visiblement interposées dans les vides 
de l’os et non ailleurs. Ge tibia était moins facile à 
pulvériser que le pariétal, enraison de ce qu'il conte- 


nait une plus grande quantité de matière animale, et 


( 385 ) 
de ce qu’il était également moins altéré : aussi s’a- 
platissait-il un peu sous le pilon avant de se réduire 
en poudre. 

Cent parties de cet os calciné ont perdu jusqu’à 
26 parties, par le dégagement de l’eau qu’il contenait 
et la décomposition de la matière animale, perte qui 
est plus du double que celle éprouvée par le pariétal 
soumis à l’action du feu. 

Gent parties de cet os calciné ont présenté par l’a- 
nalyse : 

1° phosphate de chaux mêlé de traces d’oxide de fer, 85 
0 carbonate de chaux, 11 


30 sulfate de chaux, 


[#2 


4° perte, 1 
Total 100 


Ou sur 100 parties non calcinées, et non privées de 
leur eau et de leur matière animale : 


19 eau et matière animale, 26  » 
29 phosphate de chaux mélé d’oxide de fer, 62 oo 
3° carbonate de chaux, 8 11 
4° sulfate de chaux, 2 22 

99 20 


Lerte-0NlOt 
Total 100 00 


Pour nous assurer si les ossemens humains enfouis 
dans la terre n'avaient pas perdu une partie de leur 
substance animale par leur séjour trop prolongé dans 
son intérieur, nous nous sommes procurés des osse- 
mens de notre espèce enterrés depuis diverses épo- 
ques. Ainsi nous avons pu comparer des ossemens 


( 386 ) 
ensevelis depuis environ trente ans, et d’autrès depuis 
le siége de Montpellier, qui eut lieu en 1621, c’est-à- 
dire il y a déjà plus de deux siècles. 

Les os enterrés depuis trente ans, traités toujours 
par les mêmes procédés, ont paru contenir jusqu’à 
59 pour 100 d’eau et de matière animale, tandis que 
sur 100 parties de ces os ainsi calcinés et dégagés du 
l’eau et de la matière animale, nous n’avons pu y re- 
connaître que 6,5 de carbonate de chaux. 

Les ossemens humains qui datent du siége de Mont- 
pellier ne renfermaient plus que 28 pour 100 d’eau et 
de matière animale; mais la quantité de carbonate de 
chaux y était plus considérable, puisque nous y avons 
observé de 9 parties sur 100. 

Nous avons enfin analysé des os trouvés dans des 
tombeaux romains qui dataient d’environ dix-huit 
siècles; mais ces os ayant été calcinés avant d’être 
mis dans ces tombeaux, ne nous ont pas présenté la 
moindre trace de substance animale, en sorte que nous 
n'avons pas pu nous en servir comme terme de com- 
paraison. 

Ces analyses terminées, nous avons soumis aux 
mêmes épreuves des ossemens des environs de Mont- 
pellier, que, d’après les circonstances de leur gisement, 
nous ne pouvions nous empêcher de regarder comme 
fossiles. 

Nous avons examiné ces os, non pour en reconnaître 
tous les principes qui les composaient, mais seulement 
pour nous assurer s'ils contenaient encore quelques 
portions de matière animale, et dans quels rapports le 
carbonate de chaux s’y trouvait. 


( 587 ) 

Le premier ossement que nous avons examiné a été 
un fragment de côte de cétacé découvert entre les 
assises du calcaire grossier des carrières de Boutonnet, 
près Montpellier. Ce fragment ne contenait plus de 
trace de matière animale; aussi ne changea-t-il pas de 
couleur par la calcination. Il était d’ailleurs composé 
de phosphate et de carbonate de chaux comme les 
autres os. 

En effet, les os des cétacés de nos calcaires grossiers 
ne montrent par l'analyse, sur 100 de leurs parties, 


que 
1° eau, OAI 
2° phosphate de chaux, 78 33 
3° carbonate de chaux, 9 44 


Total 96 88 


La perte indiquée par cette analyse provient de ce 
que le phosphate de chaux, précipité par l’ammonia- 
que de sa dissolution muriatique, a été imparfaitement 
lavé, et de ce que l’hydrochlorate d’ammoniaque qu’il 
retenait a emporté, sous la forme d’hydrochlorate d’am- 
moniaque ferrugineux, l’oxide de fer également par 
l’ammoniaque de la dissolution hydrochlorique, la- 
quelle se trouvait par conséquent mélée avec le sous- 
phosphate de chaux. 

Le second ossement fossile que nous avons analysé 
était un os long d’un herbivore, découvert à environ 
12 mètres (6 toises) au-dessous du sol, dans un terrain 
d’alluvion marin ancien, des environs de Lunel. Get 
os ne nous à présenté aucune trace de matière ani- 


male, et quoique chauffé fortement, il n’a point pris 


( 388 ) 

celte teinte noire qui se manifeste dans les os qui con- 
liennent encore quelques portions de substance ani- 
male. Seulement il perdit, par la calcination, 9 parties 
sur 100, perte due à la grande quantité d’eau qu'il 
renfermait : sa légèreté pouvait déjà y faire supposer 
la présence de ce liquide. Gent parties de l’os des- 
séché ont paru contenir 7 parties de carbonate de 
chaux. 

Comme l’un de nous (M. px Serres) avait démontré 
la présence du fluate de chaux dans des ossemens fos- 
siles (1) qui avaient appartenus à une espèce particu- 
lière de rhinocéros qu’il a reconnue dans les environs 
de Montpellier, nous avons cherché à nous assurer s’il 
en existerait dans les ossemens fossiles. Mais ces der- 
niers ossemens chauflés en un vase d’argent, dans 
lequel on avait mis de l’acide sulfurique, et que l’on 
avait eu Île soin de recouvrir d’une lame de verre, 
n'ont pas paru en renfermer en quantité appréciable, 
puisque le verre n’a point été altéré ni dépoli par une 
action assez prolongée. 

Enfin, voulant nous assurer si d’autres os fossiles ne 
contiendraient pas encore quelques portions de ma- 
lière animale, nous avons soumis à l’action d’une vive 
chaleur, dans un creuset d’argent, une portion de la 
mâchoire inférieure du Palæotherium magnum des 
formations gypseuses de Montmartre, près de Paris. 
Ge fragment de mâchoire n’a point noirei par l'effet 
de la chaleur, en sorte qu’il semble ne plus offrir d’in- 
dices de substance animale. Seulement il avait perdu 


rt) Journul de physique e Bibliothèque universelle. 


( 589 ) 
par cette calcination 7,5 sur 100, perte due à l’eau que 
ces os fossiles contiennent encore. 
Gent parties de l’os ainsi calciné ont offert par l’a- 
nalyse : 


1° phosphate de chaux, 86  » parties; 
2° carbonate de chaux, 9 10 
3° sulfate de chaux , 4 7o 
99 80 
Perte, 6 20 
100 00 


Le petit excès de sulfate de chaux que cet os de pa- 
lœotheriam a donné par l’analyse, paraît dépendre du 
gypse qui lui servait de gangue, et de quelques molé- 
cules gypseuses interposées entre les vides de la sub- 
stance réticulaire, molécules que l’on distingue facile- 
ment à l’aide d’une forte loupe. Du reste, l’on sait 
que Harcuerr a également observé que le sulfate de 
chaux entrait dans la composition des os, et que Ber- 
ZELIUS, tout en contestant la présence de ce sel terreux, 
a cru que celui que l'analyse y démontrait se format, 
pendant la calcination, aux dépens de l’acide sulfuri- 
que, ou du soufre à l’état de liberté qui s’y trouve. 

Il semble que l’on peut déduire des faits que nous 
venons de rapporter quelques conséquences générales. 
La première, et la plus importante, serait que les os, 
que par leur gisement on doit considérer comme fos- 
siles, sont aussi les seuls qui puissent être assimilés 
aux os brûlés, c’est-à-dire à des ossemens qui, ne con- 
tenant plus de substance animale, sont uniquement 
composés de sels terreux, principalement des sels à 


( 390 ) 
base de chaux combinés soit avec l’acide phospho- 
rique, soit avec l’acide carbonique, soit avec l’acide 
sulfurique, soit enfin avec l’acide fluorique. 


Si tous les os fossiles avaient entièrement perdu la 
matière animale qui entre dans leur composition, rien 
ne serait plus simple que de les différencier, à l’aide de 
ce caractère, des os ensevelis depuis la dernière inon- 
dation générale et passagère qui a laissé tant de traces 
sur la surface actuelle du globe, et qui ne peuvent par 
cela même être considérés comme fossiles Mais ce ca- 
ractère, tout certain qu'il paraît être pour différencier 
les os fossiles de ceux qui ne le sont pas, n’a point la 
même importance lorsqu'on veut l'appliquer à l’uni- 
versalité des os fossiles que l’on trouve dans les di- 
verses parties de nos continens, puisque certains 
d’entre eux conservent encore de la gélatine. Cepen- 
dant si la putréfaction ou le séjour très-prolongé dans 
l’intérieur de la terre ne peut détruire la partie car- 
tilagineuse ou animale des os, ainsi que l’a fait re- 
marquer Harcuerr, et que, d’un autre côté, certains 
os fossiles l’aient entièrement perdue, il faut que ces 
derniers aient subi l’action de quelque agent étranger 
et inconnu, dont les effets ne se manifestent plus sur 
les os ensevelis, même depuis des siècles (1). Aussi le 
chimiste que nous venons de citer a-t-il été conduit à 
cette conséquence en observant le résidu cartilagi- 
neux, presque aussi abondant dans des os enlevés 
à un tombeau saxon que l’on avait découvert près de 


(1) Philosoph. transact., 18ov. 


(591) 
Hythe, dans le comté de Kent, que dans des os d’hom- 
mes morts il y avait peu de temps. 


Donc, s’il est certain qu’il n’y ait que les os fossiles 
qui soient entièrement privés de leur matière animale, 
il ne l’est pas moins, que certains ossemens déposés 
sur nos continens par le dernier cataclysme général, 
conservent encore non-seulement la gélatine qui entre 
dans leur composition, mais encore leur graisse et leur 
substance cartilagineuse. Aussi ces ossemens sont- 
ils recouverts par leurs muscles et ceux-ci par les té- 
gumens, en sorte que les animaux auxquels ils avaient 
appartenus se trouventcomme s'ils avaient été enterrés 
de la veille, parce qu’à l'abri absolu du contact de l’air, 
ils ont été constamment sous l'influence d’une tempé- 
rature trop peu élevée pour que la fermentation pu- 
tride pût se développer. Telles sont les dépouilles des 
animaux qui ont été ensevelis au pôle sous des masses 
de glace; l’on peut aussi ranger dans la même cathé- 
gorie les corps organisés qui ont été saisis par le suc- 
cin, et qui ayant conservé toutes leurs parties n’ont 
point perdu leurs principes constituans, c’est-à-dire les 
principes qui caractérisent la nature organique. 


Quant aux dépouilles des animaux que l’on ne peut 
s'empêcher de considérer comme fossiles d’après les 
circonstances de leur gisement, et qui sont réduites 
à des os conservant encore leur gélatine presque en 
totalité, cette conservation paraît toujours due à la 
nature des terrains qui les ont enveloppés, ou aux 
circonstances de leur gisement, et surtout à la tem- 
pérature peu élevée des lieux où ils sont ensevelis. 


( 392 ) 

C’est ce que M. Buckzan» (1) a fait récemment remar- 
quer au sujet d’un assemblage de dents et d’os fossiles 
appartenant à des espèces détruites d’éléphans, de 
rhinocéros, d’hippopotames et de hiènes découvertes 
dans une caverne du comté d’Yorck en Angleterre. 
Ces os, observe ce physicien, ne sont point minéra- 
lisés; ils ont encore leur gélatine presque en totalité, 
gélatine qu'ils doivent, selon lui, à la nature de la boue 
dans laquelle ils ont été ensevelis, et qui a conservé 
celte matière animale par une :uite des causes que 
nous avons déjà signalées. 

Ainsi de cela seul, que des ossemens ne conservent 
plus leur gélatine, ou, pour s'exprimer plus exactement, 
leur substance animale, on peut être certain que ces 
os sont fossiles dans l’acceptation véritable de ce mot. 

Mais l’on ne peut l’être également, lorsqu'ils en ren- 
ferment des quantités plus ou moins considérables, 
puisque des os peuvent avoir été ensevelis depuis des 
siècles, comme être antérieurs à l’existence des causes 
actuelles, sans avoir perdu pour cela leur substance 
animale. Si la disparition totale de cette substance est 
un caractère certain que les ossemens ont été déposés 
par des causes qui ont cessé d'agir, sa présence n’'in- 
dique pas toujours la date de leurs dépôts, puisque la 
conservation de la matière animale a quelquefois dé- 
pendu des circonstances particulières du gisement des 
os fossiles. 

On pourrait peut-être inférer des faits ci-dessus 
rapportés que les os seraient composés de deux sortes 


— 


(1) Annals of philos. march., 1822. 


( 595 ) 

de matière animale; l’une mécaniquement engagée 
entre les molécules osseuses qui se détruirait promp- 
tement par la putréfaction; l’autre, le lien commun 
des divers sels terreux, ne se détruirait jamais entière- 
ment, ni par la putréfaction, ni par un long séjour dans 
la terre, mais seulement par l'effet d’une cause in- 
connue qui, comme tant d’autres, semble avoir cessé 
d’agir pour toujours. 

Il reste encore à savoir si, lorsqu'une partie de la 
substance animale qui entre. dans la composition des 
os vient à se décomposer, la graisse disparaît la pre- 
mière, par l'effet du séjour des os dans la terre, ou si 
c’est la gélatine, ou la substance cartilagineuse. Comme 
nous n'avons pas terminé nos recherches sur cet objet 
important, nous n’osons pas émettre d'opinion à cet 
égard. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que la ma- 
tière animale interposée mécaniquement entre les vi- 
des, les cellules et les cavités des os, est la première à 
se détruire; en sorte qu’ils en contiennent d’autant 
moins que les circonstances ont favorisé la putréfac- 
tion, et non pas en raison du séjour plus ou moins 
prolongé des os dans la terre. 

Il est une autre conséquence qui découle des pré- 
cédentes ; c’est que, puisque la cause qui a fait dispa- 
raître dans certains os fossiles leur substance animale 
a totalement cessé d’agir, il ne se forme plus dans les 
temps actuels de véritables pseudo-morphoses orga- 
niques, ou des substitutions de molécule à molécule, 
entre la matière animée et la matière inorganique. 
Nous voyons bien dans les temps présens des sucs la- 
pidifiques pénétrer les tissus organiques, les recouvrir 


27 


( 594) 

même de manière à en prendre la forme; mais ces in- 
cruslations, ces pénélrations n'ont rien de semblable 
aux véritables pétrifications qui s’opéraient dans les 
temps d’autrefois, et qui représentent parfaitement le 
tissu organique dont elles ont pris la place, et auquel 
elles se sont complètement substituées; car, dans ce 
que l’on appelle vulgairement bots pétrifié, il ne reste 
plus aucune trace du tissu organique végétal; il en 
est quelquefois de même des ossemens et des coquilles 
fossiles, quoique ces corps, en partie pierreux, puissent 
s’être et se soient souvent conservés en partie. 

Les ossemens humains qui font l’objet de cette no- 
tice se trouvent dans une pelite caverne ou grolle si- 
tuée à 2 kilomètres (une petite demi-lieue) au nord- 
ouest de Durfort, près de Saint-Hippolyte, dans le 
département du Gard. Gelte caverne est aux deux tiers 
supérieurs de la pente occidentale de la montagne de 
la Coste, dont l'élévation au-dessus de la Méditer- 
ranée est d'environ 550 mètres. Placée au nord- 
ouest des mines exploitées de plomb sulfuré de Dur- 
fort, la caverne à ossemens, connue dans le pays sous le 
nom de la Grotte des morts, n’est qu’à 5 ou Goo mètres 
de ces mines, dont l'entrée est beaucoup plus basse 
que l’intérieur de la caverne. La montagne de la Coste 
présente deux formations calcaires aussi distinctes par 
leur position, que par leur nature minéralogique. La 
plus inférieure de ces formations, celle où se trouvent 
les mines de plomb, se compose d’un calcaire de tran- 
sition d’un gris noirâtre, à grains irréguliers et à cas- 
sure granulaire. Cependant ce calcaire présente un 
grand nombre de lames rhomboïdales distinctes, indices 


( 595 ) 
d’une cristallisation ébauchée. Cette roche fait lente- 
ment effervescence avec les acides. Elle est souvent 
assez dure pour scintiller sous le briquet, à raison de 
la silice qu’elle contient. Quelquefois traversée par de 
petites veines de chaux carbonatée spathique, elle sert 
de gangue aux métaux que l’on rencontre dans les 
mines de Durfort, métaux qui y sont en assez grand 
nombre. En effet, outre le plomb et le zinc sulfuré 
qui y sont les plus abondans, on y voit encore le man- 
ganèse oxidé et le fer oxidé ochreux, soit ayant pour 
gangue le calcaire de transition, soit le spath calcaire, 
soit enfin la chaux fluatée. On ne voit jamais aucune 
trace de corps organisés dans la masse de ce calcaire, 
et si, à raison de cetie absence de tout fossile, de sa 
position, et de sa texture, nous croyons devoir le rap- 
porter aux calcaires de transition, nous ferons remar- 


quer qu’il semble appartenir aux plus récens de cette 
époque de formation. 


Le calcaire supérieur, ou celui que l’on voit super- 
posé au premier, paraît appartenir à la formation du 
calcaire jurassique ou caverneux (le Rauck-wacke des 
Allemands), calcaire qui compose la plus grande partie 
des montagnes des basses Cévennes. Ce calcaire offre 
dans celle chaîne un grand nombre de cavités sou- 
terraines de la plus vaste étendue (1). Il est compacte, 
à grain fin, à cassure unie, légèrement conchoïde. Sa 


—————_—— 


(1) Parmi les plus grandes de ces cavités on peut citer celle dite 
des Demoiselles, entre Saint-Bauzille-le-Putois et Ganges, et celle 
de Mialet, près Saint-Fean-du-Gard. f serait facile d’en citer daus 


Ja même chaîne plus de trente autres, mais moins considérables. 


27° 


( 596 ) 

couleur est le gris bleuâtre, ou le gris brun tirant sur 
le noir. Quoique très-effervescent, il ne se dissout pas 
en entier dans les acides minéraux. Le peu de fossiles 
qu'il contient se borne uniquement à des ammonites, 
des bélennites, ou des pectinites, ou des gryphites d’es- 
pèces perdues; sans doute celte petile quantité de dé- 
bris de corps organisés tient à l’ancienneté de ce cal- 
caire, mais elle peut également dépendre de sa grande 
compacité. Il est cependant quelquefois traversé par de 
petites veines de spath calcaire, rarement elles y sont 
abondantes; on ne les observe même que là où ce 
calcaire devient moins compacte : ses couches suivent 
en général l’inclinaison de la montagne où elles se 
trouvent, et coïncident assez avec cette inclinaison. 

L'ouverture de la Grotte des morts est de niveau 
avec le sol : elle offre la forme d’un carré long, dont 
l’un des côtés a environ 2 mètres, et le plus petit 48 cen: 
timètres. Cette ouverture descend perpendiculairement 
environ 6 mètres et demi. C’est au fond de cette espèce 
de tuyau, ou de fente verticale, que se trouve l’entrée 
de la grotte, qui est si étroite, qu’elle n’a guère plus 
de 32 centimètres carrés. On entre de là dans une es- 
pèce de galerie, qu’à cause de sa petitesse l’on pour- 
rait nommer caveau, et qui se divise en se prolongeant, 
soit à droite, soit à gauche. L’entrée de droite conduit 
par une pente douce dans la salle principale, dont les 
dimensions se réduisent à 2 mètres et demi et 3 mètres 
un quart dans le sens de la longueur, sur une largeur 
de 1 mètre. La plus grande élévation se trouve vers 
l'entrée, et ne dépasse pas 18 décimètres : aussi, comme 
le reste de la grotte est plus bas, un homme de moyenne 


( 597 ) 
taille ne peut guère s’y tenir debout. Le couloir qui 
mène à la salle principale est remarquable en ce que 
ses côlés et son toit paraissent d’une seule masse cal- 
caire, dont la surface est presque aussi unie que celle 
des schistes argileux qui accompagnent les houilles. 

La galerie de gauche se prolonge à une distance 
égale à celle de droite; on y pénètre plus difficilement, 
étant beaucoup plus basse. Cette galerie se termine 
par une espèce de trou d’environ 6 décimètres en 
carré d'ouverture, sur 4 mètres de profondeur, et d’une 
inclinaison d’environ 60°. On n’y observe aucun osse- 
ment; il en est de même dans le couloir ou galerie de 
droite. Le calcaire de cette partie paraît d’un bleu 
moins foncé que celui qui forme la salle principale; 
sa surface extérieure est recouverte d’une couche 
assez épaisse de stalactites et de stalagmites calcaires 
d’un brun jaunâtre sale. Sa masse est également tra- 
versée par de nombreux filets spathiques. 

La Grotte des Morts se termine par une petite 
salle de 1 mètre carré, dans laquelle se trouvent tous 
les ossemens humains. Au fond de cette salle s’élève 
un trou incliné d’environ 45° au-dessus du pavé ou 
du sol de la grotte qui est horizontal. Ce trou peut 
avoir 2 mètres d’élévation; on le voit communiquer par 
un autre trou supérieur à une seconde excavation pa- 
rallèle à la salle principale, dans laquelle on rencontre 
quelques ossemens humains, mais qui, quoique adhé- 
rens au rocher, ont sans doute été posés dans cet en- 
droit par quelques curieux. Cette excavation, d’une élé- 
vation d'environ 16 décimètres, est légèrement inclinée 
en arrière, en se terminant par une arête de 1 mètre. 


( 398 ) 

Sa base, presque elliptique, a 2 mètres de long sur 1 de 
large. Ce trou n’a aucune issue. Quant au toit ou plan- 
cher de la salle principale, il se trouve élevé de 16 centi- 
mètres au-dessus du vrai sol qui est couvert d’ossemens 
humains, dont quelques-uns sont isolés. On ne peut 
pas irop reconnaitre l'épaisseur de celte couche d'os- 
semens, de même que la profondeur d’un trou que 
l’on voit sur la gauche; il est de la largeur du bras, 
et descend perpendiculairement. On s'aperçoit qu'une 
assez grande quantité de ces ossemens sont unis au 
rocher même, et qu'ils y ont élé fixés par des incrusta- 
tions calcaires qui les enveloppent et qui les recou- 
vrent encore. En général, ils n’y sont fixés qu’à une 
très-petite hauteur, et cela dans un lieu qui est lui- 
même très-peu élevé. Vers le {ond, et sur la droite de 
l’excavation ou salle principale, on remarque la cavité 
d’une tête dont la face était tournée vers le ciel, et 
dont il ne reste plus aujourd’hui que le crâne. 

Les parois de cette salle sont formées par un cal- 
caire compacte bleu foncé, sans aucun filon de chaux 
çarbonatée spathique ; une couche Lrès-épaisse de sta- 
lactites également calcaires a presque entièrement re- 
couvert ce calcaire compacte, en sorte que les parties 
extérieures de la grotte en sont presque entièrement 
composées. 

A peu près partout, dans la salle principale, l’on 
découvre des ossemens humains, principalement des 
os de la tête, et des os longs. Ges os s’y trouvent sans 
rapport avec le squelette; il serait impossible d’en re- 
trouver assez pour reconstruire un squelette entier. 
Aussi; zand on considère la manière dont ces os y 


( 599 ) 

sont réunis pêle-mêle, n'ayant aucun rapport ayec 
leur position naturelle, et leur rapprochement ou leur 
éloignement ne coïncidant pas avec l’âge des indivi- 
dus auxquels ils ont appartenu, on ne peut s'empêcher 
de supposer que ces os ont été transportés dans les 
lieux où on les découvre aujourd’hui, non avec les ca- 
davres dont ils avaient fait partie, mais déjà séparés 
des parties molles qui les entouraient. Pour en revenir 
à l’abondance des ossemens humains, lorsque nous vi- 
sitâmes celle petite caverne, nous en détachämes un 
assez grand nombre, soit des parois mêmes, soit du 
sol; comme le sol nous parut très-sonore, nous sup- 
posâmes qu'il pouvait être creux. Nous fimes donc 
sonder le point le plus retentissant, mais nous recon- 
nûmes bientôt que ces parties sonores n’élaient que 
des portions plus épaisses de tuf calcaire qui avaient 
enveloppé les ossemens, lesquels étaient remplis en 
partie par une terre calcaire d’une grande finesse, co- 
lorée par des oxides de fer. 

Telles sont les principales particularités de la ca- 
verne à ossemens de Duarfort où existent disséminés 
de nombreux ossemens humains, soit de jeunes sujets, 
soit d'hommes adultes (et sans contredit ce sont les 
plus abondans), soit enfin de quelques-uns qui pour- 
raient bien avoir appartenu à des femmes, ainsi que 
nous l’avons déjà fait remarquer. Avec ces ossemens 
humains, l’on ne découvre aucun débris qui ait appar- 
tenu à des animaux quelconques, à l’exception de la 
coquille que nous avons déjà signalée; ce qui prouve 
la nouveauté du calcaire sédimentaire ou tuf qui en- 
veloppe Les os. Quant à la grotte en elle-même, elle 


( 400 ) 

n’a rien de remarquable, et mériterait peu d’être vi- 
sitée, si elle n’offrait pas cette multitude d’ossemens 
humains faits pour surprendre par une suite des dif- 
ficultés que l’on éprouve à la visiter. Elle ne pré- 
sente point, comme presque toutes les cavernes si nom- 
breuses dans le calcaire jurassique des Gévennes, ces 
sillons si profonds, à rebords arrondis, et à peu près 
parallèles, qui signalent le travail des eaux souter- 
raines. Ces eaux se sont bornées ici à incruster d’une 
couche plus ou moins épaisse de stalactites les parois 
ou le sol des galeries, et à revétir de leurs dépôts les 
ossemens qu’elles y ont rencontrés. Aussi est-il pro- 
bable qu’il n’y entre d’autre eau que celle qui filtre 
en tout temps au travers de la montagne, eau dont il 
est facile de reconnaître la distillation, en observant 
les gouttes qui tombent de la voûte dans la salle prin- 
cipale comme dans les autres cavités. 

Ces faits établis, on peut se demander certainement 
à quelle cause probable peut être attribuée la présence 
d’une si grande quantité d’ossemens humains dans une 
pareille caverne. 

Plusieurs hypothèses se présentent comme d’elles- 
mêmes; on pourrait d’abord supposer que ces osse- 
mens sont les restes des individus qui y ont péri, soil 
parce qu’ils yavaient été enfermés, soit par la chute des 
rochers qui forment la voûte de cette grotte. La pre- 
mière idée se réfute d’elle-même; car si des hommes 
de sexes et d’âges différens y avaient été renfermés vi- 
vans, quelques-uns d’entre eux auraient été périr ail- 
leurs que dans la salle principale, et leurs os conserve- 
raient quelque rapport avec l’ordre qu'ils avaient dans 


(dot ) 
le squelette. La même observation s’applique à l’idée 
de les concevoir comme les restes d’infortunés victimes 
d’un éboulement fortuit; d’ailleurs les rochers qui com- 
posent la Grotte des Morts, formant une voûte encore 
assez élevée, n'auraient pu les écraser. On ne peut pas 
non plus les considérer comme les restes des cadavres 
que l’on y aurait ensevelis, même quand la difficulté de 
l'entrée n’y mettrait pas un obstacle invincible, parce 
que leur arrangement s'oppose à l’idée de cadavres 
entiers ainsi volontairement abandonnés ou déposés. 

Il ne reste donc plus qu’à les concevoir comme des 
ossemens isolés qui y ont été transportés par une çause 
quelconque; mais il reste à savoir si ce sont les eaux 
qui les ont réunis ; l’on ne peut le supposer, en consi- 
dérant que si les eaux les avaient charriés, elles les au- 
raient plutôt disséminés de la manière la plus irrégu- 
lière, que rassemblés dans une seule de ces cavités 
souterraines. Dès lors ces os semblent y avoir été trans- 
portés déjà dépouillés des parties molles qui les re- 
couvraient, et cela par les habitans du pays et non per 
des causes naturelles. Ils les auront uniquement placés 
dans la salle principale, afin de ne point obstruer les 
passages déjà bien resserrés qui y conduisent, espérant 
peut-être remplir avec le temps cette salle des objets 
de leur vénération; mais par la suite des choses hu- 
maines, les peuples qui rendaient ce dernier hommage 
à la mémoire de ceux qui leur étaient chers ont dis- 
paru eux-mêmes, et ce pieux usage à fini par s’éteindre 
tout-àh-fait. 

Celie opinion est suggérte par l’aspect des lieux, la 
manière dont cette grolle a été découverte de nouveau, 


( 402 ) 

et surtout par les pierres plates posées l’une sur l’autre, 
unies ensemble, et liées au rocher par un ciment so- 
lide, sorte de colonnes à l’aide desquelles on a cherché 
à soutenir le pilier gauche de la salle principale. Ge 
pilier ayant été construit de main d'homme, il ne peut 
avoir été bâti que dans le but de soutenir la voûte, et 
d’assurer le pieux usage que l’on voulait donner à cet 
édifice. Mais ce ne sont point les seules constructions 
qui prouvent que les ossemens humains renfermés 
dans la grotte de Durfort y ont été transportés. En 
effet, lorsque le maître mineur Maruteu découvrit, il 
y a une soixantaine d'années, celte grolte, il s’aperçut 
qu’il existait dans la partie de la montagne de la Coste 
qui se trouvait au-dessus des mines de plomb, une ou- 
verture naturelle dans Le rocher, laquelle avait été 
bâtie. Supposant que cette ouverture ou fente du ro- 
cher devait conduire à quelque mine déjà ouverte, il 
démolit les matériaux à laide desquels on l'avait fer- 
mée. Il ne fut pas peu surpris, après avoir franchi cette 
ouverture, de ne trouver dans les excavations aux- 
quelles elle conduisait que des os humains, au lieu des 
filons qu’il espérait y rencontrer. I conçut alors pour- 
quoi la fente du rocher avait été fermée et murée avee 
tant de précautions, et lui-même il y fit jeter une 
grande quantité de pierres pour empêcher d'y péné- 
ter. La curiosité l’a emporté sur ses pieuses inten- 
tions; les voyageurs qui ont parcouru ces lieux ont 
cherché à rendre moins pénible Paccès de ce souter- 
rain, et peu à peu les pierres qui obstruaient le passage 
ont été enlevées. 


Après des faits aussi positifs, il serait presque inutile 


( 405 ) 
de discuter la question de savoir si ces ossemens peu- 
vent être considérés comme réellement fossiles. Ge- 
pendant, comme ils ont été décrits comme tels, faut-il 
bien faire quelques observations à cet égard. 

En premier lieu, les couches évidemment modernes 
qui enveloppent ces os ne peuvent être assimilées à ces 
couches vieilles et solides de la terre qui ne se forment 
plus de nos jours. En effet, les calcaires sédimentaires 
et les tufs se précipitent et se forment encore dans les 
temps actuels, et comme les os de Durfort ne sont en- 
veloppés que par des tufs calcaires, ou par des terres 
meubles, on ne peut, ce me semble, les considérer 
comme fossiles, au moins dans la véritable signification 
de ce mot. Dira-t-on que ces ossemens sont incrustés 
d’une couche très-épaisse de tuf, et que cette couche 
n'ayant pu se déposer que peu à peu, il a fallu un 
temps considérable pour la former? mais par un temps 
considérable faudrait-il admettre plusieurs centaines 
de siècles, lorsqu'il est certain que ces eaux souter- 
raines chargées de carbonate de chaux à raison de 
l’excès de l’acide carbonique qu’elles contiennent par 
une suite de la grande pression qu’elles supportent, 
le laissent précipiter presque instantanément, dès 
qu’elles ont le contact de l’air extérieur ? Aussi voit- 
on les eaux incrustantes former dans peu de temps 
des dépôts très-étendus, el à tel point que dans cer- 
taines cavités, même souterraines, ces dépôts finissent 
par les encombrer et les obstruer presque entièrement. 
Dès lors il est aisé de juger qu'il ne faut pas un temps 
bien long pour former des tuis de quelques millimètres 
d'épaisseur. 


( 404 ) 

À ces faits bien connus nous ajouterons un exemple 
assez remarquable de la célérité avec laquelle les 
eaux souterraines incrustent et enveloppent les objets 
sur lesquels elles se précipitent. Nous prendrons cet 
exemple dans la manière dont des ossemens ont été 
incrustés dans des cavernes, et cela depuis des époques 
peu éloignées. 

M. pe MansoLier, que nous avons déjà cité, descen- 
dit, le 15 juillet 1780, dans la Grotte des Demoiselles, 
près de Saint-Bauzile, dans le département de l’'Hé- 
rault. Il y laissa une bouteille bien scellée, avec le 
procès-verbal de ce qu’il y avait observé; une plaque 
de plomb sur laquelle on avait gravé les noms de ses 
compagnons, et enfin une têle de veau et de cochon. 
Les premiers de ces objets furent placés de manière 
à éviter autant que possible toute incrustation. Le 
27 février 1817, c’est-à-dire trente-six ans et huit mois 
après leur dépôt, la bouteille fut retrouvée pleine 
d’eau, sans trace du bouchon ni du procès-verbal; la 
plaque de plomb, recouverte seulement de quelques 
grains de chaux carbonatée concrétionnée, offrait en- 
core les traces des noms qui y avaient été gravés; mais 
il en était bien autrement des têtes de veau et de co- 
chon. La première avait été décomposée en entier dans 
de certaines parties, dont on ne pouvait supposer 
l'existence que par la présence des dents qui signa- 
laient la place où devaient exister les mâchoires. La 
chaux carbonatée qui incrustait cette tête était d’une 
duveté telle qu’il ne fut pas possible d'enlever cette 
couche d’albâtre dont l’épaisseur était d’environ1 » cen- 
timètres. Il en était à peu près de même de la tête de 


( 405 ) 

cochon : mais ici les os existaient encore, n’ayant point 
perdue leur substance animale, à l’exception de la por- 
tion qui remplissait l’intérieur des cellules qu’ils of- 
frent entre leurs lames compactes. Quant à la partie 
animale qui semble réunir le phosphate et le carbonate 
de chaux, celle-ci subsiste encore comme dans les os 
non fossiles dont nous avons donné Fanalyse; à peine 
quelques grains de chaux carbonatée ont-ils rempli les 
vides laissés par la décomposition de la substance ani- 
male interne ou médiane. Ces os, quoique incrustés 
dans une couche d’albâtre de 8 à 10 centimètres d’é- 
paisseur, n’offrent donc pas une plus grande proportion 
de carbonate de chaux chimiquement combinée que 
s’ils étaient frais. Les seules petites molécules calcaires 
que l’on observe dans les vides de la substance cellu- 
laire y sont si peu combinées qu’il est facile de les 
enlever, puisqu'elles n’y adhèrent que mécaniquement, 
comme dans tous les dépôts qui s’opèrent encore de 
nos jours. 

Le calcaire concrétionné qui enveloppe ces os de 
cochon est aussi blanc que le plus bel albâtre ou le 
plus pur des marbres statuaires. Quoique composé en 
petit de lames rhomboïdales éelatantes, on reconnaît 
sa structure concrétionnée et sa formation par cou- 
ches successives, lorsqu'on fait une cassure perpendi- 
culaire au sens des couches. Cet albâtre est remar- 
quable par sa grande dureté, dureté telle que le cuivre 
ne le raie qu'avec peine, et qu’il raie facilement les 
marbres les plus compactes. 

Il ne peut cependant entamer le verre blanc, tandis 
qu'il l’est fortement par l’acier. Ce calcaire est à la 


( 406 ) 

fois si dur et si tenace qu'il n’a pas été possible d’en 
détacher en entier la tête de cochon qui s’y trouvait 
incrustée : tout ce que l’on a pu faire a été d’en en- 
lever une portion de l'os maxillaire inférieur, portion 
que nous conservons dans nos collections. L’autre por- 
tion, mise cependant à découvert, est restée dans la 
grotte, et, pour la faire retrouver plus facilement, les 
marteaux et les ciseaux qui s’étaient brisés par le choc 
contre ces stalagmites si dures ont été laissés à côté 
de la mâchoire même (1). Les stalactites, comme les 
stalagmites de cette grotte, paraissent le plus générale- 
ment composées de chaux carbonatée pure avec excès 
d'acide; aussi se dissolvent-ils en entier dans les acides 
minéraux avec une vive eflervescence et une grande 
rapidité, 

Les autres objets laissés par M. Mansozrer furent 
trouvés plus ou moins altérés. Une poutre qui avait 
servi à faciliter les passages les plus dangereux était 
presque pourrie, recouverte d’une mousse épaisse et 
d’une terre argilo-calcaire remarquable par sa finesse. 
Les assiettes, au moins celles qui n'avaient pas été in- 
crustées dans le rocher par les stalagmites, étaient 
remplies d’eau et recouvertes d’une couche plus ou 
moins épaisse de chaux carbonatée concrétionnée. 
Mais les objets naturels que M. Mansorier avait dé- 
crits avec détail dans sa relation imprimée en 1785, 
parurent bien plus changés. L’on aurait pu se croire 


(1) Lorsqu'on descendra de nouveau dans la grotte de Durfort, ox 
€ É ve ; , . 
pourra juger de la rapidité avec laquelle s’y opérent les incrusta- 
5 J J 


tions. 


( 407 ) 
dans un lieu différent de celui qu'il avait décrit, si- 
non en naturaliste, du moins en écrivain élégant et 
fidèle, tant les changemens que les eaux occasionent 
dans les cavités souterraines, surtout dans celles aussi 
immenses que la Grotte des Demoiselles, sont prompts 
et rapides (1). 

Toutes les recherches furent vaines pour retrouver 
la tête humaine qui surprit d'autant plus M. Manso- 
LIER et ses compagnons, qu'ils la rencontrèrent dans 
la dernière salle de la grotte, salle où ils n’avaient pu 
pénétrer qu'après avoir fait jouer la mine. Aussi sup- 
posa-t-il que cette tête y avait été entraînée par les 
eaux qui, pendant l’hiver, inondent quelquefois cette 
caverne. L’on peut aisément s’imaginer quelles mé- 
prises cette têle aurait pu entraîner, si on l'avait dé- 
tachée du même rocher où se trouvaient des ossemens 
de veau et de cochon, et si, à cause de cette réunion, 
on s'était persuadé que ces débris y avaient été ense- 
velis par les anciennes catastrophes qu’a subies la terre, 
et dont les vrais fossiles sont des témoins muets, mais 
irrécusables. 

Il en est à nos yeux des ossemens humains décou- 
verts dans la grotte de Durfort, comme de la tête hu- 
maine trouvée dans celle des Demoiselles. Les unset les 


a ————_—_——————_———— 


(1) M. Manrsozrer estima que la grandeur de la dernière on de la 
plus vaste salle de cette grotte était au moins égale à la moitié de 
la ville de Ganges, ville d’une’ population de six à sept mile âmes. 
Quant à son élévation, il présuma qu’elle dépassait 100 mêtres. Ces 
dimensions, quelque étonnantes qu’elles puissent paraître, sont Join 
d’être exagérées : c’est du moins l'opinion que nous a donnée la vue 
de cette étonnante caverne. 


( 408 j 

autres y ont été transportés, et s’il peut être probable 
que ce soit les eaux qui aient charrié la tête décrite 
par M. Mansozrer, il ne l’est certainement pas relati- 
vement aux os de Durfort. Nous dirons avec une sorte 
d’orgueil que notre opinion à cet égard a été partagée 
par MM. les docteurs Sazenpre et Trissies, eux qui 
ont visité avec le plus grand détail la Grotte des Morts 
et nous ont éclairé de leurs lumières. Selon ces natu- 
ralistes, le peu d’altération des os de Durfort, la ma- 
nière dont ils sont ensevelis, les terres qui les enve- 
loppent, tout annonce qu’ils y ont été transportés par 
les hommes, et non point par l’effet d’une inondation, 
ou par toute autre cause, qui, loin de les réunir dans 
un même lieu, les aurait disséminés çà et là sur un 
espace plus ou moins étendu. Ges observateurs pensent 
encore qu’il devait exister une ouverture plus considé- 
rable pour pénétrer dans cette grotte, ouverture que 
l’on n’a pas encore su découvrir. 


RAA AT LE LU EL LEE BULLE AU LULU LAS a eut 


OBSERVATIONS 


Sur la culture et la multiplication du F'anillier, 
et sur les moyens d'en conserver les boutures ; 
par M. PerroTTET, membre résidant. 


Le vanillier / Epidendrum vanilla) appartient à la 
famille des orchidées, selon les observations du savant 
Gzænrnen. Le législateur des botanistes l’avait compris 
dans le genre des angrecs; mais c’est une erreur, 
puisque le vanillier en diffère et par sa capsule bi- 
valve et surtout par ses sémences non arillées. L'an. 
grec et le vanillier sont l’un et l’autre plantes sarmen- 
teuses; leurs racines longues et traçantes recherchent 
le voisinage des arbres et s’attachent à leurs troncs. 
Par sa nature semi-parasite, le vanillier est d’une con- 
servation très-diflicile, quoi qu’en disent certains écri- 
vains. Les moyens de le cultiver et de le multiplier 
dans les endroits où il netcroît pas naturellement sont 
plus difficiles encore. Ch dant voici un procédé que 
je crois devoir indiquer comme élant un des plus 
convenables et qui m'a paru réussir le plus ordinai- 
rement. 

Il faut d’abord choisir, autant que possible, des 
bourgeons ni trop vieux, ni trop jeunes; la pousse 
d’une année est à mon avis celle qu’on doit préférer 
à celle de deux ou tro ans. L'on coupe ensuite ces 
mêmes bourgeons par morceaux, de trois à quatre 

25 


(410) 

nœuds de longueur, en conservant toutes les feuilles, 
et l’on place chaque bouture, ainsi préparée, au pied 
de tout arbre dont l’écorce est tendre, inégale, et par 
conséquent propre à lui servir de tuteur. On évitera 
surtout de suivre la pratique ordinaire, laquelle con- 
siste à enfoncer les boutures de 8 à 10 centimètres 
(3 à 4 pouces) et verticalement dans la terre; les bou- 
tures ainsi traitées pourrissent presque généralement 
avant d’avoir repris; mais on les couchera horizonta- 
lement à la superficie d’un sol humide, au pied et 
sous les arbres qu’on leur a choisis. On les enterrera 
de façon à ce qu’elles se trouvent à fleur du sol. Avant 
la plantation il sera bon de labourer et d’ameublir la 
terre avec la houe à une certaine profondeur, afin 
d’enlever toutes les mauvaises herbes qui nuisent aux 
tiges du vanillier. 

J'ai dit qu’on devait donner la préférence aux tiges 
de l’année; il convient d’en faire sentir l'importance. 
J'ai remarqué partout où la culture du vanillier est 
faite avec soin, que les boutures de trois ans, et même 
celles de deux années, demeuraient long-temps en 
terre avant de donner le a léger signe de végéta- 
tion, et que très-souvent elles pourrissaient. Cet in- 
convénient est facile à concevoir : les yeux des vieux 
rameaux s’éteignent au fur et à mesure que la hampe 
se dépouille de ses feuilles et que le tissu cellulaire 
prend de la consistance. 

C’est sur le bord des criques, des ruisseaux et des 
rivières que les plantations du vanillier doivent se 
faire; partout, en un mot, où la terre conserve tou- 


jours un peu d'humidité et une fraicheur permanente, 


( 4ai 
cette plante prospérera toujours, quand elle y sera 
traitée convenablement. Il est essentiel qu’elle soit 
abritée des rayons du soleil, dont l’action brûlante 
tendrait à altérer rapidement le tissu organique de ses 
tiges molles et spongieuses. 

Les boutures pousseront d’abord de longs mamelons 

radiculaires long-temps avant que la végétation exté- 
rieure s’établisse ; ensuite les jeunes bourgeons com- 
menceront à se développer, et s HIlongbront rapide- 
ment en se dirigeant vers l'arbre placé pour leur offrir 
un appui. À chaque nœud naîtra une feuille assez sem- 
blable à celle du plantain / Alisma plantago), et de 
son aisselle, ou un peu en dehors, sortiront des petites 
vrilles ou griffes qui s’implanteront souvent dans l’é- 
corce du tuteur, et quelquefois même sembleront faire 
corps avec lui, surtout lorsque celte écorce sera de 
nature à se prêter à leur introduction. Les bourgeons 
bien développés continueront à végéter vigoureuse- 
ment. La bouture qui a servi de mère-nourrice aux 
bourgeons naissans se décompose bientôt après, et 
finit par tomber en pourriture. La plante ne tient alors 
plus à l'arbre que par lé moyen de ses vrilles, qui 
s'étendent à la surface de la terre sans pénétrer plus 
avant que de quelques millimètres. 

Chaque vrille pousse à son extrémité une quantité de 
mamelons courts, radiculaires et visqueux, destinés à 
pomper l'humidité du sol et alimenter la plante tout 
entière. J’ai vu dans les forêts de Manille et dans celles 
de la Guyane des vanilliers dont les tiges étaient mortes 
jusqu’à la hauteur de 3 à 4 mètres (10 à 12 pieds), 
végéter vigoureusement, et continuer à monter le long 

c&. 


( 412 ) 

des grands arbres voisins. À mesure que leurs vrilles 
se développaient, elles descendaient en spirale jusqu’à 
terre, et là elles s’accrochaient au tronc, et étendaient 
leurs longs doigts (qu’on me passe ce mot) sur le sol, 
se cramponnaient à l’aide d’une foule de radicules 
mamelonnées. La succion de ces radicules fournit une 
grande abondance de sève à toutes les parties de la 
plante, et lui donne la force nécessaire pour atteindre 
aux plus hautes sommités et les couvrir de ces fruits 
noirâtres qui servent à parfumer le chocolat et diverses 
autres préparations économiques. 

Il n’est pas moins vrai que le vanillier peut se con- 
server vert fort long-temps, sans adhérer à la terre ; 
mais alors la végétation est à peu près nulle; elle l’est 
absolument, surtout lorsque les plantes sont expostes 
aux rayons brûlans du soleil, et la mort ne tarde pas 
à s'en emparer. 

L'époque de l’année la plus propre à faire des bou- 
tures de vanilliers, dans les pays chauds, ct particu- 
lièrement à la Guyane, où j'en ai observé de superbes, 
est la saison des pluies. Les boutures mises en terre 
avant ce temps ne font aucun progrès, quels que soient 
les arrosemens qu’on leur prodigue, et elles pourrissent 
le plus souvent. J’en ai acquis la certitude à Cayenne : 
des boutures plantées au mois d'août, arrosées régu- 
Jièrement tous les jours, n’ont présenté aucun signe 
de végélation avant le mois de novembre, où les pluies 
sont venues aider à leur développement et produire 
par leur influence seule ce que la main de l’industrie 
n'avait pu obtenir, 

A l'égerd de la reprise de cette plante, je dois ajouter 


(415) 

qu'elle ne se fera avec succès que dans les endroits où 
les arbres seront tellement rapprochés les uns des au- 
tres, que leurs cimes larges et toullues intercepteront 
tout passage aux rayons solaires : cette privation, qui 
nuirait À tous les autres végétaux, est indispensable 
au vanillier; mais aux environs il ne veut souffrir au- 
cun arbrisseau, aucun arbuste, pas même la plus petite 
herbe; on doit tout arracher sans exception. 

Il ne suflit pas de donner des règles pour la culture 
du vanillier, il faut aussi s'occuper des moyens de 
transporter les boutures au loin, d'assurer leur con- 
servation pendant les longues traversées de mer, et 
surtout leur reprise dans des climats nouveaux. Cette 
partie de mon travail me paraît un complément néces- 
saire à tout ce que je viens d’exposer, 

Jde dirai ce que j'ai fait : c’est, je crois, le moyen 
de convaincre. 

En février 1819, nous primes, en passant à Cayenne, 
pour porter à l’ile de Mascareigne, plusieurs caisses 
de boutures de vanilliers, qu'on nous envoya toutes 
préparées de la Gabrielle, et qu'on nous recommanda 
d’arroser souvent. Le capitaine Purriserr voulut ri- 
goureusement exécuter cet ordre funeste, re pensant 
pas que la personne qui nous l’inposait n'avait point 
pour elle l’expérience, et ignorait également la nature 
du vanillier et les soins qu'il exige pour sa conserva- 
tion en mer. Le procédé indiqué fut suivi exactement: 
il en résulta que chaque jour je vis tomber de nom- 
breuses boutures, par la seule cause de la trop grande 
quantité d’eau, que souvent on laissait stagnante dans 


les caisses, Arrivés à l’ile de Masçcarcigne, il nous restait 
OU; 


(44) 
à peine quelques boutures saines; toutes avaient péri 
ou se trouvaient dans le plus triste état. Ge qui restait 
a cependant sufli pour introduire cette plante pré- 
cieuse dans la colonie. Nous apprimes avec plaisir, à 
notre retour d’Asie, que nos plantations avaient par- 
faitement réussi. J’ai depuis acquis la certitude qu’elles 
continuent à prospérer. 

Dans une relâche que nous fimes à Manille, je pro- 
fitai de ce moment pour visiter les forêts voisines. Ma 
course ne fut point inutile; outre un bon nombre de 
végétaux remarquables que je recueillis, j’eus le bon- 
heur de découvrir le vanillier dans les bois vierges 
éloignés de la capitale de 4 myriamètres (8 lieues) 
environ. Gette plante était entièrement ignorée des 
habitans, je Jugeai à propos de la leur faire connaître, 
et de leur indiquer le lieu où elle se trouvait. Ils furent 
enchantés de ma découverte, mais je doute fort qu'ils 
en profitent, et qu’ils s’adonnent à sa culture; la paresse 
est un vice inhérent aux peuples de ces contrées éloi- 
gnées, et là, comme chez nôus, la routine éteint 
bientôt l’enthousiasme, accable la meilleure volonté, 
et enchaîne tout sous son joug de fer. 

Quant à moi, je ne me contentai pas de ma décou- 
verte; je fis une ample récolte de boutures, je pris les 
plus vigoureuses et les plus susceptibles de résister 
aux essais auxquels je voulais les soumettre. Elles m’ap- 
partenaient, et à ce titre J'étais le maître de les traiter 
à ma manière. Mon but était de m'éclairer, de dissiper 
les doutes que m'inspirait la méthode qu’on nous avait 
dictée, et d’être le promoteur d’une culture importante 


dans une colonie française. 


(415) 

Je préparai mes boutures de quatre manières dif- 
iérentes : 

1° J'en disposai un paquet coupées à la longueur 
indiquée ; je l’enveloppai dans du papier et l’enfermai 
dans une caisses 

2° J’en plantai dans une seconde caisse qui conte- 
nait de la terre assez humide. 

3° J’en mis un certain nombre couchées horizon- 
talement sur la terre des caisses, sans les y enfoncer 
aucunement. 

4 de pris plusieurs tiges que je conservai dans 
toute leur longueur; quelques-unes avaient plus de 
4 à à mètres (12 à 15 pieds), je les roulai sur elles- 
mêmes en forme d’anneaux circulaires, et les plaçai 
de la sorte sur la terre des caisses et sous les plantes. 

J'ai conservé les premières intactes pendant près 
de trois semaines; quelques petites vrilles parurent 
alors se développer, mais elles ne tardèrent pas à dé- 
périr sensiblement faute d'humidité. Il est vrai que la 
caisse ne fermait pas hermétiquement, et que je l’ou- 
vrais de temps à autre pour en visiter les boutures. Il 
est possible que, si la caisse eût été mieux gouvernée 
et que les boutures n’eussent pas ainsi été exposées 
à l’air, elles se fussent mieux conservées. 

Les boutures de la seconde expérience se sont 
trouvées toutes pourries au moment du débarque- 
ment, 

Les troisièmes se seraient presque -toutes conser- 
vées, si plusieurs d’entre elles n’eussent pas été trop 
tôt exposées au soleil. 

Les quatrièmes étaient toutes également saines ; au 


(416) 
cun des faisceaux circulaires n’avait souffert ; quelques 
vrilles ou racines s'étaient développées en s’introdui- 
sant légèrement dans la terre. 

J'avancerai donc, d’après cela, que la meilleure 
manière de conserver les boutures de vanillier, trans- 
portées par mer, est la dernière méthode, puisqu’a- 
près deux mois et demi qu’elles avaient été coupées, 
séparées de la terre et de l'arbre sur lequel elles s’é- 
tient établies, aucune n’avait éprouvé la plus légère 
altération. Elles étaient toutes dans la plus belle dis- 
position, et poussaient même déjà des vrilles et des 
bourgeons ; sans aucun doute, elles auraient pu se con- 
server plus long-temps, aussi n’ai-je pas le moindre 
scrupule à proposer ma méthode comme la plus cer- 
taine, je dirai plus, comme la seule convenable. Elle 
devra donc être employée de préférence à toute autre, 
lorsqu'on voudra faire des envois ou transports de 
cette nature par mer. 

Il est important d’ajouter ici que les faisceaux cir- 
culaires demandent pour leur conservation d’être ar- 
rosés de temps à autre, toujours avec modération, et 
seulement pour empêcher le tissu organique de se des- 
sécher. 

On les préservera des rayons du soleil en se servant 
d’une toile dont Ha caisse qui contiendra les boutures 
devra être revêtue, ainsi que je l’ai indiqué dans mon 
mémoire sur le gouvernement des plantes expédices 


par voie de mer, inséré dans premier volume des Actes 
de la Société. 


BAY VA AAA AY VU VV VALUE VA VUS WA VU VAR LADY LUNA 
. 


MELONNIÈRES MOBILES 


ET PARQUÉES 


Adoptées dans le jardin de Fromont, par M. SouLaxce- 


Bopin, correspondant. 


IL n’est pas de potager passablement organisé qui 
n’ait, sous une exposition méridienne, un coin réservé 
pour l'établissement des couches, et principalement 
pour la culture des melons, ce qui me fait donner à 
cet endroit le nom particulier de melonnière. 

La melonnière est, en général, abritée du nord par 

un mur suffisamment élevé. Le mur qui la ferme du côté 
du midi, n'étant là que pour la clôture, doit être aussi 
bas que possible, et il est avantageusement remplacé 
par une palissade assez serrée pour empêcher l'accès 
des animaux. Les murs du levant et du couchant s’a- 
baissent, en s’écartant de celui du nord, sur un angle 
déterminé par la hauteur que l’on a donné au mur ou 
à la palissade du midi. L’enceinte est d’une étendue 
proportionnée aux besoins du propriétaire. 
_ On introduit continuellement dans cette enceinte 
des fumiers neufs. Ils s’y consomment en remplissant 
leur destination. Ils en sortent sous la forme de paillis 
ou de terreau propres à d’autres usages. 


(418) 

Mais les amas de fumiers, quelquefois considérable s 
el toujours renouvelés , ne reliennent pas dans leur 
propre masse toutes leurs vertus. Ge que le jardinier 
leur demande surtout, c’est la chaleur que leur fer- 
mentation produit. Les autres principes utiles qu’ils 
contiennent, et qui constituent l’engrais proprement 
dit, incessamment lavés et délayés par les eaux de 
l’arrosoir ou du ciel, se répandent sur le sol et sont 
dispersés par les météores, ou bien ils pénètrent ke sein 
de la terre aussi profondément que le souffre la per- 
méabilité du sol, ils s’y accumulent, et y restent pour 
toujours déposés en pure perte. Gest véritablement 
un trésor enfoui. 

J’ai été dans le cas, pour l'établissement de mes 
serres, de détruire une ancienne melonnière dont le 
fond de terre se trouve fortement saturé par une sorte 
de lessive stercorale à plusieurs décimètres de profon- 
deur, et qui servait en outre de repaire à des myriades 
de courtilières dont on ne pouvait pas se débarrasser. 

Cette observation m’a donné l’idée de ne plus re- 
placer les couches, suivant l’usage, dans un endroit 
fixe et déterminé, mais de les porter successivement 
dans tous les carrés du potager, avec la simple précau- 
tion d’entourer ces carrés d’abris ou brise - vents, au 
moins par les côtés exposés aux mauvaises influences. 

J'ai recueilli de cet essai les avantages les plus mar- 
qués et les plus prompts. Ils seront saisis par tout cul- 
tivateur. J’ai parqué ma melonnière comme le berger 
parque son troupeau, et mes couches, oserai-je achever 
la comparaison? ont déposé leur fiente et leur urine 
comme les brebis du laboureur. 


(419) 

Quand j'ai changé la melonnière de place, le carré 
abandonné a recu un labour profond; il a donné sans 
engrais des légumes superbes, et conservé, pour long- 
temps, une fertilité que ne lui eussent point donnée 
les procédés ordinaires 


Mon système est susceptible encore d’être beaucoup 
perfectionné. Je le livre aux propriétaires, aux jardi- 
niers instruits, et j’apprendrai avec plaisir les amélio- 
rations que la pratique leur fera découvrir. 


J'ai laissé mes melonnières mobiles trois ans à la 
même place. Si mes brise-vents avaient été plus soli- 
dement faits, j'aurais essayé de les y laisser un peu plus 
long-temps. 

Ces abris peuvent se faire, suivant le pays où l’on se 
trouve, avec la paille du seigle, du riz et du maïs, ou 
bien avec le roseau commun, avec le belet utile Arundo 
donax, les élagures de saule, d’osier, d’aune, et autres 
bois un peu flexibles. Afin de pouvoir les transporter 
où l’on veut, et les réparer facilement en cas de besoin, 
il est bon de les établir par panneaux, que l’on fixe à 
l’aide de pieux. 


Ces clôtures bien faites n’ôtent rien à la propreté 
qui doit régner dans un jardin. Leur simple aspect 
procure ce sentiment de satisfaction qu’excitent tou- 
jours les efforts et les utiles recherches de l’industrie; 
on peut les orner avec un cordon de vignes, de chèvre- 
feuilles, de ménispermes, de Bignonia capreolata, où 
bien cultiver à leurs pieds des plantes potagères qui 
ont besoin d'appui, comme les haricots, les capucines, 
les pois, les dolics, etc.; on peut y palisser même des 


( 420 ) 
pêchers tout formés pour en tirer immédiatement du 
fruit, etc., etc. 

L'établissement, l’entretien et le renouvellement de 
ces brise-vents ne me paraissent pas devoir coûter 
plus que la construction et l'entretien d’une melon- 
nière ordinaire. 

J'ai obtenu un autre avantage sur lequel je ne 
comptais pas; les courtilières ont presque entière- 
ment disparu. 


VA LVAA VV VV VV VVAV VU VE VV 00 0/8 VARRLVVAAUVUV MVUY VU LAVAV VA VV 


ADDITION 
AU MÉMOIRE DE M. PERSOON 


INTITULÉ : 


Instruction sur la manière de recueillir et de préparer 
les Champignons pour les Herbiers (). 


Quann dans mon mémoire (pag. 8s et suiv.), j'ai 
parlé du sublimé corrosif pour éloigner les vers et les 
autres insectes des champignons destinés à être con- 
servés dans les herbiers, mon intention n’a point été 
d'indiquer cette substance comme le seul préservatif, 
puisque j'ai fait mention de quelques autres moyens 
pour mettre les collections botaniques à l’abri de ce 
fléau. 

Bien qu’on emploie avec succès cette substance pour 
les plantes phanérogames et plusieurs cryptogames, 
la solution du sublimé ne pénétrant pas assez dans 
les champignons d’une certaine épaisseur, elle ne dé- 
truit pas toujours les œufs que ces petits animaux 
déposent en leur sein; elle empêche encore moins le 
développement de leurs larves et leurs métamorphoses 
en coléoptères parfaits. 

De plus, l'emploi de ce remède exige beaucoup de 
précautions, et il rebute le plus grand nombre des 


— 


(4) F'oyez plus haut, pag. 79 et suiv. 


4 


( 429) 
botanistes. On pourrait donc lui substituer une dé- 
coction de Quassia amara. (le simarouba) qui est 
d’une grande amertume, et dont on trouve le bois et 
l'écorce dans toutes les pharmacies. M. Magrkuin, na- 
turaliste à Wisloch en Bohème, assure s’en être servi 
avec grand avantage, et avoir, par ce moyen, préservé 
de toute attaque ses lichens et ses champignons (1). 
Cependant, ne pourrait-on pas craindre que le suc 
brun-jaunâtre de ce végétal n’altérât les couleurs na- 
turelles des champignons, qui, étant desséchés, se noir- 
cissent déjà facilement, surtout quand on les humecte 
après ? Toutefois il serait bon pour éviter cet incon- 
vénient de filtrer la liqueur au travers de plusieurs pa- 
piers gris. 

M. Marrkuin emploie aussi l’infusion de Quassia 
amara pour garantir les plantes phanérogames. Il 
prend à cet effet 6o grammes (z onces) de l’écorce 
qu'il râpe et qu’il mêle à 5 hectogrammes (16 onces) 
d’eau. Il met le tout à bouillir jusqu’à réduction 
de moitié, et il ajoute de 30 à Go grammes (1 à 2 on- 
ces) d’alun quand la liqueur est clarifiée. Avec une 
éponge imbibée de ce composé on mouille une feuille 
de papier dit brouillard, et l’on place la plante que 
l’on veut conserver, puis on la recouvre d’une autre 
feuille pareillement humectée. On presse légèrement, 
et on laisse dans cet état de quatre à six heures, jus- 
qu'à ce que le végétal soit bien pénétré de la liqueur. 
Après ce temps on le met dans d’autres feuilles de 


(1) Voyez le journal de botanique allemand qui s’imprime à Ra- 


üsbonne, sous le titre de Flora, année 1829, pag. 257. 


(45) 

papier sec, et on le traite comme une plante nouvel- 
lement recueillie que l’on destine pour ses collec- 
tions. 

Il est inutile de dire que si l’on veut préparer à la 
fois beaucoup de plantes, on doit se procurer, à pro- 
portion, une plus grande quantité de la décoction que 
l’on conservera dans des bouteilles ou dans des vases 
de faïence bien bouchés. 

Le préservatif le plus simple, et si souvent recom- 
mandé aux amateurs,est de parcourir de temps en temps 
ses herbiers, surtout les familles de plantes telles que 
les Liliacées et Lridées, les Rosacées, les Umbelliferes 
et les Composées, pour lesquelles les insectes paraissent 
avoir plus de goût. Gette petite occupation procure en 
outre l’avantage de se rappeler les noms des plantes et 
de faire de nouvelles remarques. 

Outre les insectes que j'ai cités (pag. 83), il en est 
encore un qui, par sa petitesse, se soustrait à nos re- 
gards; à la longue il fait beaucoup de tort aux plantes 
cryptogames tenues dans des capsules de papier mal 
closes ou tout autrement : il les réduit souvent, surtout 
à la superficie, en une poussière fine. Je veux parler du 
pou du bois et du papier { Hemerobius pulsatorius L., 
Termes FABr.). Pour le détruire, le moyen le plus sûr 
est de tenir ses herbiers dans un lieu sec, bien aéré, 
et d'ouvrir souvent les capsules dans lesquelles on tient 
les cryptogames enfermées, et de les exposer à l'air et 
au soleil. 

Les Moisissures font souvent aussi des dégâts dans 
les collections botaniques lorsqu'elles sont tenues dans 
des appartemens plus ou moins humides. On peut 


(424) 

aisément s’en débarrasser en se servant d’un pinceau 
ou d’une petite brosse dont les barbes sont longues 
et fines, Mais il est à remarquer, et ce fait est assez 
curieux, que les champignons, et généralement toutes 
les plantes atlaquées par ces productions parasites, ne 
le sont plus parles vers; il paraît que la mauvaise odeur 
et la saveur nauséabonde des moisissures les éloignent. 
Elles pourraient bien aussi être pour eux un véritable 
poison, quoiqu’elles ne le soient point pour l’homme; 
ainsi qu'on le croit vulgairement. 


VV VAVY VV VU 10/00 LV 0 VV VV 1 0/00 00/70/0000 0/0 VU 1/00 VV 


RÉSUMÉ 


Des faits recueillis, tant en France, qu’en Italie 
et en Allemagne, sur la propriété des Para- 
gréles en paille. 


Les orages purifient l'air, le rafraîchissent, et servent 
à arroser la terre dans les temps où elle en a le plus 
de besoin; mais Icrsqu’ils promènent la foudre et que 
celle-ci frappe, dissout, décompose, brûle les corps 
sur lesquels elle tombe, ils portent la terreur dans 
toutes les âmes; les désastres qu'ils causent sont en- 
core plus épouvantables, lorsque, descendus de l’atmo-: 
sphère supérieure, ils vomissent sur les campagnes des 
torrens de grêle et détruisent en un instant les espé- 
rances du cultivateur. 

Il est pénible de voir l'indifférence que l’on met à pré- 
venir ces terribles météores ou à en atténuer les effets: 
il semblerait que la découverte de Fnaxckzix fût en- 
core à faire. Gependent l’expérience prouve que si 
l’on multipliait partout les aiguilles métalliques qu’on 
nomme Paratonnerres, on soutirerait sans cesse l’ex- 
cédent du fluide électrique, l’on diminuerait considé- 
rablement l'intensité des orages, et l’on conduirait la 
foudre dans le sein de la terre sans explosion, comme 
sans danger. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c’est que 
l'établissement des paratonnerres exige des sommes 
très-considérables ; aussi n’en voit-on que sur les mo- 


numens publics et sur la demeure du riche. 


( 426 ) 

Pour remédier à cet inconvénient, on a d’abord pro- 
posé de diminuer la hauteur des tiges et d'employer 
un fer beaucoup plus petit; mais la nécessité de rap- 
procher davantage les aiguilles a détruit l’économie que 
l'on faisait espérer. Ensuite l’on a offert l’exemple des 
paysans de Holo-Socken, dans la Sudermanie suédoise, 
qui conjurent la grêle et la foudre en placant sur de 
hautes perches, plantées auprès de leurs habitations, 
des vases de cuisine en fer. 

Le moyen le plus économique est celui qui a été 
présenté en 1820 par M. LaposroiLe, professeur de 
chimie et de physique à Amiens. Ge moyen consiste 
dans la formation d’une tresse de paille que l’on sou- 
tient à l’aide d’une perche de bois blanc et que l’on 
arme dans son sommet d’une pointe aiguë en bois. 
La paille ainsi disposée est, dit-on, susceplible de 
produire les mêmes résultats que les longues verges 
de fer. 

Le doute est permis à l’annonce d’une nouvelle in- 
vention quelconque; on ne peut pas être trop en garde 
contre l'enthousiasme des auteurs, les applaudissemens 
toujours suspects de leurs amis, et même contre les cri- 
liques des envieux; mais il est un juge qu'on ne peut 
récuser, c'est la voie des expériences. Là commence 
le devoir des gouvernemens el celui des savans. Sen- 
lineiles vigilantes, placées entre la crédulité qui se 
laisse aisément fasciner et le préjugé qui repousse ne 
pitoyablement toute innovation, par cela seul qu’elle 
vient déranger sa marche incertaine ét routinière, les 
savans sont obligés d'appeler l'attention des gouvet- 


nemens sur les découvertes utiles. 


(427) 

Celle de M. Larosrozse, qu'on a tort d'attribuer à 
un citoyen des Etats-Unis (1), quoique intéressant éga- 
lement et le laboureur qui trace le pénible sillon et le 
citadin qui puise dans les champs sa fortune et son 
premier aliment, ne fut point jugée digne d’un sérieux 
examen, parce que dans l’ouvrage qui en présentait la 
théorie (2), il s’est glissé des erreurs graves, et que, 
sous plusieurs points, l’auteur attaquait de front des 
doctrines recues. Malheureusement, dans les sciences, 
ilest une foule de principes qui n’ont encore pour bases 
que des analogies et même que de simples hypothèses. 
La paresse du plus grand nombre fait qu'on s’habitue 
à les admettre comme des vérités incontestables, et 
qu’on taxe de folie la main qui ose leur demander une 
démonstration, ou qui, par des recherches nouvelles, 
entreprend d'en étendre les applications : cette ma- 
nière de voir, qui est presque partout celle d'enseigner, 
constitue le despolisme des systèmes; elle retarde les 
progrès des inventions réelles, et paraît contraire à la 
philosophie, aux droits imprescriptibles de l'humanité. 

Tandis que quelques savans repoussaient à Paris (3) 
les paragrèles de M. Laposroize, d’autres, plus mo- 


(1) Les paragréles proposés en Amérique, en 1819, consistaient en 
des barres de bois de dix à douze mctres de haut, enduites de gou- 
dron, et placées au sommet des montagnes ou sur la cime des co- 
teaux arides. On en a beaucoup vanté les propriétés en assurant, 
surtout, que le nuage chargé de grèle dlissait le long de ces barres et 
se déchargeait sur des terres, qu'on nous pardonne l'expression , dé- 
vouées pour le salut des autres. 

(2) Traité des parafoudres et des paragréles en cordes de paille. 
Amiens, 1820. In-8, de 328 pages et une planche lithographiée. 


(3) Journal des savans, mai 1821, pas. 285-901. 


( 428 ) 

destes et moins tranchans, voulant interroger l’expé- 
rience avant de se prononcer, répétaient les essais que 
ce physicien citait à l’appui de son assertion. En 1820, 
l'Association de bienfaisance médicale d'Amiens obtint 
des résultats favorables (1), et la Société des sciences, 
agriculture et arts du département du Bas-Rhin, après 
un grand nombre d'épreuves, avoua d’une manière 
incontestable Ta propriété conductrice de la paille (2). 

Encouragé par leur exemple, M. Tuorrar», profes- 
seur à Tarbes et correspondant de la Société Lin- 
néenne, tenta aussi quelques essais qui l’amenèrent à 
faire à la découverte de M. Laprosrozie des change- 
mens utiles, des améliorations remarquables. Son ap- 
pareil perfectionné se prépare de la manière suivante : 

On choisit une perche d’un bois quelconque, d’en- 
viron sept mètres de long, d’une grosseur propre à la 
rendre solide; on la dépouille exactement de son écorce 
qui l’exposerait à pourrir, et on applique sur elle des 
cordons de paille de froment ou de seigle coupée dans 
une parfaite maturité. Pour faire ces cordes on hu- 
mecte la paille d’eau de pluie, on la tresse ensuite au 
moyen de quatre cordons, composés chacun de trois 
petites nattes; on forme du tout une espèce de câble 
de trente-quatre millimètres de diamètre, Plus la corde 
est serrée, plus elle aura de durée. Gette corde s’at- 
tache à la perche d’abord à ses deux extrémités, au 


(1) Voyez le VII Bulletin qu’elle a publié à cette époque, et le 
n° du 18 septembre 1819 du Journal d'agriculture et de commerce 
du département de la Somme. 

(2) Voyez le tome I de ses Mémoires, pag. Xv}, xvij et xviij d’un 


rapport lu à la séance publique du 30 juillet 1897. 


( 429 ) 

moyen d’un fil de laiton, ou mieux de cuivre rouge, 
de manière à ce qu’elle soit parfaitement tendue; puis 
de cinquante en cinquante centimètres, on place des 
liens de même méial. On fixe verticalement dans le 
centre de la corde de paille un petit cordon de lin 
écru (1), composé de dix à douze fils, et à la partie su- 
périeure, une verge métallique, en laiton, de cinq mil- 
limètres de diamètre environ, terminée en pointe, et 
longue au moins de vingt-sept centimètres, commu- 
niquant directement au cordon de lin. L'appareil, ainsi 
disposé, se fixe solidement au haut des habitations, sur 
des arbres, ou sur des pieux en chêne d’une longueur 
de deux mètres et enfoncés moitié en terre. On place 
les paragrêles de vingt-six à trente-deux mètres de 
distance les uns des autres. Par ce moyen, la foudre 
est détournée de dessus les constructions rurales et 
les champs sont préservés des désastres de la grêle. 
Chaque appareil ne peut coûter au-delà d’un à 
deux francs; sa durée est estimée devoir être de douze 
à quinze ans, et ses ellets s'étendre sur un rayon de 
de treize à seize mètres et demi. On enlève les para- 
grêles après les moissons, pour les rétablir aux appro- 
ches de l’équinoxe du printemps. 

Les expériences auxquelles M. TrorLarp a soumis 
ses paragrêles ont été publiques et faites en grand. I! 
a été secondé par les autorités locales. En voici les ré- 
sultats : 

Vers la fin du mois de mars 1821, il plaça des pa- 


F\ : . 
(1) Le chanvre ne donne que des commotions; la paille unie au 
lin conduit parfaitement l'électricité. 


(430) 

ragrèles en paille dans les communes de Aureilhan, 
Boulin, Houre, Lizos, Oléac, Souyaux, Laslades, ete., 
toutes situées dans un canton au nord-est de Tarbes, 
département des Hautes-Pyrénées. Les paragrèles oc- 
cupaient une étendue de trois mille hectares environ. 
Les villages nommés avaient été choisis de préférence 
comme habituellement frappés par la grêle (1); ils fu- 
rent préservés au mois de juin suivant, époque où la 
commune d’'Ibos, située hors de la ligne paragrélée, 
fut réduite aux dernières extrémités par un nuage ora- 
seux, qui vomit sur elle des masses énormes de grélons, 
et qui désola une très-grande partie du département 
du Gers (2). - 

En 182», le 25 avril, par un vent d’ouest, il se forma 
vers les trois heures du soir, dans la partie occidentale 
du département des Hautes - Pyrénées, un orage qui 
demeura stationnaire quelques instans, et qui occupait 
une grande étendue, À des éclairs multipliés succéda 
un vent impétueux qui porta le nuage orageux de 
l’ouest à l’est, parcourant le zénith des communes de 
Boulères, Oursbelille, Bazet, Bours, Orleix, Oléac, Col- 
longues, Pouyastruc, Gastelvieilh, etc.; il laissa tomber 
abondamment de la grêle d’un petit diamètre sur les 
communes d'Oléac, Pouyastruc, Castelvieilh, non pa- 
ragrélées, tandis que Lizos n’en reçut que très-peu, 
et d’un plus petit diamètre, dans la partie voisine d'O- 
léac, et que Gollongues ne fut grélé qu’au sud-est, non 


paragrélé. 


(1) Sur dix ans ils avaient jusqu'alors été grêlés sept fois. 
(2) Moyens préservatifs de la foudre et de la grêle; par M. Cu. E. 


TuorrarD, ete. Tarbes, 1822, in-6°. 


(451) 

Le 8 mai, à trois heures du soir, un orage poussé 
par un vent d’ouest très-fort, menaçait la commune 
d’Ibos, paragrêlée, et celles environnantes; la grêle, 
qui avait commencé à tomber dans la première ligne 
des paragrêles, cessa immédiatement après. Le reste 
de la commune eut beaucoup d’eau, ainsi que Bor- 
dères, Tarbes, etc. 

Le 3 juin, vers les trois heures du soir, par un vent 
sud-est, un orage s’est formé dans les gorges des mon- 
tagnes, près d’Argelés et de Bagnères, où il a demeuré 
stationnaire jusque vers quatre heures; le vent devenu 
ouest, après des éclairs et quelques coups de tonnerre, 
l'orage s’est développé vers l’ouest, en s’appayant sur 
les Pyrénées, et occupait alors plus de la moitié de 
l’horizon. Les coups de tonnerre étaient cffrayans ; les 
éclairs se succédaient avec une extrême rapidité, et 
le ciel offrait l’aspect d’un volcan. Cet orage, qui cou- 
vrit un grand nombre de communes, ne fut pas très- 
destructeur ; quelques-unes reçurent de l’eau et de la 
grêle. Tarbes, Soues, Salles, eurent, plus où moins, 
de la grêle; Barbazan fut respecté; Ibos eut beaucoup 
d’eau. 

Plus tard, et à des jours diflérens, les communes de 
Marseillan, Chelle, Mun, Pouey, Aubarède, Louit, etc., 
furent, plus ou moins, frappées de la grêle; Gabanac, 
paragrélé, situé au milieu de ces communes, n’a pas 
élé touché. 

Le 15 juin, le vent était est-sud-est; vers les trois 
heures, un orage s’est formé dans les gorges des Py- 
rénées situées au midi de Tarbes, et un autre dans 
la partie est-nord-est; à quatre heures et demie ils 


(432 ) 

étaient réunis et couvraient presque tout l'horizon; 
l’eau et la grêle du premier, après grand nombre d’é- 
clairs et de coups de tonnerre, vinrent frapper les 
communes de duillan, d'Odos et de Horgues. Gayan 
fut plus maltraité par le second, qui, après être arrivé 
au-dessus des communes d’Andrest, de Bazet et de 
Bours, revint sur Oursbelille, Bordères et Ibos, par un 
vent est- nord-est, endommagea un peu les limites 
ouest-sud-ouest de Bordères, celles est-sud-est da 
département des Basses-Pyrénées, et celles est-nord- 
est d’Ibos, où le nuage pénétra en donnant abondam- 
mant de l’eau dans la partie ouest-sud-ouest de cette 
commune. 

Les 16 et 17 du même mois, d’autres orages, en- 
core formés sur les Pyrénées, mais occupant peu d’é- 
tendue, précédés d’un ouragan, frappèrent plusieurs 
communes de la grêle, particulièrement Séméac, non 
paragrélé. 

D’après ces observations, il y aurait eu dix-neuf à 
vingt communes plus ou moins touchées par la grêle, 
et des dix-huit paragrélées en tout ou en partie, Col- 
longues aurait reçu de la grêle dans la partie non 
paragrêlée, voisine de Castelvieilh, et Ibos en aurait 
reçu un peu plus dans la partie voisine de Bordères 
et du département des Basses-Pyrénées, encore par 
un nuage allant de l’est-nord-est à l’ouest-sud-ouest, 
ce qui porte naturellement à penser que les para- 
grêles ont garanti celte grande et riche commune du 
fléau dont elle était menacée, et qu'elle n’eut point 
été touchée dans ses limites avec Bordères, si celle-ci 
£ût été paragrêlée. Mais Cabanac, situé au milieu 


(455) 

des communes d’Aubarède, de Pouey, de Mun et de 
Chelle, grêlées, a échappé, comme par enchantement, 
au fléau destructeur, Barbazan, Aureilhan, Boulin et 
Lizos ont été préservées d’une grêle qui a enlevé une 
partie des récoltes des communes voisines, Gourdon 
et Mouledous doivent vraisemblablement leur saiut 
aux paragrêles des communes de Gonnés, Coussan, 
Souyaux, Laslades et Lansac, qui ont été préservées, 
tandis que leur voisine Sarrouilles a été frappée (1). 

En 1825, le 15 mai, à sept heures et demie du soir, 
le thermomètre de R£aumur marquait 18°, le baro- 
mètre 0" 750, le vent était est-quart-nord-est, et les 
nuages venaient de l’ouest-quart-nord-ouest. Un orae 
s’est formé à l’ouest, occupant toute la partie de l’hor:- 
zon comprise entre le nord-nord-ouest et le sud-quart- 
sud-ouest, précédé par de gros lambeaux très-noirs 
de nuages tombant vers la terre. L’aspect en était cf- 
frayant, et l’eau, sous forme de nuage, semblait former 
un torrent descendant d’une côte très-élevée (la côte 
du Gers) et très-longue, située à plus de cinq kilomè- 
tres ouest de Tarbes. Il était encore précédé d’un fort 
ouragan produit par divers vents irréguliers, qui, ayant 
diminué d'intensité, laissèrent apercevoir les vents ob- 
servés. Le nuage avait une vitesse extraordinaire; en 
moins de vingt minutes il parcourut une distance de 
plus de cinq myriamètres. Les éclairs multipliés ajou- 
taient à l'horreur du spectacle : le bruit du tonnerre 


(1) Exirait d’un rapport fait en 1823 au préfet des Hautes-Pyrénées, 
et inséré dans les actes de la préfecture sous la date du 30 mars 1823. 
Voyez aussi la Bibliothèque physico-économique, de M. Tniésaur DE 
BerxeauD, cahier de mars 1823, tom. XEIT, pag. 164 et suiv. 


( 454) 

n'élail pas considérable, ce qui peut bien être attribué 
au peu d’élévation de l'orage et à la grande quantité 
d’eau tombée. Quelques grains de grêle, mélés de 
zouttes d’eau, poussés par le vent d'ouest, mais retenus 
par celui est-quart-nord-est inférieur, commencèrent à 
tomber; puis une grêle d’un diamètre assez gros, dans 
certaines communes, tomba pendant deux minutes, 
et ensuite une pluie extrêmement abondante pendant 
vingt minutes environ. Get orage fut très-destructeur, 
car il ravagea les vignobles et les seigles d’un assez 
grand nombre de communes des départemens des 
Hautes et Basses-Pyrénées, du Gers et de la Haute- 
Garonne. 

Le 18 mai, à sept heures du matin, le baromètre 
était à 0" 756, le thermomètre marquait 14°, le vent 
était ouest-quart-sud-ouest, et le ciel assez beau; vers 
cinq heures du soir, un orage s’est formé encore à 
l’ouest de l’horizon de Tarbes, prenant naissance dans 
les Pyrénées sud-ouest de Pau; il était poussé par un 
vent très-fort; quelques gouttes d’eau d’abord, puis 
une grêle d’un diamètre varié et d’une courte durée, 
suivie d’une pluie abondante, furent les produits de ce 
second orage, qui ravagea, à quelques différences près, 
les mêmes communes que le précédent. Enfin, il se di- 
rigea sur Toulouse pour se fondre dans les montagnes 
de Saint-Giron. Pau n’eut que beaucoup d’eau. 

Le 1° juin, à sept heures du matin, le baromètre 
était à 0" 7325, le thermomètre à 5° 174, l’hygromètre 
à 66°,et le vent d’abord nord-ouest, devint ouest; à 
midi 19° de chaleur, le ciel très-beau. Un orage s’est 
formé, vers quatre heures du soir, dans les Pyrénées 


(455) 

au sud-ouest. Cet orage, poussé par un gros vent, accom- 
p2gné de grands coups de tonnerre, a longé les Pyré- 
nées jusqu’au sud-ouest de Tarbes, puis, revenant vers 
l’ouest par l’est, en décrivant une espèce de courbe 
concentrique à l’horizon, il a donné abondamment de 
l’eau dans un grand nombre de communes, et un peu 
de grêle du côté de Rabastens. Le département du 
Gers a eu de l’eau et de la grêle. 

Le 530 juin, le vent étant nord-est, le baromètre in- 
diquait 0" 752, l’hygromètre 90°, et le thermomètre 
marquait le matin 14° 194, à midi 22°, à trois heures 
24°, le ciel serein. À cinq heures du soir, un orage 
s’est formé à l’ouest de Tarbes, occupant une granile 
partie de l’horizon : il était précédé d’un vent extré - 
mement fort; à six heures, le vent, devenu ouest, a 
porté lorage vers l’est. Peu de tonnerre, mais beau- 
coup d’eau sur une grande surface. Tels furent dans 
le département des Hautes-Pyrénées les orages pei- 
dant l’année 1823. 

Toutes les communes paragrélées ne souffrirent nul- 
lement ; celles qui ne l’étaient qu’en partie eurent à 
gémir de leur négligence. Les effets des orages ont 
présenté dans ces dernières des résultats de dévasta- 
tion fort singuliers (1). 

La température le plus habituellement humide de 
l’année 1824 n’a point permis aux orages de se former, 
et a rendu les paragrèles inutiles dans le département 
des Hautes-Pyrénées, qui le premier a la gloire d’avoir 
RQ del 17, 0e es gré etetneb dote ant ent ee pie ane 2 


(1) Précis des effets produits par les paragréles, pendant l'annce 
1823; par M. Tuozran», etc. Tarbes, 1824; in-12. 


( 456 ) 
donné l’exemple de détourner, à très-peu de frais, un 
des fléaux les plus funestes aux cultivateurs. 

Une fois l'impulsion donnée, elle s’est étendue au 
loin, et l’on a vu, malgré la résistance de quelques sa- 
vans, les paragrêles en paille de M. Tnozrar» plantés 
aux environs de Munich et de Trieste, propagés par 
M. Bezrraui, de Milan, dans la Lombardie, le Frioul, 
s’Istrie, la Carniole et la Dalmatie; adoptés sur les bords 
du Pô, à Massalombarda et dans quatorze communes 
du Bas-Bolonais, d’après l'exemple donné par MM. As- 
rozr1, ingénieur de Bologne, et Grup, de Genève, connu 
par la traduction des OEuvres agronomiques de Tuer, 
et par son important ouvrage sur l’économie de l’agri- 
culture. 

En juin 1895, une forte grêle a singulièrement en- 
dommagé plusieurs cantons de la Bavière, et plus par- 
ticulièrement les environs de Mark-Tristern. Un seul 
propriétaire, M. Lucincer, a été préservé de ses ra- 
vages par les paragréles placés dans ses champs. 

Deux orages des plus violens éclatèrent sur le Mi- 
lanais les 22 et 24 juin de la même année, vers les 
quatre heures de l’après-midi; plusieurs propriétés 
furent abimées, et surtout le district de Triviglio. Les 
terres de M. Gio. Mazazzant, situées près de cette 
bourgade, et celles de M. Giuzio Orrorni,à Cerusco, 
furent seules respectées, parce qu’elles étaient armées 
de paragréles en paille. On aperçut très-distinctement, 
durant ces deux orages, des flammes au sommet ces 
flèches métalliques des paragrèles. 

Les orages ont été nombreux en 1824 au pied des 
Alpes lombardes ; ils se succédèrent avec une extrême 


(457) 

rapidité, sans doute à cause de la grande quantité de 
neige tombée sur cette chaîne de hautes montagnes. 
La maison Prraco de Milan ayant armé de paragréles 
en paille les deux petites communes de Cremago et 
de Brenna en Brienza, sujettes, depuis 1819, à des ou- 
ragans souvent répétés, furent préservées dans les jour- 
nées des 18 et 22 mai, tandis que les villages limitro- 
phes furent dévastés. Les terres paragrêlées de Pessano 
furent également à l’abri le 24 du même mois. Le 
2 juin, un orage furieux ravagea vingt cinq communes 
du Milanais; celles qui étaient paragrèlées n’eurent que 
de la pluie, Le 13, même résultat aux environs de Tri- 
viglio (1). 

M. Cru», qui a paragrêélé l'exploitation considérable 
qu’il dirige à Massalombarda, parle des avantages réels 
qu'il a obtenus des paragrêèles en paille (2), tandis que 
M. l'ingénieur Asrozrr rend compte des résultats of- 
ferts dans les campagnes aux environs de Bologne de 
la manière suivante (3) : 

« Le 19 de juin, environ deux licures après midi, 
un orage accompagné d’éclairs et de tonnerre s’éleva 
de la partie sud de Bentivoglio, vis-à-vis d’Altedo; 
une portion, qui se dirigea sur ce dernier endroit, 
laissa tomber des grélons qui n'étaient pas petits, et 
en plus ou moins grande quantité, dans les campagnes 
situées entre la Savane abandonnée et le canal, jusques 


(1) Ces faits nous sont fournis par M. le prévôt Bezrramr, sous la 
date de Rivalta, le 5 juillet 1824. 

(2) Feuille du canton de Vaud, septembre 1824, tome XI, pages 
277 et sui. 


{5} Gazette de Bologne da 15 juillet 1824. Supplément au n° LV 


( 458 ) 

au casino Guastavillani, se dirigeant ensuite vers l’é- 
glise des Boschi. Dans ce territoire se trouvait juste- 
ment l'enceinte que j'ai armée d’environ cinquante 
paragréles, et il est arrivé dans cette périphérie, 
gu’entre la première ligne où étaient placées les per- 
ches et la seconde, il tomba quelque peu de grêle, mais 
avec si peu de, force que le dommage fut très-minime 
en comparaison de celui qu'éprouvèrent les terres li- 
mitrophes. Dans l’espace compris entre la seconde 
ligne des paragrêles, et surtout la troisième, on ne vit 
tomber, au grand étonnement des spectateurs, au lieu 
de grêle, que des grains de la consistance de la neige. 
Ce fait me fut confirmé, avec une entière conformité 
de circonstances, par tous les cultivateurs de la con- 
trée, et je pus le vérifier par mes propres yeux. 

» Un nuage non moins effrayant se réproduisit le 24, 
environ les dix heures du matin, du côté de San- 
Pietro in Casale, et se dirigea entre le sud et l’ouest 
de la commune déjà citée d’Altedo. À peine avait-il 
commencé à se former qu'il prit sa route du côté 
de la commune de Macaterole, couvrant de grêle les 
terres au-dessus desquelles il passait; mais lorsqu'il 
arriva sur le domaine de Galière, d'environ 10,000 ar- 
pens /tornatures), armés de paragrêles par les soins 
de l’ingénieur-inspecteur Paxcazni, on ne vit plus 
tomber là de grélons, mais seulement de l’eau gelée 
en consistance de sel, L’orage continuant à passer ou- 
tre, et à s’avancer vers la commune d’Altedo, se trouva 
entièrement pris dans l’armature établie par moi, et 
chacun put voir les nuées, à mesure qu’elles passaient 


sur le terrain armé, se meltre dans un mouvement 


(459) 
assez violent, s’abaisser considérablement, ensuite se 
diviser, et s’évanouir à une petite distance, après avoir 
répandu une grande quantité de pluie. 

» J’ai omis une circonstance qu’il ne sera pas in- 
utile de rapporter ici. — Le nuage orageux du 19 juin, 
qui avait commencé dans le voisinage de Bentivoglio, 
prit encore la direction de Minerbio, et en cheminant 
contre San - Giovanni in Triario, 1l tomba dans un 
autre arrondissement d'environ 300 {ornatures, appar- 
tenant à M. Derssrre, de Ghenef, et armé par les soins 
de M. Joseru Monani, de Minerbio. Dans tout le che- 
min parcouru, il avait, plus ou moins, battu de grêle les 
campagaes sur lesquelles’il passait; mais à peine arrivé 
sur celle que nous venons de citer, il se dissipa subite- 
ment sans causer le moindre dommage, ni au terrain 
armé, ni aux contrées situées au-delà. » 

On fait en ce moment des dispositions pour, en 1825, 
armer de paragrêles le canton de Vaud et celui de 
Zurich en Suisse; un grand nombre de propriétés si- 
tuées au pied des Apennins et dans les localités les 
plus exposées aux ravages de la grêle (1}; les environs 
de Gratz, de Goritz, de Gradisca et tout le golfe de 
Trieste; trente-six communes de l’arrondissement de 
Porentrui; plusieurs autres du département du Haut- 
Rhin, etc. etc. 


Une dernière observation que l’on se propose.de ré- 


(1) Cette tendance tient à la disposition du pays, à la présence 
d’une montagne ou d’une chaine de montagnes, à la direction des 
vallées, etc. Il gréle plus au pied des Alpes et des Pyrénées ue dans 
les vastes plaines. 


( 440 \ 
péter, c’est que les paragrêles ont préservé des brouil- 
lards qui les infectent ordinairement plusieurs contrées 
de la Haute-ftalie. 

Tous les faits exposés ci-dessus sont revêlus du ca- 
chet de l’exactitude, et le témoignage de ceux qui nous 
les transmettent est assez imposant pour qu’on puisse, 
sans crainte, les regarder comme suflisamment prou- 
vés. Cependant, comme ils démentent certaines théo- 
ries, el qu'ils sont en opposition directe avec les doc- 
trines professées par des hommes illustres, la Société 
Linnéenne de Paris a cru devoir les mettre sous les 
yeux des véritables philanthropes et d’appeler sur eux 
toute l'attention des propriélaires ruraux. Elle désire 
voir se multiplier les paragrêles en paille partout où 
la situation topographique expose aux désastres de la 
grêle la demeure de l’homme et les terres que ses 
mains Jlaborieuses fertilisent. Le succès dépendra du 
cencours d’un grand nombre de propriétaires. 

La Société Linnéenne demande à ceux qui, d’après 
son conseil, armeront leurs champs de paragrèles en 
paille, de tenir une note exacte des phénomènes qu’ils 
seront dans le cas d’observer, et delui en faire con- 
naîlre toutes les circonstances ainsi que leurs résul- 
tats. Des encouragemens seront à cet ellet, à partir 
de 1825, décernés chaque année dans sa séance pu- 
blique du 28 décembre. 


DU EEE LEE LEU VELVEU LULU VEUVE LE LULU EU UVEL US 


ÉLOGE HISTORIQUE 


De Anpré TouIn, Président de la Societé 
Linnéenne de Paris, Membre de l’Academie 
des Sciences (Institut de France), Professeur- 
Administrateur du Museum d'histoire natu- 
relle de Paris, etc.; par M. ARsENNE T'HIÉBAUT 
pe BERNEAUD, Secrétaire perpétuel. 


« À une vertu si eslevée que la sienne, je ne puis riem 
» mettre en teste. Je l'ai vue marcher d’un victorieux 
» pas et triomphant,en pompe et à son aise, sans em- 


» peschement ne destourbier. » 


(MonraitGxz, Essais, liv.'Îl, chap. 11.) 


Penpanr qu'il était au milieu de vous, Messieurs, 
vous avez honoré les vertus vraiment antiques de Axpr£ 
Tuouin; vous avez, avec une sorte d’orgueil, profité 
des larges rayons lumineux qu’il a, sans ostentation, 
et comme par plaisir, portés sur les diverses branches 
de l’industrie agricole. Le jour où il cessa de vivre, 
vous avez, en signe de deuil, suspendu vos travaux; 
vous avez versé sur sa tombe les pleurs sincères d’une 
reconnaissance profondément sentie; vous avez de 
plus chargé celui d’entre vous qui eut le bonheur de 
recevoir pendant un quart de siècle ses conseils et le 
titre d'ami, de remettre sous vos yeux le tableau fidèle 
d’une vie consacrée tout entière à l'utilité de la patrie, 
au bien-être des hommes, à la prospérité des sciences. 


50 


(442) 

Puissiez-vous, à mes confrères, puissent l’honorable 
assemblée qui m’écoute, la famille, les disciples, les 
admirateurs de cet excellent citoyen que je vois réunis 
autour de moi, applaudir au devoir pieux que mon 
cœur va lui rendre! Jeunesse studieuse, je vous de- 
mande un peu d’altention, venez apprendre de l’homme 
sage dont j'écris l’éloge, que vous pouvez, comme lui, 
conquérir l'estime de votre siècle, marcher à la véri- 
table illustration, quel que soit le genre de vos recher- 
ches, quel que soit le poste où la fortune vous a placé; 
mais apprenez aussi, par son exemple, qu'il vous faut 
utilement employer le temps qui fuit; qu'il vous faut 
amasser de solides connaissances pour l’âge mür, con- 
server des mœurs austères, el n'avoir d'autre ambition 
que celle de intérêt publie, que celle qui fait du bien 
à vos semblables. 


Anpré Tuouix naquit à Paris le 10 février 1747, dans 
le lieu même où il devait un jour cueillir les palmes 
de la gloire, au sein de ce Jardin des plantes qu'il était 
appelé à soigner, à porter à la haute réputation dont 
il jouit également partout, et à doter des plus belles 
productions de lun et l’autre hémisphères. Fils d’un 
simple jardinier, et jardinier lui-même, il sentit de 
bonne heure le besoin de profiter de la situation favo- 
rable où le sort l'avait placé pour s’élever au-dessus 
de cette profession, que si peu d'hommes honorent, 
parce que ceux qui l’exercent semblent se complaire 
dans les langes de la routine, et qu'ils osent à peine 
porter leurs regards au-dessus des étroits sentiers 
frayés par Fhabitude, Il se familiarisa d’abord avec les 


( 445 ) 

plantes que ses jeunes mains cultivaient pour aider à 
son père et pour augmenter les ressources toujours 
fort exiguës d’une nombreuse famille ; il les interrogea 
ensuite pour en connaître la structure, les fonctions 
vitales et les propriétés particulières, afin de découvrir 
par quels moyens et dans quelles circonstances le végé- 
tal se multiplie le plus sûrement, l'application la plus 
avantageuse que l’on peut lui faire, selon les localités, 
des agens propres à développer les forces mécaniques, 
physiques et chimiques de la nature; en un mot, pour 
généraliser, fixer, rectifier les idées reçues par la pra- 
tique sur celles que donne une théorie solide. Ce pre- 
mier pas vers la science amena le jeune Tuouix à lire 
les ouvrages agronomiques de Tu£opnrasre, de Var- 
RON, de Cozumezce, de Orivier DE SERRES, de DunaMEL 
pu Monceau, etc.; après avoir joui solitairement des 
merveilles de la nature, il voulut apprendre de ces 
grands maîtres le secret d'en propager la connais- 
sance, d’en étendre le goût; il voulut savoir l’art de 
communiquer aux autres les découvertes que l’on est 
dans le cas de faire en se livrant tout entier aux études 
utiles. 

Un plan de conduite aussi bien concu, aussi fidèle- 
ment suivi, ne pouvait échapper à l’œil observateur de 
Burron; il a deviné lavenir de ANbRÉ Tnouiw: il se 
garde bien de le lui révéler de crainte que la vanité 
ne le fasse changer, mais le jeune jardinier n’est plus 
perdu dans la foule des humbles ouvriers de l’établis- 
sement ; l'historien de la nature l’encourage, non par 
des éloges outrés, comme on le fait de nos jours, mais 
en veillant sur lui, en présidant à-ses études, en lui 


30. 


© (444) 


ouvrant sa maison et sa bibliothèque, en lui donnant 
son estime, en lui promettant son amitié. 

Ces faveurs du génie honoraient le jeune Trouix. 
Au nombre et à l'énergie des émotions qu’elles por- 
tèrent dans son cœur, il éprouva le besoin de grandir 
avec elles. Il mit toutes ses jouissances à en mériter 
la continuation, et pour justifier du profit qu'il savait 
en tirer, il redoubla de zèle et d'aptitude au travail. 
«Rien ne me coûta, me disait-il; il fallait payer les 
» bienfaits de Burron; le langage de la gratitude me 
» paraissant trop faible, trop ordinaire, pour exprimer 
» tout ce que je sentais, je m'imposai la tâche des 
» succès : ce fut le devoir de ma vie. » L’appui du 
grand homme fit pour lui jaillir les sources du bon- 
heur; il en fut profondément ému, et son plaisir était de 
lui en rendre grâces chaque jour; il en parlait comme 
un amant parle de sa maîtresse, comme un bon fils 
parle de sa mère, il en parlait toujours avec l’accent 
d’une âme pénétrée, et la noble réputation qu'il s’est 
acquise prouve que ses goûts étaient d'accord avec 
son cœur, que l'étude avait pris chez lui le caractère 
d’une passion ardente, aussi vive sous les glaces de 
l'âge, qu’elle fut fortement soutenue durant les belles 
années de son printemps. 

Sans cesse stimulé par le besoin d’alléger les fati- 
gues de son père, et par le doux espoir d’être utile à 
sa famille, on le vit, dans la même journée, du labo- 
ratoire où la main patiente de l’homme force la terre 
à porter des fleurs et des fruits que la rigueur du cli- 
mat lui refusait, passer, avec une application toujours 
égale, sur les bancs du chimiste qui analyse tout pour 


( 449 ) 

tout mieux apprécier, et suivre les cours de physique, 
de botanique et de minéralogie. Avide de connais- 
sances positives, on le voyait, tantôt dans les champs, 
au milieu des grandes fermes, cherchant des détaiis 
étendus sur l’économie rurale; tantôt apprenant, à 
l’aide des mathématiques et des sciences qui traitent 
de l’économie politique, l’art d’apporter dans ses ex- 
périences horticulturales l’exactitude qu’elles exigent. 
C'était le véritable moyen de tirer de leurs résultats 
la plus grande somme de profit possible, il le devina et 
s’en servit pour donner une impulsion nouvelle à l’a- 
griculture et au commerce, que Suzy appelait les deux 
mameles de la patrie. 

Dans une âme ordinaire cette ardeur immodérée, 
le nombre et la diversité de ces occupations pouvaient 
dompter les efforts et rendre impuissante la volonté 
la plus robuste; chez Axpr£ Tuouin elles semblaient 
nécessaires à sa propre existence; elles entretenaient 
sans relâche son noble élan; elles lui semblaient moins 
lourdes, parce qu’elles s’appliquaient toutes à un but 
unique, au besoin de perfectionner l’art que l’habileté 
de son père, que le tendre amour qu’il portait à ce 
père si respectable lui faisaient chérir de prédilection. 
C’est ainsi, Messieurs, que l’on parvient à surmonter 
les grands obstacles; c’est ainsi que le désir de satis- 
faire une raison qui nous demande compte de tout, 
qui veut tout approfondir et tout lier par des faits bien 
constatés, oblige la nature à nous dévoiler ses secrets, 
et à la gloire d'inscrire notre nom sur les tables de 
Pimmortalité. 

À dix-sept ans, Anpn£ Tuouix pouvait déjà marcher 


( 446 ) 

à l’égal de ses maitres; son savoir immense contraslait 
avec la fougue de sa jeunesse; il sentit sa force, mais 
elle ne put rien lui faire perdre de ses goûts simples, 
de la rare modestie qu’il conserva toute sa vie. À cette 
époque brillante le malheur vint l’atteindre : il vit in- 
opinément mourir son père. Brisé par la douleur, il 
paie par des larmes le tribut de sa grande sensibilité ; 
puis il se relève courageux, se consacre tout entier à 
l'éducation, à la félicité de ses frères et sœurs encore 
en bas âge, et pour être désormais leur second père, 
il voue sa vie au célibat, et refuse constamment les 
partis plus ou moins avantageux qui lui sont offerts à 
diverses époques. Un acte de piété filiale aussi tou- 
chant, un acte de charité fraternelle aussi héroïque 
ne pouvait que lui concilier tous les cœurs. Burron et 
BernarDp pe Jussieu l’en récompensèrent, le premier 
en lui donnant aussitôt (1) la place de jardinier en 
chef, que son père occupa très-honorablement depuis 
le 18 juin 1745 jusqu’au 26 janvier 1764 ; le second 
en lui servant de mentor. Tous les gens de bien applau- 
dirent au choix de Burrow, à la générosité de Jussreu; 
tous les hommes instruits en concurent les plus hautes 
espérances : ils ne se trompèrent point. 

De ce moment le jeune Tnouix dut regarder le Jar- 
din des plantes comme un domaine qui lui était, en 
quelque sorte, échu par héritage, qu’il devait exploiter 
autant par devoir que par reconnaissance; il en fit 
donc sa patrie, le centre de ses plus chères affections, 
l’élément essentiel de son existence. 


{1) Son brevet est daté du 28 janvier 1764. 


(‘447 ) 

Plus ses devoirs étaient grands, plus ils lui furent 
sacrés; plus ils exigeaient de lui de temps et d’atten- 
tion, plus ils multiplièrent ses forces, el donnèrent 
une énergie nouvelle à son infatigable activité. Satis- 
fait de l’accroissement que recevait chaque jour le Ga- 
binet d’histoire naturelle, il osàa cependant se plaindre 
de ce qu’il faisait trop négliger les besoins des cultures, 
et de ce qu’il détournait trop la pensée de Burron des 
richesses végétales que la fondation de létablissement 
et l'intérêt de l’agriculture nationale réclamaient de 
lui. Il crut pouvoir proposer un plan d'amélioration à 
ce sujet. Burron le goûta, mais craignant d’abuser 
du zèle de Pimpatient jardinier, il voulut Pajourner. 
Tnouix devint si pressant qu'il fut impossible de lui 
rien refuser. Cette faveur, il la regarda comme per- 
sonnelle ; ïl en conserva le tendre souvenir : elle fut 
l'affaire de toute sa vie. 

Tout-à-coup le jardin changea de face. En 1770, 
l'Ecole de botanique plantée par Tourneronr fut dou- 
blée, triplée d’étendue ; les arbres du nouveau conti- 
nent, qui pouvaient convenir aux arts économiques, 
vinrent, à sa voix, marier leurs ombres amies au feuil- 
lage hospitalier de nos arbres indigènes: les régions 
les plus reculées du Gange et de l’Indus apportèrent 
leurs tributs balsamiques; une correspondance active, 
une correspondance amicale, lia tous les peuples au 
plan le plus vaste et le mieux conçu, et provoqua des 
échanges de toutes les sortes sur les divers points du 
globe. Dix ans après, le jardin prit un aspect encore 
plus imposant; les serres offrirent une riche collection 
de végétaux de toutes les latitudes, et sous les autres 


( 448 ) 

rapports il effaçait déjà ce que l’Europe vantait en ce 
genre de grand et de mieux fourni : ce n’était cepen- 
dant que le prélude d’un avenir plus brillant encore. 

Le jeune auteur de ces changemens remarquables 
les rapportait à ses bienfaiteurs. « Ge sont eux qui me 
» les ont inspirés, disait-il avec candeur, à eux seuls 
» en appartient tout le mérite. » Mais essentiellement 
généreux, trop justes l’un et l’autre pour s’attribuer 
la gloire de leur élève, de leur ami, ils saisirent cette 
occasion pour publier ses succès, pour leur faire fran- 
chir les limites de l’établissement et les rendre profi- 
tables à tous. Ils le proclamèrent le restaurateur du 
jardin, ils le montrèrent aux horticulteurs comme un 
modèle à suivre, et prirent plaisir à l’associer à leurs 
nobles desseins, à leur propre gloire. Le nom de Axvré 
Taouix se plaça de la sorte auprès de ceux de Burron 
et de BERNARD DE JussIEU; son nom devint aussitôt 
pour la France, pour l’Europe entière, comme l'appel 
à un gouvernement mieux entendu des végétaux; il 
fut surtout le signal d’une nouvelle direction dans les 
études et les entreprises agricoles, du moment qu’on 
le vit lié d’une intimité presque fraternelle avec Ma- 
LESHERBES, recherché par Jean-Jacques Rousseau pour 
herboriser ensemble, distingué par Linx£, digne appré- 
ciateur des hommes et des choses, élu par la Société 
d'agriculture de Paris, et prendre place à l’Académie 
des sciences (1). 


(1) Ce fut le rer mars 1784 et le 10 mars 1785. L'Académie des 
sciences d'Utrecht (11 avril 1785), celle des Scrutateurs de la na- 
ture de Berlin et des Georgofili de Florence (le 10 octobre et le 
18 décembre 1786) s’empressérent de l’associer à leur gloire. 


( 449 ) 

L’humble carrière du modeste jardinier s’élargit par 
ce triomphe vraiment inoui, par ce triomphe juste ré- 
compense de travaux commencés et terminés dans la 
vue du bien public, juste récompense de toutes les 
vertus du citoyen et de l’homme privé. La carrière de 
savant, que Anpr£ Tuouix allait désormais remplir, le 
mit bientôt à la tête des plus habiles expérimentateurs 
français, à la tête des écrivains géoponiques du siècle. 
Son premier mémoire eut pour but la nécessité des 
plantations, afin de réparer le plus promptement pos- 
sible les grandes fautes du passé, de couronner d’ar- 
bres les collines et les montagnes dont nos vastes bas- 
sins sont environnés, d'employer convenablement les 
terrains abandonnés comme stériles. Il fit voir com- 
ment on pouvait, presque sans frais, augmenter notre 
population végétale, et la porter de soixante-dix-neuf 
espèces différentes à deux cents, toutes en état de 
croître et de fructifier en pleine terre sur le sol na- 
tional. Ce projet éminemment utile fut applaudi, et 
chaque propriétaire voulut s’y associer en adoptant à 
l’envi les sages conseils qu’il contenait. Un mouvement 
aussi spontané dut plaire à celui qui avait su le donner, 
et pour soutenir l'élan imprimé aux esprits, Anpr£ 
Taouix décida l'Administration du Jardin des plantes 
à verser gratis dans les mains des cultivateurs l’excé- 
dant de ses multiplications en tout genre. Non content 
d'agrandir la sphère de l’agriculture, et de donner un 
nouvel aliment à l’étude de la botanique, il pénétra de 
la sorte dans toutes les propriétés urbaines et rurales 
pour y créer des bosquets enchantés, pour y semer de 
rians lapis, pour y placer des végétaux utiles jusqu'alors 


# 


(400 ) 
inconnus, ou seulement cultivés chez un très-petit 
nombre de riches amateurs. 

Ami de Auausre Broussonxer, qu'il aida, en 1788, à 
édifier le temple linnéen que vous soutenez, Messieurs, 
par de nobles travaux, par vos veilles savantes, Anpr£ 
Tnouix fut chargé de recueillir et de publier, de con- 
cert avec lui, et chaque trois mois, des observations 
géorgico-météorologiques. Malheureusement ce résu- 
mé, plus important qu’on ne le pense d’ordinaire, et 
qui pouvait offrir des données très-utiles à l’agricul- 
ture, n’embrassa que les deux années 1785 et 1786 (1). 

Détourné de cette entreprise par la pensée du grand 
mouvement qui agitait les esprits dans la vue d’amé- 
liorer les diverses branches de l’administration publi- 
que, de régulariser limpôt, de rendre la patrie forte, 
indépendante de toute influence étrangère, et de placer 
son gouvernement au sommet de la politique euro- 
péenne, votre illustre confrère, Messieurs, se vit appelé 
au Conseil du département de Paris. Elu par le peuple, 
qui le payait ainsi des services qu’il avait rendus, il 
dut accepter cette charge honorable; elle lui permet- 
tait d’ailleurs de faire pour l’agriculture nationale tout 
le bien que sa grande âme méditail sans cesse. Il con- 
sentit à prendre part aux délibérations pendant les an- 
nées 1791 et1792, alors que les lumières, les intentions 
pures, les vues d'intérêt public élargissaient les voies 
de la civilisation, détruisaient les abus, délivraient nos 
be à fetes Homer ul sh) pp Sainte ur sie: 

(1) C’est sur son invitation que je me suis imposé un pareil de- 
voir; depuis 1817, je publie exactement tous les six mois, dans ma 
Bibliothèque physico-économique, un tableau raisonné des événemens 


météorologiques. 


(491) 

campagnes des sujétions féodales, de l'oppression de la 
dime, de la servitude des personnes. Mais, dès qu'il 
eut entrevu la fausse direction que de grands crimi- 
nels, que l’or de l'étranger, imprimaient au noble en- 
thousiasme des esprits; dès qu’il eut reconnu le piége 
tendu à la bonne-foi pour exciter l’exaspération des 
passions et en profiter pour monter impunément à la 
fortune, il bläma les excès, non pour les dangers qu’il 
courut, mais dans l'intérêt de la patrie. Excellent ci- 
toyen, il sut, dans toutes les circonstances de sa vie, 
faire abnégation de lui-même, et s’il quitta le poste où 
l'avait placé la confiance de ses concitoyens, c'était 
pour leur enseigner l’art de cultiver la terre du haut 
de la chaire de cette Ecole normale qui développa de 
si grands talens : c’était dans l’intention de leur être 
plus utile encore, en les ramenant aux douces occu- 
pations des jardins, aux charmes de la vie rurale (1). 

Peu de mois après (2), il partit pour la Hollande, 
où, à la tête d’une commission spéciale, il alla con- 
quérir, à l’ombre des lauriers des deux armées du 
Nord et de Sambre-et-Meuse, ce que la Belgique et 
l’ancienne Batavie offraient de précieux sous le rapport 
des sciences et des arts. Il vit tout pour découvrir ce 
qui pouvait lui donner de nouvelles connaissances; il 
étudia les pratiques de l’horticulture portées si loin 
dans ces pays industrieux, et rassembla les outils qui 


(1) ! fut nommé professeur-administrateur du Jardin des plantes, 
par décret de la Convention nationale, du 10 juin 1793. 

(2) Le 12 novembre 1794. Les autres membres de la commission 
étaient le géologue Fauyas DE Sainr-Foxps, le bibliothécaire Lr- 
8Lonp et le dessinateur Dewaizry. ‘ 


(452 ) 

y sont en usage, quand ils présentaient quelque perfec- 
tion sur les nôtres. Il descendit dans la mine de terre 
d’ombre des environs de Cologne, où les arbres au- 
jourd’hui vivans sous la zone torride sont entassés les 
uns sur les autres dans une épouvantable confusion; 
il parcourut les cavernes ouvertes dans les flancs de 
la montagne de Maëstricht, qui renferme les ossemens 
des plus grands animaux de la terre, cachés sous les 
débris d’un monde très-ancien ; il foula les landes de 
la Campine que la plus généreuse institution a su der- 
nièrement convertir en domaines fertiles avec les élé- 
mens les plus dangereux de la société (1); il visita les 
établissemens de botanique, où vécurent et où s’im- 
mortalisèrent les premiers maîtres de l’aimable science, 
et il se sentit comme enveloppé par les grandes pen- 
sées qui les animaient, 

De retour de cette belle expédition, une autre plus 
belle encore devait l’arracher de nouveau à ses études 
sédentaires. Il est envoyé dans l'Italie (2) pour solli- 
citer de cette terre, deux fois illustre, l’indemnité de 
la victoire. Loin de s’occuper, comme tant d’autres, à 
profiter personnellement des horreurs de la guerre, 
des droits affreux de la conquête, il fait respecter les 
propriétés particulières : c’est aux établissemens pu- 
blics, c’est aux maisons religieuses, où ils forment un 
singulier contraste avec l'humilité, avec les principes 
austères de l'institution, qu’il demande les monumens 
autrefois enlevés au sol classique de la Grèce, aux 


(1) Je veux parler des mendians et des vagabonds. 
(2) En 1796 et 1997; il était accompagné de Mozrre, sculpteur ; 
BarraeLemy, peintre, et Tinxr. 


€ 455 ) 

vieilles cités bâties sur les bords du Nil, et ceux créés 
dans les XV et XVI: siècles au sein de l'Italie mo- 
derne. 

Fier de la possession de ces titres augustes de la 
grandeur du génie, Anpré Taouin les accompagna fidè- 
lement à travers les âpres sommets de l’Apennin, sur 
les flots de la Méditerranée, dans leur marche triom- 
phale vers la capitale de la France victorieuse. Ils en- 
trent à Paris, ils décorent les salles du Louvre; pen- 
dant dix-huit ans ils y nourrissent nos artistes, pendant 
dix-huit ans ils y jouissent de la plénitude de la gloire, 
mais après dix-huit ans ils furent contraints, lorsque 
des hordes barbares souillèrent le sol de la patrie, à re- 
descendre sur une terre que le fer étranger rend esclave, 
sur une terre où tout pourrait encore redevenir grand 
si la liberté renaissait de ses cendres. 

Aux cinquante chars qui, sous les auspices de An- 
DRÉ Tuouin, promenaient de Rome à Paris les chefs- 
d’œuvre de la sculpture et de la peinture; aux caisses 
nombreuses qui renfermaient les manuscrits les plus 
précieux, les premiers livres enfantés par l'imprimerie 
naissante, votre illustre confrère, Messieurs, n’oublia 
pas de joindre ce qui pouvait le plus intéresser l’étude 
de l’histoire naturelle et surtout notre agriculture. Il 
rapporta des végétaux peu ou point connus en France, 
et ceux des instrumens aratoires ou des outils de jar- 
dinage qu’il savait pouvoir être utiles. Il ramena du 
pays florentin six étalons de la superbe race d’ânes 
que l’on cite pour sa taille, sa forme très-agréable et 
sa vitesse à la course; de la Campagne de Rome, douze 
taureaux et vingt-quatre vaches remarquables par 


( 454 ) 
leurs grandes cornes et la longueur de leurs jambes; 
plusieurs paires de buflles que les Napolitains et les 
Romains ont depuis long-temps introduits dans leur 
économie rurale; quelques individus du chameau à 
une bosse ou dromadaire qu’on élève par troupeaux 
dans des parcs auprès de Pise (1). 

Axvré Tuouix revint pur comme il était parti. Son 
séjour en Hollande et en Italie lui fit priser et chérir 
davantage sa patrie, ses parens, ses amis; c’est ce qu'il 
me répétait alors que moi-même j’entrepris un grand 
voyage dans cette dernière contrée, que j'ai étudiée en 
détail avec une avidité, avec une joie toujours crois- 
santes. 

Une couronne de chêne fut la récompense de ces 
deux honorables missions; elle lui fut donnée au 
Champ-de-Mars le 27 juillet 1798, en présence d’une 
population immense, et une médaille d’or, portant 
ces mots : Les sciences et les arts reconnaissans, at- 
testa les nouveaux services qu’il venait de rendre à la 
patrie. 

Plus tard il se vit décoré de l’étoile de la Légion- 
d'Honneur. En la recevant, il dit au chef de empire : 
« J'accepte avec reconnaissance cet emblême des ver- 
» tus civiques, parce que je le tiens des mains de l’hé- 
» roisme; mais je dois déclarer que je ne le portera 
» point, il serait sans objet sur mon habit de jardinier, 
» et puis l’orgueil, inséparable de toute distinction, 


(x) Les manuscrits de ces voyages existent, ils contiennent des 
observations curieuses sur l'agriculture, les mœurs et les usages des 
Hollandais et des Htaliens. 


(455) 

» pourrait peut-être me faire oublier la bêche et la 
» serpette. Gomme elles ont fait ma consolation et ma 
» fortune, en elles je dois borner mon ambition, d’elles 
» seules j'attends le bonheur et la gloire. » Langage 
sublime, tu peins bien l’âme tout entière de l’homme 
vertueux que nous pleurons, du savant qu’on ne rem- 
placera jamais! Ainsi, quand l’ambition débordait de 
toutes parts, et que le despotisme caressait tous les 
genres de faiblesses pour tout démoraliser; quand tout 
s’humiliait pour flatter, pour solliciter des Litres et des 
cordons, pour vendre sa plume et soumeitre sa pensée, 
Anpré Tuouix demeurait simple et paisible au milieu 
de ses cultures, au milieu de ses livres. Toujours à 
ses devoirs, uniquement occupé du dépôt confié à ses 
mains habiles, et de l’existence des hommes placés sous 
ses ordres, il voulut être utile sans grever l'Etat; ilne° 
quitta point la voie du juste ouverte devant lui pour 
courir la carrière avilissante de ceux qui ent pris l’ha- 
bitude de transiger avec leur conscience; il montra 
toujours la même franchise, la même fermeté dans ses 
pensées et dans ses actions. Seul, quand la corruption 
était presque générale, il conserva les qualités de l’hon- 
nête homme, l’austérité du citoyen, le zèle du profes- 
seur dévoué ; seul, il servit la patrie pour la patrie elle- 
même : c’est ainsi que les arbres conservent leur frai- 
cheur durant les chaleurs excessives de l'été, et qu'ils 
présentent un aspect d'autant plus riant, un abri d’au- 
tant plus précieux que, à cette époque, les campagnes 
environnantes paraissent entièrement brûlées. 

Devenu plus que jamais le centre d’une correspon - 
dance très-étendue, devenu l'arbitre des travaux de 


(456 ) 

tous les propriétaires instruits, et le propagateur des 
meilleures méthodes que lui révélaient, que lui con- 
firmaient sa pratique habituelle et la pratique des 
étrangers, toutes les Sociétés savantes se firent un de- 
voir de lui présenter leur diplôme (1); l’Angleterre, 
la Suède, la Russie, les deux Amériques, les pays que 
baignent les vagues orageuses de la mer du Sud, vou- 
lurent inscrire son nom parmi ceux de leurs bienfai- 
teurs, et les hommes illustres du siècle sollicitèrent 
son amitié, lui donnèrent des preuves non équivoques 
de leur haute vénération (2). 

Membre de l’Institut de France à sa création, l’an 
des fondateurs et dignitaires de la Société Linnéenne 
en 1788, et l’une de ses colonnes les plus solides de- 
puis son rétablissement en 1820, il a pu recueillir, 
dans les yeux, dans le cœur de tous ceux qui l’appro- 


(1) Les Sociétés Linnéennes de Londres et de Philadelphie; des 
naturalistes de Hanau, New-Yorck, Marbourg; des sciences de Na- 
ples, Madére, de l'Ile-de-France, de Harlem, de Mayence, Dijon, 
Nancy, Lille, Rouen, Soissons, Strasbourg, Valenciennes, Orléans ; 
d'agriculture de Corfou, de Rome, Potenza, Vérone, Philadelphie, 
Besançon, Boulogne-sur-Mer, Bordeaux, Bourg, Cambrai, Caën, Chà- 
lons-sur-Marne, Chaumont, Dijon, Douai, Dunkerque, Grenoble, 
Jemmapes, Lyon, Méziéres, Montpellier, Mont-de-Marsan, Moulins, 
Nancy, Niort, Rouen, Strasbourg, Vannes, Versailles, Vesoul; d’é- 
conomie rurale de Postdam et de Gratz; d’horticulture d'Edimbourg, 
Berlin, Londres; de botanique de Gand, etc. 

(2) Linné fils et Dowsex se disputèrent l'honneur de lui dédier 
un genre de plantes; Le premier avait oublié que son Thouinia était 
le chionanthe du Ceylan nommé par son père; le second a dû voir 
le sien rentrer dans le genre lardizabale. Le Thouinia d'aujourd hui 
est de l’octandrie monogynie et de la famille des sayonniers. Toutes 


Les espèces connues appartiennent aux Antilles. 


( 457) 
chaient, l’expression des sentimens du monde entier 
à son égard, et jouir de l’approbation des gens de bien 
qui, selon le mot de Jean-Jacques Rousseau, est la se- 
conde récompense de la vertu sur la terre. 

Cependant, jaloux de donner de plus en plus de l’ex- 
tension aux saines doctrines qu’il enseignait, et de 
porter à une amélioration continue la plus noble et la 
plus profitable des industries, il sollicita et obtint, en 
1806, la création au Jardin des plantes d’une école 
d'agriculture pratique. Son but était encore, en dotant 
la France d’habiles cultivateurs, de rendre l’étude des 
végétaux plus facile et plus sûre en l’éclairant du flam- 
beau de l’expérience. 

Dès que son cours fut ouvert, on vit aussitôt arriver 
des environs de Paris, des départemens, et même de 
l'étranger, propriétaires; riches amateurs, simples jar- 
diniers, jeunes gens et vieillards, pour entendre lil- 
lustre professeur. Tous éprouvent le besoin de profi- 
ter des lumières qui jaillissent de sa tête éminemment 
observatrice ; tous l’écoutent avec recueillement, tous 
méditent, à son exemple, des applications utiles, et 
chacun, en le quittant, se sent meilleur. 

Axpné Tnouix possédait au plus haut degré l’art de 
persuader et d’entrainer. Son éloquence était dans sa 
bonhomie, dans sa complaisance que rien ne pouvait 
lasser, dans un style simple, méthodique et clair, dans 
le choix des faits et dans l’exposition des résultats, 
dont la voix parle plus haut à l'intérêt que les sys- 
tèmes les mieux conçus, que les livres les mieux écrits. 
Il a publié les élémens de son cours dans des tableaux 
synopliques, où loutes les parties qui constituent le 


= 
ol 


( 458 ) 

vaste domaine de l’économie rurale sont parfaitement 
analysées, où toutes les connaissances utiles à ses pro- 
grès sont classées avec exactitude et une précision 
très-remarquable. Chacune des leçons du cours était 
le développement de ces ingénieux tableaux; l'examen 
du jardin et des serres en fournissait le complément. 
C'était ainsi que le maître justifiait aux yeux de l’élève 
les lois de la théorie par le travail de la pratique; c’é- 
tait ainsi qu'il appuyait sans cesse la pratique sur la 
savante théorie; enfin, c’est ainsi qu’il est parvenu à 
reculer les bornes de l’une et de l’autre en les forçant 
à se prêter un mutuel secours, et à assurer les amé- 
liorations en tout genre que l'avenir promet à l’éco- 
nomie rurale en France. 

Axpr£ Tnouix recommandait surtout les semis comme 
la base fondamentale de toute bonne et grande culture; 
c’est, disait-il, l’unique moyen de raviver les races des 
végétaux, de les perfectionner pour notre usage, de les 
acclimater plus promptement, et de donner naissance 
à de nouvelles variétés, qui ont quelquefois des pro- 
priétés plus éminentes que celles de leurs espèces an- 
ciennes. Il prêchait les plantations comme un acte de 
vertu, et la naturalisation des végétaux utiles comme 
un devoir envers la patrie. 

Son âme, selon l’expression de MonraïGne, avait 
trop de gaillardise et de verdeur pour s'arrêter là ; 
aussi allât-elle plus loin. Jusqu'à lui les savans avaient 
dédaigné l’agriculture, et, malgré les travaux de Ro- 
ZIER, comme aux temps des Romains, elle était à leurs 
yeux l'occupation des mercenaires. AnDné Town a 
triomphé de l'antique préjugé; il a placé le premier 


( 459 ) 

des arts sur la même ligne que les sciences; il a montré 
ce que celles-ci ont déjà reçu de lui, et ce qu’elles 
doivent en attendre pour leur perfectionnement. En 
effet, lorsqu’elle s’empare des découvertes des sciences, 
l’agriculture en étend les limites. Il a fait voir l'influence 
qu’elle a de tout temps exercé sur la civilisation, sur la 
destinée des Etats, sur l’excellence des lois, et que d’elle 
seule, comme chez les anciens, le philosophe peut ap- 
prendre à donner une existence réelle à ses nobles 
spéculations. 

Les leçons d’agriculture pratique ne sont encore 
dans nos mains que par fragmens, que par copies sténo- 
graphiées plus ou moins complètes, mais elles ne sont 
point perdues, le manuscrit est prêt, il sera bientôt 
publié. Quant à ses autres ouvrages, ils sont épars dans 
divers recueils (1); tous forment un ensemble et de- 
mandent à être réunis : c’est la tâche honorable que 
la reconnaissance, disons mieux que la piété filiale 
impose à sa famille éplorée, et surtout à M. Oscar Le- 
GLERC son neveu, qu'il a formé, qui a toujours tra- 
vaillé avec lui, qui a mis, sous ses yeux, et dans l’ordre 
qu'il le voulait, les fruits de tant d’années d’observa- 
tions, de recherches et de méditations assidues (2). 

L'éclatante célébrité de Anpré Tuou:x, loin de l’é- 
. norgueillir, sembla lui faire un devoir de renfermer sa 
vie dans les affections domestiques, dans une retraite 


(1) On en trouvera la liste exacte à la suite de cet éloge. 
(2) M. Oscar LEGLERG a pris auprés de la Société Linnéenne et 
auprès du public l'engagement de remplir bientôt ce devoir pieux 


et doublement honorable pour lui. 


LA 


91- 


( 460 ) 
studieuse, Cette existence tout intérieure conserva la 
robusticité, la noble ingénuité des sentimens de son 
cœur. Elle parut une singularité aux yeux de certains 
hommes pour qui les agrémens, les riens pompeux de 
la société sont comme une sorte de besoin, un passe- 
temps d'habitude. On alla même jusqu'à dire que ce 
stoïcisme n'était qu'apparent, qu'il cachait en secret 
une autre combinaison de vanité : tel est donc le destin 
des grands caractères, si rares aujourd’hui, que la pe- 
titesse du plus grand nombre ne peut les comprendre, 
et qu’elle préfère à l’honneur de les imiter la lâcheté 
de les calomnier. Personne ne fut plus obligeant, plus 
intimement modeste, plus dépourvu d’ambition que 
votre illustre président, Messieurs ; il ne parlait jamais 
de lui, jamais il ne citait ses écrits ni ses propres ex- 
périences; et ses propres découvertes, il les exposait 
comme des choses à peu près connues ou comme 
pouvant être faites par tout autre. Ami de l’indépen- 
dance, il ne s’assujétit point à des besoins factices, 
aux ennuis de l'étiquette, à la gêne du cérémonial; les 
honneurs l’effarouchaient, et s’il consentait parfois à 
en porter le fardeau, c’est qu'il s'agissait du bien pu- 
blic, c’est qu'il y voyait le motif d’obliger ses amis. 
La gaîté franche était la base essentielle de son carac- 
ière ; elle n’était jamais si vive, si aimable, que lors- 
qu’on lui découvrait une vérité nouvelle, que quand 
on lui fournissait l’occasion d’une conquête utile à Ja 
patrie. Il accueillait tous ceux qui le visitaient, riches 
ou pauvres, avec une bonté si grande, avec un em- 
pressement tel qu'on pouvait à peine distinguer celui 
des deux qui était le plus obligé. Un instant d’entre- 


(61 

tien suffisait pour vous pénétrer d’admiralion pour ses 
connaissances, de respect pour ses vertus, d’altache- 
ment pour sa personne, Chacun voulait le consulter, 
chacun aimait à recevoir ses avis; tous les voyageurs 
venaient lui présenter leurs hommages, et nulle grande 
entreprise pour la science ne fut commencée sans 
qu'on eût pris ses instructions, sans qu’il en dirigeât 
les résultats. 

Il aimait à s’entretenir avec les jeunes gens qui 
montraient de l’aptitude aux travaux scientifiques; il les 
aidait de ses vues, il les animait par ses éloges, et soute- 
nait leurs pas de tous ses moyens : en un mot, il se plai- 
sait au mérite d'autrui. Pour l’infortune, ilétait un ami 
secourable, jamais sa bienfaisance n’a été sollicitée 
en vain. Son amilié ne se bornait pas, comme de nos 
jours, à de chaudes démonstrations apparentes; elle 
était véritable, elle était énergique, elle était coura- 
geuse dans les circonstances dificiles. Il conserva les 
habitudes simples de l’état qu’il illustra de tant de ma- 
nières. L’emploi de son temps fut si bien calculé, que 
rien ne pouvait suspendre l’accomplissement ni l’ordre 
des devoirs qu’il s'était prescrits. 

Une âme de cette trempe ne devait rencontrer que 
des amis, que des hommes dévoués : aussi fut-jl généra- 
lement vénéré. Ses aides l’aimaient par sentiment; ils 
lui obéissaient par plaisir; nulle fatigue ne leur coûtait 
pour satisfaire à ses vues, pour mériler son appro- 
bation. 

L'âge et les infirmités qui en sont inséparables ne 
purent imposer un terme à l’activité la plus ardente : 

; 


chaque jour il visitait les végétaux qu'il avait plan- 


O 


( 462 ) 
tés; il se plaisait à les interroger, à présider à la crois- 
sance de ceux dont la culture, jusqu’à lui imparfaite, 
peu connue, ou point encore tentée en France, était 
son ouvrage. Cependant, quelqu’importante qu’elle soit 
chez certains hommes, la vie a son heure fatale, Le 
premier signal de celle de notre illustre ami, Mes- 
sieurs, date du mois de janvier 1823. Je suis averti, 
je me prépare, me disait-il alors que je l’engageais 
à prendre du repos, sans cependant que ma pensée 
osât pousser plus loin. Lui seul a vu sa position, il ne 
s’en émeut point, et s’occupe sans relâche à revoir ses 
manuscrits, à donner un dernier coup d’œil à ses tra- 
vaux. Une si douce consolation lui fut ravie quand le 
prurigo senilis, cette affreuse maladie de l’appareil té- 
gumentaire, qui attend l’homme studieux aux extré- 
mités de la vie, vint empoisonner ses derniers jours 
et l’envelopper d’un feu dévorateur. Le 1° octobre 
dernier, elle l’obligea à se mettre au lit et, comme 
TuéorurasTe, à se plaindre du peu de temps laissé à 
l’homme alors qu’il est riche d’une expérience chère- 
ment acquise. Le regret de perdre inutilement ses jour- 
nées fut pour lui plus amer que ses cruelles souffrances 
n'étaient poignantes. Le 19, sa figure, encore animée, 
annonçait que son espritet son cœur, toujours d'accord, 
créaient de nouveaux plans d'améliorations pour l’éta- 
blissement. Mais bientôt de sinistres pensées, avant- 
coureurs d’une séparation éternelle, donnèrent à la 
fièvre une âpreté dévorante; le délire succéda et dé- 
truisit tout espoir dans l’âme déchirée de ses parens, 
de ses amis en larmes. Le 26, la journée fut calme; il 
avait encore toutes ses facultés intellectuelles, sans en 


( 465 ) 

excepter la mémoire qui nous quitte la première ; le 
lendemain 27, il parut jouir de se voir entouré de tous 
les siens; ses yeux s’arrétaient sur chacun d’eux ; son 
âme les plaignait, elle les consolait en leur disant en- 
core combien il les aimait ; il les priait de pardonner 
le chagrin qu'il leur causait : c'était le premier, c'était 
aussi le dernier... Hélas! c’est en cet instant si pé- 
nible à décrire, c’est en leur pressant les mains, c’est 
en faisant des vœux pour leur bonheur qu’il s’endormit 
pour toujours du sommeil des justes. 

Ainsi cessa de vivre, à l’âge de soixante-dix-sept ans, 
le régénérateur de l’agriculture française, notre maître 
à tous, et mon plus cher ami. Nos cœurs l’appelleront 
en vain, en vain nos larmes et les sanglots de sa famille 
le redemanderont à la terre qui le cache à nos yeux : 
il n’est plus, mais il laisse à ses parens l'héritage d’une 
vie sans tache, d’une conduite sans reproche et la cer 
titude de la réputation la mieux acquise ; à nous, Mes- 
sieurs, il laisse le souvenir de ses nobles travaux, le 
besoin de penser et d’agir comme lui. Son nom est à 
jamais inscrit sur les tables de l'honneur; il est insé- 
parable de la gloire agricole de notre patrie, il sera 
cher aux âges futurs, il le sera partout où il y aura des 
âmes reconnaissantes. 


AV AA AAA AAA RAS 70/1 AO LA OU DAY 2 0/0/V0/0/A0/ 40/8/0100 LRU 


LISTE 


Des ouvrages publies par À. Tuourx. 


1785. — Nores sur la rhubarbe et le lin vivace de Si- 
bérie. (Mémoires de la Société d’agricul- 
ture de Paris, trimestre d’été, pag. xxx à 
XXXi). ) 
Observations sur le chanvre de la Chine. 
(Idem, trimestre d’automne, pag. xxv] à 
XXViij.) 
Extrait des observations faites dans les diffé- 
rens cantons de la généralité de Paris sur 


les diverses branches de l’économie rurale. 
(Idem, années 1785 et 1786.) 


Ces observations ont été rédigées de concert avec 
AUGUSTE BROUSSONKNET. 


1786. — Mémoire sur les avantages de la culture des 
arbres étrangers pour l’emploi de plu- 
sieurs terrains de différente nature, aban- 
donnés comme stériles. (dem, trimestre 
d'hiver, pag. 45 et suiv.) 


1787. — Mémoire sur l’usage du terreau de bruyère 
dans la culture des arbrisseaux et arbustes 
étrangers, regardés jusqu’à présent comme 
délicats dans nos jardins. (Mémoires de 


( 465 ) 
l’Académie des sciences, vol. de 1787, 
pag. 481 à 499.) 


Axoré THouix avait lu plusieurs autres mémoires 
à cette Société savante; plusieurs devaient être im- 
primés dans le recueil de ses actes, entre autres un 
cité dans le vol. de 1786, p. 45, et ayant pour titre : 
Sur un nouveau genre de plantes (je nai pu dé- 
découvrir quel il était); mais à la suppression de 
l'Académie, le 8 août 1793, les pièces mises à part 
depuis 1787, pour composer Les volumes des années 
1788 et suivantes, furent dispersées dans divers dé- 
pôts littéraires; elles n’ont point été publiées; et 
ce qu'il y a de pire, elles sont même perdues. 
Dictionnaire de l’Encyclopédie méthodique, 
10 vol. in-4°, de 1787 à 1822. 


Toute la partie du jardinage est de Annré THovix, 


1788. — Observations sur les moyens de tirer un parti 
avantageux des végétaux grimpans dans 
la confection des prairies artificielles. (So- 
ciêté d'agriculture de Paris, trimestre 
d'été, 1788, pag. 1.) 


Il y propose de donner à ces plantes des tuteurs 
choisis parmi d’autres fourrages à tige droite et de 
même durée. 


1791.— Sur le mélilot de Sibérie. (Feuille du culti- 
vateur, tom, [, p. 179.) 


Procédés pour détruire les laiches, achées 
ou vers de terre. (Zdem, pag. 551.) 


1792. — Histoire de la culture de l’ananas. (Zdem, 
tom. [[, pag. 149.) 


1799. — Annuaire du cultivateur, ou Répertoire uni- 


( 466 ) 


versel d’agriculture; Paris, 1 vol. in-8. 


Cet ouvrage a été rédigé avec RommE, DAUBENTON, 
PARMENTIER, CELS et autres. 


1798. — Du choix des arbres à consacrer aux sciences 
et aux beaux-arts. (Décade philosophique, 
5° trimestre de l’an VII, pag. 138 et suiv.) 


Ce mémoire a été rédigé de concert avec M. le pro- 
fesseur DEsronrAINEs. L'arbre demandé par Axbré 
Taouix pour servir de symbole aux sciences était le 

, cèdre du Liban; le platane oriental, chanté par les 
poètes de l'antiquité, était indiqué par son collègue 
pour emblème des arts d'imagination et de goût. Au 
sujet de ce dernier emblème, il y eut une réclamation 
faite par M. AxpriEux. « Le nom seul de platane, 
» disait-il, doit décider de son exclusion dans le choix 
» qu'on se »ropose de faire. Donnez aux poètes, aux 
» artistes, l’acacia, le cytise, le lilas, ou même le 
» tilleul, qui est aimable, d’un verd doux, et dont la 
» fleur répand un parfum agréable, Mais pour Dieu, 
» pointde platane!.. » M. François DE NEUFCHATEAU, 
alors ministre de l’intérieur, qui avait sollicité ce 
petit travail, ne donna point de suite à l'intention 
manifestée. 


1801. — Leçons d’agriculture. (Insérées tom. VII et 
IX du Recueil des séances de l’École nor- 
male, in-8°.) 


La premiére partie traite de l’histoire de l’agricul- 
ture à partir de la réorganisation des peuples qui 
suivit la dernière révolution physique du globe, jus- 
ques et compris le XVIITe siècle de Père vulgaire , qui 
fut si grand et que l’on prend tant de soin de ca- 
lomnier chaque jour. Dans la seconde, l'auteur déerit 
les instrumens et les diverses opérations de culture. 


La troisième devait rouler sur les récoltes, qui sont 


( 467) 


la juste récompense des travaux, des soins et de l’in- 
telligence du cultivateur, mais elle n’a point été pu- 
bliée, l'Ecole normale, noble et généreuse fondation, 
ayant, avec la classe des sciences morales et politi- 
ques de l’Institut de France, été frappée de mort par 
le despotisme impérial. 

Axpré Taouin n’avouait point cet ouvrage. « Copié 
» à mon insu, dit-il dans une note écrite de sa main, 
» sur des feuillets informes, et dont je n’ai pas vu 
» Les épreuves, ce travail est rempli de contre-sens et 
» fourmille de fautes typographiques qui le rendent 
» presque inintelligible. » 


1802. — Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, 


appliquée aux arts, à l’agriculture, à l’é- 
conomie rurale et domestique, etc., pre- 
mière édition, 24 vol. in-8°, Paris, 1802 
à 1804; seconde édition, 1816 à 1819, 
36 vol. in-8°. 

Anpré Taouix a traité de l'application de la bo- 
tanique à la culture, au jardinage et à l’économie 
rurale, ainsi que l’histoire des différentes espèces de 
greffes ; mais il n’approuva jamais la fastidieuse éten- 
due que des plumes vénales ont donnée à cet ouvrage. 


Mémoire sur une école d’arbres fruitiers, 
établie au Jardin national des plantes de 
Paris. (Annales du Muséum d'histoire 
naturelle, tom. I, pag. 135.) 


Notes sur la fructification d’un jamrosade 
dans les serres du Jardin national des 
plantes. (Zdem, pag. 357.) 


1803. — Notes sur la culture de l'arbre teck. (Zdem, 


tom. IE, p. 75.) 


$ 


( 468 ) 

Description de l’école des plantes d'usage 
dans l’économie ruralé et domestique, éta- 
blie au Jardin national des plantes de Paris. 
(Annales du Muséum d'histoire natu- 
relle, tom. IE, pag. 142.) 


Observations sur un envoi de plantes vi- 
vantes, et sur la naturalisation et la cul- 
ture du lin de la Nouvelle-Zélande (le 
Phormium tenaxæ) qui en faisait partie. 


(Idem, tom. IE, pag. 228.) 


Mémoire sur la culture du genre nembreux 
des bruyères. (Zdem, pag. 444,ettom. II, 
pag. 326.) 


1804. — Note sur la culture des patates et des pommes- 
de-terre. (Zdem, tom. ILE, pag. 183.) 


Mémoire sur la culture des dahlia, et sur 
leur usage dans l’ornement des jardins._ 


(Idem, pag. 420.) 


Notice sur les dégâts occasionés dans le jar- 
din du Muséum national d’histoire natu- 
relle par l'ouragan du 6 nivôse an XI, le 
17 janvier 1804. ({dem, tom. IV, p, 3.) 


Description du jardin des semis du Muséum 
d'histoire naturelle, de sa culture et de 
ses usages. (/dem, pag. 265, et tom. VE, 


pag. 172.) 


( 469 ) 

1809. — Description et usage de plusieurs ustensiles 
de moderne invention, propres à la cul- 
ture d’un grand nombre de plantes dans 
les écoles de botanique. (Annales du 
Muséum d'histoire naturelle, tom. VI, 
pag. 266.) 

À la suite de ce mémoire on trouve la figure d’un 
parapluie, d’un contre-sol d’osier et un autrétde terre, 
d'un chàssis portatif, de deux grillages et d’une clo- 
che à facettes. 

Note sur les effets qu’a produits l’opération 
de la plaie annulaire sur un pavia à fleurs 
jaunes. (/dem, tom. VI,pag. 437.) 


Essai sur l’exposition et la division métho- 
dique de l’économie rurale, sur la manière 
d'étudier cettescience par principes, et sur 
les moyens de l’étendre et de la perfec- 
tionner. (En tête du tome XI du Cours 
complet d'agriculture de l’abbé Rozrer; 
in-4°, ) 

Ce volume et le suivant, publiés pour compléter le 


grand ouvrage de‘cet illustre agronome, contiennent 
divers articles de jardinage par Axpré THowin. 


1600. — Description d’une nouvelle espèce d’arbre à 
fruit du genre pêcher, nommé pêcher 
d'Ispahan (Amygdalus persica Ispaha- 
mensis), insérée dans le tome VIIT des 
Annales du Muséum, pag. 425. 


807. — Description de l’école d'agriculture du Mu- 
séum d'histoire naturelle. (Zdem, tom. X, 


(470) 
pag. 130, 182 et 265; XI, pag. 94: et 
XII, pag. 205.) 


Les différentes parties de ce travail vont jusqu'à 


l’année 1812. 
e 


1809. — Nouveau cours complet d’agriculture théo- 
rique et pratique. — Première édition, 
, Paris, 1809, 13 vol. in-8°. — Seconde édi- 

tion, 1823, 16 vol.in-8°. 


Quelques articles de culture. 


1815. — Discours prononcé le 29 décembre sur la 
tombe de A.-A. Parmenrier. (Imprimé 
in-4° par ordre de l’Institut et inséré au 
Moniteur du 30 du même mois.) 


1815. — Histoire et description d’une nouvelle espèce 
de poirier envoyée du mont Sinaï. (Mé- 
moires du Muséum d'histoire naturelle, 
tom. [, p. 160.) 


1817. — Moyen simple et avantageux de former et de 
conduire les tas de fumier. ( Bibliothèque 
physico-économique, tom. I, pag. 169, de 
ma rédaction.) 


Note sur la culture et les usages du pin de 


Riga; in-8°. 


1818. — Instruction sur les recherches qui pourraient 
être faites dans les colonies sur les objets 
qu’il serait possible d’y recueillir, et sur la 
manière de les conserver et de les trans- 


(471) 
4 4 14 
porter. (Mémoires du Muséum, tom. IV, 
pag: 195 et suiv.) 
Toute la partie relative au règne végétal, pag 218 
à 231, appartient à Anpré Touin. 
Note sur la culture et les usages du pin la- 
ricio de Corse; in-8°. 
Publiée d'abord dans le tom. IV, pag. 75 et suiv., 
de ma Bibliothèque physico-économique, puis im- 


primée à part, et insérée @ns les Annales de l’a- 


griculture française, tom. IT, de la 2° série, p. 97. 


Cette note a eu une seconde édition en 1821. 


1819. — Note sur la culture et les usages du chênie à 
glands doux (Quercus Ballotta), in-8°. 


Note sur la soude d’Alicante ou Barille (Sal- 
sola sativa) ; in-8°. 


1821. — Monographie des greffes, ou Description 
technique des diverses sortes de greffes 
employées pour la multiplication des vé- 
gétaux. Paris, in-4°, avec treize planches 
lithographiées. 

Cet ouvrage est le résumé des différens mémoires 
sur les greffes que Anpré THouin avait insérés 
tant dans les Ænnales du Muséum (1. XIT, p. 410; 
XI, pag. 123 et 138;et XIV, pag. 85), que dans 
les Mémoires de cet établissement (tom. 1, p. 257 et 
417: LE, pag. 165, 253 et 421; I, p.68; IX, p. 464; 
et X, pag. 405). 

Description sommaire du blé de Tangarock, 
sur la mer Noire, en Crimée. (Annales de 
l'agriculture française, tom. XIV, de la 
2° série, pag. 251.) 


(472) 

1829. — Instruction sur l’établissement des pépi- 
nières, leur distribution, leur culture et 
leur usage. (Bibliothèque physico-écono- 
mique, tom. XI, pag. 289 et suiv.) 

Ce mémoire a été imprimé séparément, in-6°, et 
inséré dans tous les recueils consacrés à l'agriculture, 
tant nationaux qu’étrangers- 

Rapport sur la folle-avoine du Canada, le 
Zizania clavellata des botanistes. (Annal. 
de l'agriculture française, tom. XVII de 
la 2° série, pag. 99.) 

1823. — Circulaire relative à des graines de six es- 
pèces de rutabaga, ou chou de Suède, ve- 
nues de l’Ecosse. (Zdem, tom. XIX de la 
2° série, pag: 2 19.) 


VV AV UV UV AV VU R L URL UV LULU LEUR UV AURA UV UT LU VAL LUE 


NOTICES 


Sur les Membres et Correspondans de la Société 
Linnéenne morts pendant le cours des années 
1823 et1824; par M. Turésaur pe BErRNEAUD», 
Secrétaire perpétuel. 


Le 26 janvier 1823 mourut à Berkeley, dans le 
Gloucestershire, en Angleterre, au lieu même où il re- 
cut le jour, le 17 mai 1749, Erouan» Jenner, docteur 
en médecine et en chirurgie, membre honoraire de la 
Société Linnéenne, et des plus illustres corps savans 
de l’un et l’autre hémisphères. 

Cet homme modeste, essentiellement charitable, 
qui fut toujours sobre, loyal et bon ami, fit ses pre- 
mières études à CGirencester, et en 1770, Hunter, le 
plus grand anatomiste de l’Angleterre, le reçut au 
nombre de ses élèves, et se fit un honneur de le re- 
garder par la suite comme l’un de'ses amis les plus 
. intimes. Le brillant succès qu’il obtint, la carrière plus 
brillante encore qui s’ouvrait devant lui, ne purentlui 
faire oublier les charmes de la vie champêtre, ni les 
tendres affections de famille, Il résista à toutes les of- 
fres avantageuses qu’on lui fit, pour demeurer dans 
ses pénates, auprès d’un frère qui lui avait prodigué 
les soins d’un père, dès les premières années de sa 
vie; pour vivre dans la simplicité et l’étude. 

En 1788, il se maria et cessa d'exercer la chirurgie, 


2 


( 474) 

afin de se livrer à la médecine et à la culture des 
sciences naturelles. Ce fut alors qu’il éclaircit un point 
d’ornithologie jusque là très-douteux, relativement au 
coucou / Cuculus). Il s’est assuré, comme ArisTorTe 
la dit positivement (1), que cet oiseau ne prépare 
point de nid, que la femelle confie ses œufs aux soins 
des bruans, des linottes, des traquets, des fauvettes, 
des lavandières et des farlouses, et que le jeune cou- 
cou, peu d’heures après sa naissance, jette hors du 
nid les petits des propriétaires légitimes (2). 

Une autre observation, mais que je ne regarde pas 
comme aussi heureuse, est celle sur la migration des 
oiseaux. Ce phénomène, qui est lié aux autres lois de 
la nature, est attribué par Jenxer à un changement 
d'organisation intérieure de l'oiseau, qui le pousserait, 
avec une force irrésistible et indépendante de toute 
circonstance extérieure, à chercher un lieu plus pro- 
pice pour produire et élever une nouvelle famille. Je 
ne conçois pas un changement aussi singulier, aussi 
contraire à la vie organique; et malgré la forme ai- 
mable employée pour en rendre compte, je préfère 
encore, en attendant mieux, à cette explication, la 
vieille opinion qui attribue la migration à la puis- 
sance du froid et à l’absence de toute végétation, à 
l'approche de hiver, dans les contrées hyperbo- 
réennes. Je reviendrai sous peu sur cet objet. 


(x) ist. des anim., VX, 5. 
(2) The natural history of the Cuckoo, dans les Transaction phi- 


losophical, de Londres, année 1788; et dans le Journal de physique 


de Rozier, année 1591, premier semestre, pag. 151 à 177. 


= 


( 479 ) 

JENNER a publié plusieurs mémoires importans sur 
l'art de guérir; les plus remarquables ont rapport à 
l’angine pectorale, dont il fit le premier connaître Ja 
cause la plus ordinaire, et à une maladie qui, dans les 
chiens, simule la rage et qui ne se communique point 
à l’homme. Mais la découverte de la vaccine qu’il fit 
en 1776, et qu’il annonça seulement au mois de juin 
1798 (1), est son véritable titre à la gloire et à la re- 
connaissance de tous les hommes. On a voulu lui ravir 
cette espèce d'invention, ou du moins en atténuer le 
mérite, quand on a montré la maladie variolique des 
vaches connue dans les montagnes des Cévennes en 
France, de Benarès dans l'Inde, et dans quelques 
cantons de la Perse, de l'Allemagne et de la Russie, 
et l’opinion traditionnellement adoptée parmi leurs 
nabitans que ceux qui gagnent cette maladie conta- 
gieuse sont par cela même préservés de la petite- 
vérole. Ges faits prouvent qu’il en est de la vaccine 
comme de plusieurs autres découvertes vers lesquelles 
l’esprit humain s’avance à la fois chez plusieurs peu- 
ples; mais qu’au génie seul qui les aperçoit est réservé 
l'honneur de les constater, de leur donner une exis- 
tence publique, d’en rendre le bienfait universel : cette 
gloire est toute à JENNER, personne ne peut raisonna- 
blement la lui contester. Qu'il ait devancé, si l’on veut, 
de quelques années, de quelques mois seulement, un 


(1) An inquiry into the cuuses and effects of the variolæ vaccinæ, 
a disease discovered in some of the vestern counties of England, 
particulary Gloucestershire, and known by the name of the Cow- 
Pox. London, 1798, in-80. 


= 


09, 


(476) 

résultat auquel les progrès de la civilisation auraient 
conduit infailliblement plus ou moins tard : cela est 
possible; cependant il n’en restera pas moins l’homme 
privilégié qui le premier nous a réellement fait jouir 
d’un avantage que la nature, peut-être même que la 
paresse et l’insouciance semblaient vouloir réserver 
pour nos descendans. 

Pendant quarante-sept ans Jenner fut occupé à 
étudier les effets de la vaccine, à en. propager l’usage, 
et du sein de son lieu natal, qu'il ne quitta que deux 
fois, il eut la douce salisfaction de la voir adoptée 
en Europe, dans l’Asie, dans l’Afrique, dans les deux 
Amériques, partout, en un mot, où il y a des amis des 
hommes. 

Le jour de sa mort, il était dans sa bibliothèque : 
c’est là qu’une attaque d’apoplexie termina à soixante- 
quatorze ans une vie tout entière consacrée au bien 
de l'humanité, à l’exercice des vertus domestiques. 
M. le docteur Louis VALENTIN a le premier publié une 
notice sur lui (1); le docteur Banow, de Glocester, 
qui a écrit sa vie en anglais et s’est chargé de publier 
ses nombreux manuserits, a fait l'éloge de la notice 
de notre confrère M. Vazenrin, en disant qu’elle ren- 
ferme tout ce qu'il y a à dire sur l'inventeur de la 
vaccine. 

JEAN -Manie-Nicozas FRÉTEAU, docteur en mé- 
decine de la faculté de Paris, correspondant de la 

(1) Votice historique sur de docteur JENNER, suivie de notes rela- 
üves à sa découverte de la vaccine. Nancy, 1823, at édit., 1824, in-8°. 


ZX — 


(493 à 

Société Linnéenne et d’un grand nombre d’Acadé- 
mies nationales, naquit à Massac, département d’Ile- 
et- Vilaine, le 6 avril 1767, et mourut à Nantes, âgé de 
cinquante-six ans, frappé d’un coup d’apoplexie, le 
9 avril 1823. Sa vie tout entière fut dévouée au sou- 
lagement de l’humanité souffrante, non - seulement 
comme médecin, mais encore comme chirurgien. 
Elève de Hazré, de Cagaxis et de Tnourer, de De- 
sAuzr et de Convisanr, il s’est acquis une bonne ré- 
putation et a mérité l'honneur de siéger auprès d’eux 
à la Société de médecine de Paris. Praticien expéri- 
menté, il a consigné dans des ouvrages estimés (1) 
les résultats de ses observations et enrichi les recueils 
que publient les Sociétés médicales de Paris et de 
Montpellier d’une foule d’articles intéressans, propres 
à jeter un grand jour sur les maladies qui affectent 
l’homme dans les langes du berceau, pendant l’effer- 
vescence des passions et sous les glaces de l’âge. Plu- 
sieurs sont relatifs aux vers vésiculaires de la poi- 
trine (2), aux polypes de l’utérus (3) et du rectum (4). 

L'un des soutiens de la Société académique des 
sciences de Nantes, il eut l'honneur de la présider 
pendant quatre années. Un Discours remarquable 
qu’il prononca, en 1820, sur l'agriculture considérée 
dans ses rapports politiques, fait voir, dans un style 


1) Voyez le Ie vol. des Hemoures de la Societé, pag. exxv. 


6 (2) Journal général de médecine, rédigé par Sénizsor, tom. XL, 


Pay. 121 el Suiv. 
(3) Même recueil, tom. XLVII!, pag. 257. 
(4) Même recueil, tom. XLVIT, pag. 3 et suiv. 


(478 ) 

élégant, dans les élans d’une âme généreuse et la noble 
indépendance d’un ami de la nature et de la vérité, 
l'influence immédiate que le premier, que le plus saint 
des arts exerce sur les mœurs et le sort des nations. 
Il y rattache des conseils applicables à la situation 
particulière des départemens de la Loire-Inférieure, 
du Morbihan et d’Ile-et- Vilaine, qu'il avait, l’année 
précédente, fait connaître dans des Considérations sur 
l'état de la culture de la ci-devant Bretagne. Adoptées 
par la Société académique de Nantes, ces considéra- 
tions importantes furent adressées au ministère de l'in- 
térieur, où elles sont demeurées stériles et inédites. 

FRÉTEAU a trouvé dans son neveu, dans son ami, 
M. le docteur Priou, son successeur à la Société Lin- 
néenne, un panégyriste digne de lui, digne de la 
science qu'il cultive avec succès. Dans son éloge, 
M. Priou nous le montre tel qu’il fut, bon, charitable, 
ferme, courageux, ami sincère de la patrie, doué de 
l'imagination la plus brillante et la plus féconde, unie 
à un esprit pénétrant, à un jugement prompt et so- 
lide, à des connaissances très-étendues, à une obli- 
geance de tous les instans (1). 


PE ee 


JEAN Tnore, docteur en médecine, membre corres- 
pondant de la Société Linnéenne, associé de plusieurs 
autres Corps savans, naquit à Montaut, près d’Auch, 


(1) Eloge historique de J.-M.-N. Fréreau. Nantes, 1823, in-8° 
M. Priovu s’est trompé lorsqu'il a dit que son oncle était né en 1765; 
FRÉTEAU lui-même m’a fourni le jour et l’année de sa naissance.Tous 


les autres détails sont trés-exacts. 


( 479 ) 

département du Gers, le 13 octobre 1763, de parens 
pauvres, mais vertueux. Par un travail assidu, un 
amour éclairé par les choses utiles, et une activité 
peu commune, il parvint à se faire distinguer par le 
professeur LATAPIE, qui revenait alors d’un voyage en 
Sicile, entrepris de compagnie avec le fils de limmor- 
tel auteur de l'Esprit des Lois. Lararis lui donna des 
soins, et par suite son amitié. Le jeune Tuore sut en 
profiter, et, soutenu par la générosité de son maître, il 
fit de brillantes études médicales, et fut recu docteur 
en 1787. 

Ses grades une fois obtenus, il se mit à explorer les 
landes qui s’étendent depuis l'embouchure de la Gi- 
ronde jusques aux rivages de l’Adour, ei dont les 
dunes empiètent chaque année de 23 à 24 mètres de 
terrain, Il rassembla dans ses courses des notes nom- 
breuses et les premiers matériaux des ouvrages qu’il 
devait publier par la suite. 

En 1792, il prit service dans les armées comme 
médecin. Il fut attaché à l’armée des Pyrénées orien- 
tales, et chargé des hôpitaux qu’on établissait à Dax, 
département des Landes. Là, il prit, en 1797, une 
épouse digne de lui, et y fixa pour toujours sa rési- 
dence. Bientôt il fut lié de goûts et d’amitié avee 
BorpA, d'Oro, minéralogiste habile et déjà géologue 
que cette science n’était pas encore créée, et avec tous 
les autres naturalistes habitant ce pays si curieux sous 
tous les rapports de la science. 

Dans les momens qu'il ne devait point au soulage- 
ment des militaires souffrans, Tuore, pour donner 
plus d’exactitude à ses recherches, employait son 


( 480 ) 
temps à les corroborer par de nouvelles observations 
qu'il savait par plaisir raitacher à l’art de guérir et 
aux honorables fonctions qu’il lui imposait. Le pre- 
mier ouvrage qu'il rédigea fut une esquisse topogra- 
phique très-bien faite des environs de Dax (1). Le se- 
cond, consacré à la botanique, fit connaître une foule 
de végétaux jusqu'alors échappés aux yeux des bota- 
nistes; il y montra parmi les plantes les plus com- 
munes celles des Alpes, qu’on ne pouvait supposer 
exister dans les Landes, mêlées à d’autres que l’on 
estimait seulement être indigènes au Portugal (2). 
Les eaux thermales de Dax, de Tersüs, de Préchac 
et de Saubusse (3); les eaux minérales de Pouillon (4) 
et de Gamarde (5); les tourbes de Dax (6) ; les pro- 
ductions volcaniques des Landes (7); la mine de 
soufre de Saint-Bouès (8); la terre d'ombre de Aren- 
sosse (9), lui fournirent successivement des sujets 
importans d’études. 


(1) Dans le Journal de la Société de sagte et d'histoire naturelle 
«de Bordeaux, tom. HI, pag. 51 et suiv. Il est cité dans le recueil 
publié par la Société de médecine de Paris, tom. V, pag. 267. 

(2) Essai d'une Chloris du département des Landes. Dax, an XI 
(1803), in-80. Tnore en a laissé une nouvelle édition manuscrite 
sous le titre de Flore tarbellienne. 

(3) En 1809; Son mémoire a paru à Bordeaux, dans le Bulletin 
polymathique, tom. VI, pag. 389, 429, et VIT, pag. 3, 37 et 75. 

(4) Journal de santé et d'histoire naturelle de Bordeaux, tom. 1 jé 
pag. 226 à 231. 

(5) En 1807 et en 1817, broch. in-8°. 

(6) Inséré dans le Bulletin polymathique, en 1803, tom. IE, p. 89. 

(7) Voyez le Magasin encyclopédique de Mirux, tom. HI de sa 
sixième année, pag. 163, et tom. IV de sa huitième, pag. 389. 

(8) Magasin encyclopédique. tum. V de sa septième année, p. 109 

(9) Bulletin polymathique, tom IV, pag. 300. 


( 481 ) 

En 1817, il donna la description d’une machine 
nommée Barau, propre à la pêche de toutes sortes 
de poissons de rivière (1), inventée par Louis Ga- 
ZAUMAJOUR, surnommé Salmonie, de Peyrehorades, 
que l’ingratitude laissa mourir dans l’indigence en 
1809. 

Tuore publia, en 1810, sous le titre de Prome- 
nade sur les côtes du golfe de Gascogne, un aperçu 
topographique, physique et médical des côtes occi- 
dentales de ce golfe, depuis le bassin d'Arcachon, si 
souvent le théâtre d’horribles naufrages, jusqu’à 
Saint-Jean-de-Luz, où l’on parle avec pureté l’idiôme 
basque. Cet espace de 100 kilomètres (25 lieues) de 
longueur, sur 16 à 20 kilomètres (4 à 5 lieues) &e 
large, était alors encore vierge relativement aux re- 
cherches en histoire naturelle; aussi notre observateur 
y a-t-il recueilli d’excellens détails statistiques, des 
remarques fort curieuses en botanique, en géologie et 
en zoologie, des faits curieux sur la culture du pays 
et sur les mœurs de ses habitans (2). 

En 1812, Tnore jeta un nouveau coup d’œil sur les 
landes (3) : ce fut le dernier écrit qui fut imprimé sous 
ses yeux. Il rédigea des Votes pour servir à l’ichthyo- 
logie fluviatile et maritime du département des Lan- 
des, puis un T'ableau des champignons comestibles et 
vénéneux du même pays, suivi des moyens de remé- 
dier aux accidens occasionés par celles de ces sub- 
stances qu'il est dangereux de manger. Ges deux 


(1) Bordeaux, 1807, broch. in-8° avec une planche Zravée. 
2) Un vol. in-8° avec une carte. 
3) Bulletin polymathique, tom. de 1812 


( 482 ) 
manwscrits, que j'ai déposés aux archives de la Société, 
renferment, le premier, des renseignemens utiles sur les 
poissons, et plus particulièrement sur l’alose, la fausse 
alose, le saumon, ainsi que sur la pêche, et une nou- 
velle espèce d’engin due à Jean Gascaix, dit Petiton, 
de Saubusse, qui l’inventa en 1792 (1). 

Le second ouvrage inédit est une espèce d’instruc- 
tion que Tuore destinait aux habitans du département 
des Landes, dont plusieurs, chaque année, paient de 
leur vie l’ignorance où ils sont des espèces de cham- 
pignons comestibles et de”celles qui sont vénéneuses. 
Il a suivi la classification du Synopsis fungorum de 
lillustre M. Persoon. Dans l’énumération des espèces, 
Tuore en décrit quelques-unes de nouvelles qu’il n’a 
malheureusement point accompagnées de figures co- 
loriées. Il nous apprend que, malgré sa nature véné- 
neuse, l’agaric verruqueux (Æmanita rubescens P.) 
est avidement recherché par quelques gourmets comme 
préférable à tous les autres champignons. Ils le man- 
gent assaisonné, ou bien mêlé avec des œufs, après 
lavoir fait griller et forcé à se dépouiller de son eau. 
Ses conseils, dans le cas d’empoisonnement, consistent 
à faire évacuer le champignon, à remédier aux acci- 
dens nerveux par les antispasmodiques, puis enfin à 
rétablir l’équilibre de tout le système par les toniques 
et les cordiaux. 

Lors des événemens désastreux de 1819, notre sa- 


(1) Ce manuscrit est accompagné de deux dessins : Pun représen- 
Lant une murêne jetée par la tempête sur la côte du cap Breton; 


l'autre est le cascail. 


( 485 ) 

vant naturaliste se vit contraint à quitter les champs de 
l'observation qu’il savait parcourir avec gloire et au 
profit des hommes, pour se livrer au triste métier de 
maître d'école. Privé d’un emploi qu’il honorait, en 
butte aux passions haineuses des méchans, aux sourdes 
menées de l'esprit de parti, il dut, par ordre, cesser 
la médecine, s'éloigner de Dax, abandonner ses li- 
vres, ses collections d'histoire naturelle, et se reléguer 
dans un village (à Saint-Vincent) avec sa nombreuse 
et respectable famille, où cinq et six fois par an il 
était, durant quinze ou vingt jours de suite, claque- 
muré par suite des débordemens de PAdour. 

C’est dans cette retraite, que ses vertus, ses cheveux 
blancs, ses connaissances profondes el variées, sa phi- 
losophie et son amour pour la vérité, rendaient véné- 
rable au petit nombre d’amis qui osaient la visiter,que 
Tuore traça quelques pages pour ma Bibliothèque phy- 
sico-économique (1), dans lesquelles il s'occupe encore 
de considérations sur l’agriculture des Landes; et pour 
offrir à la jeunesse studieuse un Tableau raisonné de 
l’histoire ancienne et moderne, où tous les événemens 
mémorables, depuis les jours de tradition écrite jus- 
qu’à l’année 1815, sont exposés avec simplicité, indé- 
pendance, et une connaissance solide du cœur humain, 
Cet ouvrage utile, je l’ai lu, et je le trouve fort bien 
fait : il est demeuré manuscrit. 

Né sans fortune, Tnore exerca la médecine pour 
vivre, puis il courut forcément la carrière pénible de 
l'éducation publique pour soutenir sa famille et sa- 


(1) Voyez le tom. I de l’année 1815, pag. 217 el suiv. 


( 484 ) 

tisfaire aux premiers besoins de la vie à un âge où ses 
travaux littéraires auraient dû lui avoir assuré une exis- 
tence indépendante, si le talent était préféré à lintri- 
que, à l’esprit de bassesse. Le bonheur l’a fui constam- 
ment depuis l’année fatale de sa destitution; malgré 
les efforts les mieux soutenus et la résignation la plus 
entière, il eut la douleur de s’apercevoir que rien ne 
pouvait plus lui réussir. Il n’avait de consolations que 
dans l’amour de ses deux filles, dans les succès de son 
fils aîné, dans le bien qu’il avait fait et dans le calme 
de sa conscience. Il souffrait peut-être moins encore 
de ses propres malheurs que de ceux de sa patrie qu’il 
idolâtrait. Enfin une apoplexie foudroyante l’enleva 
sans douleur le 27 avril 1823, laissant à sa famille 
l'exemple de ses vertus, de sa rare bonté, de sa pa- 
lience, el à ses amis le soin de soutenir l’honneur de 
son HOM. 

Un genre de la famille des conferves et voisin des 
batrachospermes lui a été dédié par M. Bonx DE Sainr- 
VixcenT (1), son plus ancien ami. L’on n’en connait 
encore que quatre espèces, dont une abondante dans 
les rivières de France, le Thorea hispida, fournit une 
couleur sur laquelle Tuore a publié un mémoire (2). 


RAT A A 


AnToiNE- Pierre DELALANDE, naturaliste- voyageur 
atlaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris, 


(1) Annales du Muséum d'histoire naturelle, tom. XII. 

(2) Sur La conferve velue, et sur la couleur qu'on peut en extraire; 
mémoire inséré dans le #agasin encyclopédique, tom: VT, pag. 405, 
de sa cinquième année, et Bulletin poly mathique, \om. IH, pag. 315. 


( 485 ) 
membre de la Société Linnéenne, correspondant de 
l’Académie des sciences de Russie et chevalier de la 
Légion-d’Honneur, naquit à Versailles le 27 mars 1787. 
Formé par son père et par les professeurs de l’établis- 
sement du Muséum, les préparations d’animaux lui 
devinrent bientôt si familières qu’il surpassait les plus 
habiles, et comme à ce mécanisme il joignait des con- 
naissances variées et solides, il fut chargé de recher- 
ches en histoire naturelle, et fut d’abord envoyé en- 
Espagne et en Portugal, puis sur les côtes de la Médi- 
terranée et au Brésil. Ges missions, remplies avec 
succès, lui en firent confier une bien plus importante 
pour l’Afrique australe, dont les résultats importans 
sont bien au-dessus de ceux beaucoup plus vantés des 
illustres voyageurs Kozse, SPARMANN, PATERsoN, LE 
VaizzanT, Barrow, DANIEL, elc. 

Pour satisfaire à la nouvelle obligation imposée à 
son zèle, il quitta Paris au mois d’avril 1818, se diri- 
geant sur le cap de Bonne-Espérance, où il arriva le 
8 août suivant, Une première excursion faite le 11 no- 
vembre à l’est de ce cap, le long d’une chaîne de 
hautes montagnes de grès ou de granit, dans un pays 
habité par des Hottentots, faillit lui être fatale. Une 
armée de 10,000 Gafres qui s’avancait sur la colonie 
anglaise, et répandait partout l’épouvante et la mort, 
vengeant de la sorte l’insulte faite à leur territoire, le 
coulraignit à rétrograder à marche forcée par une sé- 
cheresse extraordinaire, même entre le 33 et le 34° de- 
gré de latitude australe. 

Sa seconde expédition, commencée le 5 juillet 1819, 
dirigée au nord en suivant la côte, s’étendit jusqu’à la 


( 460 ) 
rivière des Eléphans qui se perd dans l'Océan, à en- 
viron 2° 59° de la ville du Gap, et entre autres objets 
qu’il en rapporta, je dois citer un énorme hippopotame 
dont la peau et le squelette sont dans les salles du 
Muséum. 

Une troisième course, entreprise le 2 novembre 
1819, embrassa le pays qui va depuis Algoa-Bay jus- 
qu'à la rivière de Keiskama, et dura huit mois. C’est 
là principalement que Deraranve fit d’abondantes ré- 
coltes en insectes rares, en oiseaux et quadrupèdes in- 
connus ou très-mal décrits. 

Après deux ans de séjour dans le pays des Cafres, 
il reçut l’ordre de quitter l’Afrique; il partit le 1°* sep- 
tembre 1820. « Jamais exilé, disait-il en racontant cet 
» événement, n’éprouva plus de regret en quittant le 
» sol natal, que je n’en éprouvai lorsqu'il fallut se ré- 
» soudre à m’éloigner de cette terre au moment même 
» où je me proposais de visiter des contrées tout-à-fait 
» ignorées, et lorsque le succès que je venais d’obte- 
» nir me donnait l’espoir d'appliquer à de nouvelles 
» découvertes des connaissances déjà acquises sur les 
» objets si variés et si intéressans que le règne animal 
» présente dans cette partie du globe. Quoique mes 
» espérances aient été déçues, quoiqu'il ne m'ait pas 
» été permis d'explorer cette contrée, objet de mes 
» vœux, je me console en pensant que mes travaux 
» auront contribué à détruire quelques erreurs et à 
» éclairer quelques points de la science. » 

Les objets rapportés par DELALANDE sont en effet 
des plus nombreux et offrent une masse des plus 
riches en faits nouveaux. Sa collection de crânes hu- 


( 487 

mains donne d’une part une suite non interrompue de 
dégradations depuis Asiatique, qui vit dans la mol- 
lesse, jusqu’au Makoia, chez qui l’angle facial est très- 
aigu; de l’autre, une série d’augmentations depuis le 
Bochisman, vivant dans les haies, jusqu’à l’Hottentot, 
habitué à la chasse et à nourrir les troupeaux dont il 
boit le lait; et depuis le Namaquois jusqu’au Cafre, 
dont toute l'anatomie porte l'empreinte de la force et 
de l'énergie physique poussées à l'extrême. 

Les autres parties de la zoologie se composent de 
13,409 individus appartenant à 1620 espèces, savoir : 
228 mammifères, 2205 oiseaux, 522 reptiles, 263 pois- 
sons, 10,000 insectes et 587 mollusques, Pius, 1 22 sque- 
lettes tous préparés. 

En minéralogie, on a compté 500 échantillons fort 
intéressans pour le géologue, qu’ils avertissent dela 
constitution des montagnes et de la nature des roches 
de l’extrémité australe de l'Afrique. 

En botanique, DELALANDE avait recueilli vivans les 
Gooo végélaux dont est composé son herbier; mais il 
a eu la douleur de les voir périr dans les hautes mon- 
tagnes qui séparent le mouillage de False-Baie, où 
l'attendait la frégate qui devait le ramener en France, 
de la baie de la Table, voisine de la ville du Cap, où 
ces précieux objets étaient rassemblés. Il n’a rapporté 
avec son herbier, que 589 ognons parmi lesquels treize 
sont signalés comme nouveaux, et des sachets de grai- 
nes se rapportant à 291 espèces. 

Comme on le pense bien, d’après ces brillans ré- 
sultats, DecALANDE déploya durant ce voyage une ac- 
tivité qui dut étonner et étonna réellement dans un 


( 488 ) 
climat aussi ardent; mais ce qui le distingua le plus, 
ce furent son obligeance pour ses guides, sa réserve 
avec tout le monde et sa grande modestie : aussi y 
eut-il de toutes parts empressement égal à lui être utile 
et à seconder l'intérêt qu’il savait inspirer pour ses re- 
cherches. 

De retour en France à la fin de l’année 1820, il 
recut, le 25 mai 1821, la décoration de la Légion- 
d'Honneur, qu’avait sollicitée pour lui M. ns Escorais, 
agent de France au cap de Bonne-Espérance, Ses tra- 
vaux, son zèle, son dévouement sans bornes, les ser- 
vices éminens qu'il venait de rendre à l’histoire natu- 
relle, réclamaient d’autre récompense : il ne l’oblint 
point. Cette ingratitude, si commune de nos jours, mais 
à laquelle il avait tant de droits d'échapper, a retardé 
indéfiniment la narration de son voyage; elle lui a 
causé un chagrin profond qui aggrava singulièrement 
la maladie cruelle dont il puisa le germe sous un ciel 
brûlant et dans le mauvais air qu’il respira en dissé- 
quant une baleine de 24 mètres et demi de long 
échouée sur la côte près du Cap, un hippopotame 
énorme près des marais qui bordent le Berg-River, et 
un rhinocéros bicorne sur les rives du Groote-Vis. 

Drracanne mourut à Paris le 27 juillet 1895. Le 
lendemain sa dépouille mortelle fut conduite au cime- 
tière de l'Est par une députation de Linnéens et d’un 
grand nombre de naturalistes, tous profondément af- 
fligés d’une perte aussi sensible. Après la funèbre 
cérémonie, que la pluie rendait plus triste encore, je 
prononçai sur sa tombe les mots suivans : 

« Victime de son zèle éclairé pour les sciences na: 


( 489 } 

turelles et du dévouement le plus entier, le plus hé- 
roïque pour en étendre les connaissances, pour en 
augmenter les richesses; victime d’une âme ardente 
qui ne calculait rien quand il s'agissait de recherches 
utiles, de conquêtes nouvelles, notre confrère vient 
de trouver la mort à la fleur de l’âge, alors que, de 
retour dans sa patrie, il devait tout attendre de la re- 
connaissance des hommes instruits, et jouir du repos 
si glorieux, si justement acquis après tant de travaux, 
après tant d’eflorts généreux, de fatigues et de dangers. 
Une maladie longue, une maladie cruelle a rompu la 
trame de ses jours ; elle prive la Société Linnéenne 
d’un membre qu’elle comptait avec orgueil; elle prive 
chacun de nous d’un confrère essentiellement ami; 
elle prive l’État d’un bon citoyen, et sa famille de celui 
qui faisait son plus bel ornement. Que les jaloux se tai- 
sent! ils n’ont plus à craindre son activité bouillante, 
sa probité sévère : qu'ils reprennent la trace de ses 
pas, qu’ils fassent ce qu’il a fait si généreusement, ce 
qu'il méditait de faire encore, et son ombre leur par- 
donnera de l’avoir si mal récompensé. Quant à nous 
qui fûmes ses véritables amis, nous conserverons le sou- 
venir de ses nobles services, nous louerons les belles 
qualités dont il nous a donné l'exemple, et nous tâ- 
cherons de limiter dans tout ce qu’il a fait de bien 
et d’utile pour la science, pour le profit de l’huma- 
nité; nous le ferons, parce que c’est un devoir sacré à 
remplir, nous le ferons pour nous rendre à nos yeux 
dignes du beau titre d'hommes. 

» Va en paix, DELALANDE , va rejoindre ton ver- 
tueux père, et les hommes illustres qui, comme Loi, 


53 


( 490 ) 
surent faire le sacrifice de leur vie à l’avantage des 
autres; entends le dernier adieu de tes confrères 
fidèles, et compte qu'ils ne négligeront aucune cir- 
constance pour te rendre hommage, pour redire les 
services que tu as rendus aux sciences qu'ils cultivent 
par goût, par plaisir, et sans aucune autre vue d’am- 
bition que celle de payer leur dette à la patrie, à l’hu- 
manité. Adieu ! » . 


On a donné le nom de DELALANDE à un nouvel ani- 
mal nocturne, mammifère, digitigrade, carnassier (le 
Proteles Lalandii), voisin des civettes et des hyènes, 
qui vit au fond de la Cafrerie dans des terriers, et que 
ce naturaliste a le premier découvert et même fait 
connaître aux naturels du pays (1). 


RS RAR Re A 


Josepna-Francois CorréA DE SErrA naquit à Serpa, 
ville forte du Portugal, en 1750, fils d’un bon pro- 
priétaire et jurisconsulte qui, voyant en lui des dispo- 
sitions précoces, le conduisit à Rome, puis à Naples, 
où il le plaça sous la tutelle de l'abbé Genovesr, savant 
recommandable qui forma bon nombre de sujets dis- 
tingués, et fut un des premiers à propager en Italie les 
hautes lumières de la philosophie. Après ses études, 
Corrka revint à Rome, entra dans les ordres et s’oc- 
cupa de recherches sur les antiquités. Ge goût se 
prend aisément dans la ville éternelle où tant de sou- 
venirs sont attachés aux moindres monumens, et où 


(1) Woyez-en la description par M. Isinore GrorFroy SAINT- 
Hiraine, Mémoires du Muséum, tom. XI, pag. 354 et suiv. 


( 491 ) 

toutes les conversations roulent sur les faits et gestes 
du passé, sur les arts, et rarement sur les sciénces na- 
turelles qui, à cette époque, comptaient peu d'initiés. 
Cependant les plaisirs de la botanique surent aussi 
séduire le jeune Corn£a; il s’y adonna avec tant de 
zèle qu'il acquit bientôt le droit d’être cité comme au- 
torité dans cette belle partie de l’histoire de la nature. 

Les sciences et les arts étaient alors exilés du Por- 
tugal; le fanatisme les comprimait sous le joug de fer 
de la barbarie. Corr£a, de retour,en 1777, dans sa pa- 
trie, voit avec horreur cette affreuse situation ; son cœur 
s’en indigne, il ose élever la voix : on l’écoute, et après 
deux années d’eflorts il obtient la création d’une aca- 
démie des sciences, dont il fut nommé secrétaire per- 
pétuel en 1780; il obtient de plus l'établissement d’une 
imprimerie, d’un cabinet d'histoire naturelle, d’une 
chaire de physique expérimentale, et d’un laboratoire 
de chimie. Une semblable révolution étonna Lisbonne, 
étonna tout le Portugal. Elle en produisit une autre 
non moins surprenante; ces mêmes hommes qui na- 
guère tiraient vanité de ne point savoir signer leurs 
noms, qui mesuraient avec orgueil la distance qu’un 
titre, souvent acheté par de honteuses, par de crimi- 
nelles complaisances, ou qu’un peu d’or avait mise 
entre eux et leurs semblables, recherchèrent avec em- 
pressement leurs entretiens, osèrent se familiariser 
avec eux, et, qui plus est, solliciter l'honneur de siéger 
sur les mêmes bancs. L’enthousiasme créa des prodi- 
ges ; en peu de mois il sortit des presses de l’Académie 
des ouvrages remarquables’ sur la législation, l’éco- 
nomie politique, l’agriculture, l'astronomie; sur la lit- 


39, 


( 492 ) 

térature et l’histoire nationales, Dans ke nombre, on 
remarquasurtout la collection de précieux manuscrits 
que Corr£A publia sous le titre de Colleccao de livros 
ineditos de historia portugueza dos reinados de Joao 1, 
Duarte, Affonso Ve Joao IL, dont il n’a donné que 
trois volumes in-fol. imprimés en 1790, 1792 et 1705, 
Ms d : 

La botanique ne fut pas oubliée; si l’amour de la 
patrie portait Corré£a à approfondir l’histoire du Por- 
tugal, l’amour des sciences naturelles l’excitait aussi 
à payer un large tribut à la description des plantes et 
à leur examen physiologique. Il s’occupa moins à fixer 
leur distinction qu’à chercher les lois qui les‘associent 
entre elles, 

Mais tel est le sort des choses les plus utiles, le mal 
parvient à tout envenimer; comme l’onde qui creuse 
le roc le plus dur en tombant goutte à goutte. Tant 
de succès remportés par les lumières devaient néces- 
sairement irriter ceux qui ont intérêt au triomphe de 
l'ignorance, des préjugés, et pour qui les horreurs de 
l’inquisition sont un besoin de tous les instans. Ils 
travaillèrent long-temps en secret et préparèrent par 
ous les moyens la ruine de celui qui avait, comme 
par enchantement, dessillé tous les yeux, qui avait ré- 
veillé le feu sacré, qui lentretenait par son zèle, par 
son désintéressement, par ses profondes recherches, 
par les services qu’il rendait chaque jour à la jeunesse 
studieuse. Leurs criminels projets éclatèrent en 1786, 
au moment où l'intolérance religieuse, armée de tor- 
ches et de poignards, brûlait, ensanglantait tout le 
Portugal; où le sort affreux des villes d'Avis et de 


(495 ) 

Souzel menacçait la civilisation entière ; où l’agricul- 
ture persécutée voyait les campagnes qu’elle avait 
rendués fertiles, désolées par la famine, se couvrir de 
buissons et de ronces, Gorné£a dut fuir le glaive ho- 
micide qui le poursuivait; il vint en France, et se lia 
bientôt de la plus étroite amitié avec Auauste Brous- 
sonNET, qui devait plus tard être, à son tour, puni du 
bien qu’il faisait alors aux hommes. 

En 1785, Gornf£Aa partit pour le Piémont, d’où il 
revint en Portugal en 1789, sans le moindre ressenti- 
ment contre ses perséculeurs, qui avaient enfin perdu 
leur fatal crédit. Il reprit ses habitudes scientifiques, 
et prépara dans le silence les matériaux des ouvrages 
qu'il devait plus tard déposer sur l'autel du génie de 
l’histoire naturelle. 

En 795, menacé par les fauteurs des excès de la 
révolution, délaissé par ses propres amis, trop lâches 
pour lui faire un rempart de leurs corps; poursuivi par 
quelques-uns de ceux mêmes qui avaient sollicité lhon- 
neur de siéger parmi ses confrères, le fondateur de la 
Société Linnéenne de Paris quitta la France et se 
rendit à Lisbonne auprès de son ami CORRÉA DE SERRA. 
L'accueil qu'il en reçut l’indemnisa d’une partie de 
ses chagrins. Il fut surtout sensible à la distinction 
qu'il obtint de l’Académie, qui avait ordonné qu’il se- 
rait logé et nourri dans son palais; et en particulier 
de tous ses membres, qui cherchaient à l’envi l’un de 
l’autre à lui donner chaque jour de touchans témoi- 
gnages de leur estime. Broussonner, justement séduit 
par un bonheur aussi inattendu, se flattait d’en jouir 
en paix, et de se livrer, sous l’égide de la bonne ami- 


(494 ) 

lié, aux charmes de l’étude qui console de tout, quand 
ses ennemis osèrent l’accuser, non-seulement des cri- 
mes dont il était la victime, mais encore de jeter les 
germes d’une révolution politique au sein même du 
Portugal, où il recevait l’hospitalité. BroussonxerT fut 
contraint de se réfugier en Afrique, sur la terre que 
le glaive musulman inonde de sang et peuple d’esclaves 
qu'il va de nuit arracher aux plages européennes. 
Connf£a, qui avait donné à cet illustre proscrit des 
preuves si grandes et si publiques de la plus tendre 
affection, si vit enveloppé dans les mêmes persécu- 
tions et obligé, en 1796, de mendier un asile aux 
Anglais. 

L'Académie des sciences de Londres se fit un hon- 
neur d’augmenter le nombre de ses membres en ou- 
vrant son enceinte au savant Portugais. De soû côté, 
Conn£a enrichit les mémoires de cette compagnie de 
plusieurs dissertations, entre autres sur les forêts sub- 
mergées de Sutton, dans la province de Lincoln (1), 
sur la fructification des algues (2), et sur le beau genre 
doryantes (3). 

Au milieu de ce triomphe littéraire, la délation, qui 


(1) On a submarine forest, on the east coast of England, inséré 
dans les Transactions phil., vol. de 1999, page 145 à 156. Cette forêt 
fut découverte en septembre 1796; Corréa y reconnut parfaitement 
l’Ilex aquifolium , V Arundo phragmites, ete. 

(2) On the fructification of the submersed algæ, inséré dans les 
Philos. transact., 1796, pag. 494 à 505. 

(3) On the Doryantes a new genus of plants from New-Holland 

-next akin 10 the Agave; inséré dans les Trans. of Linn. Soc., vol. VI 
pag. 216. 


( 49 ) 

ne dort jamais, vint l’abreuver d’amertumes. Il quitta 
l'Angleterre en 1800, vint à Paris, évita ses compa- 
triotes, et ne s’occupa que de sciences et de littérature. 
L'Institut l’associa à ses travaux le 11 décembre 1807. 
Son bonheur était de passer des journées entières au 
‘Jardin des plantes et dans les salles de botanique. C’est 
à qu’étudiant la belle famille des orangers (1), il @, 
selon l’expression de M. Cuvier (2), donné de belles 
vues générales sur les raisons qui, liant ensemble cer- 
tains organes, limitent nécessairement chaque famille 
dans des bornes déterminées. 

Comme il était persuadé que lanatomie comparée 
des plantes pouvait seule nous mener à la connaissance 
solide de la valeur des caractères, qui résultent de la 
symétrie des parties, du port et de l’ensemble de la 
végétation, il repritavec ardeur le travail qu’il avait en- 
trepris à Londres, en 1797, sur la carpologie. Son but 
était de continuer la dissection et la description des 
fruits et des graines, si habilement commencée par 
GaAErTNER, et de pénétrer pour ainsi dire dans le se- 
cret intime de leur organisation. Il s’en occupa sans 
prévention, sans épouser aucun système quelconque; il 
voulait réunir beaucoup de faits, les observer exacte- 
ment, et déduire de feurs résultats généraux des règles 


(1) Observations sur la famille des orangers et sur les limites qui 
la circonscrivent, insérées dans les Annales du Muséum d’hist. nat. 
de Paris, tom. VI, pag. 376 à 387; et Caractères de l Æegle et du 
Feronia, insérés dans le tome V des Mémoires de la Société Lin- 
néenne de Londres, pag. 218 et suiv. 

(2) Rapport historique sur les progrès des sciences naturellës de- 
puis 1789 jusqu’en 1808, pag. 307, édit, in-8°, 


( 496 ) 
propres à ouvrir à la science de la nature de nouvelles 
routes, pour faire des progrès solides. Il en avait déjà 
saisi plusieurs, qu’il a exposés dans ses vues carpolo- 
giques (1); il espérait les pousser très-loin, quand la 
politique et ses cruels résultats le forcèrent à quitter 
ce champ qu’il fertilisait. 

En 1815, les désastres de la France afiligèrent son 
âme, et, comme il voyait que les passions haineuses 
préparaient de nouveaux malheurs, plus grands encore 
que ceux d’une coupable invasion; que les méchans 
soufflaient .de toutes parts les tisons de la discorde, 
il voulut éviter la persécution qui atteignait jusqu’à 
l’homme studieux vivant dans la retraite; il se méfiait 
d’ailleurs de quelques Portugais qui, nouveaux camé- 
léons, prenaient une livrée nouvelle, pensaient et 
agissaient d’une manière diamétralement opposée à 
ce qu'ils pensaient et faisaient la veille. Sa résolution 
fut prompte, il partit pour les Etats-Unis, et débarqua 
à New-Yorck, dont il visita les environs en botaniste 
avide de nouvelles conquêtes. Il se rendit ensuite dans 
le Kentucky, dont il étudia le sol calcaire et coquil- 
lier (2); il vit la chaine des Alléshanys, qui présente 


(1) Observations carpologiques, dans les Ænnales du Muséum, 
tom, VIII, pag. 59 et 389; tom. IX, pag. 283; — De la dif]érence 
des fruits entre Les séries primitives des végétaux , tom. IX, p.151; 
— Sur la germination du Nelumbo, tom. XIV, pag. 74; — Note sur 
la valeur du périsperme considéré comme caructère d’affinités de* 
plantes, tom. XVIII, pag. 206. Dans ces différens mémoires, CornéA 
a soumis à l'analyse la plus complète vingt-deux plantes. 

(2) Observations and conjectures on the formation and nature of 
the st of Kentucky, insérés dans les Transactions philos. Soc. of 
Philadelphia, X° vol., nouvelle série, pag. 174, année 1818. 


( 497 ) 

partout des débris de végétaux autrefois engloutis par 
les eaux; et de là il vint à Philadelphie, où il continua 
le cours que faisait le docteur Barrnox. Le gouver- 
nement voulut lui donner le litre de professeur, mais 
il le refusa constamment, trop heureux, disait-il, de 
payer à la patrie de Frankuin et de Wasmn@rTon un 
léger:tribut de reconnaissance, et d’initier, en s’amu- 
sant, la jeunesse dans les mystères de la science des 
plantes. La mort de Barruon ne changea point la ré- 
solution de Corrf£a; il continua d’occuper la chaire 
de botanique jusqu’en 1816. 

À cette époque, la carrière politique qu’il avait vu 
s'ouvrir devant lui en 1797, et qui servit de prétexte 
aux calomnies, aux bruits absurdes que se permirent 
ses ennemis, l’arracha définitivement aux sciences. 
Il accepta les fonctions de ministre plénipotentiaire 
du Portugal aux Etats-Unis, en 1816; il en a rempli 
les devoirs jusqu’en 1891, qu'il revint à Lisbonne 
occuper des charges politiques auprès du gouverne- 
ment. Il était conseiller d’État, membre de la junte 
des finances, et député aux Cortès, quand il est mort, 
le 11 septembre 1823, âgé de soixante-treize ans. 

Gonnéa DE Serra était doué du caractère le plus ai- 
mable. Son cœur, ami des hommes, ne connut jamais 
la haine; jamais il ne s’est rappelé une injure, mais 
il conserva le souvenir du bien qu’il avait reçu. Riche 
de faits recueillis dans ses nombreux voyages, riche 
d'observations qu’il avait obtenues d’un travail assidu, 
de méditations profondes , sa conversation était atta- 
chante, aussi agréable qu’instructive. Il contait avec 
beaucoup de grâce, parlait et écrivait plusieurs lan- 


( 498 ) 
gues modernes avec facilité. Le Muséum d'histoire na- 
turelle de Paris lui est redevable de divers objets cu- 
rieux qu’il envoya de Philadelphie. 

Il a écrit sur l’agriculture des Arabes en Espagne 
un morceau d'autant plus curieux qu’il fait connaître 
le traité complet que cette science doit à Erx-r1-Awam, 
et celui sur la culture particulière des arbres par Kur- 
samir (1); on lui doit aussi un mémoire sur deux espèces 
jardinières de rutabaga confondues jusqu'alors (2). 

Tous les articles dela Biographie universelle re- 
latifs à des Portugais, et insérés dans les cinq premiers 
volumes, sont de Corr£A DE SErr4. On trouve aussi 
de lui de très-bons morceaux de littérature et d’histoire 
portugaises dans les Archives littéraires (5). 

Ami de cœur de Broussonxer, les Linnéens ont 
voulu que Cornéa de Serra appartint à la Société 
qu'il avait fondée. C’est un hommage de la reconnais- 
sance auquel cet illustre correspondant a été fort 
sensible: il aimait mieux, m'écrivait-il, devoir cet 
honneur au souvenir de l’ami qu’il n’a cessé de re- 
gretter, que de le devoir à ses travaux. Cette modestie 
n’empêchera point que ses travaux ne fassent époque 
dans la science, surtout ceux qui ont trait à la car- 
pologie. Les botanistes lui en ont donné un témoi- 


DURANT S LISE CIRE LNE 2 LIRE 2. 


(1) Archives littéraires, tom. IT, pag. 239 et suiv. 

(2) Ce mémoire fut fait de moitié avec Ces; il tend à prouver 
que le navet de Suède appartient au Brassica napus, el le chou de 
Laponie, au Brassica oleracea. 

» (3) Sur létat des sciences et des lettres en Portugal, Ærchives 
littéraires, tom. 1, pag. 63; sur les vrais successeurs des Templiers 


et sur leur état actuel, idem, tom. WIIF} pag. 273. 


( 499 ) 

guage, en lui consacrant, de son vivant, un genre dans 
la famille des rutacées, et qui fait partie de l’octandrie 
monogynie. Le genre Correa a été créé en 1805, par 
Suit; il est composé d’un petit nombre d’espèces, 
toutes fournies par des arbrisseaux à feuilles oppo- 
sées, entières, sans stipules, à fleurs axillaires, crois- 
sant sur les côtes de la Nouvelle - Hollande, et dont 
plusieurs font l’ornement de nos jardins d’été. 


LORS SCO TES 


Noëz-Daniez Lanpreau, membre auditeur de la 
Société Linnéenne, correspondant de celle d’agricul- 
ture du département de la Charente, naquit à Angou- 
lême le 25 mars 1802, où il a rendu le dernier soupir, 
dans les bras d’un père et d’une mère qui l’aimaient 
tendrement, le 6 du mois de novembre 1823, à la suite 
d’une phlegmasie intestinale. Cette maladie Jui fat oc- 
casionée par une trop grande application aux sciences 
naturelles, pour lesquelles il manifesta, dès l’âge de 
onze ans, un goût très-prononcé. Il avait déjà recueilli 
les papillons, les pétrifications et les plantes de son 
département, lorsqu'il vint à Paris chercher un nouvel 
aliment à son désir d'apprendre, et y suivre tous les 
cours qui pouvaient le perfectionner dans la culture 
des sciences, agrandir les idées qu’il avait déjà con- 
cues, et donner de la force, de l’étendue aux con- 
naissances pratiques qu'il avait acquises. Il a laissé un 
herbier de près de 6000 plantes et fait adopter l'usage 
de la faux à rateau des environs de Paris aux culti- 
vateurs de la Charente, Tous les Linnéens ont re- 
gretté ce Jeune savant qui donnait les «plus hautes 


( 500 ) 
espérances et réunissait toutes les qualités d’un bon 
cœur, 


TR TS A TE 


Jeax-Barrisre Cuizer pe Monransien naquit à 
Belley, département de l'Ain, le 8 février 1753; jeune 
encore il fut nommé maître particulier de la maîtrise 
des eaux et forêts des pays de Bresse, Bugey et Gex. 
Cette fonction utile lui donna le goût le plus prononcé 
pour les expériences en agriculiure; il s’y livra dès 
l’année 1774, et n’a pas cessé depuis lors de s’en oc- 
cuper. Il a singulièrement contribué à l’amélioration 
des forêts dans son pays, l’un des plus favorisés en 
bois de toute la France, et où les sapins rivalisent en 
force et en beauté avec ceux du nord de l’Europe. 
On lui doit en partie les progrès que l’agriculture a 
faits dans le département de l’Ain, par ses nombreux 
essais sur les prairies artificielles, les desséchemens 
des marais, la culture de la vigne, celle des müriers 
et du ver fileur, dont la soie forme une des principales 
productions de l’arrondissement de Belley, depuis un 
demi-siècle que le savant docteur BargereT introduisit 
cette branche d'industrie dans la Bresse. Cuire a 
surtout aidé à la propagation de plusieurs blés et 
graines du printemps; il n’a rien écrit et s’est con- 
tenté de cultiver et d’exciter par son exemple ses 
voisins à adopter les méthodes nouvelles. Il était cor- 
respondant de la Société depuis le 6 décembre 1821, 
et cessa de vivre le 3 décembre 1825, âgé de soixante- 
dix ans. 


ASIA SS SNS 


( 501 ) 

Tuomas-Enwarn Bowpicu, chef des missions an- 
glaises en Afrique, correspondant de la Société Lin- 
néenne, naquit le 12 mars 1794. Dès ses premières 
années il se dévoua tout entier aux voyages de décou- 
vertes; il était entraîné par les relations qui arrivaient 
chaque jour de cette vaste contrée que l’on a nommé 
l'Océanie, et surtout par les entreprises hardies ten- 
tées pour conquérir à la science cette vieille Afrique, 
où la main du temps a imprimé les profondes stigmates 
des plus grandes vicissitudes physiques; où deux races 
d'hommes bien distinctes, l’une nègre caractérisée par 
un nez aplati êt des lèvres proéminentes, l’autre ayant 
les traits européens, et dont la couleur varie depuis le 
brun plus ou moins foncé, jusqu’au noir le plus bril- 
lant, se sont constamment livré des combats atroces, 
des guerres d’extermination; où enfin la civilisation 
paraît être descendue des hautes montagnes de l’E- 
thiopie, en Egypte, en Grèce, en Italie, et sur toute 
la terre autrelois défrichée par les Celtes et les SCYy- 
thes. Les îles nombreuses et les grands continens sor- 
tis du sein du vaste Océan parurent au jeune Bowprex 
moins importans à connaître que l’intérieur de l’A- 
frique. Le dévouement et le courage extraordinaire 
que demandent les voyages dans ce pays ignoré de- 
puis tant de siècles, excitaient l’émulation, préoccu- 
paient tous les esprits, alimentaient un enthousiasme 
que la mort tragique de nombreux investigaieurs ne 
pouvait éteindre. Il semb'a même augmenter le besoin 
du succès à mesure que les obstacles physiques deve- 
naient plus grands, à mesure que les tentatives faites 
avaient une issue malheureuse. Des expéditions nou- 


( 502 ) \ 

velles furent tentées depuis les dernières années du 
XVIII siècle. Les unes dirigées par l’Egypte, le 
*Fezzan, l’Atlas, et la mer de sables brûlans que l’on 
nomme le Désert de Sahara, coûtèrent la vie à l’en- 
treprenant W. Browxe, à l’infatigable Horneman, à 
mon jeune ami Riremie, au brave Lion: les autres, 
ouvertes par le Sénégal, la Gambie, le Calabar et le 
Congo, ajoutèrent à la liste de tant de victimes infor- 
tunées les noms de Hovenron, du major Pennie, du 
capitaine Gamrgezz, du médecin Cowpry, de Muxco- 
Park, de Nrcnozs, et des naturalistes qui accompa- 
gnèrent le capitaine Tuckey. 

C’est averti par ces résultats funestes, par ces morts 
nombreuses, que le jeune Bowpicu arrive au cap Coast- 
Castle, sur la côte de Guinée, le 1°* mars 1817, attaché, 
comme chargé de recherches scientifiques, à l’expédi- 
tion politique que le gouvernement anglais envoyait 
alors dans ce comptoir nouvellement fondé. Heureux 
de se trouver là où tant de voyageurs ont échoué, il 
brave avec audace un climat embrasé, des mœurs sau- 
vages, un sol qui cache d’affreux reptiles, qui exhale 
incessamment des miasmes putrides. Son courage croît 
avec les dangers qui l’environnent; ses yeux suflisent 
à peine pour voir, pour étudier les végétaux gigan- 
tesques, variés et nouveaux qu'il rencontre à chaque 
pas; pour observer les êtres qui pullulent autour de 
lui, depuis l’homme que l'esclavage, la superstition, 
la paresse et la misère rendent si abject, jusqu’au mou- 
ton privé de cornes, qui, au lieu de laine, n’offre plus 
qu'un poil brun, rude, plus où moins long. Il étudie 
tout, l’effrayant crocodile, les termites qui élèvent 


( 505 ) 

leur demeure en hautes pyramides dans les forêts 
solitaires et sur le bord des fleuves ; l’aigrette dont les 
plumes font un objet de commerceconsidérable ; et 
la multitude des autres oiseaux dont le plumage re- 
flète les couleurs de l'or, de l’azur et de la pourpre. 
Rien n’échappe à son œil obsegyateur, tout fournit à 
son avidité d’abondans sujets de méditations. 

Tout-à-coup Bowpic est enlevé à ses recherches 
en histoire naturelle. Une guerre à mort déclarée entre 
les Fantées, nation habitant les bords de la mer, et les 
Ashantées, nation puissante et guerrière située dans 
l'intérieur des terres, menacçait de ruiner les premiers 
et par suite les‘établissemens anglais de la Côte-d'Or, 
Déjà le fer et le feu avaient détruit les villages des 
Fantées; déjà ce peuple était indignement mutilé, 
quand la maladresse du chef de l’expédition partie du 
cap Coast-Castle le 22 avril 1817 faillit décider le 
massacre de tous les blancs. Jusque là, Bowpicx mar- 
chait en simple auxiliaire; il voit le danger de ses 
compatriotes, son cœur en frémit, el par sa présence 
d'esprit, par son énergie, par un noble dévouement, 
il rétablit l'harmonie et conclut un traité d'alliance 
en faveur de la Grande-Bretagne avec les redoutables 
Ashantées. Il faut lire les détails de cette affaire dans 
lPouvrage qu'il a publié en 1819, sous le titre de : 
Mission from Cape-Coast-Castle to Ashantees (1): 


(1) Mission from to Cape Coust-Castle to Ashantees, with a stati- 
stical account of that Kingdom, and geographical notices of other 
parts of the interior of Africa: London, 1819; r vol. in-4o de 512 p. 
avec fig. 


( 504 ) 

Cette circonstance périlleuse changea la position 
du jeune naturaliste, Ilse vit aussitôt placé à la tête 
de l’expédition, et pour ainsi dire lié d'amitié avec 
une nation conquérante, que j ’estime être un reste de 
de ces anciens Ethiopiens qui, au rapport d'Héronore, 
furent dépossédés “og pays environ six cent trente 
ans avant le voyage de cet historien, par une colonie 
égyptienne, et par elle poussés de l’est à l’ouest de 
l'Afrique. Ge qui le prouve, du moins à mes yeux, 
c’est, non-seulement l’ensemble du gouvernement des 
Ashantées, mais encore les mœurs et l'intelligence de 
ce peuple, dont les traits et le caractère distinctif dif- 
fèrent essentiellement de la race nègre de la partie 
oceidentale; ce sont les arts qu'ils possèdent, le tis- 
sage, la broderie, la poterie, le travail des cuirs, des 
métaux, l’orfévrerie, l'architecture, auxquels ils se li 
vrent avec beaucoup de succès et qui sont étrangers, 
aux nations voisines (1). 

Pendant son séjour chez les Ashantées, Bowpicn 
recueillit des renseignemens importans et nouveaux 
pour la géographie de l'Afrique intérieure; il a établi 
des relations précieuses qui nous promettent mainte- 
nant la conquête morale de ce vaste continent, et des 
matériaux immenses pour l’histoire des siècles anté- 
rieurs aux annales écrites. L'examen des productions 
naturelles de la partie du globe la moins connue n’a 
point été oublié durant cette mémorable expédition. 


(1) An essay. on the superslilions, Cuslorns, and arts, common 10 
the ancients Egyptians, Abyssinians, and Ashantees. Paris, 18a1, 


n-40 


( 505 ) 

De retour en Angleterre, en 1819, Bowpicn fit con- 
naître le résultat de son premier voyage, et pendant 
son séjour à Paris, en 1820, il donna Successivement 
une carte du nord-ouest de l'Afrique (1), un essai sur 
la géographie de cette contrée (2), un tableau com- 
paratif des mœurs, des coutumes, des superstitions et 
des arts chez les premiers Égyptiens, chez les Abys- 
sins et chez les Ashantées (3), ainsi que des rémar- 
ques critiques sur ce qu'il reste à faire pour arriver à 
bien connaître le nord de l'Afrique (4). 

Appelé par suite d’un aussi brillant succès à com- 
pléter son ouvrage, Bowpicn voulut cette fois le rendre 
plus utile encore en acquérant toutes les lumières qui 
Jui manquaient, et faire des préparatifs qui le missent 
en mesure de remplir la lacune existante dans les con- 
naissances humaines. On le vit dès Hors travailler avec 
un zèle des plus infatigables, prendre des notes sur 
tout, solliciter des questions à tous les Corps savans, 
aux hommes versés dans les profondes études de l’his- 
toire naturelle, des antiquités et de la géographie. Il ré- 
dige des manuels à l’usage de ceux qu’il devait former 
pour l’aider dans son entreprise; il en publie’ sur les 


(1) À mapp of north-western Africa, 1820. 

(2) An essay on the geography of north-western Africa. Paris, 
1821, in-8°. 

(3) An essay on the superstitions, etc. 

(4) An enquiry into the tritish and french expeditions 10 Teembo 
With remarks on civilisation in Africa. 

The contradictions in PA4rK?s last journal explained, àn kis astro- 
norcal observations in 1796 re-established, by the corrections ne- 
cessitated' by his having recknned on the 31 st. of april. 


54 


( 506 ) 
mammifères (1), sur l’ornithologie (2), sur les coquilles 
vivantes et fossiles (3), et après trois années de re- 
cherches et d'études assidues, il quitte la capitale de 
la France le 2 septembre 1822, il part pour l'Afrique, 
accompagné de sa jeune épouse, et comblé des vœux 
de tous ceux qui cultivent les sciences. 

Il s'arrête quelque temps à Madère, dent il dresse 
la Flore, et où il découvre au milieu d’une masse de 
coquilles terrestres et marines, un fossile jusqu'alors 
inconnu, présentant un assemblage de tubes cylindri- 
ques imitant un tronc d’arbres et des branches; il ar- 
rive en janvier 1825 au pays des Ashantées, où il avait 
laissé des souvenirs touchans et honorables comme 
homme, comme habile négociateur et comme savant. 
Il reçut un accueil flatteur de la part des colons et de 
la part des naturels. Sa position comme chef politique 
de l'établissement de Cape-Coast-Castle, les bonnes 
relations qu’il s'était ouvertes avec les indigènes, le 
zèle, le talent et le courage qu’il avait déployés dans 
son premier voyage, tout présageait de son séjour en 
Afrique les plus heureux résultats. Déjà il exploitait 
les rives limoneuses de la Gambie, déjà il marchait 
vers Tombouctou, dont on parle de manières si étran- 


oo 


(1) An analysis of the natural classifications of mammalia, for 
the use of students and travellers. Paris, 1821; in-8°, avec quinze 
planches lithographiées. 


(2) An introduction of the ornithology of Curier, for the use of 


students and travellers. Paris, 1821, avec vingt-une planches litho- 
graphiées contenant 263 fig. 

(3) Elements of conchology including the Jossil genera and the 
animals. Paris, 1829 , in-80, avec planches lithographiées. 


( 507) 
ges, et se promettait de braver les plaines où des flots 
de sables sans cesse tourmentés par les vents détruisent 
tout principe de vie, lorsque la mort vint, le 10 janvier 
1824, mettre un terme à de si hautes espérances, vint 
arrêter au milieu de son cours une vie active, une vie 
dévouée aux sciences, 

Ainsi périt Bowpicu, à peine âgé de trente ans! 
Puisse sa mort ne point arrêter le noble mouvement 
que ses découvertes avait déjà imprimé aux esprils 
investigateurs ! Puisse celle circonstance douloureuse 
ne point laisser perdre pour lhistoire naturelle les 
nombreuses observations qu’il avait faites depuis son 
retour sur cette terre où l’Europe compte tant d’illus- 
tres victimes ! 


1222920907 


En annonçant la mort du doyen des membreshono- 
raires de la Société Linnéenne, je n’ai point à retracer 
les angoisses d’un homme luttant contre la mort, je 
n’aipointà parler de ces maladies aiguës qui dévorent 
l'existence et rendent si pénible le dernier jour de la 
vie : le vénérable Juce DE SaiNT-Marrin a terminé sans 
douleur sa longue et utile carrière ; sa fin a plutôt été 
un sommeil prolongé qu’un véritable irépas. C’est un 
flambeau qui s’est éteint. Deux jours avant de payer sa 
dette à la nature, on l’a vu errer dans ses jardins, vi- 
sitant les plants nombreux de sa pépinière, et donnant 
encore quelques soins à ce petit bois (1) qu’il planta 


(1) Ce bois situé au domaine du Puidieu, près Saint-Martin, 
contient quatre séterées de Limoges, ou 204 ares. Le terrain, léger 


34. 


( 508 ) 
le 24 mai 1822 en mémoire de Linné , auquel il 
rendil toujours un hommage sincère, 

Jacques-dossrn Juce DE Saixtr-ManrTix, décédé à 
Limoges le29 janvier 1824, à cinq heures du soir, était 
né dans la même ville, le 16 septembre 1543. Issu d’une 
famille très-ancienne , son éducation fut tournée vers 
une fonction, long-temps le patrimoine de ses ancêtres, 
celle de conseiller au présidial, qu'il a occupée pen- 
dant seize ans avant la révolution. A cette époque mé- 
morable, désirant se rendre utile à son pays, il professa 
durant plusieurs années l’histoire naturelle, et présida 
aux” progrès lents, mais certains, de l’agriculture dans 
le département de la Haute-Vienne. Il dut faire beau- 
coup pour obtenir peu avec des laboureurs qui vé- 
gètent tristement sur une terre avare, sans songer à 
corriger les vices de leurs anciennes pratiques, sans 
songer à élargir la sphère de leurs idées. C’est à lui que 
ce pays est redevable de la pomme-de-terre, dont les 
bienfaits ne furent réellement reconnus que lors des 
disettes affreuses et homicidement préparées de 1794 
et de 1816, 

‘Adonné par goût à l’agriculture, il eut, dans le temps 
où lés'autres pensent aux plaisirs, le bon esprit de se 
livrer aux plantations, aux semis de bois, et d'assurer 


el'en pente, n'a pu admettre que le châtaignier pour essence. Il à 
cassi des pins; des bouleaux et des hêtres. Au nord et au couchant 
Lestipr éssé par d'anciennes plantations; une prairie le borde au le- 
vant, un pelit ruisseau au midi. Vers le milieu surgit une source qui 
traverse tout le bois : c’est là que sur un autel rustique, on voit le 
huistetle-Lannt dome la Société à fait don à cet effet à M. Jran-Aimé 
Jvcé pg Sani-Maxnn , fils du défunt, et son correspondant. 


( 509 } 
à sa vieillesse des jouissances pures , des Jouissances 
de tous les instans , et À ses enfans une richesse réelle. 
En peu d’années, il quadrupla, de la sorte, la te 
de son héritage s sans en élendre les limites. H attachait 
d’heureux souvenirs à ses travaux : « Quand ; je faisais 
» des semis d’arbres forestiers dans des landes incultes, 
» m'écrivait- il le 15 août 1822, il fallait leur donner 
» un nom; C’élait tantôt celui d’un.amiou d’un parent, 
» mais toujours celui d’un bienfaiteur de l'humanité, 
» tels que Broussonxer, p’Acuesseau, Turcor. Cet 
» usage, je l’ai adopté de mes pères, Les semis, n’a - 
» joute-t-il, convertis ensuiteen taillis, durent plusieurs 
» siècles sur nos montagnes granitiques, pourvu qu'ils 
soient bienaménagés ; et lorsqueces bois sont détruits, 


4 


» le nom reste toujours au champ qui les a portés : té- 
» moin un enclos que je possède et qui est nommé en 
patois limousin clos d’'Hérem, ce qui veut dire .clos 

» de l'Ermite, parce que réellement un ermaite vint. 
autrefois l’habiter. Ce clos est entouré de bois taillis 


= 


Y 


qui paraissent très-vieux, etc. ». 
En 1788, il a publié un Traité de la culture du chêne; 
en 1790, une Votice des ar bres et arbustes du Limou- 
sin ; et de. 1789 à 1794, il envoya le résultat de ses. 
observations météorologiques à la Société d'agriculture 
de Paris, qui en a enrichi les volumes qu’elle, faisait 
imprimer (1). 
Tandis que ses mains étaient sans cesse occupées à 
diriger la charrue, à manier la bêche, à multiplier les 


(1) La suite de ces mêmes observations, qui s'arrête seulement 


ivec l’année 1823, est demeurée inédite. 


( 510 ) 

essais en agriculture , son âme s’élançait dans le do- 
maine de la haute philosophie ; nourri des grandes 
pensées sorties de la plume des anciens et des moder- 
nes les plus vénérables, il écrivit pour les jeunes gens 
de 18 à 20 ans, un livre intitulé : Théorie de la Pen- 
sée (1), dans le but de diriger leurs études sur eux- 
mêmes, et pour leur apprendre l’art d'ajouter des ex- 
périences aux expériences déjà connues, de se former 
à l'habitude de tout observer , et de disposer leur es- 
prit à la recherche de la vérité, dont les sciences vien- 
nent énsuite ouvrir plus facilement le sanctuaire. « La 
» science de l’homme intellectuel n’est guère plus avan- 
» cée que du temps de PLarox. La politique des ty- 
» rans, et le zèle outré des ministres de l'autel, ont telle- 
» ment subjugué l'esprit humain, que dans les climats 
» même où l’échelle morale de l’homme est le plus éten- 
» due, il n’a pas osé franchir les limites qui lui étaient 
» rigoureusement prescrites. Voilà pourquoi les mots 
» de nos langues modernes ne semblent destinés qu’à 
» exprimer les propriétés de la matière.» 4 

A la même époque, il imprima sous le titre de Pro- 
position d’un congrès de paix générale (2), un écrit 
dans lequel, s’élevant plus haut que le bon abbé x 
SaiT-Prerre et l’éloquent J.-J. Rousseau, il appelle 
toutes les nations du globe à une sainte confédération, 
afin de mettre un terme à la désastreuse manie des con- 
quêtes, de donner à chaque état une sûreté nécessaire 
au développement de son industrie, d’ouvrir toutes 


(1) Un volume in-8e. Paris, 1806. 
(2) Un petit vol. in-18. Limoges, an VII (1798) 


( 511) 
les voies au commerce, à la confiance, et de renfermer 
dans des limites justes le pouvoir exécutif de chaque 
gouvernement. Les hommes ne connaissent pas encore 
assez leurs intérêts, n’apprécient pas encore assez 
et leurs droits et leurs devoirs réciproques pour con- 
sentir à un projet aussi philanthropique. 

Il s’aperçut bientôt que ses nobles rêveries n’étaient 
point de saison; il en gémit, et son âme trouva de la 
consolation à penser qu’un jour, ces deux utiles ou- 
vrages trouveraient du crédit auprès d’une génération 
moins dévorée par l’ambition, moins âpre à l’argent 
et aux prétendues grandeurs. | 

Revenant à l’agriculture, il se rit du ton brillant qui 
Vavait ébloui dans le monde, et il montre combien 
sont différentes les jouissances que l’on goûte au sein 
de sa famille, au milieu de ses cultures, en peignant 
une métairie où tout annonce l’ordre, l’économie, 
le bon emploi du temps et les bénéfices réels qui nais- 
sent de cet accord parfait des bras et des volontés (1). 

En 1808, Juce pe Sainr-ManrTin s’amusa à écrire 
une brochure dans laquelle il examinait quels étaient 
les causes et les effets des changemens survenus dans 
les mœurs des habitans de Limoges, depuis une cin- 
quantaine d'années; et comme il y attachait peu de 
prix, il n’en fit imprimer que cent exemplaires. Ce 
petit livre produisit une vive sensation. Tout le monde 
s’y retrouvait, chacun voulut le lire, chacun voulut le 
posséder. En 1817 parut une seconde édition, entière- 


0 


(1) Description pittoresque d’une métairie du département de la 
Iaute-Vienne. Limoges, 1806, petit in-12. 


( 512 } 
meut refondue, et augmentée d’une nouvelle partie, 
non moins piquante que la première , puisqu’elletraite 
des préjugés et des usages singuliers accrédités dans le 
département de la Haute-Vienne (1). 

En 1812, il répondit par un petit poëme en vers li- 
bres sur la vie champêtre, à une dame qui,le voyant 
braver toutes les inclémences de l'air pour se livrer ha- 
bituellement à la culture des arbres de toute espèce, 
lui avait dit qu'il devait, avec des goûts aussi simples, 
être l'homme le plus heureux de son département. Sa 
réponse offre le portrait d’un sage qui fait le bonheur 
de tout ce qui l’approche et trouve le sien en voyant 
croître la plante qu’il a semée et prospérer en vertus 
les fils formés à ses lecons. 

L'art de bien observer les végétaux dans toutes les 
phases deleur existence, porta Juce pe Saint-Martin à 
des expériences singulières. Il a appelé l’attention de la 
Société Linnéenne sur le mouvement de la sève et 
sur ses relations intimes avec le cours du soleil (2) ; 
la note qu’il lui a adressée sur les moyens d’avoir des 
fruits agréables sans recourir à la greffe, a été commu- 
niquée par circulaire à tous les membres et correspon- 
dans; mais son inportance lui donne nécessairement 
place iei : 

» Une graine d'arbre, par exemple de poirier, se 
compose de quatre parties, l'écorce qui noircit lors de 
la maturité, la pellicule , les lobes et le germe; celte 


(1) Un vol. in-8o de 300 pag. Limoges, mai 1817. 


2) Voyez mon Compte rendu des travaux de La Socicte Lin 


néenne pour l'année 1822, eu tête du Ile vol. des Mémoires, pag. lij. 


\ 


( 518 ) 
dernière partie se sous-divise enradicule et‘plumule. 

» La sève qui circule dans ces différentes parties , y 
trouve des couloirs disposés de facon à la changer en 
feuilles, en écorce, en liber, en bois, en moelle, en 
fleurs , en fruits et engraines. 

» Quand l’on sème une graine après lui avoir er- 
levé son écorce noire, sans blesser la pellicule, on 
obtient également, un arbre, quand même on enlè- 
verait la pellicule et même les lobes ; mais dans ce 
dernier cas l’arbre languit, et ne parvient jamais à sa 
hauteur ordinaire. 

» On peut donc enlever un des couloirs de lagraine, 
notamment celui de l’écorce noire, sans que son orga- 
nisation soit par trop dérangée. Alors toute la sève se 
porte dans les autres parties, etl’arbre se trouvant privé 
de l’action qu’aurait eue sur lui le couloir amputé, s’il 
avait été conservé, doit éprouver un changement quel- 
conque dans ses productions. 

» En effet, j'ai semé des marrons ( provenus d’un 
arbre greflfé sur châtaignier sauvageon }, dont j'avais 
enlevé l'écorce noire : ils m’ont donné des arbres 
de leur espèce , tandis que si j'avais semé les marrons 
entiers , ils ne m'’auraient donné que des arbres 
sauvageons. 

» Si nous.appliquons cette opération aux graines 
de. poirier, ou à toute autre graine, le résultat sera- 
til le même? c’est ce qu’il s’agit d’éprouver dans la 
saison convenable ; je vais m'en occuper. 

» Mais mon grand âge ne me permettra pas d’en voir 
le résultat, etil serait dommage qu’une aussi belle.ex- 
périence restât en chemin. J’ai l’honneur d'inviter la 


(514) 
Société Linnéenne de Paris , à laquelle je me glorifie 
d’appartenir depuis son origine, à l’entreprendre en 
grand. Elle en sentira tous les avantages, sans que 
j'aie besoin de les exposer ici : le plus remarquable de 
tous, est que l’usage de la grefle pourrait se perdre 
sans pour cela que les fruits cessassent de devenir tous 
naturellement excellens par les soins des cultivateurs. 

» Je me propose de mettre, le soir, tremper les grai- 
nes dans de l’eau, ou encore mieux dans du lait, 
comme on le fait pour les graines de melon; elles gon- 
fleront pendant la nuit; le lendemain j’enlèverai adroï- 
tement leur écorce noire, et je les semerai de suite. Je 
tiendrai registre des espèces semées, et des localités 
qu’elles occuperont. 

» Pour connaître, le plus tôt possible, le succès que 
j'aurai obtenu, je grefferai les poiriers sur coignassier, 
les pommiers sur paradis, elc.; au bout de trois ou 
quatre ans, ces arbustes greffés donneront du fruit qui, 
selon toute apparence, sera de l'espèce primitive. » 

Je ne puis qu'inviter tous les amis de l’agriculture, 
à répéter ces expériences et à ne me laisser ignorer au- 
eun des faits qu’ils recueilleront. La Société Linnéenne 
saura gré du zèle que l’on montrera dans l’appel qu’elle 
fait à l’amour éclairé pour les choses d’un intérêt réel. 
Notre but à tous est d’être utiles, nous ne le serons 
véritablement qu’en travaillant à augmenter les riches- 
ses de notre patrie, en profitant des ressources que 
nous découvre l’esprit d'investigation qui caractérise 
notre âge, et qu'en montrant, par notre exemple, le 
bonheur que l’on goûte à faire du bien aux hommes, 
à se livrer à l'étude et à bien employer le peu de temps 


( 515 ) 
que nous devons passer sur Cetle terre trop souvent 
douloureuse. 

L'homme indépendant, dont toutes les heures sont 
la propriété de son cœur et de son esprit, ne connaît 
point les rivalités des ambitieux, encore moinsles bas- 
sesses des jaloux et des calomniateurs; heureux de 
l'emploi de sa journée, il respire une joie pure ét la 
partage avec tous ceux qui l’entourent. L’humeur 
douce et toujours égale de notre vénérable confrère le 
firent rechercher en tout temps, même à cet âge où la 
plupart des hommes sont souffrans, chagrins, à charge 
aux autres et à eux-mêmes. Extrêmement simple dans 
ses mœurs, dans ses habitudes, il a dû une vieillesse 
exempte d’infirmités à un régime sobre et quelquefois 
un peu sévère. Il avait conservé religieusement les ha- 
bitudes de ses pères: l'heure de ses repas fut la même 
durant toute sa vie, et la mode ne put jamais lui faire 
sentir son influence si despotique. L'emploi de son 
temps était tracé pour chaque journée; il n’y manqua 
jamais. 

Quoiqu'il combautit les traditions ridicules, disons 
mieux, disons comme lui, les niaiseries que les siècles 
passés nous ont pompeusement transmises, et dont on 
encroûte trop souvent l’enfance, il était pénétré que 
sa vie devait cesser lorsqu'il aurait atteint son quator- 
zième lustre, parce que, selon le dicton vulgaire, ox 
doit mourir de la mort de ses parens, et à l’âge où ils 
sont morts, et que, vérifiant les papiers de sa famille, 
il ÿ voyait que tous ses aïeux ont vécu 80 ans, que 
leur genre de vie était celui qu’il avait adopté, qu'il 
avait lemême tempérament qu'eux. Cette erreur, bien 


( 516 ) 

excusable sansdoute, puisqu’elle s’est vérifiée et qu'ici 
elle n’a rien de contraire à la morale publique , n’a 
point altéré la gaîté franche de Jues Saixr-Manrin. Un 
an avant sa mort, il ordonna de déposer sa dépouille 
mortelle dans le tronc d’un des sapins que sa main 
avait semés, et qui avait atteint à la grosseur nécessaire 
pour fournir le cercueil etle couvercle pris dans le 
même morceau, Ses volontés ont été religieusement 
exécutées, 

Véritable philosophe, ami sincère de son pays, ila 
fait tout le bien que peut faire un hommeinstruit, zélé 
et jouissant de cette autorité que donnent les vertus 
publiques et privées. Il a contribué à répandre les lu- 
mières dans un département naguère en retard de plus 
d'un grand siècle; il a donné une existence à son agri- 
culture; il a fourni aux sciences des faits utiles et ou- 
vert aux pauyres, par le travail, des ressources du- 
rables qu’ils étaient loin d’espérer. 

Je manquerais à sa mémoire, si je ne rapporlais, en 
finissant ces lignes que son amitié pour moi récla- 
maient de mon cœur, les vers gracieux qu’il adressa 
six ans avant sa mort à l’arbre chéri dans le corps du- 
quel on a renfermé ses dépouilles mortelles, aujour- 
d’hui déposées au lieu de Saint-Martin, très-ancienne 
propriété, de sa famille, située à 4 kilomètres de Li- 


Imoges. 


« Lorsque je Le sémai dans ma tendre jéunesse, 
» O superbe:sapin! je ne prévoyais pas 
» Que tu ‘pourrais si LÔL couronner; ma vicillesse, 


» Et que tu servirais le jour de mon tré pas, 


(517) 


» Déjà ton riche tronc passe mon espérance; 

» Les aatans déchaïnés n’ont pu le renverser : 
» Et mes bras affaiblis n’oseraient embrasser 

» Le trop vaste contour de ta colonne immense. 


» Quand Nelson eut détruit un superbe vaisseau, 

» Il voulut jusqu'au bout jouir de la victoire; 

» Il denna l’ordre exprés de creuser son tombeau 
» Dans le grand mât qui fut le témoin de sa gloire. 


» Mais sa main, comme moi, ne l'avait pas semé, 

» Ses yeux, distraits ailleurs, ne l'avaient pas vu naître; 
» Moi, plus heureux que lui, j'ai su te donner l'être, 

» Et, depuis ce moment, je t'ai toujours aimé. 


» Dés que je sentirai venir ma derniére heure, 

» En toi, j'irai creuser moi-même mon cercueil; 

» Ta me verras mourir, et borner mon orgueil 

» À trouver dans ton sein ma funébre demeure.» 


La Société d'agriculture, des sciences et des arts de 
Limoges, a, par l’organe de son savant secrétaire M. Ar- 
DENT, payé un juste tribut à la mémoire de celui de 
ses membres qui fut le plus distingué, le plus ardent, 
et pour ainsi dire le moteur secret de tous ses travaux. 


LAS ARR VS 


Gzonces-Louis-Marie Du Monr ne Co urser naquit 
à Boulogne-sur-Mer, le 16 septembre 1746. Son édu- 
calion fut très-soignée, il fit de brillantes études au 
collége du Plessis, à Paris, qui jouissait alors d’une ex- 
cellente réputation. A la culture des langues anciennes 
il joignit celle des sciences exactes qui donnent de l’a- 


( 518 ) 
plomb au jugement, et des beaux-arts qui charment 
la vie et servent de délassemens à de plus importans 
travaux. 

Destiné à l’état militaire, il y entra à l’âge de dix- 
sept ans et arriva bientôt au grade de capitaine de cava- 
lerie. Envoyé au pied des Pyrénées, il voit un nouveau 
monde s’étendre à ses yeux; à chaque pas il découvre 
des plantes qu’il ne soupconnait point; ilse sent comme 
inspiré, et en un instant le voilà botaniste, étudiant 
avec ardeur Tournerort et Linné, et ses savans suc- 
cesseurs. Il résolut dès lors de se dévouer à F'aimable 
science; il quitte le service, se marie, et, retiré dans 
le domaine de ses pères, il forme ces admirables jardins 
dont il a donné les plans et décrit toutes les produc- 
tions dans le Botaniste-cultivateur (1). 

Ces jardins sont situés à 25 kilomètres ou 5 lieues 
de Boulogne-sur-Mer; consacrés à l’étude de la bota- 
nique, aux essais de culture et de naturalisation des 
plantes exotiques de pleine terre, des arbres fruiliers 
et forestiers, ainsi qu’à la propagation des végétaux de 
simple agrément, ils renfermaient 3600 espèces de végé- 
taux de toutes les températures, distribuées de manière 
à flatter l'œil par la diversité des ports, par la variété des 
feuilles, des fleurs et des fruits, ou par des contrastes 
propres à intéresser et à instruire. Les plantations ont 
été commencées en 1784 et en 1788, et le jardin n’a 


(1) Cet ouvrage, que le monde savant accueillis avec une sorte 
d'enthousiasme, a eu deux éditions; l'une en 3 volumes in-8°, Paris, 
1802, et l’autre, en 6 volumes, publiée en 1811, avec un supplément 
formant un septième volume. 


( 519 ) 

recu la forme qu'il avait au 7 juin 1824, jour dela mort 
de Du Moxr ve Courser, qu’en 1792 et 1794. Les serres 
étaient belles, longues en totalité de 52 mètres ou 
160 pieds, mais beaucoup trop resserrées à raison du 
nombre d'individus qu’elles renfermaient. La masse des 
châssis était de 59 mètres ou 120 pieds. Mais ce qui 
manquait à ce vaste domaine, c’étaient des eaux cou- 
rantes, C'était un ruisseau qui en animât toutes les 
parties : on ne pouvait s’y procurer que de l’eau de 
pluie. Un autre inconvénient : quoique placé près des 
frontières de la Belgique et de l'Angleterre, son accès 
était difficile au voyageur par la nature même de 
la localité, par l'éloignement des grandes routes et 
l'intempérie presque sans cesse menaçante. Quoi qu’il 
en soit, Du Monr ne Courser y fit de très-grandes 
choses; il y a rendu des services signalés à l’agriculture 
et à la botanique; il y a créé ce recueil précieux où le 
botaniste-cultivateur trouve réunie la pratique la mieux 
réfléchie à la théorie la plus profonde. 

Là, Duo Monr »g Gourser a passé sa vie entière au 
milieu de sa famille, de ses plantes et de ses livres ; là, 
il a goûté tous les charmes de la paternité, tous les 
plaisirs de la retraite, tous les avantages de l’existence, 
que l’on apprécie mieux à la campagne que dans ces 
foyers de corruption, de tracasseries et d’ambition 
que l’on nomme cités. Ghaque jour il visitait ses plan- 
tes et veillait sans cesse pour deviner leurs besoins; 
une d’entre elles lui donnait-elle pour la première fois 
une fleur, il ne la quittait pas qu’il n’eût fixé sur le pa- 
pier sa beauté fugitive. Il dessinait fort bien, et il a 
laissé dans le genre iconographique un porte-feuille 


( 520 }) 

très-précieux et renfermant plus de 15 à 1800 plantes. 
La musique et la littérature partageaient le temps qu’il 
appelait celui de ses délassemens. Sa correspondance 
était très-étendue, et ses lettres renfermaient toujours 
des choses importantes. Gelles que j’ai reçues delui sont 
du plus haut intérêt sous le rapport de la science. TI 
jugeait les hommes avec indulgence et les livres avec 
sévérité : quand on écrit pour le public, il faut de la 
bonne foi, de la simplicité et des faits nouveaux bien 
observés, et généralement les livres de nos jours sont 
loin de présenter ce triple cachet : on écrit pour faire 
de l’argent, on fait des livres avec des livres, etl’on ne 
craint point de donner pour sien ce qui appartient à 
des auteurs peu connus ou morts en laissant leurs tra- 
vaux inédits. 

Pendant les tempêtes politiques de 17093, Du Moxr 
pe Courser fut arraché à ses jardins et conduit dans 
les prisons que les factions à l’étranger peuplaient à 
chaque instant des hommes les plus indépendans, des 
hommes les plus utiles à la patrie; mais, grâces aux 
sollicitations d’Axpré Tnowix, et de quelques savans 
aussi francs, aussi loyaux, il fut bientôt rendu à ses pé- 
nates qu’il ne quitta plus. Quand le botaniste-cultiva- 
teur du Courset parlait de cet événement, il disait : 
« Ce fut une des plus singulières circonstances de ma 
» vie; je n’eusse eu, sans elle, à montrer qu’une exis- 
» tence monotone, qu’une existence toujours heureuse. 
» L'erreur et le crime étant liés aux grands événe- 
mens politiques, je n’äi pu me fâcher de me voir un 


3 


» moment leur victime. » 
En 1584, Du Mowr ng Counser avait publié sur 


(5219) 

l'agriculture du Boulonnais et des cantons maritimes 
voisins un mémoire qui contribua à changer la face 
agricole de ce pays; de 1786 à 1789, il a fourni dans 
le recueil de la Société d’agriculture de Paris des Ob- 
servations géorgico-météorologiques du plus haut in- 
térêt et dont les remarques, relativement à la végéta- 
tion, aux récoltes, aux bestiaux et aux insectes, 
étaient puisées dans une étude approfondie des choses. 
Il a enrichila Feuille du Cultivateur, les Annales de 
l'agriculture française, et surtout la Bibliothèque des 
Propriétaires ruraux, de plusieurs articles qu’on lit - 
encore aujourd'hui avec plaisir et profit. En 1708, il 
a donné une petite brochure ayant pour titre : Météo- 
rologie des cultivateurs, suivie d'un avis aux habitans 
des campagnes sur quelques-uns de leurs préjugés. 

Il appartenait à l’Institut comme correspondant, à la 
Société Linnéenne comme membre honoraire, et à 
une foule de compagnies savantes comme associé, Ilest 
mort avec la satisfaction de l’honnête homme qui a 
utilement employé son temps etses connaissances. 

On avait répandu le bruit qu'après sa mort les beaux 
jardins de Courset seraient détruits, et que la charrue 
rendrait aux graminées un sol tout couvert de fleurs 
et d'arbres étrangers. Ge bruit est une injure faite à 
la fille de lillustre botaniste-cultivateur et à M. px 
Gourieny, son époux. Tous deux ils regardent comme 
un devoir de la piété filiale de conserver intact 1e 
ihéâtre des pensées, des plaisirs, des utiles travaux et 
de la gloire de leur père. 


Listes les 


( 522 ) 

Louis Reywier, l’un des membres de la Société Lin- 
néenne de Paris, lors de sa première fondation en 1788, 
et correspondant depuis sa restauration en 1820, na- 
quit à Lausanne en Suisse, en 1762, où il est mort, le 
17 décembre 1824, âgé de soixante-deux ans, suc- 
combant à une maladie de peu de jours. Sa vie inté- 
rieure fut toute aux sentimens d’un bon époux, d’un 
bon père, d’un bon ami, aux études solides et à l’acti- 
vité intellectuelle la mieux soutenue; sa vie extérieure 
-au contraire fut tourmentée de mille manières et pour 
ainsi dire sans fixité positive. Cependant, tandis que 
l’une le plaçait au rang des savans, l’autre le montrait 
tantôt à la tête d’une maison de librairie à Paris, tan- 
tôt dirigeant ses propriétés rurales comme agriculteur, 
ensuite comme administrateur, enfin comme citoyen 
dévoué à la cause de son pays. 

Fort jeune, il se fit connaître par des poésies qui an- 
nonçaient du génie et une imagination heureuse ; puis 
ilse voua aux sciences physiques et publia un Mémoire 
sur le feu et sur quelques-uns de ses principaux 
effets (1); mais la botanique dans ses applications à 
l’économie rurale arrêta son choix, et dès lors il s’y 
livra tout entier. Les Mémoires pour servir à l'histoire 
physique et naturelle de la Suisse (2) et interminable 
entreprise de lPEneyclopédie méthodique (5) devinrent 


(1) Un vol. in-8”. Lausanne, 1787. 

(2) De cet ouvrage, entrepris par Reynier et SrRuvE, il n'a paru 
qu'un seul volume. I] à été imprimé à Lausanne en 1788, in-80. 

(3) I a particuliérement travaillé au Dictionnaire d'agriculture. 


Les articles Brouissure et Climat sont les deux plus remarquables. 


( 523 ) 
le théâtre de ses investigations et le dépôt des pensées 
qu’elles lui inspiraient. 

Des sociétés savantes s’empressèrent de l’associer à 
leurs travaux, I visita successivement et son pays et la 
Hollande, où il demeura un peu plus d’une année: 
puis il vint en France pour s’y livrer à ses études fa- 
vorites et profiter des lumières des savans qui feraient 
le charme de la capitale s’ils vivaient entre eux avec 
plus d’intimité, et s’il régnait véritablement dans leur 
commerce cette bonhomie, cette sincérité, qui atta- 
chent chez un petit nombre. Un instant il revoit en- 
core ses pénates, se marie et vient s'établir à Garchy, 
dans le département de la Nièvre, où il avait acquis 
un domaine. 

Il y passa plusieurs années, occupé de travaux agri- 
coles, et jetant les bases de ce grand et bel ouvrage, 
qu'il a malheureusement laissé incomplet, sur l’é- 
conomie politique et rurale des plus anciens peuples 
connus. 

En 1799, quand la mémorable expédition francaise 
en Egypte fut résolue, Louis Revnier s’y trouva des 
premiers employé. Elle flatta le but de son ambition : 
il partit avec joie, espérant bien profiter d’une cir- 
constance aussi belle pour le développement de l’ou- 
vrage qu'il avait concu et pour découvrir de nouveaux 
faits. Arrivé dans cette contrée, dont on n’avait jus- 
qu’alors décrit que les gigantesques monumens, il l’ex- 
plore dans tous les sens, sous le triple rapport phy- 
sique, moral et politique. La place de directeur des 
revenus en nature et du mobilier national, et les fonc- 
tions de conseiller au conseil privé d'Egypte, qui 


09. 


(594 ) 

lui sont successivement confiées, le mettent à même 
de recueillir sur l’économie rurale et politique de 
l'Egypte et des Arabes, ses voisins, ses conquérans el 
ses victimes, les données précises qui avaient manqué 
à tous les voyageurs jusqu’à lui. La Décade philoso- 
phique (1), la pâle Revue (2) qui lui a succédé en 
1806, le Courrier de l'Egypte et la Décade égyp- 
tienne (3), ainsi que les Mémoires sur l'Egypte (4), 
renferment de lui de nombreux articles sur les sujets 
différens qui se présentaient sans cesse à ses yeux 
avides de découvertes. r k 

Louis REYNIER supporta courageusement les désas- 
tres que la perfidie et la trahison firent peser sur l’ar- 
mée française, il revint à Garchy, au sein de sa famille, 
fatigué, appauvri, mais riche de connaissances que le 
droit affreux de la guerre n’avait pu lui ravir, et qu’il 
exploita plus tard pour sa grande entreprise et dans le 


(1) De l’état politique de l'Egypte, an X, n° 12 et 13. — Sur les 
charrues des anciens, an XIT, n° 3. — Sur le byssus , n° 11:— Con- 
Jectures sur les anciens habitans de l'Egypte, n° 23. — Sur les py- 
ramides d'Egypte, n° 32. 

(2) Sur le sphinx qui accompagne les pyramides, an XIII, n° 10. 
— Sur le dieu Chasse-mouche, an XIV.— Sur la plaine de Sen- 
naar, 1806, n° 2. — Sur l'interdiction des fèves dans quelques ini- 
tiations anciennes, 1807, n° 2. 

(3) Ces deux recueils imprimés au Kaire renferment plusieurs 
mémoires; je n'ai pu me les procurer. 

(4) Cette colléction publiée, petit in-49, dans les années VI, VIT, 
VIII et IX, renferme, de Iz Reynier, le tome HI des observations 
sur le palmier-dattier, et sur la méthode de caprification usitée sux 
le figuier-sycomore; le tome IV des considérations générales sur l’a- 
griculture de l'Egypte et sur les améliorations dont elle est suscep- 


tible. 


( 525 ) 
livre, plein de faits, qu’il publia en 1807 sur la domi- 
nation des Romains en Egypte (1). 

Peu de temps après son retour en France, il fut 
appelé à Naples pour aller organiser les Calabres-selon 
le régime imposé à ces pays par la conquête. Il avait fait 
ses preuves en Egypte; il obtint ici de nouveaux, dé 
brillans succès. Il fut ensuite, comme conseiller d’é- 
tat, chargé de la surintendance générale des postes. 

Les instans qu’il avait de libres, il les employait 
à explorer sous le rapport de la botanique et de la 
numismatique ces régions tant de fois célèbres pour 
leurs productions variées, pour les grandes révolutions 
politiques dont elles furent le théâtre et pour les 
hommes illustres qui ÿ donnèrent naissance à ces sys- 
ièmes de philosophie qui partagent les hommes et où 
germèrent les premiers rudimens de la grande réforme 
religieuse que terminèrent Luruer et GALvin. 

Bientôt Louis Revnier dut s'occuper à donner à l’ad- 
ministration forestière une organisation nécessaire. 
Il y avait de nombreux abus à détruire, un ordre ri- 
goureux à établir partout, une marche régulière à 
imprimer aux rouages de cette partie importante des 
revenus de l’état : il fut heureux dans cetie entreprise, 
et le bien.qu’il fit alors est encore sensible, malgré la 
paresse, la routine et la tyrannie qui tendent sans 
cesse à détruire les institutions utiles. 

L’affreuse pête politique qui ébranla l’Europe 
en 1814 et en 1819, cette époque épouvantable des 


re 


(1) De l'Egypte sous la domination dés Romains; Paris, 1807, 


H-80, 


( 526 ) 

fastes français, détruisit en un instant toutes les espé- 
rances de Louis Rexnier. Il se retira à Lausanne, et il 
vit avec reconnaissance ses compatriotes lui offrir l’in- 
tendance des postes du canton de Vaud. Il en remplit 
les devoirs avec un zèle d’autant plus vif, qu’il désirait 
payer le service qu’on lui avait rendu : il était parvenu 
à rendre cette branche des revenus publics moins 
onéreuse aux ciloyens, dans le même temps qu’elle 
enrichissait l'Etat, 

Dès qu’il eut recouvré ie calme si nécessaire aux 
méditations du cabinet, il fit successivement paraître 
plusieurs parties de son grand ouvrage. En 1818, il 
donna le volume relatif aux Geltes, aux Germains et aux 
autres peuples situés au nord et au centre de notre 
vieille Europe; en 1819, celui qui concerne les Perses, 
les Phéniciens, et toutes les nations qui ont fleuri, sous 
différens noms, dans les contrées renfermées entre 
VEuphrate et l’Indus, la mer Gaspienne et le golfe 
Persique; en 1820, celui sur les Arabes, les Juifs et 
les peuplades asiatiques qui furent témoins de la ré- 
volution à la fois religieuse et politique successivement 
opérée par Moïse, par Hiésus et par Manouer; enfin 
en 1825, il publia le volume consacré aux prémiers 
Ethiopiens, aux Egyptiens et aux Carthaginois. Il s’oc- 
cupait de l'impression d’un cinquième volume sur 
les Grecs, lorsque la mort vint rompre la trame de 
ses jours; mais comme le manuscrit était entièrement 
terminé, il est à présumer que sa famille ne nous le 
laissera pas désirer long-temps. 

Le but de cet ouvrage important était d'offrir sur 
les plus anciens peuples un corps d'histoire politique 


( 527 ) 

et morale, unique en son genre, en examinant avec 
une attention sérieuse leurs travaux agronomiques, en 
en suivant les phases de grandeur et de calamité de- 
puis les premiers âges de la civilisation connue jusqu’à 
l’époque avilissante où le colosse du despotisme ro- 
main s’écroula sous ses propres ruines ; l’auteur voulait 
montrer l’influence publique et secrète qu’exercèrent 
sans cesse sur les peuples l’action du gouvernement, 
celle des ministres des autels, celle des crises politi- 
ques qu’enfantent la tyrannie, la faiblesse ou de cou- 
pables condescendances, et celle plus grave, quoique 
moins sentie d’abord, des fautes en administration, du 
mauvais emploi des deniers de l'Etat. Dans les volumes 
imprimés, quoique souvent abandonné par les monu- 
mens historiques et par les traditions, Louis Reynier 
a su faire servir au présent les lecons du passé; et jeter 
un large rayon lumineux sur des époques mal vues, 
sur des peuples mal jugés, sur de vieilles causes en- 
core existantes et jusqu'ici fort mal appréciées. Il est 
fâächeux qu’il n’ait pu traiter des âges moins anciens, 
qui ont de si grands rapports avec celui où nous vivons. 

Nommé conservateur des antiquités du canton de 
Vaud, il en a enrichi la collection de plusieurs mor- 
ceaux précieux; il a contribué à l’établissement de la 
Société cantonale des sciences naturelles, et montrait 
par son assiduité aux séances l'intérêt qu’il prenait à sa 
prospérité : il regardait à juste titre comme sacrée l’o- 
bligation consentie, lorsqu'on entre dans un corps sa- 
vant, d'en soutenir la gloire et d’en maintenir les 
statuts. 

La mort d’un fils qu'il chérissait tendrement, qu'il 


( 528 ) 

avait fait admettre à la Société Linnéenne comme 
membre auditeur, et qui lui donnait les plus hautes 
espérances comme botaniste et comme médecin, in- 
flua singulièrement sur sa santé. IL en concut une 
douleur tellement concentrée, qu’elle se métamor- 
phosa presque aûssilôt en une maladie des plus gra- 
ves. Du moment qu’elle fut ostensible, il descendit les 
froides marches du tombeau. 

Il possédait un herbier riche de 14,000 plantes 
toutes recueillies par lui et qui a été acheté par M. Du- 
Nan», de Gènes, pour la somme de 2000 fr. On en avait 
préalablement détaché les légumineuses, qui furent 
données à M. ne Ganpozze. Sa collection de médailles, 
qui renferme 9328 médailles en argent, en bronze et 
plomb, de tous les modules, est estimée 10,000 fr.; elle 
est conhue par le catalogue qu’il en a donné en 1818. 
Ce catalogue n’est pas une simple énumération et des- 
cription des médailles; les plus rares, les plus impor- 
tantes y sont examinces sous tous les points de vue 
d’une critique éclairée. Louis Reynier y émet souvent 
des opinions très-opposées à celles qui sont générale- 
ment adoptées; mais il le fait avec beaucoup de ré- 
serve, et comme il force pour ainsi dire à descendre 
avec lui dans l’examen le plus approfondi, il n’est point 
rare qu'on ne finisse par se ranger de son avis. C’est 
ainsi qu’on restitue avec Jui à la ville de Yrina les mé- 
dailles attribuées jusqu’ici à la ville de Hyrium en Apur- 
lie, et à celle de Surrentum (1). 


(1) Précis d’une collection de médailles antiques, contenant La 


( 529 ) 

On lui attribue un petit livre sur le louvet, maladie 
des bestiaux ; c’est à tort : il est de son père, qui en 
publia la première édition en 1762. Le Magasin ency- 
clopédique de Micuin, et la Feuille d'agriculture du 
canton de Vaud, que rédige M. le professeur Cna- 
vANNES, renferment plusieurs mémoires de Louis Rey- 
NIER. 

Il eut toutes les qualités d’an excellent chef de 
famille; il était bon ami, savant modeste. À la fran- 
chise d’un caractère noble, il joignit l’austérité répu- 
blicaine dans les mœurs et dans les habitudes. Sa cor- 
respondance était active et fort attachante. 


22.522220) 


Pierre -Francoirs-Marie Bounper (de la Nièvre), 
ex-capitaine au corps d’état-major-général du génie, 
géologue-voyageur, correspondant de la Société Lin- 
néenne de Paris, de la Société minéralogique de Jéna, 
de la Société helvétique des sciences naturelles, etc., 
naquit à Saint-Parize-le-Châtel, département de la 
Nièvre, le 25 avril 1785. Dès l’enfance la plus tendre 
un goûl très-prononcé pour l'observation l’entraîna 
vers la culture des sciences naturelles; ce goût fut tel 
que, à peine âgé de quatorze ans, il avait réuni une 
collection complète de tous les minéraux et de tous 
les fossiles de son département, et qu'il cherchait 
toutes les occasions pour étendre le genre de ses 


description de toutes celles qui n'ont pas été décrites ou qui sont 


peu connues. Gencve, 1818; un vol. in-8°, avec 3 planches. 


© (530 ) 

explorations, et augmenter la masse des faits qu'il 
rassemblait. Formé par les lecons et aidé des sages 
conseils du bon abbé TrourrLaur, alors professeur 
d'histoire naturelle à l’école centrale de Nevers, il 
vint, en 1800, se perfectionner à Paris. Il y suivit 
avec avidité et une assiduité‘constante les divers cours 
qui, chaque journée, ont lieu au Muséum d’histoire 
naturelle ; mais il s’attacha de prédilection aux leçons 
du modeste Havy, à celles de géologie que donnait 
Fausas pe SaintT-Fon», et surtout aux travaux de 
l’homme de génie qui, à la lueur du flambeau de l’a- 
natomie comparée, recréa les nombreuses espèces 
d’animaux fossiles dont notre globe recèle les débris. 

Au milieu de ses études, Bourper fut comme sur- 
pris par la loi de la conscription; il lui fallut aussitôt, 
en 1805, quitter le paisible domaine des sciences na- 
turelles pour suivre le tumulte des camps et courir 
les hasards de la guerre. Gependant son goût domi- 
nant pour les choses utiles le suivit sous les drapeaux 
de la victoire, et il consacra aux recherches géologiques 
et à l'observation le peu de loisir que lui laissait la vie 
active de soldat. Une fleur, un insecte, une pierre le 
délassaient des plus rudes fatigues : ils le reportaient 
aux jours où, sous les auspices d’illustres professeurs, 
il sondait les secrets de la nature, il apprenait à cons- 
tater ses phénomènes si variés, et cherchait à pénétrer 
l’histoire de ses nombreuses révolutions. Ges instans 
délicieux redoublaient son courage et l’excitaient de 
plus en plus aux méditations profondes. 

En 1808, il revint un instant à Paris, apporlant une 


( 991 ) 
abondante récolte en tous genres des contrées qu'il 
avait parcourues. Il était uniquement occupé à classer 
ces divers objets, quand, tout -à-coup, en 1809, il 
fut obligé d’aller rejoindre la grande armée en Alle- 
magne. Il vit alors la Bohème et la Croatie, où rien 
n’échappa à ses yeux investigateurs. Îl goûta des jouis- 
sances pures, et dont il parlait toujours avec un nou- 
veau plaisir, sur les rochers qui bordent la Moldau, sur 
les bords suaves de la Gulpa, de la Save et de l’Una, 
où les fleurs abondent, et où la terre découvre à celui 
qui sait l’interroger les médailles d’un monde, plus 
d’une fois, et à des intervalles plus ou moins longs, 
envahi par les eaux de l'Océan. 

Fait prisonnier, lors de la retraite désastreuse de 
Moscou en 1815, il obtint la permission de parcourir 
une bonne partie de la Russie, les monts Ourals, où le 
pin cembro élève sa tige droite et svelte à plus de vingt- 
cinq mètres de haut, et toute la Sibérie, dont le sol 
fertile et très-varié demanderait des bras libres pour 
être plus productif encore. En 1814, il revit la Polo- 
gne, visita la chaîne des Krapacks, la Hongrie, la Tran- 
sylvanie, le pays de Bannat qu’arrose le Danube, la 
Sclavonie, l'Autriche et la Bavière. 

De retour en France, en 1815, son service d’offi- 
cier d'état-major l’appela en Gorse, où il résida jus- 
qu’en 1817. Plus calme, et ayant à lui beaucoup plus 
de temps, il se mit à explorer cette île sous tous les 
rapports. Bientôt, il eut singulièrement enrichi ses 
collections, et arraché aux brèches osseuses des envi- 
rons de Bastia des restes d’animaux que les natura- 


( 532 ) 

listes avant lui n’avaient point encore observés. Il les 
a décrits avec soin (1). Il a fourni sur la situation 
agricole de cette contrée très-intéressante des rensei- 
gnemens qui confirment ceux déjà publiés (2), et in- 
diqué des moyens d'amélioration propres à produire 
de grands résullats : ce mémoire, remis au ministère 
de l’intérieur, est demeuré sans effet; il dort dans les 
cartons avec d’autres projets non moins utiles. 

En 1819, Bounper entreprit un voyage en Suisse, 
dans la vue d’exploiter en géologue instruit ce pays 
sur lequel on a tant écrit, et sur lequel il reste encore 
beaucoup à dire, particulièrement sous le rapport de 
l’histoire physique et des productions naturelles. 

À cette époque il publia un ouvrage ayant pour titre : 
Mémoire sur les qualités et les connaissances que doit 
avoir un naturaliste voyageur (5), excellent écrit, où 
il indique les moyens de recueillir, de conserver et 
d’expédier le plus sûrement et le plus économiquement 
possible les objets d'histoire naturelle, et où il donne 
un traité complet de taxidermie. Durant l’année 1820, 
il rassembla de nombreux malériaux sur les ichthyo- 
dontes (4), les odontholites, les fougères que l’on voit 
empreintes dans les schistes, ainsi que sur les tortues 
fossiles et les ossemens qui constituent le Mont de la 


(1) Ce mémoire sera imprimé daus Le IVe volume des Mémoires 
de la Société. 

(2) Voyez les Considérations sur létat de l'agriculture en Corse, 
que j'ai publiées en 1809 à Paris, in-6°. 

(3) Un vol. iu-8°. Berne, 1820, avec une planche lithographic 


(4) Get ouvrage est sous presse, il paraitra en 1825 à Genéve 


( 535 ) 
Molière, l’un des points culminans de la Suisse cen- 
trale (1). 

Ce fut aussi en 1820 , qu'il tenta les 18, 19 et 20 
août de gravir au sommet du Mont-Blanc, où le cél- 
bre Horacz-Bé£nénicr pe Saussure monta le premier. 
Cette expédition dangereuse, qui promettait de belles 
expériences de physique, de physiologie, de géologie 
et de botanique, faillit coûter la vie aux cinq voya- 
geurs et aux quinze guides , compagnons de Bourper; 
trois guides périrent sous une longue avalanche de 
neige, Bourper fit une chute qui nécessita pour lui, 
en 1821, une opération des plus douloureuses, et de- 
vint trois ans plus tard la cause de sa mort préma- 
turée. Les tristes résultats de cette ascension ont laissé 
pour long-temps de fâächeux souvenirs dans la déli- 
cieuse vallée de Ghamouny (2). 

En 1822, Bourper revint un instant en France; de 
là, il passa en Angleterre, où il séjourna très-peu de 
temps à cause du climat qui ne convenait nullement à 
sa santé cruellement altérée, et avant la fin de l’année, 
il était de retour à Genève, où il publiases Recherches 
sur les ichthyosiagones ou plaques maxillaires de pois- 
sons, qu'il avait vues dans ses voyages, et découvertes 
au Mont-Voirons, en Savoie, et dont, le premier, il 
sut véritablement reconnaître la nature : les autres 


(1) Plusieurs de ces différens mémoires seront insérés dans les vo- 
lumes suivans de la Société Linnéenne. 

(>) La relation de cette tentative infructueuse se trouve dans le 
Ie volume des Mémoires de la Société. 


( 554 ) 
observateurs les ayant toujours jusqu'alors considé- 
rées comme des débris de coquilles (1). 

En 1825, il épousa la veuve de Gran, artiste dis- 
tingué de Berne, et qui elle-même manie avec beau- 
coup d'habileté le crayon et le pinceau. Gest à cette 
dame, l’une de ses associées-libres, que la Société 
Linnéenne est redevable du portrait du célèbre HazLer 
et de plusieurs dessins qui figurent dans ses Mémoires. 

Paris revit Bourper en 1824, mais ce fut pour la 
dernière fois; il devait y payer le dernier tribut. Sa 
santé défaillante devint de plus en plus mauvaise ; elle 
fut agravée par la perte d’un enfant qu'il affectionnait 
tendrement , et le 20 décembre il rendit le dernier 
soupir entre les bras de son inconsolable épouse et de 
ses amis en larmes. 


(1) Brochure in-4° de 8 pages d'impression, avec une planche li- 


thographiée. 


SOCIÉTÉ LINNÉENNE 


DE PARIS. ? 


SAV NAVMAN 0/0 LEA LAVAL VU VU VU V0 AA A/R VD 


TROISIÈME PARTIE. 


BULLETIN LINNÉEN. 


VV VV VA VV UV 


AAA VV VUS € WAV VUE VU 


VV A0 00/0 00/00 VV AUUUAA LA/VY 0/0 AA V0 LD, VOD E VD 7 N/D 


BULLETIN LINNÉEN. 


N° 1. —MARS 1824. 


PRIX PROPOSÉES POUR 1824. 


L. Prix de zoologie. — Des observations, dont quelques: 
unes reposent sur des faits attestés par des naturalistes 
instruits, semblent prouver que parfois on découvre dans 
des masses de pierres plus ou moins dures, dans des troncs 
d'arbres et même dans des couches de houille, des êtres 
vivans, tels que serpens , crapauds, lézards, insectes, etc., 
sans qu’on puisse se rendre compte comment ils y ont pé- 
nétré, comment ils y ont conservé la vie. 

La Société Linnéenne de Paris désirerait qu’on rassem- 
blât tous les faits analogues qui ont été rapportés par les 
écrivains ; qu’on établit leur degré réciproque de proba- 
bilité ou de certitude, en rapportant textuellement les 
preuves sur lesquelles ils reposent, et en s’attachant à réunir 
toutes les circonstances critiques qui peuvent éclairer sur 
l'existence et la cause probable de ces faits, et que le tout 
fût traité de manière à établir d’abord'les pièces d’où 
l'on peut et l’on doit partir pour expliquer, s’il y a lieu, le 
phénomène en question. 

Quelques observateurs ayant pensé, à l’égard des ani- 
maux trouvés dans des troncs d’arbres, que l'individu y 
avait pénétré, jeune encore, par un accident quelconque, 
s’y était développé, et y avait acquis l'accroissement ordi- 
naire qu'il prend à l'air libre, la Société Linnéenne dé- 

Ll 


(2) 
sire que l’on examine cette singulière opinion ,et que l’on 
montre si les lois de la physiologie permettent ou non de 
Padmettre. 

Enfin, par rapport aux animaux trouvés dans des blocs 
de pierre, il importe de voir si la même théorie peut leur 
être appliquée, ou s'ils ont été enveloppés, dans l’état où 
on les trouve, par la matière liquide, laquelle, en se dur- 
cissant, a produit la masse pierreuse qui:les renferme ; et 
dans ce cas expliquer comment la vie a pu ne pas cesser ; 
constater, autant qu'il sera possible, par la nature des 
masses pierreuses , leur gisement relatif, leur homogénéité, 
l’époque géologique à laquelle on peut rapporter l’empri- 
sonnement de ces animaux, en ayant égard aux causes 
accidentelles qui peuvent diminuer l'intérêt et l’impor- 
tance de tel ou tel fait. 

Une médaille d’or de trois cents francs, ou sa valeur, 
sera remise, en séance publique, le 28 décembre 1824, à 
celui qui répondra, le plus complétement possible, aux 
différentes questions proposées. La meilleure monogra- 
phie qui satisfera entièrement aux vues de la première 
partie du présent programme, obtiendra, en cas de non 
solution satisfaisante sur la seconde partie, à titre d’encou- 
ragement, une somme de deux cents francs. 

Les mémoires doivent être remis, franc de port, au 
Secrétaire perpétuel de la Société avant le 1°" octobre 
1924. 

& 
IT. Prix de botanique. Dans la fleur, il existe un organe 


qui sécrète une liqueur musoco-sucrée, premier rudiment 
du miel que l’abeille nous fournit. Cet organe a reçu le 
nom de nectaire (1). 11] manque dans les trois quarts des 


(1) L'Académie des siences et belles-lettres de Bruxelles avait mis 
an. concours, en 1820, une question ainsi conçue : La définition dw 


(5) 
végétaux connus, et dans ceux où on le trouve il n’est pas 
également le même aux yeux de tous les botanistes : on 
peut dire que c’est un point dogmatique des élémens de 
la science, le plus obscur dans tous les ouvrages publiés 
jusqu'ici. 

Selon Lann£, on doit entendre par nectaire les corps 
glanduleux , les pores , les appendices , les formes anoma- 
les, et généralement toutes les parties de la fleur étran- 
gères aux organes sexuels et à leurs enveloppes. 

Quelques botanistes justement esLimés nient l’existence 
du nectaire, ou s’ils la reconnaissent , ils placent cet organe 
tantôt à la naissance des pétales, autour des ovaires, ou 
dans la gorge de la corolle; tantôt sur le réceptacle, à la 
base des anthères, entre les étamines ou sur le pistil. Chez 
les uns, le nectaire est un cornet, une écaille, une glande 
et même une espèce de poils; ou bien une fossette, un 
sillon, une excroissance. Chez les autres, c’est l’éperon 
court que l’on voit près du style; c’est toute portion quel- 
conque de la fleur qui se présente éminemment prolongée 
ou difforme ; ce sont les taches plus où moins remarqua- 
bles que l’on observe à la base des pétales ou des corolles 
d’un certain nombre de fleurs. En un mot, on n’est point 
d'accord sur ce que l’on doit exclusivement appeler nec- 
taire, et l’extrême diversité d’opinions à ce sujet tend à 
prouver la nécessité de s’entendre. 

Dans la vue de faire cesser toute incertitude et de fixer 


nectaire donnée par Liwné convient-elle à tous les organes désignés 
jusqu'a ce temps sous ce nom? En cas de réponse négative, on de- 
mande une classification physiologique de ce méme organe. — Cette 
question a été remise au concours pour 1822, et comme elle est de- 
meurée sans réponse, elle a été retirée. L’indifférence apportée à cet 
appel, est due, sans aucun doute, au peu de développement de la 
question. | 


(4) 
invariablement ce qu’il convient de nommer nectaire, la 
Société Linnéenne de Paris fait un appel aux botanistes 
et leur propose de résoudre les questions suivantes : 

Quel est l'organe dans la fleur auquel on doit exclusi- 
vement donner le nom de nectaire? À quel caractère 
peut-on le reconnaître? Et de quelle importance est-il 
pour les végétaux qui en sont pourvus ? 

Une médaille d’or de trois cents francs, ou sa valeur, 
sera remise, dans la séance publique du 28 décembre 
1824, à l’auteur qui aura pleinement satisfait à toutes les 
conditions du présent concours. 

Les mémoires doivent être remis avant le 1° octobre 
1824. 


CR 


Programme d'un prix de physiologie végétale 
remis au CONCOurs pour 1825. 


Des idées ingénieuses ont été publiées dernièrement sur 
le mouvement de la sève dans les végétaux; mais elles 
tiennent trop à l’hypothèse, et quelques aperçus justes sont 
tellement poussés au-delà des limites de la probabilité, 
qu’il est impossible de s’y arrêter. Quelques savans ont 
émis aussi, sur l'accroissement des végétaux , des opinions 
qui se rattachent, au moins sous quelques rapports, à la 
théorie du mouvement de la sève; mais elles paraissent 
insoutenables au plus grand nombre des observateurs. Ce- 
pendant des recherches attentives, régulières et compa- 
ratives, sont devenues d’une très-haute importance, et 
doivent porter un grand jour dans le système actuel de 
nos cultures , et amener d’utiles changemens dans nos pra- 
tiques économiques, 

Désirant déterminer ces recherches et leur donner un 
ensemble nécessaire, la Société Linnéenne de Paris décer- 


(5) 
nera, en sa séance publique du 28 décembre 1825, une 
m édaille d’or ou la valeur de trois cents francs, à l’auteur 
du meilleur mémoire dans lequel 

1° On exposera les conséquences qui résultent naturel- 
lement des observations et des expériences faites jusqu’à 
ce jour sur les mouvemens et l’état de la sève dans toutes 
les phases de la vie végétale et dans les diverses saisons de 
l’année ; 

20 On confirmera ces résultats et on y ajoutera, par des 
faits récens, par des expériences réttérées, des considéra- 
tions nouvelles; 

30 On offrira enfin, en évitant toute explication pure- 
ment hypothétique, une théorie de la marche des fluides 
végétaux, aussi probable, aussi complète que le permet 
l’état actuel de la science. 

Ce sujet de prix avait été mis au concours pour l’année 
1823. Les deux mémoires reçus n’ayant point offert assez 
d’expériences nouvelles, et ne donnant que des explica- 
tions purement hypothétiques, malgré les dispositions de 
la troisième condition imposée aux concurrens, la Société 
Linnéenne a remis la question au concours pour l’année 
1925. 

Les mémoires, portant une épigraphe ou devise qui sera 
répétée avec les noms, prénoms, qualités et demeure de 
l’auteur, dans un billet cacheté joint au manuscrit écrit 
lisiblement, seront adressés, franc de port, à M. Tniépaur 
DE BERNEAUD, secrétaire perpétuel de la Société Lin- 
néenne de Paris, rue des Saints-Pères, n° 46, avant le 
rer juillet 1825. Ce terme est de rigueur. 

Les membres résidans, les membres honoraires’, domi- 
ciliés à Paris, ainsi que les auditeurs, sont seuls exclus du 
concours. 

La Société Linnéenne prévient qu’elle ne rendra aucun 
des écrits qui auront été envoyés au concours; mais les au- 


(6) 
teurs ou leurs fondés de pouvoirs auront la liberté d’en 
faire prendre des copies s'ils en ont besoin. 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS. 


Du 8 janvier 1824. — M. ne BroNDEau, correspondant, 
fait passer les dessins et la description de deux champi- 
gnons nouveaux qu’il a découverts aux environs d'Agen 
( Lot-et-Garonne), et qu’il nomme l’un Fuligo cerebrina, 
l’autre #/elvella sinuosa. M. PErsoon est chargé d’en faire 
l'examen. 

M. Mapior adresse quatre mémoires sur des plantes 
qu'il cultive depuis quelques années dans le jardin de na- 
turalisation du département du Rhône, à Lyon. — La 
section d'agriculture est chargée d’en rendre compte. 

Onlit pour M. le docteur LaviriLze, correspondant à 
Châtillon-sur-Loing ( Loiret), des observations très-inté- 
ressantes sur le Callitriche verna. Elles seront publiées 
dans la deuxième livraison des Annales de la Société. 

Poar M. VAzLor, correspondant à Dijon, on lit un mé- 
moire sur quelques graines auxquelles on a vulgairement 
donné le nom de café. 


Séance du 22. — On reçoit un mémoire relatif au con- 
cours ouvert pour l’année courante sur les animaux trou- 
vés vivans dans des masses de pierres, etc. Il est scellé par 
le président, déposé au secrétariat, pour être remis en 
temps opportun à la commission qui sera chargée de rendre 
compte des pièces envoyées au concours. 

On annonce la mort de CnarLes-Louis Foissex, profes- 
seur de botanique et bibliothécaire de la ville de Nancy, 
décédé à l’âge de 62 ans le 8 de ce mois. M. Taiéeaur 
»e BERNEAUD lit une notice sur ce correspondant. 


(LT) 

M. Descourrizz fils, membre auditeur, communique 
un travail important sur les fruits des Tropiques qu’il se 
propose de publier incessamment, accompagné de plan- 
ches dessinées par lui. Il divise les fruits de ces contrées 
si riches en dix groupes, les mucoso-sucrés, les aqueux 
saccharifères, les aqueux insipides, les aqueux acidules, 
les acides proprement dits, les astringens , les émulsifs, les 
farineux , qui comprendront aussi les racines servant à la 
nourriture de l’homme et des animaux domestiques, les 
aromatiques et les vénéneux. 

Des réflexions judicieuses sur les graines dont on a en- 
levé les enveloppes avant de les faire germer, adressées 
par M. Desvaux, correspondant à Angers, sont entendues 
avec le plus grand intérêt. Il cite des expériences qu'il a 
faites : 1° sur des graines de cucurbitacées, oubliées pendant 
plusieurs années dans le jardin des plantesde Poitiers, dont 
il a obtenu des sujets de toutes les espèces après les avoir 
décortiquées; 2° sur le cakile maritime, qui met ordinai- 
rement deux ans à lever, et qui a poussé peu de jours après 
le semis, dès que ses graines ont été dépouillées de leur 
péricarpe coriace; 3° sur l’acacia grimpante, ou fève de 
Saint-Thomas, qui a germé à Angers du moment que ses 
graines furent débarrassées de leur tégument ou spermo- 
derme, dont on fait des petites tabatières. 

On donne ensuite lecture d’un mémoire de M. Arnk- 
Nas, correspondant à Nantes, sur la folle avoine du Canada 
(Zizania clavellata), dont la culture serait singulièrement 
appropriée aux bords vaseux des marais, des prairies hu- 
mides, où elle remplacerait avec avantage les plantes 
dures, aigres et quelquefois malfaisantes qu’on y trouve. 
— La Société distribue les graines qui lui ont été offertes 
par M. 'Tuiéeaur DE BERNEAUD, et par M. Tuomiwr, corres- 
pondant à Nantes. 


(8) 

Séance du 5 février. — La Société reçoit de MM. M1- 
RASCHINI Et BERTRAND GESLIN, Correspondans, qui explorent 
en ce moment les montagnes du Tyrol, l'annonce d’une 
découverte qu’ils ont faite de roches granitoïdes et basal- 
toides à Predazzo , Polinzana et Canzocoli, au-dessus d’une 
masse de calcaire dit du Jura. Ils estiment que ce sont des 
roches pyrogènes , ou de grandes coulées de dolérites , qui 
ont soulevé les couches marneuses , les ont pressées et re- 
couvertes, et par suite encombré la grande vallée de Pre- 
dazzo, qui préexistait à ces événemens géologiques d’une 
haute antiquité. — Cette opinion paraît satisfaisante à Ja 
Société; elle coordonne les faits connus et ceux observés 
en 1921 par MM. »E Bucx et ne Humvorpr, dont il est parlé 
dans le compte rendu des travaux de la Société pour l’année 
1822 , pag. 76 et 77. 

M. Perrorrer, au nom de la section d’agriculture, rend 
compte des quatre mémoires précédemment envoyés par 
M. Manor. Il y fait mention de deux nouvelles espèces 
ou variétés d’alizier, sur lesquelles il est impossible de 
prononcer, les échantillons ne se trouvant pas joints aux 
mémoires où elles sont décrites. Les deux autres mémoires 
sont relatifs à l’ébourgeonnement et aux moyens à prendre 
pour détruire les insectes nuisibles aux cultures. 

M. Persoon rend compte de lexamen qu'il a fait des 
deux champignons découverts, décrits et dessinés par 
M. DE Bronpeau, et de la création d’un genre nouveau, 
sous le nom de Gyrocephalus, dont un de ces champignons 
lui a fourni l’idée. Ces observations sont imprimées dans la 
première livraison des Annales Linnéennes, pag. 75. 

Le même membre présente une instruction sur la ma- 
nière de recueillir et de préparer les champignons, et de 
les préserver de l’attaque des insectes. La Société en or- 
donne l'impression. 


M. Roserr, membre auditeur, lit une vie détaillée de 


— 


(9) 
Line, qu'il a traduite du suédois, et dans laquelle on 
trouve une foule d’anecdotes inédites sur ce grand homme. 
Il en sera rédigé un extrait pour être publié. 

On lit pour M. Desvaux un mémoire destiné à com- 
pléter le travail de Pazisor ne Beauvois sur les mousses, 
publié dans le 1°" volume des mémoires de la Société, Ce 
Mémoire a pour titre : Exposition méthodique des genres 
de la famille des mousses. 11 fera partie d’une prochaine 
livraison des {nnales. 


Séance du 19 février. — On apprend la perte récente 
que la Compagnie vient de faire dans la personne de l’un 
de ses membres honoraires, M. Juce be Sarnr-Marrin , et 
de l’un de ses correspondans, M. Cuicer ne Monrarsrer. Le 
Secrétaire perpétuel lit sur ces deux confrères une notice 
biographique et bibliographique. 

M. pe La PyLaie annonce qu’il a recueilli dans ses 
voyages à Terre-Neuve et sur les côtes françaises de l’O- 
céan 450 espèces d’hydrophites, c’est-à-dire le triple de 
ce qui était connu jusqu'ici, 

M. Tincerre DE CLermonT-TonnErREe adresse une note 
fort curieuse sur un pommier cultivé à Saint-Valerv-sur- 
Somme; elle sera imprimée dans la seconde livraison des 
Annales Linnéennes, ainsi que le dessin qui l’accom- 
pagne. 

M. TuorLanp envoie le résumé de ses observations mé- 
téorologiques pendant l’année 1823 , quelques remarques 
sur l’ergot des fromens, et le résultat obtenu, durant la 
même année, des paragréles en paille, dont l'usage est 
répandu dans le département des Hautes-Pyrénées. 

M. pe BronpeaU fait passer des échantillons de deux 
variétés de l’Uredo miniata de PErsoow, qu’il a trouvées 
sur des feuilles de chêne et de charme. 

M. le docteur Dronsarr, de Paris, fait hommage de 


(10 ) 

quelques observations nouvelles relativement à la nais- 
sance des perroquets en France. Les aras éclosent vingt- 
deux jours après l’incubatiou ; le petit reste complétement 
nu jusqu'au trentième jour, que son corps se couvre de 
duvet. Le mâle ne lui donne point à manger, la femelle 
seule est chargée de ce soin, comme aussi de couver les 
œufs : le mâle se tient alors à l’entrée du nid et en défend 
l'approche. D’après l'expérience de M. Bornes, administra- 
teur de l'enregistrement et des domaines à Paris, qui élève 
des aras depuis 1818, cet oiseau peut se reproduire en 
France avant l’âge de cinq ans. Ces faits rectifient ceux 
consignés dans un mémoire de M. Lamouroux, correspon- 
dant à Caen, lu à la séance publique du 28 décembre 
1822. 

On procède au renouvellement des ofliciers dignitaires 
amovibles. Le dépouillement des scrutins donne pour pré- 
sident M. Anpré Tuouix, de l’Institut; pour vice-prési- 
denis, MM. le docteur Descourrizz, auteur de la Flore 
médicale des Antilles, et Persoow ; pour trésorier, M. le 
docteur DEvEzE, et pour secrétaire-adjoint-archiviste, 
M. Arexis Gaza. 

La commission des finances est composée de MM. le 
docteur Troncin, CorNiLLoN et PERROTTET. 

M. Bouzcer lit un mémoire sur les greffes végétales et 
les greffes animales. 

On lit pour M. Ropar n’Oremrs une notice sur le ma- 
gnétisme des serpens. Aux faits qu’il rapporte, plusieurs 
membres en ajoutent d’autres qui confirment la singulière 
propriété qu'ont certains reptiles d'attirer et avaler des 
animaux plus gros qu'eux. 


Car ) 


CUVE UV UV VU VV UV LVEV LU EAU LUE L'UVULVE VU VV VAL LVR AVR 


BIBLIOGRAPHIE. 


Prodrome de la monographie des espèces et des variétés 
connues du genre Rosier, divisées selon leur ordre na- 
turel, avec la synony mie, les noms vulgaires, un tableau 
synoptique, et deux planches gravées en couleur; par 
CL.-Anr. Taory, membre résidant de la Société Lin- 
néenne de Paris, correspondant des Sociétés de botanique 
de Gand, horticulturale de Londres, etc. Paris, 1820; 
1 vol. in-12 de 190 pages, orné du portrait de l’auteur. 
— Prix 6 fr. 


Cer ouvrage, dont il ne reste qu’un petitnombre d’exem- 
plaires, est l’extrait d’une monographie du genre Rosier, 
auquel M. Tony travaille depuis long-temps. Ce n’est 
point cependant une simple nomenclature que présente ce 
prodrome, on ytrouve la description de 57 espèces, pres- 
que toutes les variétés, avec une synonymie fort étendue, 
la liste des ouvrages publiés sur la rose, et la figure de 
deux jolies espèces, la Rosa spinulifolia dematreana trou- 
vée dans les environs de Fribourg en Suisse, et la Rosa spi- 
nulifolia foxeana découverte dans les bois de Malmédi. 


RS RS ARS ARS 


Phytographie médicale , ornée de figures coloriées de 
grandeur naturelle, où l’on expose l’histoire des poisons 
tirés du règne végétal, et les moyens de remédier à 
leurs effets délétères , avec des observations sur les pro- 
priétés et les usages des plantes héroïques ; par Josepn 
Roques, membre résidant de la Société Linnéenne, etc. 
Paris, 1821-1824; chez l’auteur, rue de Louvois, n° 5. 


La Phytographie médicale est en ce moment à sa 29° li- 


hus ) 

vraison ; elle sera complète avec la 36°. Chaque livraison, 
format grand in-4e, contient deux ou trois feuilles de texte, 
et cinq planches représentant le même nombre de plantes 
de grandeur naturelle, imprimées en couleur et retou- 
chées au pinceau. Le prix de chaque livraison est de 8 fr. 
sur papier fin grand-raisin. On a tiré quelques exemplaires 
petit in-folio sur papier superfin satiné, dont le prix est de 
3o fr. la livraison. — Nous donnerons une notice de cet 
ouvrage dans le second numéro du Bulletin. 


RAT Te 


Flore médicale des Antilles ,ou Traité des plantes usuelles 
des Colonies francaises, anglaises , espagnoles et portu- 
gaises; par M. E. DescourrTizz, docteur en médecine, 
membre résidant de la Société Linnéenne, etc. Paris, 
chez l’auteur, rue Cassini, n° 1. 


Dans le prochain numéro du Bulletin nous ferons con- 
naître en détail cet ouvrage arrivé à sa 29° livraison, et 
qui mérite de fixer l'attention des amateurs de la bota- 


nique. Chaque livraison in-80 coûte 4 fr; et 25 fr. l’in-fol. 


LL 
A he A TS 


Traité sur les champignons comestibles, contenant l'indi- 
cation des espèces nuisibles; précédé d’une introduction 

. à l’histoire des champignons; par C.-H. Prrsoon, membre 
honoraire de la Société Linnéenne, etc. — 1 vol. in-8° 
de 276 pages et quatre planches coloriées. Paris, chez 
l’auteur, rue des Postes , n° 3. — Prix 5 et 6 f. en noir ; 
6 f. 50 c. et 8 f. en couleur. 


Le nom de l’auteur et l’importance du sujet qu'il traite 
rendent son ouvrage recommandable. 


VA VV LULU A0 47/0/0024 L/2/00/U/0 / VA Y L0/0/0 LVL VU LVL VOD TUE 


BULLETIN LINNÉEN. 


N° °c. — MAI 1824. 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS. 


Du % mars 1824, — M. »'Ounous, correspondant à Sa- 
verdun, fait connaître ses différens travaux agricoles et le 
genre de plantes qu’il cultive avec succès dans sa ferme ex- 
périmentale du Vigné. Le journal de l’Ariége s’est trompé 
quandil a ditquele Phcrmiumtenax avait fleuri dans cette 
belle propriété en 1823, et qu’il y avait donné des graines. 
Cette plante y est très-vigoureuse et ne s’y multiplie en 
core que par léclat de ses drageons. La ferme expérimen- 
tale contient en ce moment plus de trois cents végétaux 
qui étaient auparavant inconnus dans le département de 
l'Ariége. 

M. Vicror AuGer, correspondant à Saint-Rambert, fait 
connaitre une espèce de Ranunculus, qui ne parait point 
être le parviflorus, dont elle est très-voisine, et qu’il pro- 
pose de nommer R. sub apetalos. En voici la description : 
« Caule erecto; floribus pedunculatis oppositifoliis ; peta- 
» lis 2-3, calice minoribus, interdum nullis (5 petala nun- 
» quam vidi). Seminibus elevato-punctatis, apice sub-hama- 
» dis; foliis superioribus 3-5 fidis; inferioribus sub-rotun- 
» datis, lobatis; omnibus hirsutis; caulibus sub-striatis. Se 
» trouve au bord des haies, dans la plaine, près de l’em- 

»bouchure de l'Ain. Fleurit en juin. Plusieurs plants 
» naissent rapprochés et paraissent se soutenir réciproque- 
» ment ©.—Je ne l'ai observé que durant deux années. » 

2 


(14) 

On lit pour M. Cranay, correspondant, un mémoire sur 
les ossemens fossiles trouvés récemment aux environs de 
Maestricht, 

M. Tuiépaur DE Berneaup lit une notice sur le jardin de 
cultures exotiques établi à Fromont, département de 
Seine-et-Oise, par M. Sourance-Bonin, correspondant. On 
ordonne l'impression. (7’oyez pag. 172 des Annales.) 


Séance du 15 mars. On annonce la perte que la Société 
vient de faire de deux de ses correspondans, J. F. ConrrA 
DE SErgA, mort à Lisbonne le 1° janvier 1824, et T. FE. 
Bow pion , mort sur les rives de la Gambie je 10 du même 
mois. 

La Société reçoit de lun de ses membres l'hommage 
d’un manuscrit rédigé, sur sa demande, par feu J.Twore, 
et ayant pour titre : Notes pour servir à d'ichtyologie flu- 
viatile et maritime du département des Landes. Cet ou- 
vrage intéressant contient 1° la liste des principaux pois- 
sons d’eau douce et de mer des rivières et du littoral de 
ce département; 2° des observations sur les variétés les 
plus remarquables; 30 la description des différens moyens 
employés ponr.en faire la pêche; 4° la figure d’un cascail 
ou engin de pêche nouveau, et celle d’une murène (Mu- 
rena helena 1.) jetée à la côte du cap Breton, très-rare sur 
les côtes des Landes. 

La commission des finances rend compte de la situation 
de la caisse depuis le 23 décembre jusques au 18 mars 
1824. Il en résulte que, outre les dépenses ordinaires, il 
a été payé sur l’arriéré la somme de 798 fr. 20 c., et que 
ceux qui doivent depuis long-temps les diplômes et vo- 
lames s’empressent d’en verser le montant entre les mains 
du trésorier. 

Sur la demande de cette commission, la Société arrête : 
1° qu'il ne sera accordé aucune distribution de graines, 


N 


(15) 
plantes, ou toute autre faveur quelconque, ni même im- 
pression de mémoires , aux membres et correspondans qui 
ne rempliraient pas exactement leurs engagemens pécu- 
uiaires envers la caisse de la Société; 20 qu’'ilsera envoyé 
des exemplaires des Ænnales à ceux des corps savans qui 
lui donnent en échange leurs volumes. 

M. Descourrizz, premier vice-président, lit un mémoire 
sur le varaire cévadille (Y’eratrum sabadilla). Ce mémoire 
est imprimé pag. 107. 

On lit pour M. Braup, correspondant à Beaucaire, un 
premier fragment pour servir à l’histoire des harmonies 
de la nature. ) 

M. Tuiégaur pe Berneaup lit une notice biographique 
sur J.-F. Corr£a DE Serra, dont les travaux carpologiques 
seront long-temps cilés, avec ceux de GÆRTNER, comme 
des modeles à suivre. Cette notice sera imprimée. 

L'article {vicennia du Dictionnaire classique d'histoire 
naturelle (KE, p. 98 et 99), est rempli d’erreurs, surtout 
pour ce qui regarde l'espèce dite Avicennia tomentosa. 
M. VazLor, correspondant à Dijon, les relève dans des 
observations critiques, et prouve que l’auteur comprend 
comme synonyme de cette espèce, non-seulement des 
espèces distinctes telles que lAÆvicennia africana de Pa- 
Lisor DE BEauvois, et l’4. resinifera de Forster et WizL- 
DENOW, mais encore des genres très-éloignés , tels que le 
Rack de Bruce (Salvadora persica 1), et le Horan ou 
Saga de Koëmrrer, qui est le Sceura marina de ForskAuL, 
quoique leur identité soit contestée’ par les auteurs du 
Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, 1. XXX , p.315. 
M. Varror met sous les yeux de la compagnie les textes 


qui justifient ses asserlions. 


Séance du 1er avril 1824.— M. le docteur Gazaw, cor- 
respondant à Antibes, adresse le résumé de ses observa- 


(16) 
tions thermométriques depuis le 1° mars 1823 jusques et 
compris le 29 février 1824.— L'auteur sera invité à donner 
suite à ce travail important. 

On lit une lettre de M. Rorsaum, correspondant à Stock- 
holm, dans laquelle il fait connaitre l’état actuel des 
sciences naturelles en Suède. 

11 résulte de diverses réponses faites par les correspon- 
dans de la Société aux Indes orientales, que le tapir est in- 
digène aux grands bois marécageux de la Chine occiden- 
tale, et qu’il a pénétré par la péninsule de Malacca dans 
l'ile de Sumatra. Cette espèce, nommée par les Chinois 
Me, diffère essentiellement de l'espèce propre à la Guyane 
par la longueur de sa trompe et par la couleur, blanc sale, 
de sa peau , qui passe pour imperméable à l’eau. 

M. Laure, correspondant à La Vallette, annonce avoir 
recounu pour un charançon l’insecte qui, depuis 1820, 
dévaste les oliviers du département du Var. Il dévore les 
feuilles nouvelles , les boutons à fleurs et les sommités des 
jeunes bourgcons. Il est noir, un peu globuleux, et long 
d'environ 4 millimètres (à peu près 2 lignes). Cet insecte 
tres-multiplié dans les campagnes de Toulon, depuis 1812 
et 1913, y est connu sous le nom vulgaire de chaplun ou 
coupeur, mais , selon M Laure, il n’est point aussi redou- 
table que certains propriétaires le disent. Les ravages qu’il 
fit dans l'arrondissement de Toulon, au mois de mai 1821, 
donnèrent à croire que tous les oliviers étaient perdus, 
mais après la ponte du nouveau charançon, terme ordi- 
naire de l’existence chez les insectes, la sève des arbres 
ne trouvant plus d'obstacles, s’élança de toutes parts et 
produisit, avant la fin de l'été, des pousses et des rejets 
vigoureux. 

La section de botanique rend compte des recherches 
qu’elle a fait faire, et qu’elle a faites elle-même, relauve- 
ment au Cyclamen lincarifolium de la Flore française.— 


GA) 
La Société ordonne l'impression de ce rapport après qu’il 
aura été communiqué à M. DE CanDoLLe , membre hono- 
raire à Genève. 

M. Gizzer pe Laumonr occupe l’assemblée de l'examen 
qu'il a été chargé de faire d’un mémoire dans lequel M. le 
professeur James Renwica décrit un nouveau minéral 
trouvé dans le canton de Sussex, Nouvelle-Jersey, aux 
Etats-Unis de l’Amérique sptentrionale, et auquel il im- 
pose le nom de Torrélite, en mémoire des services rendus 
à la minéralogie par M. le docteur Torrey, correspondant 
à New-Yorck. Le rapporteur estime que cette substance 
doit, en attendant une étude plus approfondie, prendre 
place à côté des alanites, des cérines, des ortithes et des 
pyrotites, qui toutes sont, comme elle, composées de si- 
licates doubles de chaux et d’alumine mélés avec un autre 
silicate double, d’oxydule de fer et de cérium. 

M. Perrorrer lit des observations sur l’espèce de Bau- 
hinia, nommée divaricata, qui lui a offert un phénomène 
curieux. Cette note fera partie des Annales Linnéennes. 

On lit pour M. ne Saint-Amans, président de la Colonie 
Linnéenne de Lot-et-Garonne, la description d’une espèce 
nouvelle de sangsue, à laquelle il impose lenom de Æirudo 
oscillatoria. Ce mémoire sera imprimé, 

Pour M. VacLor, correspondant, on donne lecture d’une 
notice sur les seize insectes qui vivent aux dépens du lilas, 
et dans laquelle il réfute victorieusement, par l’exemple 
des chevaux , des vaches, des moutons et surtout des chè- 
vres, l’assertion de quelques naturalistes qui disent et ré- 
pètent d’après d’autres, que les feuilles du lilas ne sont 
broutées par aucun quadrupède herbivore,. 

M. Tuiésaur pe BerNeaUD lit une notice biographique 
sur Tuomas-Enwarp Bowpicn, correspondant de la So- 
ciété, mort victime de son zèle pour les recherches d’his- 
Loire naturelle. 


(18) 

M. SouranGe-Bonin annonce qu'il est sur le point de se 
rendre en Angleterre pour y chercher les végélaux exo- 
tiques nouvellement apportés des diverses contrées du 
monde, et pour y étudier les différens systèmes de cul- 
ture adoptés pour le gouvernement de ces plantes; il de- 
mande que la Société l'accompagne de lettres de recom- 
mandation.— Cette demande est accordée à l’unanimité 
des suffrages. 


Séance du 22 avril. — MM. Nres D'EsENBECk, corres- 
pondans à Bonn, adressent la description et la figure d’un 
Polyporus provenant de l'ile de Java, et auquel ils im- 
posent le nom de Pisatschapani. — On en ordonne l’im- 
pression. 

M. MonraGxe, correspondant, fait offre de plusieurs 
fucus qu’il a recueillis sur les côtes de France. — On re- 
marque qu’ils sont desséchés et préparés avec beaucoup 
de soin. 

M. 2€ Rivière, correspondant, donne lecture d’un pro- 
blème qu’il propose aux botanistes sur la nomenclature 
des plantes. L'idée de l’auteur est ingénieuse , mais comme 
il n’en fait l’application à aucun genre, la section de bota- 
nique est invitée à s’en occuper. 

On lit une lettre de M. PerroTTET par laquelle il annonce 
qu'il a quitté la capitale pour entreprendre, sous les aus- 
pices du gouvernement, un nouveau voyage. Il se rend 
à la Guadeloupe et à Marie-Galande pour y recueillir des 
nopals couverts de cochenilles, les transporter au Sénégal, 
y fonder une ou plusieurs cochenilleries, et de là passer 
au quartier de la Mana, dans la Guyane française, pour y 
établir la même culture. Il espère être de retour en 1820. 

La compagnie entend la lecture d’un mémoire très- 
intéressant de M. le docteur GrarTELour, correspondant à 


Bordeaux, intitulé : Notice historique sur le genre oscil- 


(#97) 
latoire, suivie de la description des espèces connues et de 
plusieurs espèces nouvelles. Ce mémoire sera imprimé. 
Les découvertes de l’étain oxidé en France sont le sujet 
d’un mémoire de M. Hersart, correspondant. Il est en- 
tendu avec intérêt. L'auteur s’arrête à l’année1814; depuis 
cette époque les essais et un commencement d'exploitation 
ont fixé l'importance de ces découvertes, mais comme de 
nouvelles recherches ont amené à de nouvelles découver- 
tes, M. Gizzer DE Laumonr est chargé de résumer les ren- 
seignemens recueillis par M. Hersarr, et d'étendre son 
travail jusqu’à l’année courante. 


VU VAL VAT AVVVVVVUVAVUVVVUVUY VV VA VAL LA/0/ A/A/0/E 


BIBLIOGRAPHIE. 


Phytographie médicale, ornée de figures coloriées de 
grandeur naturelle, où l’on expose l’histoire des poisons 
tirés du règne végétal, et les moyens de remédier à 
leurs effets délétères, avec des observations sur Les pro- 
priétés et les usages des plantes héroïques ; par Joscex 
Roques, membre résidant de la Société Linnéenne, etc. 
Paris, 1821-1824; chez l’auteur, rue de Louvois, n°5. 


En écrivant sur les plantes héroïques et sur les poisons 
végétaux , le but de l’auteur a été de donner à la science 
un livre plus complet que ceux publiés jusqu'ici, et d'offrir 
aux propriétaires et aux pères de famille les moyens de 
distinguer les plantes qu'ils doivent éviter et celles dont 
ils peuvent espérer d’utiles ressources. Son texte est en 
conséquence accompagné de planches exécutées avec goût 
par M. Hocquarr, dessinateur habile. 

Le texte est rédigé d’après un nouveau plan. Dans son 


( 20 ) 

introduction, M. le docteur Roques expose comment on 
peut faire tourner au profit de l'humanité les propriétés 
héroïques ou vénéneuses des végétaux ; il fait connaître les 
symptômes que l’on observe dans les empoisonnemens, et 
quelle doit être la méthode du traitement pour en guérir. 
Après ces considérations générales , il entre dans les détails 
particuliers à chaque plante soumise à son examen, et 
aux effets qu’elle produit sur l’économie animale. Ici, l’au- 
teur se montre tour à tour érudit profond , botaniste ha- 
bile, praticien expérimenté et médecin philosophe. Ses 
conseils sont d’un homme de bien, son style d’un excellent 
écrivain, et quand il trace l’histoire d’un végétal, il n’ou- 
blie jamais de dire tout ce qui a été fait avant lui : chacun 
y recoit le tribut d’éloges qu’il a su mériter. Il a suivi la 
méthode des familles naturelles , à cause de l’analogie qui 
existe incontestablement entre les formes extérieures et 
les propriétés secrètes de certains végétaux , mais il ne se 
laisse point entrainer à la manie, si vulgaire aujourd’hui, 
de créer sans cesse de nouveaux genres, de multiplier le 
nombre des espèces, et de s'arrêter aux circonstances les 
plus fugaces et les moins perceptibles. Des faits exposés 
avec simplicité, suivis dans leur marche et dans leurs con- 
séquences, fournissent à M. Roques l’occasion de montrer 
les désordres produits sur l’économie animale par la pré- 
sence d’un poison, par l’abus d’une plante héroïque, et par 
suite nécessaire d'entrer dans tous les détails convenables 
pour éclairer le médecin, pour l’amener sûrement aux 
moyens thérapeutiques confirmés par une longue expé- 
rience. | 

Tous les articles de cet ouvrage utile sont également re- 
commandables; cependant ceux qui ont rapport aux cham- 
pignons, aux ombellifères et aux solanées, méritent une 
attention toute particulière. 


AAA AAA VA UV VA OAV TVA VIT U/AY VV VV ALU VV UV VU UAVARY 


BULLETIN LINNÉEN. 


N° 3. — JUILLET 1824. 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS, 


Du G mai 1824. — M. le général TrauLLÉ adresse de 
Sedan une caisse contenant divers fossiles trouvés aux 
Roziers, près de cette ville. Dans le nombre on remarque 
plusieurs ammonites d’une grande dimension, différentes 
espèces de coquilles, une géode de carbonate de chaux en 
cristaux métastatiques et deux polypiers que l’on estime 
être l’Ælcyonum mutabile. — Des remercimens sont votés 
à M. le général TrauzLÉ, et la section de géologie est 
chargée de faire un rapport raisonné sur ces substances, 

M. Lanpreau, correspondant, envoie des échantillons : 
1° du kaolin de Dignac; 2°- d’un oxide de manganèse 
trouvé dans la commune de Varagne; 3° et de la terre 
colorée en vert provenant de Gorce, commune de Dex, 
département de la Charente-fnférieure, — Des commis- 
saires sont chargés d’en faire l'examen. 

M. Barzzy communique un travail intitulé : Recherches 
sur la lumière dans la théorie des vibrations , avec quel- 
ques idées sur les êtres organisés, et particulièrement dans 
la végétation. — La compagnie arrête qu’il en sera donné 
unextraitraisonné dans les Annales. ( J’oyezp. 262 etsuiv.) 

On lit pour M. Le BourLanGEr, correspondant, un mé- 
moire ayant pour titre : De l’Influence du calcaire sur Les 
graminées. 

Des commissaires sont nommés pour faire les disposi- 


3 


(22) 
tions nécessaires pour la célébration de la fête champêtre 
consacrée par la Société le jour anniversaire de la nais- 
sance de Linwé. 


Du 20 mai. — Un nouveau mémoire est reçu en ré- 
pouse à la question proposée relativement aux animaux 
vivans trouvés dans des corps solides. Il est inscrit sous le 
no 3, et déposé aux archives sous cachet jusqu’au moment 
où la commission qui doit en juger sera nommée. 

M. pe LA PyLae, correspondant, fait connaître le plan 
d’un ouvrage qu’il prépare sur les hydrophytes, et celui 
de la Flore de Terre-Neuve et des îles Saint-Pierre et 
Miquelon. 

M. Pensoow, l’un des vice-présidens , rend compte de 
l'examen qu'il a fait d’un Calicium populneum et d’un 
Æcidium convolvuli envoyés par M. Louis pE BRONDEAU, 
correspondant. Il pense qu’il serait important de s'assurer , 
pour le premier, si les points noirs sont les capsules d’une 
petite espèce de J’errucaria cohabitante, ce qu’il est ce- 
pendant peu disposé à croire, ou bien l'indice du premier 
développement du Calicium. Quant à V'Æcidium convol- 
vuli, il ose aflirmer qu’il soit une espèce nouvelle ou une 
variété, les æcidies étant plutôt considérées dans la diffé- 
rence des plantes qui leur servent d'habitation, qu’éta- 
blies sur des caractères essentiels tirés du champignon lui- 
même. 

Les commissaires rendent compte des dispositions qu'ils 
out prises pour la célébration de la fête champêtre, qui 
aura lieu dans les bois de Ville-d’Avray.— On arrête 
l'ordre des lectures qui seront faites. 

On lit pour M. Hersarr des observations sur quelques 
minéraux trouvés dans les mines de cuivre pyriteux de 
Chessy et de Sainbel, département du Rhône. 


(23 ) 

Féte champétre du 24 mai. — La relation de cette fête 
étant imprimée séparément, nous nous contenterons de 
dire ici qu’elle a été très-brillante, et que plusieurs cor- 
respondans étaient venus d'assez grandes distances pour la 
célébrer avec leurs frères de la capitale. (On peut se pro- 
curer cette intéressante brochure au secrétariat de la 
Société. ) 


Séance du 10 juin. — M. TaorLarD, correspondant à 
Tarbes, rend compte de l’adoption de ses paragrêles per- 
fectionnés dans la Lombardie, Il fait remarquer que les 
orages ont le plus habituellement lieu dans cette partie 
de la Haute-Italie vers lesquatre heures de laprès-midi, 
comme dans nos départemens des Hautes et des Basses- 
Pyrénées. — Il sera donné une note sur les paragrêles dans 
la quatrième livraison des Annales Linnéennes. 

Après la lecture d’une lettre écrite par M. DE CANDOLLE, 
membre honoraire, au Secrétaire perpétuel, la Société 
rapporte son arrêté du 1° avril dernier, et ordonne que 
ladite lettre, ainsi que le rapport de la section de bota- 
nique, demeureront déposés au secrétariat, pour y avoir 
recours au besoin. 

M. Deravaux rend compte de l’examen qu’il a été 
chargé de faire d’un mémoire de M. DEsmazièRESs, cor- 
respondant à Lille, sur le Rumex nemorosus de SGnRADER 
et sur le Rumex nemolapathum de Lan fils, confondus 
jusqu'ici par la plupart des botanistes. La distinction éta- 
blie par M. Desmazières est très-fondée, et le rapporteur 
conclut à ce qu'il soit engagé à examiner avec le même 
esprit de critique le genre entier des Rumex ou du moins 
les espèces françaises, dont quelques-unes ont encore be- 
soin d’éclaircissemens. — Le rapport et ses conclusions sont 
adoptés. 


M. le docteur Carrëre fait connaître un acéphalocyste 


| (24) 
qu’il a découvert dans le cerveau d’un individu mort avec 
tous les symptômes du tournis, et lit, à l'appui de cette 
observation, un mémoire où il rapproche les deux mala- 
dies et en tire des conclusions qui méritent l’attention des 
naturalistes. — Ce mémoire est imprimé pag. 106 etsuiv. 
Le Secrétaire perpétuel lit une note contenant le ré- 
sumé des observations météorologiques faites en France 
du 21 décembre 1823 jusques et compris le 10 juin 1824. 


Séance du 24 juin. — M. Manrinez, correspondant 
à Lyon, adresse un tableau présentant le résultat d’une 
culture comparée qu’il a faite de 93 variétés de pommes- 
de-terre. — La section d’agriculture est chargée d’en 
rendre compte. 

En présentant le Catalogue des plantes de M. Srin, de 
Turin, M. Bowarous fait observer que le genre Pelargo- 
nium, si riche en espèces et en variétés, y est augmenté 
de dix-sept nouvelles espèces , qui, réunies aux quatorze 
distribuées récemment par la Société de botanique de 
Gand, en porte le nombre aujourd’hui à cent dix-neuf. 

On lit une note sur l’assemblée tenue à la ferme-modèle 
de Roville, département de la Meurthe, les 1 4 et 15 juin, 
Elle était composée de plus de trois cents personnes, et pré- 
sidée par M. Maruieu DE Domsasce, correspondant de la 
Société. On ÿ a fait fonctionner plusieurs nouveaux in- 
strumens d'agriculture, et on y accorda le prix de la char- 
rue sans avant-train à M. Cuarecain de Haussonville. 

Les correspondans Linnéens formant la colonie de la 
Moselle et de la Meurthe, envoient le procès-verbal de 
la fête qu’ils ont célébrée le 24 mai à Woipy, près de Metz. 
Le temps ne leur a pas été aussi favorable qu’à la Société 
Linnéenne de Paris; il n’a point permis que la réunion fût 
aussi nombreuse qu’elle aurait dû l’être.—M. Gorcy, pré- 
sident, a ouvert la séance par une courte allocution sur les 


(25 ) 

avantages de l’histoirenaturelle; M. Eire Boucuorre a lu 
un mémoire sur le mauvais état actuel des chevaux dans le 
département de la Moselle et sur les moyens d’en amé- 
liorer la race. M. Cuarres BoucoTTE, qui s'occupe avec 
succès de toutes les branches de l’agriculture, et particu- 
lièrement des arbres utiles, a fait connaître les brillané ré- 
sultats qu’il a obtenus de ses nombreux essais. — Après la 
séance, M. HozLaNDre à dirigé l’herborisation et les re- 
cherches entomologiques. Dans le nombre des plantes on a 
remarqué l’Orchis viridis, qui est assez rare aux environs 
de Metz, et parmi les insectes, de beaux individus de plu- 
sieurs cardinales ou pyroches et carabiques. 

M. Gizer DE Laumonr a rendu un simple compte ver- 
bal du travail présenté par M. Hersarr sur l’étain dé- 
couvert en France, ce mémoire ayant été imprimé dans 
les Annales des mines, tom. XXXV: 

Au nom de M. Lesrer,de Rouen, ilest donné lecture d’une 
note sur une nouvelle variété du Cucurbita pepo, prove- 
nant des pieds du pic de Ténériffe, et qu'il cultive depuis 
le mois d'avril 1823. Cette cucurbitacée a l'avantage d’of- 
frir plus tôt que l’espèce de nos jardins ses fruits parfaite- 
ment mürs, et susceptibles de se conserver long-temps; de 
contenir une plus grande masse de principe saccharin; de 
présenter aux animaux de la ferme un fourrage vert, alors 
qu'ils sont réduits aux fourrages secs; et de multiplier 
considérablement. 

M. Taiésaur DE Berneaun a lu ensuite la description de 
la nouvelle espèce de dorthèsia découverte le 24 mai par 
M. Drcavaux. Ce mémoire et le dessin très-détaillé qui 
l'accompagne seront insérés dans la quatrième livraison des 
Annales Linnéennes. 


(26) 


AVIS AUX LINNÉENS. 


Tous les membres et correspondans nationaux et étran- 
gers de la Société Linnéenne sont invités à recueillir avec 
soin, pour être-mises en commun et ensuite partagées, 
les graines de végétaux de tout genre, tant herbacés que 
ligneux , économiques, agréables, curieux ou rares, et spé- 
cialement de ceux reconnus supceptibles d’être cultivés en 
pleine terre en France. Ils en feront l'envoi à M. Turéeaur 
DE BERNEAUD, Secrétaire-perpétuel, rue des Saints- Pères, 
numéro 46, par la voie la plus sûre et sans frais. Ils rece- 
vront en échange et également sans frais toutes les graines 
qu'ils pourraient désirer. Le partage aura lieu en janvier 
et février de chaque année, au prorata des envois faits. 

On demande surtout les graines des variétés inconnues 
ou peu répandues de légumes, fruits, fleurs et arbres d’a- 
grément, ainsi que celles des végétaux exotiques natura- 
lisés. 

Du concours et du choix éclairé de tant de savans, dissé- 
minés dans des contrées si différentes, ayant des relations 
de tout genre, il résultera nécessairement une accumula- 
tion de richesses aussi profitables à la science en général 
qu’à chaque membre en particulier. 

On est prié de joindre au nom linnéen ou scientifique 
le nom vulgaire : c’est un moyen de s'entendre avec 
toutes les classes. 


un 
D 
3 

2 


VV VV VV VV ARUBA UV AV VU UV UV VAL 


BIBLIOGRAPHIE, 


Flore médicale des Antilles, ou Traité des plantes usuelles 
des Colonies francaises, anglaises, espagnoles et portu- 
gaïses; par M. E. Descourrirz, docteur en médecine, 
premier vice-président de la Société Linnéenne, etc. 
Paris, chez l’auteur, rue Cassini, n° 1. 


Rancrr les plantes indigènes aux Antilles d’après leurs 
propriétés médicales et l’action plus ou moins directe que 
leur administration exerce sur les organes de la vie hu- 
maine; indiquer exactement les parages où chacun de ces 
végétaux se plait à croître de préférence; tracer leurs ca- 
ractères botaniques, entrer dans les détails nécessaires sur 
leurs diverses parties sans se perdre dans des considérations 
oisives ou trop multipliées; donner l’histoire de la décou- 
verte de la plante, des essais auxquels on l’a soumise, de 
l'emploi que l’industrie sait en faire; stipuler les doses 
conveuables et indiquer le mode de préparation le plus 
adapté aux besoins des malades ; tel est le but que s’est 
proposé M. le docteur Descourrizz en publiant la Flore 
médicale des îles nombreuses qui peuplent le golfe du 
Mexique et qui marchent vers l'émancipation que l’aris- 
tocratie voudrait empêcher, mais que réclament la justice, 
l'existence politique des nations, et même l'intérêt du com- 
merce de la vieille Europe. 

Commencée en 1821, cette Flore a maintenant recueilli 
le suffrage des savans; elle se trouve dans toutes les mains 
studieuses de l’un et l’autre hémisphère. Elle doit se com- 
poser de six cents plantes et de cent cinquante livraisons : 
la trente-quatrième a paru avec les derniers jours de 


(28) 
juin 1824. Chaque livraison contient une partie du texte 
et quatre planches coloriées exécutées d’après les dessins 
de M. Tuéopore DescourTizz, qui réunit aux talens d’un 
observateur attentif ceux d’un artiste distingué. 

Le savant auteur de la Flore médicale des Antilles a di- 
visé cet ouvrage en vingt-cinq classes, où les plantes sont 
examinées dans les ressources qu’elles offrent réellement 
au praticien habile. Voici le tableau de ces classes, sa- 
voir : 1° les stomachiques; 20 les purgatifs émétiques; 
3° Les laxatifs; 4° les substances végétales qui agissent par 
leurs qualités vénéneuses ; 59 les alexitères internes; 6° les 
anti-vénéneux ; 7° les diurétiques ; 8° les plantes pectorales 
ou béchiques; 9° les plantes dites rafraîchissantes; 10° les 
anti-spasmodiques ; 11° les anti-ophthalmiques; 12° les 
anti-acoustiques; 13° les sternutatoires; 14° les mastica- 
toires ou sialalogues; 150 les tactiles excitantes; 169 les 
jatraleptiques; 17° les sudorifiques; 18° les détersives ; 
19° les épispastiques; 20° les plantes émollientes; 210 les 
résolutives; 220 les aphrodisiaques; 23° les réfrigérantes; 
24° les emménagogues; 25° et les anti-hystériques. 

Une planche représentant la plante avec son échelle, 
comprend presque toujours la tige, afin d'indiquer le port, 
ue fleur de grandeur naturelle, les détails de la fructifi- 
cation, et tous les caractères particuliers qui peuvent la 
faire reconnaître. À ces précieux renseignemens M. le 
docteur DrEscourrizz joint encore l’analyse chimique. 

Le style est l’âme d’un bon livre; c’est la partie brillante 
de la Flore des Antilles. Si l’auteur est obligé aux détails 
arides d’une description technique, il indemnise aussitôt 
son lecteur par la pompe de ses expressions, par le choix 
heureux des citations poétiques que lui rappelle le sujet 
qu'il traite; à chaque page il prouve que /e dieu des vers 
est aussi le dieu de la médecine. 


LS SES 


( 29 ) 

Manuel théorique et pratique du jardinier; par C. Barrzy, 
membre de la Société Linnéenne ; Paris, 1824. 2 vol. 
in-18, ornés de planches. Chez Rorer, libraire, et chez 
TocrarD jeune, place des Trois-Maries, n° 4. 


Cet ouvrage est divisé en deux parties : l’une consacrée 
aux jardins potagers et fruitiers; l’autre, aux jardins fleu- 
ristes et d'agrément. Ces deux branches de l’horticulture 
y sont traitées convenablement et de manière à satisfaire 
le lecteur le plus exigeant. Le premier volume s’adresse 
au plus grand nombre, et contient par conséquent tous les 
élémens de la science des plantes et de la culture limitée, 
c'est-à-dire des détails sur l'existence des végétaux et sur 
les différentes manières de les multiplier, de les propager, 
de les conduire, afin d’en tirer le plus grand profit pos- 
sible dans l’économie rurale et domestique; sur les abris, 
les couches, Les chässis, les serres, les outils du jardinage, 
ainsi que sur les maladies des plantes et leur cause. 

Le gouvernement des jardins fleuristes et paysagers exi- 
geant des connoissances plus étendues, des pratiques très- 
variées, et souvent opposées les unes aux autres, l’auteur 
examine les organes des végétaux et l’action que les diffé- 
rens corps exercent sur eux. Il descend ensuite dans tout ce 
qui a rapport à l’art de composer, dessiner , construire ces 
sortes de jardins, de tirer parti de tous les mouvemens du 
sol, de la disposition des lieux, de la variété des plantes 
indigènes et exotiques pour l’embellissement de ces es- 
pèces de musées, où la végétation se montre dans ses pha- 
ses, dans un luxe qui charme tous les cœurs et ne laisse au- 
cun repentir. 

M. Bucy s’est acquitté de sa tâche d’une manière con- 
venable; il fait sentir à chaque page qu’il possède une 
sage théorie, et qu’il a puisé de bonnes leçons dans la pra- 
tique. Il fait honneur à son maître, au digne et vénérable 
président actuel de la Société Linnéenne. 


( 30 ) 


A 


Monographie du genre Spiræa , précédée de quelques con- 
sidérations générales sur la famille des Rosacées; par 
J. Camerssepes, correspondant de la Société Linnéenne 
de Paris, etc. Paris, 1824 ; in-80 de 58 pages avec sept 
planches. 

La position et le nombre des ovules servent à l’auteur 
pour former des sections distinctes dans le beau genre 
Spiræa. Ses divisions sont au nombre de cinq, savoir : 
10 Spiræa; > Ulmaria; 3° Physocarpos ; 4 Gillenia, 
5° et Keria. L'auteur décrit trente-cinq espèces, dans le 
nombre desquelles il comprend, ainsi que l’avait déjà fait 
M. Drsvaux, le Corchorus japonicus de notre illustre 
confrère M. TauwserG. Il y a du savoir et des vues nou- 
velles dans cette monographie, mais on doit regretter 
que M. Camsessepes n’ait point, à l'exemple du législateur 
de la botanique, déterminé par une phrase spécifique très- 
courte et latine, chaque coupe, chaque espèce, qu’il aurait 
dû faire suivre par une description française plus dé- 
taillée, comme en a agi M. DE Canpozre pour la Ælore 
Jrancaise. 

Les planches qui accompagnent cette monographie sont 
en partie lithographiées et en partie gravées; malheureu- 
sement l’auteur a choisi la lithographie pour tout ce qui 
a rapport à l'analyse des fruits, des ovaires et de la fleur, 
où le burin seul peut rendre d’une manière distincte, pré- 
cise, les caractères neufs , essentiels, sur lesquels reposent 
les savantes recherches de M. Camvessenes, tandis qu'il 
emploie la gravure pour nous donner le portrait de quatre 
espèces déjà gravées, le Spiræa lanceolata de Por, le 
Sp. Jlexuosa de Fisener, le Sp. betulifolia de PaLvas, et 
le Sp. stipulata de MUnLENBERG. 


A AT TT 


(31) 

Supplément à la monographie du genre Hirudo; par le 
professeur HyaciNTE CaRenA, correspondant de la 
Société Linnéenne, etc.; Turin, 1824, in-40. 

En 1820, M. Carewa publia dans le xxv. volume des 
mémoires de l’Académie des sciences de Turin, une mono- 
graphie des annélides hirudinées qui se trouvent ou sont 
en usage en Piémont. Il accompagna ce travail d’obser- 
vations sur la génération et sur d’autres points de l’his- 
toire naturelle de quelques-unes de ces espèces, avec deux 
planches gravées. L'auteur y décrivit l’Æirudo medicinalis, 
lH. sanguisuga et V'H. complanata de Lané, V7. vul- 
garis et l'A. bioculata de Murrer , et cinq espèces nou- 
velles, savoir : l’/7. provincialis, que le commerce ap- 
porte en très-grande quantité dans le Piémont des environs 
de Toulon et de Marseille ; V/Z. verbana, provenant du 
lac Majeur; l'A. atomaria, qui s'éloigne par plusieurs ca- 
ractères de la sangsue commune; lÆ. cephalota, jolie 
espèce, des plus remuantes, et vivipare ; et l’7Z. trioculata, 
espèce très-rare, découverte dans les lacs d’Avigliana. 

Aujourd’hui M. Carewa fait connaître une nouvelle 
espèce qu’il a trouvée dans les eaux stagnantes près de 
Carmagnola, et qu’il nomme en conséquence A. palu- 
dosa; elle est ovipare et ne sort jamais de l’eau; comme 
celle décrite par M. DE Sainr-Amans ( Annales Lin- 
néennes de 1824, p. 193), elle balance son corps par des 
mouvemens ondulatoires qui durent long-temps, mais 
elle en diffère en plusieurs points, surtout par l'habitude où 
elle est de se rouler en boule à la manière des onisques. 


152225221297 


Le dernier sacrifice humain, poème, par P. F. M. Unsir, 
correspondant de la Société Linnéenne, etc.; Paris, 1824; 
in-8o de 55 pages. 


Ainsi que le titre l'annonce , l’auteur célèbre en vers 


(32) 
la cessation de ces affreuses coutumes où la religion ‘gau- 
loise répandait le sang des hommes. Il y a de la verve 
dans la poésie, de l'intérêt dans l’exposé des diverses situa- 
tions, et un profond sentiment dans le choix des pensées. 
Heureux le naturaliste qui se délasse ainsi de travaux plus 
sérieux ! 
aannnnnaaues 

Manuel théorique et pratique du vigneron français, ou 

l'Art de cultiver la vigne, de faire Les vins, eaux-de- 

vie et vinaigres; par AÂRsENNE TaiéBAUT DE BErNEAuD. 

Amiens,1824 ; 1 vol. in-18 avec trois planches. Se trouve 


à Paris, chez Rorer, libraire, rue Haute - Feuille. — 
Prix 3 f. 


Instruction familière dans laquelle le propriétaire de 
vignobles puisera au besoin tout ce qui peut lui être né- 
céssaire pour cultiver avec profit l’arbuste vinifère, pour 
préparer convenablement ses vins, eaux-de-vie et vinaigres, 
pour tirer parti de toutes les productions de la vigne et 
même pour se préserver des maladies qui le menacent. Ce 
livre est le résumé de la pratique éclairée par la haute 
science, le résumé de tout ce qui a été écrit jusqu'ici de 
plus utile sur l’art de faire le vin et de soigner la vigne. 


RAA ARS A 


Annales agricoles de Roville, ou mélanges d’agricul- 
ture, d'économie rurale et de législation agricole ; par 
C. J. A. MarmEu pE Dompasie, correspondant, etc. 
Paris, 1824. Chez Madame Huzanp, imp.-lib. 1 vol. 
in-8, (Première livraison. ) 


Nous rendrons un compte détaillé de cet ouvrage dans 
notre quatrième cahier. 


AURA AVAL VA AMAUVAUMMVUAS VV UT VU VU VU VV UT VT/LR 


BULLETIN LINNÉEN. 


N° 4.— SEPTEMBRE 1824. 


PROCÈS-VER BAL 


DE LA SÉANCE DU 9 JUILLET 1824, TENUE DANS LES JARDINS 
DE FROMONT, 


POUR L'INAUGURATION DU BUSTE DE LINNÉ. 


Ensuite de la décision prise le 24 juin dernier, les 
membres de la Société Linnéenne se sont transportés le 
3 juillet à Fromont, où ils arrivèrent à neuf heures du 
matin,en compagnie de MM. Bazsis, directeur du jar- 
din botanique de Lyon; Bonarous, directeur de celui des 
cultures à Turin; et Scureiser, de Versailles, tous trois 
correspondans de la Société. 

M. Soucance-Bonin reçut ses confrères à la principale 
entrée de ses vastes jardins, et les conduisit dans son ha- 
bitation , où sa famille les accueillit avec plaisir et cor- 
dialité. 

Après le déjeuner, on visita successivement les diverses 
plantes de pleine-terre, le parc et la basse-cour; on exa- 
mina en détail les essais de culture si variés et parfaite- 
ment entendus auxquels se livre M. SouLaner-Bopin, 
pour arriver à la naturalisation et multiplication des 
plantes exotiques; on parcourut les serres, dont les ri- 
chesses ont offert d’amples sujets d'observations, et dont 

A 


(34) 
le gouvernement assure aux végélaux qui y sont admis 
une seconde patrie et tous les soins qui leur conviennent. 
La nouvelle serre destinée à recevoir le buste de LinNE 
fut visitée en dernier lieu. 

Cette serre a 32 mètres et demi de long sur 4 de large 
et 5 et demi de haut. Le long du mur du devant règne 
une forte caisse en bois de chène de toute la longueur de 
la serre , large et profonde de 54 centimètres ; elle est 
remplie des plus belles plantes destinées à fournir des 
marcottes. Le voisinage du verre, l’action plus rappro- 
chée de la lumière, la douce chaleur qui s’exhale du 
tuyau de fumée qui passe au-dessous, coutribuefñt à en- 
tretenir ces plantes dans un état de végétation rapide et 
vigoureuse, propre à remplir les vues de propagation dans 
lesquelles on les a ainsi disposées. 

La serre contient deux grandes bâches, faites en dalles 
de pierre de roche de 13 centimètres d'épaisseur, assem- 
blées entre elles par des tiges et des crampons de fer fixés 
et serrés au moyen de vis et d’écrous, ce qui permettrait, 
au besoin , de démonter ces bâches et de les établir aïl- 
leurs aussi facilement que le moindre coffre. Six mètres 
et demi de terrain sont occupés aux deux extrémités par 
les poëles , dont les tablettes supportent des gradins, et 
au centre, par un bassin revêtu de plomb, préparé pour 
l’arrosage. Ce bassin est construit au pied d’une niche 
pratiquée dans l’épaisseur du mur. L’eau y tombe inces- 
samment d’une vasque demi-circulaire, qui la reçoit de 
la bouche d’un mascaron. Des plantes grimpantes choisies 
avec goût , telles que les Combretum, aux fleurs disposées 
en épis terminaux ou axillaires , quelquefois même pani- 
culées ; les Quisqualis ; originaires des Grandes - Indes ; 
l'Echites nutans, qui se couvre de longs tubes pourprés; 
eu la Passiflora picturata; montent des deux côtés, entre- 


mélent leurs tiges, leurs feuilles, leurs fleurs si différentes; 


{ 391) 
se réunissent en larges guirlandes vers le ceintre, et y fot- 
ment une voûte où brillent toutes les couleurs de l'iris. 
La nappe d’eau du bassin est couverte de jolies naïades, 
au milieu desquelles s'élève majestueusement la coupe 
azurée du Nymphæa cœærulea, venu des bords du Nil, et 
qui répand une odeur suave. 

Parmi les végétaux qui ont particulièrement fixé l’at- 
tention, nous nommerons, dans les cultures de pleine- 
terre, la Linnœæa borealis, étonnée de se trouver ombra- 
gée par les rosages des rives orageuses de la mer Noire, 
par les tiges pyramidales du liquidambar du Levant, et 
par les buissons de la spirée du Japon, ainsi que le hêtre 
pourpre, qui se reproduit ici de graines, et dont le feuil- 
lage, tout de feu, contraste singulièrement avec le vert 
des arbres qui l'entourent. 

Dans les serres, nous citerons le T’heophrasta longifolia, 
le Dillenia speciosa,les Caladium digitatum et bicolor. les 
Z'amia spiralis et nitida, le Latania rubra, le Cecropia 
palmata, \e Camellia axillaris vera,le Cerbera fruticosa, 
les Carolinea  princeps, insignis et minor, V Hedychium 
gardinerium, la Spiræa bella, les Coccoloba pubescens et 
uvifera,V Eugenia macrophylla et malaccensis, la Primula 
sinensis,le Cocos nucifera,les Caryotaurens et mytis,V Ar 
disia paniculata, Ÿ Artocarpus incisa, le FVatsonia rosea, 
VEnkianthus quinqueflorus,\e J acaranda ovalifolia, le Ma: 
rica cœrulea, le Dracæna terminalis variegata, la Canna 
iridiflora, les Combretum comosum, purpureum et species 
nova, le Quercus nepaulensis, le Rhexia holosericea, le 
Sagus rumphii, Ÿ Astrapæa wallichit, six espèces de Stre- 
litzia, trente de Crinum, d’Amaryllis et de Pancratium, 
tous remarquables par leur nouveauté en France, leur 
maguifique végétation, leurs couleurs variées, leurs for- 
mes et leurs ports différens. 

À trois heures, on s’est rendu dans la serre destinée à 

4: 


( 36) 
l'inauguration du buste de Lanné. Les dames associées li- 
bres, unies aux dames de la maison, à plusieurs personnes 
invitées à cette fête, formaient un cercle aimable autour 
de l'autel dressé, et sur lequel était placé le buste du 
grand homme. Les jardiniers occupaient les deux extré- 
mités. 

M. DescourTiLz, premier vice-président, ouvrit la 
séance, et accorda la parole à M. Tuiésaur pe BenneauD, 
Secrétaire perpétuel, qui prononça le discours d’inaugu- 
ration. 

Le président reçut alors des mains des jardiniers une 
couronne de fleurs nouvellement écloses, et aidé par 
M. Bazas, au nom de tous les correspondans de Ja So- 
ciété dans l’un et l’autre hémisphère, il la plaça sur la tête 
du patron des vrais Linnéens. En ce moment, tous les assis- 
tans semblèrent se dire : « Ici, le buste de l’homme im- 
» mortel n’a point à redouter la main sacrilége qui ren- 
» versa celui que, lors de sa première fondation, la So- 
» ciété Linnéenne éleva sous les tiges séculaires du cèdre 
» du Liban, au Jardin des plantes, à Paris; placé par le 
» sentiment au milieu des plus belles plantes des deux 
» mondes, il y sera constamment soutenu par l’admira- 
» tion, la reconnaissance, l’amour bien entendu de la bo- 
» tanique, par le saint respect qu’inspirent le nom, les 
» vertus et les sages doctrines de Line. » 

Pour et au nom de M. Ursin, correspondant à Nantes, 
M. Dezavaux a récité des vers adressés aux Magnolia, 
dont les tiges nombreuses montrent, au milieu d’un feuil- 
lage superbe, de grandes fleurs d’un blanc pur, d’un pour- 
pre étincelant, d’un jaune pâle, d’un bleu verdâtre, 
très-odorantes, et des cônes purpurins ou d’un rouge 
cerise vif et transparent. Dans leur langage muet, ces 
beaux arbres parlent de la liberté qui fait le charme de 
leur première patrie, et redisent que, sous le ciel de la 


(37) 
Chine, ils sont l'emblème de la candeur, comme à Fro- 
mont ils sont celui de la douce hospitalité. 

M. Soucaner-Bonix lut ensuite une notice fort curieuse 
sur les serres et le gouvernement des plantes exotiques 
en Angleterre, sous le titre de Récit d'une excursion 
horticulturale faite à Londres dans le mois d'avril 1824. 

On éleva le buste de Linné sur une console placée au- 
dessus du bassin, et l’on décida que l’on inscrirait au- 
dessous les vers suivans, empruntés au chantre des jar- 
dins : 


Liné, réjouis-toi : le Nord vit ta naissance, 

Mais ton plus beau trophée enorgueillit la France. 
Elle ne choisit point, pour y placer tes traits, 

Ou l'ombre d’un lycée, ou les murs d’un palais ; 
Mais bien ce beau jardin, dont l'enceinte féconde 
Accorde une patrie à tous les plants du monde. 


(Deurre, Les trois Règnes, chant VI.) 


La séance levée, on se réunit en banquet, et à dix heures 
les membres de la Société Linnéenne reprirent la route 
de Paris, où ils arrivèrent à minuit et demi. 


AAA VV VV UV VUS VV AVAL UV MY UV UV LA VU 0/0 0/0 L//0/ 


DISCOURS D'INAUGURATION, 


Par M. THIÉBAUT DE BERNEAUD. 


Quaxn Praron ouvrit à la philosophie les vastes jar- 
dins que possédait Acanémus au-delà des Céramiques, 
près d'Athènes, il voulut que l’image de Socrare, son 
maître, de Socrare, que la plus infâme des cabales venait 


(36 ) 
de condamner à boire la ciguë, en füt le principal orne- 
ment. De cette tête sublime semblaient jaillir les rayons 
lumineux qui devaient éclairer les routes nouvelles de la 
morale publique, de la morale particulière, et porter aux 
âges présens comme aux âges futurs la gloire du maître 
et celle de ses illustres disciples. 

Vous êtes aujourd’hui, Messieurs, appelés à rendre le 
même hommage au législateur des sciences naturelles 
dont vous suivez de bonne foi les solides doctrines, tout 
en marchant vers la perfection à laquelle tendirent sans 
cesse ses constans efforts, ses utiles leçons, Rendons grâces 
au confrère ami , au savant cultivateur-botaniste qui nous 
fournit l’heureuse circonstance de faire une nouvelle 
apothéose à Lin : rien de plus propre à exciter, à main- 
tenir l’émulation parmi nous. Félicitons-nous de la noble 
pensée qui nous rassemble dans ces lieux de délices, et, 
par plaisir autant que par reconnaissance, consacrons dans 
nos fastes cette journée mémorable; qu’elle soit paur tout 
bon Linnéen un véritable jour de triomphe, et que chaque 
année elle soit pour nous un nouveau motif de réunion, 
où l’étude et l'amitié viendront ici puiser de nouvelles 
connaissances, en même temps qu’elles y constateront les 
conquêtes de l’industrie sur les diverses Flores du monde 
entier. 

En plaçant sous l’égide tutélaire de l’immortel Link 
le temple que M. Souraner-Bonix élève à la déesse des 
fleurs exotiques, c’est en assurer la longue prospérité, 
c'est en faire un monument auguste que les disciples du 
grand homme visiteront avec respect, où ils interroge- 
ront la nature avec une curiosité toujours croissante et 
toujours amplement satisfaite, où ils trouveront un 
échange aimable, une communication féconde d’observa- 
tions et de lumières. La patrie en sera fière, puisqu'elle 
verra enfin se réaliser aux portes de la capitale le vœu 


(39 ) 
formé, il y a deux siècles et demi, par BéLox (1), et depuis 
par tous les amis de l’agriculture et de la botanique, ce- 
lui de réunir sur le sol de la France toutes les plantes 
étrangères qui peuvent s’acclimater parmi nous, et sup- 
porter l’hiver de nos climats. 

Les anciens, qui ont tant fait, tant écrit sur toutes les 
branches de l'arbre des connaissances humaines, les an- 
ciens ne nous ont point laissé de modèles dans le genre 
de culture auquel se livre notre confrère M. SouLance- 
Bonin. L’un des plus savans médecins grecs qui vécût à 
Rome au commencement de l’ère vulgaire, Anronrus 
Casror, eut, d’après l'autorité de Puiwe le naturaliste (2), 
le premier l'idée de rassembler dans ses propriétés toutes 
les plantes alors connues, dont on pouvait tirer profit 
dans l’art de guérir; mais l’exemple de cet illustre vieil- 
lard fut perdu pour le peuple romain, qui ne connut 
point de terme moyen entre la manie des conquêtes et 
l'esclavage le plus abject, entre l’infâme honneur de 
commander aux hommes par le fer, par le sang, et l’adu- 
lation, plus infâme encore, qui légitima tous les crimes 
d’une épouvantable suite d’empereurs. IL faut arriver 
jusqu'aux premières années du xvi° siècle, si l’on veut 
voir l’amour de la botanique former des collections vi- 
vantes de végétaux , pour en étudier les caractères, pour 
en suivre le développement, pour les comparer entre 
eux. Eric Corpus, à Erfurth; Norpecus, à Cassel; et Gas- 
PARD DE GABRIEL, à Padoue, paraissent à la tête de cette 
véritable révolution scientifique, qui date de l’an 1595. 
Le célèbre Coran Gesner, l’un des restaurateurs de 


« 


(1) Dans ses Remontrances sur le défaut du labour et culture des 
plantes, et de la connaissance d’icelles, contenant la manière d’af- 
franchir les arbres sauvages. Paris, 1558, in-80. 


(2) ist. nat., Liv. xxv, cap: 2. 


(40) 
l'histoire naturelle, nous a conservé le nom de ces trois 
amis de la botanique, et il nous apprend , dans son livre 
de hortorum Germaniæ Historia, comment le goût des 
jardins utiles se répandit en Allemagne, en Italie, en 
Suisse, en France, et surtout dans les Pays-Bas, où les 
plantes étrangères étaient plus recherchées que partout 
ailleurs. Quelques états imitèrent l'exemple donné par 
les savans, et le premier jardin public consacré à l’étude 
de la botanique fut établi à Pise, sous la direction de 
Luca Guminr, professeur d’histoire naturelle, qui sacrifia 
sa propre gloire au bonheur de former d’excellens élèves, 
de réunir la collection la plus complète de plantes rares. 


Parmi les établissemens particuliers uniquement desti- 
nés, à cette époque, à introduire, à naturaliser et à ré— 
pandre les végétaux exotiques, celui que Bernarpino 
Rora fonda à Naples, en 1555, celui que BéLow soignait 
au Mans, et qu’il sut enrichir du fruit de ses voyages en 
Allemagne, en Italie et dans le Levant, et celui que pu 
Becray possédait à Saint-Maur, près Paris, méritent 
une mention toute particulière, ainsi que ceux dont 
L'Ecruse jeta les fondemens à Vienne en Autriche, à 
Francfort et à Leyde. 


La France marchait alors à l’égal de ses voisins, mais 
bientôt les dissensions orageuses, les guerres de religion 
qui désolèrent si long-temps notre patrie, les horribles 
massacres qui forcèrent l’agriculture à fuir épouvantée, le 
sceptre de fer du régime féodal qui pesait sur toutes les 
institutions, tout, en un mot, vint détourner les esprits 
de goûts aussi simples, de fondations aussi utiles. Nous 
demeurions encore dans une pénible stagnation, quand 
l'Angleterre montrait déjà dans les superbes jardins de 
Kew un pays de féerie, où l'œil pouvait à peine embras- 
ser l'immense variété de plantes des deux mondes qu’on 


(41) 
y rassemblait, et dont la vigueur et l’éclat écrasaient l’i- 
magination la plus impétueuse. 

Un magistrat illustre, qui fit ses délices de l’histoire na- 
turelle, dont le nom, cher aux amis des sciences et dela 
philosophie, brille à la tête des promoteurs de la Société 
Linnéenne de Paris à l’époque première de sa fondation, 
pe Marrsuenses essaya de replacer la France sur le trône 
de la botanique. Tandis qu’il naturalisait dans ses pro- 
priétés un grand nombre d’arbres et d’arbustes étrangers, 
pour les répandre ensuite dans nos jardins, dans nos 
bois, sur nos routes, LEmonnier, à Versailles, s’occupait 
des espèces nouvelles qu'il croyait utiles à l’économie 
rurale, à la médecine, à l’industrie manufacturière ; les 
deux frères DunamEL soumettaient à des essais en grand, 
dans leurs terres de Denainvilliers, du Monceau et de 
Vigny, les graines que leur ami, l’amiral La Grazisso- 
NIÈRE , faisait recueillir au hasard sur le sol de l’'Améri- 
que septentrionale; Cezs, à Mont-Rouge, qui entendit 
si bien l’art d'élever les végétaux exotiques, occupait ses 
loisirs et sa fortune à les mettre dans toutes les mains, à 
en populariser la jouissance. 

Ce mouvement imprimé à l’horticulture ramena toutes 
les classes de propriétaires vers les pacifiques travaux de 
la terre. Tous les genres de frivolité semblérent vouloir 
s'étendre et se changer en une industrie innocente, en 
un amour coustant du travail, source pure des vrais biens 
et du bonheur. Comme aux jours de la brillante antiquité, 
où les grands homimnes déposaient les trophées de la vic- 
toire pour diriger la charrue, et s’énorgueillir des fruits 
qu’ils obtenaient d’une patiente énergie, on vit l’agricul- 
ture , naguère avilie, s’ennoblir par les soins que les gens 
instruits lui consacraient , par l’habileté de ceux qui diri- 
geaient ses importantes opérations. Les progrès du pre- 
mier des’aris furent très-rapides, ses ressources ne furent 


(4) 

jamais si étendues, jamais l’émulation ne fut ni plus ac- 
tive ni plus éclairée, et nos fastes agricoles n’offrent pas 
d'époque plus brillante. Long-temps agités par les secous- 
ses politiques, les esprits retrouvent enfin le calme dans 
les douces occupations de la culture. Au sein de paisibles 
et agréables demeures, où tout séduit l’imagination, où 
s’est réfugiée la liberté, cette noble indépendance qui 
convient aux âmes élevées, une graine, une fleur étran- 
gère donnant les signes d’une végétation robuste, un ar- 
bre arraché à l'atmosphère factice des serres pour vivre 
désormais en pleiue-terre sous notre ciel, au milieu de 
nos plantes indigènes, procurent à l'esprit et au cœur des 
jouissances que ne connaîtra jamais le citadin , esclave de 
la contrainte et de l’étiquette. Le héros inscrit ses ex- 
ploits sur le marbre et sur le bronze, le botaniste-culti- 
vateur inscrit les siens sur des monumens plus fragiles, et 
cependant plus durables. Les services qu’il a rendus sont 
attachés à une plante, ils sont portés au loin par les zé- 
phyrs, et chaque printemps nous les redit, en nous enve- 
loppant des parfums qu’exhalent les fleurs. 

Dans un rapport que vous avez rendu public, je vous ai 
dit, Messieurs, tout ce que notre confrère M. SouLANGE 
Bonin a fait pour créer les beaux jardins où vous tenez 
aujourd’hui séance, tout ce qu’il se propose de faire pour 
les placer au-dessus de tous ceux que la France possède, 
et en faire un monument digne de lui, digne de la science 
qu’il cultive avec tant de zèle, de goût et de succès. Por- 
tez les yeux autour de vous, examinez tout dans le plus 
grand détail, et vous verrez que je n’ai rien avancé de 
trop; comme moi, vous acquerrez la certitude que 
bientôt nous n’aurons plus rien à envier aux pays étran 
gers. Les principes solides sur lesquels s'appuie M. Sou- 
LANGE-Bonin, les méthodes sagement combinées qu’il 
adopte pour ses différentes cultures, l'attention vraiment 


(43), 
paternelle qu’il donne à chaque plante, tout autorise 
votre confiance, tout fortifie mes pressentimens, tout 
présage ici le plus brillant avenir à la botanique et à 
l’horticulture. 

En élevant donc au milieu de ces nombreux végétaux, 
enfans de cent climats divers, un autel à l’homme illustre 
qui leur dut les plus beaux instans de sa vie, vous cimen- 
tez le pacte d’union entre le maître et les disciples, vous 
rendez un père à sa famille attendrie, vous attachez au 
char du génie la grande pensée du créateur de ces vastes 
enceintes, de ce superbe jardin. Vous ne pouviez, Mes- 
sieurs , lui donner an plus noble témoignage d’estime, un 
encouragement plus flatteur : et quel jour avez-vous 
choisi pour lui exprimer ainsi Votre admiration et votre 
recounaissance? le jour où, à un siècle et demi de distance, 
le patriarche de l’agriculture française et l’auteur d’Ærnile, 
descendus la veille dans la nuit du tombeau, recurent 
dans lempyrée cette vie perpétuelle qui doit porter à 
tous les âges le souvenir du bienfait et celui de la plus 
juste , de la plus profonde gratitude. 

Ce n’est point ici le lieu ni le moment de vous redire 
les utiles travaux d'Orivier DE SERRES, ni la magique in- 
fluence qu’exercça sur l’étude de la botanique, et par con- 
séquent sur ses progrès, la plume éloquente de J.-J. Rous- 
SEAU; Vous savez tous d’ailleurs mieux que moi, Messieurs, 
ce que le premier, entouré de l’expérience des âges anté- 
rieurs, ét eu ÿ ajoutant son expérience propre, a fait 
pour le sol sacré de notre patrie, pour la classe si hono- 
rable des cultivateurs, et les droits imprescriptibles qu’il 
s’est acquis pour siéger à la tête des géopones français; 
vous savez Lous qu’en rendant à nos mères, à nos épouses, 
à nos filles, les devoirs et les sentimens qui doublent le 
prix de l'existence, le second leur a fait naître le besoin 
d'étudier les plus aimables productions de la nature, et 


L (44) 

vous a, Messieurs, inspiré l’heureuse idée d’associer la 
plus belle moitié du genre humain à vos savantes investi- 
gations, afin de les embellir de leurs charmes séducteurs, 
afin de vous rendre plus chères les heures que vous y 
consacrez. Mais je bénirai la grande pensée, la pensée 
sublime qui réunit en ce jour, en un seul faisceau, les 
trois genres d’immortalité qui font le pius de bien aux 
hommes. 

Placez donc ,ô mes chers Confrères , placez des couron- 
nes de fleurs sur ce buste déjà ombragé de lauriers impé- 
rissables ; que son nom serve de ralliement à tous les gen- 
res de talent , d'appel à la régénération de nos doctrines, 
d'appui à toutes les tentatives utiles pour l’avancement 
des sciences ! Qu’à sa vue les âmes se retrempent au feu 
sacré de l’amitié ; qu’a son aspect les brandons de la dis- 
corde s’éteignent pour jamais, et que tous les naturalistes 
de l’un et de l’autre hémisphère ne forment qu’un seul 
groupe de frères, qu’une seule famille étroitement unie 
de cœur et d’esprit! 


AA0AVGUYUVAN VA VV AAA AA VU LOL AAA VV VOA VAV0/0/ VA AA 


LE MAGNOLITA, 


Par M. URSIN, correspondant à Nantes. 


Pompeux Magnolia, dont la cime fleurie 
S’élance avec orgueil vers la voûte des cieux, 

Qui sembles garder pour les Dieux 
Un tribut de parfums plus purs que l’ambroisie, 
Pour te chanter puissé-je ennoblir mes accens! 
Quand, long-temps balloué par les flots mugissans, 


 — 


nn. 


(45) 
Le nautonier s’attriste au spectacle de l’onde, 
Le souflle du zéphyr qu'ont parfumé tes fleurs 
A ses sens fatigués révéle un nouveau monde, 
Leur promet l'Elysée après de longs malheurs. 
Ah! dans cet asile des sages, 
Célébré par l'antiquité, 
Que sous tes immortels ombrages 
Une immortelle volupté 
Soit le prix du Typhis qui conquit pour nos plages 
De tes rameaux l’imposante fierté. 
Houneur à ces nefs triomphantes 
Qui, dédaignant un or à Plutus dérobé, 
Ravirent au Meschacebé 
Un trésor non moins cher, ses forêts odorantes. 
Fière de réfléchir ce spectacle enchanteur, 
Thétis de la tempête enchaïna la fureur; 
Pour respirer leur suaye atmosphère, 
Plus d’un Triton sortit de son antre marin, 
Et, suivant les vaisseaux dans leur course légère, 
Sembla porter envie au bonheur de Sylvain. 
Déjà, pour égaler le favori de Flore, 
Le lis d’un nouveau charme embellit nos vallons; 
D'un incarnat plus vif la rose se colore, 
Les lauriers toujours verts ont élevé leurs fronts. 
Vains efforts! Lis pompeux que l’églantier ombrage, 
Roses que du midi dévorent les ardeurs, 
Vous voit-on jusqu'aux cieux lui ravir ses vapeurs? 
Et toi, laurier, si fier de dispenser la gloire, 
Qui t'a valu cet emploi révéré ? 
Prix sanglant des exploits dont s’afllige l’histoire, 
Trop souvent on La vu sur un front abhorré. 
Arbre des conquérans, crois loin de nos rivages! 
Tls auront de plus doux hommages 
Ces brillans végétaux dont les rameaux épais 
Dérobaient l’Indien au glaive de Cortez; 
Qui, pour servir d’asile à la faible innocence, 
Redoublaient des forêts l’horreur et le silence. 
Le sauvage en reçoit encor d’autres bienfaits : 
D'une mère par eux s’apaisent les regrets, 


(46) 

Quand le ciel lui ravit un enfant qu’elle adore. 
En vain en lui la mort éteint le sentiment; 
Si d’un Magnolia le bouton vient d’éclore, 
L'âme pure y descend dans les pleurs de l’Aurore. 
L’époux cueille la fleur avec empressement, 
Puis sur sa jeune épouse, alors qu’elle repose, 
Plein d’un espoir flatteur, son amour la dépose. 
Bientôt l'illusion de quelque songe heureux 
Rend au sein maternel un gage précieux. 
Délicieuse erreur, tu vaux bien nos lumières! 
Mais en venant braver notre ciel rigoureux, 

Loin des rives hospitalières 
Qui préservaient leurs plants des rigueurs des hivers, 
Je le sais trop, hélas! ces tribus végétales 

Des habitans de leurs déserts 
Ne nous donneront point les vertus virginales 

Ni la primitive candeur. 

Du paisible cultivateur 

Puisse du moins leur ombre tutélaire, 

Plus sûrement que le laurier 

N’écarte les traits du tonnerre, 
Eloigner des combats l'orage meurtrier! 

Détrompés de conquêtes vaines, 
Au sein de la nature oublions nos revers; 
Moins jaloux d'agrandir que d’orner nos domaines, 

Nous verrons leurs sites divers 
Retracer l’abrégé de ce vaste univers; 
Nous verrons de nos bois les citoyens antiques, 
Au lieu d’être jaloux de leurs voisins nouveaux, 
Contre les vents glacés leur offrir des portiques, 
Et contre la tempête un rempart de rameaux. 
L'oiseau que de nos bords bannissait la froidure, 
N'ira plus loin de nous chercher de plus beaux jours; 
Des bosquets, dont l'hiver respecte la parure, 
Avanceront pour lui la saison des amours, 
Et, du ciel admirant la sagesse immortelle, 
L'homme aura travaillé de concert avec elle 


RE 


(47) 


VA LAS AAA UV AAA ÉAAVVAAAA VULA VV AVAL MVL AMV AAA VIE 


SÉANCES ORDINAIRES 


DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS. 


S£ANCE du 22 juillet. — On annonce la mort de 
MM. Dumonr pe Courser et TaunreuG, l’un et l’autre 
membres honoraires. 

Les Colonies Linnéennes de New-Yorck et de Bruxelles 
envoient le procès-verbal de la fête qu’elles ont célébrée 
* le 24 mai dernier, la première à Flushing Long-Island, 
l’autre dans les bois de Soignes, commune de Boitsfort. 

Plusieurs correspondans, entre autres M. Bonnarne- 
Mawsuy, de Saint-Mihiel, écrivent relativement au fos- 
sile trouvé en septembre 1823 dans la forêt de Fontaine- 

bleau, au Long-Rocher, près de Moret, et invitent la 
Société Linnéenne à faire l’examen de cette pierre et 
de publier une notice sur son état naturel ou artificiel. 

On lit à ce sujet un mémoire de M. le professeur Bar- 
RUEL , dans lequel il rend compte de l’analyse chimique 
qu’il a faite du fossile, qu’il estime être réellement un fos- 
sile humain, et conséquemment une pétrification des 
plus rares et des plus étonnantes. 

La commission spéciale nommée pour répondre aux 
vœux des correspondans linnéens annonce qu’elle est allée 
voir cette curiosité le 20 de ce mois; que l’un de ses 
membres s’occupe à répéter l'analyse chimique de M. Bar- 
RuEL sur les fragmens remis par les propriétaires; que le 
rapport qu’elle prépare ne pourra être lu que lorsqu’elle 
aura terminé ses recherches et fait un voyage sur les lieux 
mêmes où la découverte a eu lieu. 


(48) 

M. Gizcer pe Laumonr rend compte de l'examen qu’il 
a fait de divers minéraux envoyés par M. DE Tiens, cor- 
respondant à Theux, en Belgique. 

M. Devëze fail conraître la situation de la caisse de 
la Société au 1°" juillet courant. 

M.'Turon. Descourrizz lit un mémoire sur le nouveau 
seure d’insecte de l’ordre des hémiptères qu’il nomme 
Agénie. Ce mémoire et le dessin qui l'accompagne sont 
imprimés (pag. 293 des Annales). 


Séance du 5 août. — M. pe Rivière communique de 
nouvelles idées sur son projet d’une langue botanique. — 
Elles sont remises à la section de botanique. 

On lit pour M. Cu. Boucuorte, de Metz, un mémoire 
intitulé : Essai sur la culture du chätaignier, et sa réin- 
troduction dans le département de la Moselle. 

Un correspondant de la Société dans le département 
de la Haute-Garonne envoie les Recherches faites par 
M. Cn. CarrarELLy, sur la quantité de semence employée 
par les anciens. On en donne lecture. 


Séance du 19 août. — La Société reçoit des collec- 
tions de plantes et de graines qui lui sont adressées par 
MM. Akerzy, Map et Rorerr Prince, de New-Yorck, 
et par M. Louis ne BronpEAU, d'Agen. 

M. Decavaux lit un rapport sur un phénomène pré- 
senté par un grand cierge du Pérou que les fortes gelées 
de 1822 ont fait périr dans les serres de M. PozLanT DE 
Canmivais, correspondant à Bruxelles. 

La commission chargée de l’examen du fossile du Long- 
Rocher est entendue. — La Société ordonne que son rap- 
port sera imprimé non-seulement dans les Annales, mais 
encore séparément. 

On s'occupe de différens travaux intérieurs, et la So- 
ciété s’ajournte au 14 octobre prochain. 


a — 


LUVAAVUY VV VV VVMVAUVUVV AMV VAL ALU 0/0 0/0 L0/L 0A/VUVLALUULUVAY VU VUURY 


BULLETIN LINNÉEN. 


N° 5. NOVEMBRE 1824. 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS. 


SÉANCE du 14 octobre 1824. — On lit les lettres du Mi- 
nistre de l’intérieur, de l’Académie des sciences de l’Insti- 
tut et du Préfet de la Seine, relativement au rapport fait 
à la Société sur le fossile du Long-Rocher.— Le rapport 
la à l'Iustitut le 6 septembre par MM. VauquELIN et 
Tuévarp confirme les résultats obtenus par les commis- 
saires de la Société Linnéenne. 

M. Lapierre envoie un échantillon d’une valériane 
commune qui se trouve monstrueuse dans la forêt de 
Bessay, département de l'Allier, et dans les bois du dé- 
partement de la Loire. 

Parmi les articles offerts, on a remarqué plusieurs mé- 
moires inédits fort curieux, de nombreux ouvrages im- 
primés, diverses espèces de graines exotiques, et les que- 
lette d’une scolopendre disséquée par des fourmis. 

M. Persoon lit un rapport sur le Comoplea comosa et 
l’'Agaricus edulis zonarius, envoyés par M. L. pe Bron 
DEAU, avec une description et des dessins faits avec beau- 
coup de som. 

M. Bourper (de la Nièvre) fait connaitre, dans un fort bon 
mémoire el par des dessins exacts, le gisement des osse- 
mens fossiles du mont de la Molière en Suisse, Cette mon_ 
tagne présente des débris d’éléphans d’âges différens, de 


) 


( 5o ) 
rhinocéios, de hyènes, de poissons, de tortues, de mollus- 
ques, dont les analogues vivent sous nos yeux, et de races 
qui ne se découvrent plus nulle part; mais les plus re- 
marquables de ces ossemens sont ceux du cochon qu'on 
n'avait vu jusqu'ici que dans les tourbières. 

M. le docteur Pasrré Ht un mémoire sur la sensibilité 
des végétaux. 

La commission spéciale chargée de rassembler tous les 
faits relatifs aux propriétés des paragréles en paille, fait 
connaître le résultat de ses recherches. La Société en or: 
donne l’impression. 


Séance du 28. — La Société Linnéenne ayant perdu 
hier 27 octobre, à une heure après midi, son président le 
vénérable Anpré Taouin, déclare que, en signe de deuil, 
elle ne tiendra pas séance aujourd’hui ; elle nomme une 
grande députation pour assister à ses funérailles, et charge 
M. Trigeaur DE BERNEAUD, qui s’honore d’avoir été l’é- 
lève et Pami de ce savant modeste, que tous les vrais Lin- 
néens pleureront, de prononcer son éloge funèbre à la 
séance publique du 55 décembre prochain. 

La Société a reçu de M. PErsoon, le 21 octobre 1894, 
un mémoire qui devait être lu à la séance du 28, conte- 
nant la description d’une nouvelle espèce de Cerastium 
præcox qu'il a trouvée aux environs de Paris, et qu'il ne 
faut pas confondre avec le Cerastium præcox de Tenore, 
qui est le Cerastium campanulatum de Vivranr. 

Elle a également reçu de M. Coca, de Turin , un mé- 
moire sur un nouveau genre de la famulle des rubiacées 
qu’il a dédié au professeur Vivranr. Ce mémoire est ac- 
compagné d’un dessin exécuté par madame Bizrorrr, 
dont le beau talent est connu de tous les Linnéens. 

Ces deux mémoires paraïîtront dans les Æanales de la 


Société. 


G5T ) 


SAV VA VA VV VV VU L/0/0/V LV VU A0 TA LOL V0 VU j/W/0/U/ 1/0/0/Y AVR. 


PROSPECTUS. 


fisroire naturelle des Ichthyodontes, ou dents fossiles 
qui ont appartenu à la famille des poissons, conside- 
rées sous les rapports zoologiques et géologiques; par 
M. Bourper, de la Nièvre, voyageur géologue, corres- 
pondant de la Société Linnéenne de Paris, etc. 


Peu d’années se sont écoulées depuis que l'application 
de la zoologie à la géologie a donné plus de force aux ob- 
servations de cette science et permis l’étude des corps 
organisés fossiles. Chacun sait que ces précieux débris fu- 
rent observés, classés et nommés par M. Cuvier, qui sut 
perfectionner les études anatomiques, et lui permirent 
de recomposer les squelettes d'animaux, qui nous ont 
mis à même de connaître ceux du présent et ceux des 
temps passés. 

Aussi dès que cette impulsion fut donnée à la science, 
on vit des hommes de tout âge et de tous les pays, par— 
courir avec enthousiasme la nouvelle carrière qui s'était 
ouverte devant eux. 

Une foule d'ouvrages sortirent, pour ainsi dire, comme 
par enchantement de la plame de nombre de savans, et 
nous firent connaître une partie des révolutions de notre 
globe, et les fossiles que recèlent ses couches. 

Cherchant à marcher sur leurs traces, le savant géolo- 
gue M. Bourper, de la Nièvre, s’est occupé de recherches 
sur les ichthyodontes. Il les a décrites avec le plus grand 


soin; les dessins et les planches qui accompagneront ce 


(52) 
volume ont été exécutés, sous ses yeux, par les meilleurs 
lithographes avec une exactitude minutieuse. 

Cet ouvrage, dédié au prince Cnrisrian-Frévéric de 
Danemarck, membre honoraire de la Société Linnéenne 
de Paris, formera un volume grand in-40, de 72 pages 
d'impression environ, et sera orné de onze planches, don- 
nant quarante-deux espèces. 

Le prix sera de 9 fr. sur papier ordinaire; il n’en sera 
tiré que 5o exemplaires sur papier vélin satiné dont le 
prix sera de 18 fr. 

La liste des souscripteurs sera imprimée en tête du 
volume. 

Où souscrit, à Paris, au Secrétariat de la Société Lin- 
néenne, et chez J.-J. Pascuoup, imprimeur-libraire, rue 
de Seine, n° 48. 


RAR SAS RER 


De leur côté, MM. Drscourrizz père et fils annoncent 
deux ouvrages nouveaux qui se recommandent d’eux- 
mêmes aux amateurs éclairés des sciences naturelles ; ces 
ouvrages sont : 

10 Histoire naturelle et chasses au crocodile, grand in- 
folio, avec planches d'anatomie et des chasses, coloriées 
avec soin : quatre livraisons de cinq planches chacune. 
Prix : 25 fr. la livraison. 

20 Histoire des fruits des Tropiques, divisés en onze or - 
dres, d’après leur saveur et leur influence sur l’économie; 
gros in-folio avec planches parfaitement soignées et co- 
loriées, de grandeur naturelle, 3 vol. composés chacun 
de sept livraisons, renfermant huit planches. Prix de la 
livraison : 40 fr. 

On souscrit chez les auteurs, rue Cassini, n° x, et au Se- 


crétariat de la Société Linnéenne. 


malin "2. 


PRE 


(55) 


VA AV VV VW VS VV V0 V0) VV VAN VV VV V0 VUS VU VAUT 


BIBLIOGRAPHIE. 


Torrus ripulensis, seu Enumeratio plantarum queæ Ri- 
pulis coluntur ab Avoysio Cora, Socictatis Linneanæ 
Par. socio. Additis stirpium rariorum, vel nondum satis 
cognitarum, aut forte novarum notis, descriptionibus, 
et iconibus. Augustæ Taurinorum. 1524. in-40. 


Ce catalogue ne ressemble nullement à ceux si peu 
utiles qui ont paru jusqu'ici. M. CozLa est sorti de la voie 
commune; et le tableau des plantes qu’il cultive s’est ac- 
quis le droit de prendre place dans la bibliothèque du bo- 
taniste instruit, et de l’amateur. Il contient 768 genres 
nommés d’après la nomenclature de Wirpenow et lei$yn0o- 
psis de M. Persoow. Les genres nouveaux', presque tous 
rapportés des Antilles, par M. le docteur BerrTero, corres- 
pondant de ja Société Linnéeune, sont décrits avec le soin 
particulier que M. CozLa met à ses utiles écrits, et avec 
la précision que Linné recommande au véritable botaniste. 

La culture et l'habitude de voir, de décrire sur le vi- 
vant , ont mis M. Cora en mesure de rectifier des erreurs 
graves, échappées à plusieurs botanistes estimables, et de 
s'assurer de Ja réalité des espèces que l’on annonce dans 
le commerce sous des noms nouveaux, et avec des carac- 
tères trop souvent fugaces, qui ont décidé les faiseurs de 
l’école moderne, à les enlever à leur place naturelle pour 
en constituer des genres. 

* M. Corra, en citant une plante, ne manque jamais 
d'indiquer les auteurs qui l'ont fait connaître avant lui, la 
meilleure figure publiée, le lieu d’où elle provient, sa 


(54) 
durée et l’époque de sa fructification dans les serres de 
son beau jardin. 

Les genres cités par ce savant, et dont les motifs sont 
tous puisés dans une étude approfondie, et un examen sa- 
gement comparé des diverses parties de la plante, sont 
les suivans : le Billottia, consacré à madame TEcorirA Bir.- 
LorrTi, née CoLLA, associée libre de la Société Linnéenne ; 
le Bonellia , le Mascagnia, le Tenorea et le Thicbautia 
décrit -dans la 2° livraison des Annales Linnéennes pour 
1924. 

Quarante planches accompagnent le catalogue de 
M. Cora; 20 sont exécutées d’après les dessins de ma- 
dame Birrorr:, et 8 d’après ceux de madame ANGELICA 
kossi-Borrione, l’une et l’autre célèbres par leurs talens 
en ce genre. Les plantes figurées sont : l'Oxalis piottæ, la 
Monsontia pilosa, var. V Amaryllis Uineata; le Magnolia 
Juscata, variété de celui à feuilles d’Anones; les Pelargo- 
nium elatum, Spinii, ardens et quinquelobum; le Baeckca 
virgata, le Ficus coronata, les Acacia grandiflora, alata, 
et dodonæifolia ; les Cactus alatus et speciosus déjà figuré 
sous le nom de speciosissimus dans les mémoires du Mu- 
séum d'histoire naturelle de Paris, tom. IT, pl. IX , mais 
représenté dans ses parties fructifères par M.Corra, ce 
qui satisfait mieux les botanistes; le Aaipighia macro- 
phylla,  Harachia speciosa, V Aloë trichotoma, les Mela- 
leuca decussata et tomentosa , \a Salvia pulchella, Y 4- 
chyranthes capituliflora, Y Æsculus macrostachia, le 
Thunbergia cordata, le Beaufortia decussata, Ve Billot- 
tia acerosa, la Cassia Berteri, le X'enopoma obovatum, 
le Cussonia triptera, Y Elæagnus argentea, Y Eranthemum 
flavum , Y Eriostemum dentatum, la V'erbesina atriplici- 
Jolia, la Visnea mocanera, le Sida pulchra, le Acla- 
nopsidium nigrum, \e Mespilus glabra, le Ternstrocmia 


brevipes, V Urena Sicberi er le Poterium caudaturn. 


(2551) 

Ï est fâcheux que M. Cora se soit servi de la litho- 
graphie pour ses planches, la gravure eût été préférable, 
surtout pour tout ce qui a rapport à l’analyse des fleurs 
et des fruits. Jamais la lithographie n’atteindra le degré 
de perfection que l’on obtient avec le burin, et celle de 
Turin, jouissant d’un privilége exclusif, ne permet pas 
l'espoir d’y voir s'améliorer, du moins de long-temps, ce 
nouveau genre de dessins imprimés. 


1221, 


Annales agricoles de Roville, ou Mélanges d'agriculture, 
d'économie rurate et de législation agricole, par C.J. A. 
Marmieu DE Dompasce, correspondant de la Société 
Linnéenne de Paris, etc. — Première livraison, 1 vol. 
in-5°. 


La ferme exemplaire de Roville est le premier établis- 
sement de ce genre existant en France; il a été fondé par 
M. Marnmieu De Domsasce en septembre 1822; c’est lui 
qui le dirige et tout aunonce qu’il doit prospérer. Comme 
son titre l'indique, la ferme exemplaire de Roville est 
destinée à présenter aux propriétaires et aux cultivateurs 
le modèle d’une exploitation administrée avec soin, sans 
ostentation, et d’après les méthodes avouées par l’expé- 
rience des hommes instruits. Tout en y améliorant l’a- 
griculture par une marche simple et sagement combinée, 
on y perfectioune les instrumens qui servent à l’économie 
rurale, on y forme d’excellens sujets et on y développe 
toutes les ressources que présentent la terre et les ani- 
maux domestiques. 

M. Marmieu pe Domsasce procède dans tout ce qu'il 
fait comme un bon père, et ses Ænnales sont le compte 
qu’il aime rendre à sa famille; elles sont le dépôt de ses 
pensées, et celui des conseils qu’il demande. Heureuse la 


(56) 

France si, dans toutes les branches de l'administration, 
elle comptait beaucoup de citoyens de cette trempe! Elle 
pourrait s’en énorgueillir, elle verrait tomber cet écha- 
faudage d’intrigues, de mensonges et de charlatanisme, 
qui encombre toutes les voies du bien, et sa prospérité 
serait assurée pour jamais. 

La première livraison des Annales agricoles de Rovilie 
présente, dans un coup d’œil rapide, l’état actuel de l’a- 
griculture chez les nations de la vieille Europe; des détails 
fort curieux sur les opérations de la ferme de Roville; un 
mémoire sur la nécessité de réunir les propriétés terri- 
toriales morcelées, et des vues très-sensées relativement 
aux impôts sur les eaux-de-vie et au mode de leur per: 
ception. Quatre planches, représentant des charrues et 
autres instrumens, ornent ce volume. 


A ee 


Traité du hôtre et de son aménagement compare à celui du 
chéne et des arbres résineux, par M. Drazer, corres-— 
pondant de la Société Linnéenne, etc. Toulouse, 1824; 
in-12. Prix : 2 f. et 2 f. 5o c. par la poste. 


Excellente monographie qui convient à tous les pro- 
priétaires de bois. L'auteur, riche d’une longue expérience, 
montre sans cesse l'exemple à côté du précepte. 


Te 


Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des Pyrénées 
et des pays adjacens, par M. Parassou, membre hono- 
raire de la Société Linnéenne, etc. Pau, 1915 à 18923. 
La collection de ces mémoires est composée de 4 vol. 

in-8°, etrenferme une foule de faits curieux, instrucuifs et 

importans sur la chaine des Pyrénées. Le nom de leur vé- 
nérable auteur en fait seul Péloge. 


RAR VV VU TVA VA VAL V0/0V LV VV LL 40/00/00 LA VV 0/0 A0 A/R R/0E 


BULLETIN LINNÉEN. 


N° G ET DERNIER DE 1824. 


SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE PARIS. 


SÉANCE du 11 novembre 1824. — M. Lapierre fournit 
les renseignemens qui lui ont été demandés sur la gre- 
nouille vivante qu’il a trouvée dans une urne sépulcrale 
romaine , faisant partie d’un ancien Columbarium , et en- 
fouie à deux mètres en terre sur la butte polytaphe de 
Roanne, département de la Loire. 

M. Le Brer, de Rouen, envoie le fruit de la solanée 
mammiforme provenant de l Amérique du Sud ; et M. Bou- 
prier, de Versailles, plusieurs dessins de cryptogames qu’il 
a découvertes. 

M. le docteur Gazan fait part de la découverte qu’il 
a récemment faite de plusieurs dents de rongeurs et de 
rhinocéros dans la brèche osseuse d'Antibes; et M. Des 
myrrÈère de celle de coquilles fossiles à Cassel, départe- 
ment du Nord. 

M. Tuiésaut DE BERNEAUD, au nom de la section d’a- 
griculture, présente le résumé des recherches faites sur 

propriété des paragrêles en paille. 

M. Persoon lit un mémoire sur une nouvelle espèce de 
Cerastium qu’il nomme Præcox , et qu’il a trouvée abon- 
damment près du nouveau pont de Sèvres.—Ce mémoire 
sera imprimé et la plante figurée. 

6 


(58) 

M. Sourance-Bonin adresse une note sur le système 
nouveau de melonnières mobiles et parquées, qu’il a 
adopté dans son jardin à Fromont, — L’impression est 
ordonnée. 

M. Girou donne lecture d’un mémoire sur le son et sur 
une nouvelle théorie pour l’expliquer. — Ce mémoire 
sera imprimé. 


On arrête la liste des candidats pour la présidence. 


Séance du 25.—Madame Juorra Bourper,néene Muzy, 
associée libre, fait hommage du portrait du grand Har- 
LER, qu’elle a peint à l’huile et pour là Société Linnéenne 
et pour la galerie du Musée de Berne. 

M. Varror, de Dijon, communique auelques obser- 
vations qu'il a faites sur les noms donnés à l’insecte dévas- 
tateur de la vigne appelé Urbec, et sur le moyen que 
l’araignée à croix papale ( {ranea diadema TL.) emploie 
pour dresser sa toile. 


Le prince Curisrian Frénéric de Danemarck, membre 


honoraire , fait connaître la formation géologique des îles 
Faxoë, Stevens et Moën. 


M. le docteur Dsscourrirz est élu président à l’unani- 
mité des sufirages. Le nombre des votans était de 37. — 
M. Persoon passe premier vice-président, et M. Roques 
est appelé à la seconde vice-présidence. 

On arrête le programme des lectures à faire à la séance 
publique du 28 décembre. 

M. PBounoer, de la Nièvre, lit une notice sur les brèches 
osseuses de l’île de Corse. Elle sera publiée. 


Pour et au nom de M. CozLA, de Turin, on lit un mé- 
moire sur un nouveau genre de plantes de la famille des 
rubiacées, auquel il impose le nom de P'iviania. — Son 
mémoire sera imprimé. 


(59) 
On commence la lecture d’un mémoire de M. Moquix- 
Tanpon sur les œufs des reptiles. 


Séance du 9 décembre. — M. VArLor envoie une note 
sur la blatte et sur les différens noms que cet insecte a 
reçus en France. 

Sur la demande de la section d’agriculture, MM. Sou- 
LANGE-Bopin et Marureu pe DomBasre, correspondans, 
sont élevés au grade de membres honoraires, pour les 
récompenser des services qu’ils rendent à la science, le 
premier par l'établissement de son beau jardin de cultures 
exotiques de Fromont, le second comme fondateur et 
régisseur de la ferme-modèle agricole de Roville. 

On termine la lecture du mémoire de M. Moquin-Tan- 
pon sur les œufs des reptiles. 

Pour et au nom de M. Puairippart, correspondant à 
Versailles, on lit un mémoire sur la culture des terres de 
bruyère. 

M. Dscavaux rend compte des mémoires envoyés au 
concours sur le nectaire. Le concours est prorogé jusqu’au 
1er juillet 1825. 


Séance du 16.— M. Oscar Lecrerc prend l’engage- 
ment de mettre en ordre tous les papiers de feu son 
oncle Anpré Tuouin, et de publier incessamment la col- 
lection des pièces relatives à son Cours d’agriculture, — 
La Société souscrit pour un exemplaire. 

M. PiépaGnez rend compte des mémoires envoyés pour 
le concours de zoologie. La Société accorde la somme de 
200 fr. à M. le docteur Vazcor, de Dijon, pour avoir 
rempli la première partie du programme , et proroge à 
l’année 1827 la solution de la question proposée. 

M. Tu. Descourricz lit la description d’un genre nou- 
veau qu’il dédie à M. le docteur Naucne, membre hono- 
raire de la Société. Ce mémoire sera imprimé. 


( 60) 

M. Gmow fait connaître par des tableaux hydrogra- 
phiques, au nombre de quarante-six, et dressés sous 
diverses latitudes européennes, la manière de déterminer 
par approximation, à la fin de septembre, le nombre de 
jours pluvieux du mois d'octobre suivant. 

Il prepose d'offrir des encouragemens pour la formation 
d’un bon recueil d'observations météorologiques. Cette 
proposition est adoptée. 

M. Tuiésaur De BerneauD donne lecture du résumé 
des observations de ce genre, qu’il a réunies pour le 
deuxième semestre de 1824. Il est imprimé dans le XVIe 
vol. de sa Bibliothèque physico-économique (1). 

La section d'agriculture rend compte des mémoires 
qu’elle a reçus sur la culture de la pomme-de-terre : d’a- 
près sa proposition, la Société vote des remercimens, en 
particulier, x MM. De Manminez, correspondant à Lyon, 
Ricuarb, à Rhodez, et »'Homrres-Firmas, à Alais. 


Séance publique du 28.—( Voyez en tête du présent 
volume, le II° des Mémoires.) 
D RTL en teersph tree 


(x) Ce Recueil périodique, consacré aux sciences agricoles, paraît 
régulièrement du 1% au à de chaque mois. Il contient tout ce qui 
pert essentiellement intéresser les propriétaires ruraux. Chaque 
cahier est de 72 pages in-12, avec des planches quand le sujet l'exige. 
Le prix de l'abonnement est de douze francs par année, ou deux 
volumes de près de 450 pages chacun. La Bibliothèque physico-éco- 
nomique a été créée en 1782 par le célèbre PARMENTIER, et LEBÈGUE 
DE Presce qui fut l'ami et le médecin de J.-J. Rousset. En 1802, 
elle passa entre les mains de Sonnint DE ManoncourT, agriculteur 
et naturaliste estimé. La nouvelle rédaction date de 1817. 


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Page Ixxij, dernière ligne : Gênes, 1823 ; Asez Gênes, 1819, in-8°. 
xciv, ligne 20 : Mazau, lisez Mazrau. 


40, 
47; 
52; 


53, 
56, 


à Nantes , Æsez de Nantes, à Paris. 
5 de la note : muliebris, lisez mulieris.  * 
9 : des larves, des êtres, lisez ces larves, ces étres. 
18 : lui, lisez leur. 
20 : forcé, lisez forcée. 
1 de la note : cangek pour caugek. . 
7: cycnus, lisez cygnus. 
22 : hamatopus, lisez hæmatopus. 
4.: des animaux, lisez des œufs des animaux. 
3 : Pimélées, pour Pimélies. 
29 : Variton en Norfolk, Zsez Varcton en Norfolck. 
10 : ginandrie driandrie, lisez gynandrie diandrie. 
18 : vigoureux, pour visqueux. 
25 : peutaphylle, lisez tétraphylle, 
12 : staminorum, Pour staminum. 
16 : revendiquent, pour nient positivement. 
21: à donner suite et même étendre, Lisez à leur 
donner une suite et même à étendre. 


BULLETIN LINNÉEN. 


16 : Annales des mines, pour Journal des mines. 


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TABLE 


ARTICLES CONTENUS EN CE JHI° VOLUME. 


PREMIÈRE PARTIE. — Jistorique. 


Procès-verBaL de la séance publique du 28 décembre 1824. Page j 
Discours d'ouverture par M. Descourrirz, Président. i 
Analyse des travaux de la Société pendant les années 1823et 

1824, par M. Tniésaur De Berneaup , Secrétaire perpé- 


tuel. XV 
Histoire naturelle, Genéralites. x vi) 
Physique appliquée. xx 
Mammalogie. Xx1) 
Ornithologie. Xxii) 
Herpéthologie. XXY) 
Ichthyologie. xx vi; 
Molluscologie. $ ibid. 
Heélminthologie. XX ii] 
Entomologie. XXX) 
Botanique. Axxii)j 
Physiologie végétale. xlvj 
Agriculture. M l 
Météorologie. ue Mix 
Arts industriels. £ 1x} 
Géologie. Ixü) 
Minéralogie, k lxix 
Philologie, ibid. 
Biographie. Iaxij 


Rapport sur le concours ouvert relativement aux animaux 


SAVE IT. MOT CES dé dr ( 064.) s 
vivans rezfermés dans des corps solides, lu, au nom de 
la section de zoologie, par M. le docteur Piénacnez. Page 


Rapport sur le concours quvegt relativement au nectairé, lu, 


Ixxiv 


au nom de la sectionide botañique, par M. Decavaux. Ixxviiz * 


Rapport sur une récompense accordée pour ladoption et la 
propagation des paragrêles en paille, lu, au nom de la 


section d'agriculture, par M. le docteur Roques. Ixxxv} 
Programme, desencourage mens annuels promis pour des ob- - 
© servations météorologiques (avec un tableau modéle).  Ixxxix 
Second supplément au tableau des membres et correspon- 
dans. xCij 
Membres résidans. ibid. 
Membres lionoraires nationaux. ibid. 
Membres honoraires élrangers. xcii} 
Membres auditeu . ibid. 
Associées libres. ; XCIY 
Correspondans, nationaux: ibid. 
Correspondans étrangers. xCvij 
Sociétés savantes afliliées. = 
Liste des ouvrages imprimés offerts à la Société Linnéenne 
de Paris pendant les années 1823 et 1824, et déposés dans 
ses archives. ci 
£ SECONDE PARTIE. — Mémoires. 
ZOOLOGIE. — ORNITHOLOGIE. — Mémoire sur les œufs des 
oiseaux, par M. Moquin-Taxpox. 38 


Icaravoroc:e. — Observations sur le genre et les espèces trigla, 
vivant dans la Méditerranée, sur les côtes de Nice, par 
M. Risso, 


HezmNrnoLoce. — Description d'une nouvelle espèce de sang- 
sue, par M. DE SaINT-AMANS. 
Mémoire pour servir à l’histoire du tournis chez l’hommeytet 
description de l'acéphalocyste qui le détermina; par M. Car- 
IRÈRE. 41e 
Exromorocie. — Description d'une nouvelle espèce de dor- 


hésia, existante aux enyirons de Paris, par M. Tiéiatr 


2 DE BERNEAUD. 


196 


"285 


(165 «) 
Mémoire sur un nouveau genre d’insecte de l’ordre des hé- 
miptéres, par M. Taéonore Descourtizz. Page 


BOTANIQUE. — Cryprocamie. — Notice sur deux espèces de 
champignons nouveaux, découverts et décrits par M. »E 
BrOpDEAU. 

Observations à ce sujet et création du genre Gyrocephalus ; 
par M. PErsooN. 

Instruction sur la manière de recueillir et de conserver les 
champignons; par M. Persoow, avec une addition impor- 
tante. 79 et 

Exposition méthodique des genres de la famille des mousses; 
par M. Desvaux. 

Description d’un nouveau polypore; par M. M. N£es D'E- 
SENBECK. 

Remarques sur une erreur de synonymie relativement aux 
lycopodes; par M. PAGÈS. 


PaanérocAmiE.— Catalogue des plantes introduites dans les co- 
lonies francaises de Mascareigne et de Cayenne, et de celles 
rapportées vivantes des mers d'Asie et de la Guyane au 
Jardin des plantes de Paris; par M. PERROïTET. 

Remarques sur le Callitriche verna; par M. Lavirie. 

Observations sur quelques espèces de primevéres ; par M. 
Govwrir. 

Observations sur le Zimodorum purpureum, et création du 
genre T'hiebautia dans la famille des orchydées; var M. 
CozLaA. 

Note sur une variété femelle du pommier commun ; par M. Tir- 
LETTE DE CLERMONT-TONNERRE. Ÿ 

Mémoire sur le varaire cévadille ; par M. le docteur Descour- 
TILZ. 

PuysiorociEe VÉGÉTALE. — Phénomène observé sur une espèce 
de Bauhinia ; par M. PERROTTET. 


AGRICULTURE. — De l'influence du calcaire sur les grami- 
nées, et de l'application de la chaux comme engrais des 
sols qui en sont dépourvus; par M. LE BouLLENGER. 

HorTicuzrure. — Rapport de M. Tmiésaur DE BERNEAUD, sur 
le jardin de cultures exotiques établi à Fromont. 


203 


229 


( 66 ) 

PFécit d’une excursion horticulturale faite à Londres, dans le 
mois d'avril 1824, par M. SouraxGe-Bonix. Pige 

Observations sur la culture et la multiplication du vanillier, et 
sur les moyens d'en conserver les boutures; par M. Per- 
ROTTET. 

Melonnières mobiles et parquées, adoptées dans le A de 
Fromont, par M. Souzance-Bonix. 


MéÉrÉoroLoG1E. — Résumé des faits recueillis sur la propriété 
des parayréles en paille; par M. TmiéBauT DE BERNEAUD. 
GÉOLOGIE.—Mémoire sur un nouveau genre de coquilles de la 
famille des arcacées, et description d’une nouvelle espèce 
de modiole fossile ; par M. Drouer. 
Rapport sur le fossile trouvé au Long-Rocher, dans la forêt 
de Fontainebleau, par MM. Descourtizz, Gizcer bE Lav- 


MONT el THIÉBAUT DE BERNEAUD. 
Observations sur les ossemiens humains trouvés dans les ter- 


rains secondaires, et en particulier de ceux que l’on observe 
dans la caverne de Durfort, département du Gard; par 
M. Marcez DE SERRES. 

PHYSIQUE arrniQuée. — Extrait d’un mémoire intitulé : Re- 
cherches sur la lumière, et de son action sur les êtres or- 
ganisés et dans Ja végétation; par M. Barry. 

BIOGRAPHIE. — Eloge de BroussonxeT, premier fondateur de 
la Société Linnéenne de Paris; par M. TniÉBAuT DE Ber- 
NEAUD. 

Eloge historique de Axpré Tnouix, mort président de la 
Société Linnéenne de Paris; par le même, 

Notices sur divers Membres et Correspondans décédés en 
1823 et 1824; par le même. 

Jexner (Edouard). 

FrérTeAu (Jean-Marie-Nicolas). 

Tnore (Jean). 

DErALANDE ( Antoine-Pierre ). 

Conréa DE Serra (Joseph-Francçois). 

Laxpreau (Noël-Daniel ). 

Cuzzer pe Montarsier (Jean-Baptiste). 

Bowvren (Thomas-Edward ). 

Jcce pe Saint-Manrix (Jacques-Joseph ). 


305 


183 


361 


262 


(07) 


Du Mont nr Courset (Gcorges-Louis-Marie ). Page 517 
La . = 

Revnier (Louis), D22 

Bourper (Pierre-Francois-Marie). 529 


TROISIÈME PARTIE. — Bulletin linneen. 


Prix proposés. L 
Séances de la Société en janvier, 6; — en fevrier, 8; — en 
mars, 13; — en avril, 15; — en mai, 21; — en juin, 23; — 
en juillet, 47; — en août, 48; — en septembre, vacances ; — 


en octobre, 49;— en novembre, 55; — en décembre, 59 
Fête champêtre célébrée à Ville-d’Avray le 24 mai. 23 


Inauguration du buste de Linwé dans les serres du jardin de 
Fromont, 33. — Discours d’inauguration, par M. Tniépaur 
DE BEeRNEAUD , 37. — Eloge en vers du magnolia, par M. Ur- 


SIN. 4 
Séance publique du 28 décembre. Go 
Avis pour l'envoi et la distribution de graines. 26 
Bibliographie: | 1,19; 27, 51 et 60 
Errata. ” Gi 
PLANCHES. ! 
Frontispice. — Portrait de BroussonneT. ! 
I et IT. — Représentant des œufs. : 66 et Cg 
HI. — Champignons : Fuligo cerebrina et Gyrocephalus agin- 
nensis. 5h 
IV. — Thiebautia nervosa, plante. 162 
V.— Fruit d’un pommier femelle de Saint-Valery. 166 
VI. — Veratrum sabadilla, plante. II 
VIT. — Coquilles fossiles : Néithées et modiole striée. 186 
VIEIL — Æirudo oscillatoria, ver. 105 
IX. — Acephalocystis globula, ver. 210 
X.— Primula lateriflora, plante. 244 
XI. — Polyporus pisachapani, plante. 260 
XII. — Dorthesia Delavauxit, insecte. 292 
XIII. — Agenia lamii, insecte. 297 


FIN DE LA TABLE FT DU TROISIÈME VOLUME. 


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Page Ixxij, dernière ligne : Gênes, 1823 ; Lsez Gênes, 1819, in-8°, 
5 J; 5 ? 3 
xciv, ligne 20 : Mazau, lisez Mazrau. 


40, 


47, 
522 


53, 
56, 
62, 
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72; 
152, 
164, 
230, 
246, 
343, 
356, 


25, 


à Nantes, lisez de Nantes, à Paris. 
5 de la note : muliebris, lisez mulieris. 
9 : des larves, des êtres, Lisez ces larves, ces êtres. 
18 : lui, Zsez leur. 
20 : forcé, lisez forcée. 
1 de la note : cangek pour caugek. 
7: cycnus, lisez cygnus. 
22 : hamatopus, lisez kæmatopus. 
4 : des animaux, Lsez des œufs des animaux. 
3 : Pimélées, pour Pimélies. 
22 : Variton en Norfolk, lisez Varcton en Norfolck 
10 : ginandrie driandrie, lisez gynandrie diandrie. 
18: vigoureux, pour visqueux. 
25 : pentaphylle, lisez tétraphylle. 
12 : Staminorum, Pour starninum. P 
16 : revendiquent, pour nient positivement. 
21: à donner suite et même étendre, lisez à leur 
donner une suite et même à étendre. 


BULLETIN LINNÉEN. 


16: Annales des mines, pour Journal des mines. 


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TABLE 


ARTICLES CONTENUS EN CE III VOLUME. 


PREMIÈRE PARTIE. — /Zistorique. 


Procès-vrrpaz de la séance publique du 28 décembre1824. Page ; 


Discours d'ouverture par M. Descournirz, Président. 
Analyse des travaux de la Société pendant les années 1823 et 
1824, par M. Tniésaur DE BErNrAuD , Secrétaire perpé- 


tuel. 


Histoire naturelle, Généralités. 


Physique appliquée. 


Mammalogie. 
Ornithologie. 
Herpéthologie. 
Ichthyologie. 
Molluscologie. 
Helminthologie. 
Entomologie. 
Botanique. 


Physiologie végétale. 


Agriculture. 
Météorologie. 
Arts industriels. 
Géologie. 
Minéralogie. 
Philologie. 
Biographie. 


Rapport sur le concours ouvert relativement aux animaux 


ij 


XV 
"xvij 
XX 
XXI} 
XXiij 
XXV) 
XXI; 
ibid. 
XxXYii] 
XXX]} 
XXxIi] 
xlvj 

lj 


( 64 ) 


vivans renfermés dans des corps solides, lu, au nom de 


la section de zoologie, par M. le docteur Prépacnerz. Page Ixxiv 


Rapport sur le concours ouvert relativement au nectaire, lu, 
au nom de la section de botanique, par M. Decavaux. 
Rapport sur une récompense accordée pour l'adoption et la 

propagation des paragréles en paille, lu, au nom de la 
section d'agriculture, par M. le docteur Roques. 
Programme des encouragemens annuels promis pour des ob- 
servations météorologiques (avec un tableau modéle). 
Second supplément au tableau des membres et correspon- 
dans. 
Membres résidans. 
Membres honoraires nationaux. 
Membres honoraires étrangers. 
Membres auditeu . 
Associées libres. 
Correspondans nationaux. 
Correspondans étrangers. 
Sociétés savantes aflliées. 
Liste des ouvrages imprimés offerts à la Société Linnéenne 
de Paris pendant les années 1823 et 1824, et déposés dans 


ses archives. 


SECONDE PARTIE. — Mémoires. 


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Ixxxix 


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ZOOLOGIE. — OrxITHOLOGIE. — Mémoire sur les œufs des 


oiseaux, par M. Moquix-Tanpon. 


38 


IcnraxoLocie. — Observations sur le genre et les espèces trigla, 
vivant dans la Méditerranée, sur les côtes de Nice, par 


M. Risso. 


D 
. 


Hermnrnozo@ie.— Description d'une nouvelle espèce de sang- 


sue, par M. pr Saint-Amans. 


Mémoire pour servir à l’histoire du tournis chez l’homme, et 
description de l’acéphalocyste qui le détermina; par M. Car- 


RÈRE. 


ExromoLocie. — Description d’une nouvelle espèce de dor- 


thésia, existante aux environs de Paris, par M. Tmisaur 


DE BERNEAUD. 


283 


re. 


(65) 
Mémoire sur un nouveau genre d’insecte de l’ordre des hé- 
miptères, par M. Tuéonore Descourrizz. Page 


BOTANIQUE. — CRYPTOGAMIE. — Notice sur deux espèces de 
champignons aouveaux, découverts et décrits par M. pe 
BRONDEAU ’ 

Observations à ce sujet et création du genre Gyrocephalus; 
par M. PErsoon. 

Insuction sur la manière de recueillir et de conserver les 
champignons; par M. Persoow, avec une addition impor- 
tante. 79 et 

Exposition méthodique des genres de la famille des mousses; 
par M. Desvaux. 

Description d’un nouveau polypore; par M. M. Ness D'E- 
SENBECK, 

Remarques sur une erreur de synonymie relativement aux 
lycopodes; par M. Pacès. 


PaanÉROGAMIE. — Catalogue des plantes introduites dans les co- 
lonies françaises de Mascareigne et de Cayenne, et de celles 
rapportées vivantes des mers d’Asie et de la Guyane au 
Jardin des plantes de Paris; par M. PERROTTET. 

Remarques sur le Callitriche verna; par M. Lavieince. 

Observations sur quelques espèces de primevères ; par M. 
Gourix. 

Observations sur le Zimodorum purpureum, et création du 
genre Thiebautia dans la famille des orchydées; par M. 
Cozra. 

Note sur une variété femelle du pommier commun ; par M. Tri- 
LETTE DE CLERMONT-TONNERRE. 

Mémoire sur le varaire cévadille ; par M. le docteur Descour- 
TILZ. 

PuysiocociE VÉGÉTALE. — Phénomène observé sur une espèce 
de Bauhinia ; par M. PERROTTET. 


AGRICULTURE. — De l'influence du calcaire sur les grami- 
nées, et de l’application de la chaux comme engrais des 
sols qui en sont dépourvus; par M. Le BouLzLEncer. 

HorTicurTure. — Rapport de M. THiéBAUT DE BERNEAUD, sur 
le jardin de cultures exotiques établi à Fromont. 


293 


211 


258 


229 


253 


329 


( 66 ) 


Fécit d’une excursion horticulturale faite à Eondres, dans le 


mois d'avril 1824, par M. Souraxcr-LBonix. Prge 305 
Observations sur la culture et la multiplication du vanillier, et 
sur les moyens d’en conserver les boutures; par M. Per- 
ROTTET. 409 
Melonnières mobiles et parquées, adoptées dans Je iardin de 
Fromont, par M. Sourance-Pôonix. 47 
Méréororocir. — Résumé des faits recueillis sur la propritté 
des paragréles en paille; par M. THiÉBAUT DE BERNEAUD,, 4,5 
GÉOLOGIE.—Mémoire surun nouveau genre de coquilles de la 
famille des arcacées, et description d’une nouvelle espèce 
de modiole fossile ; par M. Drover. 183 
Rapport sur le fossile trouvé au Long-Rocher, dans la forêt 
de Fontainebleau, par MM. Descournirz, Gizcer pe Lauw- 
MONT el Taiépaur pe BernEAuD: 343 
Observations sur les ossemens humains trouvés dans les ter- 
rains secondaires, et en particulier de ceux que l’on observe 
dans la caverne de Durfort, département du Gard; par 
M. MARCEL DE SERRES. 361 
PHYSIQUE arpniQuée. — Extrait d’un mémoire intitulé: Re- 
cherches sur la lumière, et de son action sur les êtres or- 
ganisés et dans la végétation; par M. Barzzy. 262 
BIOGRAPHIE. — Eloge de BroussonxeT, premier fondateur de 
la Société Linnéeune de Paris; par M. THiépauT DE Ber- 
NEAUD, 1 
Eloge historique de Axpré Taouix, mort président de la 
Société Linnéenne de Paris; par le même. 44x 
Notices sur divers Membres et Correspondans décédés en: 
1823 et 1824; par le même. 473 
Jexner (Edouard). 4 #bid. 
Fréreau (Jean-Marie-Nicolas). 456 
Tone (Jean). 478 
Deraranpe (Antoine-Pierre ). 484 
Corréa ne SErrA (Joseph-François). 490 
Lanpreau (Noël: Daniel ). 499 
Currer ne MonrTanrsitr (Jean-Baptiste). 500 
Bownicu (Thomas-Edward ). 5or 
Juce DE Sainr-ManrTix (Jacques-Joseph ). 507 


007) 


Du Moxwr pe Courser (Georges-Louis-Marie ). Page 517 
Reynter (Louis). 522 
Bourper ( Pierre-François-Marie ). 529 


TROISIÈME PARTIE. — Bulletin linneen. 


Prix proposés. I 
Séances de la Société en janvier, 6; — en février, 8; — en 

mars, 13; — en avril, 15; — en mai, 21; — en juin, 23; — 

en juillet, 47; — en août, 48; — en septembre, vacances ; — 

en octobre, 49; — en novembre, 57; — en décembre, 59 
Fête champêtre célébrée à Ville-d’Avray le 24 mai. 23 
Inauguration du buste de Livné dans les serres du jardin de 

Fromont, 33. — Discours d’inauguration, par M. TaréBauT 

De BerneauD, 37. — Eloge en vers du magnolia, par M. Ur- 


SIN. 44 
Séance publique du 28 décembre. 6o 
Avis pour l’envoi et la distribution de graines. 26 
Bibliographie. 11, 19, 27, 51 et 6o 
Errata. 6t 
PLANCHES. 
Frontispice. — Portrait de BROUSSONNET. 
Let IL. — Représentant des œufs. 66 et 69 
TT. — Champignons : Fuligo cerebrina et Gyrocephalus agin- 
nensis. 74 
IV. — Thiebautia nervosa, plante. 162 
V.— Fruit d’un pommier femelle de Saint-Valery. 166 
VI. — Veratrum sabadilla, plante. 171 
VIT. — Coquilles fossiles : Néithées et modiole striée. 186 
VIT. — /irudo oscillatoria, ver. 195 
IX. — Acephalocystis globula, ver. 210 
X. — Primula lateriflora ; plante. 244 
XI — Polyporus pisachapani, plante. 260 
XIT. — Dorthesia Delavauxii, insecte. 292 
XIIL. — Agenia lamii, insecte. 297 


FIN DE LA TABLE ET DU TROISIÈME VOLUME. 


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